• Résultats des européennes dans l’État espagnol


    Ici en castillan : http://es.wikipedia.org/wiki/Elecciones al Parlamento Europeo de 2014 (España)

    Il faut noter que là-bas l’État forme une circonscription unique, ce qui 1°/ oblige à des études détaillées et "informelles" pour avoir réellement les résultats par Peuple (voir ici les résultats par "communauté autonome") et 2°/ oblige les formations d'affirmation des Peuples à constituer des coalitions ibériques pour accroître leurs chances d'avoir des élus.

    bjv7cnfiiaavope largeEn Catalogne, la coalition social-démocrate catalaniste emmenée par ERC dépasse celle conduite par la CiU (centre-droite) d'Artur Mas (23,67% et 590.000 voix contre 21,85% et 545.000). Cette dernière reste toutefois au-dessus au niveau de l’État, où elle était associée à d'autres forces dont rien de moins que le PNV basque (+ des nationalistes de centre-droite galiciens et canariens) tandis que la coalition d'ERC était purement catalane : 850.000 voix contre 630.000 et 3 députés contre 2. La coalition plus à gauche envisagée un temps par la Candidature d'Unité populaire catalane (CUP) et la gauche radicale galicienne Nós-UP a finalement été abandonnée. On continue donc à observer un glissement de l'affirmation nationale catalane "vers la gauche"... mais bon, quelle gauche lorsque l'on sait que des dirigeants d'ERC ont pu notamment accuser les masses populaires andalouses des problèmes économiques et sociaux de la Catalogne, alors qu'eux-mêmes ont dirigé la Generalitat avec les sociaux-traîtres du PSC (PSOE local) de 2003 à 2010 : où est l'internationalisme, l'amitié et la solidarité entre les peuples, ces notions élémentaires depuis que le mot "gauche" se confond peu ou prou avec "mouvement ouvrier" (fut-il réformiste) ? Et où est, tout simplement, l'honnêteté intellectuelle et politique vis-à-vis du Peuple travailleur ?

    L'autre "grande" coalition des Peuples constitutifs de l’État espagnol était "Los Pueblos deciden" ("Les Peuples décident"), essentiellement constituée autour d'EH Bildu et donc sur sa ligne néo-réformiste de conciliation avec Madrid et Bruxelles. Associant à la gauche abertzale basque des formations indépendantistes de gauche galicienne (BNG), aragonaise (Puyalón de Cuchas), asturienne et canariennes, elle remporte 324.000 suffrages au niveau étatique et obtient un élu. Contrairement à la Catalogne, en "communauté autonome" basque la coalition du PNV avec la CiU dépasse assez largement celle de Bildu avec 27,5% (208.000 voix) contre 23,4% (177.000) ; elle reste cependant légèrement derrière au niveau de tout l'Hegoalde (213.000 voix contre 220.000) en raison de son score insignifiant en Navarre (5.000 voix alors qu'EH Bildu en rafle plus de 43.000) [avec les quelques 7.000 voix de la liste Tellechea en Iparralde, où la gauche abertzale ne se présentait pas (ses partisans se tournant peut-être vers les listes EELV de Bové ou NPA de Poutou), puño con banderasles deux forces sont finalement à égalité sur les 7 provinces]. L'essentiel des suffrages restants est obtenu en Galice (près de 80.000 soit 7,9%), en Catalogne (7.400 soit 0,3%, bien qu'aucune organisation catalane ne participait à la coalition) et aux Canaries (3.400 voix soit 0,6%).

    Classable au centre-gauche (Alliance libre européenne), une troisième petite coalition "Primavera europea" regroupant des Valenciens, des Aragonais (Chunta aragonesista), des Castillans, des "socialistes indépendants" d'Estrémadure, des autonomistes de Ceuta (enclave "espagnole" sur la côte nord du Maroc) ainsi que des membres du parti "écosocialiste" EQUO de toutes les "communautés autonomes" a obtenu un peu moins de 300.000 voix (1,9%) et un élu également : en détail 4,5% en Aragon (20.000 voix), 9% à Ceuta (1.400 voix) et 8% en Communauté valencienne (138.000 suffrages), mais seulement 2.286 voix en Estrémadure (0,58%) soit finalement moins qu'à Madrid (2%, 44.000 suffrages). Là, pour le coup, c'est un plutôt bon score pour des forces aussi peu connues. La ligne (et donc notre point de vue dessus) est globalement la même que celle de "Régions et Peuples solidaires", qui aurait fait partie du même groupe ALE si elle avait eu des députés à Strasbourg.

    Assez loin derrière (moins de 50.000 voix, 0,3%) et sans élu, on trouve aussi le Parti andalousiste, sur une ligne autonomiste social-démocrate. Comme on peut le voir, les résultats des listes d'affirmation (progressiste) des Peuples niés sont sans comparaison avec notre côté des Pyrénées, pour des raisons que nous avons longuement étudiées. Pour autant, ils ne sont pas mirobolants. Et c'est parfaitement logique : la question des Peuples emprisonnés dans les grands États européens, produits du capitalisme, est une question révolutionnaire ; et qu'espère-t-on d'aborder une question révolutionnaire avec une ligne petite-bourgeoise ? Comment peut-on prôner la libération des Peuples et voir dans l'UE une "solution démocratique" à cette question, alors que derrière son Parlement fantoche celle-ci n'est qu'un outil antidémocratique de plus ("mandat d'arrêt européen" et autres innombrables exemples) de ces mêmes États que l'on combat ? Comment peut-on, comme l'ERC d'Oriol Junqueras, revendiquer l'indépendance de la Catalogne et en même temps cautionner une Union européenne qui a clairement choisi son camp, celui de l'"Espagne unie, grande et libre", en déclarant explicitement qu'une Catalogne indépendante serait exclue de l'Union ? Toutes ces contradictions, intrinsèques à la nature de classe de ceux qui les portent, n'ont évidemment pas pour effet de mobiliser largement les masses populaires.

