• Réflexions de conception du monde sur l'affaire du nouveau parti "de gauche" anti-migrants en Allemagne


    (Ici : nouveau-parti-de-gauche-anti-migrants-en-allemagne)

    La comparaison avec l'opportunisme vis-à-vis du mouvement fasciste (car après tout, "c'était ce qui mobilisait les masses") dans les années 1930 est pertinente ; mais nous dirions en l'occurrence que nous avons surtout là une illustration (dans le champ de la "gauche" réformiste bourgeoise hein, bien sûr, Die Linke n'a jamais été une organisation communiste même révisionniste) d'aboutissement ouvertement réactionnaire d'une des mâchoires de la contre-révolution préventive occidentale actuelle analyse-retrospective-historique-fascisme-anti-politique, en l'occurrence le dogmatisme (ici l'idée ancienne que le réformisme social généreux n'a "jamais été compatible avec l'ouverture des frontières aux quatre vents" et que tant les pays socialistes que les pays de social-démocratie "audacieuse" n'auraient jamais montré un tel "exemple"), qui est peut-être le courant qui montre le plus vite et brutalement son visage réactionnaire ; ou peut-être de deux de ces mâchoires, avec le mouvemento-populisme aussi (puisqu'il s'agit de "faire" des voix et de "retenir" la fuite des électeurs vers l'extrême-droite, au mépris de tous les principes) ; en prenant appui sur les failles de la troisième, l'humanisme radical mais moral et son prolongement le gauchisme postmodernoïde, qui sera évidemment vent debout contre une telle formation et son discours, mais qui a lui aussi sur la question centrale des positions erronées, des failles qui permettent justement aux discours "gauche"-réacs d'exister, et qui ont pu être résumées ainsi dans un commentaire sur les réseaux sociaux :

    "Le problème de ces discours de merde, c'est qu'ils jouent sur un flanc trop souvent prêté par le discours de solidarité avec les migrants. Un discours trop anti-politique, trop humaniste-moraliste bobo.

    Je n'aime pas le discours sur la "liberté de circulation", et je vais expliquer pourquoi. Pour moi, la migration est d'abord une tragédie... pour le migrant lui-même ; conséquence en général d'une autre tragédie. Pas une "liberté"... Ça me fait étrange de parler de "liberté" de circulation alors qu'on a dans 99% des cas un choix de "circuler" qui n'est absolument pas libre, mais totalement causé et forcé. Et qu'en l'absence de ces causes, le choix aurait généralement été de rester dans la maison de ses aïeux, auprès de leurs tombes, à l'ombre de l'arbre où on s'est toujours abrité etc. On ne parle pas de liberté de circuler pour faire du tourisme, là.

    En fait, en parlant de liberté de circulation, parce que le problème ce serait juste qu'il y a des frontières et les frontières et pis les patries et les États c'est mal, on laisse presque croire que les gens sont partis par fantaisie et on ne met pas en accusation les grands Centres impérialistes !

    Par contre, en bon maoïste : toute chose à deux aspects. Une tragédie... mais aussi une invasion, oui, mais une invasion que je soutiens. C'est à dire que quand on migre vers l'Occident, poussé par la misère et/ou la guerre qui est son œuvre, on va chez lui RÉCUPÉRER un peu de ce qu'il nous a volé, même si ce sont les clopinettes de Merkel. Si tu es malade par exemple, tu vas forcément leur gratter leur système de santé, car on ne peut te laisser crever de maladie ni pour l'image, ni pour les risques de contagion. Même en gagnant 80 centimes de l'heure (il faut bien sûr lutter pour obtenir plus !), tu auras tout de même accès à l'Occident et à son niveau de vie plus ou moins indirectement. Donc tu te rembourses, après la misère qui t'a fait partir.

