• Réponse à un militant révolutionnaire maoïste sur Napoléon, Staline et d'autres petites choses


    Jusqu’à présent, il faut bien le reconnaître, SLP a beaucoup critiqué et polémiqué avec diverses ‘voix’ se réclamant du communisme mais, hormis quelques attaques niveau collège (ex-site ‘Futur Rouge’ à ne pas confondre avec l’OC-FR actuelle, zombie des forums ‘Oppong’, fossiles vivants du F‘ml’ et du F‘uc’, ‘centre’ ‘mlm’ de Belgique), il n’a jamais fait l’objet d’une critique communiste sérieuse, alors qu’il est certain que beaucoup n’en pensent pas moins. Ceci est pourtant indispensable pour avancer ! Finalement, nous y sommes. Nous avons reçu d’une personne révolutionnaire du Peuple, militant de l’OCML-VP (par l’intermédiaire de cette organisation, indiscutablement classée dans les camarades), un courrier nous remontant un peu sèchement les bretelles : en fait, il est vrai que nos articles qui disent beaucoup de choses manquent parfois de clarté, et ce camarade, donc, a cru y déceler une vision positive… de Napoléon Bonaparte !!! De là à être classé dans la même rubrique que Max Gallo, il n’y avait qu’un fort dangereux pas ; une réponse s’imposait donc.

    Et puis ce sera encore une fois l’occasion d’exposer, développer, sécréter la conception communiste du monde.

    Voici le courrier du camarade de VP :

    « Servir le peuple » et Napoléon 

    SLP (servirlepeuple.over-blog.com) n'est pas le plus mauvais exemple de militance virtuelle. Il a souvent des analyses intéressantes. Normal, il se réclame du maoïsme.

    SLP se dit plus proche du PCmF (Parti communiste maoïste de France) que de VP, c'est son droit. Il a le droit de penser, comme le PCmF, que la guerre populaire prolongée est le mot-d'ordre qui s'applique partout sur la planète, quelles que soient les conditions économiques, politiques, géographiques. Que cette guerre populaire prolongée a démarré en novembre 2005 en France, avec les révoltes dans les banlieues populaires, et que depuis, elle se développe partout, dans les usines, les quartiers, les universités...

    SLP établit un parallèle historique, plutôt juste, entre Staline et Napoléon, mais pour se positionner en défense de Staline. C'est son droit. Pourtant, ce que SLP n'a pas le droit d'écrire, c'est : « Personne en Europe, au 19e siècle, ne considérait que Napoléon avait été un contre-révolutionnaire ».

    Nous pouvons citer, en preuve du contraire, deux auteurs connus : Marx et Engels. Dès « La Sainte Famille », ils expliquent que Napoléon incarne, alors que le peuple a fait tout le travail, l'issue bourgeoise de la révolution. Engels, dans un article au New Moral World du 4 novembre 1843, explique : « La liberté politique est une liberté apparente, la pire sorte d'esclavage... L'hypocrisie ne peut subsister, la contradiction qu'elle dissimule doit ressortir ; nous devons avoir soit un véritable esclavage – c'est-à-dire un despotisme non déguisé – soit une liberté réelle et une égalité réelle, c'est-à-dire le communisme. Ces deux conséquences sont ressorties dans la Révolution française ; Napoléon établit l'une et Babeuf la seconde » (cité dans « Sur la Révolution française », Ed. Sociales, page 41).

    Et ce qui est éclairant pour la question de Staline, c'est cette distinction que font Marx et Engels entre politique intérieure, réactionnaire, et politique extérieure, encore révolutionnaire. Cette distinction entre contradictions internes et contradictions externes est à rapprocher de celle qui sépare et unit le contenu et la forme, ou l'être et le discours. « Napoléon balaye les mini-États malheureusement sans aller tout-à-fait jusqu'au bout. Face aux princes, il continue à être révolutionnaire » (Engels, Varia über Deutschland, op.cit. page 202).

    Enfin, autre témoin à charge, Toussaint Louverture. Nous sommes bien « au 19e siècle », même si c'est au tout début du siècle. Napoléon rétablit l'esclavage qui avait été aboli par la Révolution. Et pour ce faire, il envoie deux flottes écraser les Antilles. Inutile de dire que ces figures de proue, Toussaint Louverture, Marx et Engels, ne font qu'incarner un large camp, ouvrier et colonisé, qu'il faut escamoter pour affirmer que « personne au 19e siècle ne considérait que Napoléon avait été un contre-révolutionnaire ».

    Nous invitons SLP à revoir ces questions. Mais il peut aussi persister dans l'erreur, c'est son droit !


    Et voici la réponse de SLP :

    Camarades,

    Nous avons bien reçu ta lettre de critique et elle est la bienvenue ; bien que nous n'en comprenions pas trop l'agressivité [explication ultérieure, en substance : "qui aime bien châtie bien"...] sur un thème aussi mineur et qui, de surcroît, DATE : nous disons cela principalement dans l'article "Sur la question de Staline" qui date de fin 2009. Nos positions ont sensiblement évolué depuis, comme nous allons le voir ensemble.

    Sur la partie de ton courrier "Il a le droit de penser, comme le PCmF, que la guerre populaire prolongée est le mot d'ordre qui s'applique partout sur la planète, quelles que soient les conditions économiques, politiques, géographiques", SLP assume complètement : la Guerre populaire est la stratégie UNIVERSELLE de conquête du pouvoir par le prolétariat, même si elle revêt des formes, bien sûr, radicalement différentes selon les pays et les situations ; rassurez-vous si c'est ce qui vous inquiète, sauf situation comparable à la "Révolution nationale" de 1940-44 (avec ou sans chaperon étranger), un Yenan dans le Limousin n'est pas à l'ordre du jour. Pour ce qui est de "Que cette guerre populaire prolongée a démarré en novembre 2005 en France, avec les révoltes dans les banlieues populaires, et que depuis, elle se développe partout, dans les usines, les quartiers, les universités", c'est beaucoup moins caricatural que cela : une partie de la réponse se trouve dans notre note critique finale de cette traduction du (n)PCI : http://servirlepeupleservirlepeuple.eklablog.com/gramsci-et-la-theorie-de-la-guerre-populaire-en-pays-capitaliste-tres--a114072346   [Le (n)PCI, malgré les critiques que nous partageons avec VP sur sa ligne pro-Grillo, continue néanmoins à produire du matériel théorique digne a minima d'intérêt.]

