• Résultats des élections européennes : "séisme politiiiiiique !!!"


    originalLe Front National est donc arrivé en tête des élections européennes avec près de 25% des suffrages (envoyant par conséquent le plus gros contingent d'élus tricolores au Parlement de Strasbourg, 24 a priori), suivi de l'UMP (20,8%, perdant 850.000 voix) et du Parti "socialiste" au-dessous de la barre des 14% (son plus mauvais score jusque-là, en 1994, lorsque Mitterrand lui-même avait torpillé la liste conduite par Rocard avec la candidature Tapie). "Séisme politiiiique" se sont écriés toute la soirée d'hier, et s'écrient encore aujourd'hui les commentateurs politiques sur tous les médias.

    Nous nous bornerons à renvoyer ici à notre analyse au lendemain des municipales : http://servirlepeuple.over-blog.com/article-elections-municipales-du-23-mars-2014-premieres-analyses-123081886.html  et
    http://servirlepeuple.over-blog.com/article-municipales-second-tour-123167985.html ; à laquelle il n'y a pas une ligne à modifier ni ajouter. Exactement les mêmes réflexions sont valides pour toutes les forces politiques et les classes sociales en présence (une carte interactive est disponible ici) :

    1°/ Comme nous l'avions annoncé avant même que cela commence (fin 2009), le FN a rejoint le mainstream des "droites populistes" européennes (Ligue du Nord italienne, Vlaams Belang, FPÖ, PVV de Geert Wilders etc. avec lesquels il pourrait envisager de former un groupe sur la base de l'Alliance européenne pour la Liberté déjà existante) et apparaît de plus en plus comme une force politique "normale" et "de proposition". Les européennes, depuis 1999 en tout cas, ne le voyaient pas réaliser de très bons scores (5,7% + 3,3% pour Mégret cette année-là, 9,8% en 2004, 6,3% en 2009) et il était très souvent talonné voire dépassé, dans un scrutin réputé "pour gens sérieux", par des listes supposées porter plus efficacement la "voix souverainiste" à Strasbourg (Pasqua-Villiers en 1999[1], De Villiers en 2004 etc.) : cela est terminé, les listes "Debout la France" de Nicolas Dupont-Aignan ne dépassent pas les 4% et celles de l'UPR de François Asselineau plafonnent à 0,4%. C'est désormais le FN qui porte la voix de la "France de droite qui veut moins d'Europe" ; voix de quelques 5 millions et demi de personnes (FN + DLF de Dupont-Aignan et Jamet + UPR d'Asselineau) contre un peu plus de... 2,2 millions (FN + Libertas de De Villiers et Nihous + DLR de Dupont-Aignan) en 2009. L'électorat FN est un électorat mobilisé et même le seul à l'être réellement dans cette élection marquée par un abstentionnisme élevé (57,6%, en léger recul d'1,8 points toutefois) ; phénomène que l'on avait déjà pu observer à la présidentielle 2002, dans un contexte similaire de gauche bourgeoise au pouvoir... et en faillite. De fait, les quelques 3,6 millions de voix gagnées par le Front National depuis 2009 ne peuvent tout simplement pas s'expliquer par un simple jeu de "vases communicants" : l'UMP ne perd "que" 800.000 voix dont une bonne partie s'est sans doute (aussi) tournée vers le centre (UDI-Modem, qui progresse de 400.000), les autres souverainistes de droite (Dupont-Aignan, UPR) ne reculent que de 330.000 voix par rapport à Libertas et déjà Dupont-Aignan il y a 5 ans, le Front de Gauche semble avoir endigué l'hémorragie de voix communistes et progresse même légèrement, le PS perd moins de 200.000 voix et les écologistes plus d'un million mais il est peu probable que ces personnes se soient tournées vers le FN, tandis que la liste de centre-gauche "Nouvelle Donne" en récupère plus d'un demi-million etc. La réalité, c'est que Marine Le Pen a sorti en 2012 des millions de personnes de l'abstention et a encore extraordinairement réussi à les y arracher deux ans plus tard, aux municipales et à ces européennes, où le FN retrouve 73% de ses 6,4 millions d'électeurs du premier tour de la présidentielle contre 40% pour l'UMP, 26% pour le PS, 31% pour le Front de Gauche etc. etc. Il reste toujours un net clivage sociologique (classes populaires vs "aisés-diplômés") et de territoires sociaux ("centres" vs "périphéries") avec les partis bourgeois "républicains" et pro-européens, mais celui-ci tend à se réduire un peu plus à chaque élection, même si dans les analyses sociologiques a posteriori (forcément, puisqu'à la sortie des urnes on ne peut pas savoir qui a déposé tel ou tel bulletin) les personnes de classe populaire qui auront voté FN pour "dire merde à tous ces cons" le revendiqueront plus facilement... que les personnes de classe plus aisée qui auront véritablement voté pour leurs intérêts de classe !