    C'est d'ailleurs la raison pour laquelle en général, sauf situation très particulière comme celle de l'Allemagne, les pays occidentaux ne veulent pas des migrants et font tout pour les refouler. Ils sont, oui, les "invasions barbares" qui feront tôt ou tard tomber l'Empire, "dans une clameur de joie qui montera jusqu'au ciel" pour citer un vieux film. C'est comme ça qu'il faut politiser les choses pour ne plus prêter le flanc à ce genre de discours mélenchonistes, sans même parler des fachos qu'ils essayent de copier. Comme dit dans ta citation de la Bible l'autre jour, la cause des migrants ne doit pas être amour mais glaive. C'est de fait un soutien à une opération anti impérialiste inconsciente."

    Cependant : "On a beaucoup encensé à tort la politique "humaniste" et "généreuse" de Merkel alors que derrière se cache tout simplement l'importation (par effet d'aubaine) de semi-esclaves, dans un pays en crise démographique, vieillissant... et sans doute effectivement aussi pour faire pression sur les travailleurs non-migrants (allemands ou d'immigration ancienne) pour leur arracher encore des acquis, aller peut-être vers un Hartz V...

    Mais ce qu'on ne comprend pas, c'est pourquoi il est si compliqué de revendiquer travail égal = salaire égal, de lutter contre cette politique négrière, et au lieu de ça, préférer dire allez zou chez eux... Ce qui est d'autant plus absurde, dans le cas allemand, que c'est impossible puisque ce sont des gens que le droit humanitaire interdit de renvoyer chez eux, où il y a la guerre, des massacres, où ils n'ont plus le moindre bien voire parfois plus d'existence légale tout simplement (ils ne sont plus citoyens du pays où on veut les renvoyer, la Syrie notamment qui a "rayé" de ses listes de citoyens des millions de gens ayant abandonné leur domicile).

    Et de manière plus générale, lutter contre les monopoles, lutter contre son propre impérialisme qui dans le cas de l'Allemagne n'est pas hyper décisionnaire géopolitiquement parlant, mais tout de même un pilier de l'édifice européen... qui est derrière pratiquement toutes les causes qui font migrer les gens."

    On pourrait effectivement se demander, parfois, comment est-il possible de dégager une position juste, QUELLE pourrait être cette fameuse ligne juste dont nous parlons, entre ces "3 mâchoires de la contre-révolution préventive" à la gauche de la gauche que nous dénonçons. C'est peut-être que le mouvement communiste authentique, dont nous faisons partie, est justement trop à la recherche de la "formule magique" (qui lui rallierait subitement de larges masses populaires) en perdant de vue que s'il faut bien sûr travailler d'arrache-pied de notre côté, nous ne travaillons pas seuls : quoi que nous fassions, la crise désormais terminale du capitalisme travaille aussi pour nous.

    Pour continuer sur le sujet qui nous intéresse ici : les gens pensent qu'il y a "trop" d'étrangers, d'immigrés, surtout non-blancs bien entendu ; mais de ce "trop" ne font jamais partie ceux qu'ils connaissent et aiment bien (le fameux "j'ai des amis" non-blancs). Ils s'accrochent simplement ainsi à une quête d'identité face à l'uniformisation "un code-barre sur le front" et en même temps la dissolution de toutes les solidarités sociales par le capitalisme globalisé ; à un "mode de vie" national synonyme de bien-être social perdu ; et à une recherche de boucs émissaires à la crise qui les frappe.

    Sauf qu'on ne peut pas virer uniquement les étrangers qui sont le "trop" de chacun : soit on vire tous les étrangers, soit on ne les vire pas. Et tout le monde perdra des connaissances, des amis... Ou alors on bloque simplement les frontières, on en empêche de nouveaux (que personne ne connaît) de venir, mais c'est ce qui se fait déjà, et ne "suffit pas" à en croire les discours d'extrême-droite.