    e-lutte-des-mineursAu niveau "pan-ibérique", le Parti populaire (héritier direct du franquisme) et le Parti "socialiste" (PSOE) qui se sont alternés au pouvoir depuis 1975 (et surtout depuis le début de la crise fin 2008) s'effondrent l'un comme l'autre : avec respectivement 26% et 23%, ils perdent autour de 40% de leur électorat par rapport à 2009. La différence avec notre Hexagone, c'est que ce discrédit et ce rejet des partis "de régime" s'exprime majoritairement de manière progressiste (bien qu'encore loin d'être révolutionnaire) : c'est principalement sur des listes à la gauche du PSOE que se porte le mécontentement des masses. Avec 10%  et 1,5 million de voix, la "Gauche plurielle" équivalente de notre Front de Gauche (en moins jacobine vis-à-vis des Peuples...) multiplie par 1,6 ses suffrages et par deux ses élus au Parlement européen (6). Et, apparue à l'occasion de ce scrutin, la liste "Podemos" issue du mouvement des Indignad@s fait une entrée spectaculaire avec 1,25 million de voix (8%) et 5 élus – il faut préciser ici que dans son pays natal, ce Mouvement des Indigné-e-s (pour petit-bourgeois réformiste "radical" qu'il soit) reste un mouvement clairement PROGRESSISTE, bien loin de sa pâle et misérable copie hexagonale lancée par quelques bobos "décroissants" ou "évolutionnaires" (terme authentiquement entendu !) des centre-villes et immédiatement désintégrée face à l'offensive-infiltration de toute une faune de soraliens, conspirationnistes, chasseurs d'illuminatis, larouchistes (très actifs dans les rassemblements), anti-"finaaaance" et futurs fondateurs du "Cercle des Volontaires" fasciste (lié au "Comité Valmy" et à l'UPR d'Asselineau).

    Eh oui ! C'est ainsi : l'"Espagne" est une terre de luttes, où vit encore profondément dans le cœur des masses le souvenir des grands combats révolutionnaires des années 1930 et de la résistance à la dictature fasciste qui s'ensuivit (1939-... quand s'est-elle terminée au juste ?). La "France", elle, est encore très largement l'Hexagone de Renaud, une communauté sociale vautrée et cadenassée mentalement dans son idéologie "françaiiiiise" (monsieur !) dominante, son confort et ses certitudes petites-bourgeoises, incapable de comprendre que lesdites certitudes et "valeurs" sont de la merde en soi et donc, par conséquent, à la recherche de fantasmagoriques "coupables" à tous ses maux : immigrés/arabes/musulmans, "banquiers" ou "finance internationale", "sionistes", "Nouvel Ordre Mondial" dirigé par les Illuminatis via Washington et Bruxelles, sectes pédophiles se réunissant secrètement dans les hôtels particuliers de l'avenue Foch (sans doute pour y préparer une nouvelle version de la "théorie du genre"), etc. etc. ; mais surtout pas, jamais, la "Fraaaaance" et sa "Républiiiiique" ! Bien souvent d'ailleurs, la "gauche de la gauche" ne fait que remâcher cette même logique (les "coupables" sont "étrangers" à la "communauté citoyenne") dans une version plus conforme aux canons "progressistes" et "républicains" ; tandis que la culture politique ultra-personnaliste (héritage du bonapartisme et du gaullisme) fait que Lutte Ouvrière est incapable d'exister sans Arlette Laguiller, le NPA sans Olivier Besancenot et demain, sans le moindre doute, le Front de Gauche sans Jean-Luc Mélenchon.

    Une situation que résume bien cette image humoristique :


    larévoltegronde


    Les néo-franquistes du PP, donc, s'effondrent largement bien que restant en tête ; mais il faut tout de même souligner la poussée de deux forces qui, tout en se prétendant "centristes", "démocrates humanistes" et "libérales" blabliblablou, se caractérisent par un espagnolisme fanatique : Union, Progrès et Démocratie (UPyD, un million de voix soit 6,5%, 4 sièges soit 3 de gagnés par rapport à 2009), et les Ciutadans ("Citoyens") catalans, sur une ligne assez proche, qui fait son apparition avec 3,16% (495.000 voix) et 2 sièges (6,3% et 157.000 voix en Catalogne, son fief d'origine).

    Comme nous l'avions déjà noté au sujet des élections catalanes et basques de fin 2012, cela montre une crispation des positions espagnolistes face aux forces centrifuges qu'engendre nécessairement la mise à mal du "système Espagne" par la crise, après les années de folle croissance 1995-2009...

    En attendant, à Barcelone (Catalunya) le quartier de la gare de Sants est en état insurrectionnel contre l'expulsion-destruction du centre social autogéré Can Vies :

    Expulsion du Can Vies : émeute à Barcelone – 27 mai 2014 – avec vidéos

    Las protestas por el cierre del centro social Can Vies se expanden por toda Barcelona y amenazan con provocar una Primavera Catalana


    Résultats des européennes dans l’État espagnol


    Il faut reconnaître que ça a tout de même une autre gueule qu'une "courageuse" quenelle devant le panneau d'agglomération de Villejuif... "FRANCE" DE BOLOSSES !

     


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