• Réflexions de conception du monde sur l'affaire du nouveau parti "de gauche" anti-migrants en Allemagne


    (Ici : nouveau-parti-de-gauche-anti-migrants-en-allemagne)

    La comparaison avec l'opportunisme vis-à-vis du mouvement fasciste (car après tout, "c'était ce qui mobilisait les masses") dans les années 1930 est pertinente ; mais nous dirions en l'occurrence que nous avons surtout là une illustration (dans le champ de la "gauche" réformiste bourgeoise hein, bien sûr, Die Linke n'a jamais été une organisation communiste même révisionniste) d'aboutissement ouvertement réactionnaire d'une des mâchoires de la contre-révolution préventive occidentale actuelle analyse-retrospective-historique-fascisme-anti-politique, en l'occurrence le dogmatisme (ici l'idée ancienne que le réformisme social généreux n'a "jamais été compatible avec l'ouverture des frontières aux quatre vents" et que tant les pays socialistes que les pays de social-démocratie "audacieuse" n'auraient jamais montré un tel "exemple"), qui est peut-être le courant qui montre le plus vite et brutalement son visage réactionnaire ; ou peut-être de deux de ces mâchoires, avec le mouvemento-populisme aussi (puisqu'il s'agit de "faire" des voix et de "retenir" la fuite des électeurs vers l'extrême-droite, au mépris de tous les principes) ; en prenant appui sur les failles de la troisième, l'humanisme radical mais moral et son prolongement le gauchisme postmodernoïde, qui sera évidemment vent debout contre une telle formation et son discours, mais qui a lui aussi sur la question centrale des positions erronées, des failles qui permettent justement aux discours "gauche"-réacs d'exister, et qui ont pu être résumées ainsi dans un commentaire sur les réseaux sociaux :

    "Le problème de ces discours de merde, c'est qu'ils jouent sur un flanc trop souvent prêté par le discours de solidarité avec les migrants. Un discours trop anti-politique, trop humaniste-moraliste bobo.

    Je n'aime pas le discours sur la "liberté de circulation", et je vais expliquer pourquoi. Pour moi, la migration est d'abord une tragédie... pour le migrant lui-même ; conséquence en général d'une autre tragédie. Pas une "liberté"... Ça me fait étrange de parler de "liberté" de circulation alors qu'on a dans 99% des cas un choix de "circuler" qui n'est absolument pas libre, mais totalement causé et forcé. Et qu'en l'absence de ces causes, le choix aurait généralement été de rester dans la maison de ses aïeux, auprès de leurs tombes, à l'ombre de l'arbre où on s'est toujours abrité etc. On ne parle pas de liberté de circuler pour faire du tourisme, là.

    En fait, en parlant de liberté de circulation, parce que le problème ce serait juste qu'il y a des frontières et les frontières et pis les patries et les États c'est mal, on laisse presque croire que les gens sont partis par fantaisie et on ne met pas en accusation les grands Centres impérialistes !

    Par contre, en bon maoïste : toute chose à deux aspects. Une tragédie... mais aussi une invasion, oui, mais une invasion que je soutiens. C'est à dire que quand on migre vers l'Occident, poussé par la misère et/ou la guerre qui est son œuvre, on va chez lui RÉCUPÉRER un peu de ce qu'il nous a volé, même si ce sont les clopinettes de Merkel. Si tu es malade par exemple, tu vas forcément leur gratter leur système de santé, car on ne peut te laisser crever de maladie ni pour l'image, ni pour les risques de contagion. Même en gagnant 80 centimes de l'heure (il faut bien sûr lutter pour obtenir plus !), tu auras tout de même accès à l'Occident et à son niveau de vie plus ou moins indirectement. Donc tu te rembourses, après la misère qui t'a fait partir.

    C'est d'ailleurs la raison pour laquelle en général, sauf situation très particulière comme celle de l'Allemagne, les pays occidentaux ne veulent pas des migrants et font tout pour les refouler. Ils sont, oui, les "invasions barbares" qui feront tôt ou tard tomber l'Empire, "dans une clameur de joie qui montera jusqu'au ciel" pour citer un vieux film. C'est comme ça qu'il faut politiser les choses pour ne plus prêter le flanc à ce genre de discours mélenchonistes, sans même parler des fachos qu'ils essayent de copier. Comme dit dans ta citation de la Bible l'autre jour, la cause des migrants ne doit pas être amour mais glaive. C'est de fait un soutien à une opération anti impérialiste inconsciente."