    Si une telle politique de guerre, de chasse aux immigrés se met en place, cela ne veut bien sûr pas dire qu'une solidarité massive va se lever spontanément : beaucoup de gens pourront détourner le regard, y compris du sort de ceux qu'ils connaissent et apprécient, car ils y auront effectivement un lâche intérêt à courte vue ; comme les Allemands devant la spoliation, l'exclusion, l'expulsion et enfin la déportation des Juifs sous le nazisme. Mais dans une optique de véritable TRAVAIL POLITIQUE révolutionnaire, il y aura néanmoins là une "prise" pour commencer à recruter, à côté de la résistance des pourchassés eux-mêmes, une armée de la solidarité et du refus ; une armée qui pourra grandir, combattant le racisme fasciste comme il le mérite, et peut-être finalement vaincre.

    Il y a actuellement une grande politique de chasse étatique et d'agressions populaires contre les migrants en Italie (lire ici), mais on a aussi vu ces dernières années des villages entiers, dans le Sud notamment, déployer une solidarité admirable [MàJ : bête noire de Salvini, le maire de Riace vient d'être arrêté !] ; des villages de "bouseux" hein, pas de "bobos intellectuels de gauche des beaux quartiers", simplement ils se souviennent qu'ils ont eux aussi été, par le passé, poussés par la misère à l'émigration vers le Nord industriel de l’État (où ils étaient accueillis en général comme des chiens...) ou l’État français, la Belgique, les États-Unis bien sûr, etc. : c'est là un exemple du potentiel populaire qui existe pour un tel "front du refus".

    Et alors, donc, ceux qui depuis la "gauche" se seront mis par opportunisme à la remorque du fascisme et du racisme se retrouveront du mauvais côté de l'histoire ; c'est-à-dire peut-être devant un peloton d'exécution, comme beaucoup en 1945.

    Ce que nous voulons dire par là c'est que les principes d'une conception communiste inébranlable du monde, exprimés dans une Pensée révolutionnaire, sont toujours gagnants stratégiquement (à long terme) ; car ils s'adressent au "bon sens" (la soif de révolution, en clair) des masses, et la crise du capitalisme, sa plongée toujours plus profond dans l'injustice et la barbarie, travaille aussi pour nous à "éveiller" leur conscience à ce "bon sens". L'opportunisme est toujours perdant à terme, jamais gagnant que dans l'immédiat car il s'adresse au "sens commun" (les conceptions aliénées, réactionnaires, les "bas instincts" ; y compris même, sous un masque ultra-progressiste, l'individualisme libéral, la quête d'émancipation et de promotion purement individuelle dans le cas de l'opportunisme postmo, ou de satisfaction de la "bonne conscience" dans le cas de la "déconstruction").

    Une Pensée que, sur la question précise de l'immigration, nous avons pu exprimer en synthèse ici (avec des liens vers d'autres articles de nous ou d'autres) :

    les-travailleurs-migrants-ne-quittent-pas-leurs-pays-pour-le-plaisir

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    Cette nouvelle formation allemande est donc en quelque sorte le DEUXIÈME exemple de basculement d'un grand mouvement "de gauche" (en l'occurrence une partie de Die Linke)... Le premier étant quelque part le M5S qui bien que déjà "populiste", aux accents parfois poujadistes ou complotistes, n'en était pas moins sur des thématiques plutôt classables à gauche (écologie, démocratie participative etc.) et des traits "Indignad@s" (futurs Podemos) marqués au début.

    D'autres suivront sans doute encore (des courants de la France Insoumise n'en sont franchement pas loin et ce, pas depuis hier !) ; dans la mesure où la gauche même réformiste c'est EN PRINCIPE (historiquement) aussi et même d'abord et avant tout une culture, une conception du monde, une Weltanschauung fondée sur des réponses scientifiques aux problèmes ; or CECI N'EXISTE PLUS, et se produit donc le basculement dans le "ni droite ni gauche" (ou "oui de gauche mais"), "ceux d'en bas contre ceux d'en haut", "écouter le peuple" etc. etc.

    Sachant qu'un phénomène tel qu'une immigration importante (puisque c'est le sujet central ici), MÊME totalement européenne comme elle le fut en son temps (ce n'est pas - du tout - uniquement une question de cela, sinon dans le sens de l'intervention du "petit privilège petit-blanc" !!), ne PEUT PAS ne pas générer de contradictions au sein des classes populaires du simple fait de la concurrence entre les travailleurs sur le marché CAPITALISTE du travail ; et ces contradictions ne se résolvent pas spontanément (dans une vision des classes populaires comme "bons sauvages" idéalisés), elles se résolvent par une POLITIQUE c'est-à-dire par l'action d'une AVANT-GARDE révolutionnaire, dotée d'une CONCEPTION révolutionnaire (scientifique) du monde, qui apporte de par cette conception les réponses adéquates, les IDÉES JUSTES, et qui faute de prendre le pouvoir peut du moins essayer d'imposer des choses aux décideurs bourgeois.

    Lorsque tout cela a disparu, on n'a forcément plus que des gens les yeux rivés sur les perspectives électorales et "écoutant le peuple abandonné par les élites" ; et si le peuple dit "y en a marre des immigrés", "c'est pas qu'on est racistes mais trop c'est trop"... ainsi soit-il, c'est lui qui écrit le programme !

    Nous abordons plus longuement le sujet, et notre vision des choses, dans (en deuxième partie surtout) cet article : http://servirlepeupleservirlepeuple.eklablog.com/on-serait-presque-de-plus-en-plus-tentes-de-penser-a148394008

    Mais le pire dans tout cela (pour la fin)... est encore que sur mille et un sujets (si tant est qu'ils soient "ouverts" et "humanistes" voire même "no border" sur l'immigration), les "anti-populistes" de l'extrême-gauche ne valent au fond guère mieux, tant ils sont eux aussi vides de science, de Pensée, de conception du monde, et de là totalement à la remorque (en fin de compte) des "anti-populistes" (des "progressistes", dit-on maintenant !) BOURGEOIS, c'est-à-dire en définitive de l'"extrême-centre" macronien... qui ne vaut lui-même pas mieux que les "populistes" de plus en plus ouvertement réacs (cf. le lien ci-dessus).

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    [Résumé extrême :

    1°/ Contrairement à ce qu'affirme l'ancien militant Betar des "Matérialistes" = 'p''c''mlm' = "À Gauche" = on ne sait trop quoi d'autre encore, il n'y a pas de distinction à faire entre les réfugiés d'un côté et les migrants de l'autre : les migrants (qui n'ont pas fui une situation de guerre ou une dictature disons particulièrement féroce) sont des réfugiés économiques, point.

    2°/ Les migrants, réfugiés politiques OU économiques, fuient une situation d'impossibilité de vivre ou du moins d'absence totale d'avenir GÉNÉRÉE par l'Occident, et viennent en Occident RÉCUPÉRER UN PEU de ce qui a été volé dans leurs pays. C'est donc, comme revendication "maximale" (impossible à satisfaire sans "rompre" avec le capitalisme, impliquant donc cette "rupture"), un DEVOIR pour l'Occident de les accueillir au moins jusqu'à ce que les pays d'où ils viennent soient devenus vivables (ce qui n'arrivera jamais dans un monde impérialiste, donc il y a du chemin, c'est une revendication "maximale" là aussi).

