• Réflexions d'actualité : la Catalogne... et le Başûr (Kurdistan d'Irak) à l'heure des référendums d'indépendance


    Réflexions qui méritent d'être partagées ici : dans le dossier du "séparatisme" catalan, l'argument de la péréquation/redistribution et du refus de celle-ci (les Catalans "refuseraient"*, en clair, de payer pour les autres "régions" plus pauvres de l’État espagnol, c'est à dire à-peu-près toutes, et seraient pour cela des "salauds" auxquels il faut opposer le "devoir" d'une telle redistribution), est vraiment un argument d'une pauvreté économiste désolante...

    Il y a effectivement une bourgeoisie catalane, catalaniste, qui est dans cet esprit disons un peu Ligue du Nord italienne.

    Et puis il y a aussi, avec la crise, une tendance populaire à considérer que le système Espagne "pompe" la Catalogne qui s'en sortirait mieux seule, avec moins d'austérité.

    Pour certains, ça restera social-chauvin voire xénophobe anti-Sud bas-du-front.

    Mais pour d'autres, ça peut amener à poser la question cruciale : et pourquoi donc le Sud est-il pauvre (pour que la Catalogne "riche" doive l'"aider") ? Question qui amènera forcément de fil en aiguille sa réponse : il est pauvre à cause du système espagnol tel qu'il est, il est pauvre parce que la Castille l'a conquis à la fin du Moyen Âge et a implanté ses nobliaux sur son sol, dans un système de latifundia coloniale, avec la maison d'Albe possédant par exemple en Andalousie l'équivalent (en superficie) du Luxembourg ou quelque chose comme ça !!

    La Catalogne, de son côté, a développé quant à elle une société capitaliste à peu près classique, et l'on peut donc entendre qu'elle n'ait effectivement pas envie de payer des amortisseurs sociaux pendant que l'oligarchie castillane d'Andalus occupée maintient son système féodalo-colonial !

    La question posée là est tout à fait légitime ; reste à lui apporter la bonne réponse, à savoir, que la solution est dans la fin du système colonial (et là je crois que le mot se passe pratiquement de guillemets) espagnoliste dans le Sud pauvre, afin que la Catalogne "riche" (tous les Catalans roulent en 4x4 ? non : ça signifie simplement que le PIB est élevé, car le pays est historiquement le plus industrialisé de la péninsule) n'ait plus à être ponctionnée alors qu'elle est elle-même en crise, pour que les Andalous aient à manger et se tiennent tranquilles.

    En d'autres mots, la solution s'appelle Union des Républiques Socialistes Ibériques.

    Mais sinon, on peut rester économiste et juste voir les "salauds qui veulent pas payer"...

    Ce que j'essaye de faire comprendre c'est que ce que JE soutiens, ce que moi et mes camarades soutenons, ce que soutiennent Gaël Roblin et ses camarades depuis la Bretagne, c'est ça :

    https://columnajoven22m.wordpress.com/

    Un "internationalisme domestique" et un soulèvement général DES PEUPLES d'Ibérie, "comme les doigts d'un poing uni", contre le système bourbono-opusdéiste postfranquiste dont Rajoy est aujourd'hui la figure de proue mais qui ne se résume pas à lui (faut-il parler du bilan du PSOE en la matière ? GAL et autres barbouzeries, persécution de la jeunesse basque par Garzon qui est un sympathisant PSOE reconnu, etc., + toutes les politiques néolibérales depuis les années 80).

    Un internationalisme domestique qui inclut les Catalans (CUP, Arran etc.) mais n'a rien à voir avec le "marre de payer pour les Andalous" de (par exemple) l'ERC ("gauche" républicaine catalane), qui a été écartée de la Liste des Peuples ("Los Pueblos deciden") aux européennes de 2014 pour ces propos scandaleux (raison aussi pour laquelle la CUP a cherché à faire une liste avec Nos-UP de Galice puis a abandonné, mais en tout cas pas de liste avec ERC) http://servirlepeupleservirlepeuple.eklablog.com/resultats-…

    Dans DEUX CAS, Catalogne et Pays Basque, cet esprit va coexister avec un nationalisme bourgeois libéral-droitard, mais ce sont les deux seuls.