    2°/ Il prend place dans le dispositif de montée du fascisme dans l’État français, sans que l'instauration de celui-ci ne signifie forcément l'élection de Marine Le Pen à la présidence de la République : bien au contraire, l'instauration du fascisme (dictature terroriste ouverte de la bourgeoisie) en fRance pourrait très bien se présenter comme la "dernière chance de la Républiiiique" contre cela, au même titre que Vichy (1940) se présentait comme un "moindre mal" par rapport à une occupation nazie pure et simple avec gauleiter, ou De Gaulle (1958) comme un "rempart" aux tentations de putsch militaire venues d'Alger. De fait, dans les pays (Flandre belge, Italie, Pays-Bas) où les "droites populistes" faisaient de gros scores à la fin des années 2000 (époque des dernières élections européennes) mais où "le message a été entendu" depuis en termes d'exigences politiques réactionnaires, ces forces sont en net recul d'après les premiers résultats (1-2) ; comme cela avait d'ailleurs été le cas ici entre 2002 et 2011, après le précédent "séisme politiiiiique" du 21 avril 2002 et avant l'effrayant regain "bleu Marine" des trois dernières années. Suite aux municipales nous avons eu droit à Valls, mais cela n'a  manifestement pas suffi à la fraction la plus agressive du Grand Capital (bourgeoisie monopoliste) qui semble vouloir totalement et promptement (au moyen d'une dissolution par exemple...) effacer "l'erreur de casting" de l'élection de Hollande à la présidence, causée par la politique trop centriste et "zigzaguante" du quinquennat Sarkozy-Fillon. Soyons clairs : il n'est pas "exclu" que le FN arrive au pouvoir par les urnes en 2017 ou 2022, ou même avant dans le cadre d'une élection anticipée après une démission présidentielle et/ou une dissolution de l'Assemblée nationale ; mais il est beaucoup plus probable qu'une crise de régime majeure éclate à l'occasion ou en dehors d'une telle échéance et que le régime d'offensive réactionnaire ouverte contre le Peuple (peut-être bien "d'union nationale"...) qui se mettrait alors en place le présente justement comme le "pire" qui aura été "évité"... "évité" "grâce" à la mise d'à peu près toutes ses idées au pouvoir sauf peut-être (et encore) sur l'Europe ; un programme qui pourrait ressembler à celui d'un Dupont-Aignan ou d'un Philippe de Villiers. D'ailleurs, en parlant du vicomte du Puy-du-Fou et ne perdant pas de vue l'hypothèse d'un "coup de force" appuyé par les militaires, son tout aussi national-catholique frangin Pierre a été nommé chef d'état-major des armées en janvier dernier par Jean-Yves Le Drian (dans un tragique remake de Salvador Allende ?)... Voilà qui a de quoi donner le frisson !

    Autrement dit : le FN et ses scores impressionnants font partie du dispositif tout autant que ceux qui hurlent au loup et qui, pour ceux qui se prétendent "révolutionnaires", plutôt que de se remettre en question et de chercher les "clés" d'une mobilisation révolutionnaire des masses contre la crise générale capitaliste, se jettent dans les bras de la "Républiiiiique" à défendre contre le "fasciiiiisme" via (notamment) les "valeurs" éculées d'une "gauche militante" petite-bourgeoise et "blanche" ("centrale" dirions-nous pour notre part). Innombrables ont été les occasions (émeutes de 2005 ou 2007, question des personnes musulmanes, "affaire" ceci ou cela) de voir que sur le plan démocratique ("libertés publiques", idéologie policière, toute-puissance des "dépositaires de l'autorité" bourgeoise, répression des luttes, racisme, patriarcat, haine des "classes dangereuses") le FN ne fait finalement que dire tout haut ce que beaucoup de "républicains" pensent tout bas et vouloir ouvertement et à grande échelle ce que le partis "républicains" font déjà en catimini et "chirurgicalement" (si l'on peut qualifier de "chirurgical" un coup de flashball dans l'œil, mais bon) ; que sur le plan économique il se débat au même titre que les autres entre la nécessité d'assurer une certaine "protection" et "cohésion" sociale et la nécessité pour le Capital d'écraser ses coûts de production, les fameuses "charges sur les entreprises" ; qu'entre lui et l'UMP (pour ne pas dire "et même certains éléments du PS"...) n'existe finalement de clivage que sur la question de l'Europe ; bref qu'il n'est en aucun cas l'antithèse d'une "parfaite" "République fille des Lumières" mais bien et simplement "l'enfant terrible" d'un système structurellement exploiteur, antipopulaire et raciste. Ce qui est certain c'est que l'heure est à la mobilisation populaire antifasciste, mais que la montée du Front National et des idées Couv Valeurs actuultra-réactionnaires et fascisantes en général (est-il certain, par exemple, qu’un Éric Zemmour ait voté FN ?) ne sera pas arrêtée par un "antifascisme" qui considère comme le nec plus ultra de taper sur l'islam et de traquer "l'antisémitisme" de ceux qui dénoncent le régime colonial d'apartheid sioniste, de ressasser éternellement et sans se poser de questions les mêmes "valeurs progressistes" petites-bourgeoises républicardes à la Caroline Fourest (islamophobe) ou Françoise Morvan (grande pourfendeuse du "régionalisme"), etc. etc... surtout lorsque l'enquête d'une journaliste infiltrée pendant 8 mois au FN (de mai 2011 à janvier 2012, en pleine "mutation mariniste") révèle que "l'islamophobie est le ciment de 99% des militants frontistes", "les gens (étant) au Front national essentiellement parce qu'ils sont contre les musulmans" ! (voir aussi ici)