    17e5eb0aSur Staline en revanche, SLP a eu tendance à évoluer. Le site était alors (notoirement) assez proche de la JCML 69, devenue OC-FR et qui s'est rapprochée du PCmF. Mais nous aurions tendance aujourd'hui à être beaucoup plus proches des positions de VP que de celles de l'OC-FR et du PCmF, pour ce que nous en connaissons. Nous trouvons d'ailleurs que si VP a un immense mérite, peut-être unique dans le paysage ML/MLM francophone, c'est d'avoir mené une analyse véritablement critique et profonde des expériences révolutionnaires du siècle dernier, même celle qui lui ‘plaît’ le plus (la Chine), pour comprendre leurs échecs. Rôle de la théorie des forces productives, etc. etc. SLP a d'autre part pris conscience de son identité populaire occitane, et ceci implique à notre sens une vision critique, pas mal de recul sur Staline, en particulier quant à son traitement des nationalités (la pratique des années 1930-40-50, pas la théorie des années 1910-20) : déportation des Tchétchènes et autres peuples, liquidation de Sultan-Galiev, des bundistes avant-guerre puis des antifascistes juifs ‘cosmopolites sans racines’ ( !) après, etc. etc. [Il y a d'autres choses critiquables évidemment, mais c'est ce qui nous concernant nous a fait "prendre du recul" ; considérant également que faire la révolution à partir du Centre est un facteur énorme de dérive contre-révolutionnaire. Nous pensons également qu'en Chine le suprématisme han (question du Tibet etc.) est une problématique que Mao n'a peut-être pas suffisamment abordé et bien traité.]

    Venons en maintenant à Napoléon. Là, camarade, il se trouve en fait que la plupart des réponses à tes interpellations se trouvent… dans ton propre texte. Tu dis par exemple que Marx et Engels "dès "La Sainte Famille", expliquent que Napoléon incarne, alors que le peuple a fait tout le travail, l'issue bourgeoise de la révolution" : SLP ne dis pas autre chose !!! Lorsqu’il est dit qu'au 19e siècle Napoléon était considéré comme un révolutionnaire, il faut bien évidemment entendre "considéré PAR LA BOURGEOISIE (petite, moyenne et grande, et la paysannerie propriétaire ou fermière un minimum aisée, les anciens laboureurs) comme un révolutionnaire BOURGEOIS". Mais cette classe était alors intellectuellement hégémonique et influençait aussi beaucoup de prolétaires, dont Napoleonbeaucoup d’ailleurs n’étaient pas nés prolétaires mais paysans, artisans etc. C'est ce qui explique le triomphe de son neveu en 1848, y compris dans des départements votant massivement "républicain radical" ou "démocrate-socialiste" peu avant ou peu après, et y compris dans le Paris des Journées de Juin

    Tu poursuis : "c'est cette distinction que font Marx et Engels entre politique intérieure, réactionnaire, et politique extérieure, encore révolutionnaire. Cette distinction entre contradictions internes et contradictions externes est à rapprocher de celle qui sépare et unit le contenu et la forme, ou l'être et le discours. « Napoléon balaye les mini-États malheureusement sans aller tout-à-fait jusqu'au bout. Face aux princes, il continue à être révolutionnaire » (Engels, Varia über Deutschland, op.cit. page 202)", et là encore c'est exactement ce que SLP a voulu dire, entendu à l'échelle européenne... encore que ce soit à relativiser, car les bourgeoisies libérales ibériques, italiennes ou encore allemandes avaient aussi en tête l'hégémon qu'était finalement devenu Napoléon, opprimant leurs nations. Mais ses aspects positifs étaient reconnus, la bourgeoisie savait parfois être dialectique, et les carbonari italiens accueillirent par exemple son neveu ‘Badinguet’ (futur Napoléon III) dans leur société secrète.

    En réalité,

    - Tu lis peut-être assidument Servir le Peuple, ou pas, mais nous avons procédé depuis bientôt un an à une PROFONDE ANALYSE de la société 'française' et européenne dans laquelle nous vivons et de sa construction historique ; ce que le 'p''c''mlm' appelle une 'pensée' et dont l'arrogance avec laquelle il brandit cela, et la nullité réactionnaire de la sienne, n'induit pas qu'il ne faille pas en produire une. Comme il a été dit plus haut, VP a hautement contribué à la pensée communiste internationale par son analyse critique profonde des expériences socialistes du 20e siècle ; on peut ne pas être d'accord sur tout mais au moins ils l'ont fait, ce qui n'est pas le cas de tout le monde, beaucoup se limitant à dire "URSS jusqu'en 1953 super, après caca" et idem pour la Chine (avec 1976).

    Donc SLP s’est penché sur cela, peut-être avec un certain parti-pris occitan mais bon, pour en revenir au sujet, nous en sommes arrivés à la conclusion que la "révolution" française et ses ondes de choc européennes jusque tard dans le 19e siècle n'a pas été une VRAIE révolution, au sens de "mode de production en remplaçant un autre". Il restait des ‘droits’ féodaux sur les terres et les personnes mais il y avait longtemps que comme mode de production (en "part du PIB" si l’on peut s’exprimer ainsi) le capitalisme avait totalement supplanté le rapport social féodal, depuis le 16e siècle vraisemblablement, si ce n’est pas la fin du 15e. Dans le champ politique, cette révolution véritable avait été menée par l'État moderne de la monarchie capétienne, qui s'est construit entre autres par la conquête de notre Peuple occitan. La "révolution bourgeoise" était donc (en fait) plutôt une "restructuration radicale" d'une superstructure étatique devenue obsolète face au défi de la révolution industrielle, à laquelle les forces productives de la fin du 18e siècle appelaient de toutes leurs forces, surtout que les Anglais et quelques autres avaient déjà commencé. Tout cela est abordé ici, en point 1 : http://servirlepeuple.over-blog.com/article-considerations-diverses-fin-octobre-2013-etat-et-revolution-bourgeoise-affaire-leonarda-khatchi-120703693.html

    Napol on franchissant le col du Grand Saint Bernard 2- DANS CE CADRE donc, dans ce sens là de "révolution", Napoléon a été éminemment et principalement un "révolutionnaire" d'un point de vue bourgeois : la bourgeoisie lui doit ni plus ni moins que son État, l'État bourgeois français actuel, son cadre juridique (même si modernisé depuis par-ci par-là) autrement dit sa "volonté faite loi"… rien que ça ! Aucun régime ultérieur n'est revenu sur cette part de l'œuvre. C'est dans ce sens qu’il faut comprendre qu'au 19e siècle, "personne", au sens de la grande masse politiquement consciente de la population, encore constituée largement de paysans propriétaires, de boutiquiers, d'artisans indépendants et autres petits entrepreneurs, d’intellectuels et de bourgeois proprement dits, mais aussi… de beaucoup d’ouvriers ‘en soi’ mais pas ‘pour soi’, restés des paysans ou des artisans dans leurs têtes, ce "personne"-là donc, ne considérait Napoléon comme un contre-révolutionnaire. Il avait réellement donné à l'Hexagone le cadre politique adéquat pour la révolution industrielle naissante. Les Montagnards, Jacobins et autres Cordeliers allaient trop loin : ils étaient, avant l'heure, des radicaux-socialistes ou des sociaux-démocrates, et il aurait fallu pour cela que la révolution industrielle ait déjà eu lieu [et de toute façon, l'objectif de leurs argentiers était de rétablir (au moyen d'une démagogie "sociale" envers le petit peuple de Paris) la suprématie du Centre bourgeois parisien sur les bourgeoisies "provinciales" et les Peuples, et nullement de fonder une quelconque république démocratique et égalitaire réelle [1]]. Les royalistes voulaient revenir à ce qui avait justement fait son temps ; et les thermidoriens/directoriens n'avaient PAS de vrai projet, de vraie "vision", ils n'étaient pas des "Princes modernes" comme dit Gramsci, ces Princes de Machiavel que devaient être les leaders révolutionnaires bourgeois et que doit être maintenant (Prince collectif) l'avant-garde prolétarienne, le Parti. Napoléon (pas seul bien sûr, avec des gens autour de lui, des conseillers) a été ce "Prince" pour la bourgeoisie et ses nécessités d’alors, régnant 15 années d’affilée alors qu’aucun gouvernement depuis 1789 n’avait fait long feu. L'on considérait en revanche, très largement, que Napoléon avait aussi commis de (graves) erreurs ; tout ceci étant finalement bien résumé dans "Les Châtiments" du monument de la pensée bourgeoise qu'est Victor Hugo.[2]

    Et il était dit, dans l’article incriminé, la même chose de Staline D’UN POINT DE VUE COMMUNISTE/PROLÉTARIEN : un révolutionnaire, indiscutablement, mais ayant commis des erreurs, pour ne pas dire des fautes (suivant le principe perseverare diabolicum) qui ont PERMIS le processus restaurationniste qui ne commencera réellement qu'après sa mort car de son vivant, sa propension au limogeage voire à la fusillade permettait certes à une néo-bourgeoisie de se former mais pas de se STABILISER. SLP est toujours assez largement sur ce point de vue. Dans un vieux Partisan de 2003 (nous semble-t-il), traitant du sujet, il était dit en substance que ‘‘Staline était révolutionnaire d’un point de vue bourgeois, mais réactionnaire d’un point de vue prolétarien’’. C’est en substance ce que SLP essaye de dire, mais en y mettant de la subtilité. Ce pourrait être exactement ce qui est dit, stalpeut-être, en ajoutant ‘objectivement’ avant ‘réactionnaire’ – car l’intentionnalité restait selon nous révolutionnaire, marxiste-léniniste, mais avec de lourdes erreurs comme la ‘‘théorie des forces productives’’, la productivité à tout prix au détriment de la ‘communisation’ dans les relations sociales etc.

    Mais tu sembles en fait obnubilé, camarade, non pas par être sainement critique mais par REJETER absolument Staline, te démarquer à tout prix (et démarquer le maoïsme) de celui que la propagande capitaliste a érigé en ‘égal d’Hitler’, si bien que pour toi SLP défend Staline (ce qui n’était déjà pas exact fin 2009, et encore moins maintenant), donc SLP a une admiration – et beaucoup de mal à la refouler – pour Napoléon, et tout le propos du site n’est lu qu’à travers les lunettes brouillées de cet a priori préconçu.

    En réalité, la majeure partie du "gros œuvre" napoléonien a été réalisée sous le Consulat (1799-1804), mais à partir du moment où il se sacre empereur, Napoléon singe ouvertement l'Ancien Régime (un curieux mélange de Louis XIV, Charlemagne et Charles Quint…) et c'est ce qui amènera finalement l'original "édulcoré" (Louis XVIII) à triompher sur la copie avec la Restauration, qui n'est pas vraiment une "contre-révolution" (la "révolution" n'en étant déjà pas une !) mais disons, dans la grande marche du capitalisme vers le pouvoir social total, depuis les "petites révolutions" urbaines du Moyen Âge jusqu'à l'apothéose de la fin du 19e, une "pause-rétrocession", une "petite marche arrière" : on a globalement le régime que l'on aurait eu si Louis XVI n'avait pas fait le con et été renversé en 1792 (mais tout rentre vite dans l'ordre dès 1830). Bref. Parmi ces erreurs, il y a le singeage de l'Ancien Régime et de sa Cour ; ou encore l'expansionnisme qui lui aliène les peuples européens, même les bourgeoisies libérales (comme les constitutionnels ‘espagnols’ de Cadix en 1812).

    Le rétablissement de l'esclavage en est éminemment une, même d'un point de vue bourgeois, puisque ce mode de production aux colonies avait clairement fait son temps et montré ses limites, en plus de choquer la conscience humaine induite par le niveau des forces productives. Et pire encore fut, bien sûr, la guerre d’extermination menée en Gwadloup et en Haïti pour remettre la population noire dans les chaînes : l’historien Claude Ribbe parle de peut-être 80.000 mort-e-s (voire plus, Wikipédia évoque 100.000) pour Haïti et ce document d'un camarade ML (p. 6) de 10.000 pour la Guadeloupe (10% de la population en quelques semaines) ; étant considéré qu’un ‘nègre’ qui avait ‘goûté’ à la liberté ne pouvait plus être remis en esclavage, et devait donc mourir pour être remplacé par de nouveaux esclaves. Mais les ‘exploits’ colonialistes napoléoniens ne se limitèrent pas aux Caraïbes : quelques années auparavant il y avait eu l’expédition d’Égypte (1798-1801), pour soustraire ce pays à l’influence anglaise et (déjà !) y envisager le percement d’un canal reliant la Méditerranée à l’Océan Indien. Différentes autorités politiques et religieuses déclarèrent (on s’en doute) le djihad contre l’envahisseur et un moudjahidin, le Kurde syrien Suleyman al-Halabi, exécuta le général Kléber (qui s'était déjà "illustré" quelques années plus tôt en Vendée et Bretagne) que Bonaparte rentré à Paris (pour y prendre le pouvoir) avait laissé sur place comme proconsul investi des pleins pouvoirs. Pour cet acte patriotique, il sera jugé ‘conformément’ aux usages égyptiens et… empalé vif ! La description - par des témoins de l'époque - de ce supplice atroce fait véritablement frémir... D’une manière générale, les exactions de Napoléon puis (surtout) de Kléber rappelèrent aux peuples d'Égypte et du Machrek le temps des Croisades - la poudre à canon en plus. D’une manière générale, donc, la politique de Napoléon outre-mer aura été une sanglante préfiguration de ce que sera la politique coloniale ‘française’ à l’ère du capitalisme triomphant (puis des monopoles), ère que le Premier Consul justement inaugurait.

    Nulle "contre-révolution" ici donc : si la "révolution" dont nous parlons est BOURGEOISE, nous n'avons là rien d'autre que le règne de la bourgeoisie dans toute sa "splendeur". Tu sembles en fait faire de "révolutionnaire" et "contre-révolutionnaire" des notions de "Bien" et de "Mal" avec un regard de 2013 : ce n'est pas matérialiste. Tout au plus peut-on parler de "mieux" : une révolution, changement radical de l'ordre politique, économique, social et intellectuel, amène généralement une amélioration de la condition humaine. Personne aujourd'hui n'aimerait vivre au Moyen Âge, par exemple. Pourtant cette époque était "révolutionnaire" par rapport à l'Empire romain où régnaient l'esclavage, les jeux de cirques etc. Le christianisme et l'islam, principales forces révolutionnaires de l'époque (devenant forces matérielles à travers les conquérants arabes et germaniques), avaient humanisé la condition du producteur : ils lui avaient donné quelques 'droits de propriété' sur sa propre personne, sa force de travail, ses biens d'usage et même ses moyens de production, ce que n'avait pas l'esclave antique. La considération pour la vie humaine s'était accrue en conséquence, le droit ‘de vie et de mort’ avait reculé, il fallait un procès pour pendre haut et court le serf contrevenant alors que l'esclave romain était crucifié sur simple ordre de son maître. Le capitalisme élève encore la considération pour l'être humain, devenu propriétaire plein et entier de lui-même mais privé (par contre) peu à peu de tout moyen de production ; il le fait cependant par un ‘tour de passe-passe’ : en réservant cette reconnaissance à une partie de l'humanité, "pleine et entière" en quelque sorte, et en en privant le reste. On distingue d'abord la ville (le bourgeois qui ne veut alors pas du tout dire "riche", mais "vivant en ville") de la campagne (qui reste sous régime féodal), puis le "sans feu ni lieu" du "bon père de famille" (le génocide des "vagabonds" entre le 15e et le 17e siècle est aujourd'hui bien tombé dans l'oubli), et bien sûr le chrétien du ‘païen’, du ‘barbare’ et de l'‘infidèle’ (musulman, juif, hérétique) ; puis on s'aperçoit que ces foutus curés ne peuvent pas s'empêcher de christianiser tous les sauvages qu'ils rencontrent, alors on crée le "blanc", la personne "de type européen" synonyme de "civilisée" ; au sein de quoi, ensuite, interviennent les différences de patrimoine, mais sur le papier les "droits" sont les mêmes. Napoléon était totalement sur cette ligne, il ne s'en est jamais écarté. Sa mission historique de "révolutionnaire" bourgeois était de briser les dernières subsistances de régimes juridiques différents selon les personnes : entre ordres (nobles, religieux et autres), entre régions, entre branches de métier (corporations etc.). Mais entre personnes BLANCHES, "civilisées".