    3°/ MAIS dans cette logique, il faut aussi tenir compte de la RESPONSABILITÉ RELATIVE et du bénéfice tiré de ce pillage par les différents pays et territoires d'un même pays d'Occident, et (avoir aussi pour mot d'ordre d') y PROPORTIONNER le devoir d'accueil (que pratiquement, concrètement, sur CHAQUE KILOMÈTRE CARRÉ européen ce devoir soit proportionné au bénéfice que tire la population de ce kilomètre carré du vol perpétré dans les pays de départ des migrants). C'est capital, car cette question est un LEVIER colossal pour les populismes fascistes à la Salvini dans tous les pays relativement pauvres d'Europe, leur permettant de toucher des personnes non seulement ultra-racistes mais aussi "pas plus racistes que la moyenne" des Blancs, non sur une détestation physique de toute personne non-européenne mais sur l'idée que le "problème" est que les pays les plus riches (véritables destinations des migrants) verrouillent leurs frontières et que les migrants deviennent donc "trop nombreux" dans des pays qui n'ont pas autant de moyens.

    Des pays relativement pauvres, ou des TERRITOIRES : il faut raisonner par territoires. L'Allemagne est l'un des pays les plus riches d'Europe pris dans son ensemble, mais Aufstehen, courant après AfD, vise surtout l'électorat d'ex-RDA qui est le territoire le plus déshérité et le seul véritable bastion électoral de Die Linke ; ou à la rigueur les zones les plus en déshérence de la Ruhr profonde (et le pire c'est que, comme ils sont "de gauche", ils sont susceptibles contrairement à AfD de ratisser non seulement des petits blancs mais aussi des immigrés installés depuis longtemps et naturalisés).

    Il y a bien sûr aussi des extrême-droites (ou simplement... des droites, c'est vrai que "tout d'un coup" tout le monde les voit beaucoup plus "présentables" et fait même des gouvernements avec !) qui expriment clairement une xénophobie "de riches", de petits bourgeois mondiaux dans des territoires riches comme en Suisse, en Flandre, en Europe du Nord, en Autriche etc. ; mais même là ça joue quand même sur les mêmes ressorts : tout le monde vit moins bien qu'avant et de moins en moins bien (c'est une réalité), s'accroche à un "autrefois" où l'on vivait mieux, et dans tous les cas, lorsque malgré les verrouillages des frontières des migrants/réfugiés réussissent à passer, il y a tendance à les laisser livrés à eux-mêmes, à les reléguer dans les mêmes territoires où les couches populaires "déjà là" (même pas forcément que blanches !) les plus défavorisées du pays sont déjà reléguées, et ainsi associer psychologiquement à leur présence un sentiment d'accentuation des problèmes (sachant que des problèmes réels, déjà, quand on relègue et ghettoïse des gens en conditions de survie, il y en a).

    DONC non seulement il faut la revendication "maximale" de devoir d'accueil, mais aussi celle que les États impérialistes occidentaux qui ont ce devoir à proportion de leur rôle dans la "misère du monde" "PASSENT À LA CASSEROLE", "mettent la main au portefeuille" pour assurer un accueil DIGNE ; et non relèguent les migrants aux marges (dans les territoires-marges) du pays en faisant en quelque sorte "payer" l'accueil aux classes populaires "déjà là" les plus pauvres (ce qui sera toujours un terreau pour le populisme de droite comme "de gauche" lui courant après, même dans les pays sur le papier les plus riches)*.

    4°/ Bien sûr, avec de tels mots d'ordre on ne fera certainement pas 10 ou même 5% aux élections (si seulement l'idée est de s'y présenter...) mais probablement même pas 1%. Mais une différence fondamentale entre nous et la FI ou Aufstehen, ENTRE COMMUNISME ET "GAUCHE" en vérité, est précisément de ne pas viser la quantité à travers le populisme et le possibilisme mais la FERMETÉ QUALITATIVE sur les mots d'ordre et les principes, qui À TERME (stratégiquement) seront entendus et assimilés par les classes populaires en "tâche d'huile" ou cercles concentriques (comme se développe la lutte révolutionnaire de manière générale).

    5°/ Arrêter absolument (par contre) avec les mots d'ordres gauchistes, anarchoïdes etc. de type "à bas toutes les frontières", "liberté de circulation" etc. etc. C'est mortel. Ça ne stérilise pas, mais au contraire fertilise le terreau du populisme fascisant (même auprès de non-blancs qui iront vers des trucs moins ouvertement hostiles envers eux que l'extrême-droite proprement dite, mais iront - ça peut vouloir dire la FI... ou encore Soral, par exemple).

    Oui, nous aussi, quand on voit des peoples faire leur show à Calais ou ailleurs, ON A ENVIE de leur dire de prendre 15 familles et de les installer en leur construisant un petit village sur leur propriété à Ramatuelle ou ailleurs, en leur offrant avec leurs millions des conditions de vie dignes, au lieu de se pavaner en se donnant une image "humaniste"...

    Il n'y a pas de "liberté" de circulation ou d'installation quand déjà à la base personne ou presque ne "circule" et ne cherche à s'installer par "libre choix", mais au contraire de façon totalement contrainte...

    En y réfléchissant bien, les migrants, des frontières, ils auraient bien aimé qu'il y en ait... contre l'invasion (militaire ou économique) de LEURS PAYS par l'impérialisme, déjà. Contre la situation qui les a forcés à partir. Vive les frontières, vive la xénophobie contre les envahisseurs, les capitalistes et autres agents étrangers DEHORS (à coups de pieds au cul), les révolutionnaires internationalistes bienvenue : tous les pays qui ont mené une certaine forme de révolution ces 100 dernières années n'ont pas fonctionné autrement et c'était très bien comme ça ; et aujourd'hui ça résoudrait bien des problèmes qui forcent des millions de gens à risquer leurs vies sur des milliers de kilomètres (et sans doute 10% à mourir en route). Vive les frontières avec un contenu DE CLASSE ; vive les patries avec un contenu DE CLASSE... oui parce que les "No Borders", allez déjà leur parler de lutte de libération NATIONALE de la Palestine ou de quelque autre pays où la situation pousse plutôt les gens à migrer qu'autre chose, vous verrez.

    En fait, en parlant de liberté de circulation, parce que le problème ce serait juste qu'il y a des frontières et les frontières et pis les patries et les États c'est mal, on laisse presque croire que les gens sont partis par fantaisie et on ne met pas en accusation les grands Centres impérialistes...

    (* Pour bien comprendre cet aspect, il faut expliquer et bien comprendre que les travailleurs ont si l'on peut dire trois salaires :

    - Le salaire net, qu'ils perçoivent chaque mois pour subvenir à leurs besoins pendant 30 jours ;

    - Le salaire différé, qui finance leur protection sociale (assurance-maladie, assurance-chômage) et leur future retraite ;

    - Enfin, ce que l'on peut appeler le salaire "ambiant" et qui consiste, financé essentiellement par l'impôt (tout le monde paye au moins la CSG et la TVA, qui sont les plus grosses contributions fiscales), grosso modo en ce qu'on appelle le "service public" ainsi que la "qualité de vie".

    Les territoires marginalisés, de relégation, où vivent les couches populaires les plus pauvres, perçoivent déjà en termes de service public et de tout le reste un "salaire ambiant" faible. Si des prolétaires migrants, néo-arrivants, y sont relégués par un État qui aurait déjà voulu les arrêter (ou que d'autres États les arrêtent) aux frontières mais ne l'a pas pu, et laissés là livrés à eux-mêmes, ne nous voilons pas la face et ne faisons pas de langue de bois bien-pensante : BIEN SÛR qu'il va y avoir des problèmes, PAR DESSUS les problèmes qu'il y a déjà ; bien sûr que la "qualité de vie" de ces territoires va encore se détériorer... Ce n'est pas "parce qu'ils sont étrangers", non-européens ; c'est parce que c'est COMME ÇA si où que ce soit dans le monde vous reléguez, ghettoïsez et livrez à elle-même quelque population que ce soit.