    3°/ L'abstention a légèrement reculé par rapport à 2009 mais reste forte (57%), d'autant plus que l'on s'éloigne (en termes de territoires sociaux) des Centres pour aller vers les Périphéries, quoique les périphéries rurales aient tendance à bien voter (et pas forcément pour le FN et autres forces anti-UE, dans les territoires marqués par la démocratie chrétienne par exemple, comme on peut le voir sur la carte avec la grosse tache bleue ciel UDI-Modem de Jean Arthuis en Mayenne, ou encore dans la campagne béarnaise sur les "terres" de François Bayrou) : tout cela a déjà été analysé au sujet des municipales et bien qu'ayant, pour ces élections, appelé au boycott actif et militant (nous essaierons de publier très vite des news à ce sujet), nous ne voyons pas matière à triomphalisme dans ces "scores" abstentionnistes (au sujet de l'abstention et de sa stigmatisation - mais c'est également valable pour sa sacralisation - voici un excellent petit texte paru sur Facebook).

    4°/ Non seulement le PS réalise son plus mauvais score historique à ce scrutin (bien qu'en termes de voix il ne recule "que" de 190.000 électeurs en cinq ans), mais c'est aussi le plus mauvais total des "gauches" de tous les temps : le PS, le Front de Gauche (qui progresse toutefois de 137.000 voix par rapport à 2009), EELV (qui en perd par contre plus d'un million) et les sociaux-libéraux de "Nouvelle Donne" (Pierre Larrouturou, 550.000 suffrages) réunis franchissent à peine la barre des 30% ! De fait, au niveau continental, nous sommes bel et bien face à la crise terminale du social-libéralisme bourgeois, qui avait pu sembler hégémonique autour de l'an 2000 (avec 11 gouvernements de l'Union sur 15), après la crise de la social-démocratie proprement dite dans les années 1980-90. Là où il est dans l'opposition face à une droite "austéritaire" qui a dévasté le pays, comme en "Espagne" ou au Royaume-"Uni", il ne parvient même pas à remporter le scrutin : il reste derrière ladite droite dans le premier cas (les deux reculant tandis que progresse notamment la "gauche de la gauche") et ne la devance que de très peu (25,4% contre 23,9%) dans le second (l'autre grande et même ex-première puissance mondiale de l'UE, qui n'est pas certaine d'avoir besoin de Bruxelles pour exister...) tandis que caracole en tête l'UKIP de Nigel Farage (27,5%, 4,3 millions de voix et 24 sièges !), équivalent du FN bien que ne souhaitant pas d'alliance avec lui en raison du "passif antisémite" de l'ère Jean-Marie [de fait, de tous les États membres la configuration d'outre-Manche est la plus voisine de la nôtre, avec un social-libéralisme travailliste en "meilleure" forme apparente mais moins concurrencé sur sa gauche - le total des "gauches" est assez comparable]. En Italie où il est au pouvoir (mais, avec Matteo Renzi, sur une ligne concrètement de centre-droite... voire pire), il arrive nettement en tête (~ 40%) mais reste suivi par le Mouvement 5 Étoiles de Beppe Grillo (21%, en léger recul par rapport aux législatives de 2013) qui sans être catégoriquement classable à l'extrême-droite est l'équivalent du Front National pour le côté "merde au système". Même au "pays de l'européisme", en Allemagne, où la participation progresse de 5 points et les sociaux-démocrates gagnent 1,5 millions de voix (tout en restant derrière la droite CDU-CSU), l'évènement majeur est surtout l'apparition d'un fort courant eurosceptique de droite avec plus de 2 millions de voix et 7 élus pour l'Alternative pour l'Allemagne, tandis que reculent brutalement les Verts et les libéraux-démocrates (champions de l'idée européenne). Pire encore, avec plus de 300.000 suffrages, le pays envoie à Strasbourg son premier (et l'un des rares) euro-député ouvertement néo-nazi, Udo Voigt du NDP. Face au sentiment d'être une "fourmi parmi les cigales", l'hégémonie absolue de l'idée d'une Europe "tout bénéf" pour l'Allemagne semble avoir fait son temps. On peut imaginer aussi, bien que Berlin ait été en pointe dans la récente déstabilisation réactionnaire de l'Ukraine, qu'une fraction conséquente de la société capitaliste s'inquiète d'une diplomatie européenne trop franco-anglo-saxonne (atlantiste) et agressive envers la Russie, qui fournit au pays 35% de ses besoins en gaz et pourrait bien "fermer les robinets" en représailles. La "droite populiste" du Parti populaire arrive également en tête au Danemark (26,6%, +11%) devant le social-libéralisme (19%) et progresse très fortement en Autriche (FPÖ, près de 20%, +7%), se remettant de la scission du BZÖ de feu Jörg Haider en 2005 (désormais anéanti avec moins de 0,5%), derrière un SPÖ qui stagne et une droite conservatrice (ÖVP) qui recule de 3 points (les deux partis gouvernent en "grande coalition" depuis 2008). Aux Pays-Bas le PVV de Geert Wilders reste troisième (derrière les libéraux et les chrétiens-démocrates) tout en reculant de 3,5% par rapport à 2009 ; mais ce n'en est pas moins une cuisante débâcle pour la gauche "socialiste" (social-démocrate) et travailliste (social-libérale) qui totalise à peine 20%, la première étant même légèrement (de 11.000 voix) devant la seconde, gagnant les 2,5% perdus par cette dernière. Nous voyons donc que le "séisme" hexagonal est loin d'être un phénomène isolé sur le continent... À l'arrivée cependant, au niveau continental, malgré une extrême-droite en tête en France, en Grande-Bretagne ou encore au Danemark et malgré un recul notable presque partout ailleurs ce sont tout de même les conservateurs du PPE qui remportent nettement le scrutin avec 221 sièges, flanqués des ultra-libéraux fédéralistes de l'ADLE (66 élus) et des conservateurs plus eurosceptiques de l'AECR (autour des Tories d'outre-Manche, 68 députés), pour mettre en œuvre tout sauf cette "Europe sociale" sur laquelle fantasment les soc'dems et autres soc'libs. Cela confirme ce que nous disions déjà à l'issue des municipales : lorsque l'extrême-droite et le "populisme" montent, lorsque le "fond d'ambiance" est celui-là, À QUI PROFITE LE CRIME ? La seule différence étant que le scrutin à un seul tour, comme d'ailleurs le sentiment répandu (et pas infondé) que le Parlement européen ne sert à rien et que l'on peut donc se "faire plaisir", favorise le "lâchage" électoral (pas de phénomène "vote utile") et empêche d'observer les grandes tendances de reports de voix au second tour.