    Nous sommes assez choqués par l’accusation d'oblitérer ces points alors qu’ils sont assez souvent mis en avant sur SLP, saluant la mémoire de Louverture et Delgrès. Par contre, "Inutile de dire que ces figures de proue, Toussaint Louverture, Marx et Engels, ne font qu'incarner un large camp, ouvrier et colonisé"... là camarade c'est toi qui fais erreur, et lourdement : il y a un pas entre saluer le rôle historique de Louverture (dans la prise de conscience, en synthèse, que les droits démocratiques proclamés par la bourgeoisie au 18e siècle n’étaient pas "réservés aux blancs", comme le disaient la plupart de leurs proclamateurs eux-mêmes) et en faire un révolutionnaire prolétarien ou anti-impérialiste sur le même plan que Marx et Engels (qui au début étaient ‘légers’ en anti-impérialisme, au demeurant). Si l'on schématise la société coloniale qu'était alors Saint-Domingue, le "nègre évolué" qu'était Louverture était un "moyen-bourgeois", l'équivalent des Conventionnels de 1792-94 : affranchi depuis une vingtaine années (lorsque les évènements commencent en 1791), il est alphabétisé et en excellentes relations avec son ancien maître, il possède une petite plantation de café et même... quelques esclaves. Il était né esclave (équivalent colonial de prolétaire) puis avait été affranchi et avait gravi l’échelle sociale, comme en cette fin du 18e siècle d’innombrables personnes du peuple, en Hexagone, étaient devenues moyennes-bourgeoises – ce sera justement l’un des moteurs de la "révolution". Les "mulâtres" (métis à dominante blanche) étaient les grands bourgeois et les "blancs" les grands propriétaires, les oligarques (la plupart dégageront dans les années 1790, Dessalines fera massacrer les derniers en 1804). Les noirs affranchis de fraîche date étaient les petits bourgeois (aux côtés de quelques ‘petits blancs’) et les esclaves, les prolétaires. Louverture a donc été un révolutionnaire moyen-bourgeois ; d'ailleurs il calqua beaucoup son régime sur celui de Napoléon (champion de cette force sociale en Hexagone) : il mit en place un régime semi-autocratique de type césariste, très proche de celui de Bonaparte à Paris avec Cour, étiquette etc. mais dont le centre du pouvoir était l'armée noire (l'armée mulâtre de Rigaud étant écrasée en 1800, les planteurs blancs rappelés mais subordonnés et les représentants français renvoyés en métropole). Son successeur Dessalines se proclamera même empereur le 2 septembre 1804, après Napoléon donc, mais se fera couronner le 8 octobre... pour l'être avant (2 décembre pour le ‘petit caporal’) ! Sauf que dans la situation concrète précise, c'était progressiste et Napoléon, en effet, était le réactionnaire. Mais Louverture comme Dessalines restaient des bourgeois préoccupés de production et de commerce national, et c'est ainsi qu'ils mirent en place ce que l'on appelle le "caporalisme agraire" ou "règlements de culture" : les esclaves "libérés" restaient assignés sur les anciennes plantations, sous encadrement militaire, pour produire à coups de cravache le sucre - alors presque unique richesse de l'île. Par la suite, Dessalines sera liquidé par la ‘caste’ des mulâtres – Pétion etc., souvent ralliés de la dernière heure à l’indépendance – et ses partisans se réfugieront au Nord du pays avec Henri Christophe (qui se proclamera ‘roi’…) ; mais les uns comme les autres pratiqueront allègrement le ‘caporalisme agraire’. Jean-Pierre Boyer (mulâtre) réunifiera l’île en 1820 mais, sous la menace d’une nouvelle invasion, il signera avec Charles X un terrible traité de ‘réparations’ pour l’expropriation des plantations esclavagistes ; racket à l’origine de la misère actuelle d’Haïti. Eh oui ! Encore une fois il y a un (sacré !) pas entre reconnaître la valeur historique d'un personnage et l'idéaliser…

    vertieres-3

    Pour ce qui est, enfin, de la citation "La liberté politique est une liberté apparente, la pire sorte d'esclavage... L'hypocrisie ne peut subsister, la contradiction qu'elle dissimule doit ressortir ; nous devons avoir soit un véritable esclavage – c'est-à-dire un despotisme non déguisé – soit une liberté réelle et une égalité réelle, c'est-à-dire le communisme. Ces deux conséquences sont ressorties dans la Révolution française ; Napoléon établit l'une et Babeuf la seconde" (bien d’autres que Babeuf auraient pu être cités : les sections sans-culottes, les Enragés de l'abbé Jacques Roux - souvent confondus avec les "Exagérés" comme Hébert - qui inspirèrent Babeuf et plus tard les Canuts, les Demoiselles d’Ariège, les sociétés républicaines ouvrières sous Louis-Philippe, les partisans de ‘la Sociale’ en 1848-51 etc.) ; c’est en substance ce qui est dit dans un passage de l’article en lien plus haut : "Les grosses ‘machines’ monarchiques étaient devenues des freins à l'‘appel’ des forces productives, ‘appel’ à la révolution industrielle, et même dans les ‘républiques’ qu'étaient alors les grandes villes, ou des territoires ruraux comme les Escartons alpins, ou encore bien sûr les cantons suisses, les Provinces-Unies néerlandaises et les Cités-États italiennes, le pouvoir était devenu oligarchique, monopole de quelques grandes familles dominant les corporations, et empêchait les nouvelles couches bourgeoises, tournées vers la modernité, de se développer pleinement. Il fallait donc un ‘changement radical’ et ce furent les ‘révolutions’ bourgeoises de 1789 à 1871 environ ; mais ce ne furent pas de véritables révolutions au sens où un mode de production (le capitalisme) en aurait renversé un autre (la féodalité) régnant alors sans partage, et n'aurait réellement pu exister qu’ainsi. Cette véritable révolution-là, c'est la construction monarcho-grande-bourgeoise des États modernes qui l'a menée (et les révolutions républicaines oligarchiques de Suisse, des Pays-Bas, des cités italiennes aux 13e-14e siècles etc.). C'est ce qui explique les grandes ambiguïtés de cette période 1789-1871, le jeune prolétariat et la paysannerie pauvre, eux, voulant mener ce ‘changement radical’ jusqu'au bout, c'est-à-dire au socialisme (hélas pas encore théorisé scientifiquement comme tel), et ne récoltant généralement que des volées de plomb…"

    Voilà, nous pensons avoir fait le tour.

    Nous ne souhaitons pas polémiquer sur la "militance virtuelle" (comme si un site, qu'on se casse le derrière à faire tous les jours ou presque, n'était pas une réalité donc une force matérielle, donc une pratique, ce en quoi nous sommes pour le coup complètement d'accord avec le 'p''c''mlm') ; ni sur l'éventuelle "non organisation", comme si une personne non organisée était forcément "inférieure" théoriquement à une personne organisée, ce qui relève selon nous, comme le disait un camarade il y a quelques années, du mépris du peuple... Ceci n'étant de toute façon plus valide depuis septembre dernier puisque, conformément aux analyses menées depuis 2 ans, SLP est entré dans une démarche de construction d'un Parti communiste révolutionnaire d'Occitanie (tu ne seras peut-être pas d'accord, inutile là aussi de polémiquer), comme il y un PC maoïste de Galice ou un PC maoïste de Manipur (en Inde). Pour le coup le PCmF ne sera pas d'accord non plus, à vrai dire pas grand monde ne le sera, tant le mythe selon lequel l'État français se confond avec une "nation" est fort même dans les secteurs les plus avancés des masses populaires. Auparavant, en effet, après une brève expérience d'encartage politique, s’était imposée la conclusion que la démarche SLP n'avait de sens qu'EN DEHORS de toute organisation, de tout "centralisme" aussi nécessaire qu'hélas souvent stérilisant ; dans une logique d’"interpellation permanente", par une "voix du peuple avancé", des organisations qui, pour avoir un sigle, croient souvent détenir seules la vérité. À la hauteur des modestes moyens, l’impression aujourd'hui est que le résultat démontre la validité de ce choix…

    Fraternellement,

    SLP



    [1] À l’Assemblée législative (1791-92) comme à la Convention (1792-95), l’actuelle Île-de-France ne totalisait que 49 députés sur près de 750. Il y a véritablement eu un 1789 de "province" (s'il n'est pas carrément possible de dire que 1789 est un mouvement de "province" avant tout) très largement jailli des affrontements entre le pouvoir central (monarchie) et les pouvoir locaux (Parlements, États provinciaux, municipalités) en défense de ces derniers, après des épisodes comme la Journée des Tuiles à Grenoble. En 1790 sont institués les départements, dotés chacun d'un Conseil départemental ; mais il est vraisemblable que personne à la Constituante ne voyait strictement de la même manière les pouvoirs de ces assemblées face à l’État central : pour beaucoup, la France devait être en dernière analyse une fédération de départements - on appellera ce courant les fédéralistes, qui se confondront dans une certaine mesure avec le parti de la Gironde. Il fallait donc, à la grande bourgeoisie parisienne/centraliste, passer par un autre biais pour conserver sa prééminence : ce sera une démagogie populiste ‘sans-culotte’ mobilisant le petit peuple de Paris pour ‘faire pression’ sur les Conventionnels et écraser les bourgeoisies de 'province' tout en conjurant la menace de l'invasion étrangère ("On ne gouverne pas en temps d’exception selon les méthodes normales : il faut donc accepter les moyens révolutionnaires – La bourgeoisie ne peut s’isoler du peuple : il faut donc satisfaire ses demandes – Mais la bourgeoisie doit demeurer l’élément dirigeant dans cette alliance : la Convention doit donc prendre l’initiative des mesures révolutionnaires" dit en substance un discours de Barère du 18 mars 1793) ; démagogie qui en Hexagone sera (trop) longtemps confondue avec la ‘version française du socialisme’. La Montagne, les Jacobins et autres Cordeliers, idéalistes égalitaristes sociaux, se feront les serviteurs naïfs de ce plan avant d'être éliminés une fois leur tâche accomplie. Tandis que l’État plonge dans une crise économique sans précédent (il se trouvera finalement en faillite en 1797...), le peuple parisien est transformé en plèbe romaine ‘au pain’ (Loi du Maximum sur les grains et farines) et ‘aux jeux (les exécutions quasi-quotidiennes sur la place de la Révolution...) alimentée par le pillage (‘réquisitions’) du reste de l'Hexagone puis des conquêtes extra-hexagonales (Belgique, Italie, Allemagne...). Les insurrections fédéralistes girondines (en Occitanie, Arpitanie - Lyon - et Normandie surtout) et les guérillas paysannes "catholiques-royales" de Bretagne et du "Grand Ouest" (ainsi que les résistances... anti-annexionnistes de Savoie, Nice, Belgique etc.) sont sauvagement réprimées par les "représentants en mission" de la Convention ; un aboutissement de tout cela pouvant être vu dans la loi ultra-centralisatrice du 14 frimaire an II - 4 décembre 1793 (car outre les "fédéralistes" et autres "contre-révolutionnaires" et "ennemis de la liberté", les "représentants en mission" s'étaient souvent trouvés en conflit... avec les Jacobins, les Communes, les sections sans-culottes et les tribunaux révolutionnaires locaux !). Lorsque les choses commenceront à "partir en live" (début 1794) seront d'abord éliminés (fin mars) les "gauchistes" "Exagérés" d'Hébert (s'il n'avait pas été assassiné 9 mois plus tôt, Marat aurait peut-être été de la charrette...), à ne pas confondre avec les "Enragés" de Jacques Roux et Varlet (démocrates égalitaristes proto-socialistes 'brisés' dès septembre 1793, et auxquels Marat et Hébert étaient plutôt hostiles) ; puis début avril Danton (avec ses partisans), lequel passait plutôt jusque-là pour le 'référent' de la grande bourgeoisie [avec d'autres comme Philippe "Égalité" d'Orléans (qui siégeait "avec les Cordeliers au milieu de la Montagne" et dont Marat fut longtemps proche, il finira néanmoins guillotiné, devenu suspect après la défection de son fils - le futur Louis-Philippe - aux côtés de Dumouriez), le spéculateur Pereyra, l'aventurier Guzmán, les Laborde de Méréville père et fils (parvenus occitans "montés à Paris"), l'(autre) Occitan grand propriétaire terrien et opportuniste politique de première Barère de Vieuzac (par ailleurs pourfendeur acharné des langues populaires nationales) au sein du Comité de Salut Public, etc. etc. - toute une "bande noire" de hauts financiers, spéculateurs sur le rachat des "biens nationaux" (terres et édifices seigneuriaux et - surtout - d'Église expropriés et mis en vente, dont bon nombre seront transformés... en usines, contribuant ainsi au lancement de la révolution industrielle), etc. ; en réalité la pointe émergée du Grand Capital financier naissant (phénomène bien sûr incompréhensible à l'époque, et donc réduit à une "conspiration" de "coquins") voulant en définitive une forme de gouvernement oligarchique appuyée sur "le peuple" lorsque de besoin, un régime finalement très proche de ce que sera (sans la démagogie sociale guillotineuse devenue inutile et même dangereuse)... le Directoire après Thermidor (et pour cause puisque ce sont essentiellement les "ultras" de la répression en "province" liés à ce "plan" de la bourgeoisie parisienne/centrale qui renverseront et liquideront Robespierre), ou encore la Monarchie de Juillet instaurée en 1830 (avec le fils d'"Égalité" sur le trône !)]. Robespierre "l'incorruptible" et ses partisans resteront seuls en lice, tandis que se met rapidement en place la coalition qui les liquidera en juillet (9 thermidor) - de fait, l'histoire a toujours montré que lorsque "la révolution dévore ses enfants", le "coup de barre" à droite n'est jamais très loin. Le Grand Capital tricolore pourra alors instaurer son 'Directoire', régime censitaire où seule une minorité bourgeoise pouvait réellement voter, puis, devant les difficultés de celui-ci, le 'césarisme' du petit caporal corse Bonaparte, qui mettra 'tout le monde d'accord' par une politique alliant fermeté et compromis et fondera réellement l’État français contemporain.

    Ce n'est donc pas un hasard si, références absolues de la gauche bourgeoise et petite-bourgeoise depuis l'époque, la Montagne et "93" ont également pu être sans problème celles des fascistes venus de ladite "gauche" (Déat et ses 'néo-socialistes', Valois, Doriot etc., loin d'être "anti-Lumières" comme peut le prétendre Zeev Sternhell). Sur les financements des "tribuns du peuple" jacobins/cordeliers comme Hébert ou encore Marat, lire ici c'est édifiant... Intéressants à lire aussi, ces quelques extraits (ici aussi) de Bourgeois et Bras Nus du "marxiste libertaire" Daniel Guérin, qui reviennent bien sur cette époque et son double aspect contradictoire [nous aurons juste un petit désaccord sur l'explication de la contradiction Montagnards/Girondins, clairement et totalement liée selon nous à la vision centraliste parisienne de la jeune république des premiers opposée à la vision "fédération de départements 'cités-États' de leurs chefs-lieux respectifs" (façon Suisse ou États-Unis) des seconds ; et non à une supposée "préférence" de ces derniers pour les armées étrangères et les royalistes plutôt que d'accepter l'irruption des masses populaires sur la scène politique - les Girondins savaient eux aussi très bien s'appuyer sur les 'bras-nus' et les sections sans-culottes... de leurs villes de 'province' face aux envoyés de Paris et aux Montagnards locaux (comme Chalier à Lyon), qui peinaient à s'imposer malgré leurs mesures sociales radicales ; ils étaient (paradoxalement par rapport à leur anti-centralisme) beaucoup plus décidés et conquérants dans la guerre que leurs adversaires et avaient même proposé la peine de mort pour quiconque parlerait de rétablir la monarchie ; etc. etc. ; tout ceci ne visant pas à faire leur apologie ni à les 'réhabiliter' mais étant un simple constat de faits : les Montagnards s'opposaient aux Girondins (et a fortiori aux Chouans et autres autonomistes royalistes d'ici ou de là) sur la question de la prééminence de Paris dans le nouvel État de la bourgeoisie par et pour elle seule ; prééminence qu'ils voulaient maintenir et même renforcer là où les seconds voulaient en quelque sorte ressusciter les 'républiques' locales (portuaires, notamment) de l'époque des Guerres de Religion, fédérées de manière (certes) 'indissoluble'/'une et indivisible', mais fédérées ; et c'est dans cette optique (et non sur une prétendue différence de 'fibre sociale', la leur étant purement conjoncturelle et utilitariste comme le reconnaît Guérin lui-même) qu'ils se sont appuyés sur le petit peuple de la capitale (et ont tenté de le faire, avec nettement moins de succès cependant, sur celui des villes de 'province'...)]. 

    [2] Distinguer "d'un point de vue bourgeois" et "d'un point de vue communiste prolétarien" signifie clairement que SLP n'a aucune sympathie pour Napoléon, mais que les prolétaires révolutionnaires doivent regarder Staline COMME les bourgeois du 19e siècle regardaient Napoléon : en reconnaissant les grandes réalisations, mais sans complaisance ni 'moulin-à-justifications' pour les erreurs et les fautes, parfois objectivement lourdes (exemple : l'URSS a gagné la Seconde Guerre mondiale certes, c'est d'ailleurs pourquoi la restauration capitaliste a pris des formes très différentes de la Restauration de 1815 en 'France' - contexte de défaite ; mais gagner en 'Espagne' aurait peut-être évité de la FAIRE, la guerre mondiale... or la ligne suivie par Staline et le Komintern dans ce conflit a grandement contribué à la défaite). Comme, PAREILLEMENT... mais pas dans le même CHAMP POLITIQUE !!! C'est cela que veut faire comprendre SLP. La bourgeoisie du 19e siècle, rarement favorable à un retour à l'Ancien Régime et certainement pas au Moyen Âge ou à Henri IV, défenseuse des acquis de 1789-1815, était dans l'ensemble capable de ce point de vue dialectique. Le mouvement communiste aujourd'hui, malheureusement, semble encore partagé sur la question de Staline entre le rejet total et la sacralisation au mépris de tout bon sens (et parfois à la limite du malsain). C'est sûrement que la bourgeoisie du 19e siècle, déjà installée dans ses positions de pouvoir depuis plusieurs siècles et pour qui 1815 n'avait pas été une défaite stratégique, était une classe plus sûre d'elle que le prolétariat aujourd'hui. 

    Napoléon, nous l’exécrons bien évidemment, mais c'est bien normal : c'est un héros de la bourgeoisie, alors que notre camp est le camp du Peuple (et bien sûr en tant qu'Occitans ; ayant été l'un des pires centralisateurs de tous les temps). Le prolétariat du 19e siècle, soumis au livret ouvrier, à l'interdiction de toute coalition pour défendre ses intérêts, à la conscription par tirage au sort pour aller mourir sur les champs de bataille, à des vétérans d'un nombre variable de graaaandes batailles dans les casernes et, souvent, à des fortunes bâties entre 1799 et 1815 dans les usines, partageait sans doute ce point du vue. Les autres classes, en revanche, avaient toutes ou presque une certaine forme d'admiration.

    Aujourd'hui, ce n'est pas seulement Staline que déteste la grande et moyenne bourgeoisie, c'est le communisme, en tout cas sa mise en pratique : Lénine, Staline, Mao, Hô Chi Minh aussi bien que le Che et Fidel Castro, Trotsky ou Tito. La petite bourgeoisie (ou plutôt la classe moyenne salariée), à la rigueur, peut dans certains cas avoir une vision plus positive de ces dirigeants, sauf Staline et Mao qui ont vraiment "tué beaucoup de gens" (en fait, à l'année et selon le même mode de calcul/supercherie, Lénine et Trotsky en auraient 'tué' plus mais c'est pas grave...[3]). Le prolétariat, lui, DEVRAIT POUVOIR avoir de ces leaders et des expériences sous leur direction une vision HISTORIQUE, 'détachée', pesant le 'pour' et le 'contre', apprenant des succès et tirant leçon des erreurs et des échecs. Ce n'est pas encore tout à fait le cas, mais ça viendra ! 

    [3] Ainsi la terrible guerre civile de 1918-19-20 a provoqué une situation de crise alimentaire causant la mort directe, par sous-nutrition, de millions de personnes - des photos de cela seront d'ailleurs réutilisées lors du grand hoax Goebbels-Hearst sur l'Ukraine. En 1932-33 en revanche, en Ukraine et en Russie du Sud, la crise alimentaire causée par les sabotages des koulaks (une petite guerre civile non-déclarée !) n'a rien provoqué de tel, hormis une certaine surmortalité et - surtout - baisse de la natalité (grossesses remises à plus tard). Ceci a amené une différence avec les 'projections' statistiques, de l'ordre de 3 ou 4 millions de personnes, le même type de 'trou' démographique que l'on observe en 'France' entre 1914 et 1919, et la propagande anticommuniste a transformé cela en 'victimes de la famine'. Peu importe que des dizaines de témoins visitant ces régions à l'époque n'aient rien vu de tel : elles ne visitaient, voyez-vous, que des 'kolkhozes Potemkine' ; des personnes qui n'y ont jamais mis les pieds, par contre, font autorité. Enfin... surtout depuis les années 1970, lorsque la néo-bourgeoisie engendrée par les erreurs et les fautes de la direction stalinienne avait fait de l'URSS une proie facile ; car à l'époque concernée, l'affaire montée médiatiquement par Goebbels et le groupe de presse US (pro-nazi) Hearst était vite retombée comme un soufflé, et plus personne n'en parla pendant près de 40 ans. D'ailleurs les nationalistes ukrainiens qui font de cette 'famine' un point central de leur propagande sont généralement implantés... dans des régions d'Ukraine qui n'étaient PAS SOVIÉTIQUES en 1932 ! Pour "exterminer le sentiment national ukrainien", Staline aurait donc affamé les régions d'Ukraine (région du Donets etc.) les MOINS nationalistes, les PLUS liées et fidèles à la Russie, ainsi que des parties de la Russie elle-même (région du Don, Kouban)... cherchez pas à comprendre ; même si, on l'a dit, SLP est profondément critique sur le traitement par Staline de la question des nationalités.

    Le même type de manipulation existe sur le Grand Bond en Chine (1958-1961), qui fut effectivement un échec économique (mal préparé, et peut-être sabotages par des cadres qui lui étaient hostiles... et étaient sans doute majoritaires dans le Parti). Mao y aurait 'tué' entre 30 et 40 millions de personnes (5% de la population de l'époque) et au total, pendant son 'règne', "de 50 à 70 millions" ou "de 60 à 80 millions" (les deux versions existent), ce qui fait 10% de la population moyenne de la Chine pendant ledit 'règne'. C'est ce qui explique sans doute que la population chinoise, entre 1949 et 1976, ait augmenté de... 72% (de 540 millions environ à 930 millions, on voit ici la courbe à partir de 1961, 39% d'augmentation rien qu'en 15 ans) ; alors qu'une 'saignée' bien moindre (3% de la population) en 1914-18 a fait stagner la population hexagonale pendant près de 30 ans ! La réalité, c'est que si UN SEUL mérite devait être reconnu à Staline en URSS et à Mao en Chine (il y en a d'autres, évidemment...), c'est d'y avoir mené la 'révolution' industrielle et agricole que l’État français a connu entre 1750 et 1850, et d'avoir fait DISPARAÎTRE la famine de ces pays. Dans la 'guerre de tranchées' idéologique qui fait partie intégrante de la lutte des classes, la bourgeoisie doit donc déployer d'énormes efforts sur ce 'front'-là : la fameuse rengaine du "communisme affame le peuple".

    Au demeurant, si l'on étudiait à la loupe les statistiques démographiques, il est probable que la période de la Grande Dépression aux États-Unis (années 1930, principalement la première moitié) révélerait le même genre de forte surmortalité, peut-être de l'ordre de plusieurs millions de personnes entre sous-alimentation et maladies favorisées par celle-ci, froid (dans la rue ou faute de moyens de chauffage), suicides "directs" ou "à petit feu" (par alcoolisme notamment) etc. etc. Il y a d'ailleurs déjà de telles études qui avancent des chiffres de l'ordre de plusieurs millions, évidemment démenties par les sacro-saints et sempiternels "experts sérieux"... Mais que tendrait à corroborer la nette inflexion que l'on voit entre 1930 et 1939 sur la courbe de la population américaine, courbe par ailleurs parfaitement linéaire depuis 1870 (la précédente inflexion étant les années 1860 soit... la Guerre de Sécession !) et reprenant tranquillement son ascension ensuite (la population gagnant ainsi presque 20 millions dans les années 1940 alors qu'il y a eu la guerre, 300.000 jeunes hommes tués, des millions de couples séparés etc.). Cela tombe d'ailleurs sous le sens vu que jusqu'au milieu de la décennie (premières lois welfare en 1935), les victimes de la "main invisible" du marché de l'emploi ne bénéficiaient d'absolument aucune protection sociale, l'absence de travail signifiant l'absence totale de revenus (début 1933 il y a 15 millions de chômeurs soit 60 à 70 millions de sans-revenus par répercussion, seulement 10% d'emploi à plein temps donc salaire "décent", 2 millions de sans-abri etc.)... S'ajoute à cela qu'évidemment, le "rêve américain" ne faisait plus rêver grand monde et, le gouvernement ayant par ailleurs drastiquement "serré la vis" niveau immigration (1924), pour la première fois dans leur histoire il sort plus de personnes des USA (environ 90.000), au cours de la décennie 1930, qu'il n'en entre. Les "experts" susmentionnés répondront que non, pas du tout, les statistiques officielles indiquent que "seulement" 110 indigents sont par exemple morts de faim à New York à 1934, donc par extrapolation au maximum quelques milliers dans tout les États-Unis pendant la terrible décennie... C'est exactement là la différence dont nous parlons entre des "morts de faim" au sens strict et une surmortalité (encore plus un déficit démographique) conséquence d'une situation économique difficile. Ce qui est quasi certain, c'est qu'avec les mêmes "méthodes" de calcul que pour l'URSS ou la Chine du Grand Bond, on pourrait affirmer sans problème qu'il y a eu des millions de morts aux États-Unis lors de la Grande Dépression. Des "travaux" de propagande russe (alors que comme chacun-e le sait, les tensions russo-occidentales au sujet de l'Ukraine font rage), gaiment repris (évidemment) sur tous les sites fascistes "révolutionnaires" et/ou conspis, le démontrent parfaitement.

     


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