    Il y a donc, si l'on y regarde bien, un retrait (encore...) de "salaire ambiant" pour les habitants du territoire marginalisé ; en termes de "qualité de vie", de "tout se passe bien" que l’État doit (dans un monde idéal...) garantir à ses citoyens en échange de leurs impôts.

    C'est ce que nous appelons "faire payer aux classes populaires les plus pauvres" l'accueil des migrants passés entre les mailles du filet de l'"Europe forteresse".

    Et, s'ajoutant aux attaques déjà permanentes contre les services publics, le salaire différé et à la perte de pouvoir d'achat du salaire net, c'est ce qui est partout un terreau pour les discours populistes d'extrême-droite... Qui pourrait, même, l'être encore plus si ce n'était pas "limité" par l'hostilité idéologique (généralement) des formations populistes aux personnes issues d'une immigration plus ancienne : si un jour une formation avait l'"intelligence" de les inclure dans la "légitimité" à être là par opposition aux néo-arrivants, cela pourrait faire encore plus mal car ce sentiment ne se limite pas du tout aux classes populaires (pour parler clairement) blanches ! C'est un peu ce qu'a tenté de créer Soral, à vrai dire... Ou ce sur quoi pourraient tenter de capitaliser Aufstehen ou la France Insoumise, les petits blancs étant généralement "déjà pris" par AfD ou le FN.)]

    [Il faut cependant, sur cette question, faire attention à certaines mobilisations ou du moins aspects de mobilisations pour le "cadre de vie" et la "sécurité" qui expriment un esprit petit-bourgeois dans le cadre d'une pression gentryficatrice ; c'est à dire que les gens sont soit eux-mêmes des "bobos" gentryficateurs (venus, ayant acheté une bouchée de pain... et cherchant maintenant à voir la valeur du bien augmenter), soit des habitants "historiques" du lieu mais, anticipant sa gentryfication, attachés à défendre la VALEUR des biens immobiliers qu'ils peuvent posséder (il n'est même pas rare que des personnes propriétaires de leur logement soient également propriétaires d'autres appartements dans le même "parc" local, souvent le même immeuble, et les louent) ; valeur qui forcément chute en cas de "nuisances".

    Mais bon... nous sommes à ce jeu-là, en Occident, quelque part "tous des petits bourgeois" et cela n'enlève rien à la dynamique de paupérisation que connaissent les masses populaires, et qui les amène à s'accrocher becs et ongles à la valeur du peu qu'elles possèdent. Concrètement : votre quartier va tôt ou tard être gentryfié. Étant "pourri" (les flics y font leurs "descentes" régulièrement, mais ça ne change rien), la valeur locative y est faible et vous ne pourrez vendre vos biens, ou être indemnisés en cas d'expropriation-démolition, qu'une bouchée de pain. Et ensuite... les promoteurs y construiront du logement neuf haut de gamme, de haute valeur ; et... s'assureront, vous pouvez en être sûrs, avec les pouvoirs publics que le secteur (devenu presque paradisiaque) soit "nettoyé" et donc plus "pourri". Bingo (pour eux) !

    Ce mécanisme est diffusément compris par les classes populaires concernées. Et ainsi, on ne peut certes accepter d'un point de vue communiste (dans une conception communiste du monde) de telles mobilisations réactionnaires visant les plus pauvres parmi les pauvres, les plus précaires parmi les précaires (rarissimes sont les individus qui se livrent à des activités "lumpen" par pur choix...) ; mais on peut néanmoins comprendre, pour expliquer et combattre, l'aspect de réaction à cette pression capitaliste qui intervient de l'autre côté, en essayant justement de concentrer l'attention des mobilisé-e-s sur elle ; tout en traçant une ligne de séparation entre d'un côté les personnes qui s'accrochent comme elles peuvent à ce qu'il leur reste de (maigre) patrimoine, et celles qui sont déjà dans une logique spéculative (s'assurer de pouvoir vendre au meilleur prix ou, ayant acheté à très bas prix dans un secteur "pourri", que la valeur monte).]


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