    Rares et petits sont les pays (Portugal, Suède) où le social-libéralisme remporte nettement la mise face à la droite dans une configuration "classique". Et loin de profiter de cela, les gauches "radicales" ou écologistes qui en sont les "critiques de service" le suivent dans sa chute, à l'exception notable de l'"Espagne" (on l'a dit) et de la Grèce où Syriza triomphe avec 27%, suivie de la droite conservatrice (22%) et des néo-nazis d'Aube Dorée (9,5%), le PASOK étant rayé de la carte politique avec environ 8%.

    5°/ Nous reviendrons ultérieurement sur les résultats dans d'autres États multinationaux ; mais dans l’État français les scores des listes d'affirmation des Peuples niés sont (comme il fallait s'y attendre) mineurs, avec des exceptions localisées : ce sont les zones en gris sur la carte interactive. La liste Régions et Peuples solidaires de François Alfonsi (sur une ligne centriste) est ainsi en tête, parfois avec 50% voire plus, dans la plupart des communes rurales corses ; tandis qu'en Bretagne la liste "Nous te ferons Europe !" du "bonnet rouge" Troadec (identiquement classable) triomphe sur ses terres du Poher, à la croisée du Finistère, du Morbihan et des Côtes d'Armor (lire une analyse ici), mais cela donne 3% et aucun élu au niveau de la circonscription - la liste R&PS de l'UDB Christian Guyonvarch plafonnant quant à elle à 2,4% (1% sur la circonscription). Au Pays Basque la liste ("Régions et Peuples solidaires" également) dirigée par le PNV-EAJ Jean Tellechea est souvent en deuxième position derrière l'UMP dans l'arrière-pays labourdin et/ou derrière EELV (José Bové, qui soutient également ces affirmations populaires) en Basse-Navarre et en Soule, parfois en tête dans certaines communes, mais ses scores sont nettement plus médiocres sur la côte (5e ou 6e position) avec souvent un FN deuxième voire premier. Enfin bon, on dira que c'est peut-être un thermomètre, mais nullement une référence (et cela donne à l'arrivée 0,25% sur la circonscription). L'Occitanie n'offre pas de meilleurs scores aux "régionalistes" (0,75% au total pour Alfonsi sur le "Sud-Est", 0,02% pour Bernard Vaton en "Massif central-Centre", 0,03% pour la PNO Martine Gros dans le "Sud-Ouest") et abrite comme d'habitude à la fois les meilleurs résultats hexagonaux du Front National (en Provence, Languedoc ou vallée du Rhône, globalement comparables aux municipales) et de notables poches de résistance (voir carte) plaçant la gauche ou EELV en tête dans le Limousin, en Gascogne et dans les Pyrénées, dans le sud du Massif central (de l'Aveyron à l'Ardèche en passant par les Cévennes) ou dans les Alpes. En comparaison et hors Bretagne, Mayenne, Poitou et banlieue parisienne, que la moitié nord de l'Hexagone apparaît bleue nuit, la nuit du fascisme qui avance inexorablement ! Mais il s'en trouvera quand même pour nous sortir qu'avec nos "délires identitaires" et nos "nations inventées de toute pièce" (ou inventées par des kollabos de la dernière guerre, autre variante) nous serions l'antichambre de l'Enfer nazi...

    Pas plus qu'au niveau hexagonal [0,4%, 75.000 voix contre 840.000 en 2009 (!), dépassé même par Lutte Ouvrière qui reste stable avec 1,2% soit un peu plus de 200.000 voix], la liste NPA-Breizhistance pour laquelle nous avions levé la consigne générale d'abstention militante ne fait un bon score en circonscription Ouest (0,46%)*, même dans des communes comme Saint-Herblain où elle ne parvient pas à dépasser les 1%. Il est clair que d'une manière générale, seules des personnes engagées quotidiennement dans le militantisme (syndical, démocratique etc.) se sont déplacées pour voter à la gauche du PS, que ce soit FdG, NPA ou LO. Les masses qui se sont déplacées, elles, n'y ont pas vu un canal pour exprimer leur colère ; elles n'ont pas voulu répondre à un appel (avec toutes ses limites) à prendre elles-mêmes leur destinée en main et ont préféré rechercher la protection offerte par l'UMP et le FN ("on va vous protéger", avec des flics bien sûr et "avec de l'Europe" ou "avec de la France" selon le cas)... Le NPA est une force politique en faillite pour avoir prétendu être le Parti révolutionnaire auquel aspirait une grande partie des classes et (surtout) de la jeunesse populaire à l'époque de sa création (2009), recueillant alors près de 10.000 adhésions. Mais cette prétention n'a jamais été assumée ensuite par la "vieille garde" dirigeante trotskyste (dont une bonne partie a au demeurant rejoint Mélenchon depuis), qui a continué à balader encore et toujours ces forces vives des rouges lendemains de défilé pantouflard en réunion soporifique (pour y "discuter" de manière pseudo-"ouverte" et "cool" les mêmes dogmes éculés jamais remis en question) et de réunion soporifique en "devoir" électoral de petit(e) soldat(e) du bulletin de vote (il faut lire leur pathétique appel à "voter malgré tout" à ces européennes) ; tout ceci conduisant à la situation actuelle alors que LO garde (finalement) ses positions d'"état-major syndicaliste dur", bien qu'ayant souffert du départ de Laguiller (et de l'arrivée de Mélenchon) sur le plan "tribunicien". Ce sont là tout simplement les limites du trotskysme (fut-ce dans sa "moins pire" version), idéologie fondée entre toutes sur l'accumulation de forces à travers les "mouvements sociaux" en attendant "l'explosion" qui permette "l'assaut frontal" contre le Pouvoir bourgeois, et non sur la construction patiente et prolongée de la situation révolutionnaire et du Pouvoir populaire ; ces mêmes limites qu'illustre tragiquement le désespoir mortel auquel fut acculé le révolutionnaire conséquent Michel Recanati. Il était tentant de voir en Besancenot le "nouveau Krivine jeune" 35 ans après, mais il était en réalité absolument impossible de réussir en 2009 ce que le LCR avait échoué dans les années 1970 sans avoir justement compris et dépassé ces limites (mais cela serait revenu à rejeter le trotskysme, et pour les trotskystes c'est de toute manière toujours "la faute à" : aux "stals" et aux "mao-stals", aux "réformistes", aujourd'hui "à Mélenchon" sur leur droite et "aux totos qui foutent le bordel" sur leur gauche, etc.). Rien n'est pire en politique que le barouf et la déception qui s'ensuit, ce qui est évidemment très triste pour les nombreux militants sincères de cette organisation, révolutionnaires à qui on ne peut dénier de vouloir sincèrement le communisme. Cela confirme aussi que la voie de la libération ne passe pas par les isoloirs, mais il n'était guère besoin de le démontrer en ce qui nous concerne... Résultat des courses : même l'objectif ultra-modeste de 10.000 voix (!) que s'était fixé la liste en Bretagne n'a pas pu être atteint. Peut-être avons-nous, en voulant avant tout témoigner notre sympathie pour nos camarades au sein de Breizhistance, du SLB, du mouvement pour la réunification de la Bretagne ou contre l'Ayraultport etc., sous-estimé ce qui précède et que même les plus sincères sentiments et volontés révolutionnaires sur la liste n'ont pas réussi à compenser. La faillite du NPA (et malheureusement de toutes les forces persistant à se lier à lui) était aussi inévitable (vu les "vices cachés" de départ) qu'elle est désolante pour le vide politique et le désarroi dans lesquels elle laisse plongée ce que nous considérons (sans hésitation) comme la frange progressiste la plus avancée des masses ; un vide politique qu'il appartient désormais à nous maoïstes de combler, en nous faisant le centre d'agrégation de toutes les luttes populaires et révolutionnaires d'Hexagone. C'est tout de même une déception pour le camarade emprisonné (candidat sur la liste) Enguerrand Delanous, qui aurait pu espérer plus de soutien des masses populaires conscientes de Bretagne (où le mouvement contre l'Ayraultport de Notre-Dame-des-Landes n'est pas rien...) ; mais faut-il s'en étonner lorsque même des pseudo-"maoïstes" qualifient les évènements du 22 février, à l'issue desquels il a été arrêté, de "décomposition politique" ; reflétant là l'état d'esprit d'une partie considérable de la "gauche" "révolutionnaire" francouillasse ?

    Résultats des élections européennes : "séisme politiiiiiique !!!"

    * Un camarade breton nous a transmis les résultats suivants de la liste en nombre de voix : 1.382 en Ille-et-Vilaine, 1.951 en Loire-Atlantique, 1.097 dans les Côtes d'Armor, 1.567 dans le Morbihan et 1.639 dans le Finistère, total voix Bzh 7.636. Dans les autres régions de la circo, "Poitou-Charente" 2.315, autres "Pays de Loire" : Mayenne 302, Sarthe 702, Maine et Loire 957, Vendée 727. La question n'est de toute manière pas "combien" mais "que va-t-on en faire", comment ces personnes qui ont déposé leur bulletin peuvent-elles être mobilisées et organisées pour une Bretagne libre et socialiste, auquel cas 7.600 personnes sur l'ensemble du pays (voire même seulement la moitié) cela fait déjà pas mal !

    Lire ici la réaction de Breizhistance aux résultats : Élections européennes, analyses et perspectives.