    Cependant : "On a beaucoup encensé à tort la politique "humaniste" et "généreuse" de Merkel alors que derrière se cache tout simplement l'importation (par effet d'aubaine) de semi-esclaves, dans un pays en crise démographique, vieillissant... et sans doute effectivement aussi pour faire pression sur les travailleurs non-migrants (allemands ou d'immigration ancienne) pour leur arracher encore des acquis, aller peut-être vers un Hartz V...

    Mais ce qu'on ne comprend pas, c'est pourquoi il est si compliqué de revendiquer travail égal = salaire égal, de lutter contre cette politique négrière, et au lieu de ça, préférer dire allez zou chez eux... Ce qui est d'autant plus absurde, dans le cas allemand, que c'est impossible puisque ce sont des gens que le droit humanitaire interdit de renvoyer chez eux, où il y a la guerre, des massacres, où ils n'ont plus le moindre bien voire parfois plus d'existence légale tout simplement (ils ne sont plus citoyens du pays où on veut les renvoyer, la Syrie notamment qui a "rayé" de ses listes de citoyens des millions de gens ayant abandonné leur domicile).

    Et de manière plus générale, lutter contre les monopoles, lutter contre son propre impérialisme qui dans le cas de l'Allemagne n'est pas hyper décisionnaire géopolitiquement parlant, mais tout de même un pilier de l'édifice européen... qui est derrière pratiquement toutes les causes qui font migrer les gens."

    On pourrait effectivement se demander, parfois, comment est-il possible de dégager une position juste, QUELLE pourrait être cette fameuse ligne juste dont nous parlons, entre ces "3 mâchoires de la contre-révolution préventive" à la gauche de la gauche que nous dénonçons. C'est peut-être que le mouvement communiste authentique, dont nous faisons partie, est justement trop à la recherche de la "formule magique" (qui lui rallierait subitement de larges masses populaires) en perdant de vue que s'il faut bien sûr travailler d'arrache-pied de notre côté, nous ne travaillons pas seuls : quoi que nous fassions, la crise désormais terminale du capitalisme travaille aussi pour nous.

    Pour continuer sur le sujet qui nous intéresse ici : les gens pensent qu'il y a "trop" d'étrangers, d'immigrés, surtout non-blancs bien entendu ; mais de ce "trop" ne font jamais partie ceux qu'ils connaissent et aiment bien (le fameux "j'ai des amis" non-blancs). Ils s'accrochent simplement ainsi à une quête d'identité face à l'uniformisation "un code-barre sur le front" et en même temps la dissolution de toutes les solidarités sociales par le capitalisme globalisé ; à un "mode de vie" national synonyme de bien-être social perdu ; et à une recherche de boucs émissaires à la crise qui les frappe.

    Sauf qu'on ne peut pas virer uniquement les étrangers qui sont le "trop" de chacun : soit on vire tous les étrangers, soit on ne les vire pas. Et tout le monde perdra des connaissances, des amis... Ou alors on bloque simplement les frontières, on en empêche de nouveaux (que personne ne connaît) de venir, mais c'est ce qui se fait déjà, et ne "suffit pas" à en croire les discours d'extrême-droite.

    Si une telle politique de guerre, de chasse aux immigrés se met en place, cela ne veut bien sûr pas dire qu'une solidarité massive va se lever spontanément : beaucoup de gens pourront détourner le regard, y compris du sort de ceux qu'ils connaissent et apprécient, car ils y auront effectivement un lâche intérêt à courte vue ; comme les Allemands devant la spoliation, l'exclusion, l'expulsion et enfin la déportation des Juifs sous le nazisme. Mais dans une optique de véritable TRAVAIL POLITIQUE révolutionnaire, il y aura néanmoins là une "prise" pour commencer à recruter, à côté de la résistance des pourchassés eux-mêmes, une armée de la solidarité et du refus ; une armée qui pourra grandir, combattant le racisme fasciste comme il le mérite, et peut-être finalement vaincre.

    Il y a actuellement une grande politique de chasse étatique et d'agressions populaires contre les migrants en Italie (lire ici), mais on a aussi vu ces dernières années des villages entiers, dans le Sud notamment, déployer une solidarité admirable ; des villages de "bouseux" hein, pas de "bobos intellectuels de gauche des beaux quartiers", simplement ils se souviennent qu'ils ont eux aussi été, par le passé, poussés par la misère à l'émigration vers le Nord industriel de l’État (où ils étaient accueillis en général comme des chiens...) ou l’État français, la Belgique, les États-Unis bien sûr, etc. : c'est là un exemple du potentiel populaire qui existe pour un tel "front du refus".