    Pour mieux comprendre tout cela, il est intéressant de lire la longue étude consacrée par SLP à la construction historique et aux contradictions de l’État espagnol :

    http://servirlepeupleservirlepeuple.eklablog.com/questions-nationales-et-luttes-de-classe-l-etat-espagnol-a114084574

    http://servirlepeupleservirlepeuple.eklablog.com/questions-nationales-et-luttes-de-classe-l-etat-espagnol-suite-a114084564

    Et plus spécifiquement sur le "dossier" catalan, l'article publié à l'époque de la précédente consulta (novembre 2014), auquel il n'y a pas grand-chose à ajouter sur le fond :

    http://servirlepeupleservirlepeuple.eklablog.com/sur-le-referendum-independantiste-en-catalogne-et-ses-suites-a114065316

    À lire aussi (EXCELLENT article sur le blog de Nicolas Maury) : http://www.editoweb.eu/nicolas_maury/Quelques-eclaircissements-utiles-pour-comprendre-l-independantisme-catalan_a12368.html

    Un truc à comprendre absolument aussi, c'est que contrairement aux chansons que se chantent (et nous forcent à écouter) Asselineau et consorts, "l'Empire", le "Nouvel Ordre Mondial", autrement dit les puissances capitalistes impérialistes qui ont leur unité d'intérêts ainsi que leurs concurrences entre elles, n'ont pas de "plan" mondial(iste...) pour "balkaniser les États-nations".

    Si un grand État, avec son régime, est un gros caillou sur le chemin de leur rouleau compresseur ; et se trouve par ailleurs être un connard avec ses minorités nationales ou confessionnelles, ou marginaliser des régions (à peu près tous les États le font) ; elles vont utiliser les luttes de celles-ci contre lui, pour le fragmenter et le faire disparaître du chemin. C'est ce qu'elles ont fait ni plus ni moins qu'avec l'URSS (dont ça a été la raison principale de la chute), puis avec la Yougoslavie, l'Irak (avec les Kurdes et les chiites), le Soudan, ou encore dans un sens la Libye (mécontentement de la Cyrénaïque contre Kadhafi qui favorisait la Tripolitaine). Et qu'elles sont en train de faire en Syrie, avec les Kurdes et les régions arabes marginalisées par le régime depuis des décennies.

    Mais SUR LE PRINCIPE, le capitalisme-impérialisme préfère toujours la plus grande unité à la plus petite. À la rigueur, il conserve quelques mini-États qui par leur stabilité (forcément) pourront servir de pays-banques (cantons suisses, Luxembourg, Liechtenstein etc.).

    Lorsque l'Irak de Saddam était un allié, pour écraser les communistes et combattre l'Iran, il pouvait faire ce qu'il voulait avec les Kurdes et les chiites. Ne parlons même pas de l’État kémaliste turc.

    Et en "Espagne", eh ben c'est pareil... L'ordre capitaliste-impérialiste mondial, l'UE, l'impérialisme US, le G7, le FMI etc., pour tenir en respect les travailleurs catalans, basques, andalous, castillans, aragonais, galiciens etc., préfèrent une masse de manœuvre politico-militaire telle que l’État espagnol plutôt qu'un État catalan, un État basque, un État andalou etc. etc. !

    En fait, comme cela a pu être assez longuement expliqué dans les articles de SLP sur l’État espagnol comme dans ceux portant spécifiquement sur la Catalogne, le propos juste et exact serait que cette dernière est exploitée par la Métropole européenne ("Banane bleue") PAR LE BIAIS de l’État espagnol, qui en est en quelque sorte le "gendarme" comme pour tous les Peuples travailleurs de la Péninsule (sauf le Portugal).

    Enrichir le Nord-Ouest de l'Europe étant, en fait, la vocation historique de cet État depuis au moins le XVIIe siècle ; Colbert l'écrivait déjà à l'époque ("plus un pays fait commerce avec l'Espagne, plus il est prospère") – cela faisait alors surtout allusion aux richesses de son Empire colonial, mais aujourd'hui la force de travail des travailleurs péninsulaires n'est pas non plus une valeur négligeable pour les monopoles européens.

    C'est là que se situe la démarche de libération. La "riche" Catalogne a le 4e PIB/habitant de l’État, mais on parle de l’État espagnol, de l'Europe du Sud ! Ce PIB/habitant est environ à hauteur de 27 000 €. C'est quelque part entre la Provence ou l'ex-Midi-Pyrénées d'un côté (au-dessus), la Corse ou l'ex-Languedoc-Roussillon de l'autre (au-dessous). Des "Suisses" ne vouant que mépris aux pauvres méridionaux, les Catalans ? La Suisse a un PIB/habitant de l'ordre de 80 000 €... Un tel raisonnement devrait faire rougir de honte ceux qui le tiennent. Pour rester dans l'UE proprement dite, les Pays-Bas sont autour de 50 000, ce qui est également le PIB/habitant approximatif de l'Île-de-France (cf. l'entre-crochet plus bas) ; l'Allemagne est dans les 35-40 000 ; et puisque l'on aime bien agiter l'épouvantail des très droitiers et xénophobes séparatismes flamand ou nord-italien (ce dernier n’existant plus vraiment en réalité…), la Région flamande est également dans ces eaux-là d'environ 40 000, et la Lombardie à 33 500 (donc au-dessus de la moyenne hexagonale, qui est d'environ 31 000 €). Voilà ce que sont des pays et régions riches !

    La dynamique sociale de l'actuelle mobilisation pour l'indépendance en Catalogne est fondamentalement anti-austéritaire (comme elle l'était d'ailleurs également en Écosse) ; contre l'austérité c'est-à-dire en d'autres termes, dans la Périphérie européenne, contre le renforcement féroce et sans pitié de l'exploitation capitaliste par la Métropole centrale du continent (à laquelle se rattache la région parisienne depuis laquelle – en général – nos intellectuels de gauche "antilibéraux" pourfendent les Catalans "riches et égoïstes" qui "refusent de payer pour les pauvres" et "balkanisent les États-nations au service du Grand Capital"... sans commentaires) ; politique dont le régime de Madrid est ici le chargé de mission.

    Certes, pour la majorité de la direction bourgeoisie et (surtout) petite-bourgeoise du mouvement, et comme encore une fois en Écosse (sauf que là, la politique austéritaire de Westminster se couple souvent avec l'europhobie qui a débouché sur le Brexit – auquel les Écossais se sont fermement opposés...), l'indépendantisme s’accompagne encore souvent d’illusions sur l’Union européenne ou, en tout cas, d’une volonté de rassurer les troupes en cherchant à atténuer ainsi la peur de l’aventure ("nous ne serons plus dans l’Espagne, mais nous resterons dans l’Europe").

    Une Union européenne… qui a déjà (à maintes reprises) opposé fermement son veto, étant d’abord et avant tout un cartel d’États-nations garant de l’unité "indivisible" de ceux-ci, et d’autre part la garante à l’échelle continentale des politiques néolibérales et d’austérité nécessaires au capitalisme pour faire face à sa crise (ce contre quoi les Catalans indépendantistes s’insurgent précisément à travers Madrid, comme les Écossais à travers Londres).

    Et donc une rectification idéologique que la gauche radicale indépendantiste devra plus tôt que tard mettre à l’ordre du jour dans le mouvement ; mais cela ne change rien au fond objectif du problème.


    [* Un camarade fait remarquer dans une autre discussion que "C'est pas qu'ils ne veulent pas payer les amortisseurs sociaux justement c'est qu'ils veulent le faire DIRECTEMENT et ne considèrent plus Madrid comme un intermédiaire fiable. D ailleurs beaucoup d'andalous l'ont compris je pense j ai vu pas mal de vidéos d'andalous encourager la catalogne et effectivement je pense aussi que la meilleur sortie de cette histoire c'est une reconfiguration de l’Espagne"

    Voilà, c'est exactement ça. "Aider directement"... et maintenant travaillons à développer la conscience que ça passe par une Péninsule fédérative socialiste. Déjà, moins l'Andalousie sera pauvre, ce qui est synonyme de "plus elle sera libérée du Système Espagne", moins il faudra l'aider... ça me semble tomber sous le sens. Donc il faut faire tomber le système bourbonnique postfranquiste, vaillant serviteur de l'ordre néolibéral mondial, avec sa mafia opusdéiste qui vaut bien notre mafia franc-mac en pire (c'est une franc-maquerie catho en fait, pour faire court). Tous les Peuples péninsulaires ensemble comme les doigts d'un poing uni.

    Sortir le Sud de son marasme colonial demi-millénaire plutôt que de se demander qui paye quoi pour lui filer des allocs, c'est pas du marxisme de haute volée, juste la parabole de donner un poisson à un gars ou de lui apprendre à pêcher...]


    [Pour rebondir encore une fois sur la Catalogne "riche" et "égoïste" :

    - La Catalogne c'est 16% de la population de l’État espagnol (7,5/46,5)... et environ 19-20% de son PIB. Son "ratio" richesse/population est donc, disons, de 1,25 (20/16), ou de 1,19 si l'on prend plutôt 19% du PIB (19/16), ce qui semble plus proche de la réalité que 20%.

    - La Communauté de Madrid représente 18 ou 19% du PIB espagnol, mais moins de 14% de la population. De ce fait, le ratio est déjà un peu plus élevé : 18,5 (environ) /14 = 1,32.

    - L'Île-de-France, quartier général d'une grande partie de la "gauche radicale" qui donne aux Catalans des leçons de non-égoïsme et de solidarité entre les peuples, c'est moins de 18% de la population de l’État français (12/67,5) et... 31% du PIB. Soit un ratio de 1,74. En prenant uniquement la ville de Paris intra-muros, on monte même à plus de 2,5 !

    - La Métropole de Lyon, autre QG de ce genre de "gauche radicale", c'est 3,1% du PIB hexagonal pour 2% de la population, soit un ratio de 1,55.

    - Cet aspect est absolument caractéristique en Hexagone, où pour prendre (à l'inverse) quelques exemples de "régions" réputées périphériques, la région "Occitanie" (ex-"LRMP", qui abrite tout de même Toulouse et Montpellier...) sort à peu près à 7% du PIB (143,8 milliards d'€ / 2 032,3) et 8,6% de la population, soit un ratio de 0,814 ; la Corse est à 0,4% pour 0,48% de la population, soit un ratio de 0,833 ; la Bretagne amputée (sans Loire-Atlantique) comme complète sort à peu près à 0,82 ; mais même une "région" réputée "riche" comme l'Alsace n'est qu'à 0,93 (1,9 millions d'habitants soit 2,8% de 67,5 millions, et 2,6% du PIB total), et Rhône-Alpes prise en entier (incluant Lyon, donc...) est à peu près autour voire légèrement au-dessous de 1, soit une part de PIB correspondant grosso modo à son poids démographique (en comptant en son sein la deuxième métropole économique de l’État, c'est donc dire la situation du reste !). Sans parler des dernières colonies directes d'"outre-mer", avec par exemple une Martinique à 0,72 (0,41% du PIB pour 0,57% de la population) et une Guyane à... 0,5 (0,19% du PIB et 0,38% de la population).

    Bref, en résumé : le cul au chaud soit à Paris, soit dans une métropole-décalque de leur État français, où une mégalopole-capitale aspire toute la richesse et écrase politico-économico-socio-culturellement tout, des gens font la leçon à un peuple légèrement au-dessus de la moyenne de son État (et assez nettement derrière la région-capitale) en PIB/habitant, qui veut se faire la malle et prendre son destin en main.

    Donc voilà quoi... Tout cela me fait terriblement rire.

    - Dernier élément de comparaison, et là c'est sûr que "voilà"... : l'Andalousie représente 18% de la population de l’État espagnol et 13,6% de son PIB, ce qui nous fait un ratio de 0,75 – inférieur à celui de la Corse (0,83), de la Bretagne (0,82) ou de la région Occitanie (0,81) et, en fait, à peine supérieur à celui de la Martinique (0,72) dans l’État français. Et pourtant, les militants de libération andalouse soutiennent fermement le processus souverainiste des "riches" et "égoïstes" catalans...

    (Ajoutons que dans une "région" réputée "dynamique" comme la Catalogne, ou no problem comme la Bretagne, une crise telle que celle en cours depuis la fin des années 2000 aura forcément des conséquences dévastatrices pour la vie sociale populaire, et ce bouleversement conduira forcément à une effervescence politique, potentiellement réactionnaire mais potentiellement aussi progressiste voire révolutionnaire ; alors qu'une région historiquement pauvre et sous-développée comme l'Estrémadure, la Mancha ou l'Andalousie profonde connaîtra un certain phénomène d'immuabilité dans le dénuement : la grande pauvreté n'est pas "automatiquement" le terreau d'une mobilisation révolutionnaire dans les masses.)]


    [Et encore un autre "listing" de trucs de fou que (je l'avoue) j'étais loin d'avoir tous suivi, et qui en disent encore un peu plus long sur le caractère "égoïste et réactionnaire" de l'actuelle volonté catalane d'indépendance :

    "La Catalogne est un pays où le Parlement crée une taxe sur les banques et où le Tribunal Constitutionnel [espagnol] l'invalide.

    La Catalogne est un pays où le Parlement fait une loi pour protéger les citoyens qui ont été abusés par des hypothèques frauduleuses, et où le Tribunal Constitutionnel l'invalide.

    La Catalogne est un pays où le Parlement légifère pour garantir que les familles pauvres aient la lumière, l'eau et le gaz pendant les mois d'hiver, ce que le Tribunal Constitutionnel invalide.

    La Catalogne est un pays où le Parlement crée une taxe pour chaque appartement vide et veut consacrer ses recettes au loyer social, et où le Tribunal Constitutionnel l'invalide.

    La Catalogne est un pays dont le Parlement adopte des politiques d'égalité entre les hommes et les femmes, que le Tribunal Constitutionnel invalide. [...]

    La Catalogne est un pays dont le Parlement crée une taxe sur les centrales nucléaires dont le recettes iraient à la protection de l'environnement, et le Tribunal Constitutionnel l'invalide.

    La Catalogne est un pays dont le Parlement veut interdire le "fracking" (du gaz et pétrole de schiste), ce que le Tribunal Constitutionnel invalide.

    La Catalogne est un pays où le Parlement légifère pour imposer un tarif aux opérateurs Internet pour soutenir la culture, ce que le Tribunal Constitutionnel invalide.

    La Catalogne est un pays où le Parlement veut interdire les corridas, ce que le Tribunal Constitutionnel [espagnol] invalide."]


    Réflexions d'actualité : la Catalogne... et le Basûr (Kurdistan d'Irak) à l'heure des référendums d'indépendance

    Réflexions d'actualité : la Catalogne... et le Basûr (Kurdistan d'Irak) à l'heure des référendums d'indépendance


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    [Réponse à un commentaire qui abordait la question du référendum d'indépendance au Kurdistan d'Irak (Başûr) http://www.lemonde.fr/…/referendum-d-independance-du-kurdis…, lequel se trouve n'avoir pour seul soutien ouvert... que l’État d'Israël http://www.lemonde.fr/…/israel-soutient-le-referendum-d-ind…, dont on voit fréquemment les drapeaux dans les rassemblements populaires https://francais.rt.com/…/43827-drapeau-israelien-ne-vous-s…]

    Le principe léniniste* est que l'instrumentalisation par l'impérialisme ne peut pas conduire au rejet DE PRINCIPE du droit à l'autodétermination, ni pour un peuple en particulier, ni encore moins de manière générale.

    Par contre, on peut évidemment critiquer IN SITU la façon dont un processus est mené à l'instant t où l'on parle ; et là, c'est clair qu'au Başûr il y a matière... Les liens ouverts entre Barzani, oligarque-leader maître d’œuvre du référendum unilatéral, et l'entité sioniste, sont clairement dans cette partie du monde un SUICIDE POLITIQUE dans lequel il entraîne en outre TOUTES les forces kurdes et leurs soutiens, y compris des forces qui ont toujours dénoncé le sionisme et la destruction nationale du Peuple palestinien.

    Chez SLP, on ne s'appelle pas Maurice Thorez : on ne soutient pas les luttes de libération parce que et UNIQUEMENT SI elles "affaiblissent le pouvoir des monopoles ici", entendu, au service du "Peuple travailleur (blanc) de Frrrance"... Mais on les soutient bel et bien, par contre, parce que et UNIQUEMENT SI elles affaiblissent l'impérialisme dans la RÉGION DU MONDE concernée.

    Et l'on voit effectivement très mal en quoi un quart de Kurdistan complètement fantoche et totalement lié à Israël (et aux courants néocons-sionards des bourgeoisies impérialistes occidentales, BHL étant sans doute déjà dans l'avion pour Erbil afin de fêter ça...) remplirait ce critère.

    Mais la question kurde reste légitime et doit être posée, parce que là encore il faut en revenir à la position de Lénine : le droit à l'autodétermination nationale n'est pas un goût prononcé pour la séparation ethnique, mais un instrument pour l'UNITÉ des peuples, l'unité par l'égalité, la domination antidémocratique étant en fait contraire à l'unité.

    C'est valable partout, et tout particulièrement dans le Sud global. Contre l'impérialisme, l'ensemble du Proche et Moyen Orient (par exemple) a besoin d'unité, ethnique comme confessionnelle. Or ce n'est pas possible quand un groupe (national ou confessionnel) en domine un autre. Car à ce moment-là, soit le groupe dominant va devoir s'inféoder à l'impérialisme qui l'aidera à perpétuer sa domination (cas le plus fréquent, que les Kurdes ont bien connu au Bakur "turc" en particulier), soit il commence à bouger contre l'impérialisme et il va alors voir le groupe dominé instrumentalisé par ce dernier contre lui (cas typique du Kurdistan d'Irak - Başûr après l'invasion du Koweït par Saddam). Dans les deux cas, tout le monde est perdant.

    C'est en ce sens, tout simplement, que se pose la question kurde au Proche et Moyen Orient.

    Mais c'est en fait valable partout. L'URSS s'est éloignée au fil du temps des conceptions de Lénine, et elle est principalement morte de ça, de l'oppression nationale ressentie par les peuples non-russes (et les pays "frères" d'Europe de l'Est, Mongolie, Afghanistan etc.). C'est explicite dans les plans stratégiques de Brzezinski élaborés à partir de la fin des années 70 : il fallait jouer les nationalités pour abattre l'"Empire du Mal" (et c'est ce qui s'est passé...).

    Si demain (science-fiction complète) les jacobins complètement délirants du POI prenaient le pouvoir en Hexagone, ce serait simple : il y aurait des chouanneries, de la lutte armée en Corse, des soulèvements dans les banlieues à majorité musulmane ! La Réaction émigrée comme étrangère ne se priverait pas d'exploiter une telle faille d'ennemis aussi cons...

    C'est même valable de manière encore plus générale (comme le fait remarquer quelqu'un) au-delà des nationalités, pour tout groupe A opprimant un groupe B (groupes de genre par exemple). Soit le groupe A doit se faire carpette devant les "maîtres du monde", le Grand Capital monopoliste impérialiste, pour qu'ils appuient sa domination "édentée" qu'il ne peut maintenir seul, soit il essaye de se révolter contre eux, mais alors ceux-ci pourront jouer les revendications du groupe B opprimé contre lui.

    C'est le sens en lequel Marx disait que "un peuple (mais il aurait pu dire un groupe social humain en général) qui en opprime un autre ne saurait être libre".

     

    Les Kurdes irakiens étaient appelés à voter pour leur indépendance, lors d’un référendum organisé lundi par le gouvernement régional du Kurdistan irakien. Une…
    lemonde.fr


    * Principes léninistes dont il est beaucoup question dans toutes ces affaires, et que voilà exposés de la manière la plus complète ici :

    https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1916/01/19160100.htm

     


  • Commentaires

    1
    Pascal
    Mercredi 4 Octobre à 13:08
    Meyssan s'en est pris au Rojava:
    http://www.voltairenet.org/article197821.html
    Sa proximité avec le régime iranien n'est pas un secret.
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