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    Post-scriptum :

    Concernant la nouvelle (et sans doute pas dernière) éructation des pseudo-"maoïstes" du 'p''c''mlm' contre "l'extrême-gauche en réalité ultra-gauche" qui "nie le fascisme" (suivie d'une déclaration d'amour au PS), nous avons d'ores et déjà répondu sur tous les points ici : Considérations diverses - 28/04/2014. L'"extrême-gauche" dont ils parlent (et dont nous faisons partie) ne nie absolument pas le fascisme mais au contraire le combat AU QUOTIDIEN, SUR LE TERRAIN et SOUS TOUTES SES FORMES (islamophobe/"anti-remplaciste" comme antisémite/conspi, Zemmour-Finkielkraut comme Dieudonné-Soral), contrairement à eux derrière leur ordinateur et de manière sélective (ce qui n'est pas ouvertement et viscéralement antisémite n'est pas vraiment fasciste, alors que par contre ce qui dénonce la colonisation et l'apartheid sioniste en Palestine l'est un peu "sans le savoir").

    La question n'est pas le refus du Front des progressistes contre le fascisme, mais AVEC QUI construit-on ce Front. Pour nous, l'équivalent actuel de la SFIO est précisément cette "extrême-gauche anarcho-trotskyste", "altermondialiste", "marxiste-léniniste", "post-moderne", "Indigène de la République" ou encore "régionaliste de gauche" qu'ils rejettent comme "anticapitaliste romantique" et "poreuse au fascisme" : des forces qui avec toutes leurs limites appartiennent au Camp du Peuple et soulèvent (parfois voire souvent) des questions auxquelles notre tâche est d'apporter des réponses marxistes, et non de les balayer d'un revers de main comme "petites-bourgeoises". Pour eux... c'est le PS de Valls, Dray, Cambadélis et Filipetti, qui descend effectivement de la SFIO des années 1930 mais n'a plus rien à voir aujourd'hui : il est l'équivalent du PARTI RADICAL de l'époque, qui était l'aile "gauche" de la grande bourgeoisie capitaliste et qui fournira des contingents considérables de collabos à Vichy et au nazisme. Les radicaux (Daladier, Herriot etc.) avaient, certes, fait partie du Front populaire de 1936... pour mieux le torpiller au bout d'un an, et paver la voie au "choix de la défaite" de 1940. Ce n'est pas parce que nous assumons (en ce qui nous concerne) l'héritage historique révolutionnaire du siècle dernier que nous ne devons pas essayer de comprendre et éviter de refaire les erreurs du mouvement communiste de cette époque (que le PCF ne fut pas des moindres à commettre, avec pratiquement la liquidation de toute identité révolutionnaire de classe pour se gagner l'alliance des radicaux "premier parti de France").

    Quant à la thèse (dénoncée) du "fascisme moderne" de nos camarades du PCmF, nous avons déjà expliqué qu'il ne s'agit que d'un CONSTAT DE BON SENS de la situation actuelle et de sa différence avec celle des années 1930 : la bourgeoisie actuelle se voit poser des exigences ultra-réactionnaires par la crise générale du capitalisme (effondrement du taux de profit), mais pas (encore) par un mouvement populaire révolutionnaire puissant. En 1970 le gépiste André Glucksman (également critiqué par le 'p''c''mlm') parlait lui aussi d'un nouveau type de fascisme, différent des années 1930, car la réalité est qu'il y avait un mouvement révolutionnaire puissant, inquiétant le pouvoir pompidolien, mais pas (encore) de grande crise économique. Dans l'Entre-deux-guerre il y avait LES DEUX, une crise extrêmement profonde du capitalisme et des mouvements révolutionnaires puissants, inspirés de surcroît par la victoire bolchévique en Russie, notamment en Italie au début des années 1920 et en Allemagne vers 1930 : c'est ce qui a conduit au fascisme sous sa forme de l'époque, qu'il serait ridicule de chercher à apercevoir aujourd'hui.

    Quand bien même, d'ailleurs, les deux conditions seraient à nouveau réunies, il existe d'autres énormes différences avec les années 1920-30 : ainsi, par exemple, nos sociétés actuelles ne sont pas des sociétés d'anciens combattants marquées par la Grande Boucherie de 14-18. À l'époque, les formations paramilitaires (essentiellement constituées de ces anciens combattants) n'étaient nullement l'attribut exclusif du fascisme : la social-démocratie avait les siennes, le mouvement communiste avait les siennes et les batailles rangées faisant plusieurs morts étaient monnaie courante. Dire qu'il n'y a pas de montée du fascisme parce qu'il n'y a "pas de milices" massives, visibles et organisées militairement est donc une erreur potentiellement lourde de conséquences (pour le coup, c'est plutôt une erreur "ML" ou trotskyste que du 'p''c''mlm'). Ou encore, la première moitié du 20e siècle était (face à la crise générale du capitalisme) l'époque du passage d'un État "minimaliste" et régalien à un État interventionniste dans l'économie et la politique sociale, de l'affirmation d'un "capitalisme à visage humain" (ainsi le capitalisme était-il perçu par les masses allemandes non-juives et non-tziganes à la fin des années 1930 !) fut-ce au prix de la guerre et de l'éradication des "ennemis intérieurs". Au contraire, depuis les années 1970 (nouvelle crise générale) la tendance dominante est plutôt à l'inverse et l'extrême-droite d'aujourd'hui se caractérise par sa grande "schizophrénie" sur ce point, avec son programme mariant allègrement Mélenchon (défense du "modèle social") et Nicolas Baverez (chasse aux "charges sur les entreprises" et au "racket fiscal", à "l'assistanat", aux "profiteurs"  - évidemment avant tout "étrangers" - et aux "fonctionnaires syndicalocrates", etc. etc.), là où le programme économique et social du Parti nazi était au contraire d'une (sinistre mais) grande cohérence (celui du fascisme italien un peu moins)... En bref, si l'on prend le fascisme sous la définition très générale de Dimitrov (dictature du Capital qui "tombe le masque" de la démocratie formelle), on peut alors le trouver sous de très nombreuses formes et pas seulement celle d'un parti d'extrême-droite nationaliste et (ouvertement) xénophobe comme le FN, l'UKIP, l'Aube Dorée ou la Ligue du Nord. Si, en revanche, on le cherche sous les habits et les discours de des années 1930, on risque fort de ne JAMAIS le trouver ou alors, en s'arrêtant au "plus ressemblant", de restreindre considérablement le champ de l'ennemi à combattre (un peu comme si l'Internationale communiste avait combattu les Chemises noires ou brunes, frange visible et activiste du fascisme, sans pointer et combattre le Grand Capital et les manœuvres de l'appareil d’État derrière).

     


    [1] Avec un peu plus de 13% (2,3 millions de voix) cette liste était alors passée devant celle du RPR et de "Démocratie libérale" emmenée par Nicolas Sarkozy, provoquant déjà un "mini-séisme" politique à l'époque... Le Front National venait de scissionner entre Le Pen et Mégret qui recueillirent respectivement 5,69% (1 million de voix) et 3,28% des suffrages (un peu moins de 600.000). S'y ajoutait également une autre "surprise" : la très droitière et eurosceptique liste CPNT de Jean Saint-Josse (6,77%, environ 1,2 millions de voix), de base géographique plutôt ouest-occitane ("Sud-Ouest") et violemment opposée aux positions anti-chasse et européistes de Verts, qui firent également un bon score (9,72%) avec Daniel Cohn-Bendit (dans le "Sud-Ouest" c'était typiquement un clivage "bipèdes"/"chevreuils", les intéressés comprendront). Au total, si l'on additionne, cela faisait tout de même (avec un million de votants en moins que cette année) quelques 28,8% (!) et plus de 5 millions de voix pour les forces eurosceptiques/europhobes à la droite de l'actuelle UMP... ce qui n'est pas rien ! C'est en 2004 (dans les 3,3 millions de voix en totalisant FN, De Villiers, CPNT, RPF, MNR etc.) et en 2009 (2,2 millions en additionnant FN, Libertas et "Debout la République") que la baisse, en revanche, avait été sensible ; mais le scrutin de 2014 n'a finalement fait que ramener au niveau de 1999. La différence aujourd'hui est que le FN "dépoussiéré" de Marine Le Pen a su rassembler et concentrer sur son nom ce "peuple souverainiste de droite", réduisant pratiquement à néant toute force entre lui et l'UMP (Dupont-Aignan, Asselineau, Christine Boutin etc.) ; alors qu'en 1999 il ne passait pas pour un "vote utile" au moment d'exprimer son désaccord avec l'Union européenne sur une base idéologique de droite.


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    Encore des analyses et des réactions au "séisme politiiiiique" FN du 25 mai


    Dans les quartiers populaires, on sait que le sort réservé par les gars-de-la-Marine tient en deux mots : bataille d'Alger. Mais on n'est pas non plus dupe des cris d'orfraie des grands partis bourgeois, en particulier "de gôôôche", qui ont produit la situation dans laquelle nous nous trouvons.

    Quartiers libres : La réalité en face

    État d'Exception : Entre les loups et les renards, une seule voie : l’autonomie

    Indigènes de la République : Les élections européennes et la montée du FN, un vote de race (il faut , évidemment, avoir compris la notion SOCIALE de "race" (1-2) et s'épargner ainsi des cris d'orfraie inutiles...)

    À Lyon, une mobilisation soi-disant "spontanée" ("évènement" Facebook) se révèle être un rassemblement "républicain" piloté par le PS et ses affidés, sous le drapeau tricolore et le drapeau tricolore, aux accents mêlés de la Marseillaise et de la Marseillaise. Le PS ou les nouveaux rad'soc' qui utilisent la crainte légitime d'une grande partie des classes populaires devant l'extrême-droite pour tenter de remobiliser un Peuple qui ne veut plus d'eux ; mais qui lorsqu'il n'y aura plus d'autre solution pour continuer à exister, à quelques rares Jean Moulin près, fourniront joyeusement au fascisme leurs cohortes de Pierre Laval et de René Bousquet, car c'est cela la "gauche" en fRance. Malheureusement pour eux, nous ne sommes plus en 1936 et la jeunesse progressiste, pas dupe, les a envoyé bouler : La lutte antifasciste n'a pas besoin du PS !

    Les communistes et tous les révolutionnaires ne referont pas les mêmes erreurs qu'il y a 80 ans : le Front antifasciste c'est l'union des révolutionnaires et des progressistes, du "Peuple vraiment de gauche" ainsi que (il ne faudrait pas l'oublier) des victimes désignées du programme terroriste de l'extrême-droite... pas la soumission aux hiérarques "républicains" ! C'est ce que dit en substance l'Union antifasciste toulousaine : Pourquoi nous ne nous associons pas à l’indignation face aux résultats du FN

    Sur la question de l'abstention et de la culpabilisation "républicaine" des classes populaires par les donneurs de leçons des partis dont elles se sont (à juste titre) détournées, quelques réactions populaires sur les réseaux sociaux :
    Moi mon pavé ne rentre pas dans vos urnes. En votant, je cautionne un systéme.
    Je suis abstentionniste

    Un petit comparatif mérite d'ailleurs d'être dressé : au Parlement européen, le plus proche allié que se sont pour le moment trouvés les 24 élus frontistes est la Ligue du Nord italienne. Il y a 4 ou 5 ans ce parti fascisant, ultra-réactionnaire, raciste etc. était au faîte de sa puissance. C'est le parti de Mario Borghezio que l'on voit, dans le célèbre documentaire Ascenseur pour les fachos, conseiller les Identitaires niçois et affirmer que "dans le fond nous restons les mêmes" avec une esquisse de salut romain... Depuis que, comme le prophétisait le dirigeant identitaire Fabrice Robert fin 2009, Marine Le Pen a "identitarisé le lepénisme" (abandon de la posture protestataire, provocatrice et "antisystème" ayant culminé autour de 2007 avec la période Soral, centrage sur une rhétorique anti-islam, travail d'implantation de terrain et de production de notables) pour ensuite lepéniser des millions d'esprits supplémentaires, elle en a fait de fait sa référence absolue. Il faut préciser que, comme son nom l'indique, la Ligue est née à la fin des années 1980 pour réclamer la sécession du Nord de l'Italie (Plaine du Pô, revendication abandonnée depuis au profit d'un "fédéralisme fiscal") et n'est réellement implantée que dans 11 régions du Nord et du Centre de l’État italien (au nord de Rome), soit "pour" une trentaine de millions de personnes, approximativement la moitié de la population "française". Ses scores doivent donc être multipliés par deux pour avoir une réelle idée de ce que cela représente. Aux élections parlementaires de 2008, elle récoltait 3 millions de voix et décrochait 60 sièges de députés et 25 de sénateurs (!). Aux européennes de l'année suivante, encore 3.127.000 suffrages et 9 euro-députés. Aux élections régionales de 2010, présente dans 8 régions sur les 13 concernées, elle remportait 2,75 millions de voix... et la présidence de deux d'entre elles, et non des moindres : le Piémont (Turin etc.) et la Vénétie (Venise), deux moteurs économiques du pays peuplés l'un et l'autre de près de 5 millions d'habitant-e-s. En outre, depuis l'année précédente et jusqu'en 2012, sa "déclinaison" méridionale (Mouvement pour les Autonomies, MPA) gouvernait la Sicile.

    La Ligue dirige par ailleurs (encore aujourd'hui) quelques 13 provinces sur 110 et plusieurs centaines de municipalités dont quatre de plus 50.000 habitant-e-s, la plus importante étant Vérone avec 265.000 personnes. Pourtant, aux échéances électorales de 2013 et 2014, elle s'effondre : moins d'1,4 millions de voix et 18 députés aux législatives de 2013, moins d'1,7 millions aux dernières européennes (5 députés seulement), perte du Piémont à des régionales anticipées le même jour, etc. Entre temps... il y a eu l'austérité, notamment avec le "gouvernement technique" de Mario Monti, ne représentant ni ne répondant devant aucune majorité parlementaire. Une paille. Sans avoir (certes) jamais cessé de l'être depuis sa fondation en 1860, ni sous la monarchie ni sous le régime mussolinien ni (depuis 1947) sous la "république", l’État italien est désormais au service du Capital, antipopulaire et policier comme jamais : qu'est-ce qu'un "parrain" bourgeois du parti de Borghezio pourrait demander de plus ? Certes il y a eu la spectaculaire apparition du mouvement Grillo (M5S), au populisme nébuleux et ambigu/inclassable, qui a peut-être favorisé son reflux et joue à présent le rôle du "grand méchant" épouvantail (alors que dès 1994, la Ligue avait été intégrée par Berlusconi dans ses majorités et ses gouvernements, avec parfois des ministères très importants : Justice, Défense etc.). Mais le fait est là : la Ligue du Nord a connu depuis 2012 un recul considérable. Voilà qui mérite que l'on y réfléchisse, sur le thème de "à qui profite le crime" des "séismes" électoraux d'extrême-droite...

    Le fascisme est le pourrissement ultime du système politique capitaliste, au service du sauvetage à tout prix du Capital en crise généralisée. On ne le combat pas en défendant ce même système politique qui l'a engendré, mais en unissant ceux et celles qui veulent sincèrement rompre avec lui - fut-ce avec idéalisme, réformisme et/ou "possibilisme". C'était le cas de la base et (peut-être) d'une partie de la direction SFIO en 1935. Ce n'était le cas ni des caciques ni de la militance (essentiellement constituée d'élus locaux) du Parti radical. Il en va de même pour le PS aujourd'hui.

    manif1 8

    L'antifascisme, c'est par exemple unir et mobiliser sur la base de "ni oubli ni pardon" pour nos camarades assassinés, comme il y a un an le camarade Clément Méric, auquel sera rendu hommage dans plusieurs villes au cours des semaines qui viennent (voir l'article ci-dessous).

     


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