    Et alors, donc, ceux qui depuis la "gauche" se seront mis par opportunisme à la remorque du fascisme et du racisme se retrouveront du mauvais côté de l'histoire ; c'est-à-dire peut-être devant un peloton d'exécution, comme beaucoup en 1945.

    Ce que nous voulons dire par là c'est que les principes d'une conception communiste inébranlable du monde, exprimés dans une Pensée révolutionnaire, sont toujours gagnants stratégiquement (à long terme) ; car ils s'adressent au "bon sens" (la soif de révolution, en clair) des masses, et la crise du capitalisme, sa plongée toujours plus profond dans l'injustice et la barbarie, travaille aussi pour nous à "éveiller" leur conscience à ce "bon sens". L'opportunisme est toujours perdant à terme, jamais gagnant que dans l'immédiat car il s'adresse au "sens commun" (les conceptions aliénées, réactionnaires, les "bas instincts" ; y compris même, sous un masque ultra-progressiste, l'individualisme libéral, la quête d'émancipation et de promotion purement individuelle dans le cas de l'opportunisme postmo, ou de satisfaction de la "bonne conscience" dans le cas de la "déconstruction").

    Une Pensée que, sur la question précise de l'immigration, nous avons pu exprimer en synthèse ici (avec des liens vers d'autres articles de nous ou d'autres) :

    les-travailleurs-migrants-ne-quittent-pas-leurs-pays-pour-le-plaisir

    *******************************************************************************

    Cette nouvelle formation allemande est donc en quelque sorte le DEUXIÈME exemple de basculement d'un grand mouvement "de gauche" (en l'occurrence une partie de Die Linke)... Le premier étant quelque part le M5S qui bien que déjà "populiste", aux accents parfois poujadistes ou complotistes, n'en était pas moins sur des thématiques plutôt classables à gauche (écologie, démocratie participative etc.) et des traits "Indignad@s" (futurs Podemos) marqués au début.

    D'autres suivront sans doute encore (des courants de la France Insoumise n'en sont franchement pas loin et ce, pas depuis hier !) ; dans la mesure où la gauche même réformiste c'est EN PRINCIPE (historiquement) aussi et même d'abord et avant tout une culture, une conception du monde, une Weltanschauung fondée sur des réponses scientifiques aux problèmes ; or CECI N'EXISTE PLUS, et se produit donc le basculement dans le "ni droite ni gauche" (ou "oui de gauche mais"), ceux d'en bas contre ceux d'en haut", "écouter le peuple" etc. etc.

    Sachant qu'un phénomène tel qu'une immigration importante (puisque c'est le sujet central ici), MÊME totalement européenne comme elle le fut en son temps (ce n'est pas - du tout - uniquement une question de cela, sinon dans le sens de l'intervention du "petit privilège petit-blanc" !!), ne PEUT PAS ne pas générer de contradictions au sein des classes populaires du simple fait de la concurrence entre les travailleurs sur le marché CAPITALISTE du travail ; et ces contradictions ne se résolvent pas spontanément (dans une vision des classes populaires comme "bons sauvages" idéalisés), elles se résolvent par une POLITIQUE c'est-à-dire par l'action d'une AVANT-GARDE révolutionnaire, dotée d'une CONCEPTION révolutionnaire (scientifique) du monde, qui apporte de par cette conception les réponses adéquates, les IDÉES JUSTES, et qui faute de prendre le pouvoir peut du moins essayer d'imposer des choses aux décideurs bourgeois.

    Lorsque tout cela a disparu, on n'a forcément plus que des gens les yeux rivés sur les perspectives électorales et "écoutant le peuple abandonné par les élites" ; et si le peuple dit "y en a marre des immigrés", "c'est pas qu'on est racistes mais trop c'est trop"... ainsi soit-il, c'est lui qui écrit le programme !

    Nous abordons plus longuement le sujet, et notre vision des choses, dans (en deuxième partie surtout) cet article : http://servirlepeupleservirlepeuple.eklablog.com/on-serait-presque-de-plus-en-plus-tentes-de-penser-a148394008

    Mais le pire dans tout cela (pour la fin)... est encore que sur mille et un sujets (si tant est qu'ils soient "ouverts" et "humanistes" voire même "no border" sur l'immigration), les "anti-populistes" de l'extrême-gauche ne valent au fond guère mieux, tant ils sont eux aussi vides de science, de Pensée, de conception du monde, et de là totalement à la remorque (en fin de compte) des "anti-populistes" (des "progressistes", dit-on maintenant !) BOURGEOIS, c'est-à-dire en définitive de l'"extrême-centre" macronien... qui ne vaut lui-même pas mieux que les "populistes" de plus en plus ouvertement réacs (cf. le lien ci-dessus).


  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :