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    Cela dépend d'où l'on se trouve. Dans les pays dominés par l'impérialisme (semi-colonies, néo-colonies...), la réponse va de soi. La "démocratie" qu'il est de bon ton d'arborer depuis les années 1980 (Fin de l'Histoire) n'y est qu'une pure mascarade, même pour le plus bourgeois des démocrates bourgeois de chez nous (type lecteur de Libé). Le suffrage "universel" se limite à la collecte des bulletins de vote par les potentats locaux, à coup de largesses matérielles, de promesses mais également, si nécessaire, à coups de bâtons. Ceux qui se dressent contre l'ordre établi son jetés au cachot sous un prétexte quelconque, ou disparaissent un jour au coin de la rue pour ne jamais reparaître... D'une manière générale, la préoccupation des masses est la survie, pas la politique.

    Allez au Guatemala, au Congo ou au Bangladesh, vous retrouverez partout cette même réalité. Cette damnation terrestre, qui pousse chaque année des centaines de milliers de personnes vers le Rio Grande, Gibraltar ou Lampedusa, est la condition, la base sur laquelle reposent NOS sociétés "démocratiques", de "droit" et de "confort" capitaliste. Europe, Amérique du Nord ou Japon : nous sommes finalement (au terme d'un processus que pouvait déjà entrevoir Lénine en 1916...) des cités grecques, avec leurs citoyens, entourées de hilotes affamés et exploités. De temps à autres, comme au bon vieux temps de Sparte, une chasse aux hilotes est ouverte : Grenade, Panama, Irak, Afghanistan, Tchad, Côte d'Ivoire, Libye...

    Dans ces pays, donc, la lutte pour la démocratie telle que nous l'entendons est déjà, en tant que telle, subversive. Accomplir les tâches de la révolution démocratique bourgeoise est la première étape de la Révolution populaire vers le socialisme.

    La simple victoire d'un candidat hors-système (Chavez, Evo Morales) est déjà une grande subversion, souvent l'aboutissement de grandes luttes populaires, même si ensuite le "système", l'oligarchie, se reforme au sein de la bourgeoisie nationale réformiste (qui se vend à nouveau à l'impérialisme : c'est le "mouvement naturel" du réformisme national-bourgeois, que seule la Guerre populaire peut enrayer pour amener la vraie révolution).

    Mais qu'en est-il sous nos latitudes, dans nos métropoles impérialistes ?

    Et bien, dans un sens, on peut dire aussi que la démocratie idéale telle que nous la définissent, depuis l'école, nos curés de campagne de la "gauche" républicaine bourgeoise, reste un vain mot. Ses idéaux d'égalité de tou-te-s devant la loi et les institutions, de possibilité de tou-te-s de s'exprimer et de décider dans la vie collective, sont en contradiction permanente avec la propriété privée capitaliste des moyens de production et l'appropriation privée de la plus-value du travail, bref, avec les intérêts et l'instinct de survie d'une classe : la bourgeoisie, et avec son Etat (ensemble d'institutions, de rapports juridiques, sociaux et territoriaux).

    De plus, à mesure que le capitalisme s'enfonce dans la crise générale :

    - il exige de la force de travail (les masses travailleuses) une productivité maximale, et cherche donc à modeler la société à son image ; ainsi qu'à reprendre les conquêtes démocratiques et sociales accordées aux masses, entraves à la productivité ;

    - il redoute l'aiguisement de la lutte des classes et les actes de résistance populaire, même individuels, spontanés, non-conscients et non-organisés : plus marxiste que bien des "marxistes", la bourgeoisie sait parfaitement que chaque crise met à l'ordre du jour son renversement.

    DONC, la démocratie telle qu'idéalisée par les radicaux du 19e siècle et les social-démocrates du 20e siècle (les partis de la petite-bourgeoisie, en somme...) tend à céder le pas à un État policier, de contrôle permanent, de contre-révolution préventive.

    La "démocratie réelle" est donc une revendication légitime des masses populaires, et particulièrement du prolétariat et des couches les plus pauvres, exploitées et fliquées du Peuple, pour qui la démocratie bourgeoise est particulièrement fictive.

    MAIS cette démocratie "véritable" ne peut avoir de sens et de matérialité que dans le renversement du capitalisme...

    C'est ainsi qu'il faut aborder le mouvement populaire spontané qui s'est développé ces derniers jours dans l'Etat espagnol (essentiellement contre les 20% de chômage, dont 40% chez les jeunes, alors que l'arrogance des bourgeois et la corruption des politiciens est proverbiale dans ce pays) ; et qui fait "tâche d'huile", à l'ère internet, dans toute l'Europe.

    Soyons clairs : de tous temps, en 160 ans de mouvement socialiste puis communiste, les organisations révolutionnaires ont été débordées et surprises par le mouvement réel et spontané des masses. En février 1917, personne (ni les "socialistes-révolutionnaires", ni les mencheviks, ni les bolcheviks) ne s'attendait à ce qu'une énième émeute de la faim, totalement spontanée, ne renverse le Tsar et ne donne lieu à la première révolution prolétarienne de l'Histoire et à au moins 5 ans d'agitation révolutionnaire intense dans le monde entier. En Mai 68, cela faisait au moins depuis la rentrée 1966 qu'il y avait de l'agitation dans les facs. Personne, pas même les marxistes-léninistes (PCMLF, UJCML, UCF-MLetc.), ne s'attendait à l'ampleur que prendrait cette fronde étudiante, avec 10 millions de grévistes, le quasi renversement de De Gaulle et 5 ans (là encore) de grande effervescence révolutionnaire... En 1974, au Portugal, toutes les organisations communistes prirent le train en marche, en voyant les masses populaires se rallier au "coup de poker" d'une poignée de jeunes officiers progressistes. Les exemples seraient légion... Plus près de nous, qui aurait prévu le niveau d'affrontement de classe, contre l'Etat policier, que prendrait le mouvement lycéen contre la "réforme" des retraites ? Aucune organisation n'était derrière les affrontements. Ceux-ci étaient une réaction spontanée à la répression aveugle qui s'était déchaînée contre la jeunesse populaire (à coup de flash-balls etc.).

    La "démocratie réelle" revendiquée par les jeunes de la Puerta del Sol est un mouvement spontané, exprimant une aspiration de masse parfaitement légitime. Bien sûr, il a plus que ses défauts : il se réclame des soulèvements arabes alors que les conditions concrètes (en Europe) n'ont rien à voir, ses mots d'ordre sont généralement "réformistes radicaux", etc. Mais le rôle des organisations communistes est d'être à ses côtés, pour porter le mot d'ordre qu'il n'y a de démocratie réelle que dans le renversement du capitalisme. Il est légitime de critiquer les aspects inter-classistes et ultra-démocrates, petits-bourgeois, du mouvement, mais le rejeter d'emblée ou l'ignorer (ne pas prendre position) c'est se condamner lourdement devant l'Histoire.

    Ailleurs, il faudra voir. Beaucoup de rassemblements se font avant tout en solidarité. D'autres, la fameuse "tâche d'huile" de l'ère internet, pourraient rester de pâles copies, essentiellement bobo (classes moyennes urbaines réformistes). Le rapport des libertaires de Rebellyon est assez clair : "l'assemblée est pour l'instant très largement blanche", ce qui dans une métropole capitaliste comme Lyon, veut dire que pour l'instant le prolétariat n'adhère pas. Pire : les "social-républicains" du PG et (encore pire) de l'AJR (POI) tentent d'y refourguer leur camelote de "Constituante", autrement dit, de rénovation de la République bourgeoise.

    Mais si le mouvement prend de l'ampleur et dépasse son caractère petit-bourgeois actuel, les communistes devront, là encore, se positionner et prendre place aux côtés des masses avec des mots d'ordres communistes...

    http://www.globalproject.info/public/resources/images/max/arton14844-0dc6c.jpg

    republica socialista

    PS : Il faut être absolument clairs : le mouvement réel spontané des masses sera TOUJOURS ultra-démocratique et économiste. A fortiori dans nos sociétés occidentales couvées dans l'illusion démocratique et le conso-confort capitaliste. Pour poser la question du pouvoir, il faut une direction communiste ; mais pour pouvoir prétendre (de manière crédible) à cette direction, il faut une masse critique de militant-e-s et sympathisant-e-s qu'il n'est possible d'atteindre... qu'en se liant aux masses, notamment lors de mouvements comme celui-ci.

    Il est absolument délirant de rejeter un mouvement comme celui-ci, comme représentant la "petite-bourgeoisie en déclassement". Au moins aussi délirant que de cracher (comme on l'a vu en 2005) sur les insurrections des quartiers-ghettos prolétaires. Ces deux forces sont, tout au contraire, les forces essentielles de la révolution dans les métropoles impérialistes, le combustible, la plaine à enflammer d'une étincelle ! Depuis les années 1950, le Capital monopoliste a créé, dans les métropoles impérialistes, une classe moyenne, une "petite-bourgeoisie artificielle" vouée à consommer ; car, à ce stade de son développement, le capitalisme ne peut fonctionner qu'en élargissant au maximum la consommation (consommation au delà des stricts besoins primaires, s'entend). Cette "petite-bourgeoisie artificielle" est entretenue, bien sûr, par les surprofits dégagés par l'exploitation impérialiste de la planète. Mais en période de crise, quand le taux de profit chute considérablement, les surprofits chutent exponentiellement ! La "petite-bourgeoisie artificielle" se trouve alors re-prolétarisée : c'est la fameuse "première génération qui vivra moins bien que ses parents"... Ceci est un ferment révolutionnaire considérable !

     


     Lénine : La révolution socialiste en Europe... ("Democracia Real Ya" & Cie)

    « La révolution socialiste en Europe ne peut pas être autre chose que l'explosion de la lutte de masse des opprimés et mécontents de toute espèce. Des éléments de la petite bourgeoisie et des ouvriers arriérés y participeront inévitablement - sans cette participation, la lutte de masse n'est pas possible, aucune révolution n'est possible - et, tout aussi inévitablement, ils apporteront au mouvement leurs préjugés, leurs fantaisies réactionnaires, leurs faiblesses et leurs erreurs. Mais, objectivement, ils s'attaqueront au capital, et l'avant-garde consciente de la révolution, le prolétariat avancé, qui exprimera cette vérité objective d'une lutte de masse disparate, discordante, bigarrée, à première vue sans unité, pourra l'unir et l'orienter, conquérir le pouvoir, s'emparer des banques, exproprier les trusts haïs de tous (bien que pour des raisons différentes !) et réaliser d'autres mesures dictatoriales dont l'ensemble aura pour résultat le renversement de la bourgeoisie et la victoire du socialisme, laquelle ne "s'épurera" pas d'emblée, tant s'en faut, des scories petites-bourgeoises »

    V. I. Lénine, Bilan d’une discussion sur le droit des nations à disposer d’elles-mêmes (1916), Œuvres vol. 22.

    À bon entendeur...

    lenine


     Mouvement des "indignés" : mener la guerre idéologique sur 2 fronts !

     

    - CONTRE les limites réformistes petites-bourgeoises du mouvement lui-même, et la démagogie crapuleuse des "rénovateurs" populistes du capitalisme qui lui tournent autour !  

    - CONTRE l'ultra-gauchisme réactionnaire donneur de leçons, et son mépris aristocratique du mouvement réel des masses !   UN SEUL MOT D'ORDRE : la démocratie authentique est une aspiration légitime des masses populaires ; sa seule réalisation possible est le SOCIALISME, l'expropriation du Capital et le Pouvoir Populaire sous la direction politique du prolétariat... (sujet-verbe-complément : pas besoin d'une dissertation !)

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    De la révolte...                                  
                                            ... à la Révolution !

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  • Le 8 mai 1945 devait être un jour de joie et de célébration à travers le monde entier. Sous la bannière des Armées populaires partisanes mais aussi (c’est ainsi…) sous celle des Armées nationales capitalistes, les Peuples, les travailleurs du monde entier venaient de jeter à terre le plus grand projet d’oppression, d’exploitation et de barbarie impérialiste ayant existé alors : le nazifascisme.

    Mais dans l’Est de l’Algérie, une tâche indélébile a été jetée sur cette date, pour toujours.

    Les faits sont tristement connus, rappelons les brièvement : défilant pour célébrer, comme dans le monde entier, la défaite du nazisme, des Algérien-ne-s lèvent le drapeau vert et blanc de la libération nationale. Ne leur avait-on pas promis que, pour leur engagement aux côtés de la « France libre », leurs droits nationaux allaient être rapidement reconnus ? Un membre de la Police coloniale surgit et abat un manifestant. L’émeute éclate aussitôt, et plusieurs dizaines d’Européens sont tués par la foule en colère. Mais le sang n’a fait que commencer à couler…  Alors que la colère se propage dans toute la région, le Constantinois, celui-ci est bouclé par l’Armée sur ordre du Gouvernement général d’Alger et du Gouvernement de De Gaulle à Paris, et le massacre commence. Dans les 2 semaines qui suivent, des dizaines de milliers, peut-être 45.000 Algérien-ne-s sont assassiné-e-s, dans une barbarie qui préfigure celle de la guerre d’Indépendance (1954-62)… et rappelle celle de l’occupation nazifasciste en Europe, qui vient de se terminer ! Villages rasés, exécutions de masse après que les victimes aient creusé leur propre fosse commune, prisonniers écrasés par les tanks, femmes violées et éventrées, bébés écrasés contre les murs, etc. etc.

    La Bête nazifasciste à peine écrasée, le jour même, l’impérialisme « normal » reprenait son cours, et montrait qu’avec la barbarie nazie la différence est de degré, pas de nature : le nazisme n’a été que la barbarie impérialiste poussée à son extrême par les conditions de l’époque (crise de 1929 et ses conséquences pour l’impérialisme allemand), mais PARTOUT et TOUJOURS l’impérialisme n’est que massacre, pillage, écrasement des Peuples !

    HONTE, HONTE à ceux qui ont ainsi sali ce Jour de Gloire et de Libération pour tous les Peuples !

    Mais voilà : si la Victoire antifasciste fut dans une grande partie du monde une victoire révolutionnaire des Armées rouges, elle fut aussi dans une autre grande partie la victoire des impérialistes ennemis d’Hitler, entendant bien rétablir « l’ordre naturel des choses ».

    Une victoire permise, dans bien des cas, par l’opportunisme des Partis communistes dirigeant le prolétariat et les masses travailleuses. 1945 est même clairement, en Europe de l’Ouest, l’enterrement de tout espoir sérieux de révolution pour le reste du 20e siècle : jamais plus (même en 1968) de telles conditions ne se présenteront, et elles furent délibérément ignorées.

    Ainsi, parmi les responsabilités des massacres d’Algérie, la plus violemment mise en cause est celle du Parti communiste français. Dirigé par Maurice Thorez, celui-ci prônait alors « l’union sacrée » avec toutes les forces « patriotiques » de la « France libre », y compris celles du plus Grand Capital… Il compte plusieurs ministres dans le gouvernement De Gaulle, dont Charles Tillon, représentant plutôt la ligne de gauche du Parti.

    Servir le Peuple vous propose donc une très intéressante étude historique d'Alain Ruscio, sur la base des colonnes du journal L’Humanité, permettant de cerner la position du Parti de Thorez au cours de ces évènements sanguinaires. Reposant sur des sources d’époque, malgré le problème de la censure qui frappait le journal comme tous les journaux (on était encore en état de guerre), faisant disparaître des colonnes entières, elle permet d’y voir plus clair.

    On y découvre une position PCF complexe, pour ne pas dire tordue, empêtrée dans la « nécessité » d’alors de participation au Gouvernement de la Libération ; empêtrée, aussi, dans la ligne « gauche coloniale », de « colonialisme éclairé », « à visage humain », adoptée au milieu des années 30 au profit du rapprochement avec la « gauche » républicaine bourgeoise (SFIO, radicaux) contre le fascisme et la droite fascisante (une interprétation très droitière de la politique de Front populaire de l’Internationale communiste). Alors que le PC avait été, dans les années 20, d’une solidarité irréprochable avec le Peuple marocain victime de la guerre du Rif (conduite par un certain Philippe Pétain…). Une position, aussi, imprégnée de préjugés sur « l’hitlérisme » des leaders nationalistes, comme Ferhat Abbas ou Habib Bourguiba (qui aurait été « tout juste rentré d’Allemagne », ce qui est FAUX).

    La position, au final, du PCF de mai 1945, est qu’un système colonial réduit aux « cent seigneurs » (les plus gros colons), avec la complicité des nationalistes « hitlériens », a provoqué les troubles et la violente répression qui a suivi (qui est dénoncée, notamment par les sources sur place comme Henri Alleg) pour « briser l’unité des masses algériennes avec le Peuple de France »…

    Une position totalement social-patriotarde, droitiste, erronée sur l’analyse scientifique du fait colonial, et en contradiction complète avec la 8e des 21 conditions fixées par l’Internationale communiste en 1920 : Dans la question des colonies et des nationalités opprimées, les Partis des pays dont la bourgeoisie possède des colonies ou opprime des nations, doivent avoir une ligne de conduite particulièrement claire et nette. Tout Parti appartenant à la IIIe Internationale a pour devoir de dévoiler impitoyablement les prouesses de « ses » impérialistes aux colonies, de soutenir, non en paroles mais en fait, tout mouvement d'émancipation dans les colonies, d'exiger l'expulsion des colonies des impérialistes de la métropole, de nourrir au cœur des travailleurs du pays des sentiments véritablement fraternels vis-à-vis de la population laborieuse des colonies et des nationalités opprimés et d'entretenir parmi les troupes de la métropole une agitation continue contre toute oppression des peuples coloniaux.

    Cette ligne et cette ligne seule explique la position du PCF à l'époque, et non le manque d'information (bien que celle-ci circulait en effet très mal) ou autres... Comme le fait que Tillon, ministre de l'Armée de l'Air, aurait été complètement "court-circuité" par l'état-major : possible et même probable, mais le Parti aurait pu alors menacer de quitter le gouvernement. Il était largement en position de force pour le faire ; et donc faire, peut-être, cesser les massacres. Au moins ça !

    Cependant, on n’est pas non plus sur une position « Tuez tous ces sauvages jusqu’au dernier ». Il faut tordre le cou impitoyablement à la propagande anticommuniste, qui mettrait les communistes en pointe de la répression meurtrière, d’une certaine bourgeoisie communautaire et de ses commanditaires monopolistes bleu-blanc-rouges, qui cherchent ainsi à répandre l’anticommunisme (et non la seule critique du PCF de Thorez) dans les masses des colonies intérieures de l’Hexagone (principalement la colonie intérieure maghrébine), afin de les détourner de la science marxiste, autrement dit du seul véritable outil de libération ! La voie suivie par le BLACK PANTHERS PARTY, l'American Indian Movement et les Brown Berets latinos aux USA, la plupart des organisations de combat anti-appartheid en Azanie, Amilcar Cabral en Guinée-Bissau et au Cap-Vert, Pierre Mulele au Congo-Kinshasa, Eduardo Mondlane au Mozambique...

    http://media.paperblog.fr/i/178/1788774/massacres-setif-guelma-kheratta-debut-guerre--L-1.jpeg


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  • Dans la nuit du 1er au 2 mai, la nouvelle est donc tombée. Après 10 ans de traque (une durée incroyable alors qu’il se trouvait dans une énorme villa, à 50 km de la capitale pakistanaise), Oussama BEN LADEN a été liquidé par les forces spéciales US.

    Il va sans dire que, d’un intérêt militaire à peu près nul, cette opération va, non seulement peut-être assurer la réélection d’Obama (mal en point face à la droite ultra) à la Maison-Blanche, mais représenter une victoire psychologique considérable pour le premier impérialisme du monde… À court terme en tout cas.

    Car sur la nature d’Al-Qaïda (totalement réactionnaire, contre-productive etc.), SLP rejoint l’analyse de la plupart des groupes marxistes-léninistes et maoïstes à travers le monde. On peut notamment se référer aux analyses des camarades du (nouveau)PCI sur ce point : 12.

    Nous irons simplement un petit peu plus loin

    En réalité, contrairement aux forces « islamistes » classiques (Frères musulmans, Hamas qui en est une branche palestinienne, Hezbollah, Iran khomeyniste) qui ont toutes une dimension nationale (malgré des prétentions panislamiques et une recherche naturelle d’alliés…), le projet d’AQ n’est pas simplement national-bourgeois. Al-Qaïda ne représente pas (en tout cas pas seulement) une bourgeoisie nationale dont les Frères musulmans du souk égyptien ou le bāzār iranien khomeyniste sont les exemples parfaits ; ce "capitalisme d'en bas" qui émerge de manière informelle et spontanée des entrailles de la "société civile" (où les gens produisent et vendent, bref font du bizness, et certains deviennent riches et d'autres pas...) face au "capitalisme d'en haut", celui que l'impérialisme perçoit comme "normal" et impulse à travers une bourgeoisie bureaucratique-compradore à sa solde ; et qui contrairement à ce dernier, ne va pas permettre au surproduit (plus-value "sur-accaparée") de "remonter" correctement  jusqu'aux  monopoles  impérialistes qui le combattent donc en conséquence, dans leur perspective de domination totale des économies du "Sud".

    En réalité la pénétration massive du capitalisme (impérialiste) dans les pays arabes (principalement du Golfe) depuis les années 1950-60, sur la base de la « manne » pétrolière, a généré une telle suraccumulation de Capital (intermédiaire, comprador) qu’à un moment donné une fraction « dissidente » de celui-ci est entrée en rébellion contre l’Occident, avec son propre projet impérial opposé à ce dernier (une "rébellion" qui peut parfois aller jusqu'à influencer la politique étrangère d'États proprement dits, comme l'émirat du Qatar qui poursuit une telle politique en soutenant les différentes branches des Frères musulmans, auxquels il sert - de fait - de quartier-général). Ben Laden est le parfait exemple de cela, héritier milliardaire d’un empire familial immobilier dont les membres « normaux » mènent la vie de la jet-set arabe à travers le monde…

    Pour les financiers d’AQ, à distinguer des « têtes de gondole » comme Ben Laden ou même d'un idéologue comme Al-Zawahiri, l’ambition n’est donc pas nationale mais impériale : un "Grand Califat" allant du Sénégal à l’Indonésie, conçu comme la base d’accumulation et d’investissement dont a besoin cette gigantesque masse financière pour se reproduire et se valoriser… En synthèse et pour être exacts : la contradiction entre capitalisme "spontané" "d'en bas" et capitalisme bureaucratique-comprador "d'en haut" fournit à l'"islamisme" combattant de type Al-Qaïda sa base de recrutement ; tandis que le Capital arabe suraccumulé qui "étouffe" dans ses petits États semi-coloniaux et qui se "rebelle" (en conséquence) contre l'impérialisme occidental pour tenter d'instaurer un "Califat" comme base d'accumulation adaptée lui fournit sa logistique.

    Bien sûr, à notre époque où même un capitalisme national indépendant n’est qu’un rêve impossible de nationaliste bourgeois, un tel projet de « révolution islamique mondiale », pour faire des compradores arabes dissidents des… impérialistes, est totalement irréalisable.

    Et donc, de fait, complètement coupé des masses et contre-productif. Depuis ses débuts dans les années 1990, malgré la fortune milliardaire de ses financiers, AQ n’a recruté que quelques milliers d’individus à travers le monde et ces groupuscules de quelques dizaines ou centaines d’individus n’ont jamais servi la moindre cause de libération, même national-bourgeoise, mais seulement à justifier le renforcement de l’intervention des impérialistes (qui ont largement grossi la menace) dans les pays musulmans, pays (quasi sans exception) stratégiques pour le contrôle impérialiste du monde.

    Le dernier exemple en date est le Maroc, où vient de frapper un attentat du groupe « AQMI » en plein mouvement populaire démocratique, à pic pour justifier un soutien impérialiste BBR au régime, après la bourde d’Alliot-Marie sur le « savoir-faire français » proposé à Ben Ali...

    D’ailleurs, des infiltrations directes de ces groupes par les services secrets impérialistes ne sont sans doute pas non plus à exclure (comme pour l'assassinat de Vittorio Arrigoni).

    D’une manière générale, les groupes d’AQ sont haïs des masses populaires et des résistances nationales dans les régions où ils sévissent : Sahara (mouvement national touareg), Irak (où ils ont littéralement saboté la résistance par leur sectarisme meurtrier), Afghanistan d’où les talibans et autres insurgés national-islamiques ont fini par les expulser etc. etc.…

    Il n’est donc pas faux de dire que la mort de Ben Laden marque la fin d’une époque ; en même temps que les soulèvements populaires dans les pays arabes y compris contre des « résistants à l’Empire » (Kadhafi, Assad) ou que le naufrage idéologique de Chavez, devenu l’avocat des satrapes arabes et livrant des révolutionnaires à la Colombie fasciste… L’époque des pénibles débuts de la nouvelle vague révolutionnaire mondiale, où la conscience révolutionnaire des masses - en avance sur l’organisation - se trouvait les héros qu’elle pouvait.

    Une nouvelle ère s’ouvre, marquée par la Guerre populaire en Inde, aux Philippines et ailleurs, par la lutte de lignes pour achever la révolution populaire au Népal, et par la Tempête arabe.

    Bien sûr, Sarkozy comme tous les idéologues de l’impérialisme essayent d’en faire leur miel, en opposant ce qu’il y a de plus libéral-bourgeois et inoffensif dans ces « révolutions arabes » qui d’ailleurs n’en sont pas (il y a eu de grandes expériences et victoires des masses du Peuple, mais pas de révolution) au « terrorisme » qui pour eux, au-delà des groupuscules d'Al-Qaïda, signifie la lutte armée, autrement dit la seule vraie voie de la libération des Peuples !

    Mais la signification réelle de ces mouvements, c’est celle de la nouvelle époque, l’époque du retour à la réalité scientifique des choses : ce sont LES MASSES QUI FONT L’HISTOIRE et pas les grands libertadores, les raïs et autres « émirs des croyants » (et encore moins les Sarkozy) !


    oussama_ben_laden.jpg

    Le "diable de confort" de l'impérialisme
     

    À lire aussi, très intéressant pour s'y "retrouver" et arrêter de tout confondre (tragédie de l'extrême-gauche occidentale en la matière...), cet excellent dossier publié en 2017 sur le site Investig'Action : 

    http://ekladata.com/5lOBWb7wr6Au53wxq2o8UWJX6M4/Islamisme-Lalieu-Hassan.pdf

    [Et puis, trotskyste et donc avec les défauts que l'on pourra lui trouver de par cette idéologie ; mais enfin néanmoins, du bon trotskysme (comme il y a le bon et le mauvais cholestérol !) ; le fameux texte de Chris Harman (du SWP britannique) qui devrait vraiment, à notre sens, avoir toute sa place dans la conception communiste du monde de notre époque (et qui n'est, sans doute, pas pour rien honni de tous ceux - des "libertaires" aux ML voire "maoïstes" dogmatos en passant par les trotskystes de type LO - qui peinent à cacher sous un maquillage anticapitaliste leur profonde islamophobie "barbus de Saint Foooons"...) : « Chris Harman - Le prophète et le prolétariat (1994).pdf »

    Dans une veine finalement assez proche, il y a d'ailleurs le maoïste indien Ajith : resistance-islamique-la-contradiction-principale-et-la-guerre-contre-l-a136656668]


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  • Pâques, ce n'est pas que les oeufs, les lapins et la résurrection (réelle ou supposée) d'un brave homme épris d'égalité, cloué sur une croix par les réactionnaires romains il y a 2000 ans... C'est aussi le jour de l'insurrection irlandaise de 1916 (il y a donc 95 ans), point de départ de la lutte de libération nationale irlandaise moderne. Une lutte qui à travers les trahisons, du Traité de 1921 au Vendredi Saint de 1998, se poursuit inébranlable jusqu'à nos jours, et renaît même avec la terrible crise qui frappe le pays, cité en "modèle" du capitalisme européen depuis les années 1990...

    Nous reproduisons ici deux articles du site des camarades de Libération Irlande. Le premier est la Proclamation de la République par le Gouvernement provisoire, du balcon de la Poste centrale de Dublin. Certain-e-s bondiront bien sûr à la lecteur des références religieuses qu'elle contient, montrant par là qu'il n'ont aucun sens de la dialectique ni de la lutte de libération des Peuples ...

    Le second évoque plus particulièrement l'aspect prolétaire et socialiste de la Pâques irlandaise, l'Irish Citizen Army (ICA) du républicain socialiste James CONNOLLY, qui prit part au soulèvement avec environ 200 hommes sur un total de 800.

    Proclamation de la République de 1916


    Le Gouvernement Provisoire de la République d’Irlande

    Au Peuple d’Irlande

    Irlandais et Irlandaises : Au nom de Dieu et des générations disparues desquelles elle a reçu ses vieilles traditions nationales, l’Irlande, à travers nous, appelle ses enfants à rallier son étendard et à frapper pour sa libération.

    Après avoir organisé et entraîné ses hommes dans son organisation révolutionnaire secrète, la Fraternité Républicaine Irlandaise, et ses organisations armées, les Volontaires d’Irlande et l’Armée des Citoyens Irlandais, après avoir patiemment perfectionné sa discipline, et attendu résolument le moment opportun pour se révéler, elle saisit l’instant où, soutenue par ses enfants exilés en Amérique et ses courageux alliés en Europe, mais comptant avant tout sur ses propres forces, elle frappe avec la certitude de vaincre.

    Nous proclamons le droit du peuple d’Irlande à la propriété de l’Irlande et au contrôle sans entraves de sa destinée, son droit à être souverain et indivisible. La longue usurpation de ce droit par un peuple et un gouvernement étranger n’a pas supprimé ce droit, car il ne peut disparaître que par la destruction du peuple irlandais.

    À chaque génération, les Irlandais ont affirmé leur droit à la liberté et à la souveraineté nationale ; six fois durant les trois derniers siècles ils l’ont affirmé par les armes. En nous appuyant sur ce droit fondamental et en l’affirmant de nouveau par les armes à la face du monde, nous proclamons la République d’Irlande, État souverain et indépendant, et nous engageons nos vies et celles de nos compagnons d’armes à la cause de sa liberté, de son bien-être, et de sa fierté parmi les nations.

    La République d’Irlande est en droit d’attendre et requiert l’allégeance de tous les Irlandais et Irlandaises. La République garantit la liberté civile et religieuse, des droits égaux et l’égalité des chances pour tous ses citoyens et déclare être résolue à rechercher le bonheur et la prospérité de la nation entière et de toutes ses composantes, avec une égale sollicitude pour tous les enfants de la nation, oublieuse des différences soigneusement entretenues par un gouvernement étranger qui a séparé dans le passé une minorité de la majorité.

    Avant que nos armes ne trouvent le moment opportun pour établir un Gouvernement National permanent, représentatif de tous les Irlandais et élu par tous ses hommes et femmes, le Gouvernement Provisoire, désormais constitué, administrera les affaires civiles et militaires de la République pour le compte du peuple.

    Nous plaçons la cause de la République d’Irlande sous la protection de Dieu le Très-Haut, dont nous invoquons la bénédiction sur nos armes, et nous prions pour qu’aucun de ceux qui servent cette cause ne la déshonore par couardise, inhumanité ou rapine. En cette heure suprême, la nation irlandaise doit, par sa valeur, sa discipline, et par la disposition de ses enfants au sacrifice pour le bien commun, prouver qu’elle est digne de l’auguste destinée à laquelle elle est appelée.

    Signé au nom du Gouvernement Provisoire :

    THOMAS J. CLARKE, SEAN McDIARMADA, THOMAS McDONAGH, P. H. PEARSE, EAMONN CEANNT, JAMES CONNOLLY, JOSEPH PLUNKETT




    James Connolly : Pour l’Armée Citoyenne (1915)


    L’Irish Citizen Army (ICA) était une milice prolétarienne dirigée par Connolly, qui a été fondée pour défendre la classe ouvrière pendant une grève très longue et dure en 1913 et qui s’est illustrée en participant en première ligne au Soulèvement de Pâques 1916 à Dublin. Voici une présentation de l’ICA par Connolly.

    L’Armée Citoyenne Irlandaise a été constituée pendant le grand lock-out de Dublin de 1913-1914, dans le but de protéger la classe ouvrière et de préserver son droit à tenir des réunions publiques et sa liberté d’association. Les rues de Dublin étaient jonchées des corps sans défense d’hommes, de femmes, de filles et de garçons brutalement matraqués par les hommes de mai en uniforme du gouvernement britannique.

    Trois hommes avaient été tués et une jeune Irlandaise assassinée par un briseur de grève et rien n’avait été fait pour amener les assassins devant la justice. Si donc la justice n’existait pas pour nous et puisque la loi, au lieu de protéger les droits des travailleurs, était ouvertement leur ennemie, et puisque les forces armées de la Couronne étaient mises sans restriction à la disposition des ennemis des travailleurs, il fut décidé de créer notre propre armée pour garantir nos droits, protéger nos adhérents et servir de garantie à nos propres progrès.

    L’Armée Citoyenne Irlandaise a été la première force armée de citoyens organisés publiquement au sud de la Boyne. Ses statuts engageaient et engagent toujours ses membres à œuvrer pour une République Irlandaise et pour l’émancipation des travailleurs. C’est ce qui a toujours été mis en avant dans toute son action nationale et, sans avoir jamais négligé sa fonction spécifique propre, elle a toujours été à la disposition des forces de la nation irlandaise pour les objectifs qui sont communs à tous.

    Son influence et sa présence ont fait respecter le calme dans toutes les réunions ouvrières depuis sa fondation, et le fait de savoir qu’elle existe et l’état d’esprit de ses membres ont contribué à empêcher les employeurs et le gouvernement de recourir à des moyens extrêmes à l’encontre des syndicats qui se battaient. Elle a, au sens propre, ajouté pas mal d’argent sur la paie hebdomadaire des syndiqués, puisqu’elle et elle seule a empêché le gouvernement de faire à Dublin ce qu’il a fait à Barry, c’est-à-dire envoyer des soldats pour faire le travail des dockers pendant une grève. Au plan national, elle a fait beaucoup plus.

    Quand fut perpétrée a grande trahison contre l’Irlande et que John Redmond et ses partisans, aidés de toute la presse capitaliste, se joignirent à la conspiration pour pousser les jeunes hommes d’Irlande à s’enrôler dans l’armée britannique, le premier coup d’importance porté contre cette trahison a été le meeting historique à Stephen’s Green, le soir du fiasco de Redmond à Mansion House.

    Qui a occupé le terrain ce soir-là malgré la masse des bataillons de l’armée britannique qui attendaient l’arme au pied dans chaque caserne de Dublin ? C’est l’Armée Citoyenne Irlandaise qui s’est engouffrée dans la brèche et par sa présence résolue a redonné du courage et rétabli l’espoir parmi le peuple d’Irlande qui était trahi et désemparé.

    Quand le premier ordre d’expulsion a été signifié à la première victime, le Capitaine Robert Monteith, qui a appelé aux armes et qui a invité le peuple de Dublin à lancer un défi à la tête du gouvernement ? Qui a tenu un rassemblement malgré des torrents de pluie et face au déploiement des forces armées de la garnison de Dublin ? Une fois encore, l’Armée Citoyenne Irlandaise.

    Qui, chaque fois que l’ennemi a frappé ceux qui se soulevaient pour la liberté, s’est toujours empressé aux côtés des victimes en déclarant que leur cause était la sienne ? L’Armée Citoyenne Irlandaise.

    Qui, lorsque le meeting de protestation se tenait à Phoenix Park sous la direction du Comité des Volontaires, constituait la seule organisation armée à participer au meeting et à déclarer son adhésion à la cause de ses frères d’arme emprisonnés ? L’Armée Citoyenne Irlandaise !

    Une organisation armée de la classe ouvrière irlandaise, voilà qui constitue un phénomène en Irlande. Jusqu’à présent, les travailleurs d’Irlande se sont battus dans les rangs des armées conduites par leurs maîtres, jamais en tant que soldats d’une armée commandée, entraînée et inspirée par des hommes de leur propre classe sociale. Désormais, les armes à la main, ils se proposent de tracer leur propre route, de façonner leur propre avenir.

    Ni un gouvernement autonome, ni l’absence d’un tel gouvernement autonome ne leur fera déposer les armes.

    Quoi qu’il en soit pour les autres, pour nous qui sommes de l’Armée Citoyenne, il n’y a qu’un seul idéal – une Irlande gouvernée et possédée par les Irlandaises et les Irlandais, souveraine et indépendante, du centre jusqu’à la mer et avec son propre drapeau déployé sur tous les océans.

    Nous ne nous laisserons pas dévier de notre route par des paroles doucereuses, notre vigilance ne sera pas trompée par la liberté de parader et de se pavaner en uniforme, et nous ne serons pas trahis par des propos ronflants.

    L’Armée Citoyenne Irlandaise ne coopérera que dans un mouvement qui va de l’avant. Dès lors que cesse ce mouvement vers l’avant, elle se réserve le droit de rompre l’alignement et de s’avancer elle-même, si besoin est, pour planter le drapeau de la liberté encore plus loin en direction de son objectif.
     


     


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  • L’annonce a fait grand bruit dans le microcosme politico-médiatique bourgeois : jeudi soir, Jean-Louis Borloo a annoncé que sa formation, le Parti radical, allait quitter l’UMP à son prochain congrès. Il n’a pas exclu, dans la foulée, de se présenter à l’élection présidentielle de 2012, comme représentant de la « droite sociale et humaniste ».

    Annonce aussitôt suivie par celle de Rama Yade (que les fascistes se plaisent à cibler en l’appelant « Ramtoulaye »), affirmant sa « rupture idéologique » avec le parti présidentiel. De son côté, celui qui était il y a encore 1 an le chef de file de la droite anti-sarkozyste, Dominique de Villepin, n’a pas exclu de soutenir la candidature éventuelle de Borloo.

    Mais pour SLP, rien de bien surprenant. Rien de plus que la confirmation de notre analyse d’il y a quelques semaines, qui nous a d’ailleurs valu la visite d’un petit comique de « Contre-informations » en commentaires :

    => Sarkozy a été en 2007, et déjà entre 2002 et 2007 comme Premier flic, vice-Premier ministre de fait et idéologue du gouvernement, « l’homme de la situation ».

    => Mais fin 2008 a éclaté la phase terminale de la crise capitaliste commencée dans les années 1970. Avec tout ce que cela implique : contradictions inter-impérialistes décuplées à travers le monde, et besoin de réaction tous azimuts à l’intérieur.

    => Dès lors, Sarkozy n’est plus l’homme de la situation. Ne reste plus, aux yeux des médias porte-voix des monopoles qui font « l’opinion », que les défauts : bling-bling, langage de charretier, pro-américanisme débridé, girouette, manque d’ancrage dans la « France profonde » etc.

    => Ayant pratiqué la « mise à jour du logiciel idéologique » refusée pendant 30 ans par son père, « l’homme » de la situation est devenu une femme, Marine Le Pen. Son « recentrage » apparent a croisé le chemin de l’évolution du Grand Capital vers la solution fasciste.

    => Malgré tout, « l’opinion », patiemment forgée à coup d’éditoriaux et de JT de 20h, n’est pas encore prête au fascisme ouvert. On s’achemine donc, très probablement, vers une parenthèse de « gauche » de 5 ans, avec un DSK incarnant la cible parfaite du discours fasciste. Parenthèse durant laquelle l’extrême-droite acquerra totalement l’hégémonie intellectuelle, idéologique et culturelle sur les masses populaires, après déjà 20 ans d’hégémonie intellectuelle bien à droite. Les tendances « eurasiste » (Bouchet, Soral) ou « occidentaliste » (rebelles-info, Riposte laïque, Bivouac-ID), soutenant l’une et l’autre Marine Le Pen, domineront selon que la contradiction principale de l’impérialisme BBR sera avec les US ou avec le « nouvel Est » (Chine, djihadisme, Iran etc.). De même que les Identitaires, Marine Le Pen joue strictement le « non-alignement » sur ce point.

    => Enfin, malgré tout le « lissage » de Marine Le Pen, le FN ne pourra jamais arriver au pouvoir tout seul. Car il a besoin non seulement de cautions « républicaines » et bourgeoises « respectables », mais aussi d'un réseau de notables et de grands capitalistes qu’il n’a pas suffisamment pour le moment. On l’oublie souvent, mais Hitler n’est pas arrivé au pouvoir seul : le NSDAP n’avait que 33% des voix en novembre 1932. Il est arrivé au pouvoir avec l’alliance des conservateurs de Von Papen et Hindenburg (président de la République de Weimar)… De la même manière, Mussolini est arrivé au pouvoir appelé par le Roi, donc le parti conservateur, monarchiste, catholique (accord de 1929 avec le Vatican) etc.

    Il faudra donc à Marine Le Pen des alliés conservateurs, « républicains ». Cela passe par un éclatement de l’UMP.

    Et c’est exactement, alors même que l’échec de Sarkozy en 2012 n’est pas encore joué, ce à quoi nous sommes en train d’assister.

    Sarkozy est désemparé comme un Jospin en 2000-2002, ne sachant plus où il doit donner de la tête. Tantôt il va « chercher le centre » (comme avec la guerre en Libye), tantôt la « droite de la droite ». Toutes ses gesticulations sont de toute manière vaines : il n’est plus l’homme de la situation, la bourgeoisie des monopoles l’a abandonné, c’est fini pour lui, point à la ligne.

    En attendant, il essaye de réchauffer sa vieille recette de 2007 : récupérer les électeurs du FN. Ce sont les rafles de Roms de l’été dernier. Ce sont les propos accumulés par le nouveau Ministre de l’Intérieur, Guéant. C’est le débat sur « la laïcité et l’islam », énième resucée sur le thème de « l’identité nationale ». C’est le refus (historique !) du « front républicain » aux cantonales. Tout cela, sans doute, en pure perte : les électeurs que perd l’UMP, et que gagne le FN, sont déjà ceux et celles que Sarkozy avait soustraits au FN en 2007, et qui y retournent… Par définition, ils ne reviendront pas vers celui qui les a « déçus », « trahis ».

    Au sein même de la majorité, le « lobby de l’alliance » avec le FN se structure et se fait entendre. C’est la « Droite populaire » de Mariani, Luca et Vanneste. C’est la « Droite libre » (très islamophobe, mais aussi très voire trop atlantiste) de Del Valle et Kaci.

    Et ces milliers d’élus locaux, qui sont autant de petits barons de villages, de bourgades, de cantons : accepteront-ils indéfiniment de « perdre leur siège plutôt que leur âme » ? Soyons sérieux… Aucun politicien bourgeois, même animé des meilleures « convictions républicaines », ne peut arrêter la marche du fascisme, qui est un mécanisme inéluctable du monopolisme en crise. Seule la riposte populaire antifasciste, conçue comme première étape de la révolution socialiste (et non comme défense des « institutions républicaines », conception thorézienne), le peut !

    De l’autre côté, donc, les « centristes » font défection. Il y a déjà eu Bayrou, avant 2007. Puis Villepin. Et maintenant Borloo, Yade, Morin (Nouveau Centre). Même Fillon prend ses distances avec le coup de barre à droite de Sarkozy. C’est la droite de la démocratie bourgeoise, la droite « sociale et humaniste » dont se réclame aujourd’hui Borloo, incarnée à la perfection par Chirac en 1995 (et pendant ses deux mandats) et avant lui par Chaban-Delmas, Servan-Schreiber ou Simone Veil, etc.

    Mais cette droite est complètement dépassée historiquement pour la bourgeoisie des monopoles, puisqu’on l’a dit, même Sarkozy n’est plus assez réactionnaire… Sa seule perspective politique, c’est de quasiment assurer que Sarkozy soit exclu du 2e tour en 2012. A moins qu’elle ne soit choisie, plutôt que la « gauche », pour la « parenthèse social-libérale » en attendant de préparer l’opinion au fascisme. Mais c’est peu probable…

    On voit donc bien, comme prévu et même avec de l’avance, la « droite républicaine » éclater en deux. En 2017, le processus sera terminé. Il y aura la « gauche » bourgeoise, la bourgeoisie qui pense qu’il faut concéder des miettes (mais lesquelles ? nous sommes en crise terminale !) aux masses du Peuple pour sauver l’essentiel ; celle qui aime le « droit international » en politique extérieure, etc. Cette « gauche » sera ralliée en « front républicain », pour « sauver la démocratie », par la « droite sociale et humaniste » de Borloo.

    Et puis il y aura le fascisme, derrière son front électoral FN, rallié par la droite « dure », celle pour laquelle « être juste » (discours social) n’est que le préalable à « être ferme » (la dictature de classe tous azimuts).

    Et bien sûr, le fascisme l’emportera (avec ses nouveaux Von Papen). Car avec la crise en phase terminale, l’heure n’est plus à concéder des miettes, ce qui est une politique de périodes de croissance capitaliste (comme pendant les Trente Glorieuses, ou à la fin des années 90). Ce n’est plus soutenable. La bourgeoisie monopoliste doit aujourd’hui assumer la concurrence inter-impérialiste par tous les moyens, dont la guerre, comme on le voit en Libye et en Côte d’Ivoire (même si, sur la Libye, on voit que la guerre de Sarko ne fait pas l’unanimité) ; et en métropole, la répression sans pitié de tout mouvement des classes populaires « sortant des clous », comme on a pu le voir fin octobre à Lyon, avec la « souricière » de Bellecour, garde-à-vue géante en plein air pour des centaines de personnes, encadrées par les fusils du GIPN.

    Cela, c’est dans 6 ans. En n’excluant pas (et en nous préparant à ce) que ce soit plus tôt, dès 2012 ou lors d’une « crise » entre 2012 et 2017. Car, disons-le clairement, en 2007, on voyait bien Sarkozy au pouvoir pour 10 ans, reprenant peu à peu le programme du FN pour finir en pure copie (mais « présentable ») de celui-ci. Or, les évolutions de la crise capitaliste ont précipité les choses. De nouvelles « accélérations » du processus ne sont donc pas à exclure.

    La situation actuelle donne lieu à diverses analyses antifascistes, dont celle de « Contre-informations » dont il a été question plus haut.

    Passons sur le ton, comme à l’ordinaire arrogant, règlement de comptes et donneur de leçons. Quelques points de l’analyse sont justes : ainsi le rappel que la marche au fascisme est irrésistible dans le cadre du capitalisme en crise, de la chute tendancielle du taux de profit ; ou lorsque la revue libertaire RéflexeS dit que « Marine Le Pen a séduit les médias », à quoi CI répond très justement que ce sont au contraire les médias, porte-voix de la bourgeoisie impérialiste, qui lui ouvrent les allées du pouvoir, fermées à son père pendant 30 ans en raison de son archaïsme idéologique.

    Mais la colonne vertébrale de l’analyse repose sur 2 postulats traditionnels de CI, qui sont FAUX :

    1°/ Il y a en France une lutte entre la bourgeoisie impérialiste et une bourgeoisie « traditionnelle » dont Sarkozy serait le représentant… Impossible : à l’époque de l’impérialisme, AUCUN pays impérialiste ne peut être dirigé par autre chose que la bourgeoisie impérialiste. Sarkozy ne représente pas la « bourgeoisie traditionnelle soumise aux USA », curieux écho au « gouverneur US de la France » des social-chauvins ; il représente la sensibilité atlantiste de l’impérialisme BBR, venue à l’ordre du jour en 2005-2006 avec la poussée mondiale de la Chine. Atlantisme qui ne l’a pas empêché de diligenter un violent coup d’Etat à Madagascar, contre un homme (Ravalomanane) de l'impérialisme US… La bourgeoisie impérialiste BBR est ainsi traversée de tendances et de « traditions » : plus ou moins pro- ou anti-US, orléaniste ou bonapartiste (et à « gauche » jacobine ou girondine), « sociale et libérale » ou « conservatrice répressive » etc.

    2°/ Le fascisme n’est pas la « réaction immunitaire », ultra-réactionnaire, du capitalisme monopoliste face à la crise générale et/ou la menace révolutionnaire (en l’occurrence, celle-ci est encore faible, d’où le fascisme moderne dont parle le PCmF) ; mais le « passage à la dictature des monopoles »… Absurdité ! La dictature des monopoles, nous y sommes déjà : Lénine a expliqué, il y a plus de 90 ans, que l’époque de l’impérialisme était précisément celle de la dictature des monopoles, y compris sur la bourgeoisie non-monopoliste. En France, nous sommes donc sous la dictature des monopoles, depuis 1900 au moins, et sans équivoque depuis 1945. Le fascisme, c’est la mutation ultime, ultra-brutale et ultra-réactionnaire (aspect principal ; le paravent « social » populiste est totalement secondaire) de cette dictature des monopoles, face à la crise et/ou la menace révolutionnaire, rendant nécessaire la caporalisation de la bourgeoisie sous la houlette de sa frange la plus réactionnaire, pour la guerre impérialiste et la contre-révolution terroriste. Point barre : cette analyse des ML des années 30 (comme Dimitrov) a toujours été vérifiée par l’histoire ; elle n’a pas à être remise en cause. L’erreur du KPD allemand n’est pas celle-là, mais d’avoir placé la contradiction avec les progressistes sincères prisonniers du SPD (pas les ordures à sa tête, bien sûr !) au même niveau que la contradiction avec le NSDAP. Faisant ainsi le jeu de l’anticommunisme des social-traîtres. Cela, tout le monde le sait et la ligne de Front populaire, adoptée par l’Internationale communiste en 1934, en est la reconnaissance claire et nette ; mais ce n’est pas le "p""c""mlm", avec son sectarisme vis à vis des autres révolutionnaires et progressistes, qui va l’admettre !

    Mais peu importe, en vérité. Le mouvement communiste renaît en Hexagone et surtout, plus important et plus rapide et massif encore, la poussée révolutionnaire des masses populaires et de leur noyau le plus exploité, le prolétariat. Le Parti ne sera pas le groupuscule qui se proclamera tel avec le plus d'assurance, mais celui qui naîtra, ou rencontrera, et dans tout les cas prendra la tête de cette soif populaire de révolution. Sans quoi, celle-ci ira grossir la démobilisation, l'apathie, voire le courant "social" du fascisme...


    Le fascisme est en marche, mais entendez-vous le cri là sur la barricade ? La classe prolétaire l’attendra en armes !


    RIPOSTE POPULAIRE ANTIFASCISTE !


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  • Les pro-Ouattara contrôlent la capitale ivoirienne

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    Des combattants pro-Ouattara mardi à Duekoue, dans l'ouest du pays.
    Des combattants pro-Ouattara mardi à Duekoue, dans l'ouest du pays. Crédits photo : ZOOM DOSSO/AFP

    Les forces du président reconnu par la communauté internationale sont entrées mercredi à Yamoussoukro. À Abidjan, capitale économique, le camp Gbagbo se prépare à riposter.

    Au troisième jour de leur offensive, les forces d'Alassane Ouattara ont fait une prise de taille mercredi : Yamoussoukro. Les combattants du président élu le 28 novembre et reconnu par la communauté internationale ont pris le contrôle de la capitale administrative ivoirienne dans l'après-midi, après s'être emparés de la ville de Tiébissou.

    «Tout est OK, la gare routière, la gendarmerie», a témoigné un habitant par téléphone, affirmant qu'on ne voit plus dans la ville de Forces de défense et de sécurité, fidèles au président sortant Laurent Gbagbo. D'autres habitants ont fait état de scènes de liesse dans les rues.

    Vers la côte ouest, les forces d'Alassane Ouattara ont également pris mercredi la ville de Soubré, ont indiqué des habitants. Soubré est située à 130 km au nord de San Pedro, le plus important port d'exportation de cacao du monde. Prochain objectif probable des Forces républicaines (le nouveau nom des forces pro-Ouattara): la capitale économique, Abidjan. 


     

    «C'est à Gbagbo de déposer les armes»

    Désormais le camp Ouattara - qui contrôlait déjà la moitié nord du pays, aux mains depuis 2002 de la rébellion des Forces nouvelles - revendique la mainmise sur «trois quarts» du pays. «Il y a les trois quarts du territoire ivoirien qui sont aujourd'hui entre les mains des Forces républicaines, ce sont des forces de libération», a déclaré sur RTL l'ambassadeur de Côte d'Ivoire en France nommé par Ouattara, Ally Coulibaly. «Il n'y aura pas de guerre civile, les choses vont se régler assez rapidement», a-t-il assuré.

    Rien n'est pourtant moins sûr. Dans leur offensive, les forces pro-Ouattara, équipées notamment de mortiers et de lance-roquettes, progressent sur trois fronts vers Abidjan, coeur du régime Gbagbo. Craignant le pire, de nombreux habitants de la capitale économique ont d'ores et déjà commencé à fuir. Car en face, il y a fort à parier que Laurent Gbagbo ne pliera pas sans combattre. Selon un communiqué officiel lu sur la télévision d'État mardi soir, son armée devait d'ailleurs enrôler de nouvelles recrues à partir de mercredi. Plusieurs milliers de jeunes s'étaient déjà inscrits la semaine dernière pour s'engager, à l'appel du camp Gbagbo.

    Mardi, devant l'avancée de Forces républicaines (Duékoué, Daloa, Bondoukou et Abengourou), le camp du président sortant Laurent Gbagbo avait appelé au cessez-le-feu. «Une diversion», a dénoncé mercredi le camp Ouattara. «C'est à Gbagbo de déposer les armes, c'est à Blé Goudé (leader des jeunes patriotes, fervents partisans du président sortant) d'arrêter de manipuler la jeunesse», a déclaré la porte-parole d'Alassane Ouattara.

    Paris pousse une résolution de l'ONU

    Face au risque de guerre civile, la France fait pression en vue d'un vote mercredi ou jeudi sur un projet de résolution de l'ONU demandant le départ de Laurent Gbagbo, ont indiqué des diplomates mercredi. Mais plusieurs pays ont manifesté des réserves sur certains passages du projet de résolution. La Chine, la Russie, le Brésil et l'Inde seraient ainsi opposés à l'étendue des sanctions proposées.

    Le projet de résolution, soumis par la France et le Nigeria au Conseil de sécurité, prévoit des sanctions à l'encontre de Laurent Gbagbo et de quatre personnes de son entourage, y compris sa femme. Il s'agit d'un gel des avoirs financiers et d'une interdiction de voyager. L'Union européenne et les États-Unis ont déjà imposé des sanctions similaires contre Laurent Gbagbo et son entourage. La Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (Cédéao) s'est déjà déclarée favorable à ce que l'ONU adopte des sanctions «plus contraignantes» à l'encontre de Laurent Gbagbo.

     

    ************************************

    Et sur le chemin des Forces "nouvelles" "républicaines", c'est la FÊTE !!! lien 1 - lien 2

    Dernières news 31/03 : les ouattaristes ont pris le port cacaoyer stratégique de San Pedro et approcheraient d'Abidjan. La PRISE D'ABIDJAN que Chirac avait toujours voulu éviter (privilégiant le dégageage politico-diplomatique de Gbagbo), vu le carnage inter-communautaire que ce serait, est à l'agenda de "Lawrence de Libye" Sarkozy !!!


     

    Côte d'Ivoire : l'impérialisme BBR tombe le masque "impartial" et passe ouvertement à l'action


    Ce qu'il se passe en Libye, à Bahreïn (avec l'occupation émirato-saoudienne) et maintenant en Côte d'Ivoire est bien le signe d'un changement d'époque. Jamais l'impérialisme en général, et l'impérialisme BBR en particulier, n'avait auparavant osé se montrer aussi ouvertement dans un camp lors d'une "guerre civile" en Afrique. Même au Rwanda : sans le travail d'enquêteurs sérieux et obstinés comme François-Xavier Verschave et Odile Tobner, jamais le rôle de la France aux côtés des génocidaires interahamwe n'aurait percé au grand jour, l'opération Turquoise s'étant toujours présentée comme "neutre" et "humanitaire"... Pendant la première guerre de Côte d'Ivoire (2002-2005), Chirac avait toujours pris le plus grand soin de présenter l'armée française comme "neutre", "protégeant les ressortissants français" et "évitant un massacre ethnique" (sauf en novembre 2004, mais là, il pouvait invoquer la "légitime défense")... alors que le moindre début d'analyse sérieuse permettait de comprendre que si les Forces "nouvelles" avaient le Burkina de Compaoré et le Libéria de Taylor comme base arrière, c'est qu'elles étaient un bras armé de la Françafrique. 

    Mais aujourd'hui 4 avril 2011, an IV de l'ère Sarkozy, les forces armées BBR "Licorne" sont OUVERTEMENT entrées en guerre... aux côtés des Forces "républicaines" de Ouattara, contre les dernières forces de Laurent Gbagbo. Alors même que la Croix-Rouge vient de mettre en cause les forces de Ouattara dans d'effroyables massacres à l'Ouest du pays. Toute la réalité des évènements en cours depuis 4 mois éclate au grand jour, sauf qu'il est maintenant trop tard (Gbagbo n'en a plus que pour quelques heures et les morts se comptent par milliers) : le soutien de la "communauté internationale" (en fait, de la Françafrique ayant rallié à son panache blanc les Anglo-saxons et l'Afrique anglophone) au FMIste pseudo-"démocratiquement élu" Ouattara (l'affameur du Peuple ivoirien dans les années 90), n'est rien d'autre que l'offensive finale de ladite Françafrique contre le gêneur, le roublard Gbagbo, qui a essayé de jouer la "concurrence libre et non faussée" entre les impérialismes, hier homme de la "vengeance" de Washington contre Chirac (2002-2004), aujourd'hui homme des monopoles "BRICS" (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) à l'assaut de l'Afrique de l'Ouest. Un soutien offert comptant : il n'y a qu'à voir les équipements flambant neufs des Forces "républicaines" et leur offensive fulgurante, maintenant rejointe ouvertement en plein Abidjan par l'ONUCI et la force Licorne ; tandis que Gbagbo est étranglé financièrement depuis plusieurs mois.

    Les contradictions inter-impérialistes et la peur panique de chaque impérialisme pour son "pré carré" s'expriment de plus en plus à visage découvert, une évolution vers la guerre mondiale qui rejoint la montée actuelle du fascisme dans les métropoles, et dont l'offensive en Côte d'Ivoire n'est que la dernière manifestation en date.

    Une offensive dont voici maintenant l'épilogue : 

    Libération

    Côte-d’Ivoire : Paris à l’assaut du camp Gbagbo


    En appui des Casques bleus de l’Onuci, les forces françaises ont bombardé, hier soir, les bastions tenus par les partisans du président sortant à Abidjan. 

    Par THOMAS HOFNUNG

    Photo prise le 2 avril 2011 montrant les troupes françaises patrouillant à Abidjan.

    Photo prise le 2 avril 2011 montrant les troupes françaises patrouillant à Abidjan. (© AFP Sch Blanchet) 

    Peu avant 20 heures, hier soir, l’ONU et la France sont entrés en guerre contre Laurent Gbagbo. C’est l’Elysée qui a annoncé ce tournant majeur dans la crise qui secoue la Côte-d’Ivoire depuis l’élection contestée de novembre. Paris a précisé avoir autorisé la force Licorne à soutenir l’action militaire des Casques bleus, comme le prévoit une résolution votée en 2004. Cette intervention menée conjointement par l’ONU et une ancienne puissance coloniale est sans doute une première depuis la décolonisation.

    Alors que la nuit tombait sur la lagune, les hélicoptères de l’Onuci (la mission des Nations unies en Côte-d’Ivoire), mais aussi français, sont entrés en action, bombardant plusieurs bastions tenus par les partisans du président ivoirien sortant, qui refuse de céder le pouvoir à son rival, Alassane Ouattara, déclaré vainqueur par la communauté internationale. Parmi les objectifs visés : la résidence de Laurent Gbagbo à Cocody ; le palais présidentiel, situé dans le quartier du Plateau ; le camp militaire d’Agban, dans la commune d’Adjamé ; celui d’Akouédo… Dans la soirée, on apprenait que l’armée française avait tiré des missiles sur un dépôt de munitions du camp Gbagbo.

    Tirs. Paris a justifié son action en vertu de la résolution 1975, adoptée la semaine dernière par le Conseil de sécurité, qui interdit les tirs à l’arme lourde dans la capitale économique ivoirienne. L’Onuci «vient d’engager des actions visant à neutraliser les armes lourdes utilisées contre les populations civiles et les personnels des Nations unies à Abidjan», a déclaré l’Elysée. Un peu plus tard, les Nations unies précisaient, de leur côté, avoir demandé l’intervention des forces françaises. Dans une lettre, citée par l’AFP, adressée à Nicolas Sarkozy dimanche, Ban Ki-moon, le secrétaire général de l’ONU, juge «urgent de lancer les opérations militaires nécessaires pour mettre hors d’état de nuire les armes lourdes qui sont utilisées contre les populations civiles et les Casques bleus».

    Depuis plusieurs semaines, les troupes de Gbagbo n’hésitaient pas, en effet, à tirer des obus en pleine ville, notamment dans le quartier d’Abobo, tombé aux mains d’insurgés pro-Ouattara, faisant de nombreuses victimes civiles. Ces derniers jours, le quartier général de l’ONU à Abidjan avait lui aussi été pris pour cible, tandis que des Casques bleus étaient fréquemment attaqués par des éléments pro-Gbagbo. Quatre soldats onusiens ont ainsi été blessés sérieusement le week-end dernier.

    Mais l’Onuci et Paris se sont résolus à lancer leur opération après l’échec des forces pro-Ouattara à s’emparer du pouvoir dans la ville. Après avoir déclenché une offensive éclair à travers le pays, il y a une semaine, les Forces républicaines de Côte-d’Ivoire (FRCI) ont buté, ce week-end, sur la résistance acharnée du dernier carré des fidèles de Gbagbo, solidement armés, et n’ayant plus rien à perdre.

    Un vide politique et sécuritaire s’est alors installé, plongeant Abidjan, mais aussi le reste du pays, dans le chaos. Depuis plusieurs jours, la capitale économique était en proie aux pillages et à la violence. Des centaines de Français disséminés dans la ville ont appelé au secours la force Licorne. Dimanche, l’Elysée avait décidé de regrouper la communauté française - environ 12 000 personnes, dont plus de la moitié sont binationaux - en trois points, sans ordonner leur évacuation.

    A l’intérieur, notamment dans l’ouest du pays, de nombreuses exactions auraient été commises, par des miliciens pro-Gbagbo mais aussi par des partisans de Ouattara. La révélation d’un carnage commis à Duékoué et imputé par des organisations internationales aux forces soutenant le nouveau président risquait de mettre en porte-à-faux ses soutiens diplomatiques. Avec le risque, en cas de multiplication de telles exactions, de rendre le pays ingouvernable et d’initier un cycle de violences incontrôlable.

    Processus. Hier soir, un conseiller de Laurent Gbagbo, Toussaint Alain, a qualifié les raids menés par les forces française et onusienne d’«actes illégaux», évoquant aussi une «tentative d’assassinat» de Laurent Gbagbo. Le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, a assuré que les frappes visaient seulement à protéger les civils. L’intervention d’hier soir apparaît comme l’aboutissement d’un processus lancé au lendemain de la présidentielle. En opposition au Conseil constitutionnel, qui avait donné Gbagbo vainqueur, l’Onuci avait proclamé la victoire de Ouattara. Dès cet instant, les Nations unies ont pris parti. Paris, réticent à s’impliquer militairement, a dû s’y résoudre face au chaos grandissant. 

    La Françafrique, fluide vital de l'impérialisme bleu-blanc-rouge !

    Pour les Peuples d'Afrique, d'Hexagone, du Monde : À bas la Françafrique !

    Résistance populaire ivoirienne & panafricaine à l'impérialisme BBR et ses séides "ivoiriens" génocidaires ! 

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    La chute de Gbagbo

    http://d.yimg.com/i/ng/ne/figaro/20110405/19/3691167314-gbagbo-refuse-de-se-plier-aux-exigences-de-paris-et.jpg?x=310&y=231&q=75&wc=371&hc=277&xc=62&yc=1&sig=K_JlVIpT4BfOmVT8NFFSIw--

    Le "feuilleton" ivoirien touche donc à sa fin. Après une offensive éclair et spectaculaire (avec des équipements flambant neufs qui laissent présumer de grosses livraisons ces derniers mois), les Forces "républicaines" pro-Ouattara se sont emparée d'Abidjan où elles ont trouvé le renfort... des forces "impartiales" de l'ONUCI et de la force impérialiste BBR ("d'interposition") Licorne. Le bilan serait lourd : 2.300 mort-e-s...

    Laurent Gbagbo, élu d'après son Conseil Constitutionnel par 51% des voix et battu, selon ses adversaires, avec 46% (les "battus" en Afrique tournant en général autour de 2% et les "élus" de 98%...), est désormais terré dans un bunker sous sa résidence présidentielle et sous les roquettes françaises. Sa capitulation, d'après Alain Juppé, serait "inéluctable" mais la résistance de ses dernières forces, et son caractère obstiné empêcheraient de dire si c'est une question de jours ou de semaines. D'après Longuet, l'ancien milicien d'extrême-droite et ministre de la Défense, il pourrait encore compter sur un gros millier d'hommes, dont 200 autour de son refuge.

    L'ère Gbagbo s'achève donc ainsi : sous un déluge de feu sans précédent dans ce pays, terré dans un bunker.

    Laurent Gbagbo, on l'a dit et on le redira, est en fait une sorte de "Chavez africain". Chavez se dit "socialiste" ou "social-démocrate" (par opposition à Fidel Castro qui serait "marxiste-léniniste") ; Gbagbo veut son Front "populaire", membre de l'Internationale socialiste et toujours proche de certaines figures de la "gauche" du PS (Emmanuelli, Guy Labertit etc.).

    Et l'un comme l'autre tiennent un discours de "souveraineté nationale" face à la puissance tutélaire de leur pays. Pour contrer l'hégémonie US sur le continent américain, Chavez s'est tourné vers ses concurrents, non seulement le "nouvel Est" russe et chinois, mais aussi les puissances impérialistes européennes. Gbagbo, pour desserrer les griffes de la Françafrique, a ouvert la Côte d'Ivoire aux investissements chinois et russes (la Russie qui critique vertement "l'ingérence" française actuelle), mais s'était aussi tourné vers les États-Unis de Bush (!), à l'époque ou celui-ci voulait "punir la France" pour son attitude sur le dossier irakien... Ce lien s'est cependant rompu et aujourd'hui Obama, beaucoup plus proche de l'allié-concurrent BBR, s'est rallié (et a rallié le pilier de l'Afrique anglophone, le Nigéria) à la croisade anti-Gbagbo.

    La seule différence, finalement, c'est que l'impérialisme bleu-blanc-rouge n'a pas les moyens de financer des "révolutions colorées" de la "société civile" à coup de millions de dollars : il doit armer des milices et, lorsque celles-ci sont insuffisantes, intervenir directement, militairement, de manière "voyante".

    Donc, on l'a dit, c'en est fini. Mais là encore, il y a de grandes leçons à en tirer pour la lutte de libération des Peuples africains.

    La principale leçon des malheurs de Gbagbo, c'est que quoi que l'on veuille faire (le projet de Gbagbo n'avait rien de révolutionnaire...), on ne peut le faire avec les instruments issus et au service de l'état de fait que l'on combat.

    Laurent Gbagbo voulait mener une politique bourgeoise de redistribution sociale, en instituant une "concurrence libre et non faussée" entre les monopoles impérialistes rivaux en Côte d'Ivoire, afin d'obtenir les meilleurs prix pour les produits du travail ivoirien, ou les meilleurs offres pour des travaux publics par exemple.

    Laurent Gbagbo disait combattre la Françafrique, fidèle au programme initial de son parti, le FPI. Mais combattre la Françafrique, non seulement sans jamais remettre en cause le capitalisme (ce qui est déjà impossible), mais encore, en "affirmant" face à elle la "souveraineté" de l'État et des institutions ivoiriennes... En affirmant face aux monopoles BBR, Bouygues et autres Bolloré, que l'État "souverain" ivoirien a le "droit" de passer contrat avec qui il veut. En affirmant face à la Commission électorale "indépendante" de la "communauté internationale", que l'institution habilitée à proclamer le résultat des élections est le Conseil constitutionnel ivoirien. Etc. etc.

    Or voilà : le hic, c'est que l'État ivoirien "offert" par l'impérialisme français à Houphouët-Boigny est une création de la Françafrique, par et pour la domination françafricaine !!! L'État ivoirien, comme tous les États d'Afrique, est un territoire d'outre-mer qui n'a d'indépendant que le nom. Ses institutions "souveraines" sont une farce, une mascarade, une vague décalcomanie des institutions hexagonales. Il n'a pas ce qui fait la colonne vertébrale de l'État : une force armée digne de ce nom. L'armée nationale ivoirienne (FANCI) est une petite brigade d'infanterie sous équipée, sans grands moyens lourds ni blindés, et dont les maigres moyens aériens ont été détruits par les frappes françaises de novembre 2004.

    Il n'a pas, non plus, le nerf de la guerre : la Côte d'Ivoire n'a pas sa propre monnaie (elle partage le franc CFA avec les autres néo-colonies francophones d'Afrique), elle n'a pas sa propre banque centrale (là aussi, partagée avec ses voisins ouest-africains francophones ; et qui elle-même, ne peut prendre aucune décision sans l'aval... de la Banque de France !).

    En réalité, il a été très facile d'asphyxier financièrement Gbagbo (décimant du même coup ses forces armées, son administration etc.) tout en finançant et armant massivement* les anciens rebelles des "Forces nouvelles", rebaptisées "républicaines", qui le moment venu ont mené une véritable guerre éclair sans rencontrer (pratiquement) aucune résistance.

    Gbagbo a voulu aller dans la confrontation avec l'impérialisme de la Françafrique, dans l'esprit d'une confrontation d'État "souverain" à État souverain. Ce qui était suicidaire, perdu d'avance...

    La leçon à retenir, c'est quelque chose qui serait paru une évidence dans les années 60 ou encore 70, mais qui s'est perdu dans le grand reflux de la révolution mondiale, dans les années 1975-2000. La leçon, c'est que pour vaincre l'impérialisme, il faut la Guerre révolutionnaire du Peuple. La Guerre du Peuple qui construit, à mesure qu'elle avance, le NOUVEL ÉTAT, populaire, révolutionnaire, démocratique, anti-impérialiste et préparant le socialisme, en détruisant le vieil État sur son chemin...

    La Révolution implique de détruire l'État de la classe combattue, comme en 1789 les révolutionnaires bourgeois ont complètement restructuré l'État de Louis XV et Louis XVI, des Parlements féodaux etc. ; comme en 1917 les bolchéviks ont détruit l'État tsariste et construit l'État révolutionnaire prolétarien. Ici, en Côte d'Ivoire, l'ennemi est double : ce sont les classes dominantes locales (les oligarques et bureaucrates intermédiaires de l'impérialisme, mais aussi les notables-caciques locaux), et la bourgeoisie impérialiste bleu-blanc-rouge. Il s'agit de détruire un État, mais aussi de mettre un coup de boutoir dans un Empire, de créer (peut-être, mais cela pourrait être ailleurs) le premier territoire libre d'Afrique.

    Cela, seule la Guerre du Peuple le peut. Par ses limites de classe (un bourgeois national), Laurent Gbagbo n'a évidemment pas pu se montrer à la hauteur de la tâche historique ; alors que la société traditionnelle ivoirienne est constamment avalée (et déstructurée) par le capitalisme "mondialisé" et que les condition sont de plus en plus mures pour un révolution de libération. Ouattara, grand bourgeois "coopté" comme au temps des "élites indigènes" coloniales, ex-dirigeant d'une grande institution inter-impérialiste (le FMI) et pour qui les gens votent "parce qu'il est du Nord", est quand à lui le représentant type (comme son allié et ancien rival Bédié, l'homme du Centre) de cette société traditionnelle, ethno-féodale (les Ouattara sont une lignée aristocratique), qui n'en finit pas de disparaître et d'empêcher le bond qualitatif, maintenant l'Afrique dans la domination impérialiste néo-coloniale.

    Là est le clivage principal, pas ailleurs... Cependant, même si Gbagbo n'a jamais été un partisan de l'ivoirité, le concept fasciste de Konan Bédié (aujourd'hui allié du dioula Ouattara !!!), même s'il y a mis fin en 2005 (permettant à Outtara d'être candidat aux dernières élections), il a pu s'appuyer sur le sentiment ivoiriste de beaucoup de ses partisans, les "Patriotes". Encore une erreur : il aurait fallu au contraire viser la plus large unité populaire, et vis-à-vis des 25% d'"étrangers" (des pays voisins) que compte le pays, le plus strict panafricanisme.

    Gbagbo n'a donc pas été à la hauteur de la situation. Aujourd'hui, Gbagbo c'est fini, mais pas la Côte d'Ivoire, car ce sont les masses qui font l'Histoire. Près, ou un peu plus de la moitié des masses populaires ivoirienne ont voté pour lui, et n'accepteront pas facilement qu'il soit éjecté (ou liquidé !) de manière aussi ouvertement impérialiste, par les blindés et les hélicoptères de l'impérialisme français. Ces masses sont les masses travailleuses, les classes populaires d'Abidjan, de la côte Sud ou encore de la Boucle du Cacao, les masses qui de plus en plus rompent avec l'allégeance ethnique pour développer un sentiment de classe, le sentiment d'être des travailleurs africains écrasés par l'impérialisme.

    Déjà, les grands médias impérialistes de l'Hexagone s'inquiètent de comment Ouattara, arrivé au pouvoir sur un char de la force Licorne, va "gérer l'après-Gagbo"...

    Si Gbagbo reste comme un symbole et un signe de ralliement pour ces masses-là, après tout pourquoi pas, du moment que ses conceptions bourgeoises sont rendues inactives et que se développe le plus important : une résistance populaire à ce qu'il faut bien appeler par son nom, l'occupation impérialiste Licorne-ONUCI avec ses tirailleurs FRCI et son homme de paille Ouattara.

    Puisse dans cette résistance populaire se forger l'organisation et l'armée révolutionnaire, qui un jour, dans 10 ou 20 ans ou pourquoi pas moins, feront de la terre d’ÉBURNIE le premier territoire libre d'Afrique !


    frappes_abidjan.jpg Bombardements sur Abidjan

    http://static.lexpress.fr/pictures/169/86612_les-soldats-francais-de-la-force-licorne-patrouillent-a-abidjan-le-1er-avril-2011.jpg

    * Ce que reconnaît tranquillement le très bourgeois "de gôôôche" Nouvel Obs n° 2422 du 7 avril 2011 : "Les voilà (les forces pro-Ouattara NDLR) soudain dotés de véhicules, de mitrailleuses lourdes, de munitions. 'Leurs pick-up sont neufs, leurs canons aussi, tout est neuf', note un expert militaire. Un matériel livré par le Nigéria (= Shell, BP, Exxon NDLR) et le Burkina Faso (Compaoré, pilier de la Françafrique NDLR) selon plusieurs sources. Plutôt que d'intervenir directement, les deux pays les plus hostiles à Gbagbo ont décidé d'aider Ouattara à former un embryon d'armée. Lui envoient-ils aussi des conseillers militaires ? Une chose est sûre, dans cette guerre de l'ombre, le président élu bénéficie d'un soutien tous azimuts. L'ONUCI, chargée de faire respecter un embargo sur les armes qui s'applique à toutes les parties, ferme les yeux sur les convois qui traversent la frontière nord. 'Les services britanniques et français ont dû apporter une aide en terme de renseignement', présume par ailleurs un ancien de l'Elysée.

    À Abidjan, un mystérieux 'commando invisible' commence à harceler les FDS de Gbagbo. Son chef n'est autre qu'Ibrahim Coulibaly, alias IB, un ex-sergent-chef condamné par le tribunal de Paris pour une tentative de coup d'État contre Gbagbo en 2003. Coïncidence ? Son jugement vient d'être annulé en cassation. Comment IB ressurgit-il à la tête de centaines de combattants dans la mégalopole ivoirienne ? 'Ce sont sans doute les Français qui l'ont remis dans le jeu' avance Antoine Glaser, ex directeur de la meilleure revue confidentielle sur l'Afrique, la Lettre du Continent." CQFD...

    Post-scriptum : un tout récent article du Point, l'hebdomadaire de la bonne droite réac bons-pères-de-famille en costard bien repassé, est un MANIFESTE d'impérialisme "décomplexé", à visage découvert... C'est très important. Car même si, on l'a dit, l'intervention en Libye est loin de faire l'unanimité dans la bourgeoisie impérialiste BBR, elle montre néanmoins, avec les récents évènements en Côte d'Ivoire (2.300 morts !), une FUITE EN AVANT de l'impérialisme tricolore. Qui n'est pas sans lien, qui est même totalement parallèle à la montée du fascisme en métropole hexagonale !


    AfricaFistZm

     
     
    Lire encore à ce sujet l'excellent Grégory Protche (source incontournable sur ce "dossier" ivoirien, sachant de quoi il parle etc.), ici un entretien autour de son ouvrage "On a gagné les élections mais on a perdu la guerre" : gagne-elections-mais-perdu-guerre-raisons-marcher-victoire-alassane-ouattara 

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    Après coup :

    Les massacres « anti-chrétiens » de Ouattara et les médias de l’impérialisme BBR

    Aujourd’hui, les forces impérialistes BBR de l’opération Licorne sont passées à l’offensive finale pour déloger Laurent Gbagbo de son refuge. 

    Dans le même temps, les massacres commis dans l’Ouest par les Forces « républicaines » pro-Ouattara commencent à faire les choux gras dans la presse… y compris la presse à grand tirage de l’impérialisme bleu-blanc-rouge !

    Sur la Toile, les sites pro-Gbagbo comme Résistances, Bis repetita ou encore DirectScoop s’en font l’écho, pour s’en réjouir mais aussi s’en étonner : « comment cela se fait-il ? Les médias de l’impérialisme, de la Françafrique, révèleraient donc les crimes de ses tirailleurs ? » 

    D’autant que de plus en plus, la web-presse fasciste (notamment catholique) s’en fait aussi la caisse de résonance. Les massacres sont présentés comme « des massacres de chrétiens », par les « troupes musulmanes de Ouattara », représentant la « poussée islamiste vers le Golfe de Guinée », avec l’appui du « mondialisme Sarko-US ».

    Absurdité suprême ! Ouattara est musulman, certes… comme bon nombre « d’amis de la France » : Ben Ali, Moubarak, Mohamed VI et autres Saad Hariri. Il n’a rien d’un djihadiste fanatique, agent d’Al-Qaïda… Et les massacres principaux auraient été commis dans l’Ouest du pays par des miliciens Dozo. Les Dozos sont une confrérie de chasseurs-guerriers traditionnels du Nord-ouest ivoirien, qui formaient une sorte de « corps mercenaire d’élite » des royaumes féodaux d’autrefois (Empire du Mali, Samory Touré etc.). Les Peuples de la région ne sont en fait islamisés ou christianisés que très superficiellement : ils restent avant tout de religion traditionnelle communautaire-primitive. En Afrique, la mobilisation réactionnaire de masse se fait sur une base ethnoféodale, quasiment jamais sur une base confessionnelle religieuse. Les victimes de Duékoué ont été massacrées parce que guérés, une ethnie supposément pro-Gbagbo. Le pays guéré fut le théâtre en 1970 d'une insurrection, réprimée dans le sang par Houphouët, mythe fondateur de la gauche anti-néocolonialiste ivoirienne.

    Alors, que signifie ce buzz médiatique visant Ouattara ? Certes, on peut imaginer que le logiciel idéologique de la « base » d’extrême-droite soit perturbé : abreuvés d’islamophobie du matin au soir, voilà cette fois-ci que les « bons » sont dirigés par un musulman, contre un chrétien aux partisans majoritairement chrétiens (comme le sont la majorité des ivoirien-ne-s !). Mais il y a autre chose. En réalité, Gbagbo étant fini (au dernières nouvelles, les forces spéciales BBR l’auraient arrêté !), le 2e round commence.

    Un 2e round, pour le PARTAGE DU BUTIN entre les « alliés » de la coalition anti-Gbagbo : d’un côté le bloc françafricain (impérialisme BBR et ses valets locaux), de l’autres les Anglo-saxons (Anglais, Américains etc.) et leur « pivot » régional, le Nigéria.

    Eh oui ! N’oublions pas que ces deux blocs ont saigné l’Afrique en se livrant une guerre de 15 ans, de 1990 à 2005, et ne sont en « paix armée » que depuis le milieu des années 2000, face au nouveau venu chinois.

    Dans cette nouvelle partie, Ouattara, formé à Philadelphie et ancien sous-directeur du FMI, bon anglophone, pourrait naturellement pencher du côté anglo-saxon, bien qu’il soit aussi un ami personnel de Sarkozy et de toute une brochette de Françafricains.

    Dans tous les cas, c’est un homme hautement éduqué, maîtrisant son sujet sur le plan économique, commercial international, diplomatique. Il n’a pas le profil habituel des satrapes de la Françafrique, soit purs produits de l’éducation française (comme Houphouët), soit soudards, militaires incultes ou obscurs bureaucrates faits rois… Il pourrait se montrer un interlocuteur difficile, voire versatile.

    En réalité, les véritables relais de la Françafrique en Côte d’Ivoire sont :

    1°/ le relais traditionnel de l’aristocratie baoulé, dirigée par le « dauphin » d’Houphouët-Boigny, HENRI Konan Bédié, promoteur de l’ivoirité xénophobe mais rallié depuis 2005 à Ouattara dans le bloc anti-Gbagbo (RHDP) ;

    2°/ les partisans de feu ROBERT Gueï, le putschiste de Noël 1999, sans doute derrière le coup d’État de septembre 2002 où il trouva la mort, fidèle serviteur d’Houphouët-Boigny et de la Françafrique pour qui il organisa l’invasion du Libéria par les hordes de Charles Taylor et Prince Johnson ; ces milices se trouvent dans l’Ouest du pays, autour du pays yacouba de Gueï. Les Yacoubas sont majoritairement animistes christianisés ;

    3°/ le principal pivot de la Françafrique en Afrique de l’Ouest, le Burkina Faso de Compaoré. Le Burkina est culturellement proche, non pas du pays dioula (mandingue) de Ouattara (proche de la Guinée et du Mali), mais plutôt des populations voltaïques, gour (comme les Sénoufos) du Nord-Est, majoritairement non-musulmanes. La courroie de transmission du « pivot » Compaoré est bien entendu GUILLAUME Soro, sénoufo catholique de la région de Korhogo. Soro, le général en chef des Forces « nouvelles » devenues « républicaines », qui tiennent la moitié Nord et Ouest du pays en coupe réglée depuis fin 2002…

    En réalité, seul le Nord-Ouest de la Côte d'Ivoire est mandingue-dioula, musulman et massivement pro-Ouattara (issu d'une lignée aristocratique dioula, fondatrice de l'Empire de Kong).

    Les choses apparaissent, maintenant, de manière beaucoup plus limpide ! L’impérialisme BBR et ses médias affidés savent bien que, Gbagbo éliminé, la nouvelle partie commence : même si la France aura joué le rôle militaire principal dans la liquidation de « l’homme des BRIC », le partage du butin va maintenant commencer avec les alliés (de circonstance) Anglo-saxons*. Cela apparaissait déjà, dans le Web d’extrême-droite (rappelons-le pour la 100e fois : les porte-paroles de l’impérialisme le plus réactionnaire), lorsqu’il était question d’une intervention de la CEDEAO (= du Nigéria) : la crainte se manifestait qu’une telle intervention (et l'élimination de Gbagbo par ce moyen) profite à 99% aux Anglo-saxons, et notamment que le (fraîchement découvert) pétrole offshore ivoirien ne tombe dans les mains de Shell et BP, les véritables maîtres de l’État nigérian.

    Donc, l’on commence sans perdre de temps à isoler Ouattara dans « l’opinion publique » hexagonale, sur le thème d’un «soldat de l’islamisation de l’Afrique» derrière laquelle, bien entendu, il y a ces foutus Américains, qui « soutiennent l’islamisation partout où ça les arrange », sans aucune considération pour les Européens « aux premières loges »…

    Le moment venu, il sera facile de justifier médiatiquement une élimination militaire de Ouattara par la coalition Soro (Compaoré) – Konan Bédié – milices pro-Gueï… tous chrétiens, et même bons catholiques romains (pas des évangélistes barjos comme Gbagbo et sa Simone) !!!

    Avec la crise générale du capitalisme qui s’aggrave jour après jour, il ne faut se faire aucune illusion : la lutte la plus brutale pour le repartage impérialiste du monde ne fait que commencer, en particulier dans une région comme l’Afrique de l’Ouest où le pétrole commence à être découvert. Cette aggravation des luttes inter-impérialistes est totalement parallèle à la montée du fascisme et on pourrait presque dire, finalement, que scruter la presse fasciste est la meilleure boule de cristal pour deviner les développements à venir...

    Face à cela, affirmer un anti-impérialisme intransigeant (mais pas aveugle) et scientifique, sur le principe intangible LE CAMP DU PEUPLE EST NOTRE CAMP, est plus que jamais indissociable d’un combat antifasciste conséquent, et du combat pour la révolution socialiste en général !

     

    [* On le voit déjà avec les dénégations du porte-parole ouattariste, Ali Coulibaly, sur le rôle de l'armée française dans la capture de Gbagbo : le camp Ouattara ne veut pas être l'obligé de la Françafrique !]


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  • Jusqu’à présent, SLP ne s’était pas trop exprimé sur les fameux « sondages exclusifs » donnant Marine Le Pen en tête du 1er tour de la présidentielle 2012. Pour deux principales raisons :

    - d’abord, ce ne sont que des sondages, donc des manipulations médiatiques par des entreprises privées payées pour remplir une commande ; par exemple pour justifier une « droitisation » de la politique UMP, ou encore pour imposer Strauss-Kahn comme candidat « socialiste »…

    - ensuite, il n’y a là rien de surprenant à ce que le FN, en s’alignant sur les thèmes et discours de ses homologues des « droites populistes » européennes (c’est à dire, sur les exigences de la bourgeoisie la plus réactionnaire !), rejoigne le même type de scores électoraux. Pour SLP, il a toujours été évident que ce n’était pas en allant sur des thèmes néo-nazis, national-révolutionnaires, ou tiers-mondistes et antisionistes que le FN monterait dans la mobilisation de masse. Il n’y a que pour ceux qui se sont accrochés à cette thèse, que les scores annoncés de Le Pen fille pouvaient éventuellement être une surprise…

    Bref, WAIT AND SEE, telle était la ligne de conduite. Wait… notamment les élections cantonales. Voyons donc ensemble les résultats :

    Avec 25% des suffrages exprimés, le Parti « socialiste » confirme sa position d’alternative (momentanée) pour 2012, encore que… il confirme surtout son emprise, affirmée depuis 2004, sur les élections locales ; la fameuse « cohabitation verticale » que semble plébisciter le « français moyen » : à la « gauche » la gestion locale, la proximité et les milliers de petits avantages sociaux (réductions pour les transports etc.) ; à la droite les choses « sérieuses », la sécurité, l’économie, la politique internationale… Depuis 7 ans, la classe dominante hexagonale semble se satisfaire de ce partage des rôles, dans son théâtre de  marionnettes politicien.

    Avec respectivement 8,9% et 8,2%, le Front de Gauche et Europe Ecologie s’ancrent dans le paysage électoral tricolore ; les premiers dans la petite classe moyenne laborieuse et l’aristocratie ouvrière, ainsi que le prolétariat qui « y croit encore », les seconds dans les classes moyennes éduquées et « bobo » des centres-villes. En Limousin, où l’alliance avec le NPA a été maintenue, le Front de Gauche a même atteint des scores de 33% dans certaines circonscriptions (Bellac), confirmant le terreau culturel progressiste du pays de Georges Guingouin.

    Le résultat le plus marquant, et déterminant pour l’avenir, c’est l’inversion du rapport de force à droite. L’UMP termine la course à 17%, confirmant sa situation de crise ; et le FN à 15%. Même si avec la très forte abstention (55% !) on pouvait redouter plus, c’est le meilleur score de son histoire à de telles élections, traditionnellement décalées de sa culture tribunicienne et personnalisée.

    1243576 caretfranceIl y a 5 triangulaires mais surtout, fait sans précédent, le FN est seul face à l’UMP ou au PS dans… 394 cantons sur 2023 en jeu ! De quoi donner le vertige (et pourtant, on n’entend pas le quart des cris d’orfraie que l'on entendait quand le FN faisait 15%, à la présidentielle, dans les années 90 !). Et, en même temps, rien que de totalement prévisible… Tout additionné (du Modem à Lutte Ouvrière pour la « gauche » et du Nouveau Centre au FN pour la « droite »), les rapports de force « gauche-droite » restent globalement stables. Mais l’électorat UMP se vide au profit du parti de Marine Le Pen. C’est, certes, le résultat du réalignement du Front sur la « norme » des extrême-droites européennes. Mais pas seulement : c’est aussi le résultat d’un mouvement de fond. C’est le résultat d’un glissement général vers la droite de cette petite-bourgeoisie culturelle qu’est l’électorat hexagonal, le « peuple citoyen » ; dont le prolétariat le plus avancé et conscient ne fait pas partie : ce sont les personnes qui croient encore à l’Etat bourgeois et à ses institutions. Ce sont ce que les commentateurs bourgeois appelent la "société civile", "l'opinion publique" ou encore "les classes moyennes", entre les "exclus", les "précaires" et autres "publics en difficulté" (le noyau dur du prolétariat), et la grande bourgeoisie qui vit dans une autre dimension (les "élites")... Bien sûr, ce n'est pas cette petite-bourgeoisie culturelle qui "fait" la politique : c'est la classe dominante, la bourgeoisie monopoliste, impérialiste. Mais elle baigne totalement dans l'hégémonie intellectuelle de la bourgeoisie impérialiste... Qu'elle se veuille "de droite" ou (de moins en moins) "de gauche", ou "un peu des deux". C'est le phénomène de submersion de la société "citoyenne" dans le capitalisme monopoliste, phénomène qui caractérise les pays impérialistes les plus avancés.

    Un glissement à droite qui se poursuit, donc, comme tendance de fond depuis les années 80, soit (avec un décalage de 10 ans) depuis la seconde crise générale du capitalisme. Si inattendu il y a dans la situation actuelle, c’est que la phase terminale de la crise, depuis fin 2008, a accéléré le processus. En 2007, tous les commentateurs petits-bourgeois de la politique s’étaient tantôt réjouis, tantôt alarmés de ce que Sarkozy avait « siphonné » les voix du FN. En réalité, face à un Chirac dépassé par l’évolution historique, et face à un Le Pen lui aussi usé et parti (derrière Soral) chasser sur les terres des « quartiers » (très éloignées de son électorat traditionnel), Sarkozy avait su trouver le discours adéquat à l’état de droitisation idéologique du « citoyen » bleu-blanc-rouge... c'est à dire, aux besoins de la bourgeoisie impérialiste. À cette époque, on pouvait légitimement imaginer Sarko au pouvoir pour 10 ans, deux quinquennats facile. Mais aujourd’hui, une crise économique mondiale plus loin, Sarkozy (a fortiori avec sa volonté d’ouverture à gauche, de 'modernité' dans le style etc.) se retrouve trop à gauche pour ceux qui avaient voté (et fait voter) pour lui en 2007…

    Le « peuple de droite » se tourne à nouveau vers le FN, dans des proportions doubles ou triples de ce que Sarkozy avait pu « siphonner » en 2007. Et cela tombe bien : le programme du FN, rénové, est de plus en plus proche des attentes de la bourgeoisie monopoliste la plus réactionnaire sur tous les plans (en politique intérieure comme internationale).

    Le « peuple de gauche », lui, est constitué des classes moyennes plus urbaines et diplômées, nettement plus en moyenne que le « peuple de droite » (cela dit, avec un CAP recherché, à 25 ans on peut avoir son pavillon et sa voiture perso, bref son confort petit-bourgeois, ce qui n’est pas le cas d’un étudiant du même âge). En 2007, ce « peuple de gauche » s’était réparti entre une « socialiste » qui voulait parquer les « jeunes à problèmes » dans des camps militaires et… un démocrate-chrétien repeint en orange comme une révolution ukrainienne, et finalement peut-être plus à « gauche » que la précédente. En 2012, il s’apprête à voter massivement pour l’actuel directeur du FMI. Certains s’éparpillant peut-être, au premier tour, du côté des écolos ou du NPA…

    La frange restée progressiste de l’aristocratie ouvrière et des autres classes laborieuses (employés etc.), quant à elle, se retrouve plutôt dans le Front de Gauche, et l’extrémité la plus radicale dans LO.

    À la crise de l’UMP, les résultats des cantonales ont encore rajouté une couche, et pas des moindres : la question de la position à adopter en cas de 2e tour PS-FN. Et, là encore, le tournant est d’une grande importance. Sarkozy et Copé n’ont pas donné de consigne claire de vote « républicain » (pour le PS) au 2e tour. Les positions divergentes (Fillon, Borloo, Pécresse, les centristes etc.) ont afflué depuis, mais l’événement est là, aussi important pour l’avenir que le score du FN lui-même.

    Depuis la fin des années 80, il y avait deux principes chiraquiens intangibles dans la droite dite « républicaine » : jamais d’alliance avec le Front National (principe enfreint en 1998, mais par des présidents de région UDF) ; et, en cas de duel gauche-FN au second tour, front républicain c’est à dire appel clair à voter pour la gauche contre l’extrême-droite (la gauche en faisant autant dans l’hypothèse inverse). Voire, parfois, en cas de triangulaire, désistement pour le candidat le mieux placé entre la droite et la gauche…

    Sarkozy et Copé ont ouvert une première brèche dans un de ces principes, celui du « front républicain ». Autant dire que celui-ci sera mort et enterré pour 2012, aussi bien à la présidentielle (en cas de 2e tour DSK / Le Pen) qu’aux législatives qui suivront. Quant au principe de jamais d’alliance, il n’en a plus que pour quelques années… il sera peut-être définitivement enterré en 2017.

    Les choses risquent fort de se passer de la manière suivante : en 2012, le FN sera encore trop faible et surtout, trop isolé pour gagner s’il arrive au 2e tour. L’hypothèse d’une victoire de la gauche bourgeoise avec DSK se précise. Il est probable, on l’a dit, que la droite UMP n’appelle pas, ou alors avec des hésitations flagrantes, à voter pour le candidat de la « gauche ». En revanche, il est certain que toute la gauche « radicale », Front de Gauche, NPA et LO, y appelleront sans hésiter… et y gagneront quelques strapontins, qu’ils présenteront comme des « aiguillons » pour la politique de l’ancien directeur du FMI. Mais ils n’aiguillonneront rien car, comme tout marxiste le sait, ce n’est pas à l’intérieur des institutions de la bourgeoisie que l’on apporte le moindre début de solution à une crise économique telle que celle que nous traversons. Durant tout ce temps, le FN (porte-parole de la réaction absolue) sera l’épicentre du débat politique bourgeois, son chef d’orchestre, dans une véritable hégémonie intellectuelle. Et en 2017… c’est une social-démocratie complètement discréditée (partant déjà avec peu d’illusions au départ…) qui affrontera un peuple de droite grossi de nouveaux déçus, et une UMP et un FN… où l’idée d’alliance aura fait son chemin. Après tout, cette alliance est déjà la norme dans la plupart des « démocraties » européennes ! Le FN sait qu’il n’arrivera jamais au pouvoir tout seul, sans alliance, sans (au moins) un appel de la droite « républicaine » (au moins d’une partie) à voter pour lui... Et l’UMP saura peut-être, à ce moment-là, qu’elle ne battra plus jamais la "gauche" sans l’appui du FN. « Chacun aura fait la moitié du chemin vers l’autre », comme l’a fort bien dit un social-démocrate d’Europe Ecologie…

    Cela, c’est dans 6 ans. Nous avons 6 ans pour nous préparer, pour construire le Parti, le Front et l’Armée du Peuple qui mènera la résistance à la dictature terroriste ouverte des éléments les plus réactionnaires, les plus chauvins, les plus impérialistes de la bourgeoisie des monopoles.

    Où sont nos forces ? Elles sont d’abord en dehors du « peuple citoyen », de ces masses populaires culturellement petites-bourgeoises, qui croient encore aux institutions républicaines bourgeoises. Autrement dit dans l’abstention, qui grandit à chaque échéance électorale… mais attention ! Un abstentionniste n’égale pas un révolutionnaire : il y a une abstention de désespoir, d’amertume, de résignation. Il y a une abstention qui sert de « transit » entre la social-démocratie et la droite, ou entre la droite (ou directement la social-démocratie !) et l’extrême-droite fasciste. C’est le rôle des communistes, si peu nombreux soient-ils, de mener la bataille idéologique et militante, pour détourner ces gens de l’apathie et/ou du désespoir réactionnaires, pour transformer le ras-le-bol et la défiance envers la « démocratie » bourgeoise en conscience et en énergie révolutionnaire.

    Ensuite, il y a ceux et celles qui, considérant l’abstention comme du défaitisme, votent pour la gauche « radicale » (FdG, NPA, LO, candidatures « alternatives ») comme le « plus à gauche », mais sans se faire beaucoup d’illusions. Ils/elles sont très nombreux-ses ! Rien n’est plus profondément débile que le mépris de l’électorat réformiste radical… Les réformistes conscients, assumés, idéologiques ne sont pas majoritaires, d’autant moins que l’on s’éloigne des bobos pour aller vers le prolétariat. Dans certains quartiers prolétaires, il y a mêmes des personnes qui votent PS dès le premier tour, pour « faire barrage à la droite et aux fachos », sans se faire la moindre illusion, mais comme un « moindre mal ». Là encore, les communistes doivent tourner vers eux/elles leur travail politique, pour les arracher au raisonnement du « moindre mal » et du « plus à gauche », et les guider vers la transformation révolutionnaire de la société. Ils doivent, en particulier, se tenir à la réception des désillusions vis-à-vis de la politique réformiste bourgeoise qui s’annonce (très probablement) pour 2012-2017.

    Avec les plus avancé-e-s, éventuellement après formation, se construira le Parti. Avec les autres, dès lors qu’ils sont antifascistes, anticapitalistes, internationalistes, antisexistes, antiracistes etc., pourra se construire le Front (qui pourra ensuite, en « traînant » les directions et les couches socialement plus « moyennes », amener des alliances tactiques d’organisations ; mais il se construit d’abord à la base). Partout où se trouvent des communistes, ils doivent mener ce travail. Il est évident que là où existe un terreau progressiste (comme ce canton du Limousin à 33% FdG-NPA), ce travail sera plus facile que sur un terreau réactionnaire travaillé depuis 30 ans par le FN et la droite « républicaine » ; mais les progressistes (révolutionnaires potentiels) de ces secteurs ne doivent pas être abandonnés à leur sort, déjà d’un point de vue défensif (on pense notamment au travail antifasciste des camarades JCML dans la région viennoise).

    Quelles que soient les épreuves qui s’annoncent, il ne faut pas oublier que le capitalisme creuse sa propre tombe. L’avenir, la VICTOIRE nous appartiennent ! Il suffit d’être tous entiers tournés vers ce but. Et non (par exemple…) vers des petites satisfactions d’ego, mères du sectarisme, du dogmatisme livresque et des controverses stériles : avant d’excommunier, il faut déjà être capables de convaincre.


    VICTOIRE AU PEUPLE !

    LE CAMP DU PEUPLE EST NOTRE CAMP !

    VIVE LA REVOLUTION PROLETARIENNE ET POPULAIRE !

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  • Depuis une dizaine de jours maintenant, le vent insurrectionnel de la Tempête arabe a atteint la République (héréditaire) arabe syrienne de la dynastie Assad. COMME EN LIBYE, il s’agit d’un pays « socialiste » et « anti-impérialiste », et il va de soi que la situation va provoquer les mêmes débats. Hugo Chavez s’est déjà lancé, volant à la rescousse de son « ami » Assad en dénonçant un « complot impérialiste ».

    Il faut savoir que la Syrie est dirigée depuis 1963 par l’aile gauche (la plus « socialisante » et moins ouvertement anticommuniste) du parti Baas, et qu’elle était dans les années 1960 à 1980 dans l’alliance soviétique. Ainsi, le vieux PC prosoviétique a toujours apporté un « soutien critique » au régime et intégré le Front national-progressiste autour du Baas ; ce qui ne l’a pas empêché de subir restrictions et tracasseries en tout genre. Il est aujourd’hui divisé en deux branches (l’une pro-perestroïka à l’époque, l’autre anti) dont l’une aurait appelé le régime au « changement ». Au fil des années, de nombreuses dissidences communistes (opposées au pouvoir baasiste) ont émergé (Parti d'action communiste etc.).

    COMME EN LIBYE, l’insurrection a pris dès le début (sans doute pour son malheur, à court terme) une dimension régionale et confessionnelle. Ce qui semble encore être une caractéristique de ces pays aux régimes prétendument « socialistes » et en réalité bureaucratiques, clanico-mafieux et tribaux/communautaires/régionalistes. Tribalisme, régionalisme et communautarisme qui sont en réalité l'expression arabe de la féodalité, avec laquelle les nationalistes bourgeois sont incapables de rompre véritablement.

    Ainsi, les premiers et plus violents affrontements ont eu lieu à Deraa, au Sud, près de la frontière jordanienne : des dizaines, voire plus de 100 morts selon les organisations des droits humains. Deraa est un bastion sunnite hostile au régime dominé par les Alaouites (une branche du chiisme), elle est également située non loin du Djebel druze. Un autre foyer de contestation est Hama, dans le Centre-Ouest, également bastion sunnite avec une certaine influence des Frères musulmans : en 1982, un soulèvement avait été atrocement réprimé, la ville avait été bombardée causant des milliers de victimes (peut-être 20.000).

    Lattaquié, où il y a eu une douzaine de morts, est par contre située dans la région historiquement alaouite (côte méditerranéenne), mais compte également des sunnites et de nombreux chrétiens. Là, les évènements ont pris une tournure étrange : de mystérieux tireurs embusqués ont ouvert le feu indistinctement, tuant plusieurs civils mais surtout une dizaine de membre des forces de sécurité. Le régime a accusé les… réfugiés palestiniens de la région, ce qui en dit long sur son panarabisme (le FPLP-Commandement Général, dissidence pro-syrienne et basée en Syrie du FPLP, a aussitôt démenti).

    De quoi, effectivement, donner cours à toutes les théories du complot (d’autant que l’ami Thierry Meyssan n’est pas loin de là – au Liban). Il faut savoir, en fait, que la Syrie (par sa position stratégique au Machrek et en Méditerranée orientale) est au cœur des contradictions inter-impérialistes : non seulement les services secrets et des « réseaux » de toutes les puissances impérialistes y opèrent (et de puissances régionales comme l’Iran, et bien sûr Israël) ; mais le régime lui-même est très divisé sur l’orientation intérieure et internationale. L’ « héritier du trône » Bachar el-Assad, qui a succédé à son père en 2000, est en réalité plus une « reine d’Angleterre » qu’autre chose, ce en quoi il n’est pas erroné de parler de monarchie. C’est peut-être, comme le dit Chavez, un brave type ; mais il n’a en fait que peu de pouvoirs : des clans rivaux sont constitués au sein des services secrets, de la police, de l’Armée de l’Air, de l’Armée de Terre etc., en lien avec les milieux capitalistes privés ou d’État, et luttent pour la plus grande influence et l’alignement géopolitique. C’est le cas d’un peu tous les pays qui, dans les années 1970-80, étaient alignés sur l’URSS, après que celle-ci se soit effondrée en 1990-91 (ainsi, c’est un peu le cas en Libye, mais en l’occurrence c’est le clan dominant, le clan Kadhafi, qui mettait « tactiquement » en concurrence les impérialismes sur son territoire). La Russie y a gardé de solides positions, mais il y a des courants pro-occidentaux et en particulier pro-français, héritage de la « politique arabe » gaulliste ; il y a également, depuis les années 1980, une alliance avec l’Iran : en effet, si le régime syrien est baasiste, il a toujours été très hostile au Baas irakien (il s’agissait de l’aile gauche et de l’aile droite du parti…) et s’est donc rapproché de l’Iran durant la guerre Iran-Irak. Cette alliance perdure aujourd’hui, en particulier dans le soutien à la résistance libanaise et palestinienne, et derrière l’Iran dirigé par le courant Khamenei-Ahmadinejad se profile maintenant la Chine…

    Les divergences sont également importantes entre partisans d’un dirigisme étatique important ou d’un certain libéralisme économique, entre nationalistes bourgeois un minimum sincères et crapules bouffant simplement à tous les râteliers, etc. etc.

    La situation (là encore) est donc COMPLEXE, ouvrant la voie à toutes les manœuvres (inter-) impérialistes. Pour autant, il faut encore le dire clairement : on ne « fabrique » pas un soulèvement impliquant des dizaines de milliers de personnes (mais on peut le récupérer…). Il ne faut certes pas systématiser aveuglément le slogan maoïste « On a raison de se révolter », mais toute révolte avec une base populaire a toujours quelques justes raisons.

    Corruption, concentration du produit du travail entre les mains d’une caste oligarchique, répression, hogra, système clanico-mafieux : que ce soit en Ukraine ou (bien évidemment) en Iran, ou déjà dans les « pays de l’Est » en 1989 (après des décennies de pourrissement révisionniste), les « révolutions colorées » téléguidées par l’impérialisme n’ébranlent ni ne renversent pas des régimes irréprochables ; lorsqu’il y a une certaine assise populaire (comme au Venezuela pendant la grande déstabilisation de 2002-2005), le régime résiste sans déployer énormément de répression.

    En Syrie comme dans tous les régimes « socialisants » (dont la Libye) qui assuraient (au moins en façade) une certaine « politique sociale » et une certaine redistribution du revenu national, la « libéralisation » économique qui sévit depuis les années 1990 a encore aggravé le mécontentement populaire… Tandis que la rhétorique nationaliste ne fait plus recette, les héros des masses étant les résistants palestiniens et libanais, plus que le régime (qui a, cependant, moins ouvertement tombé le masque qu’en Libye).

    D’un côté, il est clair pour tout communiste que ce sont les masses populaires en armes qui libéreront le Machrek arabe de l’impérialisme et du sionisme, jusqu’à faire flotter l’étendard de la révolution populaire sur le Dôme du Rocher d’Al-Qods. Donc, les régimes arabes ennemis du Peuple (qu’ils soient ouvertement laquais ou qu’ils se la jouent nationalistes) sont les « meilleurs ennemis » d’Israël et de l’impérialisme, en maintenant les masses dans l’apathie et un « nationalisme » folklorique de pacotille, et en favorisant la division et les luttes fratricides par leurs bas calculs ethno-confessionnels et chauvins*. D’ailleurs, ces régimes eux-mêmes ont BESOIN d’Israël, comme « Grand Satan », pour justifier leur existence et leur pouvoir ; tout autant qu’Israël a besoin d’eux ; et même les impérialismes (russe, chinois) qui les appuient ne sauraient, en fin de compte, se passer de la forteresse sioniste qui tient les Peuples de la région sous contrôle… D’ailleurs, la presse israélienne elle-même en fait en ce moment ses gros titres : « si Assad tombe, ne va-t-on pas y perdre au change ? » !!!

    Mais DE L’AUTRE, si des laquais purs et simples, à la Hariri (père et fils), s’installaient à Damas, il est clair que ce serait (à court terme au moins, voire à moyen terme) un revers sur le front proche-oriental de l’anti-impérialisme. Car la Syrie, quoi que l’on pense du régime, sert d’appui et de profondeur stratégique à la résistance populaire palestinienne et libanaise, qu’elle soit islamique (Hezbollah, Hamas, Djihad islamique) ou progressiste (FPLP, FDLP, PC libanais et autres organisations de gauche). Ce n’est certainement pas ce que les insurgés populaires veulent : ils sont sans doute aussi antisionistes et anti-impérialistes, sinon plus, que ce que le régime prétend être… Mais les impérialistes soutiens d’Israël (comme ceux qui sévissent en Libye) ont sans doute quelques « démocrates libéraux » à la « CNT » dans leurs poches pour assurer la « transition démocratique ». Et s’ils n’en ont pas, il reste la balkanisation, qui, dans la région, s’appelle la libanisation… C’est peut-être le genre de manœuvre qui a eu lieu à Lattaquié.

    Les deux voies sont donc ouvertes devant les masses populaires syriennes. Mais en l’absence de direction (même nationaliste petite-bourgeoise !) claire et identifiée, et avec les caractéristiques que présente d’entrée de jeu le mouvement de contestation (régionalisme, confessionnalisme), c’est la deuxième qui risque de prévaloir à court terme (à long terme, bien sûr, c’est la perspective historique de la Tempête arabe qui prévaut)… À moins que le régime, à coup de concessions (il ne semble pas avoir pris la voie kadhafiste sur ce plan), tienne le coup… tout simplement. L’état d’urgence, qui était en vigueur depuis 1963, vient d’être levé et des centaines de prisonniers politiques libérés.

    Pendant ce temps, la Tempête continue de souffler, et la répression parfois meurtrière de frapper, au Yémen, à Bahreïn, au Maroc, au Sahara occidental, et bien sûr en Palestine où de nouvelles frappes contre Gaza s’annoncent peut-être…

    En Libye, le « guide » Kadhafi s’est trouvé un nouveau soutien folklorique, ce qui risque d’en laisser certains (voire beaucoup) un peu verts ; tandis que le PC des Ouvriers de Tunisie (ML « albanais »), plus grosse organisation marxiste du pays, s’est exprimé avec une clarté absolue tant sur l’intervention impérialiste que sur celui qui avait « déploré » la chute de Ben Ali : "Nous soutenons le peuple libyen dans son soulèvement, mais nous sommes contre toute intervention étrangère qui non seulement nuira à la révolution en Libye mais aussi en Tunisie et dans tous les pays arabes".

     

    RIEN N’ARRÊTERA LE VENT DE L’HISTOIRE !

    VIVE LA TEMPÊTE ARABE AUJOURD’HUI, VICTOIRE À LA RÉVOLUTION POPULAIRE DEMAIN !

     

    * Par exemple, on l’oublie souvent, mais si la Syrie est entrée au Liban en 1976, ce n’était pas pour soutenir les Palestiniens ni les forces de gauche libanaises mais… la Phalange kataëb, l’extrême-droite maronite ! Ce qui provoqua, d’ailleurs, une première scission du PC pro-régime.

     

    http://www.scsstatic.ch/i/4615212,300http://q.liberation.fr/photo/id/264464/r/03/02/w/459/m/1301077264
    Les affrontements à Deraa


    Lire aussi : PCmF sur la Syrie

     


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  • En raison du caractère prétendument "anti-impérialiste" du régime de Kadhafi et de l'intervention impérialiste (franco-anglo-US) qui se mit rapidement en place contre lui, la révolte populaire qui éclata en Libye en février 2011 fut l'occasion de très virulents "débats" (si l'on peut appeler ainsi échanges d'insultes, d'épithètes, d'attaques ad hominem etc.) entre les tenants de la véritable conception communiste-maoïste du monde ("on a raison de se révolter", "le camp du peuple est notre camp") et les courants "anti-impérialistes" "marxistes-léninistes" campistes (fans de Michel Collon etc.).

    Qui est le "colonel" Kadhafi ?


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    Depuis près de 2 semaines, la Tempête arabe a atteint la Libye du "colonel" Kadhafi, que beaucoup de révolutionnaires (dont SLP) pensaient à l'abri derrière ses revenus pétroliers. Et là, le soulèvement populaire a tourné au bain de sang : plusieurs centaines de morts, des villes rebelles bombardés par les chars et mitraillées par hélicoptère etc. Les images, atroces, pullulent en ce moment sur le Net.

    En réalité, création artificielle du colonialisme italien (en réunissant la Tripolitaine, la Cyrénaïque et le Fezzan), le pays est en train de basculer dans la guerre civile. Marquée traditionnellement par les alliances et les désalliances de tribus (ensembles de familles élargies, pouvant aller jusqu'à 1 million de personnes), la Libye connaît également une forte opposition entre Est (Cyrénaïque, Benghazi coeur de la révolte) et Ouest (Tripoli). Cependant, l'Ouest tripolitain connaît aussi des révoltes, inspirées par la Tunisie géographiquement et culturellement proche...

    Il apparaît en fait clairement que Mouammar Kadhafi, malgré ses largesses en pétrodollars et ses solides réseaux d'alliances tribales, est resté au pouvoir (bien qu'officiellement sans fonction, uniquement "Guide") beaucoup trop longtemps, au moins 20 ou 25 ans de trop...

    Malgré la sympathie qu'il a pu avoir, il y a déjà longtemps, dans les masses arabes et même mondiales, il est frappé par le même mouvement que les autres vieux despotes (Ben Ali, Moubarak ou Bouteflika, qui est un homme du même appareil depuis plus de 30 ans), tandis que les "jeunes" résistent mieux (Mohamed VI, Abdallah de Jordanie, Bachar el-Assad) : rien de plus normal, dans tous les mouvements révolutionnaires il y a des régimes qui sont les "maillons faibles". La Libye en fait manifestement partie.

    http://www.rfi.fr/actufr/images/110/kadhafi_200b_03022009.jpgMouammar Kadhafi est arrivé au pouvoir à 27 ans, en 1969, par un de ces coups d’État "progressistes", une de ces "révolutions par en haut" typiques du monde arabe, de Nasser à Kassem. Dans les années 1970, c'est un jeune nassérien, un nationaliste arabe "socialisant" (mais néanmoins clairement anticommuniste). Avec tout ce que cela (dans les conditions de l'époque) impliquait (parfois) de positif et (souvent) de négatif.

    En bon "socialiste arabe", il se rapproche de l'URSS, mais aussi de la "politique arabe" de la fraction gaulliste de l'impérialisme BBR, aux commandes jusqu'en 1976. Durant cette période, il soutiendra le sanglant despotisme "révolutionnaire " d'Amin Dada en Ouganda, également.

    Déjà peu marqué par la modestie, il pense réussir là où Nasser lui-même avait échoué : il lance toute une série de tentatives d'"Unions arabes", qui seront toutes plus foireuses les unes que les autres, à mesure que les régimes voisins abandonnent leurs dehors nationalistes pour aller vers le compradorisme pur et dur...

    En 1977, l’Égypte de Sadate prend clairement le chemin du rapprochement avec Israël et le camp occidental ; Kadhafi perd son dernier et plus proche allié. Dans le même temps, la France prend (avec l'éviction de Chirac) un virage atlantiste, qui se renforcera encore sous Mitterrand.

    C'est alors que Kadhafi lance sa "révolution verte", change le drapeau du pays en uniformément vert et publie son "Livre vert" qui se veut un nouveau "Petit livre rouge". C'est dit : Mouammar Kadhafi a inventé le "socialisme arabe islamique", le socialisme "adapté à la culture arabo-musulmane"... En réalité, le "Livre vert" est une accumulation de slogans ("associés pas salariés" ; "la maison à celui qui l'habite") banalement populistes, mêlant socialisme autogestionnaire, islam "révolutionnaire" à la Shariati et nationalisme arabe. Mais il aura un certain succès dans des milieux marxistes en perte de vitesse (dans les terribles années 1980), ainsi que dans les milieux "NR" : les "nationaux-communautaires" belges s'en réclament encore.

    Cela étant, Kadhafi, tout en restant étroitement lié à la géostratégie soviétique, mène une politique de trublion qui en fera un petit "grain de sable" dans l'énorme offensive impérialiste de l'époque, conduite par Reagan, Thatcher et Mitterrand, alors que l'URSS (en Afghanistan) tombait le masque pour se révéler une puissance colonialiste comme les autres. Soutenant les organisations palestiniennes, les révolutions anti-impérialistes en Afrique comme en 1983 au Burkina Faso, l'IRA ou encore ETA, on peut dire que durant cette courte période de 1977 à 1985, Kadhafi aura objectivement et ponctuellement "servi à quelque chose". Un Chávez arabe des années 1980...

    Mais tout cela ne pouvait pas durer très longtemps, et devait atteindre tôt ou tard ses (étroites) limites de classe... D'autant que Kadhafi, contrairement à d'autres nationalistes bourgeois, ne brille pas par son réalisme et son pragmatisme. Ses prétentions hégémoniques au "génie" révolutionnaire éloignent ses amis arabes et africains. Thomas Sankara n'est pas emballé par une conversion collective du Burkina à l'islam. L'expédition "panafricaniste" au Tchad échoue devant le régime d'Hissène Habré, appuyé par la force française Manta. En 1986, Ronald Reagan fait bombarder son palais et sa fille adoptive est tuée.

    Cette époque est celle du basculement, la paranoïa s'ajoutant à la mégalomanie : Kadhafi s'habille et vit en bédouin, parle de lui à la 3e personne etc.

    Plus sérieux (et plus grave), sur le plan politique, il retrouve la bonne vieille accointance gaulliste du "socialisme arabe", alors que Jacques Chirac est de retour à Matignon (1ère cohabitation). Renouant avec les réseaux Foccart réactivés, il organise le coup d’État de Blaise Compaoré au Burkina et l'élimination de Sankara. Dans le même temps, avec ces mêmes réseaux Foccart et Houphouët-Boigny, il organise et finance les hordes de Charles Taylor et Prince Johnson, qui seront lancées en 1989 sur le Liberia (du dictateur "reaganien" Samuel Doe) puis de là sur la Sierra Leone (et en 2002 sur la Côte d'Ivoire) : la guerre impérialiste par bandes armées interposées fera 400.000 morts en Afrique de l'Ouest. Au passage, Kadhafi se venge de Reagan et Mitterrand par les attentats de Lockerbie et du DC-10 d'UTA, actions réactionnaires contre des cibles civiles.

    Dans les années 1990, ce sera la reconquête de la "respectabilité" internationale, en livrant à la justice les exécutants des attentats de 1988-89 (dont tout le monde sait très bien qu'il est le commanditaire), et en se posant en "rempart contre l'intégrisme" : en 1996, 1.200 prisonniers "islamistes" sont massacrés à la prison d'Abu Salim. Tournant le dos à la "grande unité arabe", Kadhafi se tourne vers l'Afrique dont il se rêve en "roi des rois" : il organise même son couronnement devant un aréopage de chefs traditionnels du continent (sans doute généreusement rétribués pour leur prestation scénique). Les impérialistes regardent tout cela d'un œil attendri, comme un enfant jouant dans un bac à sable avec son costume de cow-boy... Tant que le pétrole rentre et que la forteresse Europe est bien gardée !

    Car, non content d'être un pilier de la Françafrique, le "colonel" devient dans les années 2000 le "videur" de l'Europe contre les vagues d'immigrations fuyant la misère de l'exploitation impérialiste, en échange de quelques milliards d'euros par an.

    Mieux que tout : en 2008, après une cérémonie grandiose de "réconciliation", il ouvre alors, avec Berlusconi, une véritable recolonisation du pays par l'Italie, l'ancienne puissance coloniale ! Alors qu'il en restait 1500 en 1982, les Italiens sont désormais 22.000 dans le pays, au service de monopoles impérialistes comme ENI (la multinationale énergétique), qui font du pays le premier fournisseur d'hydrocarbures de la Péninsule et sa (sans doute unique) néo-colonie.

    La révolte spectaculaire qui secoue le pays n'a pas eu, pour les révolutionnaires conséquents en tout cas, beaucoup d'illusions à balayer. Loin de la "démocratie populaire directe", la Libye est un émirat pétrolier, avec ses centaines de milliers de travailleurs immigrés (surtout africains) surexploités, tout comme en Arabie Saoudite. Loin du "socialisme arabe islamique", la dictature de classe est celle d'une oligarchie bureaucratique militaro-tribale.

    Militaro-tribale, et régionaliste : la région de Benghazi, au centre de la révolte, bastion de la résistance senoussie à la colonisation italienne, est aussi la plus délaissée par la caste dominante, plutôt issue de Tripoli et Syrte ; et la moins "arrosée" par les redescentes de pétrodollars et pétro-euros.

    Peu importe qui essaye, à l'heure actuelle, de manipuler le mouvement en cours : il est clair que les Anglo-saxons et les Israéliens, entre autres, pourraient avoir intérêt au remplacement de Kadhafi par un garde-chiourme "classique", qui leur épargnerait ses rodomontades "anti-impérialistes". Mais ces manœuvre ne font que surfer sur la vague, et cette vague, c'est celle de la Tempête arabe partie de Sidi Bouzid en Tunisie il y a 2 mois ! Kadhafi avait d'ailleurs été un grand soutien du satrape de Carthage...

    "Nous sommes les petits-enfants d'Omar Mokhtar", écrivent sur les murs les insurgé-e-s de Cyrénaïque : Omar Mokhtar était le vénérable dirigeant de la résistance senoussie contre les Italiens, pendu en 1931, à 69 ans, par les troupes coloniales fascistes. Le Peuple libyen se réapproprie son histoire de lutte pour l'émancipation, contre la domination impérialiste, laissant en l'air un "socialisme arabe anti-impérialiste" tombé dans l'auto-parodie (dont Kadhafi nous a encore gratifié dans son récent discours télévisé : tirades à la 3e personne etc.) pour le décorum, et le compradorisme clanique pour la réalité...

    Les mêmes ingrédients font là encore les mêmes plats. Champions des "agences de notation" impérialistes, les pays arabes étaient en réalité des édifices d'exploitation vermoulus, balayés par la crise mondiale. Dans l'illusion d'une "émergence" soutenue et indéfinie, ils ont formé comme futurs "petits cadres" des milliers de jeunes  des classes populaires, qui n'ont plus aujourd'hui aucun avenir et, maîtrisant parfaitement les nouvelles technologies de communication, deviennent les fers de lance de l'exaspération des exploité-e-s.

    Ce n'est pas la Révolution, loin de là. En Égypte et en Tunisie, la colonne vertébrale militaro-policière de l’État est restée intacte, il n'y a pas d'Armée du Peuple (car cela ne peut exister sans un Parti au minimum révolutionnaire), il n'y a pas eu (ou très peu) d'expropriations, sinon dans les biens familiaux de l'ancien clan régnant.

    Mais c'est dans la lutte que l'Histoire avance et que les masses forgent leur conscience, leur organisation et leur combattivité, pour un jour balayer le vieux monde et faire resplendir l'Aube nouvelle !

    À bas Kadhafi, à bas tous les satrapes des 5 continents !

    À bas l'impérialisme, vive la nouvelle vague de la Révolution mondiale !!!


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    Libye 2011


    Libye : vers une intervention impérialiste ?


    Le bruit court depuis plusieurs jours dans la web-presse de gauche radicale anti-impérialiste. Bien sûr, il faut prendre cela avec des pincettes : les bruits de ce type sont fréquents et typiques d'un certain alarmisme complotiste anti-impérialiste. À peine sortis d'Irak et encore embourbés en Afghanistan, les impérialistes US sont-ils prêts à plonger dans un nouveau bourbier ? N'ont-ils pas compris la leçon que jamais, dans un pays arabe et en général musulman, ils ne seront accueillis en libérateurs ?

    Pour autant, les choses sont à prendre au sérieux. Et voilà qu’on voit monter au créneau toute ladite « gauche radicale anti-impérialiste » contre « l’intervention impérialiste ». Celle-là même qui célébrait, à JUSTE TITRE (mais avec beaucoup d’idéalisme...) les mouvements populaires en Tunisie et en Egypte, voit maintenant dans la révolte libyenne des agents de l’impérialisme et de la CIA, voire (honte suprême !) des barbus d’Al-Qaïda, reprenant la propagande du satrape « anti-impérialiste » mais aussi les discours de l’impérialisme qu’ils dénoncent en d’autres circonstances ! Qu’en est-il réellement ?

    Il faut bien comprendre les choses. La Libye n'est pas le premier producteur de pétrole mondial (9e seulement de l’OPEP), mais néanmoins un producteur important, avec 1,8 millions de barrils/jour dont 1,5 à l'export, et surtout un pétrole de très bonne qualité, très recherché*.

    Ce pétrole est aujourd’hui essentiellement sous contrôle italien (ENI, 270.000 barrils/jour juste avant la révolte), allemand (groupe pétrochimique Wintershall, environ 100.000), espagnol (Repsol, 35.000 bls/j) ou encore autrichien (OMV AG, 33.000), le monopole français Total exportant 55.000 barrils/jour : au final, le principal acheteur de pétrole libyen est l'Italie (32%), suivie de l'Allemagne (14%), de la Chine (10%), de la France (10%) et de l'Espagne (9%). Les États-Unis, en revanche, n'achètent que 5% de l'or noir libyen ! Quant à l'impérialisme anglais, c'est encore pire : les géants mondiaux BP et Shell n'ont encore aucune production en Libye (ils n'en sont qu'à l'exploration). 

    L’Italie est l’ancienne puissance coloniale de la Libye, qu’elle a conquise sur l’Empire ottoman en 1911 et dominée jusqu’en 1942.

    scaroni 1 300x142 Giorni della collera, gelsomini? Non cambia nulla per ENI.
    Kadhafi et ses patrons de ENI-Agip

    Mais à l’origine, lors de sa découverte dans les années 1950, le pétrole était plutôt sous contrôle anglais (BP) et US. En effet, la monarchie du roi Idris était sous un quasi protectorat de l’Angleterre, victorieuse des Italiens pendant la 2de Guerre mondiale. Mais en 1971, British Petroleum sera expulsée du pays et ses puits nationalisés. Revenue dans le pays à la fin des années 2000 pour prospecter, à l'heure actuelle elle ne... produit pas de pétrole (2e compagnie mondiale !) !

    Après le coup d’Etat de Mouammar Kadhafi, en 1969, la Libye s’est comme tous les nationalismes « socialistes » arabes rapprochée de l’URSS ; mais aussi de la fraction gaulliste (« ni Washington ni Moscou ») de la bourgeoisie impérialiste française (au pouvoir jusqu’en 1976, puis 1986-88 et 1995-2007) et de l'impérialisme italien : en effet ENI, monopole d’un pays impérialiste vaincu, a souvent joué les « anti-impérialistes » en approchant les nationalistes des pays producteurs. Ainsi le premier navire pétrolier arraisonné par les anglo-américains lors du blocus contre l’Iran de Mossadegh était un pétrolier ENI.

    Après la faillite de l’URSS, le rapprochement du régime de Kadhafi s’est encore renforcé avec les « petits impérialismes », contre « l’hyper-puissance » américaine.

    Cela dit, il a maintenu des liens étroits avec l’impérialisme bleu-blanc-rouge sous la présidence de Sarkozy, pourtant très atlantiste, ainsi qu’avec Berlusconi, peu réputé pour son anti-américanisme (bien que grand ami de Vladimir Poutine également)…

    À cela se sont ajoutés d’autres intérêts, comme l’offre de Kadhafi de protéger l’Europe contre l’immigration (en parquant les immigrants dans des camps de concentration atroces), d’autres échanges commerciaux que le pétrole etc., qui rentrent en ligne de compte.

    Au final, Kadhafi, qui a pu jouer un certain rôle sur le front anti-impérialiste mondial dans les années 1970 ou début 80, est devenu un fidèle serviteur des impérialismes européens, notamment français. Mais toujours hostile aux Anglo-saxons (Angleterre, États-Unis) et à Israël.

    Un rôle qui apparaît déjà clairement dans sa participation, avec les réseaux Foccart, à l’assassinat de Thomas Sankara en 1987 ; Sankara qu’il avait soutenu lors de sa prise de pouvoir en 1983 et aux débuts de sa politique anti-Françafrique.

    Aujourd’hui, face à l’effondrement du « système Kadhafi », la position des uns et des autres est parfaitement cohérente. Les impérialistes italiens essaient de soutenir Kadhafi du mieux qu’ils peuvent, agitant le spectre du chaos et de l’islamisme. Avec plus du quart des exportations contrôlées par le géant ENI (5e monopole énergétique mondial après Exxon, BP, Shell et Total)et 22.000 "expatriés", la Libye des années 2000 est concrétement devenue une néo-colonie italienne. Il ne faut pas être particulièrement bien réveillé, pour voir que le discours de Kadhafi (raz-de-marée migratoire, Ben Laden aux portes de l'Europe etc.) recoupe exactement celui de la diplomatie italienne, d'un Frattini ou autre. En réalité, l'Italie semble être ni plus ni moins qu'en train de se faire piquer une néo-colonie par ses rivaux impérialistes... Les camarades italiens sont face à l'écueil du social-chauvinisme, un écueil redoutable que les communistes français ont maintes fois rencontrés. Ils doivent être particulièrement fermes dans la dénonciation du satrape psychopathe et de ses maîtres impérialistes. Pour le moment, les formations amies de SLP (CARC, antifascistes du Val d'Aoste) sont particulièrement claires sur ce sujet...

    Les Anglo-saxons envisagent sérieusement une action militaire (au moins aérienne) pour soutenir l’opposition et installer un gouvernement en leur faveur… Tandis que la France joue comme à son habitude une partition hypocrite, qu’elle a apprise par cœur depuis la chute de son protégé Ben Ali : faire sauter le fusible et assurer une transition rapide et « sans bavure », en évitant le « chaos » (l’ingouvernabilité) ; et accessoirement, si possible, renforcer ses positions dans le partage du gâteau pétrolier, partage assez peu favorable jusque là (4 fois moins de barrils/jour qu'ENI).

    Le tout, en essayant de faire oublier qu’elle déroulait le tapis rouge au despote en décembre 2007, et qu’encore en novembre dernier, le désormais célèbre boys band de la diplomatie Boris Boillon l’assurait du soutien indéfectible de l’impérialisme BBR.

    Dernièrement, il y a eu la proposition de Chávez, d’une « médiation » pour une « sortie pacifique de la crise ». Si l’on peut reconnaître à Chávez la constance, de ne pas retourner sa veste comme notamment un certain gouvernement BBR, sa proposition est d’un total idéalisme, montrant l’aspect petit-bourgeois du chavisme (et non l’aspect populaire et progressiste que SLP a pu défendre contre la réaction et l’impérialisme). Le cul entre deux chaises comme jamais, Chávez est tiraillé entre d'un côté sa ligne nationaliste bourgeoise classique, d’alliance « stratégique » de tous les « moutons noirs » de l’impérialisme US, de défense des « souverainetés » contre « l’Empire », et bien sûr d'intérêts pétroliers bien compris ; et de l'autre, la nécessité de maintenir son indispensable base populaire devant un massacre réactionnaire qui rappelle aux masses vénézuéliennes le caracazo de 1989 (3000 mort-e-s), et l’impossibilité de soutenir ouvertement un personnage aussi discrédité que Kadhafi, particulièrement devant les masses arabes, dont Chávez (grand pourfendeur du fascisme sioniste) est et veut rester un héros.

    Son récent discours est sans doute le plus embrouillé, confus, incompréhensible et idéaliste de sa carrière…

    Outre Kadhafi, qui l’a acceptée, la Russie et la Chine soutiennent sa proposition de médiation. Mais c’est là une position classique de leur part, et surtout politique. États impérialistes mais où le capitalisme est fragile, violemment contesté par les masses, aux mains d’une étroite oligarchie, la Russie et la Chine craignent ce type d’événements et aiment, à travers le monde, prôner la « stabilité » et la « paix civile » sur un registre nationaliste « anti-impérialiste ». Elles savent qu’elles sont les prochaines sur la liste, après les pays arabes, en termes de faible légitimité de l’ordre social dans les masses populaires.

    Néanmoins l’une et l’autre ont aussi de solides intérêts économiques en Libye, intérêts qui, pour la Russie, remontent à l’époque soviétique.

    Voilà donc pour la petite cuisine impérialiste…

    Mais cela ne doit pas nous obnubiler !

    Cela, c’est la SUPERSTRUCTURE des évènements, ce qui vient se greffer par dessus. De même que les alliances et dés-alliances féodales de tribus, les ralliements de dignitaires kadhafistes au soulèvement, bref le repartage du pouvoir (politique et économique) entre les différentes factions de la classe dominante libyenne.

    Mais l’INFRASTRUCTURE, la BASE du mouvement, est la MÊME qu’en Tunisie, la même qu’en Égypte, la même que dans tous les pays arabes. Les mêmes causes produisent les mêmes effets.

    Une richesse (surtout en Libye, avec les cours du pétrole) énorme mais de plus en plus concentrée entre les mains d’une poignée d’individu, d’une toute petite oligarchie de moins d’1% de la population ; et une population, en particulier sa jeunesse, paupérisée (encore plus depuis la phase terminale de la crise, depuis 2008), soumise à la hogra (galère, humiliation, absence de droits démocratiques et d’avenirs), un chômage de près de 30% en Libye…

    Et Kadhafi et son clan, populaires dans les années 1980 pour leur « anti-impérialisme », ne font désormais plus illusion pour personne, ni en Libye, ni dans le monde arabe et musulman en général.

    La révolte du Peuple libyen est absolument INDISSOCIABLE  des évènements tunisiens et égyptiens, et n’a pas à être traitée différemment.

    C’est l’aspect ABSOLUMENT PRINCIPAL de la contradiction, principal SUR LE LONG TERME.

    Alors bien sûr, à court terme… il n’y a pas de Parti révolutionnaire. Le camp insurgé est composé de la révolte populaire, et du ralliement de transfuges du camp Kadhafi : militaires, bourgeois, bureaucrates, qui prennent la direction de la révolte.

    À COURT TERME, il n’y aura donc qu’un ravalement de façade laissant intact le système de domination et de pillage impérialiste, avec des dirigeants plus contrôlables et moins imprévisibles que Kadhafi et ses fils ; ou à la rigueur, avec un appui militaire impérialiste aux insurgés, un repartage impérialiste du gâteau libyen, en faveur des Anglo-saxons voire des Français lésés jusque-là. Il est clair que la situation, avec encore beaucoup de partisans de Kadhafi et une tendance à la guerre civile et au chaos, incite les puissances impérialistes à intervenir pour protéger leurs intérêts et si possible, au passage, en conquérir d’autres.

    Alors, on voit la « gauche radicale anti-impérialiste » monter au créneau sur l’air de la « révolution orange », « made in CIA », pour « piquer le pétrole » d’un régime « résistant à l’Empire ». Reprenant les habituels arguments débiles : les drapeaux sont des drapeaux « monarchistes » (de la monarchie senoussie de 1951-69) et sont bien flambants neufs ; « les banderoles sont en anglais » (argument social-chauvinard et puant par excellence), « il n’y a aucune preuve », « on nous cache tout on nous dit rien », voire la reprise de l’argument… piqué par Kadhafi aux impérialistes occidentaux, à savoir la main d’Al-Qaïda (psychose entretenue par ses maîtres italiens), les « barbus » qui « depuis toujours, sont une création de la CIA »… Il ne manque plus, presque, qu’une théorie délirante, du genre que les images qu’on nous montre sont en réalité tournées par Hollywood dans le désert d’Arizona…

    Pourtant, quelle différence avec la Tunisie et l’Égypte ??? Là non plus, il n’y avait pas de Parti révolutionnaire du peuple opprimé. Là aussi, la révolution populaire a été confisquée, par des bourgeois, des bureaucrates, des féodaux et des militaires « ralliés », moyennant un repartage impérialiste du gâteau et un repartage du pouvoir entre fractions des classes dominantes.

    Là aussi, les masses se sont révoltées avec le drapeau national, celui de Bourguiba… et Ben Ali, celui de Nasser, Sadate… et Moubarak. En Libye, le drapeau de la révolte est effectivement celui du roi Idris, mais aussi de la résistance à l’occupation italienne, c’est le drapeau national ; le drapeau vert est personnellement lié à Kadhafi, qui l’a inventé en 1977 : les insurgés ne vont pas brandir la création de celui qu’ils combattent !


    Libye: Kadhafi et la Ligue arabe acceptent le


    Là encore, en Tunisie et en Égypte, l’importance révolutionnaire des évènements est À LONG TERME, à court terme il n’y a eu aucune révolution, le soulèvement populaire (faute de direction révolutionnaire) a été confisqué et Washington (toujours plusieurs fers au feu) a même admirablement tiré son épingle du jeu.

    Alors, pourquoi ne pas cracher aussi sur les révoltes tunisienne et égyptienne ?

    Tout cela n’est que de l’anti-impérialisme petit-bourgeois "radical" à la petite semaine. Ou du raisonnement « géopolitique » totalement dépassé à l’heure de la 2de vague de la révolution mondiale. Les vrais révolutionnaires internationalistes ont toutes les preuves que Kadhafi, s’il a pu appartenir au front anti-impérialiste mondial il y a bien longtemps (30 ans !), est désormais un pion de la domination impérialiste, en particulier BBR sur l'Afrique, et que son maintien au pouvoir n’apporterait rien de meilleur ni au Peuple libyen, ni à l’Afrique, ni à la nation arabe, que son remplacement par une autre clique.

    Mais il n’est de pire sourd, que celui qui ne veut pas entendre…

    Alors SLP tient à affirmer clairement sa position :

    -          Kadhafi est un ennemi du Peuple et doit être puni, la liste de ses crimes et de ses trahisons est interminable ; le prolongement libyen de la Tempête arabe est l’aspect principal ; que Kadhafi soit remplacé par de nouveaux laquais de l’impérialisme sera la réalité à court terme, mais l'aspect secondaire à long terme ;

    -          Toute intervention militaire d’un impérialisme ou d’un autre, ou ingérence en s'appuyant sur une faction de la « direction » insurrectionnelle, est un moyen de confisquer la révolte du Peuple libyen et de maintenir la domination impérialiste ; elle doit être dénoncée et combattue par la solidarité internationaliste.

    En 1898, les révoltes de Cuba et des Philippines contre le colonialisme espagnol ont été confisquées par l’impérialisme US (le terme d’impérialisme est d’ailleurs né à cette occasion), au terme de la première guerre « humanitaire » de l’Histoire (toute une propagande sur les atrocités espagnoles, etc.), pour faire de ces pays des protectorats US (que les Philippines sont encore à ce jour, sans même parler de Porto Rico annexée au cours de la même intervention). Pour autant, ces révoltes étaient-elles illégitimes ? Leurs dirigeants (très démocratiques voire socialisants comme José Marti) étaient-ils des "agents de Washington" ? Qui oserait dire une chose pareille ?!!?

    Il faut savoir être dialectique et faire la part des choses !

    De même, il faut savoir faire la différence entre court terme et long terme. Ainsi, si certains préfèrent insister sur le caractère réformiste bourgeois de l’ALBA et de Chávez (qui est effectivement déterminant à long terme, abstraction faite des délires gauchistes de « social-fascisme » à leur sujet), SLP a toujours mis en avant leur caractère À COURT TERME progressiste pour les travailleurs, libérationniste national et perturbant l’ordre impérialiste mondial (Amérique latine comme pré carré US, comme l'Afrique subsaharienne est un pré carré BBR). Cela nous a beaucoup été reproché, et voilà qu’aujourd’hui, c’est au contraire la vision à long terme qui nous est reprochée.

    Mais finalement, ultragauchiste ou révisio, le problème du contradicteur est toujours le même : l’étroitesse intellectuelle au niveau dialectique !

    Être bornées intellectuellement : voilà le point commun de toutes les lignes non-révolutionnaires, de droite (anti-impérialisme uniquement anti-US, chauvinisme, géopolitisme) comme gauchiste (purisme, dogmatisme, grands principes sans considération du réel) avec en bout de course, le même mur : la défense de l’indéfendable, les prises de position réactionnaires.

    En attendant, si un (sorti d’on-ne-sait-où) obscur porte-parole de l’insurrection a appelé la « communauté internationale » à des frappes aériennes, tout en refusant catégoriquement une intervention terrestre ; les masses insurgées, elles, ont apporté leur réponse aux plans de l’impérialisme pour soit sauver ses meubles, soit se repartager le pétrole du pays :



    Mais bien sûr, comme la banderole est en anglais… ça doit sûrement être un écran de fumée de la CIA !


    * Sur ce point, il est FAUX d'affirmer que "l'impérialisme" (comme s'il formait un tout : thèse kautskyste !) cherche à faire main basse sur la Libye pour exploiter les réserves qui ne le sont pas encore. Car la crise mondiale que nous traversons depuis les années 1970, et encore plus depuis la seconde moitié des années 2000, est une crise de chute tendancielle du taux de profit, une crise de SURPRODUCTION ABSOLUE DE CAPITAL (et non de surproduction de marchandise). Cela signifie que la masse de profit n'augmente plus proportionnellement à la masse de capital ; si les capitalistes investissaient dans la production tout le capital accumulé, ils ne parviendraient plus à le valoriser de manière "saine" et "normale".

    Or le pétrole est employé ESSENTIELLEMENT comme un capital (hormis quand il sert aux déplacements de loisir), même lorsqu'il sert à développer la mobilité de la force de travail. Plus précisément, c'est un moyen de production fonctionnant comme capital (Marx, Le Capital, Livre III chap. 15), exigeant de produire une valeur ajoutée proportionnelle à son augmentation en quantité.

    Les bourgeoisies impérialistes n'ont donc AUCUN intérêt à une surproduction de pétrole, puisque nous somme déjà en surproduction générale de capital ! Les guerres impérialistes en période de crise générale, outre le repartage permanent de la planète, ont aussi pour but "inconscient" la destruction de forces productives (moyens de production et force de travail), dans une sorte de "purge" de l'économie-monde. Ainsi les guerres contre l'Irak (1991 et 2003) ont eu pour effet de faire baisser la production considérablement pendant plusieurs années : chute de près de 80% entre 1989 et les années 1990, reprise entre 1998 et 2002 puis (comme par hasard) nouvelle guerre et chute de 90% entre 2002 et 2005, avant de retrouver en 2010 le niveau de 1990.


    Libye : la direction insurrectionnelle se vend aux impérialistes


    Cela était absolument prévisible et prévu, quelle que soit la dose de mauvaise foi des contradicteurs de SLP à ce sujet...

    Si l'héroïsme des masses populaires en armes, soumises à une répression sanguinaire, a été célébré ici et le sera encore, il n'y a jamais eu d'illusions à se faire sur la direction oppositionnelle, composée d'ailleurs, plus que de vieux monarchistes et pro-occidentaux de la Guerre Froide, d'éléments ralliés du régime kadhafiste. Et les inquiétudes de dirigeants anti-impérialistes comme Chávez ou Fidel Castro sont compréhensibles, à défaut d'être matérialistes...

    Là encore, la différence entre des marxistes scientifiques comme SLP et les autres, "anti-impérialistes" révisios qui ne voient dans les masses en révolte qu'un ramassis de monarchistes, d'islamistes et d'agents de la "World Company", ou ultra-gauchistes qui célèbrent (sur le mode anarcho-spontanéiste) la "révolution libyenne" et vouent leurs contradicteurs aux gémonies "fascistes" ; cette différence tient en deux points :

    - la distinction entre COURT TERME et LONG TERME, et entre SUPERSTRUCTURE et INFRASTRUCTURE ;

    - la compréhension des contradictions entre impérialismes rivaux, dans TOUTE leur complexité post-1990 (et non une vision en "2 blocs" comme lors de la Guerre Froide).

    Ainsi, la France de Sarkozy (certes la fraction la plus atlantiste de la bourgeoisie impérialiste BBR) est devenu le premier gouvernement impérialiste à reconnaître l'opposition libyenne, la direction insurgée, comme représentante légitime de la Libye.
    L'impérialisme US ne l'a pas encore fait, toutefois il est en pointe pour envisager une intervention militaire, sur laquelle l'impérialisme français est encore réservé.
    Ce sont là deux impérialismes qu'on peut considérer comme "lésés" dans le partage du gâteau libyen, par le régime de Kadhafi. Si la Libye de Kadhafi a pu être un partenaire stratégique de l'impérialisme français en Afrique, sur le plan économique (avec 55.000 barrils/jour pour TOTAL) ce n'est pas tout à fait l'hégémonie...

    L'impérialisme anglais, pour des raisons encore peu claires, est plus mitigé, notamment par la voix de la chef de la diplomatie européenne, Catherine Ashton, qui en est issue ; mais le Premier ministre Cameron, issu de la frange torie de la bourgeoisie impérialiste (plus atlantiste et plus chauvine, anti-européiste), s'est joint quant à lui à Sarkozy pour envisager rien de moins qu'une action militaire. Il faut dire que 40 ans après la "révolution" kadhafiste (renversant leur protégé, le roi Idriss  1er), les géants pétroliers de Sa Majesté, BP et Shell, n'ont tout simplement... aucune production en Libye (revenus courant des années 2000, ils en sont encore à l'exploration).

    D'une manière générale les impérialistes européens sont divisés... en fonction de leurs intérêts.


    L'Italie de Berlusconi continue de défendre bec et ongle la "stabilité" que représente Kadhafi, contre "l'invasion migratoire" et "un émirat islamique aux portes de l'Europe", ce qui est mot pour mot le discours de Kadhafi et des ses fils. En réalité, l'impérialisme italien a construit dans les années 2000 une véritable néocolonie dans son ancienne... colonie du début du siècle dernier ("Tripoli, terre enchantée", célèbre ritournelle napolitaine), et à présent, il est en train de se faire ravir celle-ci par ses rivaux les plus gourmands.

    Des émissaires de Kadhafi auraient par ailleurs été reçus en Grèce et au Portugal ; ce dernier les aurait toutefois éconduits, considérant le régime comme "fini".

    L'impérialisme allemand, malgré les affirmations de Juppé, est également moins enthousiaste que la France à reconnaître l'opposition : "Je considère (que) la situation (est) encore trop confuse pour décider comment on doit procéder", aurait dit (d'après l'AFP) le secrétaire d’État aux Affaires étrangères, Werner Hoyer à un journal. Il faut dire que la pétrochimie d'outre-Rhin (qui fut un soutien de poids du IIIe Reich !) a aussi de gros intérêts auprès de l'illuminé "Guide" et "Roi des rois d'Afrique" (Wintershall, 100.000 barrils/jour)...

     

    Ainsi, trois positions se dessinent là encore clairement au sein d'un "diplomatie européenne" et occidentale qui tient du pur rêve idéaliste petit-bourgeois : ceux qui veulent dégager Kadhafi à tout prix pour conquérir des positions (USA et leurs vassaux, voire France) ; ceux qui pensent que Kadhafi est "fini" et qu'il vaut mieux préparer l'avenir avec l'opposition, au cas où, sans trop non plus froisser le "Guide" (au cas où il l'emporterait...) ; et ceux qui le soutiennent bec et ongle sachant que dans tous les cas, ils vont y laisser des plumes (l'Italie en premier lieu). La bourgeoisie impérialiste BBR étant traditionnellement divisée (entre atlantistes et anti-américains), il s'y trouve sans doute aussi des tendances hostiles à un nouveau régime qui serait trop proche de Washington : les fameux "fachodistes" (syndrome de Fachoda), ennemis jurés des Anglo-saxons en Afrique.

    De leur côté, Russie et Chine sont sur leur ligne anti-américaine traditionnelle, et soutiennent donc Kadhafi, en tout cas s'opposent à tout soutien "précipité" à l'opposition.

     

    Cette absence d'unanimité se retrouve nettement sur le terrain, où de plus en plus les forces pro- et anti-Kadhafi se trouvent à égalité, sans parvenir à prendre l'avantage.

     

    Servir le Peuple le réaffirme clairement : les communistes révolutionnaires sont opposés et combattront, non seulement toute intervention militaire, mais également toute récupération impérialiste de la révolte libyenne.

     

    De la JUSTE révolte libyenne !

     

    Car SLP le réaffirme également : il n'y a pas à être "prudent" sur ce point, le soulèvement POPULAIRE (à l'origine) libyen est INDISSOCIABLE du reste de la Tempête arabe qui souffle depuis la Tunisie jusqu'au Yémen et au Bahreïn, et maintenant au Maroc.

    Ce soulèvement s'est simplement produit dans un pays avec moins d'unité nationale que la Tunisie ou que l’Égypte, avec des divisions régionales fortes et des enjeux tribaux, ainsi que l'enjeu pétrolier, toutes choses qui favorisent la tendance à la guerre civile et les récupérations impérialistes.

     

    Mais la TENDANCE DE FOND est la même, et par conséquent la TENDANCE À LONG TERME est la même !

    Demain, il y aura éviction et remplacement d'un ou plusieurs impérialismes par d'autres, et de la clique kadhafiste par une nouvelle clique... d'ailleurs composée à 90% de notables kadhafistes retournés  ; mais dans 5 ans ou 10 ans, les fruits de ce qu'il s'est passé de Benghazi à Zawiya, en terme de conscience politique et d'organisation des masses pour la révolution démocratique, seront là et bien là. Exactement comme en Tunisie et en Égypte, où la révolution a aussi été confisquée pour le moment !

     

    Donc, NON à l'intervention et l'ingérence impérialiste, A FORTIORI si l'impérialisme français ("notre" impérialisme) est de la partie ; mais aucune complaisance, ni défense de Kadhafi et de son clan compradore parasite : en Italie, les communistes conséquents sont en lutte depuis des années contre la tutelle (pétrole, lutte anti-immigration, investissements divers) néo-coloniale de l'impérialisme et de la clique Berlusconi, sur le régime "anti-impérialiste" dégénéré !

     

    VICTOIRE AU PEUPLE LIBYEN, VICTOIRE À LA RÉVOLUTION ARABE !


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    Libye : guerre impérialiste ou révolte populaire ?
    Il y a deux guerres !


    Au dernière nouvelles de ce matin, "Deux jours après le vote de la résolution 1973 du Conseil de sécurité de l'ONU, les forces de Mouammar Kadhafi marchent samedi sur Benghazi, fief des insurgés, malgré le cessez-le-feu annoncé vendredi par le gouvernement libyen. Les prochaines heures s'annoncent cruciales. Une intervention militaire pourrait débuter à l'issue du sommet de l'Union européenne-Ligue arabe-Union africaine qui doit se tenir samedi après-midi à Paris."

    Reste encore à voir cette fameuse intervention... Car si l'ONU, l'UE ou encore la Ligue arabe sont les amphithéâtres des grandes déclarations de principe, il faut ensuite passer à l'opérationnel. Et là... ces cartels impérialistes (ou compradores, pour la Ligue arabe) sont loin d'être les "unions" qu'ils prétendent être. Pas plus que l'alliance militaire impérialiste OTAN.

    Même si la résolution anti-Kadhafi a pu être votée avec 5 "abstentions" (ce qui en langage onusien, revient à être contre, surtout que pour la Russie et la Chine cela aurait été un veto, très rare et "violent" diplomatiquement), sur 15 membres du Conseil de Sécurité ce qui n'est pas rien ; on sait bien que la "communauté internationale" n'est pas unie sur le dossier... Ou plutôt, il y a deux blocs, quasiment égaux ; l'un soutenant (surtout face aux menaces d'intervention de l'autre) le clan kadhafiste : l'Allemagne (qui siège au Conseil et s'est abstenue), l'Italie bien sûr, mais aussi une grande partie des pays européens (qui ont mal accueilli l'initiative franco-anglaise) ainsi qui la Russie et la Chine, qui ont entraîné dans l'abstention leurs partenaires des "BRIC", Brésil et Inde, nouveaux "non alignés" du 21e siècle ; l'autre, centré autour des États-Unis, de l'Angleterre et de la France sarkozyste qui, par un retournement spectaculaire (début mars, une intervention était encore "contre-productive" pour Alain Juppé), en a pris la tête, coalition qui prône un appui militaire au "conseil national de transition" de Benghazi. Un conseil dont SLP a déjà expliqué la nature : des hiérarques du régime qui, devant la révolte populaire, ont retourné leurs vestes, s'y sont rallié et mieux, s'en sont proclamés représentants...

    Il y a donc, autour du précieux pétrole libyen, deux blocs impérialistes qui se préparent à en découdre par Libyens interposés. Il n'y a aucune coïncidence à ce que, dès la reconnaissance (spectaculaire et inattendue) du CNT par Sarkozy et l'annonce franco-anglaise d'une intervention militaire, Kadhafi qu'on disait "fini" ait trouvé miraculeusement les ressources pour mener une contre-offensive éclair jusqu'au cœur de la Cyrénaïque rebelle. 

    Aujourd'hui, le massacre de Benghazi tant annoncé semble imminent : "L’aviation a bombardé ce matin les faubourgs de la ville de Benghazi", a raconté samedi matin, Emmanuel Renard, l'envoyé spécial d'Europe 1, actuellement à Tobrouk. "Les chars se sont prépositionnés tout autour de la ville, ils encerclent Benghazi", a-t-il expliqué en évoquant les informations fournies par les rebelles qui précisent riposter également. "Des voitures banalisées avec des hommes de Kadhafi seraient rentrés dans la ville et ils tireraient actuellement sur la population", poursuit notre envoyé spécial. "La Libye est un pays terrorisé, il n’y a personne dehors, très peu de circulation de voitures. Tout le monde a peur. Dans aucun endroit, la situation est sûre ce matin", conclut-il."

    On attend donc de pied ferme l'intervention "humanitaire" de "l'Empire" dont les "anti-impérialistes" pro-Kadhafi nous rebattent les oreilles depuis 15 jours : n'est-ce pas là "l'occasion rêvée" de se refaire, devant les masses populaires arabes, une image bien écornée par les guerres d'Irak et d'Afghanistan, le silence devant les massacres sionistes en Palestine, le soutien pendant des décennies à Ben Ali et tous les satrapes possibles et imaginables ? Ou va-t-on attendre que le dernier rebelle soit couché mort dans la poussière pour arriver en chevaliers blancs (beaucoup plus probable) ? Wait and see... Ce qui est certain, c'est que si la décision attend le sommet de l'UE pour agir, AUCUN consensus ne se dégagera de ce sommet puisque l'UE est répartie dans les deux camps (et même majoritairement dans le camp pro-Kadhafi), avec en tête rien de moins que... l'Allemagne.

    Et puis voilà qu'hier... l'incroyable (et pourtant, dialectiquement inévitable) s'est produit : les ultra-gauchistes ont rejoint les révisios "anti-impérialistes" délirants-complotistes dans le même mépris de la JUSTE révolte libyenne et de ceux et celles qui la soutiennent. Accusant "l'extrême-gauche qui s'est emballée pour la révolte" d'avoir (rien de moins) pavé la voie à la guerre impérialiste...

    Alors, pas besoin de grands discours. Avant d'être maoïstes, il faut déjà commencer par être léninistes, on se contentera donc de citer Lénine, lorsqu'il s'exprimait sur les multiples soulèvements populaires et luttes de libération qui éclataient dans le tumulte de la Première Guerre mondiale, notamment en Irlande (1916) : “Il y a une guerre inter-impérialiste. Avec cette guerre nous n'avons rien à faire. Mais il y a également des guerres de libération nationale menées par des nationalités opprimées. Le soulèvement irlandais est à cent pour cent justifié. Même si l'impérialisme allemand a essayé d'en profiter, même si les chefs du mouvement national ont maille à partie avec les Allemands, ceci ne change en rien la nature juste de la guerre irlandaise d'indépendance contre l'impérialisme britannique”.

    Il n'y a RIEN D'AUTRE en Libye. Le soulèvement libyen est parti comme une lutte de libération contre un clan corrompu et tyrannique qui, dissimulé derrière un pseudo "État des masses" (Jamahiriya), accaparait les richesses du pays en servant d'intermédiaire aux impérialistes pétroliers (ENI, BASF, OMV, TOTAL, REPSOL etc.) et accessoirement, de garde-frontière de l'Europe du Sud ou encore de financier des régimes et autres "rebelles" françafricains en Afrique (Déby, Compaoré, Charles Taylor, RUF sierra-léonais et probablement "Forces nouvelles" ivoiriennes). Par certains aspects, c'est aussi une lutte "nationale", la Cyrénaïque ayant toujours été marginalisée et discriminée, dans le partage du revenu national libyen, par la Tripolitaine de Kadhafi.

    Mais, sans Parti révolutionnaire, cette lutte a été accaparée par une "direction" de kadhafistes retournés qui l'ont vendue à un bloc impérialiste contre un autre.

    La contre-offensive "surprise" et spectaculaire du clan Kadhafi ne va pas chercher plus loin : voyant cela, ceux qui ont senti qu'ils allaient perdre des plumes ont lancé un discret mais puissant soutien à son effort de guerre (tout en faisant traîner les choses au niveau diplomatique) : jeudi, les chargements de pétrole d'ENI ont repris, de la zone contrôlée par Kadhafi vers l'Italie... Tandis que dans le camp insurgé, nonobstant les images de propagande impérialiste montrant les drapeaux français flottant sur la foule à Benghazi, des fissures sont inévitablement apparues en voyant le "Conseil de transition" faire ses courbettes devant Sarkozy, l'ami de Ben Ali et Moubarak, des néocons et de tous les sionards de la planète...

    Mais CELA N’ENLÈVE RIEN à la JUSTESSE de cette révolte de la jeunesse populaire, sous le drapeau d'Omar Mokhtar, le héros anti-colonialiste !

    La guerre entre impérialistes n'est pas la nôtre, ni du côté de ceux qui appuient, financent et arment Kadhafi, ni du côté de ceux qui veulent le chasser par les bombes (et des milliers de victimes dans le Peuple). Mais la LUTTE DE LIBÉRATION du PEUPLE, OUI, les communistes sont et seront toujours à ses côtés !!! Cette guerre là est la nôtre !

    Puisque beaucoup de nos "anti-impérialistes" sont pro-cubains, prenons un exemple : en 1898, il ne fallait soutenir NI le colonialisme espagnol, NI l'intervention US pour "piquer" à l'Espagne sa colonie. Mais la lutte des compagnons de José Marti était juste, 100 fois, 1000 fois juste !

    Lénine ajoutait, ensuite, qu'à ces deux guerres les communistes voulaient en ajouter une 3e : la Révolution prolétarienne mondiale. Certains ont déjà commencé, en Inde, aux Philippines, en Turquie... D'autres, généralement dans le doux petit confort des pays impérialistes, préfèrent se répandre en débats stériles et prises de position débiles. Chacun sa life...


    La position du grand Mounir Chafiq :


    (à lire aussi)  Libye : qu'en pensent les fascistes ?


    Contre les massacres de Kadhafi et l'intervention étrangère en Libye


    Un autre article publié sur le site panafricaniste révolutionnaire Pambazuka, dont nous partageons dans les grandes lignes les analyses : refus de l'intervention impérialiste mais aussi du régime semi-féodal et fasciste de Kadhafi, démystification de son "progressisme" et de son "anti-impérialisme", volonté occidentale d'"endiguer" par une intervention militaire la vague insurrectionnelle partie de Tunisie et d’Égypte, impuissance et impossibilité d'une "solution africaine" à la crise étant donné que l'Union africaine est elle-même un club de satrapes du même acabit etc. etc. - après, on peut critiquer certains points de vue idéalistes tels que "renforcer l'Union africaine sur une base populaire" (l'institution en tant que telle peut-elle être autre chose que ce qu'elle est ?) et autres appels à la "mobilisation de la société civile" (blablabla). Il est d'ailleurs étonnant de voir, chez l'auteur (un universitaire progressiste afro-américain), ces raisonnements gauche-bourgeoise côtoyer une terminologie marxiste et même presque maoïstes ("semi-féodal" etc.). La position globale relève de ce courant que l'on a pu entendre à un certain moment ; avant que les "anti-impérialistes" (y compris ceux au pouvoir comme Castro, Chávez etc.) ne prennent fait et cause pour Kadhafi et ne qualifient la révolte de "coup de la CIA" tandis que les dirigeants rebelles se liaient irrémédiablement à l'Occident pour préparer l'intervention ; et qui qui prônait une "prise en charge africaine de la crise". Sauf que l'auteur reconnaît lui-même le caractère utopique de cette option, entre incapacité militaire à l'assumer, craintes des dirigeants pour leurs propres régimes, soumission politique et diplomatique totale vis-à-vis des impérialismes occidentaux et "orientaux" (Russie-Chine) et largesses dont ils ont bénéficié durant des années de la part du régime libyen [quant à Kadhafi, dont aucune "solution pacifique" ne peut faire l'économie de la question du départ, il a fait savoir dès le début que ce n'était pas une option sur la table pour lui]. Il tente alors de résoudre cette contradiction en faisant appel à une "société civile africaine" qui serait capable de "faire pression" sur les gouvernements... Sauf que cela n'a aucun sens : les gouvernements africains sont des gangs oligarchiques mafieux (généralement issus d'une "élite" ethnique) et de simples "gérants" du pillage impérialiste de leurs pays, même si certains (comme l'Afrique du Sud, le Nigéria, le Soudan voire l'Algérie) profitent de leur poids démographique et économique pour "donner un peu plus de voix" dans le concert international sur les questions africaines ; ils sont absolument incapables de la moindre politique indépendante c'est-à-dire d'agir autrement que sur commande (comme le Tchad sur commande de la Françafrique par exemple), que ce soit pour ou contre Kadhafi ; l'auteur rêve en fait d'une Union africaine si puissante et animée d'une éthique si pure... qu'elle pourrait faire ce que même l'ONU - dirigée par les plus grandes puissances planétaires et vieille de plus de 60 ans - ne fait pas, sauf s'il en va de l'intérêt d'une des grandes puissances impérialistes en question (et cela n'a dès lors plus rien à voir avec "arrêter un massacre de civils") ! La réalité est que ces satrapies doivent être balayées par la GUERRE POPULAIRE qui, de pays en pays, donnera naissance à une Afrique libre où il ne sera pas question de "pouvoir intervenir" pour arrêter un massacre, mais tout simplement qu'un régime comme celui de Kadhafi ou un génocide comme celui du Rwanda ne pourront exister !

    Si les Libyens ne sont pas maîtres de leur propre lutte contre Kadhafi, même si ce dernier devait être chassé du pouvoir, le "kadhafisme" continuerait - mais cette fois-ci avec le soutien de l'Occident ; avertit Horace Campbell

    D'après l'article 4 de son Acte constitutif, l'Union africaine (UA) a le droit "d'intervenir dans un État membre, suivant une décision de l'Assemblée, face à des circonstances graves telles que : crimes de guerre, génocide et crimes contre l'humanité".

    Les images des missiles Tomahawk et des bombes pleuvant sur la Libye depuis les avions militaires britanniques, français et US ont rendu inévitable que désormais, beaucoup de gens s'opposent à l'intervention étrangère en Libye. Il y a peu, les mêmes personnes condamnaient les massacres de civils innocents par le régime agonisant de Kadhafi. En apparence, il semble y avoir là une contradiction de s'opposer tant à l'Occident qu'à Kadhafi, mais cette contradiction découle de la réalité qu'il n'y a aucune force populaire démocratique en Afrique capable de monter ce genre d'intervention, et de traduire la lettre de l'article 4 de l'Acte constitutif de l'UA en action. Il n'y a pas de Brigades internationales comme à l'époque de la guerre civile d'Espagne, lorsque les forces antifascistes se mobilisaient internationalement pour combattre Franco. Il n'y a pas de Forces populaires de défense tanzaniennes (TPDF) avec leur tradition de soutien aux luttes de libération, et la capacité d'intervenir pour combattre et renverser Idi Amin qui massacrait les Ougandais. Les nouvelles puissances émergentes telles que la Turquie, la Brésil, la Russie, l'Inde ou la Chine sont très promptes à faire du business en Afrique, mais silencieuses devant les tueries de masse. En bref, le monde entier restait spectateur tandis que Kadhafi qualifiait ses opposants de "cafards", "rats" ou "microbes" et leur promettait des "rivières de sang" - une menace à prendre au sérieux, au vu des forces qui se massaient aux portes de Benghazi.

    Les personnes humainement décentes qui voulaient mettre un terme aux massacres de Kadhafi ont accueilli favorablement la résolution de l'ONU imposant une zone d'exclusion aérienne, en particulier les termes du paragraphe 6 qui impose "une interdiction de vol dans tout l'espace aérien de la Jamahiriya arabe libyenne afin de protéger les vies civiles". Mais la France, la Grande-Bretagne et les États-Unis ont très vite utilisé cette zone d'exclusion aérienne pour s'octroyer un mandat allant bien au-delà de la résolution des Nations Unies, capitalisant notamment sur le flou de la formulation "toutes les mesures nécessaires". Bien que l'UA ait rendue publique une déclaration disant que "la situation en Afrique du Nord exige une action rapide afin de trouver une solution africaine", elle a traîné des pieds et abandonné sa responsabilité d'empêcher un massacre de civils en Libye, justifiant ainsi l'intervention occidentale. Après avoir constitué un comité comprenant la Mauritanie, l'Afrique du Sud, le Mali, le Congo et l'Ouganda, l'UA s'est elle-même marginalisée au moment précis où la clarté était nécessaire pour à la fois s'opposer à l'ingérence occidentale et faire cesser le massacre de ceux que Kadhafi avait qualifié de "rats" et de "microbes". 

    De manière opportuniste, la France et la Grande-Bretagne se sont mobilisées pour prendre la direction de l'intervention, et se sont vues donner le feu vert par la résolution 1973 établissant une zone d'exclusion aérienne en Libye. Dix pays ont voté pour la résolution le 17 mars tandis que cinq (le Brésil, la Chine, l'Inde, l'Allemagne et la Russie) s'abstenaient. Mais le 20 mars, il était déjà clair que le campagne de bombardements des forces impériales allait très au-delà de la lettre et de l'esprit de la résolution de l'ONU, dont le mandat était de protéger les civils. Pour cette raison, y compris des pays qui ont voté pour celle-ci s'opposent maintenant aux bombardements.

    Toutes les personnes progressistes doivent s'opposer à toute forme d'intervention militaire occidentale en Afrique dans cette période révolutionnaire. Dans cette contribution, nous voulons réitérer notre opposition à ces bombardements occidentaux. Le Libyens opposés à Kadhafi doivent garder la direction de ce combat. S'ils ne sont pas maîtres de la lutte et ne clarifient pas en quoi leur politique serait différente de celle de Kadhafi, les choses finiront en "kadhafisme sans Kadhafi" appuyé cette fois-ci par l'Occident. Nous ne pouvons que partager la déclaration de Peter Falk, comme quoi "Kadhafi a trahi depuis longtemps ce qui faisait la légitimité de son régime, créant les conditions d'une mobilisation révolutionnaire". Cette mobilisation révolutionnaire en est toujours à ses balbutiements et les forces impérialistes veulent agir rapidement pour s'assurer que la Révolution libyenne soit confisquée. Les mêmes individus qui ont armé et soutenu Kadhafi ne devraient pas être autorisées à établir une tête-de-pont militaire en Afrique en plein milieu d'une révolution.

    De la Guinée équatoriale à la Côte d'Ivoire et du Swaziland à Djibouti, se fait sentir le besoin croissant d'une force d'intervention africaine sur une base populaire. Il n'y a guère besoin de regarder au-delà de la figure du président en exercice de l'Union, Teodoro Obiang Nguema [satrape néocolonial de Guinée équatoriale NDLR], pour réaliser que la Révolution africaine partie de Tunisie et d’Égypte et secouant maintenant la Libye est une révolution contre l'ensemble des dirigeants actuels de l'UA.

    L'UNION AFRICAINE ET LA RESPONSABILITÉ DE PROTÉGER

    Au cours des 20 dernières années les expériences de violences et de politiques génocidaires, et de bien réels génocides comme au Rwanda, au Burundi et ailleurs en Afrique ont forcé l'UA à se positionner. L'Acte constitutif tel que cité plus haut donne à l'UA l'autorité pour intervenir dans des situations telles qu'actuellement en Libye ou en Côte d'Ivoire. (...) C'est l'action énergique des mouvements progressistes en Afrique qui a poussé l'Union africaine à adopter ce principe de la Responsabilité de Protéger. (...)

    C'est cet alignement des objectifs de l'Acte constitutif avec les principes fondamentaux de la Responsabilité de Protéger qui a influencé certains Africains à soutenir une intervention pour arrêter le massacre de civils dans l'Est de la Libye.

    Il est désormais clair que seul un changement révolutionnaire en Afrique peut donner réalité à l'Acte constitutif de l'UA. Durant une courte période après la chute de l'apartheid, Nelson Mandela a pu blâmer les dirigeants de l'OUA (à l'époque) pour leur principe de "non-interférence dans les affaires internes des États membres". Par la suite, après les expériences du Soudan, de la République démocratique du Congo et de la Côte d'Ivoire, il est devenu plus clair que la direction actuelle en Afrique constituait un obstacle pour combattre les crimes contre l'humanité. Lorsque la direction de l'ANC a embrassé le capitalisme le plus néolibéral et les affaires commerciales avec des dirigeants tels que Robert Mugabe ou Laurent Gbagbo, l'Afrique du Sud a perdu son autorité morale pour galvaniser les forces voulant la paix et la reconstruction en Afrique.

    De la Côte d'Ivoire à la Libye, nous pouvons voir que beaucoup de dirigeants africains "regardent ailleurs" car condamner ces crimes reviendrait à se condamner eux-mêmes, vu que la plupart d'entre eux sont impliqués dans des crimes similaires dans leurs tentatives de se maintenir éternellement au pouvoir et/ou de s'enrichir. Que les chefs d’État de l'UA puissent soutenir la désignation de Teodoro Obiang Nguema comme président de cette organisation en dit long sur combien ces leaders tels que Denis Sassou-Nguesso (Congo), Robert Mugabe (Zimbabwe), Omar el-Béchir (Soudan), Paul Biya (Cameroun), Blaise Compaoré (Burkina Faso), Meles Zenawi (Éthiopie), Ali Bongo (Gabon), Mswati III (Swaziland), Yoweri Museveni (Ouganda), Ismaïl Omar Guelleh (Djibouti) ou Yahya Jammeh (Gambie) ne sont pas sérieux pour traduire la lettre de l'Acte constitutif dans les faits. Tous ces dirigeants règnent sur des sociétés où sont implacablement réprimées toutes aspirations populaires à mettre fin à des décennies d'oppression et de dictature.

    La majorité des actuels dirigeants de l'UA ont, par leur avidité et leur insatiable appétit du pouvoir, désastreusement entravé la capacité de l'Union de s'affirmer de manière effective, que ce soit en Côte d'Ivoire ou en Libye. En dehors des leaders comme Museveni, qui est monté au créneau tardivement et avec une rhétorique incohérente au sujet de la situation en Libye, il y a un autre groupe : celui des leaders qui ont gardé un silence assourdissant sur la question. Au milieu de ces deux catégories, il y a aussi ceux qui se montrent prudents soit parce qu'ils dirigent eux aussi des gouvernements répressifs, soit parce qu'ils ont profité des largesses de Kadhafi dans sa tentative infructueuse de devenir "roi des rois d'Afrique"... soit les deux. Cette quête de pouvoir de Kadhafi en Afrique doit d'ailleurs être dénoncée pour ce qu'elle est : une pensée politique arriérée vouée à imposer la soumission et la répression brutale des peuples africains, tout en prenant des poses "anti-impérialistes". Quand Kadhafi ralliait les Mugabe et les El-Béchir du continent en leur expliquant que les vrais révolutionnaires ne quittent jamais le pouvoir, les authentiques panafricanistes se sont dressés contre cette sombre machination.

    KADHAFI N'EST PAS ANTI-IMPÉRIALISTE.

    Beaucoup de progressistes sympathisent avec Kadhafi, parce que celui-ci se met en scène comme un leader anti-impérialiste qui soutient les combattants de la liberté etc. etc. Malheureusement, un examen attentif de la politique économique et des pratiques culturelles de Kadhafi suffit à montrer que loin d'être un anti-impérialiste, il est bien plutôt une sorte de leader semi-féodal. Kadhafi a utilisé l'argent du Peuple libyen pour mettre le harnais sur les dirigeants tribaux traditionnels et soudoyer les leaders du continent, afin qu'ils appuient ses rêves mégalomanes de "roi des rois d'Afrique". Il avait également imposé son fils comme successeur dans une tradition monarchique, afin de préserver des relations politiques semi-féodales à l'intérieur de la Libye. Au niveau international, tout en étant "anti-impérialiste" en paroles, plus de 150 milliards de dollars de fonds souverains libyens étaient distribués entre New York, Paris, Londres et Genève pour soutenir les activités spéculatives des oligarques financiers internationaux. Dans le même temps, il utilisait des milliards de dollars en faveur des fabricants d'armes occidentaux.

    Dans un précédent article au sujet de Kadhafi, j'avais également évoqué son histoire de politiques néfastes en Afrique, rappelant notamment son soutien à des éléments comme Charles Taylor, Foday Sankoh ou Idi Amin [NDLR des leaders qui outre leur despotisme sanguinaire, se caractérisaient par leur hostilité avant tout aux Anglo-Saxons et leur alignement géopolitique entre URSS - pour Amin Dada, du temps de la Guerre froide... et Françafrique !]. Immanuel Wallerstein, dans sa contribution intitulée "La Libye et la gauche mondiale", a déjà exposé clairement les raisons pour lesquelles Kadhafi ne peut être considéré comme un anti-impérialiste. Il s'adressait directement à Hugo Chávez et d'autres dirigeants et forces de gauche qui organisaient le soutien international à Kadhafi. Les révolutionnaires qui s'opposent à l'impérialisme US en Amérique latine ont besoin d'être mieux informés des conditions sociales réelles dans les sociétés africaines.

    Même alors que les bombes s'abattent sur la Libye, Kadhafi vient de montrer encore une fois ses vrais sentiments envers l'Afrique en menaçant les Européens d'"ouvrir les vannes" d'immigrants africains vers l'Europe. En d'autres termes, il joue sur le racisme et le chauvinisme des Européens vis-à-vis des Africains. Il leur remémore qu'il a signé avec eux un accord faisant de lui le cerbère anti-immigration de l'Europe en Afrique du Nord. Ce n'est pas la première fois que Kadhafi fait des remarques désobligeantes et racistes au sujet des Africains. En 2010, il réclamait quelques 6,3 milliards de dollars à l'Union européenne pour l'aider à prévenir ce qu'il a qualifié d'"émergence d'une Europe noire", en contrôlant l'immigration africaine noire vers le continent. Il parlait alors de celle-ci comme d'un "afflux d'Africains ignorants et affamés", qui doit "déterminer si l'Europe restera un continent uni et avancé ou si elle sera détruite, comme lors des invasions barbares"... D'après le Telegraph, lorsque Kadhafi a fait cette proposition, un membre de Parlement italien, Luigi de Magistris, l'a accusé de maintenir un "camp de concentration" de milliers d'Africains dans le désert. Les progressistes qui voient Kadhafi comme un "anti-impérialiste" devraient être les premiers à demander des investigations pour cela.

    Kadhafi ne peut pas prétendre être un anti-impérialiste après que lui et son fils aient dépensé l'argent du Peuple libyen pour financer l'élection de Sarkozy. La révélation de ce financement a été faite par le propre fils de Kadhafi lui-même, Saif al-Islam.

    Le même Kadhafi qui paradait comme un "anti-impérialiste" et un "panafricaniste" se refusait à éduquer son peuple sur l'essence même de la solidarité panafricaine. Son régime a été impliqué dans la répression des immigrants noirs en Libye. En l'an 2000 des travailleurs venus du Tchad, du Nigéria, du Niger, du Cameroun, du Soudan, du Burkina et du Ghana ont été la cible d'assassinats après que des officiels du régime aient accusé ces immigrants de répandre des maladies et de se livrer au crime et au traffic de drogue. Des récits de travailleurs migrants de ces pays ont révélé que les pratiques d'expulsion de Kadhafi étaient si inhumaines que les déportés étaient parqués comme du bétail dans des avions sans sièges, pour des vols de plusieurs heures vers leurs pays d'origine.

    Les personnes qui écoutent les proclamations "panafricaines" et "anti-impérialistes" de Kadhafi devraient se souvenir que c'est en réponse au racisme de son régime que le Comité des Nations Unies sur l’Élimination des Discriminations raciales a exprimé sa préoccupation vis-à-vis des pratiques libyennes envers les immigrants et les réfugiés de couleur. Ce comité a accusé en 2004 le régime de Kadhafi de violer l'article 6 de la Convention de 1969. Ces accusations affirmaient que Kadhafi n'avait tout simplement mis en place aucun mécanisme pour protéger les individus des actes racistes contre leurs droits humains. Six ans plus tard, Kadhafi persistait et signait avec ses réflexions racistes sur les immigrants africains qui "noirciraient" l'Europe...

    Kadhafi a épousé le racisme et l'esprit de division, et ne peut donc pas avoir conduit une vraie politique de solidarité africaine au cours de ses 42 ans de pouvoir. Dans un esprit de solidarité, nous sympathisons avec les Libyens qui luttent contre son régime ; et dans le même esprit nous appelons ces combattants de la liberté à enseigner à leurs partisans que la Libye est un pays africaine. Ce qui luttent en révolutionnaires pour la liberté et la démocratie ne peuvent pas en même temps s'attaquer aux Africains du sud du Sahara [on sait hélas que de telles attaques ont été nombreuses, dans un esprit de négrophobie au demeurant ancré dans les sociétés arabes traditionnelles - or la société libyenne de Kadhafi était restée très traditionnelle].

    Ce type de manipulation, par Kadhafi, des sentiments anti-impérialistes tout en réprimant les aspirations du peuple n'est pas quelque chose de nouveau. Par le passé, des dirigeants tels que Saddam Hussein en Irak ou Idi Amin Dada en Ouganda se sont présentés eux-mêmes comme des "anti-impérialistes". Aujourd'hui, les oligarques russes acoquinés avec les compagnies pétrolières occidentales se présentent aussi comme anti-impérialistes, sans le prouver par la moindre solidarité centrée sur les peuples. Mahmoud Ahmadinejad en Iran, Robert Mugabe au Zimbabwe sont d'autres exemples encore de leaders répressifs verbalement "anti-impérialistes". Mugabe est tellement nerveux devant le fait que le peuple s'organise pour le changement, que sa police a arrêté des citoyens qui regardaient des vidéos de la révolution en Égypte et les a inculpés de trahison...

    Tout comme les forces pour la paix et la justice sociale que nous sommes se sont fermement opposées à l'invasion et à l'occupation occidentale de l'Irak, nous étions également et tout aussi fermement opposés au régime de Saddam Hussein. Nous disons donc clairement aujourd'hui : nous sommes contre Kadhafi et son régime semi-féodal tout comme nous sommes opposés au bombardements occidentaux.

    La société civile africaine a besoin d'être davantage organisée dans cette époque de révolution et de contre-révolution que nous traversons. Un écrivain kényan a entendu l'appel de cette société civile à être plus active et à s'opposer aux gouvernements en place en Afrique. Onyango Oloo a appelé la société civile africaine à se lever et à exiger des actes des gouvernements : "On organise des marches à New York mais jamais en Afrique. Nous devons nous joindre aux voix mondiales contre l'action militaire. Des civils innocents sont tués et nous devons faire pression sur nos gouvernements". Cette pression sur les gouvernements doit inclure le soutien aux forces qui luttent pour la justice sociale sur tout le continent. Il n'est pas trop tard pour que les progressistes d'Afrique apprennent des leçons positives de l'intervention tanzanienne pour en finir avec Amin Dada, ou de l'appui cubain pour vaincre les armées de l'apartheid en Angola.

    Dans la même perspective, il n'est pas trop tard pour que les organisateurs du soulèvement en Libye mettent en place un front politique clair, capable de bâtir une force interne puissante pour combattre et renverser Kadhafi sans ingérence impériale.

    La résolution de l'ONU autorisant le recours à la force autorisait aussi l'emploi de "tous les moyens nécessaires" pour protéger les civils et les zones qu'ils habitent, à l'exception expresse d'une "occupation militaire étrangère". L'Occident utilise désormais la formule "tous les moyens nécessaires" pour s'arroger le droit d'établir une tête-de-pont militaire en Afrique, alors que la révolution secoue celle-ci et le Moyen Orient.

    L'AFRIQUE EST PLUS QUE DES MINERAIS ET DU PÉTROLE

    Le Brésil, l'Inde, la Chine et la Russie, qui étaient au courant que Kadhafi s'apprêtait à perpétrer un massacre à Benghazi, critiquent maintenant les bombardements de la coalition. Mais ils serait temps pour ces États membres du Conseil de Sécurité de l'ONU d'assumer un rôle plus franc et sans détours contre les dictatures en Afrique. Ces quatre pays ont développé leurs relations commerciales et minières avec l'Afrique ces 10 dernières années, mais sont généralement restés silencieux pour stopper des dirigeants tels que Laurent Gbagbo ou Kadhafi. Le Brésil, en particulier, se présente comme une puissance émergente mais ne semble voir sa puissance que comme une compétition internationale pour vendre des armes aux leaders africains. Pays comptant plus de 80 millions de personnes d'ascendance africaine et président du Conseil de Sécurité, le Brésil a donc failli à coordonner et prendre la tête d'un soutien international pour une solution africaine au massacre en Libye [sauf que ces 80 millions de personnes ne forment pas particulièrement la classe dominante du pays... il est loin le temps où ce type de raisonnement du "sang africain" pouvait pousser Cuba à intervenir positivement dans les deux Congos ou en Angola, à soutenir Amilcar Cabral en Guinée ou encore l'ANC en Afrique du Sud etc. : le Brésil de Dilma Rousseff n'est pas le Cuba révolutionnaire des années 1960 ou encore 70 !]. Pareillement la Chine, l'Inde et la Russie ont condamné les bombardements, mais se sont abstenues au Conseil de Sécurité autorisant dès lors la Grande-Bretagne, la France et les États-Unis à manipuler les Nations Unies pour déclencher une nouvelle guerre. Je partage l'opinion de Peter Falk qui a écrit quelque part que "les États qui se sont abstenus ont agi de manière complètement irresponsable". Ces pays auraient pu soutenir la zone d'exclusion aérienne sans laisser aux États-Unis, à la Grande-Bretagne et à la France le blanc-seing d'insérer les mots "prendre toutes les mesures nécessaires pour assurer le respect de l'interdiction de vol".

    Nous voulons répéter que le Brésil, la Russie, l'Inde et la Chine doivent comprendre que les intérêts et la dignité des peuples africains doivent être placés au-dessus des potentielles réserves de minerais ou de pétrole. Il ne suffit pas rester neutres et de décrier l'intervention occidentale ; ces pays doivent aussi être capables de montrer aux populations que dans des situations telles qu'à Benghazi, il existe quelque chose comme une intervention humanitaire internationale dénuée d'arrière-pensées pour le pétrole, les minerais ou les contrats d'armement. [Là c'est franchement beaucoup demander à des pays impérialistes ou des puissances "émergentes"... La réalité est que ces pays 1°/ n'avaient sans doute pas en Libye les intérêts que l'on imagine (ce n'était pas un pays "aligné" sur la Russie et la Chine comme peut l'être l'Iran par exemple), et n'ont donc pas voulu ouvrir une crise diplomatique majeure pour un Kadhafi clairement identifié comme le premier responsable du problème (un bouffon sanguinaire que la première secousse d'instabilité condamne à la chute), 2°/ tablent certainement, en joueurs d'échecs (ou de go) à long terme, sur le chaos à-peu-près garanti après la chute du régime pour replacer leurs pions lentement mais sûrement, tandis que l'Occident sera occupé à gérer un nouveau "sanctuaire terroriste" à ses portes.]

    Enfin, il est du devoir des citoyens des USA, de France et de Grande-Bretagne de freiner leurs gouvernements qui mettent en place des mesures d'austérité chez eux tout en finançant les bombardements en Libye.

    RENFORCER L'UNION AFRICAINE

    Les Révolutions tunisienne et égyptienne ont changé la donne politique en Afrique. Il n'est pas besoin de répéter ce que nous avons déjà dit au sujet de l'hypocrisie de l'Occident qui intervient en Libye et non au Bahreïn et au Yémen, où des atrocités absolument similaires sont commises. Cette intervention occidentale en Libye serait-elle destinée à implanter des forces militaires sur le sol africain dans le but de faire avorter les Révolutions tunisienne et égyptienne ? À ce stade, les États-Unis cherchent en tout cas à utiliser cette intervention pour faire la promotion de l'AfriCom (Commandement militaire Afrique), c'est-à-dire d'une force de frappe pour le Capital privé US sur le continent. 

    Le Conseil pour la Paix et la Sécurité de l'UA a l'autorité légale pour intervenir en Libye comme en Côte d'Ivoire. Il appartient aux forces progressistes en Afrique de se mobiliser et lutter pour renverser ces dirigeants et gouvernements qui barrent la route à une Union renforcée et centrée sur les masses populaires. La Révolution égyptienne a montré la possibilité pour le peuple de transformer le processus politique africain par leur auto-mobilisation et auto-organisation. Ces formes de mobilisations populaires peuvent être appelées à renforcer l'UA pour une force d'intervention centrée sur les intérêts des peuples, particulièrement alors que l'intervention occidentale a compliqué les luttes en Libye et a ouvert de nouvelles possibilités de contre-révolution lourdes de conséquences pour le vent révolutionnaire soufflant sur l'Afrique et le Proche/Moyen-Orient.

    Comme le fait remarquer un commentateur du journal britannique The Guardian : "Le fragile consensus en faveur d'une intervention obtenu la semaine dernière, lorsque le Conseil de Sécurité de l'ONU a approuvé 'toutes les mesures nécessaires' pour protéger les civils libyens contre les forces de Mouammar Kadhafi, a volé en éclat dans le sillage des massives frappes terrestres et aériennes US, françaises et britanniques. Ces frappes ont été largement vues, au niveau international, comme disproportionnées, peu soucieuses des vies civiles et allant bien au-delà de ce qui avait été convenu pour imposer une zone d'exclusion aérienne défensive".

    Les actuels bombardements sur l'Afrique du Nord ont une nouvelle fois alerté les progressistes sur la dure loi des conséquences imprévues. Les révolutionnaires doivent se coordonner internationalement pour que la contre-révolution ne soit pas le résultat de l'actuel opportunisme des puissances impérialistes.


    Ce qui a merdé en Libye...


    ... et fait d'une révolte populaire l'armée supplétive d'une guerre inter-impérialiste.

    Ce qui s'est passé en Libye n'a pas à être considéré négativement : cela permet au contraire d'apporter de riches enseignements à tous les mouvements populaires arabes en cours et à venir.

    Ce qui a manqué en Libye est évident pour tout marxiste, et SLP l'a déjà expliqué plusieurs fois : c'est une DIRECTION RÉVOLUTIONNAIRE armée d'une véritable théorie révolutionnaire, fut-elle pas exactement MLM. En réalité, il n'y avait pas de direction du tout, même sur un programme nationaliste et/ou démocratique !

    Il y a eu au départ, inspirée par les exemples tunisien et égyptiens, une mobilisation démocratique petite-bourgeoise "facebookienne" de la jeunesse éduquée (la Libye a un assez haut niveau d'éducation de la jeunesse). Celle-ci a été rapidement rejointe par une mobilisation des masses populaires contre la hogra, ce mélange de corruption, d'arbitraire des élites et d'absence d'avenir, qui n'est pas spécifiquement liée à la misère (la Libye a le plus haut niveau de vie de la région, la Tunisie n'étant d'ailleurs pas spécialement déshéritée non plus), et contre la discrimination des régions réputées hostiles au clan dirigeant. Kadhafi ayant fait, échaudé par la chute de ses deux voisins, le pari de la répression brutale, le mouvement a rapidement fait tâche d'huile.

    Mais voilà : toujours pas de direction, sinon des "comités insurrectionnels" dans les localités où les forces du régime avaient rapidement été débordées. Et surtout, toujours pas de théorie révolutionnaire, en réalité même pas de programme clair.

    La vérité, c'est qu'on ne fait pas la révolution avec des réseaux sociaux, même si ceux-ci peuvent être un appui. Mélange de blanquisme (pour le côté "coup de force", "le pouvoir va tomber tout seul") et de proudhonisme (pour le côté "horizontaliste", "réseau" sans direction), la "révolution facebook" est un concept qui partout dans les pays arabes, à d'ores et déjà montré ses limites.

    Les insurgés se sont rapidement procurés des armes, qui circulent largement dans ce pays de tradition bédouine. Mais aucune idéologie, aucun état-major centralisé ne commandait aux fusils...

    La jeunesse populaire a alors vu venir à elle TOUT UN ENSEMBLE de dirigeants tribaux, d'officiers de l'armée et de politiciens nationaux ou locaux, sentant le vent tourner ou ayant des comptes (plus ou moins vieux) à régler avec la famille Kadhafi ; et qui en ont pris la tête. Ces gens étaient les représentants du système TRIBAL, qui en Libye, est l'armature de l'État. Autrement dit, la révolte s'est pratiquement d'entrée de jeu placée sous la direction d'une fraction de la CLASSE DOMINANTE libyenne, contre celle restée fidèle au "Guide"...

    Que pouvait-il alors se passer ? La réponse est une question : à quoi ces gens doivent-ils leur position un tantinet privilégiée ? Réponse : ils la doivent à leur position d'intermédiaires locaux des monopoles impérialistes.

    Entendons nous bien : ce ne sont pas des bourgeois nationaux. Il n'y a pratiquement pas de bourgeoisie nationale en Libye, qui en 1969, était un pays désertique peuplé de tribus d'éleveurs bédouins, aux villes et aux souk de taille réduite. La bourgeoisie nationale qu'il y a est plutôt d'idéologie national-islamique de type Frères Musulmans, tandis que les intellectuels se répartissent sur un spectre politique "à l'occidentale" allant de la monarchie parlementaire au marxisme : ces classes ont généralement participé au soulèvement, mais ne l'ont pas dirigé.
    La classe dominante en Libye est donc cette aristocratie tribale, qui est devenue la gestionnaire des ressources hydrocarbures du pays. Elle doit son opulence, basée sur la rente pétro-gazière, uniquement à son rôle d'intermédiaire. Elle ne peut exister autrement.

    Les nouveaux dirigeants proclamés de la "révolution" se sont donc cherchés des maîtres impérialistes à servir. Un pétrolier est d'abord parti de Cyrénaïque insurgée vers la Chine... Puis les USA et l'impérialisme britannique se sont imposés comme une évidence, contrôlant chacun moins de 5% de pétrole libyen. Enfin, après beaucoup d'hésitations et de propos contradictoires, la fraction la plus atlantiste de l'impérialisme BBR, représentée par Sarkozy, s'est ralliée à la "croisade" et en a même pris la tête. L'impérialisme tricolore était "moyen-plussement" placé dans le pays depuis les années 1990, après les frictions des années 1980 ; sans doute TOTAL et consorts ont-ils pensé pouvoir rafler quelques parts de gâteau supplémentaires, cela dit, quand on voit la position des fascistes, il est évident que les monopoles BBR ne sont pas unis sur le dossier.

    Sous direction réactionnaire, l'insurrection a inévitablement - par les lois de la dialectique ! - dérivé dans la réaction : vengeance minable contre de pauvres bougres de milices kadhafistes capturés, pogroms de migrant-e-s africain-e-s accusés d'être des "suppôts du régime", etc. Le drapeau senoussi de l'insurrection, choisi pour montrer le rejet du drapeau vert de l'escroquerie "socialiste" kadhafiste, est redevenu ce qu'il était à l'origine : le drapeau de la monarchie du roi Idriss, celui des aristocraties tribales évincées par les Kadhafa en 1969 et/ou malmenées depuis.

    La révolte populaire est devenue l'armée supplétive d'un guerre impérialiste franco-anglo-US pour évincer leurs concurrents impérialistes qui tenaient le pays : Italiens, Allemands, Autrichiens, Russes, ainsi que ceux vers qui s'était tourné un Kadhafi "trahi" : la Chine et les compagnies pétrolières du Brésil et d'Inde (qui ne sont pas, toutefois, encore des pays impérialistes, mais qui comptent déjà des monopoles). Sarkozy et BHL, Obama et Cameron sont les nouveaux Lawrence d'Arabie, les nouveaux Allenby et Gouraud, les nouveaux Sykes et Picot : il n'y a pas plus de "libération" et d'"humanitaire" dans cette guerre que dans la "libération" du Machrek de la domination ottomane en 1918 (domination derrière laquelle il y avait, déjà, les impérialismes allemand et autrichien !). Pour comprendre cela, il n'y a pas besoin d'être un génie : juste d'avoir un peu étudié l'Histoire...

    Voilà où l'on en est. C'est donc une grande leçon à retenir pour toutes les masses exploitées arabes en lutte : il n'y a pas de conquête du pouvoir sans direction et pas de direction sans théorie, sans même un véritable programme immédiat (qui pourrait débuter une Révolution de Février 1917 !). Car finalement, mis à part qu'il aura fallu des frappes aériennes (et leurs "dommages collatéraux") pour venir à bout de Kadhafi et de son armée privée, il ne s'est pas passé grand chose de différent qu'en Tunisie et en Égypte. En Égypte, l'impérialisme US a fait sauter le fusible Moubarak et remis le pouvoir à l'Armée... pilier de l'État depuis sa fondation par Mehmet Ali et puisant son origine dans le règne des Mamelouks (maîtres du pays du 13e au 19e siècle). En Tunisie, où pourtant les syndicats de base et des organisations politiques marxistes ont joué un certain rôle d'encadrement, Ben Ali est parti sur injonction des ambassades US et BBR, et c'est toujours la même oligarchie, les mêmes bureaucrates et les mêmes compradores qui tiennent le pays (même si là, les masses exploitées ne se laissent pas faire !).

    Et il n'y a PAS de révolution sous la direction d'une fraction, même minoritaire, de la classe dominante : en Libye sous la direction des clans dirigeants des différentes tribus ; en Égypte (née comme État mamelouk) sous la direction d'une Armée qui, dans un immense élan de générosité, aurait refusé de tirer sur le Peuple... En réalité, il ne peut y avoir de révolution arabe sans balayer ces féodalités (tribalismes, castes militaires) qui dominent encore, dans une large mesure, l'aspect capitaliste bureaucratique-compradore de ces différents pays (comme les forces féodales "encadraient" le capitalisme français naissant de l'Ancien Régime).

    Mais un pas a été accompli dans la conscience révolutionnaire des masses opprimées, un pas que tout communiste révolutionnaire marxiste doit savoir reconnaître à sa juste valeur, en comprenant bien la révolution démocratique arabe comme un processus extrêmement prolongé.

    Pour autant, il n'est toujours pas question de qualifier la base populaire de la révolte libyenne de mouvement réactionnaire. Pour certains, ce n'est rien là que d'habituel : pour eux il y a d'un côté "l'Empire" et de l'autre "ceux qui résistent" et sont victimes de "complots impérialistes" ; une vision du monde qui se trouve parfois à la tête d'États (comme au Venezuela) et qui est totalement dépassée à l'époque de la nouvelle vague révolutionnaire mondiale. Mais il y a plus grave. Il y a ceux pour qui, disons le clairement, sans Parti communiste ("marxiste révolutionnaire", "ouvrier", ML ou MLM), les prolétaires et les masses exploitées n'ont pas le droit à la révolte. C'est là une négation pure et simple des principes communistes élémentaires, énoncés par Mao Zedong : "là où il y a oppression, il y a résistance", "on a raison de se révolter" ; c'est à dire, tout simplement, la lutte de classe comme moteur de l'histoire, car par "on" Mao entend bien sûr les classes exploitées, et par "oppression" l'oppression des exploiteurs, des détenteurs des moyens de production.

    C'est tout simplement la négation de ce qu'est d'être communiste*. Soyons clairs : être marxiste c'est être scientifique. C'est considérer qu'il faut une théorie scientifique pour guider l'avant-garde du prolétariat, guidant elle-même les masses prolétaires et populaires exploitées vers la conquête du pouvoir. Mais pour être marxiste il ne suffit pas d'être scientifique : il faut déjà être COMMUNISTE. C'est un cercle plus large, qui comprend des libertaires, des utopistes, des idéalistes, parfois religieux comme Camilo Torres... Être communiste, cela pourrait se résumer à cette phrase du "Che" Guevara : "Surtout, soyez toujours capables de ressentir au plus profond de votre coeur n'importe quelle injustice commise contre n'importe qui, où que ce soit dans le monde. C'est la plus belle qualité d'un révolutionnaire"
    C'est quelque chose qui vient des tripes ; dont le fasciste pseudo-"marxiste" Alain Soral a pu dire que "ce qui sort, en général, c'est de la merde", belle preuve de sa nature 100% réactionnaire...

    C'est seulement à partir de là que l'on peut commencer à être scientifique, donc marxiste. Sans cela, on N'EST PAS, on ne PEUT PAS ÊTRE un communiste.  Et tout marxisme, tout marxisme-léninisme ou maoïsme n'est alors QU'INTELLECTUALISME PHRASEUR ou DOGMATISME scolaire, livresque et généralement aigri. À bon entendeur...


    article libye20


    [* Par exemple, comment peut-on se dire communiste en écrivant que "évidemment le régime de Kadhafi est sanglant, tentant de préserver son existence face à un soulèvement (...) (mais) il est dans la nature de tout État de réprimer un soulèvement armé contre lui (!!!). Un État est par définition le monopole de la violence " ????? Oui, d'un point de vue strictement objectif, récitation de classiques, c'est vrai : l’État est l'instrument de domination d'une classe, qui détient le monopole de la violence légale. Mais où est la capacité de révolte, d'insurrection dans ces propos ? Marx, Lénine, Mao ne disaient pas cela de manière froide et détachée, "la nature de l’État est de réprimer...", mais avec la révolte aux tripes : "la nature de l’État est de réprimer, d'assurer la domination d'une classe sur les autres, c'est pourquoi il faut renverser l’État des dominants et le remplacer par l’État des exploité-e-s" ; voilà ce que disaient les grands révolutionnaires !]


    Tant qu'à nous être abondamment faits traiter, sur ce dossier, de trotskystes ; autant partager cet article... du NPA, qui reprend globalement dans les grandes lignes l'ensemble des analyses que nous faisons nôtres sur ce qu'il s'est passé :


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  • Parce que l’on a entendu, au cours de notre vie militante, tout et n’importe quoi sur la question au sein de la "gauche révolutionnaire" (aussi bien communiste ML et MLM, que trotskyste ou libertaire) ; il a semblé nécessaire à Servir Le Peuple de mener une réflexion poussée sur la question nationale et les luttes de libération. Une réflexion qui conduit à revenir aux bases du marxisme, principalement les bases léninistes (et par suite, maoïstes) ; mais aussi, dans une large mesure, à repenser la problématique au regard des développements intervenus depuis les années 1920 où est mort Vladimir Illitch.

    Lénine a été le premier, avec l’appui de Staline (Le Marxisme et la Question nationale), à mettre en avant clairement la question du droit à l’autodétermination pour les nations dominées, privées d’État ou en tout cas de véritable indépendance (protectorats, semi-colonies etc.). Déjà, bien que tardivement, Marx et Engels avaient évolué sur la question après des débuts (années 1840-1850) plutôt hostiles [1] : reconnaissance par Marx (1867) de la nécessité de l’indépendance (éventuellement avec ‘fédération’ par la suite) de l’Irlande, « secret de l’impuissance de la classe ouvrière anglaise » ; reconnaissance par Engels de la nécessité de l’indépendance de la Pologne, sans laquelle « il est impossible de parler sérieusement de la moindre question interne, tant que l’indépendance nationale fait défaut » etc. etc. (lire ici : www.contretemps.eu/katz-marx-peripherie/).

    Mais voilà : de même qu’il ressort (déjà) des propos de Marx et Engels, la résolution des questions nationales était pour Lénine une tâche toute tactique, secondaire, une nécessité pour la classe ouvrière révolutionnaire afin de se gagner des alliés et d’affaiblir ses ennemis, les États impérialistes (France, Angleterre…) comme les grands Empires semi-capitalistes semi-féodaux (Autriche-Hongrie, Russie, Empire ottoman). Quelque chose qu’il « faut » que les révolutionnaires marxistes fassent, mais presque à contrecœur, et toujours avec méfiance :

    « Le principe de la nationalité est historiquement inéluctable dans la société bourgeoise, et, compte tenu de cette société, le marxiste reconnaît pleinement la légitimité historique des mouvements nationaux. Mais, pour que cette reconnaissance ne tourne pas à l'apologie du nationalisme, elle doit se borner très strictement à ce qu'il y a progressif dans ces mouvements, afin que cette reconnaissance ne conduise pas à obscurcir la conscience prolétarienne par l'idéologie bourgeoise.

    Le réveil des masses sortant de la torpeur féodale est progressif, de même que leur lutte contre toute oppression pour la souveraineté du peuple, pour la souveraineté de la nation. De là, le devoir absolu pour le marxiste de défendre le démocratisme le plus résolu et le plus conséquent, dans tous les aspects du problème national. C'est là une tâche surtout négative. Le prolétariat ne peut aller au-delà quant au soutien du nationalisme, car plus loin commence l'activité « positive » de la bourgeoisie qui vise à renforcer le nationalisme.

    Secouer tout joug féodal, toute oppression des nations, tous les privilèges pour une des nations ou pour une des langues, c'est le devoir absolu du prolétariat en tant que force démocratique, l'intérêt absolu de la lutte de classe prolétarienne, laquelle est obscurcie et retardée par les querelles nationales ». ("Notes critiques sur la question nationale" - Sur l'autonomie nationale culturelle - 1913)

    Une conception, finalement, que l'on peut qualifier d'UTILITARISTE*...

    [À noter toutefois que ce texte cité ici, voué avant tout à attaquer le Bund et les austro-marxistes pro-menchéviks, date de 1913. Trois ans plus tard, la vision de Lénine avait très nettement évolué dans un sens plus "fondamentaliste"* (voir les luttes de libération des peuples comme fondamentales pour la révolution planétaire) : lenine-droit-peuples-autodetermination. Évidemment, cette chronologie est ce que dans la malhonnêteté intellectuelle qui les caractérise, ceux qui se plaisent à nous opposer le texte de 1913 "oublient" systématiquement de rappeler !]

    [* -  Thèse "utilitariste" : les luttes des Peuples opprimés sont "utiles" aux travailleurs des Centres de la domination dans leur lutte contre leurs exploiteurs... et soutenues par eux pour autant qu'elles sont ainsi jugées "utiles", mais en perdant de vue que ces travailleurs constituent eux-mêmes un groupe social dominant et privilégié ("construit" dans le privilège sur le dos des opprimés) qui risque donc de "plier" sa conception de l'utilité/intérêt pour lui de ces luttes à la défense de cette position sociale.

    - Thèse "fondamentaliste" : les luttes des Peuples opprimés, selon l'agenda d'eux-mêmes, sont FONDAMENTALES pour "de proche en proche", "en cercles concentriques" (gagnant peu à peu les Peuples "moins" dominés), encercler et ÉTRANGLER les Centres du Pouvoir et enfin les abattre.

    Chez Lénine, on peut estimer qu'il y a un "saut qualitatif" de l'"utilitarisme" vers le "fondamentalisme" entre les "Notes critiques sur la question nationale" (1913) et "La révolution socialiste et le droit des nations à disposer d'elles-mêmes" (1916).]

    Lénine restait un révolutionnaire de formation anti-monarchique jacobine ("Jacobins russes" de la fin du 19e siècle), un admirateur de la Révolution bourgeoise française dans sa phase Montagnarde (1793-94), et un continuateur fidèle de Marx et Engels qui étaient eux-mêmes des hommes des Lumières, du culte du Progrès et de la Civilisation, au matérialisme historique linéaire, voyant dans les États bourgeois modernes un « progrès » sur le morcellement « féodal » des Peuples, un « tremplin » vers la République socialiste universelle des travailleurs… Engels pouvait ainsi écrire vers 1848-49 que les Basques, les Corses et autres Slaves d’Autriche-Hongrie étaient des "peuples-ruines" (ou "déchets de peuples") entravant la marche du Progrès bourgeois (Volkenruinen en allemand ; restes de nations piétinées impitoyablement par la marche de l’histoire selon l'une des traductions disponibles) ; ou se réjouir de la conquête française de l’Algérie et de celle de la moitié nord du Mexique par les États-Unis (ce qui "brisait" selon lui "l’arriération" féodale de ces pays) ; ou encore dire des choses très justes... mais aussi très fausses ("soutien principal du féodalisme et (...) force de la contre-révolution en France") sur l'Occitanie ('nationalité du Sud de la France') [BIEN SÛR tous ces éléments sont absolument secondaires par rapport à l’apport historique de ces grands révolutionnaires à la cause du prolétariat, que l’on se comprenne bien ! Et cela n'a d'ailleurs pas exclu que leur opinion évolue notablement par la suite (voire note 1 en bas de page)]. 

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    Congrès des Peuples d'Orient, Bakou, 1920 

    Dans la même veine, Lénine voyait les cultures et les revendications nationales comme des vestiges du passé, avec lesquels il fallait composer, mais qui s’effaceraient devant le Progrès, qui se fondraient dans « une unité suprême qui se développe sous nos yeux avec chaque nouvelle verste (~ 1 km, Ndlr) de chemin de fer, chaque nouveau trust international, chaque association ouvrière (internationale par son activité économique et aussi par ses idées, ses aspirations) »…

    Mais depuis, l’Histoire a poursuivi son cours. Et que s’est-il passé depuis la maladie et la mort du grand révolutionnaire (1922-24) ?

    Nous n’en sommes plus aux verstes de chemin de fer, mais à l’avion qui fait Paris-Pékin en 12 heures, tandis que le train relie Paris à Madrid en une demi-journée… Les trusts internationaux sont pléthore, implantés chacun dans des dizaines de pays. La chaîne de production d’un bien comme une voiture se déroule de l’Inde à la France en passant par le Brésil et la Roumanie… Les grands monopoles capitalistes en Europe ont mis leurs intérêts en commun dans l’UE. Les classes laborieuses d’Europe de l’Ouest sont composées de travailleurs des 5 continents.

    Et pourtant, les luttes et les revendications démocratiques nationales ont connu un essor sans précédent. Ces luttes et ces revendications démocratiques ont largement rejoint le camp progressiste et même, le camp de la révolution mondiale (même s’il a existé – nationalistes bretons et flamands pro-nazis, corses pro-Mussolini – et existe encore – Jeune Bretagne, Alsace d’Abord, Vlaams Belang – des courants réactionnaires).  

    Il y a eu, bien sûr, les mouvements de décolonisation. Lénine soutenait sans réserve la libération des colonies et des semi-colonies, suivant deux idées directrices :

    1. Favoriser chez ces Peuples la « marche du Progrès », par des révolutions bourgeoises balayant les arriérations féodales, tribales-patriarcales, cléricales etc.

    2. Affaiblir les puissances impérialistes, en les privant de leur base d’accumulation mondiale, favorisant dans ces pays la révolution ouvrière.

    Son soutien était donc, là encore, largement tactique et favorable aux nationalistes bourgeois les plus progressistes, mais bourgeois. Les communistes devaient les soutenir, en défendant les intérêts spécifiques du prolétariat [assez édifiant, à ce sujet, est le discours de Zinoviev au Congrès de Halle (octobre 1920)]. MAIS, par la suite, les masses populaires des colonies et semi-colonies ont montré leur aptitude à mener des révolutions démocratiques très avancées (comme à Cuba) et même des révolutions populaires-démocratiques, de Nouvelle démocratie, sous direction communiste, en marche ininterrompue vers le socialisme : en Chine, au Vietnam, en Albanie (qui après sa séparation de l’Empire ottoman, était devenue une semi-colonie italienne).  

    euskal herria drapeaurougeMais il y a eu aussi, et il y a encore, de grandes luttes de libération en Europe, ou encore en Amérique du Nord (Québec, Natives, minorités afro-américaine et latino), au contenu progressiste et même révolutionnaire : de James Connolly en Irlande, affirmant que sans libération sociale l’indépendance ne vaudrait rien [2], aux socialistes abertzale de l’Action Nationaliste Basque et au PNV (pourtant d’origine conservatrice), soutenant la République espagnole aux côtés des communistes et des anarchistes, ou encore aux autonomistes de gauche catalans de la Generalitat ; des indépendantistes socialisants qui fondèrent Euskadi ta Askatasuna (ETA) en 1959 contre le régime franquiste (adoptant officiellement le marxisme révolutionnaire en 1965), aux républicains irlandais du Provo Sinn Fein et aux républicains socialistes de l’IRSP ; et aujourd’hui, des milliers de communistes abertzale basques (comme EHAK, EHK, Kimetz et d’autres) aux républicains socialistes irlandais du Republican Sinn Fein ou du 32CSM, ou à la gauche radicale indépendantiste bretonne ou corse, flnc.jpgcatalane ou sarde. 

    Quelle a été l’apogée de ces luttes ? Ce furent les années 1960-70 (depuis, les tendances réformistes social-démocrates, ou réactionnaires de droite ont regagné du terrain)… C'est-à-dire, pas les années 1980-2000 de décomposition, de désagrégation et de recul général du mouvement révolutionnaire mondial ; mais au contraire l’époque de son apogée : une URSS déjà révisionniste mais encore prestigieuse et puissante, la Révolution chinoise à son sommet avec la Grande Révolution culturelle, la Guerre populaire au Vietnam, la révolution cubaine et ses répercussions dans les Amériques et en Afrique… « Le fond de l’air était rouge », et toutes ces luttes étaient parfaitement dans le sens de l’Histoire. Il ne s’agit donc pas de mouvements "réactionnaires" ou "décomposés petits-bourgeois", qui se seraient introduits dans la brèche laissée ouverte par un mouvement communiste flétrissant… Black Panthers Party - New Afrika Unite !

    Mais bien, au contraire, de luttes populaires, démocratiques, progressistes, anticapitalistes, antifascistes, internationalistes ; auxquelles s’ajoute souvent, aujourd’hui, l’aspect écologique. Sous les couleurs nationales (à côté du drapeau rouge ou noir) de ces « peuples-ruines » que Marx, Engels, et dans une large mesure Lénine, voyaient disparaître de l’Histoire par la marche continue du Progrès… Ainsi en Occitanie y avait-il l'organisation Lutte occitane, plutôt marxiste, qui deviendra en 1974 un collectif dont le nom-slogan (Volem viure al Païs !) est resté célèbre, la Fédération anarchiste-communiste d'Occitanie (FACO) plutôt libertaire et puis... les nazillons de Pòble d'Òc (dont un certain Richard Roudier, aujourd'hui leader languedocien des Identitaires et de la "Ligue du Midi"), obligés par les circonstances de se faire passer pour des "gauchistes" "libertaires", "autogestionnaires" et "tiers-mondistes"... au point que certains finiront par le devenir réellement ! 

    Comment expliquer cela ? 

    C’est simple, mais il faut d’abord tordre le cou à un mythe bourgeois, qui a largement contaminé le mouvement communiste. Les États modernes, avec leurs « Peuples en lutte », ne sont pas les produits des révolutions bourgeoises pour la plupart d’entre eux.

    Ils sont des produits des monarchies absolues, autrement dit, de la concentration ultime du pouvoir féodal entre les mains de quelques grandes familles régnantes (par les guerres, mariages, donations, ventes…).  

    La France était pratiquement dans ses frontières actuelles au moment de la révolution bourgeoise de 1789, seuls la Savoie, Nice et le Vaucluse ont été rattachés ensuite. L’Espagne est dans ses frontières actuelles depuis le 17e siècle. L’Angleterre dominait déjà toutes les îles britanniques (Écosse, Irlande, Galles, Man) à cette même époque, sous les Stuart (dynastie d’origine écossaise).

    Sous les monarchies absolues, le capitalisme a commencé à se développer, et la bourgeoisie avec. Mais celle-ci avait souvent sa « fraction dirigeante » (la plus puissante économiquement, politiquement et culturellement) au « centre » de ces États royaux, le centre autour duquel ils s’étaient développés. Ce centre s’est trouvé à la direction des révolutions bourgeoises. En France, c’est la bourgeoisie de la moitié Nord, surtout de la région parisienne, qui a dirigé et ‘centralisé’ la Révolution de 1789, et celles de 1830 et 1848 encore plus [3]. Cette bourgeoisie dirigeante a maintenu sous sa domination, et/ou dans l’arriération (déjà engendrée par la centralisation monarchique), le développement capitaliste des autres régions, au détriment de leur bourgeoisie comme des masses populaires.

    En Grande-Bretagne, la révolution bourgeoise s’est faite tôt (17e siècle) et en alliance avec l’aristocratie, déjà « convertie » au capitalisme agricole. Celle-ci, fournisseuse en matières premières (laine, bois, alimentation, charbon) de la bourgeoisie dont le QG était à Londres, a maintenu les campagnes et notamment les terres celtiques (Écosse-Irlande-Galles) dans une banderatricolorcomunistarriération et une exploitation brutale. En Espagne, le processus révolutionnaire bourgeois s’est déroulé de 1833 à 1876, tardivement, et donc inachevé (laissant de grandes prérogatives à l’aristocratie terrienne et au clergé). Il a été largement dirigé, politiquement et culturellement, par la bourgeoisie (et l’aristocratie « libérale ») castillane de Madrid (et ses appendices de Séville, Cadix etc.), mais celle-ci s’est aussi appuyée sur les puissantes bourgeoisies basque de Bilbao (contre les carlistes), catalane de Barcelone, asturienne (Oviedo-Gijón) et cantabrique (Santander), etc. C’est le « pacte espagnol » des bourgeoisies, renouvelé pour la dernière fois en 1975-78 (en incluant les « nationalistes » basques du PNV, catalans de la CiU etc.), après la centralisation castillane autoritaire de Franco (justifiée par la lutte contre-révolutionnaire).  

    L’Unité de l’Italie, elle, est le produit d’une révolution bourgeoise. Mais une révolution bourgeoise « incomplète », menée totalement par et pour la bourgeoisie du Nord (Turin, Milan, Gênes), en alliance avec l’aristocratie ‘libérale’ du Nord (la famille de Savoie à sa tête) et en compromis avec l’aristocratie terrienne du Sud et l’Église catholique. L’Unité s’est faite en maintenant le Sud et les autres régions arriérées (Alpes, Sardaigne etc.) dans l’arriération et la semi-féodalité, et dans une exploitation féroce - Gramsci analysera brillamment cette « question méridionale » et se positionnera personnellement en faveur d'un État socialiste ouvrier-paysan de type fédéral. Cependant, les questions nationales en Italie ne sont pas extrêmement conflictuelles, sauf peut-être en Sardaigne (qui est, elle, une annexion féodale du Piémont, par traité, au 18e siècle !). Les revendications du Val d’Aoste, des Vallées occitanes ou du Sud-Tyrol restent relativement pacifiques ; la Ligue du Nord est un mouvement 100% bourgeois et fasciste, sur une revendication nationale totalement imaginaire, en réalité une simple revendication de « riches qui ne veulent plus financer les pauvres bons-à-rien du Sud (et immigrés) ». Car, d'un point de vue économique, la plaine du Pô est le centre capitaliste en Italie, même si la capitale administrative est à Rome.

    L’Allemagne est aussi le produit d’une révolution bourgeoise (en compromis avec les classes féodales modernistes), mais elle s’est faite sur une base strictement nationale allemande (non sans grandes spécificités régionales toutefois : Bavière, Rhénanie etc.) et, depuis la perte des territoires de l’Est en 1945, il n’y a plus de minorités en Allemagne (sauf quelques Sorabes slaves en Lusace dans l’ex-RDA, quelques Danois près de la frontière avec ce pays, quelques Frisons près des Pays-Bas et bien sûr des Rroms sinté).

    La Belgique est un cas particulier. Elle est issue d’une révolution nationale bourgeoise : les « Pays-Bas autrichiens », premier pays à suivre la Révolution bourgeoise française de 1789, avaient été rattachés par le Congrès réactionnaire de Vienne (1815) à la Hollande dans un royaume des Pays-Bas. En 1830-31, un soulèvement bourgeois et populaire imposa l’indépendance. Il y avait aussi un aspect national-religieux, catholique contre la Hollande protestante. Mais surtout, le nouvel État est né d’un Congrès des Puissances où la France et l’Angleterre « libérales » imposèrent l’indépendance aux Hollandais et aux puissances réactionnaires (Prusse, Russie et Autriche). L’Angleterre, notamment, avait ainsi un petit État ami sur la côte juste en face d’elle (intérêt stratégique). La France avait un État tampon sur sa frontière Nord (la seule sans montagnes ni fleuve). Pour autant, la Belgique regroupait deux nations : les Flamands et les Wallons (Bruxelles, flamande à la base, s’est « francophonisée » par la suite, en tant que capitale). Depuis, les deux bourgeoisies s’entendent comme chien et chat et mobilisent les masses derrière elles dans leur guerre larvée : ouvriers « de gauche » wallons livrés à la mafia PS contre paysans et « honnêtes travailleurs » flamands, catholiques et conservateurs.

    La Suisse est née d’un processus révolutionnaire paysan-libre (les cantons fondateurs) puis bourgeois (les Républiques oligarchiques de Genève, Vaud, Berne, Zürich…) contre l’Empire germanique ; processus débouchant sur la révolution libérale de 1830-48. Elle fait en réalité partie comme le Luxembourg, le Liechtenstein (son petit voisin), Monaco, Andorre ou encore Saint-Marin de ce que l'on peut qualifier de vestiges étatiques pré-modernes : de petits États qui ont été préservés de l'anéantissement (qui n'en a pas moins traversé l'esprit de plus d'un dirigeant de leurs grands voisins !) pour être en quelque sorte "neutralisés" et transformés en conservatoires de capitaux, fonction indispensable au capitalisme.

    26 cantons extrêmement autonomes et 4 langues y cohabitent dans une relative harmonie, et un certain chacun pour soi… La seule lutte nationale ayant eu lieu a été celle des francophones du Jura, pour la séparation du canton de Berne alémanique. Cette lutte se poursuit, pour le rattachement de quelques communes restées bernoises ; mais jamais il n’a été question d’indépendance. La Ligue des Tessinois, sur le modèle de la Ligue du Nord italienne, est un mouvement fascisant qui ne vise qu’à défendre les intérêts de la petite et moyenne bourgeoisie italophone au niveau fédéral. Elle sert de force d’appoint à l’extrême-droite pan-helvétique (UDC etc.).  

    Les États-Unis mériteraient une dissertation à eux tous seuls : on dira simplement qu’ils se sont créés par une révolution bourgeoise ‘séparatiste’ (d’avec l’Angleterre) mais surtout par la conquête (de l’Ouest ‘sauvage’, d’une grande partie du Mexique), le génocide massif des Peuples originels et l’esclavage agricole des Africains déportés dans le Sud. C’est un État bourgeois moderne né dans une colonie, comme projet colonial. L’impérialisme US s’exerce non seulement à travers le monde, mais aussi sur son propre territoire « national ». Le même constat peut s’appliquer au Canada ou à l’Australie. 

    Tous les autres pays d’Europe sont des « États nations » au sens strict, correspondant à une nationalité : Pays-Bas, Portugal, pays scandinaves (avec la minorité lapone, tout de même), le petit Luxembourg bien sûr, etc. 

    Les révolutions bourgeoises, donc, ont été dirigées par la bourgeoisie la plus avancée (économiquement, politiquement, culturellement) de chaque pays à l’époque, généralement celle du « centre » politique-économique de l’État monarchique. En France, le bassin parisien et globalement le tiers Nord. En Grande-Bretagne, la région de Londres et le Sud de l’Angleterre. En Espagne, Madrid, alliée à Bilbao et Barcelone (les contradictions éclatèrent rapidement entre ces centres). En Allemagne, c’étaient la Rhénanie et la Westphalie, alors prussiennes : ce fut donc la Prusse qui guida le processus unitaire. En Italie, ce fut l’État le plus avancé dans le développement capitaliste : le Piémont, avec également une forte agitation unitaire en Lombardie (Milan). 

    400px-SpeakFrenchBeClean.jpgCette bourgeoisie « centrale » a ensuite « plié » le développement capitaliste de ces pays à ses intérêts, laissant de grands territoires dans l’arriération, la misère et l’exploitation sans pitié… Les États capitalistes reposent fondamentalement sur une contradiction Centre-Périphérie : un Centre où se concentrent le pouvoir économique, politique, et la culture de la classe dominante ; et une Périphérie « de relégation », où se concentrent la force de travail exploitée et la culture populaire : campagnes déshéritées, bassins ouvriers aujourd'hui sinistrés par la crise, banlieues prolétaires. Et parfois cette contradiction se double d’une question nationale, car la culture populaire présente à tel endroit des caractères nationaux : une langue particulière, un sentiment d’appartenance à une communauté historique distincte, un mode de vie et une conception des choses liés à une réalité économique propre.

    Mais d'une manière générale, l'affirmation-imposition du capitalisme a consisté partout à démanteler la communauté populaire qui sous l'autorité "éminente" des seigneurs féodaux vivait jusque-là (on l'oublie souvent !) de manière relativement républicaine et démocratique, solidaire voire collectiviste (ce que Rosa Luxemburg appelait l'"économie naturelle"), pour la transformer en pure force de travail privée de tout moyen de production et de subsistance et condamnée à se vendre quotidiennement au Capital. L'"anéantissement" linguistico-culturel (thème de combat central de tous les mouvements autonomistes et indépendantistes actuels), comme celui mené (typiquement) par l'école de Jules Ferry sous la 3e République hexagonale, a été en réalité une conséquence et une arme de cela pour briser cette cohésion sociale populaire et spontanée qui échappait au contrôle du Capital et de l’État - le grrrrrand argument des jacobinards de tout poil est que "le français nous unit", que "sinon comment ferait-on pour se comprendre d'une région à l'autre" etc. etc., mais c'est éminemment FAUX : dans les faits, le triomphe du français au 20e siècle aura aussi été celui de 3d75e7dbef78f875f7cc337be5138241.jpgl'isolement individuel et de la "juxtaposition des solitudes" dans les grands centres urbains ou les "bassin d'emploi" périurbains plus ou moins sinistrés de la production capitaliste  - la Cité des Spectres...

    Ces Périphéries des grands États-systèmes capitalistes modernes, ce sont donc les Peuples qui ont été annexés lors de la constitution des grands États monarchiques (Basques, Corses, Bretons, Irlandais, Écossais etc.) ou encore les minorités « importées » pour leur force de travail (dont les zones de relégation sont essentiellement urbaines) : les Noirs aux USA (17e-19e siècle) comme plus près de nous les immigrés Turcs et Kurdes en Allemagne, les immigrés Maghrébins, Ouest-Africains ou Antillais en France,  les Antillais ou les Indo-pakistanais en Grande-Bretagne etc.

    Et ensuite ?

    Et bien, le capitalisme est entré dans sa phase impérialiste, « 1ère période » (1870-1940) puis « 2e période » (depuis 1945). Pendant cette phase impérialiste, le capitalisme a poursuivi son développement, il a pénétré et englobé toute la « société civile », y compris les zones laissées dans l’arriération, et à vrai dire toute l’humanité, sauf quelques peuples restés communistes-primitifs ou patriarcaux, dans d’épaisses forêts équatoriales ou nordiques, ou des vallées reculées de l’Himalaya.

    Il a englobé la « périphérie » au sein des États capitalistes européens. En France, tout lycéen connaît les fameuses « métropoles régionales » et « métropoles d’équilibre » dont le maillage recouvre maintenant tout le territoire. Cela s’est surtout déroulé dans la « 2e période » de l’époque impérialiste, entre 1945 et les années 1980. La Corse, la Bretagne et tout l’Ouest Atlantique, le Pays Basque et tout le Grand Sud-Ouest ont connu un développement capitaliste très important, une immersion spectaculaire dans les rapports sociaux capitalistes (à commencer par le salariat). On imagine difficilement, aujourd’hui, le « tiers-monde » qu’étaient encore ces territoires en 1940.

    Et que s’est-il alors passé ? Et bien, tous ces Peuples englobés dans les grands États modernes lors de leur construction absolutiste ont commencé à exiger pour eux le parachèvement de la révolution démocratique bourgeoise ; à rejeter l’oppression politique, culturelle et économique du Centre sur leurs Peuples périphériques, en mettant en avant leurs caractères nationaux (langue, culture, histoire etc.). Or le marxisme-léninisme (Lénine) nous enseigne qu’à notre époque, l’achèvement des tâches démocratiques de la révolution bourgeoise appartient à la révolution prolétarienne, à l’avant-garde révolutionnaire de la classe ouvrière et des travailleurs exploités. Donc c’est tout naturellement que les masses travailleuses de ces Peuples, pour parachever la conquête de leurs droits démocratiques nationaux sans perdre de vue leurs intérêts de classe (ouvrier, prolétaire, paysan etc.), ont rejoint et rejoignent encore le camp de la révolution prolétarienne mondiale.

    breizh gwenhadu komunourDans ces luttes nationales, il faut absolument le souligner, il existe une tendance bourgeoise, réactionnaire voire fasciste, ou au mieux « centriste » (démocratique-bourgeoise) : la moyenne voire grande bourgeoisie qui se considère entravée dans son développement par l’État central ou qui est plus tournée, par son activité économique, vers les États bourgeois voisins que vers le Centre.

    Mais il y a aussi, systématiquement, une lutte populaire, où s’affrontent deux tendances : la ligne petite-bourgeoise (écolo-social-démocrate, démocrate-humaniste…) et la ligne prolétarienne : anticapitaliste, antifasciste, antisexiste, internationaliste (consciente d’être une petite parcelle du mouvement révolutionnaire mondial), écologiste radicale, démocratique-populaire…

    La ligne populaire prolétarienne, dans les luttes nationales, a beaucoup reculé depuis les années 1970 (son apogée), mais elle reprend de la vigueur depuis la fin des années 1990. 

    Plus un territoire est « pauvre », populaire, ouvrier et paysan, plus la ligne populaire (petite-bourgeoise et/ou prolétarienne) est forte (Corse, Bretagne, Euskal Herria, Irlande, Écosse) ; plus un territoire est « riche » plus la ligne bourgeoise, conservatrice ou réactionnaire-fascisante domine : Flandre, Alsace, Savoie, Vénétie… Elle consiste souvent en un sécessionnisme réactionnaire de « riches » qui ne veulent « plus payer pour les pauvres d’ailleurs », un sécessionnisme « de chantage » pour mener un bras de fer avec la bourgeoisie centrale mais qui ne débouche pour ainsi dire jamais : le chantage sécessionniste de la bourgeoisie flamande dure depuis près d’un siècle, la Ligue du Nord d’Italie a abandonné l’idée d’indépendance pour le fédéralisme fiscal etc.

    Dans les territoires « pauvres », la ligne bourgeoise est le plus souvent autonomiste et "culturaliste". Au contraire la ligne prolétarienne envisage clairement (à moins d’un changement révolutionnaire au « Centre ») la rupture, l’indépendance (la ligne petite-bourgeoise oscillant et se scindant en permanence - comme d'habitude - entre les deux). 

    Ainsi donc, les évènements depuis les années 1920 semblent avoir grandement contredit les prévisions de Lénine - et de tous les marxistes révolutionnaires de son époque - qui voyaient, en Europe, se poursuivre les processus d’unification "nationale" (des grands États bourgeois) des siècles précédents, et la revendication nationale se diluer dans la lutte populaire démocratique et ouvrière socialiste (à chaque nouvelle verste de chemin de fer). Lénine voyait la revendication nationale comme une survivance du passé, avec laquelle il fallait composer, sous le commandement vigilant de la classe ouvrière "centrale" ; mais au contraire, la voix des populi nigati (peuples niés, en corse) a résonné comme jamais auparavant dans les années 60-70, à l’apogée de la première vague de la révolution mondiale (quand le fond de l’air était rouge), et résonne à nouveau avec l’émergence de la deuxième vague.

    L’immersion grandissante de ces Peuples dans l’économie capitaliste, dans les rapports capitalistes de production (salariat, chômage-précarité, sous-traitance, franchise), a eu l’effet inverse de celui prévu.

    PRC_antiimperialist.jpgDe la même façon, se pose la question dans les pays dominés : semi-colonies (domination économique), colonies (administration politique directe, comme les DOM-TOM) ou néo-colonies (anciennes colonies devenues « indépendantes » sur le papier, mais en réalité toujours sous domination économique et tutelle politique, comme en Afrique). Au début de l’époque impérialiste, ces pays consistaient essentiellement en des réservoirs de matières premières et de produits agricoles (activité donc essentiellement primaire), ainsi qu’en réservoirs de main d’œuvre et, aussi, de soldats (les troupes coloniales participèrent massivement aux deux guerres mondiales). Mais depuis, et très clairement à partir des années 1960-70, ces pays ont été massivement absorbés dans le système capitaliste mondial ; qui a eu tendance à en faire les principaux centres de la production non seulement agricole et extractive mais aussi industrielle de la planète - comme pouvait déjà l'entrevoir Lénine dans L'Impérialisme en 1916.

    L’agriculture encore largement semi-féodale a évolué massivement vers l’agro-capitalisme ; les monopoles sur les matières premières ont développé leur concentration, leur exploitation sans scrupules pour les personnes et l’environnement, et leur concurrence acharnée. Mais surtout, s’est développée une importante industrie de transformation (secondaire), avec la délocalisation de celle-ci depuis les pays « industrialisés » ; et même (dans les grandes villes en tout cas) une économie de consommation et de services (tertiaire). Tout cela sous la conduite des grands monopoles impérialistes et de leurs filiales sous-traitantes, bien sûr, mais aussi, en « satellite » de ces monopoles, sous la conduite d’un capitalisme national qui s’est énormément développé depuis 50 ans. Le point culminant de ce processus est ce que l’on appelle (dans les Amériques surtout) le « néolibéralisme » des années 1980-90.Affiche-100-ans-de-domination- 

    Tout ceci a conduit à une très importante urbanisation, dé-féodalisation et détribalisation de la société. La part de la population urbaine a explosé (et la population tout court aussi, d’ailleurs), rompant avec le rythme de vie immuable des campagnes arriérées, et avec cette résignation au destin typique des sociétés rythmées par les saisons, où rien n’a changé depuis des siècles (cette société que l’on trouvait encore, dans la campagne française, au 18e siècle).

    On a alors vu émerger des aspirations démocratiques bourgeoises, à cette révolution démocratique bourgeoise que la domination impérialiste a (en quelque sorte) « confisquée » en s’alliant avec les forces féodales réactionnaires, en imposant son ordre colonial meurtrier ou ses (non moins meurtriers) gardes-chiourme « indépendants ».

    Au cours du 20e siècle, les aspirations démocratiques-bourgeoises à la libération nationale, à la modernisation et à la dé-féodalisation se sont exprimées sous la direction de Partis communistes ou de mouvements « marxisants » liés au mouvement communiste international (et entraînés dans sa chute, avec la faillite du révisionnisme soviétique – années 1970-80 – et la contre-révolution en Chine – 1975-80). Les nationalismes bourgeois, pour un « capitalisme national indépendant », privés d’une base bourgeoise-nationale suffisante, se sont tous terminés par l’échec et le renversement militaire (exemples types : le péronisme, ou le "progressisme" brésilien Kubitschek-Goulart des années 1956-64), ou par le compromis avec l’impérialisme et le féodalisme (exemples types : kémalisme, nationalisme arabe avec Sadate, Saddam Hussein ou Kadhafi, national-islamisme iranien).

    Mais depuis la fin du siècle dernier, on assiste à un renouveau de ces nationalismes bourgeois : Chávez en Amérique du Sud, Gbagbo en Afrique, Ahmadinejad (soutenu par le puissant bazâr, la bourgeoisie urbaine) en Iran (réactionnaire religieux, mais plus que ses rivaux ? pas sûr…), avec ses alliés Hezbollah et Hamas, ne sont rien d’autre.

    Ils prônent un puissant nationalisme, autrement dit un capitalisme national indépendant, avec des accents social-populistes. Ils jouent sur les contradictions entre les puissances impérialistes rivales (Anglo-saxons, couple franco-allemand, Japon, Russie, Chine) qui s’aiguisent à mesure que le capitalisme impérialiste mondial s’enfonce dans la crise. On pourrait aussi citer en exemple l’AKP, les « démocrates-musulmans » de l’État turc, expression politique d’une nouvelle bourgeoisie turque, qui s’est développée à l’intérieur du pays comme dans la diaspora (en Allemagne, etc.).

    Les différences idéologiques peuvent paraître considérables (et du coup les rapprochements, comme entre l’Iran et Chávez, incompréhensibles), mais tous sont le produit d’une même réalité : l’immersion de plus en plus profonde du « Sud » dominé dans le capitalisme, avec l’émergence de nouvelles bourgeoisies et d’aspirations « radicales » bourgeoises.

    Il en va de même pour Al-Qaïda : bien qu’inféodés à l’Occident, les pays de la péninsule arabique ont accumulé (sur la base du pétrole) tellement de Capital qu’il était prévisible qu’à un moment donné, une fraction minoritaire de celui-ci entre en rébellion contre les Occidentaux pour son émancipation. Le khalifat prôné par les djihadistes n’est autre que la base d’accumulation et le champ d’investissement nécessaire à ce Capital arabe du Golfe (voir ici l'article publié lors de la mort de Ben Laden). 

    Bien sûr, un tel projet capitaliste-national indépendant est totalement impossible à l’époque impérialiste : sur ce point, rien n’a changé depuis Lénine. Jouant sur les contradictions inter-impérialistes, les nationalistes social-populistes en deviennent finalement prisonniers. En Iran, ils sont même clairement réactionnaires, s’appuyant sur la féodalité (mollah) des campagnes, et sur l’impérialisme (en tout cas le projet impérialiste) chinois, à travers l’énorme entreprise que sont les Gardiens de la Révolution islamique… Il en va de même pour le projet khalifal djihadiste. 

    Mais il n’empêche : en l’absence d’un mouvement communiste fort et implanté dans ces pays, ces courants sont AUSSI l’expression des aspirations des masses populaires à l’indépendance nationale, à la souveraineté, à l'équité sociale et à la « même règle pour tous » ; aspirations qui poussent comme une dent de sagesse, sans parvenir à percer, mais qui poussent quand même… 

    Parallèlement et, parfois, en lien étroit avec ces nouveaux nationalismes bourgeois (en Amérique du Sud notamment), il faut noter l’émergence d’un autre phénomène : avec l’irruption croissante Adivasi Maoistde la production et de l’exploitation capitaliste dans des territoires auparavant reculés et "hors-la-civilisation", se sont développées des résistances indigènes, résistances de Peuples "premiers", tribaux ou communautaires-primitifs, contre cette irruption. C’est réellement un phénomène marquant, dans le mouvement mondial des luttes, depuis les années 1970.

    On trouve principalement ces mouvements indigènes en Amérique latine (les plus puissants sont en  Équateur, où ils jouent un rôle politique crucial depuis la fin des années 1990) ; mais aussi en Inde, avec les populations "tribales" adivasis ; au Nigéria avec les populations du delta du Niger contre l’exploitation pétrolière (passées à la lutte armée) ; ailleurs en Afrique équatoriale contre la déforestation ; au Sahara (Touareg) contre l’exploitation croissante des minerais (en particulier l’uranium au Niger !) ; dans le Nord canadien etc. On peut schématiser ces revendications autour de 3 grands axes :

    - Dans le cas d’une production agricole importante, revendication de la propriété populaire, paysanne, de la terre cultivable ;

    02 ConaieEcuador2008- Sanctuarisation de l’écosystème et des ressources naturelles : eau, forêts, sous-sols ;

    - Une économie productive et marchande "libre" (non-collectiviste), mais "morale", "juste", "équitable" pour les humains et l’écosystème.

    Dernièrement, en juin 2009, ont fait date les violents affrontements en Amazonie péruvienne. En Inde, la résistance des Adivasis est étroitement liée à la guérilla maoïste, ainsi que la résistance des populations forestières aux Philippines ; tandis qu’au Pérou, il est difficile de dissocier la guérilla populaire du PCP "Sentier Lumineux" (années 1980-90) de la résistance à la pression capitaliste constante sur les populations de l’Altiplano… En Colombie, en revanche, les guérillas marxistes sont liées aux luttes paysannes (souvent des populations métissées) mais semblent relativement coupées des résistances indigènes proprement dites.

    Mais les liens, on l’a dit, sont également nombreux avec les nouveaux nationalismes bourgeois (Bolivie, Équateur). 

    Là aussi, l’évolution du réel est donc assez inattendue. Entre les années 1920 et la chute du Mur de Berlin, les nationalistes bourgeois (kémalisme, Kuomintang…) avaient tous fini (après quelques années) par rejoindre le camp de l’impérialisme, y compris, à partir des années 1960, du social-impérialisme soviétique ; tandis que les masses populaires, luttant pour la libération nationale et sociale véritable, ralliaient le camp de la révolution prolétarienne, sous la direction d’intellectuels marxistes issus des masses. Cette configuration n’avait a priori pas de raisons de changer : la bourgeoisie nationale semblait vouée, comme la petite-bourgeoisie des pays impérialistes et avancés, à toujours plus se scinder entre camp de l’impérialisme et camp du Peuple et de la révolution mondiale.

    Mais voilà que, depuis les années 1990, on voit surgir une nouvelle bourgeoisie nationale avec des aspirations typiquement révolutionnaires bourgeoises. Prenons l’exemple, typique, de Laurent Gbagbo : nulle remise en cause du mode de production capitaliste, bien au contraire, ni des « investissements étrangers » (donc, de l’impérialisme), mais une volonté d’imposer aux groupes impérialistes une domination collective en concurrence "équitable" et "loyale", et le respect des intérêts du pays, de sa bourgeoisie nationale et de sa population en général. Une vision typiquement révolutionnaire bourgeoise. TOUS les autres exemples précités sont dans la même optique, si l’on fait abstraction de leur multitude de cocktails idéologiques différents.

    envencible guerra populara 3 montanasEt là aussi, une seule explication au phénomène : l’immersion grandissante des pays semi-coloniaux semi-féodaux dans l’économie capitaliste et le salariat, notamment à l’époque dite du "néolibéralisme", dans le dernier quart du XXe siècle. Cette immersion a amené, de même, le capitalisme à s’étendre à des territoires auparavant "vierges" et à se heurter à la résistance des populations originelles qui y vivent. Ces résistances ont, là aussi, des revendications "petites-bourgeoises" qui ne se placent pas dans le strict cadre du marxisme…

    On pourra bien sûr dire, du point de vue de la science marxiste, que ces mouvements vont dans le mur, et c’est très certainement le cas à moyen terme. Mais, pour autant, ils existent, ils sont une réalité de notre époque, et les marxistes ne peuvent ignorer la réalité : ils doivent en tenir compte pour la transformer, y adapter leur stratégie, pour pouvoir faire triompher l’inévitable et indispensable (pour l’humanité) révolution prolétarienne, dans ce cas précis sous la forme de la Nouvelle démocratie, la révolution populaire-démocratique et anti-impérialiste. 

    Ceci amène à une autre question, posée par le développement du salariat des pays dominés : celle de la "désoccidentalisation" du marxisme.

    Le principe que la science marxiste n’est pas un dogme mais un guide pour l’action, et qu’elle doit s’adapter à la réalité concrète, notamment du pays concerné, a été posé par Lénine, qui le mît en pratique en Russie. Mais par la suite, par exemple, Staline s’opposa au développement soltangaliev.jpgd’un marxisme adapté aux nationalités (de culture centre-asiatique) du Turkestan et du Caucase (avec Sultan-Galiev)… On peut considérer que ce sont Mao et Hô Chi Minh (ou encore, moins connu, l'indonésien Tan Malakka) qui mirent ce principe en pratique pour la première fois hors d’Europe, pour l’Asie de l’Est de culture extrême-orientale (sans remettre en cause l’universalité des apports de Mao !). On peut considérer le tandem Castro-Guevara comme une tentative latino-américaine, la pensée Gonzalo (Abimaël Guzmán) comme une tentative plus spécifiquement andine ; Pierre Mulele, Ange Diawara et Amilcar Cabral comme des tentatives africaines ; sans oublier Kaypakkaya en Anatolie (État turc), Mazumdar et bien d'autres encore en Asie du Sud, etc. 

    Mais, d’une manière générale, les intellectuels marxistes qui ont dirigé les luttes populaires dans les Trois Continents n’ont pas réellement adapté le marxisme (dans une véritable ligne de masse) aux conditions concrètes et en particulier, aux conditions culturelles de leurs pays. Une adaptation qui n’implique bien sûr pas la liquidation des lois scientifiques fondamentales, ce qui fut généralement l’autre écueil fatal ("maos de l'islam" au Liban).

    De son côté, le nationalisme bourgeois a également été, très largement, d’inspiration culturelle occidentale (exemple absolu : le kémalisme ; mais aussi Bourguiba, Nehru, Sukarno etc.). Cependant, dans le cas particulier de l’aire culturelle orientale-musulmane, il a connu, aussi bien avec le nationalisme laïc du Baas ou de Nasser qu’avec l’islamo-nationalisme des Frères Musulmans ou d’Ali Shariati (le "père" de la révolution islamique iranienne), une véritable (et assez fructueuse !) tentative de désoccidentalisation.

    Aujourd’hui, le jaillissement de la nouvelle vague révolutionnaire mondiale, et les questions nouvelles posées par le nouveau nationalisme bourgeois dont on a parlé ci-dessus (et qui va imposer, aux marxistes, une rude concurrence idéologique dans les masses !), remettent puissamment cette nécessité à l’ordre du jour. Il ne sera tout simplement pas possible, avec les tâches qu’exigent notre époque, de mettre éternellement sur le compte de l’arriération des masses le fait qu’elles ne se jettent pas dans les bras des communistes… Cela entrerait d’ailleurs en contradiction avec le constat fait plus haut, de l’immersion grandissante des Peuples dans l’économie capitaliste : comment, avec cette immersion grandissante, les manifestations de révolte des Peuples ne pourraient être, encore et toujours, que pure arriération féodale, cléricale ou tribale ? 

    Telle est la réalité à notre époque, en ce début de 21e siècle.

    Quelle conclusion faut-il en tirer ?

    S’il y a une leçon centrale à retenir de l’expérience révolutionnaire du mouvement communiste au 20e siècle, c’est que la révolution prolétarienne ne consiste pas en un « prolongement », en un « dépassement » de l’État issu de la monarchie absolue et de la révolution bourgeoise : elle consiste en sa DESTRUCTION.

    Il faut détruire l’État de la bourgeoisie dans ses fondements les plus profonds. La révolution prolétarienne en France n’est pas « l’accomplissement » de la révolution bourgeoise de 1789 (comme le pensait Jaurès, non-marxiste, mais aussi la plupart des marxistes sous l’influence de ce « socialisme républicain français ») ; elle est la destruction de l’État et de toute l'organisation sociale construite par l’Ancien Régime et 1789 (et Napoléon etc.).

    De même, lorsqu'un État bourgeois est impérialiste et a un Empire, un ensemble de colonies et de semi-/néo-colonies sous sa tutelle exclusive (comme la France en Afrique, les États-Unis en Amérique latine, l’un et l’autre dans les Caraïbes et le Pacifique), la priorité absolue est de détruire l’Empire. Sans cela (Engels fut le premier à le noter), le prolétariat de la métropole impérialiste ne peut pas se libérer.

    Ce principe a été posé, il y a plus de 90 ans, par Lénine dans L’État et la Révolution ; même si sa compréhension, on le sait, fut et (dans une large mesure) reste difficile pour les communistes se réclamant de la Révolution russe.

    Pourquoi, dès lors, ce principe ne s’appliquerait-il pas à la configuration territoriale de cet État de la bourgeoisie, aux relations sociales instituées par la bourgeoisie entre les différents territoires, entre le Centre et la périphérie, relations économiques mais aussi (ou plutôt, faudrait-il dire, DONC) politiques et culturelles, etc. ? Après tout, c’est dans une large mesure ce que les bolchéviks firent en URSS… Mais cela paraît inconcevable à bien des grrrrrrands marxistes-léninistes de notre époque !

    Il en va de même pour la périphérie au sens large : possessions d’outre-mer, néo-colonies, néo-protectorats (comme la Tunisie). C’est toute une configuration, héritée du 19e voire des 17e-18e siècles, qu’il faut détruire. 

    220px-Black-Panther-Party-armed-guards-in-street-shotguns.jpgL’Histoire a avancé, comme toujours, à la manière d’une spirale ascendante ou d'une roue qui avance en tournant, et non en ligne droite. Ce qui pouvait être considéré comme conservateur, entravant la marche du Progrès, dans les années 1850 de Marx et Engels, à savoir les sentiments nationaux et les résistances nationales tant en Europe qu’outre-mer (voir ce que Engels écrivait sur l’Algérie), est devenu, avec l’immersion croissante dans les rapports de production capitalistes, progressiste et même révolutionnaire, exigeant l’achèvement d’une révolution démocratique qui n'a jusqu’à présent profité qu’à des classes favorisées (d’un point de vue social) mais aussi, d'un point de vue géographique, qu’aux Centres des États capitaliste - et, au niveau mondial, à une poignée de Centres impérialistes : Amérique du Nord, Europe de l’Ouest etc.

    Ces luttes nationales dans leur aspect populaire et prolétarien, loin d’être une remorque encombrante, sont même devenues un élément moteur pour la révolution prolétarienne dans les pays impérialistes : où la conscience révolutionnaire est-elle plus avancée en Europe qu’au Pays Basque et dans les multiples Peuples en lutte de l’État espagnol, qu’en Irlande et dans les multiples nations opprimées du Royaume-Uni britannique, qu’en Occitanie et dans les multiples Peuples en lutte de l’État français, et bien sûr dans les minorités immigrées de tous les pays ? Où est-elle plus avancée, en Amérique du Nord, qu’au Québec, chez les Noirs, les Latinos et les Natifs ? Les luttes de libération nationales sont la poudre à canon pour faire exploser les États et les Empires capitalistes, une poudre qui n’attend que l’étincelle d’une direction authentiquement révolutionnaire… [4]


    FAISONS SAUTER L’ÉTAT DE LA BOURGEOISIE, BRISONS LES MURS DE LA PRISON QUI NOUS ENFERME ! 

     

    [1] Engels (mais Marx n'avait sans doute pas une opinion bien différente) pouvait ainsi se féliciter, en 1848, de la victoire des troupes françaises sur Abd-el-Kader en Algérie, ce dont se gargarisent bien sûr aujourd'hui les fascistes. L'année suivante, dans l'opuscule Le Panslavisme, il pouvait de la même manière se féliciter de l'invasion US du Mexique... Paradoxalement, dans la guerre américano-mexicaine en question, un bataillon d'Irlandais (nation opprimée) ayant fui la famine et enrôlés dans l'armée dès leur arrivée aux États-Unis avait pu, par solidarité d'opprimés devant les exactions US, déserter et combattre aux côtés du Mexique, offrant là un des premiers exemples historiques (non-conscientisé) d'internationalisme -disons- populaire ! (ils firent le lien entre les mauvais traitements qu'ils subissaient dans l'armée, en tant que "papistes", et les crimes perpétrés contre la population mexicaine également catholique). Pour autant, les deux compères ont pu voir (assez nettement) leur opinion évoluer par la suite : ainsi par exemple, ce texte de 1858 portant à nouveau sur l'Algérie se montre beaucoup moins amène envers la colonisation et ses acteurs... Suivront d'autres écrits (de Marx, surtout) sur la colonisation britannique aux Indes notamment, ou encore sur la question irlandaise au Royaume-Uni (ici aussi, clair pas en avant vers la compréhension de l'encerclement des Centres par les Périphéries !!), polonaise en Russie etc. etc.

    Lire aussi ici : http://www.contretemps.eu/katz-marx-peripherie/

    [2] "Si dès demain vous chassiez l’Armée anglaise et hissiez le drapeau vert sur le Château de Dublin, à moins que vous ne proclamiez la République socialiste, vos efforts auraient été vains. L’Angleterre continuerait à vous dominer. Elle vous dominerait par l’intermédiaire de ses capitalistes, de ses propriétaires fonciers, de ses financiers, de toutes les institutions commerciales et individualistes qu’elle a plantées dans ce pays et arrosées des larmes de nos mères et du sang de nos martyrs".

    [3] Lire : http://servirlepeupleservirlepeuple.eklablog.com/quelques-verites-sur-la-revolution-bourgeoise

    [4] Par rapport à tout ce qui vient d'être dit : "Il est très difficile de faire la révolution et de construire le socialisme dans les pays occidentaux, car dans ces pays l'influence pernicieuse de la bourgeoisie est très profonde et s'est déjà infiltrée partout. En Chine, la bourgeoisie n'existe que depuis trois générations tandis que dans les pays comme l'Angleterre ou la France, elle existe depuis des dizaines de générations. Dans ces pays la bourgeoisie a une histoire vieille de 250 à 260 ans, voire de plus de 300 ans ; l'idéologie et le style de travail bourgeois ont des influences partout et dans toutes les couches sociales. C'est pourquoi la classe ouvrière anglaise ne suit pas le Parti communiste, mais le Parti travailliste.
    Lénine a dit : "Plus un pays est arriéré, plus difficile est son passage du capitalisme au socialisme". Vue d'aujourd'hui, cette thèse n'est pas correcte. En réalité, plus un pays est arriéré économiquement plus son passage du capitalisme au socialisme est facile, et non difficile. Plus un homme est pauvre, plus il veut la révolution. Dans les pays capitalistes occidentaux, le niveau de l'emploi et les salaires sont plus élevés et l'influence de la bourgeoisie sur les travailleurs est plus profonde. Dans ces pays, la transformation socialiste est moins facile qu'on ne le croit."
    Mao Zedong, "Notes de lecture sur le Manuel d'économie politique de l'Union soviétique" (1960). Le même raisonnement peut évidemment s'appliquer entre les différentes régions - les Centres et les Périphéries - d'un même État.

    Lire aussi absolument sur tout ça : La lutte pour le droit à l’autodétermination nationale dans les pays impérialistes, par G. Maj du (n)PCI

    big provence flag


    ANNEXE 1 : Repères historiques et petites "réflexions" sur quelques idées reçues de l'historiographie officielle bourgeoise 

    - Morcellement féodal de la France au 10e siècle : encore une vision bourgeoise et parisiano-centriste. C'est seulement le Bassin parisien, la moitié nord de l'Hexagone actuel, qui avait sombré dans la décomposition et l'"anarchie" féodale, sous l'effet de la décadence carolingienne. Mais au sud de la Loire (et du plateau de Langres) existaient de larges et stables unité politique : duché d'Aquitaine (au sud-ouest de la Loire et à l'ouest du Rhône), royaume d'Arles (Bourgogne-Provence) à l'est du "Massif central", etc. ; de même que pour les terres germaniques, unifiées sous l'autorité des Othoniens (Saint-Empire), le Nord et le Centre de l'Italie actuelle (royaume d'Italie), ou encore l'Espagne sous le califat omeyyade (héritier, lui-même, du royaume wisigoth) : la fragmentation politique des ces contrées sera plus tardive, à partir des 11e-12e siècles. Ces grandes unités politiques (et, dans une large mesure, nationales !) sont les berceaux de la Renaissance médiévale qui s'épanouira aux siècles suivants (1000-1300).

    - Qu'est ce que "la France" à cette époque ? Au partage de Verdun (843), sont désignés comme Francie occidentale les territoires situés à l'ouest des "4 fleuves" : Escaut, Meuse, Saône et Rhône (incluant le nord de la Catalogne actuelle)... Mais en réalité, son véritable nom - Regnum francorum occidentalium - signifiait plutôt "Royaume franc de l'Ouest" (pour le distinguer de celui "de l'Est", ou "Germanie", et de celui "du milieu" ou "Lotharingie"). Le mot France lui-même apparaît avec les premiers Mérovingiens, au Ve siècle. Il désigne au VIe siècle l'ensemble des territoires qui leur sont soumis, entre le Rhin et la Loire. Néanmoins, au temps des Carolingiens, cet espace se réduit et ne désigne plus qu'un territoire situé entre l'Austrasie et la Neustrie. Au cours des Xe siècle et XIe siècle, ce territoire se réduit encore pour ne désigner plus que le nord-est de Paris. Il a sans doute existé une subdivision du diocèse de Paris correspondant à ce territoire, l'archidiaconé de France.
    Voilà, globalement, à quoi ressemble politiquement la "France" (ou plutôt, la Francie occidentale de 843) au milieu du 11e siècle : http://ekladata.com/tMZSMcphSskpdIvu4DTQu09c78o.png

    - C'est une réalité que, face à la décadence de la monarchie carolingienne, les seigneurs féodaux du Bassin parisien ont élu ROI DES FRANCS (et non de France) le plus faible d'entre eux, afin que la monarchie reste toute honorifique. L'aïeul d'Hugues Capet, le comte Eudes, s'était illustré par une vaillante défense de Paris face aux Scandinaves, ce qui lui donnait un certain prestige symbolique, mais guère plus. Paris était d'ailleurs, à l'époque, une ville d'importance mineure ; les Capétiens eux-mêmes résidaient plutôt à Orléans, jusqu'à la fin du 11e siècle en tout cas. Cependant, dès l'An 1000, "le cave se rebiffe" et va tenter d'affermir son domaine et son autorité face aux grands féodaux du Nord (les Blois, Anjou, Champagne, Vermandois etc., sans oublier les ducs de Normandie, rois d'Angleterre à partir de 1066). Le ressort de cette campagne d'expansion de son domaine, la maison capétienne va le trouver dans l'ALLIANCE AVEC LA BOURGEOISIE du Bassin parisien, le soutien à l'affirmation de celle-ci face aux grands féodaux. C'est le début d'un partenariat qui se poursuivra jusqu'au 18e siècle. Dans l'historiographie bourgeoise enseignée à l'école de Jules Ferry, les "grands rois" (Henri IV, Louis XIV etc.) sont ceux qui ont correctement servi les intérêts de la bourgeoisie.
    Les années 1180-1220 sont celles de la "conquête de l'Ouest" sur l'Empire Plantagenêt (carte)* : en 1223, celui-ci ne contrôle plus qu'un petit réduit aquitain. Il reprendra du "poil de la bête" au Traité de Brétigny (1360) mais pour une courte période (20 ans), et à la fin de la Guerre de Cent Ans (1453), la maison d'Angleterre est totalement évincée du continent. Les années 1208-1271 (croisade des Albigeois et ses suites) sont celles de la conquête du Languedoc (au sud du "Massif central", entre la Garonne et le Rhône). Le royaume capétien s'étend aux siècles suivants à l'Est du Rhône, sur des terres anciennement au Saint-Empire : Lyonnais et Dauphiné au 14e siècle, Bourgogne et Provence au 15e. La Bretagne est unie à la couronne en 1532. Les siècle suivants voient enfin la "conquête de l'Est et du Nord" : au 17e siècle sont contrôlés le Nord-Pas-de-Calais actuel et l'Alsace, la Franche-Comté et le département actuel de l'Ain, ainsi que le Roussillon (Catalogne du Nord) ; au 18e siècle la Lorraine et la Corse. Le règne d'Henri IV achève d'affermir l'autorité royale sur la Gascogne et l'Ipar Euskal Herria. Les derniers territoires annexés sont le Comtat venaissin (Vaucluse) en 1791, la Savoie et le Pays niçois de 1793 à 1815 puis définitivement en 1860.

    - Nations : elles se forment (cf. par exemple Kaypakkaya dans "La Question nationale en Turquie", ici une traduction en français) non pas à l'apogée du capitalisme, dans la révolution bourgeoise ou la révolution industrielle, mais à l'AUBE de celui-ci, c'est à dire dans l'APOGÉE de la féodalité.

    [Traduction par nous de la citation exacte (source en anglais) : "En outre les nations n'apparaissent pas lorsque le capitalisme a atteint le stade ultime de son développement, mais à ce que l'on peut appeler l’aube du capitalisme. Lorsque le capitalisme pénètre dans un pays et y unifie les marchés dans une certaine mesure, les communautés qui possèdent les autres caractéristiques (énoncées dans "La Question Nationale" de Staline NDLR) sont alors considérées comme formant une nation. Si tel n’était pas le cas, il faudrait alors considérer que toutes les communautés stables situées dans des pays arriérés, des régions où le développement du capitalisme reste encore limité, ne sont pas des nations. Jusque dans les années 1940, il existait encore en Chine un fort morcellement féodal. Dans cette logique, il aurait alors fallu dénier l'existence de nations en Chine à cette époque. Jusqu'à la Révolution de 1917, la féodalité restait fortement implantée dans les campagnes profondes de Russie ; ce raisonnement  devrait donc conduire à rejeter l'existence de nations en Russie."]

    Cette période, en Europe, se situe globalement entre l'an 1000 et 1300. C'est à cette période que le mot nation lui-même fait son apparition, dans les foires (de Champagne, du Languedoc etc.) et les universités : il désignait les marchands et les étudiants d'un même lieu de naissance (natio), parlant la même langue et partageant les mêmes "us et coutumes". La notion avait encore des contours imprécis ; ainsi les Italiens pouvaient-ils être désignés par leur région d'origine précise ("Siennois" etc.) ou sous l’appellation générique de "Lombards" (le royaume lombard, conquis par Charlemagne en 774, couvrait tout le Nord et le Centre de l'Italie actuelle). Néanmoins, l'idée y est : celle d'une communauté stable sur un territoire donné, partageant une même langue, une même culture et un sentiment de commune appartenance. Il faut noter que, à travers l'histoire, la coïncidence de la nation et de l’État est bien plus l'exception que la règle, de même que pour les notions précédentes d'ethnos (communauté de langue et de culture) et de demos (communauté politique) dans l'Antiquité. L'Empire perse, l'Empire grec d'Alexandre, l'Empire romain recouvraient des peuples très différents, tandis que la Grèce classique ou la Gaule pré-romaine, formant un même peuple, étaient divisées en cités politiquement indépendantes. De la même manière, du Moyen Âge à nos jours, des États comme la France, le Royaume-Uni, l'Espagne, la Turquie, la Russie etc., ou hier l'Empire ottoman ou l'Empire austro-hongrois, dominent ou dominaient différents peuples ; tandis que l'Italie et l'Allemagne n'étaient pas unifiées politiquement jusqu'en 1870 (la multiplicité des dialectes, au niveau populaire, peut d'ailleurs faire se demander si l'on a là des nations, ou des ensembles de nations "soeurs"). Aujourd'hui encore, la nation arabe (ou les nations si l'on distingue Maghreb et Machrek), ou encore la nation latino-américaine, sont divisées en différents États.

    Pour autant, dès l'unification politique de l'actuelle France par les "grands rois" des 13e-14e siècles, la nation occitane se voit reconnue par la monarchie capétienne elle-même** : ainsi, en 1308 lors du "consistoire de Poitiers", il ressort que le roi de France règne sur deux nations : l'une de lingua gallica et l'autre de lingua occitana. En 1381, le roi Charles VI considère que son royaume comprend deux parties, les pays de langue d'oc ou Occitanie et les pays de langue d'oil ou Ouytanie : « Quas in nostro Regno occupare solebar tam in linguae Occitanae quam Ouytanae » (André Dupuy, Marcel Carrières et André Nouvel, Histoire de l'Occitanie, Éd. Connaissance de l'Occitanie, Montpellier, 1976 p. 58.).

    [Kaypakkaya mérite aussi d'être cité pour ce passage expliquant à merveille le rôle de l'oppression nationale dans le capitalisme : "Quel est l'objectif de l'oppression nationale ? Cet objectif, de manière très générale, est de maîtriser la richesse matérielle de tous les marchés du pays sans avoir de rivaux, pour gagner de nouveaux privilèges, étendre les limites des privilèges actuels et s’en servir. Dans ce but, la bourgeoisie et les propriétaires issus de la nation dominante, afin de conserver les frontières politiques du pays font d’énormes efforts pour empêcher par tous les moyens les régions dans lesquelles vivent plusieurs nationalités de se séparer du pays. Dans les mots du camarade Staline : “Qui dominera le marché ?” [par exemple en Hexagone : la bourgeoisie du Bassin de la Seine ou occitane, lyonnaise, de Flandre-Artois, ou encore anglo-normande ? les foires de Champagne ou du Languedoc ? etc.]. C’est l’essence de la question. (...) L’oppression des travailleurs des peuples minoritaires acquiert de cette manière une double qualité : premièrement il y a l’oppression de classe utilisée contre les travailleurs afin d’exploiter et d’éradiquer la lutte de classe ; deuxièmement, il y a l’oppression nationale mise en œuvre pour les objectifs mentionnés plus haut contre toutes les classes des nations et des nationalités minoritaires. Les communistes font la distinction entre ces deux formes d’oppression parce que, par exemple, tandis que les bourgeois kurdes et les petits propriétaires s’opposent à la seconde forme d’oppression, ils supportent la première. En ce qui nous concerne, nous sommes opposés aux deux formes d’oppression. Afin d’éradiquer l’oppression nationale, nous supportons la lutte de la bourgeoisie kurde et des petits propriétaires, mais, d’un autre côté, nous devons nous battre contre eux pour mettre un terme à l’oppression de classe."]

    - Négation de la négation : le "morcellement féodal" du 10e siècle est le résultat de l'effondrement, de la négation de l'Empire romain ; d'abord par l'"anarchie militaire" et les révoltes populaires (bagaudes) du Bas-Empire, puis par les invasions germaniques. Décadence administrative (plus de grandes unités politiques centralisées) et recul civilisationnel en apparence (à relativiser, car l'Espagne, l'Italie, l'Orient et l'Afrique du Nord gardent un haut niveau de civilisation), c'est aussi un grand développement des forces productives et donc de l'économie, car un homme libre ou semi-libre (serf) est beaucoup plus productif qu'un esclave***. Là est le ressort de la "Renaissance médiévale" des 11e-12e-13e siècles. Au sein de cet apogée de la féodalité, va surgir l'AUBE du capitalisme (avec les foires de Champagne et du Languedoc, les grandes cités marchandes italiennes, rhénanes et flamandes, etc.). La dynastie capétienne va ensuite (en confrontation, jusqu'au 15e siècle, avec les rois d'Angleterre et les ducs de Bourgogne) nier ce morcellement féodal relatif, et constituer l’État moderne "France" (établi dans son principe à la fin du 15e siècle, bien qu'il n'atteigne ses frontières actuelles qu'en 1860). Cette négation de la négation va permettre l'essor du capitalisme, qui se développera encore plus fortement à partir du 16e siècle pour aboutir dans la Révolution bourgeoise (1789-1815) et la révolution industrielle du 19e siècle.
    À présent, une nouvelle négation de la négation est à l'œuvre. Les masses populaires veulent le socialisme, elle veulent la fin de l'exploitation capitaliste et de tous les rapports sociaux inégalitaires et oppressifs, notamment les rapports "territoriaux" établis par l'alliance capitaliste de la bourgeoisie et des rois (jusqu'en 1789) puis par les régimes de la bourgeoisie elle-même, rapports totalement basés sur Paris et sur une "dorsale" Marseille-Lyon-Paris-Le Havre. Les masses veulent la COMMUNE POPULAIRE révolutionnaire, se fédérant sur une vaste échelle, jusqu'au communisme universel. Il est probable que, dans une large mesure, les premiers échelons de cette fédération ressuscitent les nations constituées à l'aube du capitalisme, aux premiers siècles du dernier millénaire, et niées par l’État moderne capétien-bourgeois pour permettre l'expansion du capitalisme.

    [* Celui-ci s'appuyait sur les bourgeoisies portuaires de la "façade atlantique", qui profitaient du commerce maritime avec l'Angleterre]

    [** Reconnaissance de la nation occitane par la royauté française elle-même : http://fr.wikipedia.org/wiki/Occitanie]

    [*** Les communistes de l’État français, particulièrement ceux de la métropole parisienne, ont la caractéristique d'être très souvent totalement prisonniers de la vision BOURGEOISE de l'Antiquité et du Moyen Âge : celle d'une Antiquité "brillante", "rayonnante", et d'un Moyen Âge "gothique", sombre, frappé par un effondrement total de la civilisation. C'est la vision mise en avant à partir du 18e siècle par les historiens bourgeois (tels Jules Michelet), la bourgeoisie se voulant l'héritière des gréco-romains face à l'aristocratie héritière des "barbares", et à son alliée l’Église. C'est encore la vision défendue, aujourd'hui, dans les ouvrages d'un "philosophe" social-républicain bobo comme Michel Onfray. C'est une vision totalement contraire au matérialisme historique. Elle oublie complètement que l'héritage antique s'est très bien conservé, non seulement dans les pays musulmans à partir du 7e siècle, mais dès avant, dans l'Espagne wisigothique, dans les pays sous autorité byzantine (Orient et presque toute la Méditerranée entre le 6e et le 8e siècle), en Afrique du Nord (vandale puis byzantine et enfin arabe), etc. Les régions qui ont connu un grand "recul de civilisation" sont les régions non-méditerranéennes, qui n'étaient que superficiellement "civilisées" sous l'Empire romain. La cité romaine y avait un rôle essentiellement politique, administratif, si bien que la décadence politique de Rome, le retrait des armées (qui avaient une grande importance dans la vie économique), etc., ont entraîné sa quasi disparition. Les villae (domaines agricoles) étaient largement autosuffisantes et la vie sociale a tendu à s'y replier, préfigurant le domaine féodal. Une telle vision oublie les "renaissances médiévales" qui ont fleuri à partir de l'an 800, conséquences du développement des forces productives ("renaissance carolingienne" en Gaule, "renaissance othonienne" en Germanie, puis la renaissance des 11e-13e siècle). Elle oublie que l'Empire romain s'est effondré, d'abord, sous le poids de ses propres contradictions (le mode de production esclavagiste, déniant toute dignité humaine à la force de travail, est sans doute celui qui limite le plus les forces productives), et de l'oppression qu'il était condamné à faire subir aux peuples conquis... Ce que rappelait très justement Engels dans L'origine de la famille, de la propriété privée et de l’État : "À la fin du Ve siècle, l'Empire romain affaibli, exsangue et impuissant était grand ouvert aux envahisseurs germains. Nous étions précédemment au berceau de l'antique civilisation grecque et romaine. Nous voici maintenant auprès de son cercueil. Sur tous les pays du bassin méditerranéen, le rabot niveleur de l'hégémonie mondiale romaine avait passé, et cela pendant des siècles. Partout où le grec n'opposait point de résistance, toutes les langues nationales avaient dû céder la place à un latin corrompu; il n'y avait plus de différences nationales, plus de Gaulois, d'Ibères, de Ligures, de Noriques ; ils étaient tous devenus Romains. L'administration romaine et le droit romain avaient partout détruit les anciens liens consanguins et, du même coup, les derniers vestiges d'activité locale et nationale autonome. L'appartenance au monde romain, qualité de fraîche date, n'offrait point de compensation: elle n'exprimait pas une nationalité, mais seulement l'absence de nationalité. Les éléments de nations nouvelles existaient partout; les dialectes latins des différentes provinces se différenciaient de plus en plus; les frontières naturelles, qui avaient fait autrefois de l'Italie, de la Gaule, de l'Espagne et de l'Afrique des territoires autonomes, existaient encore et se faisaient toujours sentir. Mais nulle part n'existait la force capable de forger, avec ces éléments, de nouvelles nations. Nulle part il ne restait trace d'une capacité de développement, d'une force de résistance et, moins encore, d'un pouvoir créateur. L'énorme masse humaine de l'énorme territoire n'avait qu'un seul lien qui l'unît: l'État romain, et celui-ci, avec le temps, était devenu son pire ennemi, son pire oppresseur. Les provinces avaient anéanti Rome; Rome même était devenue une ville de province comme les autres, - privilégiée, mais non plus souveraine, - non plus centre de l'Empire universel, non plus même siège des empereurs et sous-empereurs qui résidaient à Constantinople, à Trèves, à Milan. L’État romain était devenu une machine gigantesque, compliquée, exclusivement destinée à pressurer les sujets. Impôts, corvées, prestations de toutes sortes enfonçaient la masse de la population dans une misère toujours plus profonde; l'oppression était poussée jusqu'à l'intolérable par les exactions des gouverneurs, des collecteurs d'impôts, des soldats. Voilà où avaient abouti l'État romain et son hégémonie mondiale: celui-ci fondait son droit à l'existence sur le maintien de l'ordre à l'intérieur, et sur la protection contre les Barbares à l'extérieur. Mais son ordre était pire que le pire des désordres, et les Barbares, contre lesquels il prétendait protéger les citoyens, étaient attendus par ceux-ci comme des sauveurs."]

    ******************************************************

    ENFIN BREF, tout cela pour dire que, les gens semblant par nature durs de la comprenette dans les milieux gauchistes, il est aussi possible de formuler les choses en des termes simples : ce que nous voulons, en lieu et place de l’État bourgeois français tel qu'il est, c'est une Union soviétique (telle que conçue par Lénine au début des années 1920) d'Hexagone... Point.

    D'Hexagone, ou pourquoi pas d'Europe ; en tout cas, des parties de l'Europe qui seraient dans un premier temps libérées du capitalisme par la révolution ; bref – ce genre de question se posera directement en son temps dans la réalité de la lutte, nous n'en sommes pas là.

    Tout simplement parce que le renversement du capitalisme DEVRA signifier, ne PEUT PAS signifier autre chose, que soit brisée l'organisation politico-économique des territoires en Centres financiers d'accumulation capitaliste et Périphéries plus ou moins, mais toujours, reléguées et "pompées" (lire à ce sujet : reflexions-a-partir-de-samir-amin - bouamama-basques-algeriens-colonisation-int-ext) ; organisation intrinsèque à la Modernité capitaliste et qui de fait, aussi longtemps qu'existent ces "hiérarchies géographiques" entre pays, régions d'un pays, etc., "bloque" en réalité tout déploiement d'une lutte des classes "pure", possédants vs exploités.

    Par conséquent, la voie de la raison matérialiste dans la situation concrète de notre époque, c'est d'aller vers... ce qu'était l'URSS (dans sa conception initiale léniniste) : de grands "États-continents" confédéraux, multiculturels, multilinguistiques et inclusifs (en plus, bien sûr, d'être résolument anticapitalistes).

    Car lorsque l'on critique le "tribalisme" des Catalans, Basques, Bretons, Corses ou autres, et cela peut parfois avoir sa part de vérité, l'on a tout de même tendance à oublier, en tout premier lieu, que les États européens existants ne sont ni plus ni moins que des "tribalismes qui ont réussi" : des régions qui en ont conquis d'autres, pour finir par proclamer ces ensembles de conquêtes des "États-nations", lancés à leur tour dans des affrontements "tribaux" avec les ensembles voisins ; tout cela sous un modèle centraliste uniculturel, unilinguistique et exclusif.

    Quant aux grands États-continents capitalistes qui existent déjà, comme les États-Unis ou le Canada, la Russie ou l'Inde, certes ils sont officiellement fédéraux, seul moyen pour eux de s'assurer une certaine stabilité et de n'avoir pas déjà explosé ; mais ce fédéralisme n'en reste pas moins très largement factice, "cache-sexe" d'une domination féroce sur tout un ensemble de groupes humains (Noirs, Latinos et Nations indigènes en Amérique du Nord, Caucasiens, Peuples sibériens et autres non-russes en Russie, Kashmiris, Tamouls, Adivasis "tribaux" et autres non-hindoustanis, musulmans et basses castes en Inde) ; tandis que de son côté l'Union Européenne est une tentative, précisément pour faire face à ces puissances concurrentes, de bâtir un tel super-État continental bourgeois et technocratique autour et au service des "pôles" de Paris et de la vallée du Rhin (Ouest de l'Allemagne, Bénélux), dominant et écrasant le reste comme l'avait fait auparavant chaque État membre avec ses "provinces" (rendant certes cocasse lorsque les "souverainistes" desdits États se plaignent de cette domination...) : il va de soi, bien entendu, que ces "modèles"-là d’États-"continents" ne sont pas les nôtres et sont au contraire résolument à combattre et détruire.

    Voilà donc : à partir de là, ce programme qui est le nôtre, vous pouvez le vomir ; mais au moins saurez-vous clairement sur quoi se déversent vos vomissures...


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  • La révolution socialiste et le droit des nations
    à disposer d'elles-mêmes

     

    V. I. LÉNINE


    I. L’impérialisme, le socialisme et la libération des nations opprimées

    L'impérialisme est le stade suprême de développement du capitalisme. Dans les pays avancés, le capital a débordé le cadre des États nationaux et substitué le monopole à la concurrence, en créant toutes les prémisses objectives pour la réalisation du socialisme. Voilà pourquoi, en Europe occidentale et aux États-Unis, s'inscrit à l'ordre du jour la lutte révolutionnaire du prolétariat pour le renversement des gouvernements capitalistes, pour l'expropriation de la bourgeoisie. L'impérialisme pousse les masses à cette lutte, en exacerbant dans de vastes proportions les contradictions de classes, en aggravant la situation de ces masses aussi bien sous le rapport économique - trusts, vie chère - que sous le rapport politique : développement du militarisme, multiplication des guerres, renforcement de la réaction, affermissement et extension du joug national et du pillage des colonies. Le socialisme victorieux doit nécessairement instaurer une démocratie intégrale et, par conséquent, non seulement instaurer une égalité totale en droits des nations, mais aussi mettre en application le droit des nations opprimées à disposer d'elles-mêmes, c'est-à-dire le droit à la libre séparation politique. Les partis socialistes qui ne prouveraient pas par toute leur activité maintenant, pendant la révolution et après sa victoire, qu'ils affranchiront les nations asservies et établiront leurs rapports avec elles sur la base d'une alliance libre - et l'alliance libre est une formule mensongère si elle n'implique pas la liberté de séparation - ces partis trahiraient le socialisme.

    Certes, la démocratie est aussi une forme d’État, qui devra disparaître quand celui-ci disparaîtra lui-même, mais cela n'arrivera que lors du passage du socialisme définitivement victorieux et affermi au communisme intégral.

    II. La révolution socialiste et la lutte pour la démocratie

    La révolution socialiste, ce n'est pas un acte unique, une bataille unique sur un seul front, c'est toute une époque de conflits de classes aigus, une longue succession de batailles sur tous les fronts, c'est-à-dire sur toutes les questions d'économie et de politique, batailles qui ne peuvent finir que par l'expropriation de la bourgeoisie. Ce serait une erreur capitale de croire que la lutte pour la démocratie est susceptible de détourner le prolétariat de la révolution socialiste ou d'éclipser celle-ci, de l'estomper, etc. Au contraire, de même qu'il est impossible de concevoir un socialisme victorieux qui ne réaliserait pas la démocratie intégrale, de même le prolétariat ne peut se préparer à la victoire sur la bourgeoisie s'il ne mène pas une lutte générale, systématique et révolutionnaire pour la démocratie.

    Une erreur non moins grave serait de supprimer un des paragraphes du programme démocratique, par exemple celui concernant le droit des nations à disposer d'elles-mêmes, sous prétexte que ce droit serait "irréalisable" ou "illusoire" à l'époque de l'impérialisme. L'affirmation selon laquelle le droit des nations à disposer d'elles-mêmes est irréalisable dans le cadre du capitalisme peut être prise soit dans un sens absolu, économique, soit dans un sens relatif, politique.

    Dans le premier cas, cette affirmation est foncièrement erronée au point de vue théorique. Premièrement, sont irréalisables dans ce sens, en régime capitaliste, par exemple la monnaie de travail ou la suppression des crises, etc. Mais il est absolument faux que le droit des nations à disposer d'elles-mêmes soit également irréalisable. Deuxièmement, l'exemple de la séparation de la Norvège d'avec la Suède, en 1905, suffit à lui seul pour réfuter ce "caractère irréalisable" compris dans ce sens. Troisièmement, il serait ridicule de nier qu'un petit changement du rapport des forces politiques et stratégiques, par exemple entre l'Allemagne et l'Angleterre, rendrait parfaitement "réalisable" aujourd'hui ou demain la formation de nouveaux États : polonais, indien, etc. Quatrièmement, le capital financier, dans sa tendance à l'expansion, achètera et soudoiera "librement" le gouvernement démocratique et républicain le plus libre et les fonctionnaires élus de n'importe quel pays, fût-il "indépendant". La domination du capital financier, comme celle du capital en général, ne saurait être éliminée par quelque transformation que ce soit dans le domaine de la démocratie politique; or, l'autodétermination se rapporte entièrement et exclusivement à ce domaine. Mais cette domination du capital financier n'abolit nullement l'importance de la démocratie politique en tant que forme plus libre, plus large et plus claire de l'oppression de classe et de la lutte des classes. C'est pourquoi tous les raisonnements présentant comme "irréalisable", du point de vue économique, l'une des revendications de la démocratie politique en régime capitaliste procèdent d'une définition théoriquement fausse des rapports généraux et fondamentaux du capitalisme et de la démocratie politique en général.

    Dans le second cas, cette affirmation est incomplète et inexacte. Car ce n'est pas seulement le droit des nations à disposer d'elles-mêmes, mais toutes les revendications fondamentales de la démocratie politique qui, à l'époque de l'impérialisme, ne sont "réalisables" qu'incomplètement, sous un aspect tronqué et à titre tout à fait exceptionnel (par exemple, la séparation de la Norvège d'avec la Suède, en 1905). La revendication de l'affranchissement immédiat des colonies, formulée par tous les social-démocrates révolutionnaires, est elle aussi "irréalisable" en régime capitaliste sans toute une série de révolutions. Cependant, cela n'entraîne nullement la renonciation de la social-démocratie à la lutte immédiate et la plus résolue pour toutes ces revendications - cette renonciation ferait tout simplement le jeu de la bourgeoisie et de la réaction - tout au contraire, il en découle la nécessité de formuler toutes ces revendications et de les faire aboutir non pas en réformistes, mais en révolutionnaires; non pas en restant dans le cadre de la légalité bourgeoise, mais en le brisant; non pas en se contentant d'interventions parlementaires et de protestations verbales, mais en entraînant les masses à l'action, en élargissant et en attisant la lutte autour de chaque revendication démocratique, fondamentale jusqu'à l'assaut direct du prolétariat contre la bourgeoisie, c'est-à-dire jusqu'à la révolution socialiste qui exproprie la bourgeoisie. La révolution socialiste peut éclater non seulement à la suite d'une grande grève ou d'une manifestation de rue, ou d'une émeute de la faim, ou d'une mutinerie des troupes, ou d'une révolte coloniale, mais aussi à la suite d'une quelconque crise politique du genre de l'affaire Dreyfus ou de l'incident de Saverne [1] ou à la faveur d'un référendum à propos de la séparation d'une nation opprimée, etc.

    Le renforcement de l'oppression nationale à l'époque de l'impérialisme commande à la social-démocratie, non pas de renoncer à la lutte "utopique", comme le prétend la bourgeoisie, pour la liberté de séparation des nations, mais, au contraire, d'utiliser au mieux les conflits qui surgissent également sur ce terrain, comme prétexte à une action de masse et à des manifestations révolutionnaires contre la bourgeoisie.

    III. La signification du droit des nations à disposer d’elles-mêmes et son rapport avec la fédération

    Le droit des nations à disposer d'elles-mêmes signifie exclusivement leur droit à l'indépendance politique, à la libre séparation politique d'avec la nation qui les opprime. Concrètement, cette revendication de la démocratie politique signifie l'entière liberté de propagande en faveur de la séparation et la solution de ce problème par la voie d'un référendum au sein de la nation qui se sépare. Ainsi, cette revendication n'a pas du tout le même sens que celle de la séparation, du morcellement, de la formation de petits États. Elle n'est que l'expression conséquente de la lutte contre toute oppression nationale. Plus le régime démocratique d'un État est proche de l'entière liberté de séparation, plus seront rares et faibles, en pratique, les tendances à la séparation, car les avantages des grands États, au point de vue aussi bien du progrès économique que des intérêts de la masse, sont indubitables, et ils augmentent sans cesse avec le développement du capitalisme. Reconnaître le droit d'autodétermination n'équivaut pas à reconnaître le principe de la fédération. On peut être un adversaire résolu de ce principe et être partisan du centralisme démocratique, mais préférer la fédération à l'inégalité nationale, comme la seule voie menant au centralisme démocratique intégral. C'est précisément de ce point de vue que Marx, tout en étant centraliste, préférait même la fédération de l'Irlande avec l'Angleterre à l'assujettissement forcé de l'Irlande par les Anglais.

    Le socialisme a pour but, non seulement de mettre fin au morcellement de l'humanité en petits États et à tout particularisme des nations, non seulement de rapprocher les nations, mais aussi de réaliser leur fusion. Et, précisément pour atteindre ce but, nous devons, d'une part, expliquer aux masses le caractère réactionnaire de l'idée de Renner et de O. Bauer sur ce qu'ils appellent l'"autonomie nationale culturelle [2]" et, d'autre part, revendiquer la libération des nations opprimées, non pas en alignant des phrases vagues et générales, des déclamations vides de sens, non pas en "ajournant" la question jusqu'à l'avènement du socialisme, mais en proposant un programme politique clairement et exactement formulé, qui tienne tout particulièrement compte de l'hypocrisie et de la lâcheté des socialistes des nations oppressives. De même que l'humanité ne peut aboutir à l'abolition des classes qu'en passant par la période de transition de la dictature de la classe opprimée, de même elle ne peut aboutir à la fusion inévitable des nations qu'en passant par la période de transition de la libération complète de toutes les nations opprimées, c'est-à-dire de la liberté pour elles de se séparer.

    IV. Comment le prolétariat révolutionnaire doit poser le problème du droit des nations à disposer d’elles-mêmes

    Ce n'est pas seulement la revendication du droit des nations à disposer d'elles-mêmes, mais tous les points de notre programme-minimum démocratique qui ont été autrefois, dès le XVII° et le XVIII° siècle, formulés par la petite bourgeoisie. Et la petite bourgeoisie continue à les formuler tous d'une façon utopique, sans voir la lutte des classes et son aggravation à l'époque de la démocratie, et en croyant au capitalisme "pacifique".

    Telle est précisément l'utopie d'une union pacifique de nations égales en droit à l'époque de l'impérialisme, utopie qui trompe le peuple et que prônent les partisans de Kautsky. À l'opposé de cette utopie petite bourgeoise et opportuniste, le programme de la social-démocratie doit mettre au premier plan, comme un fait fondamental, essentiel et inévitable à l'époque de l'impérialisme, la division des nations en nations oppressives et nations opprimées. Le prolétariat des nations oppressives ne peut se contenter de phrases générales, stéréotypées, rabâchées par tous les bourgeois pacifistes, contre les annexions et pour l'égalité en droits des nations en général. Il ne peut passer sous silence le problème, particulièrement "désagréable" pour la bourgeoisie impérialiste, des frontières des États fondés sur l'oppression nationale. Il ne peut pas ne pas lutter contre le maintien par la force des nations opprimées dans les frontières de ces États ; autrement dit, il doit lutter pour le droit d'autodétermination. Il doit revendiquer la liberté de séparation politique pour les colonies et les nations opprimées par "sa" nation. Sinon, l'internationalisme du prolétariat demeure vide de sens et verbal ; ni la confiance, ni la solidarité de classe entre les ouvriers de la nation opprimée et de celle qui opprime ne sont possibles; et l'hypocrisie des défenseurs réformistes et kautskistes de l'autodétermination, qui ne disent rien des nations opprimées par "leur propre" nation et maintenues de force au sein de "leur propre" État, n'est pas démasquée.

    D'autre part, les socialistes des nations opprimées doivent s'attacher à promouvoir et à réaliser l'unité complète et absolue, y compris sur le plan de l'organisation, des ouvriers de la nation opprimée avec ceux de la nation oppressive. Sans cela, il est impossible de sauvegarder une politique indépendante du prolétariat et sa solidarité de classe avec le prolétariat des autres pays, devant les manœuvres de toutes sortes, les trahisons et les tripotages de la bourgeoisie. Car la bourgeoisie des nations opprimées convertit constamment les mots d'ordre de libération nationale en une mystification des ouvriers : en politique intérieure, elle exploite ces mots d'ordre pour conclure des accords réactionnaires avec la bourgeoisie des nations dominantes (voir l'exemple des Polonais en Autriche et en Russie, qui concluent des marchés avec la réaction pour opprimer les Juifs et les Ukrainiens) ; en politique extérieure, elle cherche à pactiser avec une des puissances impérialistes rivales pour réaliser ses buts de rapine (politique des petits États dans les Balkans, etc.).

    Le fait que la lutte contre une puissance impérialiste pour la liberté nationale peut, dans certaines conditions, être exploitée par une autre "grande" puissance dans ses propres buts également impérialistes, ne peut pas plus obliger la social-démocratie à renoncer au droit des nations à disposer d'elles-mêmes, que les nombreux exemples d'utilisation par la bourgeoisie des mots d'ordre républicains dans un but de duperie politique et de pillage financier, par exemple dans les pays latins, ne peuvent obliger les social-démocrates à renier leur républicanisme [3].

    V. Le marxisme et le proudhonisme dans la question nationale

    À l'opposé des démocrates petits-bourgeois, Marx voyait dans toutes les revendications démocratiques sans exception non pas un absolu, mais l'expression historique de la lutte des masses populaires, dirigées par la bourgeoisie, contre le régime féodal. Il n'est pas une seule de ces revendications qui, dans certaines circonstances, ne puisse servir et n'ait servi à la bourgeoisie à tromper les ouvriers. Il est radicalement faux, du point de vue théorique, de monter en épingle, à cet égard, l'une des revendications de la démocratie politique, à savoir le droit des nations à disposer d'elles-mêmes, et de l'opposer à toutes les autres. Dans la pratique, le prolétariat ne peut conserver son indépendance qu'en subordonnant sa lutte pour toutes les revendications démocratiques, sans en excepter la république, à sa lutte révolutionnaire pour le renversement de la bourgeoisie.

    D'autre part, à l'opposé des proudhoniens, qui "niaient" la question nationale "au nom de la révolution sociale", Marx mettait au premier plan, en considérant par-dessus tout les intérêts de la lutte de classe du prolétariat des pays avancés, le principe fondamental de l'internationalisme et du socialisme : un peuple qui en opprime d'autres ne saurait être libre. C'est du point de vue des intérêts du mouvement révolutionnaire des ouvriers allemands que Marx réclamait en 1848 que la démocratie victorieuse d'Allemagne proclamât et accordât la liberté aux peuples opprimés par les Allemands. C'est du point de vue de la lutte révolutionnaire des ouvriers anglais que Marx réclamait, en 1869, la séparation de l'Irlande d'avec l'Angleterre. Et il ajoutait : "Dût-on, après la séparation, aboutir à la fédération". Ce n'est qu'en formulant cette revendication que Marx éduquait véritablement les ouvriers anglais dans un esprit internationaliste. C'est ainsi seulement qu'il pouvait opposer une solution révolutionnaire de ce problème historique aux opportunistes et au réformisme bourgeois, qui, jusqu'à présent, après un demi-siècle, n'a toujours pas réalisé la "réforme" irlandaise. C'est ainsi seulement qu'il pouvait, à l'encontre des apologistes du capital qui criaient à l'utopisme et à l'impossibilité de réaliser pour les petites nations le droit à la séparation, et proclamaient le caractère progressiste de la concentration non seulement économique, mais aussi politique, défendre le caractère progressiste de cette concentration opérée d'une manière non impérialiste, et défendre le rapprochement des nations basé non pas sur la violence, mais sur la libre union des prolétaires de tous les pays. C'est ainsi seulement qu'il pouvait opposer à la reconnaissance verbale, et souvent hypocrite, de l'égalité des nations et de leur droit à disposer d'elles-mêmes l'action révolutionnaire des masses également en ce qui concerne la solution des problèmes nationaux. La guerre impérialiste de 1914-1916 et les écuries d'Augias de l'hypocrisie opportuniste et kautskiste qu'elle a révélé ont nettement confirmé la justesse de cette politique de Marx, qui doit servir de modèle à tous les pays avancés, puisque chacun d'eux opprime actuellement des nations étrangères. [4]

    VI. Trois types de pays par rapport au droit des nations à disposer d’elles-mêmes

    Il faut, sous ce rapport, distinguer trois principaux types de pays.

    Premièrement, les pays capitalistes avancés de l'Europe occidentale et les États-Unis. Les mouvements nationaux progressistes bourgeois y ont depuis longtemps pris fin. Chacune de ces "grandes" nations opprime d'autres nations dans les colonies et à l'intérieur de ses frontières. Les tâches du prolétariat des nations dominantes y sont précisément celles du prolétariat de l'Angleterre, au XIX° siècle, à l'égard de l'Irlande [5].

    Deuxièmement, l'Est de l'Europe : l'Autriche, les Balkans et surtout la Russie. C'est au XX° siècle que s'y sont particulièrement développés les mouvements nationaux démocratiques bourgeois et que la lutte nationale y a pris un caractère particulièrement aigu. Dans ces pays, les tâches du prolétariat, tant pour achever la transformation démocratique bourgeoise que pour aider la révolution socialiste dans les autres pays, ne peuvent pas être menées à bien s'il n'y défend pas le droit des nations à disposer d'elles-mêmes. Particulièrement difficile et particulièrement importante y est la tâche consistant à fusionner la lutte de classe des ouvriers des nations oppressives et des ouvriers des nations opprimées.

    Troisièmement, les pays semi-coloniaux comme la Chine, la Perse, la Turquie, et toutes les colonies totalisent environ 1000 millions d'habitants. Là, les mouvements démocratiques bourgeois ou bien commencent à peine, ou bien sont loin d'être à leur terme. Les socialistes ne doivent pas seulement revendiquer la libération immédiate, sans condition et sans rachat, des colonies (et cette revendication, dans son expression politique, n'est pas autre chose que la reconnaissance du droit des nations à disposer d'elles-mêmes) ; les socialistes doivent soutenir de la façon la plus résolue les éléments les plus révolutionnaires des mouvements démocratiques bourgeois de libération nationale de ces pays et aider à leur insurrection (ou, le cas échéant, à leur guerre révolutionnaire) contre les puissances impérialistes qui les oppriment.

    VII. Le social-chauvinisme et le droit des nations à disposer d’elles-mêmes

    L'époque impérialiste et la guerre de 1914-1916 ont mis particulièrement en relief la nécessité de lutter contre le chauvinisme et le nationalisme dans les pays avancés. En ce qui concerne le droit des nations à disposer d'elles-mêmes, il existe deux nuances principales parmi les social-chauvins, c'est-à-dire les opportunistes et les kautskistes, qui maquillent et idéalisent la guerre impérialiste, réactionnaire, en lui appliquant la notion de "défense de la patrie".

    D'une part, nous voyons les serviteurs déclarés de la bourgeoisie, qui défendent les annexions sous prétexte que l'impérialisme et la concentration politique sont progressistes, et qui nient le droit d'autodétermination en le déclarant utopique, illusoire, petit-bourgeois, etc. Ce groupe comprend : Cunow, Parvus et les ultra-opportunistes en Allemagne, une partie des fabiens et des chefs des trade-unions en Angleterre, les opportunistes en Russie : Semkovski, Liebmann, Iourkévitch, etc.

    D'autre part, nous voyons les kautskistes, auxquels se rattachent également Vandervelde, Renaudel et beaucoup de pacifistes d'Angleterre et de France, etc. Ils sont pour l'unité avec les premiers et, en fait, ils les rejoignent pleinement en défendant d'une façon purement verbale et hypocrite le droit d'autodétermination : ils estiment "exagérée" ("zu viel verlangt" : Kautsky dans la Neue Zeit du 21 mai 1915) la revendication du droit de séparation politique; ils n'affirment pas la nécessité d'une tactique révolutionnaire des socialistes des nations oppressives, mais estompent au contraire leurs obligations révolutionnaires, justifient leur opportunisme, les aident à mystifier le peuple, éludent comme par hasard la question des frontières des États qui maintiennent de force dans leur sein des nations lésées dans leurs droits, etc.

    Les uns comme les autres sont des opportunistes qui prostituent le marxisme parce qu'ils ont perdu toute faculté de comprendre la portée théorique et l'importance pratique capitale de la tactique de Marx, explicitée par lui-même à propos de l'Irlande.

    En ce qui concerne plus particulièrement les annexions, ce problème a acquis une actualité toute spéciale du fait de la guerre. Mais qu'est-ce qu'une annexion ? Il est aisé de se convaincre que l'opposition aux annexions se ramène à la reconnaissance du droit des nations à disposer d'elles-mêmes, ou bien elle repose sur une phraséologie pacifiste qui défend le statu quo et est hostile à toute violence, même révolutionnaire. Une telle position est foncièrement fausse et inconciliable avec le marxisme.

    VIII. Les tâches concrètes du prolétariat dans le proche avenir

    La révolution socialiste peut débuter dans le plus proche avenir. Dès lors, le prolétariat se trouvera placé devant les tâches immédiates que voici : conquête du pouvoir, expropriation des banques et réalisation d'autres mesures dictatoriales. La bourgeoisie - et surtout les intellectuels du type des fabiens et des kautskistes - s'efforcera à ce moment de morceler et de freiner la révolution en lui imposant des buts limités, démocratiques. Si toutes les revendications purement démocratiques sont susceptibles, dans le cas où l'assaut des prolétaires a déjà commencé contre les fondements du pouvoir de la bourgeoisie, de constituer en un sens un obstacle pour la révolution, la nécessité de proclamer et de réaliser la liberté de tous les peuples opprimés (c'est-à-dire leur droit à l'autodétermination) sera tout aussi essentielle pour la révolution socialiste qu'elle l'a été pour la victoire de la révolution démocratique bourgeoise, par exemple dans l'Allemagne de 1848 ou dans la Russie de 1905.

    Il est possible, toutefois, qu'il s'écoule cinq ans, dix ans, voire davantage, avant le début de la révolution socialiste. À l'ordre du jour s'inscrira l'éducation révolutionnaire des masses dans un esprit qui rendrait impossibles l'appartenance des socialistes chauvins et opportunistes au parti ouvrier, ainsi que la répétition de leur victoire de 1914-1916.

    Les socialistes devront expliquer aux masses que les socialistes anglais qui ne revendiquent pas la liberté de séparation pour les colonies et l'Irlande, - que les socialistes allemands qui ne revendiquent pas la liberté de séparation pour les colonies, les Alsaciens, les Danois et les Polonais, et qui n'étendent pas la propagande révolutionnaire et l'action de masse révolutionnaire jusque dans le domaine de la lutte contre le joug national, qui n'utilisent pas les incidents comme celui de Saverne pour développer une très large propagande illégale parmi le prolétariat de la nation oppressive, pour organiser des manifestations de rue et des actions révolutionnaires de masse, - que les socialistes russes qui ne revendiquent pas la liberté de séparation pour la Finlande, la Pologne, l'Ukraine, etc., etc., - que ces socialistes agissent en chauvins, en laquais des monarchies impérialistes et de la bourgeoisie impérialiste qui se sont couvertes de sang et de boue.

    IX. L’attitude de la social-démocratie russe et polonaise et de la II° Internationale envers le droit des nations à disposer d’elles-mêmes

    Les divergences de vue qui existent entre les social-démocrates révolutionnaires de Russie et les social-démocrates polonais en ce qui concerne l'autodétermination se sont manifestées dès 1903, au congrès qui a adopté le programme du Parti Ouvrier Social-Démocrate de Russie, et qui, malgré la protestation de la délégation des social-démocrates polonais, y a inclus le §9, qui reconnaît le droit des nations à disposer d'elles-mêmes. Depuis cette date, les social-démocrates polonais n'ont jamais repris, au nom de leur parti, leur proposition d'éliminer ce §9 du programme de notre parti ou de lui substituer une autre formule quelconque.

    En Russie, où 57 pour cent au moins de la population, plus de 100 millions d'habitants, appartiennent aux nations opprimées, - où ces nations peuplent principalement les régions périphériques, - où une partie de ces nations est plus cultivée que les Grands-Russes, où le régime politique est particulièrement barbare et médiéval, - où la révolution démocratique bourgeoise n'est pas encore achevée, - en Russie donc, la reconnaissance du droit de libre séparation d'avec la Russie des nations opprimées par le tsarisme est absolument obligatoire pour les social-démocrates, au nom de leurs objectifs démocratiques et socialistes. Notre parti, reconstitué en janvier 1912, a adopté en 1913 une résolution [6] qui confirme le droit d'autodétermination et l'explique précisément dans le sens concret indiqué plus haut. Le déchaînement du chauvinisme grand-russe en 1914-1916, tant au sein de la bourgeoisie que parmi les socialistes opportunistes (Roubanovitch, Plekhanov, Naché Diélo, etc.) nous donne une raison supplémentaire d'insister sur cette revendication et de considérer que ceux qui la rejettent soutiennent pratiquement le chauvinisme grand-russe et le tsarisme. Notre parti déclare qu'il décline de la façon la plus résolue toute responsabilité pour cette levée de boucliers contre le droit d'autodétermination.

    Telle qu'elle a été récemment formulée, la position de la social-démocratie polonaise dans la question nationale (déclaration de la social-démocratie polonaise à la conférence de Zimmerwald) renferme les idées suivantes:

    Cette déclaration stigmatise les gouvernements allemands et autres qui considèrent les "régions polonaises" comme un gage dans le futur jeu des compensations, "en privant le peuple polonais de la possibilité de décider lui-même de son sort". "La social-démocratie polonaise proteste résolument et solennellement contre le découpage et le démembrement de tout un pays"... Elle flétrit les socialistes qui s'en rapportent aux Hohenzollern... pour "la libération des peuples opprimés". Elle exprime sa conviction que seule la participation à la lutte imminente du prolétariat révolutionnaire international, à la lutte pour le socialisme, "brisera les chaînes de l'oppression nationale, anéantira toutes les formes de domination étrangère, et garantira au peuple polonais la possibilité d'un libre et ample développement en qualité de membre égal de l'union des peuples". La déclaration indique que la guerre est "doublement fratricides pour les polonais". (Bulletin de la Commission socialiste internationale N°2, 27. IX. 1915, p. 15 ; traduction russe dans le recueil L'Internationale et la guerre, p. 97.)

    Ces thèses ne se différencient en rien, pour l'essentiel, de la reconnaissance du droit des nations à disposer d'elles-mêmes, mais leurs formules politiques sont encore plus imprécises et plus vagues que la plupart des programmes et résolutions de la II° Internationale. Toute tentative d'exprimer ces idées dans des formules politiques nettement définies et de préciser dans quelle mesure elles sont applicables au régime capitaliste ou seulement au régime socialiste ne pourra que faire ressortir l'erreur que commettent les social-démocrates polonais en niant le droit des nations à disposer d'elles-mêmes.

    La décision du Congrès socialiste international de Londres de 1896, qui reconnaissait le droit des nations à disposer d'elles-mêmes, doit être complétée sur la base des thèses exposées ci-dessus, par des indications soulignant :

    1. l'urgence particulière de cette revendication à l'époque de l'impérialisme,
    la nature politique conditionnelle et le contenu de classe de toutes les revendications de la démocratie politique, y compris celle-ci ;
    2. la nécessité de distinguer entre les tâches concrètes des social-démocrates des nations oppressives et celles des social-démocrates des nations opprimées ;
    3. la reconnaissance inconséquente, purement verbale et, par cela même, hypocrite quant à sa signification politique, du droit d'autodétermination par les opportunistes et les kautskistes ;
    4. le fait que la position des social-démocrates, particulièrement ceux des nations dominatrices (grands-russes, anglo-américains, allemands, français, italiens, japonais, etc.), qui ne défendent pas la liberté de séparation pour les colonies et les nations opprimées par "leurs" nations, est pratiquement identique à celle des chauvins ;
    5. la nécessité de subordonner la lutte pour cette revendication, comme pour toutes les revendications fondamentales de la démocratie politique, à la lutte révolutionnaire de masse directement orientée vers le renversement des gouvernements bourgeois et la réalisation du socialisme.

    Reprendre le point de vue de certaines petites nations et surtout des social-démocrates polonais, que leur lutte avec la bourgeoisie polonaise dont les mots d'ordre nationalistes trompent le peuple a conduit jusqu'au rejet erroné du droit d'autodétermination, serait, pour l'Internationale, commettre une faute théorique, substituer le proudhonisme au marxisme et, en pratique, soutenir involontairement le chauvinisme et l'opportunisme hautement dangereux des nations impérialistes.

    La Rédaction du "Social-Démocrate", organe central du P.O.S.D.R.

    Post-scriptum : Dans la Neue Zeit du 3 mars 1916, qui vient de paraître, Kautsky tend ouvertement une main chrétienne de réconciliation à Austerlitz, le représentant du plus sordide chauvinisme allemand, en refusant pour l'Autriche des Habsbourg la liberté de séparation des nations opprimées, mais en la reconnaissant pour la Pologne russe, afin de rendre un service de larbin à Hindenburg et à Guillaume II. Il serait difficile de souhaiter une meilleure auto-dénonciation du kautskisme !

    Écrit en janvier-février 1916

    Notes

    [1] L'incident de Saverne se produisit dans cette ville alsacienne en novembre 1913, à la suite des vexations infligées par un officier prussien aux Alsaciens. Elles soulevèrent l'indignation de la population locale, en majorité française, contre le joug de la clique militaire prussienne. À ce propos, voir l'article de Lénine "Saverne" (Œuvres, tome 19). [Ouais bon là, critique de Vladoche : les Alsaciens ne sont pas "français" ; contrairement à ce que l'intelligentsia rrrépublicaine francouille et le brave Hansi se plaisaient à penser à l'époque, leurs sentiments ne se résumaient pas à travers toutes les classes à un "rêve de redevenir français" (ce que les années suivant la réannexion de 1918 montreront amplement) ; et être anti-prussiens (sentiment que l'on serait tenté de qualifier de naturel, LOL) n'était en rien synonyme d'être francophiles ou "français".]

    [2] Voir la critique des idées de Renner et Bauer sur l'"autonomie nationale culturelle" dans les textes de Lénine "A propos de l'autonomie nationale culturelle", "notes critiques sur la question nationale".

    [3] Inutile de dire que repousser le droit d'autodétermination pour la raison qu'il en découlerait la nécessité de "défendre la patrie" serait tout à fait ridicule. C'est pour la même raison - c'est-à-dire aussi peu sérieusement - que les social-chauvins se réfèrent en 1914-1916 à n'importe quelle revendication de la démocratie (par exemple, à son républicanisme) et à n'importe quelle formule de lutte contre l'oppression nationale pour justifier la "défense de la patrie". Lorsque le marxisme déclare que la défense de la patrie se justifiait dans les guerres, par exemple, de la grande Révolution française, ou celles de Garibaldi, en Europe, et qu'elle ne se justifie pas dans la guerre impérialiste de 1914-1916, il procède de l'analyse des particularités historiques concrètes de chaque guerre en tant que telle, et nullement d'un "principe général", ni d'un paragraphe de programme. (Note de l’auteur)

    [4] On dit souvent - par exemple, ces derniers temps, le chauvin allemand Lensch, dans les numéros 8 et 9 de Die Glocke ("Die Glocke" - La Cloche, revue éditée à Munich, puis à Berlin entre 1915 et 1925, par un membre du parti social-démocrate allemand, le social-chauvin Parvus – NdE), - que l'attitude négative de Marx envers le mouvement national de certains peuples, par exemple les Tchèques en 1848, réfute du point de vue du marxisme la nécessité de reconnaître le droit des nations à disposer d'elles-mêmes. Mais cela est faux, car, en 1848, il y avait des raisons historiques et politiques d'établir une distinction entre les nations "réactionnaires" et les nations démocratiques révolutionnaires. Marx avait raison de condamner les premières et de défendre les secondes. Le droit d'autodétermination est une des revendications de la démocratie, qui doit naturellement être subordonnée aux intérêts généraux de la démocratie. En 1848 et dans les années suivantes, ces intérêts généraux consistaient, au premier chef, à combattre le tsarisme. (Note de l’auteur)

    [5] Dans certains petits États restés à l'écart de la guerre de 1914-1916, par exemple en Hollande et en Suisse, la bourgeoisie exploite énergiquement le mot d'ordre d'"autodétermination des nations" pour justifier la participation à la guerre impérialiste. C'est une des raisons qui poussent les social-démocrates de ces pays à nier le droit d'autodétermination. On défend par des arguments faux la juste politique du prolétariat, à savoir : la négation de la "défense de la patrie" dans la guerre impérialiste. Le résultat, c'est, en théorie, une altération du marxisme, et, dans la pratique, une sorte d'étroitesse de petite nation, l'oubli des centaines de millions d'hommes des nations asservies par les nations "impérialistes". Le camarade Gorter, dans son excellente brochure : L'impérialisme, la guerre et la social-démocratie, a tort de nier le principe de l'autodétermination des nations, mais j'applique de façon juste quand il revendique immédiatement I'"indépendance politique et nationale" des Indes néerlandaises et démasque les opportunistes hollandais qui refusent de formuler cette revendication et de lutter pour elle (Note de l’auteur).

    [6] Lénine fait allusion à la résolution qu'il avait rédigé sur la question nationale et qui fut adoptée par la conférence du C.C du P.O.S.D.R élargie aux militants responsables du parti qui eu lieu en octobre 1913. Pour des raisons de sécurité, la conférence fut appelé d'"été" ou d'"août".

     

    La révolution socialiste et le droit des nations à disposer d'elles-mêmes (Lénine, 1916)

     

    LIRE ABSOLUMENT AUSSI ce texte de G. I. Safarov (janvier 1921), bolchévik historique qui fut chargé autour de 1920 d'asseoir le pouvoir soviétique en Asie centrale en s'y confrontant à la fois à la résistance nationaliste anticommuniste locale (basmashis) et à la tendance au chauvinisme grand-russe de trop nombreux cadres "révolutionnaires" ; s'engageant notamment dans une polémique avec l'autre haut responsable dans la région Mikhaïl Tomsky ; polémique dans laquelle il aura le soutien de Lénine :


    L'évolution de la question nationale

    I

    L'expérience de la révolution n'a pas été suffisamment instructive en ce qui concerne la question nationale. Au début de la Révolution d'Octobre cette question ne s'est pas posée aussi concrètement, ni avec une importance et une acuité aussi tangibles qu'aujourd'hui. Dans la première année du pouvoir des soviets, le droit des peuples opprimés à disposer d'eux-mêmes s'est présenté avant tout comme la liquidation de l'héritage colonial de l'ancien Empire de Russie.

    La Russie tsariste opprimait et asservissait les « allogènes ». Le pouvoir des soviets devait leur apporter l'égalité nationale, jusque et y compris le droit de créer un État indépendant. Les besoins de la lutte avec la contre-révolution intérieure firent de cette question un problème de première urgence.

    Grâce à la concentration du prolétariat dans les grandes villes et les régions industrielles de la Russie Centrale, grâce à la position stratégique favorable occupée par ce prolétariat au cours de l'histoire russe, la prise du pouvoir fut on ne peut plus facile. Mais en même temps se trouvait déterminée d'avance la route historique de la contre-révolution russe, bourgeoise et aristocratique, route allant des provinces frontières vers le centre.

    Toute l'histoire précédente de Russie avait été l'histoire de la colonisation russe, et ce fait se marqua du coup lors de la prise du pouvoir par le prolétariat : il se heurta à la nécessité de surmonter l'antagonisme existant entre le centre russe prolétarien et les provinces frontières qui n'étaient ni russes, ni prolétariennes, entre les villes russes et les campagnes non russes.

    La clé de la victoire était dans la solution de la question nationale. Mais obtenir cette solution n'était pas facile. Il fallait d'abord faire l'éducation des masses prolétariennes russes infectées, dans leurs éléments arriérés tout au moins, d'un inconscient nationalisme qui les faisait considérer les villes russes comme le foyer de la révolution et les villages non russes comme le foyer de la petite-bourgeoisie, ce qui les portait à appliquer à ces villages les méthodes d'attaque employées contre le capital.

    Il fallait d'autre part surmonter la méfiance séculaire des provinces opprimées à l'égard du centre, la méfiance séculaire des villages non russes envers les villes et les usines russes. Les cités et les usines se sont développées et fortifiées sur les immenses étendues du monde paysan comme des centres de colonisation russe. Le Bachkir ne le sait que trop, puisque les usines du sud de l'Oural lui ont enlevé toute sa richesse et tout son sol ; le Kirghiz nomade ne le sait que trop, et regarde de travers le chemin de fer Orenbourg, Kazalinsk, Perovsk et Tachkent qui, jadis encore, étaient des nids de scorpions policiers ; le paysan pauvre d'Ukraine le sait aussi trop bien.

    L'attaque contre le capital, en dépassant les faubourgs de la ville, rencontrait un milieu où les classes n'étaient pas différenciées. Elle se heurtait à un mur infranchissable de méfiance nationale. La première attitude des campagnes non russes et opprimées était avant tout le désir que les villes russes cessent enfin de commander et laissent les nations opprimées chercher librement leur voie propre vers le développement national.

    Les éléments pauvres des nations opprimées considéraient le pouvoir des soviets comme une force hostile à leur caractère national. Les éléments aisés et les nationalistes du milieu intellectuel, devenus l'objet direct des réquisitions et des confiscations ainsi que de la lutte contre la contre-révolution, la spéculation et le sabotage, voyaient dans le pouvoir des soviets une menace directe à leur domination de classe ou à leurs privilèges de travailleurs intellectuels.

    Cet état d'esprit facilitait naturellement dans une large mesure les projets de la contre-révolution russe. Écrasée dans la première rencontre déclarée, elle s'empara naturellement avec joie des principes de séparation, de décentralisation et d'indépendance. Koltchak, « Maître Suprême de la Puissance Russe » et Denikine, chef « de la Russie Une et Indivisible », sont des figures de la seconde période de la contre-révolution russe. Avant de vendre sa « Patrie » bien-aimée sur le marché mondial, où la demande n'était pas encore suffisante, la contre-révolution se livra d'abord à un petit commerce intérieur, dans les provinces frontières de l'ancien Empire de Russie.

    L'expérience de la guerre civile apprit aux masses laborieuses des nationalités opprimées que la Rada d'Ukraine conduisait à l'Hetman Skoropadski et au général allemand Eichhorn, qu'il n'y avait pas loin de l'Alach-Orda1 à Koltchak2, qu'il est bien difficile de distinguer le gouvernement mussavatiste3 des rois du pétrole anglais.

    Les masses des prolétaires russes habitant les frontières comprirent aussi que sans le paysan moyen il était impossible de tenir contre les aristocrates et les généraux, que sans les « allogènes » il était impossible de créer la puissance mondiale du prolétariat. Le choc immédiat de la Russie soviétique avec l'impérialisme international obligea les nations opprimées à faire front avec le prolétariat russe contre la dictature impérialiste, puisque cette dernière exclut toute possibilité de démocratie et toute liberté nationale. La guerre civile est chose terrible, mais elle fait traverser aux peuples des époques entières de l'histoire. Au cours de la guerre civile les classes possédantes des nationalités opprimées ont montré aux plus retardataires leur impuissance intérieure et radicale à se maintenir sur leurs positions d'indépendance nationale dans la lutte entre le capital et les soviets.

    La conclusion de cette expérience était claire et indubitable : tous les mouvements nationaux bourgeois, conduits par les classes dirigeantes, ont une tendance naturelle à s'adapter à l'impérialisme, à entrer dans le système impérialiste des grandes puissances, des États-tampons et des colonies.

    La tendance naturelle, d'abord inconsciente, de tous les mouvements nationaux révolutionnaires, c'est au contraire de s'appuyer sur l'organisation gouvernementale et révolutionnaire du prolétariat des pays plus avancés, afin d'obtenir par cette voie la liberté de développer leur nationalité dans le système de l'économie socialiste mondiale en voie de construction.

    La structure de la Fédération des soviets de Russie, les décisions du Congrès des Peuples de l'Orient, l'alliance de fait des mouvements révolutionnaires orientaux avec le prolétariat révolutionnaire européen, en sont la preuve.

    Trois ans de pouvoir des soviets ont posé la question nationale à l'échelle mondiale comme une question de lutte de classe.

    II

    On peut dire avec plein droit que le pouvoir des soviets est la formule algébrique de la révolution. Le deuxième Congrès de l'Internationale Communiste l'a reconnu en disant que les peuples retardataires, avec l'aide du prolétariat des pays plus avancés, et grâce à la constitution de soviets, peuvent sauter le stade du capitalisme pour aborder immédiatement la préparation du communisme.

    Ce n'est pas une justification à l'usage des « colonisateurs socialistes », qui proclament toutes les particularités nationales un préjugé contre-révolutionnaire et ne reconnaissent que les préjugés nationaux des nations dominantes. Nos colonisateurs russes ne se différencient en rien des socialistes bourgeois de l'Internationale Jaune. Les combattre, c'est combattre l'influence bourgeoise sur le prolétariat ; bourgeoise, si radicales que soient les formes dans lesquelles elle se manifeste. Si on transporte telle quelle la révolution communiste dans les pays retardataires, on ne peut obtenir qu'un seul résultat, à savoir d'unir les masses exploitées avec les exploiteurs dans une lutte commune pour la liberté du développement national.

    Dans ces pays toutes les nationalisations et socialisations ont à peu près autant de fondement que pourrait avoir la nationalisation de l'exploitation minuscule du petit paysan ou celle des alênes de savetiers. Mais les soviets sont la forme de l'organisation de classe qui permet de passer plus facilement au communisme en partant des échelons les plus bas du développement historique.

    Le Kirghiz semi-prolétaire, le Bachkir pauvre, le paysan arménien, ont chacun dans leur pays des classes riches. Ces riches leur enlèvent le droit de disposer librement de leur travail, ils les asservissent en qualité de serfs agricoles, ils les privent des produits de leur peine, dont ils s'emparent comme d'un bénéfice d'usurier, ils les tiennent dans l'ignorance, ils gardent pour eux une sorte de monopole sur la culture nationale, soutenus en cela par les Mullahs, les Ichans4 et les Ulémas.

    Pour les travailleurs des pays arriérés, la démocratie bourgeoise ne peut représenter rien d'autre qu'un renforcement de la domination traditionnelle de cette demi-féodalité, demi-bourgeoise. La courte expérience de « l'autonomie de Kokand »5, qui avait plus de partisans parmi les policiers russes que parmi les pauvres musulmans, l'expérience de l'Alach-Orda, l'expérience de la domination mussavatiste dans l'Azerbaïdjan et de la domination dachnak en Arménie, l'expérience récente du gouvernement pseudo-nationaliste des marchands de Téhéran instruits dans les pays impérialistes d'Europe, en témoignent avec une entière clarté.

    Six années de grands bouleversements, de 1914 à 1920, ont apporté de lourdes épreuves aux travailleurs des pays arriérés. Les Kirghizes qui furent mobilisés en 1916 pour creuser des tranchées, ne réussissent pas encore aujourd'hui à récupérer leurs terres jadis données par le tsarisme aux paysans riches de Russie. Le nom de Koltchak est bien connu aussi aux anciens allogènes. La crise économique, l'absence de farine et de tissus a sensiblement alourdi l'asservissement de la classe pauvre chez les Kirghizes, en Bachkirie, au Turkestan, etc... Le manque de terre, loin de s'atténuer, n'a fait que croître, parce que que la disette grandissait, et que les nomades étaient obligés de devenir sédentaires.

    Dans les pays de l'Orient placés entre la vie et la mort, grâce au joug de l'impérialisme anglais, la crise débarrassa le marché des produits européens, mais elle augmenta en même temps les appétits des généraux occidentaux, des aventuriers et des usuriers nationaux.

    Contre tous ces maux, le seul remède, ce sont les soviets de travailleurs, qui en groupant les exploités doivent mettre fin à l'inégalité des classes, rendre le sol aux pauvres, débarrasser l'artisan des intermédiaires usuriers, affranchir les travailleurs des corvées et des impôts, entreprendre l'instruction des masses et l'amélioration radicale de leur situation d'existence, tout cela aux frais de l’État.

    Tout ce programme ne porte aucun caractère communiste. C'est seulement après sa réalisation que pourra commencer la préparation communiste parmi les peuples arriérés. Ici comme partout il nous faut terminer ce que n'a pas terminé, et ce qu'était incapable de terminer le capitalisme. La révolution communiste au cours de toute son histoire doit lutter contre les exploiteurs de toutes les périodes historiques et de toutes les catégories et les soviets sont pour elle l'arme principale, la forme universelle de cette lutte.

    III

    Le pouvoir des soviets est devenu la forme par laquelle se manifeste le droit des peuples opprimés à disposer d'eux-mêmes. L'organisation soviétique des peuples opprimés, au point de vue national, comme au point de vue politique, se heurte à une série d'obstacles pratiques, découlant de l'inégalité des classes et des injustices traditionnelles.

    Les énormes espaces, peuplés par les nationalités précédemment opprimées par le tsarisme, se trouvent à grande distance des voies ferrées. Exemple caractéristique, la ligne du Semirétché6, impossible à construire, bien que l'éloignement de cette région par rapport au Turkestan proprement dit permette aux gros paysans russes de conserver une existence autonome. Les nomades craignent la ville, parce qu'ils voient en elle un ancien nid de policiers.

    Il n'existe pas de caractères d'imprimerie musulmane, parce que l'imprimerie était le privilège de la nation dominante.

    Il n'y a pas de lettrés dans la langue indigène ; au Turkestan les cantons sont obligés de s'emprunter l'un à l'autre des secrétaires pour leurs comités exécutifs.

    Il n'y a pas de spécialiste pour le travail intellectuel et les intellectuels se comptent seulement par dizaines. Il n'y a pas de gens qui puissent enseigner à lire et à écrire. Cet été nous avons formé au Turkestan un millier de maîtres d'école musulmans, mais rien que pour les écoles déjà existantes, il nous en manque environ 1 500.

    Quant aux spécialistes russes, dans les provinces coloniales, nous ne pouvons les employer qu'avec les plus grandes précautions, car ils ont tous été plus ou moins les agents du joug et du pillage colonial. Leur sabotage proprement russe, qu'ils décorent de scrupules bureaucratiques et de références aux décrets, porte un caractère criminellement systématique.

    Enfin « l'internationalisme » blanc-russien n'est pas encore complètement déraciné dans le Parti communiste.

    L'application de toutes les mesures rencontre des obstacles dans l'absence d'abécédaires, de lettrés, de spécialistes indigènes, etc.

    Le Parti communiste doit se rendre nettement compte de ces faits. Il faut déclarer que l'autonomie soviétique des nationalités opprimées est une tâche urgente pour le Parti communiste et le pouvoir des soviets. Il faut concentrer sur ce problème l'attention des masses laborieuses de l'avant-garde du prolétariat et de tout l'appareil soviétique et communiste, comme nous l'avons fait autrefois à l'égard du paysan moyen.

    L'affranchissement de l'Orient où il y a plus qu'ailleurs d'esclavage national et d'asservissement de classe est aujourd'hui le clou de notre politique internationale et de la politique mondiale du prolétariat socialiste.

    C'est là que nous abordons pratiquement le problème de l'organisation de la République Internationale des Soviets et de l'économie socialiste mondiale. En trois ans de pouvoir des soviets la question nationale a subi bien des changements. Des formules déclaratives nous sommes passés à l'organisation pratique des nationalités7. De la lutte militaire avec la contre-révolution nationale, nous sommes passés à l'autonomie soviétique. De la lutte avec la contre-révolution intérieure nous sommes passés à la politique mondiale.

    Les conclusions qui s'imposent doivent être tirées par les Commissariats de l'Agriculture et de l'Approvisionnement, le Conseil Supérieur d’Économie Nationale et tous autres organes compétents, afin qu'un zèle excessif à faire exécuter nos mobilisations du travail, nos impôts en nature, etc., ne suscite pas une soi-disant « contre-révolution ». Tout notre parti doit être mobilisé moralement au service de l'affranchissement national des opprimés.

    G. SAFAROV.

    Notes

    1 Gouvernement provisoire kazakh, dirigé par le parti Alach, entre le 13 décembre 1917 et le 26 août 1920.

    2 Au moment de l'offensive des troupes de Koltchak sur Samara et Kazan en mars-avril 1919, le gouvernement Alach Orda soutint les soulèvements antisoviétiques dans les steppes de Tourgaï.

    3 Mouvement nationaliste azéri, à la tête du gouvernement de la République d'Azerbaïdjan (1918-1920), établie sous occupation britannique.

    4 Chefs spirituels laïques dans certains ordres musulmans (derviches).

    5 Entre décembre 1917 et février 1918 a été établi un pouvoir nominalement indépendant, soutenu par le Royaume-Uni, sur le territoire de l'ancien Khanat de Kokand, sur les territoires des actuels Ouzbékistan (est), Tadjikistan et Kirghizstan.

    6 Aujourd'hui la région du Jetisou au Kazakhstan.

    7 Dans Le bulletin communiste : « l'organisation pratique des nationalistes ».


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  • La lutte pour le droit à l’autodétermination nationale dans les pays impérialistes

    Article de Giuseppe Maj, membre du (nouveau) Parti communiste italien, paru en « Combat breton » no. 214 e 215 (nov. et déc. 2003). Diffusion par le Comité contre la Criminalisation de la Lutte pour la Reconstitution d’un Parti Communiste en Italie

    http://www.nuovopci.it/eile/fr/nazstato.html

    Dans l’article « La tête de mort » (cf. Combat breton n° 206, mars 2003), Jean-Pierre Le Mat appelle les camarades d’Emgann (le Mouvement de la gauche indépendantiste de Bretagne) à encadrer leur lutte dans le temps (dans l’histoire) et dans l’espace (dans l’actuel contexte social et politique), donc à définir l’objectif de leur lutte : c’est-à-dire ce qu’ils veulent et pas seulement ce contre quoi ils luttent. Autrement dit, Jean-Pierre Le Mat les pousse à ne pas rester un parti de la subversion et à se transformer en vrai parti révolutionnaire.

    Je suis un représentant du mouvement communiste italien. Je suis un des communistes qui luttent pour reconstruire un vrai Parti communiste en Italie. Plus précisément, je suis membre de la Commission Préparatoire du congrès fondateur du (nouveau) Parti communiste italien. La bourgeoisie impérialiste italienne a à peu près les mêmes problèmes que la bourgeoisie des autres États européens. La crise générale du capitalisme avance et elle doit éliminer les droits et les conquêtes de civilisation et de bien-être que les masses populaires lui ont arraché au cours des 70 premières années du XXème siècle, pendant la première vague de la révolution prolétarienne. Les masses populaires s’opposent à cette élimination et partout dans le monde la bourgeoisie impérialiste emploie tous les moyens que la situation politique concrète du pays lui permet d’employer pour empêcher la formation des centres d’agrégation, de promotion, d’orientation, d’organisation et’ de direction de la résistance des masses populaires. Le mouvement communiste et le (nouveau) Parti communiste italien sont donc frappé par dès campagnes de répression qui se succèdent les unes après les autres. Suite à la collaboration des autorités françaises avec les autorités italiennes, je suis prisonnier depuis le 23 juin à la maison d’arrêt de Paris-La Santé, tandis qu’un autre membre de la Commission Préparatoire est incarcéré à la maison d’arrêt de Fleury Mérogis. À la Santé, j’ai rencontré des prisonniers politiques bretons, corses, basques et musulmans et j’ai pu mieux connaître le Mouvement de la gauche indépendantiste bretonne. Historiquement, la prison est une école pour nous les communistes et les révolutionnaires, la répression pousse à développer la lutte antirépressive. Donc, même si la bourgeoisie ne le veut pas, la contre-révolution aide au développement de la révolution ; comme Marx le disait dans « Les luttes de classes en France, 1848-1850 » : « ... C’est seulement en faisant surgir une contre-révolution compacte, puissante, en se créant un adversaire et en le combattant que le parti de la subversion a pu enfin devenir un parti vraiment révolutionnaire ».

    Nous les communistes italiens, nous soutenons les luttes pour le droit à l’autodétermination nationale même dans les pays impérialistes. Pourquoi ? En répondant à cette question, on aborde implicitement les sujets posés par Jean-Pierre Le Mat. À mon avis la réponse peut intéresser les indépendantistes bretons et les communistes de France.

    Le droit à l’autodétermination nationale (qui bien sûr comprend le droit à la sécession et à constituer un État indépendant, il s’agit donc d’une chose tout à fait distincte de l’autonomie locale) est un des droits démocratiques des masses populaires. Or la défense et l’élargissement des droits démocratiques des masses populaires dans les pays impérialistes constituent un aspect incontournable de notre lutte pour créer des nouveaux pays socialistes et pour avancer vers le communisme sous les drapeaux du socialisme.

    Pendant son essor et la construction de son système social en Europe occidentale, c’est-à-dire dans la période qui s’étire du XIIème jusqu’au XIXème siècle, la bourgeoisie a créé ses États nationaux. Poussée par les besoins de ses affaires et de ses échanges la bourgeoisie a cherché à créer des marchés et des champs d’action toujours plus larges et à les transformer selon ses besoins. Elle a exploité l’héritage culturel et politique que l’histoire lui léguait pour éliminer les barrières entre populations et entre régions. Elle a exploité l’unité politique pour unifier les populations de grands territoires même sur le terrain de l’activité économique, de la langue, du droit civil et pénal, de la culture : dans toutes les relations qui forment la « société civile ». D’une façon ou d’une autre elle a obligé des populations différentes entre elles à former une seule nation.

    Il est indéniable que les nations actuelles de l’Europe occidentale sont des formations économico-sociales bâties au cours de la période comprise entre le XIIème et le XIXème siècle. Cela doit être dit face à ceux qui pensent que les nations actuelles sont constituées par une liaison de sang (comme jadis les nobles pensaient que la noblesse était composée par des personnes de « sang bleu ») ou par d’autres caractères naturels, psychologiques, physiques, mystiques qui remonteraient dans le passé lointain.

    En règle générale les actuelles nations d’Europe occidentale n’ont pas été formées par agrégation, fédération ou fusion des différentes populations : bien au contraire cela a été un processus de conquêtes, de soumissions, d’annexions, d’assimilations jusqu’à effacer la langue, les usages, les coutumes et à dissoudre les réseaux locaux de relations en tous genres qui différenciaient la population d’une région par rapport à la population dont la bourgeoisie dirigeait le processus.

    Cette méthode collait bien à la nature du capital : le capital le plus fort soumet les capitaux plus faibles, il annexe leurs éléments composants (ouvriers, moyens de production, ressources naturelles,...) et les transforme selon ses besoins. La nature du capital réverbère sa lumière sur la formation des nations actuelles de l’Europe occidentale comme sur tous les processus sociaux dirigés par la bourgeoisie.

    En plus, de ce côté-là, la nouvelle classe dirigeante collait très bien avec la tradition féodale de conquête et d’annexion, la favorisait et en élargissait le rayon d’action. Ce n’est pas par hasard que jusqu’à la Première Guerre mondiale (1914-18) les intérêts dynastiques des familles royales européennes ont joué un rôle si important dans l’action des États bourgeois ! La création du système colonial et les guerres entre États nationaux européens qui ont ensanglanté l’Europe et le monde ont été les expressions les plus élevées et extrêmes de ce processus de conquête, d’expansion, de soumission, d’assimilation qui a créé les États nationaux de l’Europe occidentale et qui a effacé tant de variétés sociales qui existaient en Europe au commencement du XIIème siècle...

    Pour des raisons différentes mais bien déterminées cas par cas, même dans les territoires soumis aux plus grands États nationaux européens (ou dérivés comme les USA, Australie, Canada, et les États de l’Amérique Latine) il y a des petites nations qui ont plus ou moins bien survécu à ce processus d’effacement de leur identité. Elles ont survécu assez longtemps pour que leur résistance ait rejoint la lutte croissante des masses populaires des grandes nations européennes et dérivés, des colonies et semi-colonies contre l’ordre social bourgeois et contre le système impérialiste dans lequel l’ordre social bourgeois a débouché.

    Cette lutte croissante est ce qu’on appelle le mouvement communiste. C’est la dénomination donnée dans « L’idéologie allemande » (1845-1846) par Marx et Engels au mouvement pratique qui transforme et dépasse l’ordre social bourgeois et porte vers le communisme. Ils ont fondé la conscience de ce mouvement pratique : le mouvement communiste comme mouvement conscient et organisé. Le mouvement communiste par sa nature a besoin d’avoir cette expression consciente et ce moteur conscient constitué par les Partis communistes. Il ne pourrait pas s’accomplir autrement. Le mouvement communiste a conduit les grandes masses populaires à accomplir, pour la première fois dans toute l’histoire, une action politique autonome par rapport aux classes dominantes : nommément par rapport à la bourgeoisie et aux autres classes réactionnaires.

    Par conséquent, il a donné une nouvelle impulsion aussi à la résistance des petites nations qui n’avaient pas encore été effacées par le rouleau, dans le creuset, par le moulin de l’essor de la bourgeoisie. À partir de cette conjonction, la résistance des petites nations à la bourgeoisie est devenue une lutte pour l’autodétermination nationale, tandis qu’avant c’était une lutte pour revenir au passé ou pour le perpétuer. Elle a acquis un nouveau caractère créé par le contexte différent qui l’encadre (cela est un fait objectif, même si ses protagonistes n’en sont pas conscients), par les influences réciproques qui de toutes façons se sont réalisées et se réalisent entre les différents fronts de lutte contre l’ordre social bourgeois, par les liaison mêmes organisationnelles et idéologiques qui se sont nouées entre les luttes des petites nations et les autres luttes qui forment le mouvement communiste.

    Ce n’est pas par hasard que les petites nations dont nous parions s’éveillent à une nouvelle vie après la moitié du XIXème siècle et le commencement du XXème siècle, quand on entre dans l’époque des révolutions prolétariennes. Ce n’est pas par hasard que la lutte de ces petites nations pour leur survie cesse d’être une lutte dirigée par le clergé, la petite noblesse locale et d’autres classes et couches réactionnaires et cesse d’avoir comme perspective la conservation ou la restauration d’un monde révolu et qu’elle devient une lutte toujours plus placée sous la direction de la bourgeoisie nationale, des travailleurs autonomes (paysans et artisans) et des ouvriers dont la perspective subjective se tourne plus ou moins clairement vers la création d’une nouvelle société nécessairement supérieure à la société bourgeoise. Le mouvement de ces petites nations qui ont survécu au déluge bourgeois fait désormais partie du mouvement communiste en tant que mouvement pratique de subversion et de dépassement de la société bourgeoise.

    Quand le mouvement communiste (en tant que mouvement conscient et organisé c’est-à-dire en tant que Partis et Internationale) a-t-il compris que la lutte pour l’autodétermination nationale des petites nations des pays impérialistes avait cette nouvelle caractéristique et qu’elle était partie de lui-même ? Grosso modo au commencement de l’époque impérialiste, lorsque l’époque des révolutions prolétariennes commence et que la classe ouvrière prend le rôle de diriger toutes les autres classes des masses populaires des pays impérialistes (et avant tout de la couche la plus nombreuse des travailleurs autonomes, les paysans) et de les guider à abattre l’État bourgeois, créer des pays socialistes et commencer en tant que pays socialiste à marcher vers le communisme. Dans la même période le mouvement communiste assume comme composante de lui-même également la lutte des peuples des colonies et semi-colonies pour abattre le système colonial, la lutte des femmes pour leur émancipation, la lutte contre la discrimination raciale, etc. Tout cela fait partie du léninisme et donc du marxisme-léninisme, la seconde étape de la pensée communiste.

    Le mouvement communiste avait été dès son début sensible à la revendication de l’indépendance de la part de certaines nations opprimées. La première internationale fut fondée (1864) lors d’une assemblée de soutien à l’indépendance de la Pologne. Marx et Engels appuyèrent toujours activement la lutte des Irlandais pour leur indépendance face à l’Angleterre. Mais jusqu’au début de l’époque impérialiste, le mouvement communiste appuyait ces luttes dans le sens que le mouvement communiste faisait partie du mouvement démocratique. En effet, son devoir principal alors était de constituer la classe ouvrière comme classe distincte face aux autres classes de travailleurs, de marquer la différence entre la lutte pour son émancipation collective de la bourgeoisie par le dépassement du capitalisme face aux luttes plus ou moins réactionnaires des autres classes de travailleurs et de doter la classe ouvrière de sa conception du monde et de son organisation : en synthèse d’asseoir les prémisses nécessaires pour que la classe ouvrière puisse prendre la direction de tout le mouvement populaire contre la bourgeoisie pour construire des pays socialistes.

    C’est seulement lorsque le mouvement communiste eut atteint sa maturité qu’il assuma en lui-même toutes les luttes contre l’ordre social bourgeois qui dès ce moment, dans ce nouveau contexte, devinrent des luttes progressistes : elles ne cherchaient plus à faire revenir en amère l’histoire mais contribuaient à porter les hommes vers le communisme ; le débouché nécessaire, le seul débouché possible de la société bourgeoise. Entre temps la bourgeoisie était devenue la classe dominante au niveau mondial, son ordre social était devenu la base principale commune sur laquelle s’appuyaient pour leur survivance toutes les vieilles institutions et tous les vieux instituts : l’oppression nationale, la discrimination raciale, l’oppression des femmes et des enfants, l’oppression coloniale, l’obscurantisme clérical, toutes les forces, les institutions et les idées réactionnaires : du Vatican, au royaume wahhabite de l’Arabie, au Dalaï Lama.

    Avec le léninisme, le mouvement communiste acquit la compréhension développée du fait que la lutte pour le droit à l’autodétermination nationale des petites nations non assimilées dans les pays impérialistes (jusqu’à la sécession et la constitution d’un État indépendant) est devenue un composant de la révolution prolétarienne au même titre que la lutte pour éliminer le système coloniale et semi-colonial, la lutte pour l’émancipation des femmes et des enfants, la lutte pour en finir avec la discrimination raciale, la lutte pour l’autonomie des communautés de base à tous les niveaux, toutes les luttes pour réaliser pratiquement les droits démocratiques des masses populaires, pour les élargir et pour pousser en avant leur participation à la gestion de la société.

    Dans son écrit de Juillet 1916 « Bilan d’une discussion sur le droite des nations à disposer d’elles mêmes » Lénine résumait : « La révolution en Europe ne peut pas être autre chose que l’explosion de la lutte de masse des opprimés et mécontents de toute espèce. Des éléments de la petite bourgeoisie et des ouvriers arriérés y participeront inévitablement – sans cette participation, la lutte de masse n’est pas possible, aucune révolution n’est possible – et, tout aussi inévitablement, ils apporteront au mouvement leurs préjugés, leurs fantaisies réactionnaires, leurs faiblesses et leurs erreurs. Mais, objectivement ils s’attaqueront au capital, et l’avant-garde consciente de la révolution, le prolétariat avancé, qui exprimera cette vérité objective d’une lutte de masse disparate, discordante, bigarrée, à première vue sans unité, pourra l’unir et l’orienter, conquérir le pouvoir, s’emparer des banques, exproprier les trusts haïs de touts (bien que pour des raisons différentes) et réaliser d’autres mesures dictatoriales, dont l'ensemble aura pour résultat le renversement de la bourgeoisie et la victoire du socialisme, lequel ne s’épurera pas d’emblée, tant s’en faut, des scories petites-bourgeoises ».

    À partir de ce moment, dans et au nom du mouvement communiste il a encore pu y avoir des prises de position contraires au droit à l’autodétermination des petites nations des pays impérialistes, au même titre qu’il a pu y avoir des prises de position de soutien à l’oppression coloniale (pour exemple les trotskistes dans les années 30 prônèrent l’occupation de la Chine par le Japon, le PCF dans les années 50 s’opposa à la guerre de libération nationale en Algérie, etc.) Mais il s’agit toujours de pas en arrière qui sur le plan théorique faisaient partie d’une plus large opposition au léninisme et d’une déviation du cours principal du mouvement communiste sur le plan pratique (le révisionnisme moderne, le trotskisme, le bordighisme, etc.).

    On ne rappellera jamais assez que le Parti communiste français des années 20 et 30 soutenait activement le droit à l'autodétermination et les droits linguistiques des nations soumises à l’État français, au point de défendre dans « l’Humanité » les poseurs de bombes bretons de Gwenn ha Du. Son évolution rétrograde jusqu’au chauvinisme français est bien à interpréter comme une victoire de la ligne bourgeoise en son sein. Les fauteurs de ces pas en arrière les ont justifiés au nom du développement des forces productives : l’oppression par de grandes nations impérialistes aurait été la condition nécessaire du développement économique des nations arriérées. Cette justification s’appuyait sur une interprétation du marxisme que Lénine avait déjà démontré comme étant « Une caricature de marxisme » et de l’« économisme impérialiste ».

    Les lois économiques du capitalisme poussent la bourgeoisie à fouler aux pieds les droits démocratiques des masses populaires. Selon les partisans de l’« économisme impérialiste » il ne faut pas mobiliser les masses populaires contre cette tendance de la bourgeoisie impérialiste parce que de toute façon il s’agirait d’une lutte sans issue (voir Lénine « À propos d’une caricature de marxisme » et « À propos de la brochure de Junius », 1916). Bien sûr, la direction bourgeoise de la société rend les relations internationales de plus en plus hostiles à l’indépendance et à l’autodétermination des nations tout comme elle ronge et efface les droits démocratiques dans les relations sociales internes de chaque pays. Mais cela ne signifie pas qu’il est absolument impossible de conquérir des victoires dans les deux domaines tout en restant dans le cadre de la société bourgeoise : toujours plus difficile oui, mais pas impossible. Cela signifie encore moins que les luttes des masses populaires dans ces domaines ne sont pas efficaces pour entraîner les masses populaires dans un mouvement pratique qui les mobilise et les éduque à la lutte révolutionnaire sous la direction de la classe ouvrière et de son Parti communiste.

    Bien sûr nous allons vers une fusion au niveau mondial de toutes les nations et de toutes les races dans un seul organisme social. Mais il y a deux manières bien distinctes pour marcher dès maintenant vers la future fusion (tout comme il y a deux manières bien différentes de marcher dès à présent vers la future disparition des artisans, des paysans individuels, des petits commerçants...) :

    1° ) La manière bourgeoise. Son essence est la soumission des nations et des peuples les plus faibles, leur oppression et leur effacement. Des gens hypocrites et trompeurs justifient et acceptent cette manière car le résultat serait inéluctable, et ils se dressent avec haine contre ceux qui s’opposent à la manière bourgeoise (souvent en arguant des formes de luttes désespérées bien qu’héroïques qu’ils emploient quand ils ne voient pas d’autres voies).

    2° ) La manière prolétarienne. Son essence est la mobilisation à tous les niveaux de chaque couche des masses populaires pour élargir ses droits et ses pratiques démocratiques et résoudre les problèmes de son développement civil en collaborant avec les masses populaires de toutes les nations pour construire ensemble une société mondiale plus avancée. La manière prolétarienne d’avancer aujourd’hui n’est plus seulement une hypothèse raisonnable et souhaitable.

    Pendant la première grande vague de la révolution prolétarienne (dans les premières 70 années du XXème siècle), le mouvement communiste a démontré et déployé pratiquement et sur une grande échelle cette manière. La construction de pays socialistes, l’élimination du système colonial, les révolutions de nouvelle démocratie, les démonstrations de la puissance de la ligne de masse (1) comme méthode de transformation et de direction de la société dans tous les domaines sont là pour montrer la manière prolétarienne d’avancer. Bien sûr, les ennemis du communisme et les abrutis qui subissent leur influence cherchent à effacer cette démonstration pratique sur une grande échelle en clamant les centaines de « faits » qui la contredisent. Mais ces « faits », même lorsqu’ils ont réels (et bien sûr il y en a) relèvent des traces de la société bourgeoise que la révolution n’efface pas du jour au lendemain, des difficultés réelles de la transformation, des erreurs de révolutionnaires qui s’éveillent peu à peu de l’abrutissement dans lequel la bourgeoisie et les autres classes dominantes ont depuis toujours éduquées les masses populaires, des limites de compréhension par les communistes des conditions et des méthodes nouvelles dans lesquelles se déroule la nouvelle phase de l’histoire des hommes. Les empiristes (2) ont beau jeu dans tous les domaines de l’expérience de trouver des « faits » qui contredisent le cours principal des choses décrit par la science, ses lois et ses règles. Mais les choses vont de toutes façons dans leurs directions au grand dommage des empiristes ! Après la restauration des nobles et du clergé en 1815, combien de gens intelligents y compris de grands intellectuels comme Hegel juraient que les forces bourgeoises étaient foutues pour toujours (3)? Le mouvement communiste a démontré dans la pratique même qu’il marche vers la fusion des nations justement en réalisant universellement le droit à l’autodétermination nationale et, de manière plus générale, les droits démocratiques, l’initiative et la libération des masses populaires.

    La conception jusque là illustrée de la nature et du rôle historique de la lutte des petites nations des pays impérialistes pour leur droit à l’autodétermination nationale nous oblige nous les communistes à suivre deux lignes différentes selon notre position pratique, mais les deux relevantes de l’internationalisme qui est partie constituante incontournable de notre conception de la société... Les socialistes et les communistes qui ont laissé tomber l’internationalisme, sont toujours et pour cause passés au service de la bourgeoisie impérialiste... On le voit dans l’histoire du fascisme italien, du national-socialisme allemand, du sionisme, de Jacques Doriot et ses amis en France et partout ailleurs.

    Les communistes des nations dominantes doivent appuyer sans condition le droit des petites nations des pays impérialistes à l’autodétermination ; nommément pour les communistes italiens, je pense aux nations ladine, sud-tyrolienne, de la Vallée d’Aoste, sarde, occitane, albanaise et grecque et pour les communistes français je pense aux nations basque, bretonne, corse, occitane et alsacienne ainsi que tous les peuples et nations des DOM-TOM, et ce jusqu’à la sécession et à la constitution d’un État indépendant (bien sûr le droit au divorce ne veut pas dire que l’on est obligé de divorcer !).

    Nous devons soutenir les organisations qui luttent pour faire reconnaître ce droit. Nous ne devons pas fléchir dans notre soutien quelques soient les formes de lutte que ces organisations emploient : si elles sont efficaces, c’est sûr que la bourgeoisie impérialiste, qui est systématiquement maître de la terreur contre les masses populaires, les classera comme « terroristes ». Nous devons tracer notre première ligne de démarcation sur des bases politiques. On peut débattre des formes de lutte plus ou moins efficaces seulement avec les gens qui se battent pour le même objectif. La bourgeoisie au contraire veut toujours mettre en avant les formes et les moyens de lutte parce qu’elle veut conserver le monopole de la violence et des armes. Si on accepte cette condition préalable de la bourgeoisie on ouvre nos rangs à l’action désagrégeante à travers ceux qui s’opposent aux moyens de lutte tout simplement parce qu’ils se fichent de l’objectif, de la victoire et on accepte ainsi le diktat de la bourgeoisie pour savoir qui sont nos amis et qui sont nos ennemis. Les communistes des nations dominantes qui ne suivent pas cette ligne, se livrent sûrement à l’économisme (4) et à la stérilité politique, même si ils en appellent au niveau actuel de compréhension des masses ouvrières. Les masses ouvrières à l’heure actuelle ne croient pas non plus que la création de pays socialistes soit possible et ne le souhaitent peut-être même pas !

    J’appelle les camarades des organisations communistes se réclamant du marxisme de l’Europe occidentale à expliquer avant tout à eux-mêmes pourquoi ils appuient le droit à l’autodétermination des nations autochtones des USA, d’Amérique latine, d’Australie etc. ; mais pas le même droit pour les Basques, les Sardes, les Corses, les Bretons... C’est-à-dire chez eux.

    Les communistes des petites nations doivent prendre la tête des masses populaires même dans la lutte pour le droit à l’autodétermination nationale tout comme ils prennent la tête des luttes pour défendre et élargir les autres droits démocratiques des masses populaires et des luttes économiques. Avec leur direction ils doivent porter les indépendantistes à ne pas regarder en arrière, à ne pas chercher à puiser la justification de leurs buts dans le lointain passé, dans la mystique ou dans le sang. Leurs buts sont justifiés par les possibilités créées par les acquis matériels, intellectuels et spirituels de la société moderne, par le rôle nouveau que les masses populaires doivent assurer dans la société communiste.

    L’expérience pratique de la première vague de la révolution prolétarienne a fait progresser beaucoup les masses populaires... Elles ont toujours plus de mal à subir bien des conditions et d’agissements qu’avant elles trouvaient « naturelles » : la violence contre les femmes et les enfants, la pollution de l’environnement, l’extermination des populations vaincues et des races prétendument « inférieures », la toute puissance des riches et des autorités, la souffrance, ‘l’écrasement des petites nations, etc. Le mouvement pour le droit à l’autodétermination nationale est donc devenu lui aussi un composant de la marche des hommes et des femmes vers le communisme.

    Les communistes des petites nations qui ne s’engagent pas dans la lutte en faveur du droit à l’autodétermination nationale n'assument pas leur rôle. Ils n’assument pas la défense de tous les droits démocratiques des masses populaires et ils renoncent à la lutte politique révolutionnaire et vivotent grâce à l’économisme. Ils laissent la porte ouverte aux groupes et aux États impérialistes qui emploient les revendications d’autodétermination nationale des petites nations soumises à des États concurrents comme armes dans les luttes inter-impérialistes, comme moyens d’échange dans leur accord.

    Tout juste maintenant nous voyons les groupes impérialistes US, qui nient avec force chez eux tout droit national aux nations indiennes, aux afro-américains, aux portoricains, qui offensent l’indépendance nationale de centaines de nations, qui ont des détachements militaires dans plus de 140 pays du monde et qui sont le gendarme de l’ordre social bourgeois dans chaque coin du monde, se placer dans la posture du promoteur des droits nationaux des albanais du Kosovo et des Kurdes du Nord de l’Irak (mais bien sûr pas des Kurdes de l’Est de la Turquie, tant que la bourgeoisie turque obéit aux ordres). Les groupes et les États impérialistes peuvent exploiter d’autant plus facilement les petites nations quand le rôle du clergé, de la bourgeoisie nationale et des autres notables locaux est important dans le mouvement indépendantiste.

    Et le rôle de ces gens-là est inversement proportionnel au rôle des communistes, de la classe ouvrière, et des autres couches de travailleurs exploités. Les groupes et les États impérialistes s’appuient tantôt sur la bourgeoisie nationale, le clergé, et les notables, tantôt sur les masses populaires exploitées par ceux-là, selon les circonstances. Le mouvement indépendantiste peut devenir un mouvement vraiment populaire et donc invincible seulement si il mobilise sur la base de leurs intérêts de classe spécifiques les classes exploitées et opprimées, qui, en ligne générale, forment la partie majeure de la population dans les petites nations.

    Les mouvements pour l’autodétermination nationale des petites nations sont face à deux voies. Une voie est celle de la direction des masses populaires par la bourgeoisie nationale, le clergé, les autres notables locaux. Ceux-ci, à leur tour, sont liés par mille intérêts à la bourgeoisie impérialiste de la nation dominante ou d’autres pays. C’est la voie qui porte le mouvement indépendantiste à subir les manœuvres et les intrigues des groupes et États impérialistes... L’autre voie est celle de la direction de la classe ouvrière qui entraîne le reste du prolétariat et des masses populaires et oblige même la bourgeoisie nationale, le clergé et les notables locaux à suivre à la traîne le mouvement indépendantiste pour ne pas se couper des masses populaires d’où ils puisent leur force contractuelle face à la bourgeoisie impérialiste. La direction de la classe ouvrière dans le mouvement pour le droit à l’autodétermination implique aussi une liaison étroite avec le mouvement révolutionnaire des masses populaires de la nation dominante. Dans l’actuelle situation de faiblesse du mouvement communiste, il implique aussi l’aide à son développement auquel presque tous les mouvements indépendantistes de l’Europe occidentale rechignent. Ce qui est aussi, en ligne générale, une condition nécessaire pour la victoire du mouvement national. II est en effet difficile, bien que pas absolument impossible, que des mouvements nationaux comme ceux des peuples basques, bretons, etc. puissent vaincre contre les États impérialistes français, espagnol, etc. si ceux-ci ne sont pas cibles aussi du mouvement révolutionnaire des masses populaires françaises, espagnoles, etc.

    C’est cette conception de la société et cette ligne que nous les communistes italiens suivons face aux luttes pour l’autodétermination des petites nations qui ont survécu au rouleau de la bourgeoisie qui dans la période comprise entre le XIIème et le XIXème siècle a effacé bien des variétés sociales qu’abritaient l’Europe, les deux Amériques et l’Australie.

    Bien sûr nous ne demandons pas aux protagonistes des mouvements nationaux d’accepter a priori la direction des communistes. Nous appuyons leur lutte et là où c’est possible nous y jouons le rôle qui est le nôtre à nous les communistes dans toutes les luttes des masses populaires contre la bourgeoisie : le rôle que Marx et Engels avaient indiqué au début du chapitre 2 du « Manifeste du Parti communiste » (1948).

    Nous sommes sûrs que tous ceux qui continueront à se battre pour le droit à l’autodétermination de leur nation, sans reculer face aux difficultés et à la répression et avec la volonté de tirer les leçons de l’expérience, y compris de l’expérience des défaites, comme tous ceux qui lutteront pour défendre et élargir les autres droits démocratiques des masses populaires, tôt ou tard reconnaîtront que la voie indiquée par les communistes est la seule voie qui les conduit à la victoire et qu’ils joindront le front révolutionnaire anticapitaliste des masses populaires dont nous les communistes de toutes les nations prônons la création et la victoire.

    Giuseppe Maj

    (membre de la Commission Préparatoire du congrès fondateur du (nouveau) Parti communiste italien)

    1er octobre 2003 – 54ème anniversaire de la fondation de la République Populaire de Chine.


    Notes:

    (1) La ligne de masse est une méthode de travail politique et de direction pratiquée depuis longtemps par les Partis communistes et théorisée par Mao Tse-toung. On peut résumer cette méthode des manières suivantes :

    a)  Pour aller de l’avant le Parti communiste doit chaque fois recueillir les idées des masses concernées, leurs sentiments, aspirations et états d’âme. Les élaborer à la lumière de la situation objective et de la conception communiste jusqu’à les traduire en objectifs, lignes et mesures. Porter celles-ci aux masses de façon à ce qu’elles les assimilent et les réalisent et recommencer.

    b)  Quand le PC doit accomplir une tâche il doit dans chaque couche des masses trouver et mobiliser la gauche pour qu’elle rallie à elle le centre et isole la droite.

    c)  Dans chaque situation et dans tout groupe social il y a toujours deux tendances : une qui porte à progresser plus ou moins directement vers le socialisme et l’autre qui le lie plus étroitement à la bourgeoisie. Le PC doit comprendre clairement et concrètement les deux tendances et travailler de façon à renforcer la première et à affaiblir la seconde. Pour plus d’explications voir : « la ligne de masse » dans « Rapports sociaux » n° 8 à commander au Point du Jour, 58 rue Gay Lussac, 75005 Paris ou chez Edizioni rapporti sociali, via Tanaro 7, 20128 Milano (ltalia) email : resistenza@carc.it

    (2) Les empiristes isolent chaque « fait » et ne cherche pas à comprendre d’où il vient, la raison de sa naissance, ses relations avec le contexte, son destin : c’est-à-dire qu’ils nient toute science des faits. Ils isolent arbitrairement chaque fait tandis qu’en réalité chaque fait est partie d’une chaîne générique et sa signification est déterminée par le contexte auquel il appartient. En conséquence, les empiristes donnent des interprétations arbitraires à chaque fait. Le même fait peut être employé pour démontrer une thèse et aussi son contraire. Je pousse mon voisin : si on ne considère pas le contexte, on peut dire que je voulais le tuer et au même titre on peut dire que je voulais le sauver. Le fait est réel mais celui qui le comprend ou bien le présente d’une manière erronée fait de lui un faux. C’est justement ce que font les bourgeois dans leurs critiques des premiers pays socialistes. Ce n’est pas par hasard (par exemple) que dans leurs critiques actuelles à « la dictature de Fidel Castro » à Cuba, ils évitent d’expliquer comment il est cependant possible que Cuba soit le seul pays d’Amérique où personne ne meurt de faim ou d’une maladie soignable, où tous les gamins vont à l’école, etc. Ils glissent et doivent glisser sur le contexte des faits qu’ils exhibent. Tandis qu’un révolutionnaire cherche justement à comprendre et à expliquer tous les faits, même les plus contradictoires à sa thèse.

    (3) Pour une analyse scientifique à la lumière du Maoïsme de l’expérience des pays socialistes je conseille l’article «L’expérience historique des pays socialistes » dans « Rapports sociaux » n° 8 et la brochure « I primi paesi socialisti » de Marco Martinengo (Edizioni rapporti sociali 2003) : on peut le trouver en castillan sur le site web de la CP : http://lavoce.samizdat.net (section EiLE)

    (4) Là avec le mot « économisme » on désigne la mouvance qui met en 1ère place toujours les luttes revendicatives soit contre les patrons soit contre l’État des patrons et pense qu’on peut aller vers la révolution socialiste en généralisant les luttes revendicatives ou en radicalisant les formes de lutte dans les luttes revendicatives ou bien en y avançant des objectifs toujours plus élevés (cf. Lénine « Que faire ? »).


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    Lénine

    Sur la dualité du pouvoir



    Le problème fondamental de toute révolution est celui du pouvoir. Tant que ce problème n'est pas élucidé, il ne saurait être question de jouer consciemment son rôle dans la révolution, et encore moins de la diriger.

    Notre révolution a ceci de tout à fait original qu'elle a créé une dualité du pouvoir. C'est là un fait dont il faut saisir la portée avant tout ; il est impossible d'aller de l'avant sans l'avoir compris. Il faut savoir compléter et corriger les vieilles « formules », par exemple celles du bolchévisme, car si elles se sont révélées justes dans l'ensemble, leur application concrète s'est révélée différente. Personne autrefois ne songeait, ni ne pouvait songer, à une dualité du pouvoir.

    En quoi consiste la dualité du pouvoir ? En ceci qu'à côté du Gouvernement provisoire, du gouvernement de la bourgeoisie, s'est formé un autre gouvernement, faible encore, embryonnaire, mais qui n'en a pas moins une existence réelle, incontestable, et qui grandit : ce sont les Soviets des députés ouvriers et soldats.

    Quelle est la composition de classe de ce deuxième gouvernement ? Le prolétariat et la paysannerie (sous l'uniforme de soldat). Quel en est le caractère politique ? C'est une dictature révolutionnaire, c'est-à-dire un pouvoir qui s'appuie directement sur un coup de force révolutionnaire, sur l'initiative directe, venant d'en bas, des masses populaires, et non sur une loi édictée par un pouvoir d'Etat centralisé. Ce pouvoir est tout différent de celui qui existe généralement dans une république démocratique bourgeoise parlementaire du type habituel et qui prévaut jusqu'à présent dans les pays avancés d'Europe et d'Amérique. C'est une chose qu'on oublie souvent, à laquelle on ne réfléchit pas assez, alors que c'est là l'essentiel. Ce pouvoir est du même type que la Commune de Paris de 1871, type dont voici les principales caractéristiques : 1) la source du pouvoir n'est pas la loi, préalablement discutée et votée par un Parlement, mais l'initiative des masses populaires, initiative directe, locale, venant d'en bas, un «coup de force» direct, pour employer une expression courante ; 2) la police et l'armée, institutions séparées du peuple et opposées au peuple, sont remplacées par l'armement direct du peuple tout entier ; sous ce pouvoir, ce sont les ouvriers et les paysans armés, c'est le peuple en armes qui veillent eux-mêmes au maintien de l'ordre public ; 3) le corps des fonctionnaires, la bureaucratie sont, eux aussi, remplacés par le pouvoir direct du peuple, ou du moins placés sous un contrôle spécial ; non seulement les postes deviennent électifs, mais leurs titulaires, ramenés à l'état de simples mandataires, sont révocables à la première demande du peuple ; de corps privilégié jouissant de «sinécures» à traitements élevés, bourgeois, ils deviennent les ouvriers d'une «arme spéciale», dont les traitements n'excèdent pas le salaire habituel d'un bon ouvrier.

    Là, et là seulement, est l'essence de la Commune de Paris en tant que type d'Etat particulier. C'est cette essence qu'ont oubliée et dénaturée MM. les Plékhanov (chauvins avoués qui ont trahi le marxisme), les Kautsky (hommes du «centre», c'est-à-dire qui balancent entre le chauvinisme et le marxisme), et d'une façon générale tous les social-démocrates, les socialistes-révolutionnaires et leurs pareils qui dominent aujourd'hui.

    On s'en tire avec des phrases, on se cantonne dans le silence, on se dérobe, on se congratule mille fois à l'occasion de la révolution, et l'on ne veut pas réfléchir à ce que sont les Soviets des députés ouvriers et soldats. On ne veut pas voir cette vérité évidente que, pour autant que ces Soviets existent, pour autant qu'ils sont le pouvoir, il existe en Russie un Etat du type de la Commune de Paris.

    J'ai bien souligné : «pour autant». Car ce n'est qu'un pouvoir embryonnaire. Par un accord direct avec le Gouvernement provisoire bourgeois, et par diverses concessions de fait, il a lui-même livré et continue de livrer ses positions à la bourgeoisie.

    Pourquoi ? Serait-ce que Tchkhéidzé, Tsérétéli, Stéklov et Cie commettent une «erreur» ? Allons donc ! Un philistin pourrait le penser, mais non un marxiste. La raison en est le degré insuffisant de conscience et d'organisation des prolétaires et des paysans. L'«erreur» de ces chefs, c'est leur position petite-bourgeoise, c'est qu'ils obscurcissent la conscience des ouvriers au lieu de l'éclairer, qu'ils propagent les illusions petites-bourgeoises au lieu de les réfuter, qu'ils renforcent l'influence de la bourgeoisie sur les masses, au lieu de soustraire celles-ci à cette influence.

    Cela doit déjà suffire à faire comprendre pourquoi nos camarades, eux aussi, commettent tant d'erreurs en posant «simplement» la question : faut-il renverser tout de suite le Gouvernement provisoire ?

    Je réponds : 1) il faut le renverser, car c'est un gouvernement oligarchique, bourgeois et non populaire, qui ne peut donner ni la paix, ni le pain, ni la liberté complète ; 2) on ne peut pas le renverser en ce moment, car il repose sur un accord direct et indirect, formel et de fait, avec les Soviets des députés ouvriers et, tout d'abord, avec le Soviet principal, celui de Pétrograd ; 3) on ne peut, d'une façon générale, le «renverser» par la méthode habituelle, car il bénéficie du «soutien» prêté à la bourgeoisie par le second gouvernement, le Soviet des députés ouvriers ; or, ce dernier gouvernement est le seul gouvernement révolutionnaire possible, le seul qui exprime directement la conscience et la volonté de la majorité des ouvriers et des paysans. L'humanité n'a pas encore élaboré, et nous ne connaissons pas jusqu'à ce jour, de type de gouvernement supérieur et préférable aux Soviets de députés des ouvriers, des salariés agricoles, des paysans et des soldats.

    Pour devenir le pouvoir, les ouvriers conscients doivent conquérir la majorité : aussi longtemps qu'aucune violence n'est exercée sur les masses, il n'existe pas d'autre chemin pour arriver au pouvoir. Nous ne sommes pas des blanquistes, des partisans de la prise du pouvoir par une minorité. Nous sommes des marxistes, des partisans de la lutte de classe prolétarienne ; nous sommes contre les entraînements petits-bourgeois, contre le chauvinisme jusqu'auboutiste, la phraséologie, la dépendance à l'égard de la bourgeoisie.

    Fondons un parti communiste prolétarien ; les meilleurs partisans du bolchévisme en ont déjà créé les éléments ; groupons-nous pour une action de classe prolétarienne, et les prolétaires, les paysans pauvres se rallieront à nous, toujours plus nombreux. Car la vie dissipera chaque jour davantage les illusions petites-bourgeoises des «social-démocrates», des Tchkhéidzé, Tsérétéli, Stéklov et autres, des «socialistes-révolutionnaires», des petits bourgeois plus «purs» encore, etc., etc.

    La bourgeoisie est pour le pouvoir unique de la bourgeoisie.

    Les ouvriers conscients sont pour le pouvoir unique des Soviets de députés des ouvriers, des salariés agricoles, des paysans et des soldats, pour un pouvoir unique préparé non par des aventures, mais en éclairant la conscience du prolétariat, en l'affranchissant de l'influence de la bourgeoisie.

    La petite bourgeoisie - « social-démocrates», socialistes-révolutionnaires, etc., etc. - entrave par ses hésitations cet éclaircissement, cet affranchissement.

    Tel est le véritable rapport des forces entre les classes en présence. C'est lui qui détermine nos tâches.


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    L'ÉTAT ET LA REVOLUTION

    V. I. LENINE

    Sommaire

     

     

    CHAPITRE I. LA SOCIETE DE CLASSES ET L'ETAT

    CHAPlTRE II. L'ETAT ET LA REVOLUTION. L'EXPERIENCE DES ANNEES 1818-1851

    CHAPITRE III. L'ETAT ET LA REVOLUTION. L'EXPERIENCE DE LA COMMUNE DE PARIS (1871). ANALYSE DE MARX

    CHAPITRE IV. SUITE. EXPLICATIONS COMPLEMENTAIRES D'ENGELS

    CHAPITRE V. LES BASES ECONOMIQUES DE L'EXTINCTION DE L'ETAT

    CHAPITRE VI. L'AVILISSEMENT DU MARXISME PAR LES OPPORTUNISTES

    CHAPITRE VII. L'EXPERIENCE DES REVOLUTIONS RUSSES DE 1905 ET DE 1917

    POSTFACE DE LA PREMIERE EDITION

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  • Tandis que l'intervention impérialiste (sous une forme ou une autre), à moins que Gbagbo finisse par se "coucher", se prépare en Côte d'Ivoire, il ne se dresse (malheureusement) face à elle qu'un gouvernement réformiste social-libéral bourgeois, "mis à l'index" de l'Internationale "socialiste" et qui a fini par se lier à l'impérialisme US hier, chinois et russe aujourd'hui... (intéressant de noter, simplement, que la Françafrique n'est plus en mesure de tolérer même cela).

    C'est pourquoi il est important, plus que jamais, d'étudier le PANAFRICANISME REVOLUTIONNAIRE : la théorie la plus avancée produite par la 1ère vague de la Révolution mondiale (1917-1976) en Afrique. Une théorie qui a, clairement, montré ses limites : ses principaux leaders sont morts (généralement assassinés) et aujourd'hui, toute l'Afrique n'est que sous-préfectures néo-coloniales. Une théorie, donc, qu'il faut dépasser ; mais pour la dépasser, il faut encore la connaître !

    Le texte qui suit est de Ludo Martens, longtemps leader et théoricien du PTB. Nous voyons déjà venir les critiques de ceux/celles qui n'ont que ça à se mettre sous la dent : BIEN SÛR, Servir le Peuple est très éloigné (pour ne pas dire à l'opposé) des positions prises par Martens et le PTB depuis sa fondation (1974) - "trois-mondisme" dans les années 1970, puis "tiers-mondisme" international (pro-Chine, pro-Iran, pro-Corée du Nord, pro-Kabila) et social-démocratie "radicale" en Belgique depuis les années 1990.

    Il faut cependant reconnaître une chose à Ludo Martens : il est extrêmement bien documenté sur l'histoire de mouvement communiste international et sur les "classiques" du communisme ; et il est également un grand connaisseur du mouvement révolutionnaire en Afrique.

    Ce texte est d'une grande importance documentaire : pour Servir le Peuple, il serait inadmissible d'en priver le mouvement communiste francophone renaissant, sous prétexte que l'on a notre opinion sur le PTB. 

    Pour des questions de place, le texte n'est pas reproduit en intégralité : le lien est mis vers les parties non reproduites, mais elles ne parlent pas du panafricanisme révolutionnaire.

    Pour construire, il faut étudier ! Pas de Parti révolutionnaire sans théorie révolutionnaire ! 

    Source 

    Au milieu du XXième siècle est sorti le fameux livre "Panafricanisme ou communisme?" dans lequel Georges Padmore a tracé la perspective d'une Afrique indépendante, basée sur l'entreprise privée, adoptant une orientation sociale-démocrate et hostile au communisme.(1) Aujourd'hui, nous pouvons dire que ce panafricanisme-là a définitivement échoué.

    Lorsque, bientôt, l'Afrique entrera dans le XXIième siècle, seul un panafricanisme basé sur le marxisme-léninisme pourra exprimer une position révolutionnaire, anti-impérialiste et socialiste.

    En 1970, lorsqu'il a abandonné l'idéologie qu'il avait partagée avec Padmore, Nhrumah écrit: "En Afrique, en Asie et en Amérique latine, l'ébullition économique, politique et sociale doit être expliquée dans le contexte de la révolution socialiste mondiale. Car, aujourd'hui, le processus révolutionnaire réunit trois courants: le système socialiste mondial, les mouvements de libération des peuples d'Afrique, d'Asie et d'Amérique latine et les mouvements ouvriers des pays industrialisés capitalistes".(2) C'est en partageant cette vision, que nous, en tant que communistes oeuvrant en Europe, exprimons notre opinion sur le Panafricanisme du siècle à venir.

    Au cours des quatre décennies passées, les trois courants révolutionnaires mondiaux ont subi de graves défaites dont il s'agit de saisir les causes profondes. Les faiblesses et les erreurs des trois courants ont d'ailleurs exercé une influence réciproque.

    Pourquoi, soixante-dix ans après la grande révolution d'Octobre, le socialisme a-t-il été détruit et le capitalisme restauré en Union soviétique ?

    Pourquoi, trente ans après la grande vague révolutionnaire des indépendances, le néocolonialisme fait-il des ravages jamais vus en Afrique?

    1. La recolonisation de l'Afrique

    La vague révolutionnaire qui a soulevé l'Afrique au cours des années soixante s'est essoufflée depuis longtemps et l'Afrique semble retombée dans la nuit néocoloniale. La presse et les milieux gouvernementaux occidentaux discutent ouvertement de la recolonisation de l'Afrique. Comme à l'époque coloniale, la politique financière et économique africaine est décidée à l'étranger, par le FMI et la Banque mondiale. L'armée française est toujours présente en Afrique, au centre, à l'est et à l'ouest. Les États-Unis aussi disposent de plusieurs points d'appui militaires sur le continent. L'impérialisme a réinventé un "droit d'ingérence militaire pour des raisons humanitaire", droit qu'il avait revendiqué au siècle passé. Un livre commandé par l'armée belge et consacré à l'intervention militaire de la Belgique en Somalie, affirme que la première intervention humanitaire belge eut lieu en 1885 au Congo, sous le règne de Léopold II...

    Comment expliquer un échec aussi fracassant ?

    D'abord, le processus de décolonisation a été le résultat de plusieurs facteurs.

     Il y avait le mécontentement profond et la révolte des populations africaines qui a pris parfois la forme de résistances armées.

    Pendant la Seconde Guerre mondiale, les puissances coloniales, et notamment la France, la Grande Bretagne et la Belgique, furent gravement affaiblies. L'Union soviétique socialiste, qui avait porté l'essentiel de l'effort de la guerre anti-fasciste, voyait son prestige augmenter parmi les forces nationalistes du tiers monde.

    La politique extérieure révolutionnaire de l'Union soviétique, ainsi que l'exemple de la Chine et du Vietnam qui ont réalisé leur révolution nationale et démocratique, ont encouragé les peuples de l'Afrique et de l'Asie à lutter contre les puissances coloniales, pour leur indépendance.

    Les États-Unis étaient favorables à la fin du régime colonial et à son remplacement par le néocolonialisme qui leur permettrait de remplacer ses concurrents belges, français, anglais et portugais.

    Une fraction de la bourgeoisie des pays colonisateurs, souvent liée à la social-démocratie, comprenait la nécessité d'un changement de tactique pour sauver l'essentiel.

    Ces facteurs ont contribué à ce que la plupart des mouvements de libération n'aient pas eu le temps de mûrir politiquement et organisationnellement.

    Au Congo belge, le premier parti politique a été créé en octobre 1958; un an plus tard, la date de l'indépendance était fixée. Sans formation universitaire, pratiquement sans expérience politique, sans la moindre connaissance du marxisme et du chemin parcouru par les révolution socialistes, les "évolués" n'étaient pas armés pour affronter les difficultés politiques qui les attendaient. La domination intellectuelle de l'Église catholique belge au Congo fut telle qu'un homme comme Lumumba n'avait jamais eu la possibilité de lire un seul ouvrage marxiste-léniniste. Lorsqu'en 1960, il devient un nationaliste révolutionnaire, la Belgique ameute tous les réactionnaires noirs pour dénoncer "l'homme du colonialisme communiste et de l'impérialisme marxiste-léniniste" , comme le disait le porte-parole de Mobutu en septembre 1960.(3) L'anticommunisme fut la clé de la domination intellectuelle du colonialisme et du néocolonialisme au Congo.

    Lumumba avait autour de lui une poignée d'éléments nationalistes révolutionnaires qui s'opposaient réellement à la continuation de la domination belge sous d'autres formes. Mais ils n'avaient pas le bagage politique pour s'orienter dans une situation interne tout à fait inédite. Le passage du colonialisme au néocolonialisme a transformé en peu de temps et de fond en comble la situation matérielle et la position sociale de quelques milliers de petits bourgeois. D'un coup, ils devenaient membres d'une nouvelle bourgeoisie bureaucratique et compradore. Ces privilégiés de l'indépendance formelle se sont transformés en une force contre-révolutionnaire, opposée à l'approfondissement de la lutte pour une indépendance politique et économique authentique. Les rares dirigeants qui défendaient cette dernière option - Lumumba, Mpolo, Mbuyi, Elengesa et tant d'autres - furent assassinés ou contraints à l'exil, comme Mulele et Bengila. Le discours nationaliste révolutionnaire de Lumumba fut vite récupéré de façon démagogique par ceux-là mêmes qui l'avaient tué, avant tout par Mobutu. À aucun moment, la bourgeoisie belge, épaulée désormais par les États-Unis, n'a perdu le contrôle ni sur l'économie, ni sur l'appareil d'État, ni sur les organisations politiques congolaises.

    Le lumumbisme, idéologie de la lutte anti-impérialiste et démocratique au Congo, n'est pas sorti des limites de la pensée bourgeoise radicale; aussi ne pouvait-il pas affronter les problèmes du néocolonialisme.

    En fait, l'idéologie de Nkrumah, beaucoup plus sophistiquée et élaborée que celle de Lumumba, n'est pas non plus arrivée à dépasser ces limites, du moins pendant la période où il gouvernait le Ghana.

    Nkrumah a été fortement influencé par Padmore, nationaliste africain proche de la social-démocratie internationale et opposé au marxisme-léninisme. Dans sa propre idéologie, le consciencisme, Nkrumah a voulu appliquer les "vraies valeurs" de la société traditionnelle africaine, de l'islam et du christianisme, c'est-à-dire l'humanisme, l'égalitarisme, le collectivisme, à une société en voie d'industrialisation. L'application de ces concepts idéalistes et petit-bourgeois ne permettait pas à Nkrumah d'appréhender les réalités économiques, politiques et sociales qui l'entouraient. À l'époque, il ne reconnaissait pas l'universalité de la science marxiste-léniniste et, par conséquent, il ne pouvait pas cerner les mécanismes de la formation des classes sociales au Ghana, ni développer une lutte de classes anti-impérialiste et anti-capitaliste conséquente, ni adopter les structures d'un parti d'avant-garde, capable d'affronter l'impérialisme et la bourgeoisie.

    Pendant que Nkrumah parlait d'égalitarisme et de collectivisme, une nouvelle classe bourgeoise se développa à l'intérieur de l'appareil de l'État; elle utilisa cet appareil pour s'enrichir de façon légale et illégale; le népotisme, la fraude et la corruption se développèrent.

    Ces bourgeois contrôlaient aussi la machine du Convention People's Party, parti unique. Parmi eux on trouvait des hommes liés à la vieille aristocratie, des hommes sans scrupule capables de tenir n'importe quel discours pour arriver au pouvoir et amasser des fortunes et des partisans de l'entreprise privée. Certains avaient des liens ouverts avec l'ambassade de l'Allemagne fédérale et à travers elle, avec les Américains et les Britanniques. Nkrumah critiquait la corruption des hauts fonctionnaires de son parti mais, adversaire de l'analyse rigoureuse des classes et des intérêts des classes, il croyait que le discours humaniste et collectiviste pouvait "transformer" tous les hommes.

    Nkrumah était l'homme le plus avancé et le plus radical de sa génération. Mais il n'était pas un marxiste-léniniste. Il était seul, entouré de quelques fidèles dans un parti dont les fonctionnaires étaient fondamentalement hostiles à ses idées. Dès lors le coup d'État contre-révolutionnaire, néocolonial du 24 février 1966 était inévitable.

    Le lumumbisme et le consciencisme étaient les idéologies les plus avancées de la petite-bourgeoisie africaine révolutionnaire et anti-impérialiste. Ces courants politiques marquaient une étape nécessaire dans le mûrissement idéologique des peuples africains.

    Entre 1944 et 1956, deux courants principaux du processus révolutionnaire se sont développés avec force. Le premier, celui de la construction du socialisme en Union soviétique, puis en Chine populaire, réalisa une alternative au monde capitaliste. Le second, la lutte révolutionnaire anti-coloniale et anti-impérialiste, attaqua la base des super-profits que le capitalisme occidental empocha dans le tiers monde. Ce second courant porta ainsi des coups mortels à la grande bourgeoisie occidentale.

    Le passage d'une révolution démocratique (révolution bourgeoise, révolution nationale et anti-coloniale) à la phase d'une révolution socialiste, la transformation d'une révolution nationale et démocratique en révolution socialiste, est une question capitale. C'est aussi un processus révolutionnaire très compliqué.

    La révolution anti-coloniale des années cinquante et soixante en Afrique avait deux options stratégiques. Elle pouvait être dirigée par une coalition entre la bourgeoisie et la petite-bourgeoisie nationales et dans ce cas la rupture avec le système capitaliste mondial ne serait pas radicale. À terme, la bourgeoisie africaine devait alors se réconcilier avec la grande bourgeoisie internationale et réintégrer le marché capitaliste mondial.

    L'autre voie consistait à lutter pour une indépendance totale et pour le socialisme, deux aspects inséparables. La révolution anti-coloniale devait affronter frontalement la grande bourgeoisie occidentale et rompre avec elle dans le domaine politique, militaire, économique et culturel. Dans ce combat, la révolution africaine devait s'allier au socialisme mondial, le principal adversaire de la bourgeoisie occidentale dominant l'Afrique. Pour mener ce combat, la révolution africaine devait s'armer en conséquence. Il fallait passer de l'idéologie révolutionnaire nationaliste à l'idéologie socialiste, du lumumbisme et du consciencisme au marxisme-léninisme.

    Grâce à cette transformation, l'Afrique pouvait tirer profit de certaines expériences fondamentales qui correspondaient assez bien à ses propres conditions. En effet, le passage direct d'une société féodale et dominée à une société socialiste avait déjà été réalisé dans les Républiques asiatiques de l'URSS ainsi qu'en Chine, en Corée et au Vietnam.

    Le passage de l'idéologie nationaliste à l'idéologie marxiste-léniniste s'imposait à tous les révolutionnaires africains, partisans de l'indépendance total. Ainsi, au Congo-Kinshasa, Pierre Mulele, suite à l'assassinat de Lumumba et à la trahison de la plupart des lumumbistes, fit le bilan du nationalisme congolais. Mulele, tout en gardant les aspects révolutionnaires du lumumbisme, assimila le marxisme-léninisme qu'il appliqua à la réalité spécifique de la révolution congolaise. L'insurrection populaire qu'il dirigea entre 1963 et 1968 a atteint un niveau politique et organisationel de loin supérieur au stade lumumbiste. Osende Afana et beaucoup d'autres combattants de l'indépendance africaine ont pris la même option. Cette voie révolutionnaire aurait pu s'imposer en Afrique et en Asie au cours des années soixante, et ainsi contribuer à sceller définitivement le sort à l'impérialisme. Mais c'est ici que se situe la grande trahison de Khrouchtchev.

    Après son coup d'Etat de 1956, Khrouchtchev changea complètement l'orientation idéologique et politique de l'URSS, révisant tous les principes fondamentaux du marxisme-léninisme. Cette trahison a complètement désorienté les jeunes forces révolutionnaires africaines qui cherchaient encore leur voie. Du temps de Staline, le Parti bolchevik les aidait à réaliser le passage de l'idéologie nationaliste au socialisme scientifique. Krouchtchev et Brejnev, sous un verbiage pseudo-marxiste, les ont repoussés dans l'idéologie petite-bourgeoise.

    Krouchtchev et Brejnev ont nié la nécessité, pour la révolution africaine, de rompre radicalement et totalement avec l'impérialisme. Ils se sont opposés à un travail d'organisation et de conscientisation à long terme au sein des masses ouvrières et paysannes. Ils ont nié la nécessité d'une dictature des ouvriers et des paysans pour mater les forces du néo-colonialisme. Ils n'ont jamais évoqué les luttes de classes complexes qu'il faut mener pour passer du pouvoir ouvrier et paysan à la société socialiste. Ils ont nié la nécessité d'une lutte populaire prolongée contre la bourgeoisie renaissante et contre les intrigues et complots impérialistes.

    Khrouchtchev et Brejnev ont rejeté la thèse que seul un parti marxiste-léniniste peut diriger l'ensemble du processus révolutionnaire aboutissant à l'indépendance et au socialisme. Ils ont rayé l'idée essentielle de Lénine et Staline que le Parti doit mener une lutte incessante contre l'opportunisme, le bureaucratisme, le technocratisme, le carriérisme, le népotisme et le profitariat.

    Ainsi, dans une période cruciale de l'histoire africaine, Krouchtchev et Brejnev ont aidé à désarmer les jeunes forces révolutionnaires au profit de la bourgeoisie.

    Il est donc nécessaire d'examiner les raisons de la dégénérescence de l'Union soviétique, qui a eu des répercussions sur l'ensemble de la situation internationale et notamment sur les révolutions africaines.

    2. La restauration du capitalisme en Union Soviétique

    3. Les leçons de l'expérience historique de l'Union soviétique 

    4. La nature du panafricanisme

    En Afrique, il y a nécessairement autant de mouvements panafricanistes différents qu'il y a de classes sociales. Au delà des frontières africaines, les courants politiques identiques se soutiennent mutuellement, créant un panafricanisme à contenu de classe déterminé.

    Il y a eu tout d'abord le panafricanisme réactionnaire d'inspiration coloniale.

    Au Congo belge, l'Église catholique a été la première force à préparer la période post-coloniale en formant un personnel politique réactionnaire et pro-impérialiste. L'Église catholique, épaulée par les puissances coloniales, a créé aussi des cadres où des Africains réactionnaires des différents colonies se rencontraient et unifiaient leur pensée politique. Joseph Iléo et monseigneur Malula, deux figures de proue des milieux catholiques, ont joué un rôle déterminant dans le renversement du gouvernement Lumumba.

    L'abbé Fulbert Youlou, le président du Congo-Brazzaville, a été un représentant typique de ce panafricanisme réactionnaire.

    Il commence par parler de la grandeur et de la tradition africaine. "Les civilisations du Bénin et du Nigeria témoignent d'un Moyen Age honorable". "Il est temps que les Africains pensent eux-mêmes leur politique". "L'heure des grands ensembles est aussi l'heure de l'Afrique à son éveil". Les vrais nationalistes doivent s'allier aux "représentants traditionnels de l'Afrique". (16)

    Qui est l'ennemi principal du panafricaniste réactionnaire Fulbert Youlou ?

    "Le péril qui menace l'Afrique aujourd'hui est teinté du jaune communiste de Pékin". "C'est la race noire tout entière qui est menacée d'extermination sous l'occupation massive des vagues chinoises". "L'idéologie mondiale communiste qui a diaboliquement poussé l'Homme d'Occident à douter de la valeur de sa civilisation chrétienne, est la cause essentielle du drame africain." (17) Et Fulbert Youlou de dénoncer tous les "collaborateurs" communistes: "Nkrumah, le complice africain de Mao". "Entre Boumedienne et les Chinois, il y a un pacte de sang". "En Tanzanie, c'est un obscur correspondant de presse de l'agence Chine Nouvelle, Babu, qui déclenche l'insurrection. Au Kenya, c'est M. Odinga Oginga, amateur de tourisme russo-chinois".(18)

    Quelle est la voie à suivre pour l'Afrique ?

    Il faut "une grande stratégie de tous les États du continent noir", à mettre en oeuvre avec Houphouët-Boigny de la Côte d'Ivoire, Tombalbaye du Tchad, Banda du Malawi, Yaméogo de la Haute-Volta, Diori Hamani du Nigeria, Dacko de la République centrafricaine, le roi Mwabusta IV du Burundi et avec Tshombe et Mobutu au Congo-Kinshasa.(19) "L'unité africaine n'est réalisable que dans l'adhésion du continent noir au bloc occidental". "Je me bats pour que le Marché commun soit étendu à tout le continent africain" . Il faut "associer la défense de l'Afrique à celle du Monde libre" en élargissant "la zone couverte par l'OTAN". "La non-intervention est un encouragement à la destruction de la liberté dans le monde".(20)

    Ce qui frappe le plus dans les propos extravagants de Fulbert Youlou, c'est qu'aujourd'hui, l'effondrement du socialisme et l'échec du mouvement nationaliste africain ont créé les conditions de leur réalisation...

    Toute forme de panafricanisme trouve au niveau mondial des alliés qui partagent ses intérêts de classe.

    Les idées de Fulbert Youlou se retrouvent presque mot par mot dans le livre du major Siegfried Müller, nazi allemand, décoré par Hitler, chefs des mercenaires engagés en 1964-1965 contre la révolution muléliste au Congo. Il écrit: "Le monde libre doit choisir en Afrique les Africains qui ne font pas semblant d'imiter nos théories progressistes et miser avec tous nos atouts sur les Africains fidèles à leurs traditions, leurs coutumes, leurs chefs. Voilà le sens que le mercenaire Müller donne à son engagement aux côtés de l'Armée Nationale Congolaise qui, par la valeur de ses chefs et l'idéal africain du gouvernement et de l'homme qu'elle sert, représente pour la subversion rouge en Afrique le plus solide barrage". "Patrice Lumumba voulait congoliser le Congo avec ses idées volées à l'Occident, contre tous les chefs naturels, toutes les tribus, les clans, les traditions qui sont l'Afrique réelle". "Politiquement, l'Afrique peut, en s'associant au Marché commun, faire son avenir". (21)

    Il y a ensuite le panafricanisme de la petite bourgeoisie, rêvant d'une Afrique politiquement indépendante et unie mais refusant de rompre avec le marché capitaliste mondial et donc avec l'impérialisme.

    Le panafricanisme petit-bourgeois a trouvé ses principaux idéologues en Du Bois, Padmore, Nkrumah et Sékou Touré. Il a un caractère révolutionnaire dans la mesure où il vise à briser les chaînes coloniales et à mettre fin à la domination politique directe de l'Occident sur les pays Africains. Mais les idéologues de la petite bourgeoisie ne sont jamais révolutionnaires jusqu'au bout, ils ne s'attaquent pas aux racines économiques de la domination impérialiste.

    Après la réalisation de l'indépendance africaine, Du Bois prévoyait "une coopération plus étendue avec les dirigeants blancs du monde". (22) Sa formule "l'autodétermination nationale, la liberté individuelle et le socialisme démocratique" correspondait exactement au programme de la social-démocratie, c'est-à-dire à l'aile réformatrice de la grande bourgeoisie européenne. (23)

    Padmore estimait que les "anticolonialistes britanniques" qui suivaient "une politique conséquente" se trouvaient dans le Parti travailliste.(24) Nationaliste petit-bourgeois, Padmore ne voulait rompre ni avec l'impérialisme, ni avec le capitalisme. S'adressant aux États-Unis, Padmore écrit en 1955: "Je puis offrir une garantie contre le communisme. Cette garantie... rendra à jamais cher aux Africains le peuple de la grande république nord-américaine... Les hommes d'État américains n'ont qu'à faire un geste hardi en faveur des Africains... Ce geste doit revêtir la forme d'un programme d'Aide Marshall pour l'Afrique... Quelle belle façon de réparer les torts jadis infligés aux Africains." Puis Padmore juge positif le "Rapport de la Commission Royale relatif à l'Afrique orientale", mais, dit-il, "même les meilleurs plans économiques et sociaux n'aboutiront pas ... sans la bienveillance et la coopération des Africains". "L'assurance, la confiance et le respect mutuel une fois établis entre les leaders africains et leurs conseillers européens, rien n'empêchera le rapide progrès économique et social de l'Afrique". Puis Padmore développe un programme axé sur "les secteurs à l'initiative privée" . Il conclu sur un credo typiquement petit-bourgeois: "Le panafricanisme offre une alternative idéologique par rapport au communisme... Le panafricanisme porte son regard au-dessus des étroits intérêts de classe et de race... il veut une égalité d'occasion pour tous." (25)

    Pendant longtemps, Sékou Touré a maintenu un discours nationaliste, populiste et révolutionnaire qui avait très peu de rapport avec la réalité sociale et économique changeante de la Guinée. Dès le début des années soixante, la corruption se développa parmi les fonctionnaires et quelques purges spectaculaires ne l'ont nullement freiné. En avril 1962, un nouveau code des investissements offrait d'amples avantages et privilèges au capital étranger auquel des hauts fonctionnaires se sont liés à travers des sociétés mixtes. En 1963, le commerce privé fut réhabilité et les mines de diamant dénationalisées, ce qui offrit de nouvelles possibilités d'enrichissement aux fonctionnaires et aux commerçants, les seuls à posséder les capitaux nécessaires. (26) En novembre 1962, Sékou Touré s'était réconcilié avec le "panafricaniste réactionnaire" Houphouët-Boigny qui s'écria lors de sa visite à Conakry: "Hommage à mon frère Sékou Touré, artisan déterminé de l'Unité africaine; nous faisons le serment que nous ne nous séparerons jamais; nous oeuvrons tous pour une Afrique unie, prospère et fraternelle". Un an plus tard, en mars 1963, Sékou Touré déclarait: "Nous n'avons pas dit 'Non' à la France ni à De Gaulle. Au contraire, nous voulions sitôt notre indépendance acquise et garantie, signer des accords d'association prévus par la Constitution Française".(27)

    De nos jours, l'internationalisation de plus en plus poussée de l'économie capitaliste tend à égaliser les conditions d'exploitation économique sur l'ensemble du continent. Sous l'impulsion du capital financier international s'est développé un "panafricanisme de la grande bourgeoisie".

    La Charte de l'OUA de 1963 fixe comme un objectif majeur la coordination de la politique dans le domaine de l'économie, des transports et des communications. Dans l'Acte final de Lagos en 1980, cet objectif est formulé ainsi: "un marché commun africain, prélude à une Communauté économique africaine" afin "d'assurer l'intégration économique, culturelle et sociale de notre continent" .(28) Mais cette "intégration africaine" se fait dans des conditions où l'Occident exerce un contrôle croissant sur la vie économique et financière de l'ensemble du continent! Nous ne sommes pas loin de la définition de l'"Euroafrique", chère aux colonialistes des années 50, ni de l'association de l'Afrique au Marché commun européen, prônée par des réactionnaires comme Fulbert Youlou et Houphouët-Boigny en 1960.

    Comme cela devait se produire nécessairement, le discours nationaliste radical tenu par la petite bourgeoisie au cours des années soixante a été balayé par le développement inhérent au capitalisme. La nécessité de disposer de marchés plus vastes est devenue le moteur du panafricanisme de la bourgeoisie africaine. Ainsi, le panafricanisme de la grande bourgsoie africaine n'est qu'une facette du mondialisme du capital. Les multinationales sont la force dirigeante du panafricanisme bourgeois. Ainsi, les dernières venues des puissances néocoloniales en Afrique, l'Allemagne et le Japon, qui doivent supplanter la concurrence anglo-américaine et française, présentent des projets "panafricains", des travaux d'infrastructure pouvant lier la Méditerranée au Cap et l'Afrique de l'Ouest à la côte est. Dans leurs revues, pour "vendre" ces projets, ils publient même des articles sur les travaux de Cheikh Anta Diop...

    La bourgeoisie du Nigeria, en poussant à la création de la CEDEAO, espérait rafler les marchés de ses quinze concurrents africains plus faibles. Mais finalement, ce n'est pas la bourgeoisie du Nigéria qui profitera du panafricanisme du marché, mais bien les puissances impérialistes qui se livrent une concurrence de plus en plus acharnée pour tous les marchés du monde.

    À l'approche du vingt-et-unième siècle, le seul panafricanisme révolutionnaire est le panafricanisme du prolétariat africain, comme Elenga Mbuyinga le faisait déjà remarquer en 1975.

    Pendant la vague révolutionnaire des années soixante, ce panafricanisme révolutionnaire s'est manifesté dans l'oeuvre et dans la pratique de Mulele au Congo, d'Osende Afana au Cameroun, d'Amilcar Cabral en Guinée-Bissau et dans les derniers ouvrages de Nkrumah.
    http://mondomix.com/blogs/media/image/Am%C3%ADlcar_Cabral(1).png

    Leur panafricanisme était une concrétisation, sur le terrain africain, de l'internationalisme prolétarien, de l'unité de pensée et d'action du prolétariat mondial, représenté par le mouvement communiste international.

    Ces révolutionnaires africains ont développé leur idéologie en étudiant le marxisme-léninisme, entre autres à travers les expériences de la révolution chinoise et cubaine. Pierre Mulele a suivi une formation politique et militaire en Chine, avant de déclencher, en août 1963, la grande insurrection populaire au Congo. Son compagnon Léonard Mitudidi a fait venir Che Guevara aux maquis du Congo. Mais à l'arrivée de Guevara au front de l'Est, Mitudidi était déjà mort. Le plan de Guevara pour rejoindre le maquis de Mulele au Kwilu n'a pu se réaliser à cause de l'opposition des opportunistes congolais comme de l'OUA.

    Une autre caractéristique de ce panafricanisme est qu'il a été forgé à travers une pratique commune basée sur la mobilisation politique des masses ouvrières et paysannes et sur la lutte armée. Au début des années soixante, des cadres révolutionnaires du Congo-Brazza, du MPLA, de l'UPC camerounais et du mouvement muléliste se sont entraidés pour la formation militaire et politique dans des camps au Congo-Brazza. C'est en s'appuyant entre autres sur leur expérience que Nkrumah a pu écrire en 1970: "Le Parti n'arrivera pas à ses fins sans utiliser toutes les formes de la lutte politique, y compris la lutte armée. Si la lutte armée doit être engagée de façon efficace, elle doit être centralisée" .(29)

    5. Nationalisme et internationalisme

    Le panafricanisme petit-bourgeois était essentiellement un nationalisme ; le panafricanisme révolutionnaire est internationaliste.

    Les rapports entre nationalisme et internationalisme constituent un domaine très complexe de la théorie marxiste-léniniste. Ils sont d'un intérêt particulier pour l'Afrique, le continent qui a connu l'oppression nationale la plus longue et la plus cruelle.

    L'impérialisme a créé un marché mondial, un système mondial de production, d'échanges et de communications. Toute production d'une certaine envergure, peu importe où elle se réalise, s'insère dans ce marché mondial. La grande bourgeoisie est une classe internationaliste soudée par le marché mondial et par la volonté commune de protéger partout au monde les conditions de "l'entreprise libre" contre la révolution socialiste.

    Tout en étant internationaliste dans sa conception du monde et dans ses activités économiques, la bourgeoisie de tous les pays soutient le nationalisme bourgeois pour diviser et abrutir les ouvriers et les entraîner derrière ses propres intérêts de classe. Nous assistons à ce phénomène apparemment paradoxal: à mesure que progresse l'internationalisation du capital, nous voyons partout monter des mouvements "nationalistes" extrêmes, de type fasciste: du "nationalisme" prôné par Le Pen en France et du "nationalisme" croate jusqu'au fondamentalisme islamiste, au fondamentalisme hindou et au tribalisme à la Buthelesi...

    L'internationalisation du capital se produit au milieu d'une crise généralisée de surproduction; les mouvements nationalistes de droite permettent à la bourgeoisie de contrôler et de dominer les masses, sans que cela entrave la liberté du capital et son internationalisation.

    Seule la classe ouvrière s'oppose diamétralement à l'internationalisme bourgeois, dans la mesure où elle prend conscience de ses intérêts de classe historiques. Les ouvriers du monde entier se trouvent fondamentalement dans une position commune par rapport aux moyens de production et à la classe capitaliste qui les possède. Seule le socialisme scientifique, idéologie révolutionnaire commune à tous les ouvriers, peut constituer une alternative de classe à l'exploitation capitaliste. Un aspect en est l'internationalisme prolétarien, la solidarité internationale des ouvriers et des travailleurs contre leurs ennemis communs.

    Tout en étant internationaliste dans sa conception du monde, le prolétariat soutient toutes les luttes nationales contre l'oppression et la domination impérialiste.

    Les pays africains ont cinq siècles d'humiliations, de discriminations et d'oppressions nationales derrière eux. Les progressistes et révolutionnaires du monde entier avaient comme devoir de soutenir les peuples africains dans leur lutte nationale contre toutes ces humiliations, discriminations et oppressions. Aucun prétexte ne pouvait être invoqué pour ne pas soutenir la lutte nationale contre la domination esclavagiste, coloniale et néocoloniale.

    Mais c'est là une tâche essentiellement négative. Le prolétariat soutient toute lutte nationale contre la domination impérialiste, mais il ne soutient pas "positivement" le nationalisme. Le nationalisme est toujours l'idéologie par laquelle la bourgeoisie et la réaction nationale essayent de subordonner les travailleurs à leurs propres intérêts cupides. Après avoir tué Lumumba et les lumumbistes, Mobutu reprit un grand nombre de leurs positions sous une forme démagogique, il créa son propre "nationalisme congolais" pour subordonner les masses aux intérêts de la bourgeoisie bureaucratique et pro-impérialiste. Ce n'était plus un nationalisme "négatif" dressant les masses congolaises contre l'oppresseur belgo-américain, mais un nationalisme "positif" unissant les masses à la grande bourgeoisie congolaise, agissant comme intermédiaire aux intérêts impérialistes.

    Lénine a déclaré avec une grande perspicacité: "Le marxiste reconnaît pleinement la légitimité historique des mouvements nationaux. Mais pour que cette reconnaissance ne tourne pas à l'apologie du nationalisme, elle doit se borner très strictement à ce que qu'il y a de progressiste dans ces mouvements, afin que cette reconnaissance ne conduise pas à obscurcir la conscience socialiste par l'idéologie bourgeoise". "Le nationalisme bourgeois militant abêtit, décervelle, désunit les ouvriers pour les placer sous la houlette de la bourgeoisie". "Le nationalisme bourgeois et l'internationalisme prolétarien sont deux mots d'ordre irréductiblement opposés qui correspondent aux deux grands camps de classe du monde capitaliste". (30)

    Appliquant ces concepts de Lénine à l'Afrique, Amilcar Cabral a déclaré: "Le cas néocolonial ne se résout pas par une solution nationaliste; il exige la destruction de la structure capitaliste implantée par l'impérialisme dans le territoire national et postule justement une solution socialiste". (31)

    À la question du nationalisme est lié celle de la culture nationale.

    Amilcar Cabral a fait remarquer que la culture africaine a constitué "le seul rempart susceptible de préserver l'identité (du peuple dominé)" . Ceci vaut "non seulement pour les masses populaires, mais aussi pour les classes dominantes autochtones - chefs traditionnels, familles nobles, hiérarchie religieuse". Tout cela a facilité "le développement du mouvement de libération". (32) Cabral envisage donc la culture africaine sous l'angle de son importance pour le combat contre la domination coloniale. Et c'est précisément sous cet angle qu'il distingue les éléments positifs et négatifs dans la culture africaine. "Seule la lutte révèle comment et combien la culture est, pour les masses populaires, une source inépuisable de courage, d'énergie physique et psychique, mais aussi, par certains aspects, d'obstacles et de difficultés, de conceptions erronées de la réalité, de déviations dans l'accomplissement du devoir." (33)

    Après la victoire sur le colonialisme, la question de la culture se pose d'une façon nouvelle. Les chefs traditionnels, familles nobles, chefs religieux et nouveaux bourgeois essaient d'imposer leur culture, qui exprime leurs intérêts de classe, comme la "culture nationale".

    À ce propos, Lénine a exprimé la conception commune à tous les révolutionnaires du monde. "Chaque culture nationale comporte des éléments, même non développés, d'une culture démocratique et socialiste, car dans chaque nation, il existe une masse laborieuse et exploitée, dont les conditions de vie engendrent forcément une idéologie démocratique et socialiste. Mais dans chaque nation, il existe également une culture bourgeoise (et qui est aussi, la plupart du temps, ultra-réactionnaire et cléricale), pas seulement à l'état d'éléments, mais sous forme de culture dominante. Aussi, d'une façon générale, la "culture nationale" est celle des grands propriétaires fonciers, du clergé, de la bourgeoisie." "Le mot d'ordre de la culture nationale est une duperie bourgeoise. Notre mot d'ordre à nous, c'est la culture internationale du démocratisme et du mouvement ouvrier mondial". "Nous empruntons à chaque culture nationale uniquement ses éléments démocratiques et socialistes." (34)

    Certains milieux panafricains défendent la thèse que "les Africains noirs et les Noirs de l'Asie, de l'Océanie, des Caraïbes, de l'Afrique du Sud et des États-Unis partagent une âme culturelle commune ".(35) Cette idée va à l'encontre du marxisme et aide les Mobutu, les Eyadema et les Tonton Macoutes à mystifier et opprimer leur peuple au nom de l'authenticité et de "l'âme noire commune".

    6. Leçons de l'échec africain

    Nous pouvons maintenant formuler quelques leçons supplémentaires de l'échec du nationalisme africain et du panafricanisme du début des années soixante, des leçons qui sont abordées dans l'oeuvre de Mulele, d'Osende Afana, d'Amilcar Cabral et de Nkrumah.

    D'abord: "Pas de mouvement révolutionnaire sans théorie révolutionnaire".

    Ce critère fondamental se trouve dans l'ouvrage "Que Faire?" de Lénine qui élabore cette thèse en ces termes: "l'indifférence à l'égard de toute théorie, est une des causes principales du peu de progrès du mouvement ouvrier, du trouble et de la confusion". "Le socialisme, depuis qu'il est devenu une science, veut être traité, c'est-à-dire étudié comme une science".(36) Ainsi, Lénine demande aux cadres supérieurs de tout mouvement révolutionnaire d'étudier la science marxiste avec la même application qu'il faut pour maîtriser les sciences physiques ou médicales.

    Lorsqu'il était au pouvoir, sous l'influence de la social-démocratie, Nhrumah ne s'est jamais fixé la tâche d'étudier consciemment la science de la révolution, la doctrine de Marx, Engels, Lénine, Staline et Mao Zedong. Ce n'est qu'après le coup d'État qui le renversa, qu'il s'est orienté vers l'étude systématique du socialisme scientifique.

    Il s'agit non seulement de bien connaître la méthode, la façon d'analyser et les thèses du marxisme, mais aussi de savoir reconnaître le pseudo-marxisme. "L'idéologie marxiste ne peut obtenir et conserver la suprématie que par une lutte inlassable contre toutes les autres idéologies. L'idéologie bourgeoise est bien plus ancienne que l'idéologie socialiste, elle est plus amplement élaborée et possède infiniment plus de moyens de diffusion." "La tendance opportuniste implante, dans le socialisme, les idées bourgeoises et les éléments bourgeois".(37)

    Nkrumah ne s'est jamais démarqué complètement du vieil opportunisme de la social-démocratie. Et lorsqu'il a évolué vers des positions communistes, après le coup d'État qui le renversa, il a été influencé par Khrouchtchev et Brejnev qui dénaturaient l'essence révolutionnaire de la doctrine de Lénine. Mulele et Osende Afana, pour s'engager dans l'insurrection populaire contre le pouvoir néocolonial, ont dû affronter l'opposition catégorique des révisionnistes soviétiques. Ils n'ont pas seulement assimilé le marxisme-léninisme, mais ils se sont engagés aussi dans une critique de l'opportunisme et du révisionnisme.

    Finalement, Lénine insiste sur le fait qu'on ne peut pas maîtriser le marxisme en s'enfermant dans des livres. Il faut, en quelque sorte, "digérer" le marxisme-léninisme à partir de sa propre expérience révolutionnaire. Il faut appliquer de façon créatrice la science politique de Marx, Lénine et Mao Zedong à la réalité spécifique de son propre pays. En rentrant de Chine, Mulele a traduit les leçons de la révolution chinoise dans le langage des ouvriers agricoles et des paysans de sa région natale. Pour faire comprendre des notions essentielles du marxisme-léninisme, il les a adaptées à la mentalité des villageois, utilisant des proverbes traditionnels, des chansons du tribunal et des contes africains.

    Deuxièmement: "Pour déterminer si un intellectuel est révolutionnaire, non révolutionnaire ou contre-révolutionnaire, il y a un critère décisif: c'est de savoir s'il veut se lier et s'il se lie effectivement aux masses ouvrières et paysannes." (38)

    Mao Zedong a défini ce critère en pleine guerre anti-japonaise, en 1939.

    Un révolutionnaire authentique ne peut pas s'enfermer dans les milieux de la bourgeoisie et de la petite-bourgeoisie aisée ; l'éducation des masses fondamentales du peuple, leur organisation et leur mobilisation constitue l'axe essentiel de son travail. C'est précisément sur ce point que Mulele, Bengila et Mitudidi se sont séparés de la plupart des autres lumumbistes. Ces derniers ont été propulsés à la tête de l'État, entourés de politiciens engagés dans la course aux richesses et aux privilèges. Rapidement, ils ont perdu tout lien avec les masses travailleuses. À son retour de Chine, Mulele a lancé un appel à tous les lumumbistes afin qu'ils dans leur région natale et y organisent les jeunes, les ouvriers, les villageois, les femmes. Mais finalement ils n'ont été qu'une dizaine à le suivre. Et ils ont soulevé des millions d'opprimés congolais !

    La révolution nationale et démocratique, puis la révolution socialiste est l'oeuvre des masses. Seules les masses peuvent constituer une force politique suffisante pour battre l'impérialisme et la grande bourgeoisie. Seuls les intérêts des masses constituent le point de départ pour l'édification d'une société fondamentalement différente qui met fin à l'exploitation de la majorité. Les révolutionnaires doivent donc concevoir un projet à long terme, capable de permettre aux masses de constituer des forces politiques et militaires suffisantes pour renverser l'ordre néocolonial. Il s'agit d'aider les masses à se libérer par leur propre effort, à devenir la force consciente qui brisera l'oppression exercée par l'impérialisme et la grande bourgeoisie.

    Troisièmement: l'édification d'un parti d'avant-garde authentique est le problème crucial, le problème le plus difficile de la révolution africaine.

    Dans ses ouvrages, Staline a systématisé les principes léninistes du Parti qui ont été la clé de la victoire, aussi bien de la révolution soviétique que de la révolution chinoise. Il a formulé les caractéristiques et les principes d'"un Parti de type nouveau, un Parti marxiste-léniniste, un Parti de la révolution sociale, capable de préparer le prolétariat aux combats décisifs contre la bourgeoisie".(39)

    Les faiblesses des révolutions africaines se reflètent surtout dans les faiblesses des partis révolutionnaires. Nkrumah était devenu un "étranger" dans son propre parti. Mulele, faute de cadres intellectuels révolutionnaires, n'a pas été en mesure de créer un parti marxiste-léniniste. Une des raisons de l'échec de Sankara au Burkina est qu'il s'est embourbé dans les luttes entre différentes organisations communistes, ne sachant pas reconnaître les communistes des carriéristes. Il a souvent combattu des forces marxistes-léninistes et soutenu des opportunistes pour se retrouver finalement isolé.

    Seul un parti armé d'une ligne marxiste-léniniste et oeuvrant patiemment parmi les ouvriers, les travailleurs et les paysans, est en mesure de faire front à la violence de l'impérialisme. Il doit observer les règles rigoureuses de la discipline léniniste s'il veut survivre à la répression. Ces règles sont obligatoires pour tous les membres, et surtout pour les cadres dirigeants. Il doit vérifier et corriger ses décisions en écoutant la voix des masses travailleuses. Il doit utiliser la critique et l'autocritique pour éduquer en permanence ses membres et ses dirigeants.

    Un tel parti ne peut pas être édifié sans la participation des intellectuels révolutionnaires. À ce propos, Amilcar Cabral a formulé un principe fondamental: "La petite bourgeoisie révolutionnaire doit être capable de se suicider comme classe, pour ressusciter comme travailleur révolutionnaire, entièrement identifié avec les aspirations les plus profondes du peuple auquel il appartient".(40) Cabral fait ici référence à la nécessité d'une transformation continue des intellectuels, grâce à l'étude du marxisme-léninisme, aux liens avec les masses et à la participation au combat. Et Nkrumah a donné cette définition de la révolution: "le prolétariat, sous la direction d'un parti d'avant-garde guidé par les seuls principes du socialisme scientifique, renverse le système de classes".(41)

    Quatrième point: "Le premier problème fondamental de la révolution est le rôle dirigeant de la classe ouvrière". "L'alliance des ouvriers et des paysans est un principe stratégique qui revêt une importance particulière". "En s'appuyant sur ces forces fondamentales, le Parti a la possibilité d'élargir les rangs des révolutionnaires jusqu'aux autres classes et couches sociales de tendance nationale et démocratique", notamment les intellectuels et les étudiants. (42)

    C'est ainsi que Le Duan, sur base de l'expérience de la révolution vietnamienne, a indiqué quelles sont les classes sociales capables de mener la révolution anti-impérialiste jusqu'au bout. Il nous apprend dans quelles classes sociales les révolutionnaires doivent faire un travail concret, quotidien, à long terme, un travail d'organisation syndicale, un travail d'organisation coopérative pour la défense des intérêts économiques, un travail d'éducation, un travail de conscientisation à partir de l'aide médicale ou juridique, etc.

    Cette analyse rigoureuse des classes et des positions politiques des différentes classes n'a pas été faite par les révolutionnaires africains du début des années soixante. Lumumba comme Nkrumah était obnubilé par la formule: Tous les Noirs sont mes frères. C'est à leurs propres dépens qu'ils ont découvert que les classes et la lutte des classes existaient autour d'eux. "La lutte des classes est au coeur du problème" , dira Nkrumah en faisant le bilan de son échec.(43) À partir de sa propre expérience, Amilcar Cabral a confirmé les thèses de Le Duan. Cabral écrit: "La classe laborieuse composée d'ouvriers de la ville et de prolétaires agricoles, tous exploités par la domination indirecte de l'impérialisme, constitue la vraie avant-garde populaire de la lutte de libération nationale".(44)

    Cinquièmement: Il y a un critère pour distinguer le combat réel contre le néocolonialisme des impostures purement verbales: est-ce qu'on vise à la destruction de la dictature exercée par l'impérialisme et par la grande bourgeoisie sur le peuple travailleur ?

    La destruction de cette dictature nécessite l'organisation de luttes révolutionnaires de masse prolongées sous différentes formes, culminant dans la guerre populaire et l'insurrection qui briseront le pouvoir néocolonial.

    Si le néocolonialisme n'est pas défini comme la dictature conjointe de l'impérialisme et de la grande bourgeoisie, ce mot perd son sens. Alors, on peut voir un Tshombe lutter contre le "néocolonialisme", c'est-à-dire contre le pouvoir d'Adoula. On peut entendre un Thomas Kanza proposant une alliance entre Mobutu et les lumumbistes pour "combattre un ennemi commun: le néocolonialisme personnifié par Moïse Tshombe".(45) On peut écouter Mobutu fulminer contre le "néocolonialisme" pour que l'impérialisme lui cède une part plus large du butin commun.

    "L'État, dit Nkrumah, est l'expression de la domination d'une classe sur les autres". (46) C'est pourquoi aucune "démocratisation" aussi "radicale" ou "totale" qu'elle soit, ne peut résoudre les problèmes d'une société dominée. Seule la dictature des ouvriers et des paysans, s'alliant la petite bourgeoisie et les forces patriotiques, peut mettre fin à la domination conjointe de l'impérialisme et de la grande bourgeoisie.

    7. Sous le Nouvel Ordre Mondial 

    Notes

    (1) Padmore Georges: Panafricanisme ou communisme, éd. Présence Africaine, Paris, 1960, pp.383-384; 387.
    (2) Nkrumah Kwame: La lutte des classes en Afrique, Présence Africaine, Paris, 1972, p.101.
    (3) Monheim F: Mobutu, l'homme seul, Bruxelles, 1962, p.154-155.
    (4) Pour les chiffres et citations de ce chapitre, sauf autrement indiqué, voir: Martens Ludo: L'URSS et la contre-révolution de velours, EPO, Anvers, 1991.
    (5) Sekou Touré: L'Afrique en marche, tome X, 1967, p.323.
    (6) Sékou Touré: Stratégie et Tactique de la Révolution, tome XXI,p.193.
    (7) Staline: Le marxisme et la question nationale et coloniale, Ed. Norman Béthune, Paris, 1974, p. 344.
    (8) James Klugmann: From Trotski to Tito, Publ. Lawrence and Wishat, London, 1951.
    (9) Padmore, op.cit.,p.332.
    (10) Sékou Touré: Stratégie et tactique, p.328-329.
    (11) Khrouchtchev: Recueil des Documents du XXIIe Congrès, Moscou, 1961, p.526-527.
    (12) Nkrumah: Challenge of the Congo, publ. Panaf, 1969, p.292.
    (13) Mao Zedong: Le Pseudocommunisme de Khrouchtchev - 14 juillet 1964, dans: Le Débat sur la Ligne Générale, éd. Pékin, 1965, p.482-492.
    (14) Kim Il Sung: A propos du djoutche; De l'élimination du dogmatisme et du formalisme, 28 déc. 1955, Pyongyang, 1980, pp.171; 177; 180; 182.
    (15) Kim Il Sung: Oeuvres choisies, tome V, Pyongyang, 1975, p. 584.
    (16) Fulbert Youlou: J'accuse la Chine, éd Table Ronde, Paris, 1966, pp.132; 146; 137; 138.
    (17) Ibidem, pp.121; 13; 15.
    (18) ibidem, pp.81; 69; 115.
    (19) Ibidem, p.123.
    (20) Ibidem, pp. 138; 151; 158; 142.
    (21) Müller Siegfried: Les nouveaux mercenaires, éd France-Empire, 1965, pp.200-201; 232.
    (22) Padmore, op.cit., p.131.
    (23) Ibidem, p.118.
    (24) Ibidem, p.373.
    (25) Ibidem, p.383-387.
    (26) Ameillon: La Guinée, bilan d'une indépendance, Maspéro, Paris, 1964, p.185-187.
    (27) Ibidem, pp.12; 197.
    (28) Ba Abdoul, Bruno Koffi, Sahli Fethi: L'Organisation de l'Unité Africaine, éd. Silex, 1984, pp. 22; 217.
    (29) Nkrumah: La lutte des classes en Afrique, éd. Présence Africaine, Paris, 1972, p.105.
    (30) Lénine: Notes critiques sur la question nationale, tome XX, pp.27; 18; 19.
    (31) Amilcar Cabral: Unité et Lutte, éd Maspéro, Paris, 1980, p.165.
    (32) Ibidem, p.176.
    (33) Ibidem, p.188.
    (34) Lénine, op.cit., p.16-17.
    (35) Africa World Review, nov 92-april 93, London, p. 28.
    (36) Lénine, Oeuvres Choisies, tome V, pp.376; 378; 379.
    (37) Ibidem, pp.393; 361.
    (38) Mao Zedong, Oeuvres choisies, Pékin, 1968, p. 264.
    (39) L'Histoire du Parti communiste bolchevik, Moscou, 1949, p.397.
    (40) Cabral, op.cit., p.169.
    (41) Nkrumah, op.cit., p.98.
    (42) Le Duan: Ecrits, Hanoi, 1976, pp. 194; 196; 197.
    (43) Nkrumah, op.cit., p.10.
    (44) Cabral, op.cit., p.164.
    (45) Martens Ludo: Pierre Mulele ou la seconde vie de Patrice Lumumba, éd. EPO, 1985, p.321.
    (46) Nkrumah, op.cit., p.20.
    (47) Alexandre T. Samorodov, Revue Internationale du Travail, (Bureau International du Travail) vol.131, 1992, n 3, p.357-358.
    (48) De Volkskrant, 3 april 1993: Jeffrey Sachs: Rusland kan...
    (49) The Guardian, 8/3/1993.
    (50) NRC-Handelsblad, 16/12/93: Schok zonder therapie.
    (51) The Reform Prescription for Russians is Stronger Democracy. By Anders Aslund IHT, 25/11/1993.
    (52) Michel Chossudovsky Le Monde Diplomatique, p.12-13, janvier 1993.
    (53) Alexandre T. Samorodov, Revue Internationale du Travail, (Bureau International du Travail) vol.131, 1992, n 3, p.359.
    (54) NRC, 16/12/93: Schok zonder therapie.
    (55) Amnon Kapeliouk écrit dans Le Monde Diplomatique, p.3, septembre 1993.
    (56) Ibidem
    (57) Echos de Russie, p.3, juli-augustus 1992.
    (58) Amnon Kapeliouk Le Monde Diplomatique, p.3, septembre 1993.
    (59) Le Monde, p.13, 16/12/1992.
    (60) Le Soir, 9/1/1993: Drame en Asie; Le Monde, 27/1/1993, p.4.
    (61) Le Monde, 24 déc.93: Le président Aliev déclare...
    (62) Mbuyinga Elenga, Panafricanisme et néocolonialisme, publications de l'UPC, 1979, pp. 347; 389; 398; 411.
    (63) Nkrumah, op.cit., p.103.

     

    Intéressant à lire aussi : Amilcar Cabral et la Révolution panafricaine par Ameth Lo.

     

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  • Toute la journée, les dépêches d'agences ont soufflé le chaud et le froid : tantôt parlant d'"impasse", tantôt annonçant que Gbagbo s'ouvrait à la négociation, acceptait de rencontrer Ouattara, de lever le blocus de l'hôtel du Golf où celui-ci est retranché etc. 

    Finalement, le bilan de la journée est tombé aux JT du soir : Gbagbo "n'a rien proposé de nouveau" aux émissaires africains (présidents kényan, cap-verdien, sierra-léonais et béninois) qui ont négocié avec lui toute la journée d'hier et aujourd'hui, il s'en tiendrait aux mêmes offres (recompte des votes etc.). De son côté, Ouattara a refusé de rencontrer Gbagbo, "tant qu'il ne reconnaîtra pas (sa) victoire". Guillaume Soro, Premier ministre de Ouattara et leader idéologique des "rebelles", répète encore une fois son discours : "nous avons épuisé la négociation, il faut employer la force". Les Etats-Unis ont proposé à Gbagbo l'asile politique s'il quitte le pouvoir ; tandis que Sarkozy, de son côté, a exclu une action militaire française directe mais réaffirmé qu'il "n'y a qu'un seul président en Côte d'Ivoire, Alassane Ouattara"... CQFD. 

    On ne peut jurer de rien avec Gbagbo mais, si on a pu penser ces derniers jours qu'il faisait seulement monter les enchères pour s'en tirer aux meilleures conditions, il semble maintenant qu'il est déterminé à conserver un pouvoir qu'il considère légitimement acquis, à travers les dernières élections mais aussi à travers 30 ans de luttes. Il semble résolu à tenir tête aux grands impérialismes et à leurs tirailleurs néo-coloniaux de la CEDEAO, principalement du Nigeria. Il semble penser que son Armée nationale (les FANCI) et ses partisans "Patriotes" sont en mesure de résister à une offensive militaire.

    Comme l'ont plusieurs fois affirmé autant le leader pro-Ouattara Guillaume Soro que le président nigérian (et de la CEDEAO) Goodluck Jonathan, la négociation épuisée, l'option de la guerre est désormais claire.

    La raison des tergiversations actuelles est, simplement, qu'une guerre ne se lance pas du jour au lendemain, même pour la plus puissante armée d'Afrique de l'Ouest, l'armée du Nigeria. Pour attaquer l'Irak, les USA, première puissance militaire du monde, ont fait "durer le suspense" pendant 6 mois en 1990-91, 1 an en 2002-2003 ! 

    Mais il y aura la guerre. La guerre néocoloniale aura bien lieu, car la Françafrique soutenue par l'ensemble des impérialismes européens et nord-américains veut imposer Ouattara, tandis que Gbagbo se considère légitime. Il l'est d'ailleurs, nettement, dans la moitié Sud du pays, et n'accorde aucune valeur au vote de la moitié Nord aux mains des "rebelles"... 

    Solidarité internationale contre la guerre impérialiste !

    Solidarité avec le Peuple ivoirien ! 

    La Françafrique veut faire couler le sang pour imposer son laquais. L'impérialisme veut, encore une millième fois, faire couler le sang africain, "sudiste" comme "dioula", ivoirien comme nigérian, installer la haine "ethnique" pour des générations comme au Rwanda, pour s'abreuver tel un vampire des richesse et de la sueur de l'Afrique ! 

    L'impérialisme ne passera pas !

    100 ans de colonialisme, 50 ans de néocolonialisme : la Françafrique n'a que trop duré !

     

    Servir le Peuple reproduit ici l'appel d'un certain nombre de Partis et d'organisations marxistes et progressistes africaines, appel auquel s'est joint le ROC-ML :

     

    PAS D’INTERVENTION MILITAIRE ETRANGERE :

    NI DE LA CEDEAO, NI DE L’ONU, NI DE LA FRANCE !

    TROUPES ETRANGERES HORS DE LA CÔTE D’IVOIRE !

    UNITE ET SOLUTION NATIONALE IVOIRIENNE SOUVERAINE,

    DEMOCRATIQUE ET PACIFIQUE DE LA CRISE POST-ELECTORALE ! 

     

    Après les menaces à peine voilées de Sarkozy et Obama au nom de la dite « communauté internationale » qui se résume en fait à la France, l’Angleterre, l’Allemagne et les Etats-Unis, voilà l’envoi en forme d’ultimatum des chefs d’état du Cap-Vert, du Bénin et de la Sierra Léone en Côte d’Ivoire.

    Comme si c’était convenu dans un partage des rôles, les puissances occidentales poussent la CEDEAO à prendre la relève en décidant le 24 décembre 2010 d’une intervention armée en Côte-d’Ivoire pour déloger GBAGBO du pouvoir si ce dernier ne cédait pas aux injonctions que doit lui porter une ultime mission de ces trois présidents au nom de la CEDEAO.

    Ainsi, les puissances occidentales qui ne peuvent intervenir directement s’arrangent dans les coulisses pour pousser leurs hommes au pouvoir en Afrique à aller commettre les forfaits qu’ils n’osent pas assumer publiquement.

    Les USA, l’UE, le FMI, la Banque Mondiale, la Cour Pénale Internationale, les mêmes qui ont pactisé et financé la junte militaire qui a renversé le président légal et légitime Zélaya du Honduras utilisent des fantoches Africains serviles pour tuer et imposer au peuple Ivoirien une guerre criminelle.

    Les mêmes puissances et institutions financières impérialistes ont menti au monde entier sur les « armes de destruction massive et la complicité avec Al Quaïda » pour agresser, renverser, occuper l’Irak et assassiner son Chef d’Etat.

    C’est pourquoi, les organisations signataires réaffirment que les solutions à la crise post-électorale que traverse la société ivoirienne viendront avant tout du peuple Ivoirien lui-même.

    C’est pourquoi nous dénonçons toute intervention armée étrangère en Côte d’Ivoire et exigeons le départ de toutes les forces étrangères présentes sur le territoire Ivoirien, qu’elles soient officielles (ONU-CI, Licorne, 41ème BIMA) ou officieuses (mercenaires).

    Vive la souveraineté du peuple ivoirien ! Vive la solidarité panafricaine et internationaliste !

    Fait le 27/12/10 

    Signataires : Ferñent/Mouvement des Travailleurs Panafricains-Sénégal (F/M.T.P-S), Yoonu Askan Wi Sénégal, RTA-Sénégal, Parti Communiste Révolutionnaire de Côte d’Ivoire, Parti Communiste du Bénin, Actus/Prpe Tchad, PC Togo, PC Tunisie, Voie Démocratique Maroc, Pads Algérie, UP Cameroun, Sanfin Mali, PC Congo, Parti Communiste des Ouvriers de France (PCOF).

    ******************************* 

    Pendant ce temps, des milliers d'Ivoirien-ne-s (ainsi que de Libérien-ne-s accusé-e-s d'être des mercenaires pro-Gbagbo) fuient les zones tenues par les tirailleurs françafricains des "Forces nouvelles" de Soro :

    Les milliers de réfugiés qui fuient le pays

    Là aussi, il y a vraiment lieu de se poser des questions sur l’objectivité, voire l’honnêteté intellectuelle de certains médias français avides de phrases chocs, et qui font très peu de travail de recherche. Personne, mais vraiment personne parmi ces journalistes ne prend la peine de préciser que TOUS les réfugiés fuient les zones sous contrôle de la rébellion armée de M. Ouattara. Oui! Toutes les populations qui fuient vers le Liberia, la Guinée et le sud de la Côte d’Ivoire s’enfuient des zones dites CNO (Centre Nord-Ouest: Man, Bouaké, (en rouge sur la carte) qui sont totalement contrôlées par les tristement célèbres seigneurs de guerre des Forces Nouvelles qui sont très connus pour les exactions et barbaries commises depuis 2002 jusqu’à pendant les élections de Novembre 2010, nous en voulons pour preuve les multiples rapports des observateurs africains et des ONG internationales (International Watch).

    Les populations de l’ouest fuient la rébellion de Ouattara
    Selon une dépêche de l’AFP ,14 000 personnes de l’ouest de la côte d’ivoire seraient en fuite vers la Guinée et le Liberia. Selon la dépêche, des rebelles de Ouattara et de Soro Guillaume tenteraient de les empêcher de franchir la frontière. Ces informations procèdent de la vaste opération d’intoxication. La vérité est que les populations de l’ouest de la Côte d’Ivoire assiégé depuis 2002 par la rébellion de Ouattara fuient justement les exactions de cette rébellion après la proclamation de la victoire de Laurent Gbagbo par le Conseil constitutionnel .On dénombre 6 000 réfugiés à la mission catholique de Duekoué fuyant les rebelles de Bangolo et de la sous préfecture de Zou ou un burkinabé du nom de Amandé entretien une milice de 600 hommes dans la foret classée du mont Peko. La réalité de la crise ivoirienne est là. Les bourreaux se transforment très facilement en victimes avec la bienveillante complicité de medias internationaux.

    Source Ivoire-dépêche

    "La nuit, des hommes venaient piller nos jardins, ils détruisaient tout et volaient nos bêtes"

    Source

    Hubert, instituteur ivoirien, a fui le village de Yéalé, dans l'ouest de la Côte d'Ivoire, aux abords de la réserve de Nimba (une zone montagneuse bordée par la Guinée et le Liberia). Yéalé est situé dans une région contrôlée par les ex-Forces nouvelles (FN), les anciens rebelles qui soutiennent Alassane Ouattara.

    "Certaines personnes du village ont été frappées par des rebelles, qui étaient parfois habillés en civil. Ils n’ont jamais tiré mais ils nous terrorisaient. La nuit, des hommes venaient piller nos jardins, ils détruisaient tout et volaient nos bêtes. Avec d’autres pères de familles du village, on a décidé de se sauver."
    "Nous avons marché deux jours entiers dans la brousse"

    "Nous sommes partis en fin d’après-midi mercredi 8 décembre, par petits groupes. Comme il fallait aller vite, je n’ai pris avec moi que ma carte d’identité et mon acte de naissance. Nous avons marché deux jours entiers dans la brousse. Certains allaient en direction de Nzoo-Guela, d’autres allaient vers Nyon [deux villages guinéens frontaliers de la Côte d'Ivoire, ndrl]. Parfois, nous nous croisions sur notre route. 
    Je suis parti avec ma femme et mes deux enfants, mais l’un d’eux n’est pas arrivé à Bossou avec nous. Il est resté à Nzoo-Guela pour se faire soigner, je sais qu’il y est en sécurité. J’espère que les équipes du HCR vont le ramener bientôt.

     Depuis que nous sommes au camp de Bossou, nous mangeons à notre faim. Les enfants jouent dans la cour toute l’après-midi. Je remercie vraiment le HCR d’avoir mis en place ce dispositif. Je ne compte pas retourner en Côte d’Ivoire tant que la situation ne sera pas apaisée. Pour le moment, je projette d’organiser des classes pour les enfants ivoiriens de Bossou. Il faut continuer de vivre."

    **********************************

    Rappelons que déjà, en 2002-2003, entre 500.000 et 1 million de personnes avaient fui les zones tenues par les "Forces nouvelles" et leurs alliés "tayloristes" libériens et sierra-léonais. La population de la zone "rebelle" (Centre-Nord-Ouest - CNO) à cette époque ne devait pas dépasser les 5 ou 6 millions de personnes...

    AfricaFistZm

    Lire encore à ce sujet l'excellent Grégory Protche (source incontournable sur ce "dossier" ivoirien, sachant de quoi il parle etc.), ici un entretien autour de son ouvrage "On a gagné les élections mais on a perdu la guerre" : gagne-elections-mais-perdu-guerre-raisons-marcher-victoire-alassane-ouattara


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  • Les évènements s'enchaînent en Côte d'Ivoire et la perspective, non seulement d'une guerre "civile" fomentée par les impérialistes, mais d'une action militaire impérialiste directe, se précise (avec l'ONUCI, composée de la force impérialiste française Licorne - 1000 hommes - et des "tirailleurs" des pays ouest-africains). 

    Aujourd'hui, le chef "rebelle" des Forces Nouvelles et Premier ministre de Ouattara, Guillaume Soro, a appelé l'ONU à chasser Gbagbo du pouvoir par la force. Il est clair qu'après 8 ans (depuis septembre 2002), le constat s'impose que les seules "Forces nouvelles" ne peuvent venir à bout des FANCI, l'armée régulière. 

    Dans le même temps, les gouvernements de plusieurs pays européens, dont la France, appellent leurs ressortissants à quitter le pays "temporairement"... Signe clair qu'une opération militaire d'envergure s'annonce. 

    La marche à la guerre impérialiste est donc engagée pour installer au pouvoir le candidat que, quels que soient ses scores réels (là n'est pas la question !), la majorité des puissances impérialistes (sauf la Chine et peut-être la Russie) et des organisations au service de l'impérialisme comme l'ONU, l'Union Africaine et la CEDEAO soutiennent. 

    Il ne s'agit pas de soutenir un camp impérialiste contre un autre : SLP ne soutient pas l'impérialisme chinois ; en tant que maoïstes, nous avons toujours dénoncé la "contre-révolution permanente" imposée par la droite capitaliste du P"c" chinois depuis 1976, en Chine comme à l'extérieur.

    Mais il s'agit, comme Servir le Peuple s'y est toujours attaché, d'être dans LE CAMP DU PEUPLE. Lorsque les horreurs de la guerre se seront (à nouveau !) déchaînées sur le territoire - issu du découpage colonial - nommé Côte d'Ivoire, il n'y aura plus de Krous, d'Akans, de Dioulas ni de Sénoufos, plus de chrétiens, de musulmans ni d'animistes, mais seulement des hommes et des femmes qui souffrent et meurent POUR RIEN, sinon pour les juteux profits des impérialistes ! 

    Pour ceux et celles qui n'en seraient pas convaincus, voici quelques illustrations, particulièrement tournées vers ceux que nos impérialistes présentent comme les "gentils" (puisqu'à en croire la presse internationale, les horreurs du camp Gbagbo ne sont plus à démontrer...) : 

    Côte d'Ivoire : qui sont les "Rwandais" en puissance ? 

    Source

    Les massacres à la machette, aux fusils sont perpétrés actuellement un peu partout dans le pays, par qui ? En tous cas les cibles sont jusqu’ici les sièges du FPI, les militants LMP. A Alépé le samedi où j’allais voter, j’ai eu une sacrée chance. Mon GBAKA n’a rien eu mais le Gbaka de 16 heures a vu ses passagers, des jeunes d’AKOURE et Oguedoumé et Montézo, tailladés à la machettes. Des villages sont incendiés; le papa de ta cousine C. a dû quitter son quartier sous la menace des bandes en machette parce qu’il est un responsable FPI; ta tante A. a vu sa voiture cabossée, pare-brise brisée, n’eut-été son sang froid qui l’a fait foncer dans la foule en arme…elle y serait restée…Elle avait eu le tort d’avoir à bord de sa voiture des affiches de GBAGBO… Voici la situation un peu. On dort à moitié, tout le monde est sur la qui-vive…

    Extrait d’un mail, d’un membre de ma famille, témoignant  des élections certifiées par l’ONU en Côte d’Ivoire. Précisons tout de même que les localités en question dans ce témoignage sont situées dans une partie de la zone gouvernementale massivement favorable à Gbagbo et à moins de 50 km d’Abidjan, donc du siège de l’ONUCI…

    Du grain à moudre pour Amnesty

    Cette vidéo montre comment les Forces Armées des Forces Nouvelles (FAFN) rendent la “justice à Touba sous le contrôle Guillaume Soro, premier ministre de Ouattara en république du Golf Hôtel (âmes sensibles, s’abstenir): Après avoir torturé et exécuté sommairement une dizaine de prétendus voleurs de moutons en public, le bourreau est félicité par le reporter qui a probablement réalisé ce film afin de terroriser les populations du nord, et rendre compte de la “bonne gestion” du pays aux cadres des forces nouvelles.

    Ces atrocités ont été commises par les Forces Nouvelles seulement deux mois avant le premier tour des élections. Comment peut-on imaginer des élections libres dans un tel contexte, de surcroît sans isoloir ? Est-ce là la justice et la légitimité que la communauté internationale réserve aux Ivoiriens ?

    Voilà ce qui doit aussi inquiéter Amnesty international qui envoyait hier une dépêche à l’AFP :

    “Au moins 20 personnes ont été tuées dans des “incidents violents” en Côte d’Ivoire depuis le second tour de la présidentielle le 28 novembre, a annoncé lundi Amnesty International dans un communiqué.

    L’organisation de défense des droits de l’Homme appelle “les forces de sécurité en Côte d’Ivoire à protéger les civils alors qu’au moins 20 personnes ont été tuées par balles dans des incidents violents après le second tour de l’élection présidentielle”.

    Amnesty, qui s’appuie sur des témoignages, a recensé ces 20 morts à Abidjan et dans l’intérieur du pays, notamment dans l’ouest.”

     Il est intéressant de constater qu’Amnesty appelle les Forces De Sécurité supposées pro-Gbagbo à défendre la population, et non pas les “Forces Nouvelles” pro-Ouattara. Peut-être qu’Amnesty a appris quel sort était réservé aux pauvres voleurs de moutons au nord de la Côte d’Ivoire ?

    Il serait aussi souhaitable qu’Amnesty enquête sur les exactions dont été victimes les militants et scrutateurs LMP lors du second tour dans le nord de la Côte d’Ivoire (voir les témoignages en vidéo) et au centre (voir les témoignages en vidéo) pour constater combien les élections y ont été libres et démocratiques :

    • BOUAKE : Dars es SALEM : les soldats FAFN se sont rendus dans les bureaux de vote pour brutaliser les représentants du candidat LMP. C’est une situation qui s’est généralisée dans toute le ville de BOUAKE.
    • le QG de BAMARO à BOUAKE à été attaqué, tout à été emporté, pillé et volé, les membres du QG ont été menacés de mort.
    • BOUAKE : AIR France 1 : GBËKËKRO : DLC Mr BERTHE à été battu par les militants du RDR, les militants sont empêchés de voter.
    • BOUAKE : BELLEVILLE : le listing est arraché aux représentants LMP dans les bureaux de votes.
    • BOUAKE KONANKRO : EPP 1, 2, 3, les listing de CINQ bureaux de vote ont été arrachés par les soldats des FAFN et les militants du RDR.
    • ZIKISSO : GODIEKO : Représentant LMP Alain GNAKALA a été tailladé à la machette par un militant du RDR.
    • Koumassi / COLLEGE aliko : 21 bulletins de votes déjà cochés, les superviseurs empêchent les représentants LMP de vérifier les cartes d’électeurs.
    • SAMATIGUILA : Kélébadougou : les chefs et les notables sont installés dans les bureaux de votes et empêchent les militants LMP de prendre part au vote.
    • SAMATIGILA : tchessirika : le représentant LMP, Sindou Bamba a été attaqué en rentrant de Mafélé.
    • Samatiguila : banagro : les dozos dans les bureaux de votes empêchent les militants LMP de voter.
    • SEGUELA : MASSALA : accès aux bureaux de vote refusé aux représentants du candidat du LMP.
    • MONONGO : S /P KOLIA : le petit frère du chef du village supervise le vote et oblige les électeurs à voter pour le RDR avec l’accord des soldats FAFN.
    • KORHOGO : superviseurs du LMP ont été agressés dans TROIS centre de vote (Franco –Arabe, EPP Nalo Bamba, Nalo BAMBA) leurs motos ont été confisquées.
    • KORHOGO : aux alentours de midi le Directeur de Campagne COULIBALY MAMOUROU, et le ministre lanciné GON ont dû sous la menace du RDR se réfugier à L’ONUCI, les représentants du candidats du LMP ont été molestés et chassés des bureaux de votes, leurs motos ont été arrachées.
    • KANI : Collège Mawa Kone 2 : le RDR fait voter 200 personnes après 17H sans tenir compte des remarques des représentants LMP.
    • DALOA : niboua : les jeunes du RDR ont tué deux personnes dont un représentant des forces de l’ordre.
    • TORTYA : le DDC Koné Katina molesté et enlevé par les rebelles et pris en Otage dans leur camp.
    • KOUTO : KONE Doféré menacé de lynchage avec sa suite composée d’une soixantaine de personnes, à besoin d’escorte pour sortir de Kouto.

    via criseivoirienne.livejournal.com

     

    À bas l'impérialisme, à bas la Françafrique ! 

    VICTOIRE AUX PEUPLES DE CÔTE D'IVOIRE !

    VICTOIRE A L'AFRIQUE !

     

    Info de dernière minute : arrivée probable de forts contingents de la CEDEAO, l'organisation régionale dominée par le Nigéria...

    Lire encore à ce sujet l'excellent Grégory Protche (source incontournable sur ce "dossier" ivoirien, sachant de quoi il parle etc.), ici un entretien autour de son ouvrage "On a gagné les élections mais on a perdu la guerre" : gagne-elections-mais-perdu-guerre-raisons-marcher-victoire-alassane-ouattara


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  • Depuis quelques jours, un forum "antifasciste" bien connu est en proie à un âpre débat politique. Le sujet : le « racisme anti-blancs » (voir aussi ici). Ce n’est pas que le sujet, en soi, soit "tabou" : les communistes doivent aborder tous les sujets qui traversent la société, et la notion de tabou doit être bannie de leur vocabulaire. Il peut y avoir, il est vrai, des lieux plus appropriés qu’un forum public pour des débats par nature casse-gueules, complexes, sulfureux et dont nos ennemis fascistes peuvent faire leur gras au moindre dérapage. 

    Mais là, en l’occurrence, c’est un festival de dérapages, entre généralisations et faits divers sordides…

    Petit florilège (non, vous n’êtes pas sur Fdesouche…) : 

    ‘‘Par exemple, une fille que j'ai connue et qui s'est faite violée parce qu'elle était blanche...
    Violée parce que femme, car blanche... Tout cela s'appelle la triple oppression, et pas difficile de voir que personne dans la société n'échappe à cela, dans un sens comme dans l'autre.
    En Inde, le racisme marche dans tous les sens, majorité contre minorités et inversement, tous ces phénomènes se nourrissent les uns les autres... C'est pareil ici, tout simplement...’’
    (#1) 

    ‘‘les insultes de "sales gouer", les "sales babtous", "sales français" dans la bouche de certains.
    Je suis sur que les victimes quotidiennes de ces faits seront ravies de lire que leur oppression n'existe pas. Les laisser en galère et les traiter de mentEUSEeurs. Bravo pour l'antifascisme soi disant populaire qui se moque du Peuple et de sa réalité.
    C'est vraiment écœurant tout ça.’’
    (#2) 

    ‘‘On est sur un site antifa donc unitaire mais je me permets de citer Lénine : ‘Le marxisme est inconciliable avec le nationalisme, fût‑il le plus « juste », le plus « pur », le plus fin et le plus civilisé. À la place de tout nationalisme, le marxisme met l'internationalisme, la fusion de toutes les nations dans une unité suprême’...’’ (#3) 

    Ou encore (le meilleur pour la fin…) : 

    ‘‘Euh pas exactement... La fraternité aryenne est surtout née comme autodéfense... Elle n'est pas née contre la Black Guerilla Family...
    Et ce n'est qu'après qu'elle est devenue une "élite" version trafic de drogues...
    Et si on prend la situation dans les prisons américaines aujourd'hui, être blanc fait clairement de soi une victime du racisme, tant moralement que physiquement... Il y a là une évidente base au renforcement de l'ethno-différentialisme et du culte du "white power"...
    Y a-t-il besoin d'une idéologie structurée pour le racisme? Le tribalisme suffit ici largement...’’
    (#4) 

    !!!!!!!

    Depuis l’émergence du Front National (et le renouveau fasciste en Hexagone) dans les années 80, le "racisme anti-blancs", "anti-français" ou "anti-européens-chrétiens" est un thème récurrent du discours d’extrême-droite. Une manière de renvoyer dos à dos le racisme contre les minorités "de couleur", "immigrées", et le racisme que celle-ci exerceraient contre les "Français" ; qui seraient de plus en plus "étrangers chez eux dans certains quartiers" et "obligés de se défendre, de défendre leur identité". Avec des thématiques récurrentes, comme le viol de "femmes blanches" (thème classique du racisme contre les "sauvages" obsédés sexuels, comme aux USA avec les Noirs), les insultes du type "sale français" ou "sale gouère"… Thématiques qu’on voit à présent fleurir sur notre forum "antifa". 

    Toute notion de matérialisme, d’analyse scientifique des choses, de dialectique est complètement perdue de vue. La violence (qui peut être contre-productive, antisociale, voire réactionnaire) des opprimé-e-s est mise sur le même plan que la violence oppressive de la classe dominante (discriminations quotidiennes, pauvreté, relégation en ghettos, harcèlement policier au faciès etc.)

    Pour autant, cela n’existe-t-il pas ? Est-il interdit d’étudier la question ? Non, en effet : ce serait antimarxiste. Toute idée (y compris celle de « racisme anti-blancs ») part d’une réalité matérielle, et les marxistes doivent étudier la réalité pour la transformer. 

    Soyons clairs : d’un point de vue strictement objectif, "diagnostique", scientifique, OUI, il existe une forme de "racisme anti-blanc". Mais ce n’est pas un racisme "secondaire" par rapport au racisme "blanc" : il ne s’agit tout simplement pas de la même chose. Du moment que l’on regarde scientifiquement les choses… 

    D’un côté, on a une révolte de classe (ou contre l’oppression raciste au quotidien) dévoyée : toute révolte de classe qui n’est pas guidée par une théorie révolutionnaire dévie, inévitablement. Généralement, elle dévie en « guerre contre tous » individualiste, sans considération de "race" : ce que l’on appelle en langage médiatique la délinquance, l’incivilité, la violence gratuite, les "bandes". Elle peut se retourner contre soi-même : alcoolisme, toxicomanie etc. Elle peut aussi être récupérée par le réformisme, ou une quelconque démagogie "radicale" (type NPA).

    Et parfois, assez souvent même, elle peut se dévoyer en une haine de l’autre sur des critères "ethniques", et non de classe : le "racisme anti-blancs", avec assez souvent (aussi), un antisémitisme "social" en guise de "cerise sur le gâteau". Antisémitisme qui peut être entretenu par des fascistes à la Dieudonné, Soral ou Kémi Seba, à l’antisémitisme très européen façon années 1930*…

    C’est le rôle des communistes d’éviter que la révolte contre l’exploitation capitaliste et l’oppression raciste ne dévie dans un sens réactionnaire

    DE L’AUTRE CÔTÉ, on a l’idéologie dominante, la culture de la classe dominante, construite sur près de 400 ans de colonialisme capitaliste-primitif, puis 150 ans d’impérialisme ; et les personnes du Peuple (prolétaires et autres travailleurs pauvres "petits blancs") qui subissent son influence (et qui peuvent être aussi, à la base, des personnes en révolte contre le "système", mais que le "système" en question parvient à canaliser vers la haine de "l’étranger"). C’est l’idéologie de "l’homme africain jamais entré dans l'histoire", de "l’Orient barbare", du "rôle positif" de la colonisation, et on en passe et des meilleures…

    Ce racisme-là vise essentiellement les personnes africaines subsahariennes, afro-caraïbes, maghrébines ou orientales (anatoliennes ou machrikies) : les personnes originaires des anciennes et néo-colonies de l’impérialisme français ; ainsi que les Rroms.

    Un racisme dans lequel il ne faut pas chercher la cohérence : juifs séfarades et chrétiens libanais, qui sont culturellement des Arabes (de confession juive ou chrétienne), ne sont pas des "arabes" pour la plupart de ces racistes alors que les Turc-que-s, Kurdes, Iranien-ne-s, Albanais-es ou Bosniaques (de culture musulmane-orientale) sont considéré-e-s comme tel-le-s… La frontière entre l’identification nationale (arabe) et religieuse (musulmane) est mouvante, car les idéologies de domination (surtout dans leur version discount destinée aux masses) ne s’embarrassent guère de rigueur scientifique. 

    D’un côté, on a une conscience de classe "avortée", qui dégénère puis se développe en "tumeur" réactionnaire. De l’autre, on a l’influence idéologique de la classe dominante et du mode de production (capitaliste au stade impérialiste) sur les masses populaires ! 

    Voilà l’analyse matérialiste, scientifique. Un matérialisme, pourtant, qui échappe à nos autoproclamés « détenteurs de la science MLM »… 

    Une chose devrait pourtant suffire à leur mettre la puce à l’oreille, une chose toute simple : le racisme hypocrite, bien-pensant, paternaliste, est toujours exercé (en France) par les "blancs" sur les minorités… Il n’y a pas de "paternalisme anti-blancs" : le "racisme anti-blanc" est toujours brutal, violent, primaire. Or le paternalisme, le racisme hypocrite, bien-pensant (comme l’islamophobie "de gauche"), est la marque incontestable d’une pensée dominante qui a imprégné les esprits, dont on peut être atteint sans s’en rendre compte… et sans se le voir reprocher, alors que le racisme brutal, violent, qu’il soit "anti-blanc" ou contre les minorités, est (normalement) puni par la loi et (pour le moment) réprouvé par l’opinion générale. 

    Au lieu de cela, on a un discours totalement antimatérialiste, du type « le racisme c’est pas bien, d’où qu’il vienne, qui qu’il vise ». Oui, en effet, le racisme ce n’est JAMAIS bien. Mais pas pour les mêmes raisons… 

    Le racisme ‘anti-blanc’ est néfaste parce que, on l’a dit, il détruit la conscience de classe et empêche les exploité-e-s de s’unir contre les exploiteurs. Même s’il faut reconnaître, face à l’oppression spécifique raciste (contre les personnes africaines, caraïbes, maghrébines, anatoliennes ou rroms), le droit et la nécessité de s’organiser spécifiquement (comme les Noirs, les Latinos ou les Natives aux États-Unis).

    Dans certains cas (en particulier quand les victimes du racisme sont une majorité, dans les pays colonisés, mais aussi quand elles sont minoritaires), la dimension raciste ou communautariste permet d’évacuer le contenu de classe, l’aspect social de la lutte de libération ; elle permet de souder les masses opprimées à une élite qui, un jour (comme dans la totalité des ex-colonies), deviendra exploiteuse et/ou « sous-traitante » de la domination capitaliste-impérialiste (que ce soit la bourgeoisie FLN en Algérie, les leaders communautaires en Angleterre, la black bourgeoisie aux USA ou en Afrique du Sud, ou demain le Hamas en Palestine). Il n’y a pas de VRAIE libération nationale sans contenu démocratique et social

    Mais le RACISME DOMINANT, porté par l’idéologie dominante, est "mal" parce qu’il est l’expression de la domination impérialiste, qui en dernière extrémité peut muter en FASCISME, avec une dimension persécutrice, voire exterminatrice de masse. Peut-être qu’un nouvel Auschwitz n’est pas à l’ordre du jour, mais à lire les commentaires de sites comme Fdesouche, on peut voir que des milliers de petits Srebrenica des quartiers ne sont pas qu’un pur fantasme, pour que « la France ne soit pas le prochain Kosovo »… 

    Dans le cas de l’Inde citée en exemple (#1), évidemment qu’il y a des haines et des ressentiments de tous les côtés. Mais on ne peut pas mettre sur le même plan l’idéologie nationale, nationaliste hindoue, et la haine d’opprimés des Tamouls, des musulmans ou des minorités du Nord-est (ou encore des dalit, les "intouchables" des castes inférieures) ! Pour trouver la "contrepartie", il suffit d’aller (mais il faut !) au Pakistan voisin, où l’idéologie nationale repose pour le coup sur l’islam sunnite, au détriment des chiites, des parsi ou des hindous. [Lors de "l’indépendance" du sous-continent en 1947, l’impérialisme anglais a joué son classique « diviser pour mieux régner », comme entre chrétiens et musulmans en Afrique, entre chiites et sunnites en Irak, cinghalais et tamouls à Ceylan, "catholiques" et "protestants" en Irlande… Avec un "succès" qui perdure 60 ans plus tard.] 

    Quant à la citation de Lénine (#3), 1°/ elle est (bien sûr) complètement sortie de son contexte (la suite dit "Le principe de la nationalité est historiquement inéluctable dans la société bourgeoise, et, compte tenu de cette société, le marxiste reconnaît pleinement la légitimité historique des mouvements nationaux. Mais, pour que cette reconnaissance ne tourne pas à l'apologie du nationalisme, elle doit se borner très strictement à ce qu'il y a progressif dans ces mouvements, afin que cette reconnaissance ne conduise pas à obscurcir la conscience prolétarienne par l'idéologie bourgeoise"), 2°/ Lénine ne se résume pas à une phrase, et le marxisme-léninisme-maoïsme ne se résume pas à une phrase de Lénine : l’eau a coulé sous les ponts depuis 1913, la théorie communiste s’est enrichie de nouveau apports, a évolué, notamment avec le maoïsme, ou encore la question des minorités ‘de couleur’ (colonies intérieures) dans les pays impérialistes (Harry Haywood, Robert F. Williams, les Black Panthers, le mouvement latino US etc.) 3°/ Lénine dénonce en l’occurrence les dizaines de petits nationalismes bourgeois (autonomie nationale culturelle etc.) qui fleurissaient dans une Europe en pleines guerres balkaniques et à la veille de la Grande Boucherie de 14-18 (dans laquelle ces petits nationalismes jouèrent un rôle fondamental), mais il a aussi été le premier à soutenir sans ambigüité toute lutte contre une oppression nationale, colonialiste etc., bref il a été dialectique

    On est ici en dehors de toute dialectique : sont renvoyés dos à dos le nationalisme (ou toute identité autre que de classe) dominant, oppressif ; et la résistance des "identités autres que de classe" opprimées en tant que telles, sur des critères autres que (ou pas uniquement) de classe (oppression nationale, racisme, sexisme, homophobie)… 

    À ce jeu là, aussi antimatérialiste et antidialectique, pourquoi la haine contre la bourgeoisie exploiteuse ne serait-elle pas mise sur le même plan que l’exploitation et l’oppression des prolétaires ? D’autant que les prolétaires et les pas-bien-riches sont une écrasante majorité, même dans nos "paradis capitalistes"… Pauvre petite minorité terrorisée que les exploiteurs du travail ! Pourquoi ne pas pousser la logique jusqu’au bout et dire que d’une manière générale la haine, la méchanceté et bien sûr la violence c’est "pas bien" ? 

    Mais c’est vrai, on a déjà lu quelque part que critiquer Sarkozy ou le capitalisme financier était "antisémite"… 

    Enfin bon, il sera tout de même difficile de faire plus fort que le zozo pour qui la Fraternité aryenne (organisation d’extrême-droite néo-nazie américaine) est une… "autodéfense" contre le racisme "tribaliste" des Noirs dans les prisons US (#4) !!! 

    Donc voilà. C’en est fini. Le forum "antifasciste", noyauté depuis le départ par une petite clique plus que complaisante envers l’islamophobie (qui "n’existe(rait) pas"), les coups d’État US-backed, l’État sioniste et la fraction sarkozyste de la bourgeoisie monopoliste, sombre définitivement tel le Titanic et rien ne pourra le sauver.

    Les quelques individu-e-s encore un minimum lucides se pressent de quitter le navire… 

    Il y a un peu plus d’un an, Servir le Peuple écrivait l’article Les 4 lignes de l'impérialisme français . Cet article est aujourd’hui incomplet : depuis ont émergé des regroupements comme Riposte Laïque ou Résistance Républicaine, des initiatives comme les "apéros républicains", qui concentrent un peu toutes ces tendances fascistes : souverainistes de droite (à la Dupont-Aignan) comme de gauche (social-républicains-chauvinards-laïcards), euro-atlantistes néocons à la Del Valle comme nationaux-catholiques, identitaires comme villiéristes, lepénistes "marinistes" comme bompardiens… Et c’est bel et bien sur « l’islamisation » que se fait cette convergence, pas sur « l’antisémitisme complotiste », le « lobby juif » ou « siono-mondialiste » ! La ligne suivie par les "antifascistes" du "p""c""mlm" depuis plus de 2 ans est une faillite totale ! Une faillite qui s’achève aujourd’hui dans le tragique, avec des positions ultra-réactionnaires fièrement affirmées et assumées. 

    Il n’y a là aucun parfum de victoire. Plutôt un constat amer, car l’antifascisme est pour Servir Le Peuple un sujet sérieux et central, et le petit groupe qui porte ce forum a eu en d’autres temps (il y a longtemps déjà..) ses débuts prometteurs (revue Front Social, débuts du site "Étoile Rouge")…

    Il n’y a là que la confirmation de ce que SLP a toujours dit et répété : la posture ultra-révolutionnaire, « mieux que tout le monde », de petit intellectuel radical se rêvant en grand leader révolutionnaire, conduit inexorablement à la réaction

    Une page se tourne, le mouvement révolutionnaire d’Hexagone entre dans une nouvelle décennie.  


    * Attention : dire que cet antisémitisme est l'appendice du "racisme anti-blancs" ne veut pas dire qu'il est justifiable, et encore moins que l'antisémitisme en général est "compréhensible". Que cela soit parfaitement clair : cet "antisémitisme des banlieues" consiste à dire que les "Blancs" sont l'ennemi et que les Juifs sont les "chefs/maîtres des Blancs". Parfois, plus simplement, c'est un antijudaïsme (sans théorie de supériorité/infériorité raciale) hérité de l'époque coloniale, selon lequel les Juifs (qui sont aujourd'hui en majorité originaires du Maghreb, et vivent souvent dans les mêmes quartiers ou à côté des "arabo-musulmans") auraient un "traitement de faveur", comme "déjà au bled"... Mais ENSUITE cet antisémitisme "de banlieue" rencontre, à travers des gens comme Dieudonné, Soral ou Kemi Seba, l'antisémitisme bien "européen-chrétien" traditionnel : un antisémitisme qui est une manière de dénoncer un "mauvais capitalisme", une "ploutocratie financière cosmopolite" et non le capitalisme EN LUI-MÊME ; et d'associer ce "mauvais capitalisme" aux idées démocratiques, libérales-progressistes et universalistes bourgeoises dont la frange la plus réactionnaire de la bourgeoisie veut se débarasser. L'idée que les Juifs auraient un "traitement de faveur" rejoint quant à elle la "concurrence victimaire" dont Dieudonné s'est fait le spécialiste, et qui empêche l'unité populaire anticapitaliste et l'unité des populations cibles du racisme contre celui-ci. 

    Autre précision importante : peu de temps après cet article, mais probablement sans lien avec lui, le forum antifasciste a fermé. Si ce qui est affirmé est vrai, à savoir qu'il a été victime d'une attaque juridique de l'avocat de Faurisson et Blanrue, John Bastardi-Daumont, notre ennemi principal dans cette affaire est CLAIREMENT CE DERNIER. Cela dit, la base juridique de l'attaque semble faible, peu crédible pour un avocat "star" et l'affaire "tombe" pile poil à un moment où (avec cette affaire de racisme anti-blanc) le forum commençait à exploser sous ses contradictions... À prendre avec prudence, donc. Il est probable que l'on ne saura jamais ce qu'il s'est réellement passé. Ce qui est sûr c'est que le forum était déjà mort idéologiquement depuis bien longtemps, à mille lieues d'un antifascisme populaire, unitaire et de masse...

    Le mur de l’antimarxisme explosé à Mach 3 sur un forum "antifa"


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  • Repoussées pendant des années, les élections présidentielles en Côte d’Ivoire se sont enfin tenues et ont connu leur « épilogue »… si l’on peut dire.

    Car voilà la situation : la Commission électorale « indépendante » (il faut toujours des guillemets à ce mot) donne vainqueur l’opposant Alassane Ouattara avec 54% des voix, résultat avalisé par la « communauté internationale ». Mais, de son côté, le Conseil « constitutionnel » (idem) a invalidé le résultat et donne vainqueur le président sortant, Laurent Gbagbo. [Voir en fin d'article, sur ce sujet et sur d'autres, le lien vers l'entretien avec l'énorme Grégory Protche]

    Des violences ont déjà éclaté entre les partisans des deux hommes, et le pays est en état de siège.

    Alassane Dramane Ouattara (ADO) est un pur produit de la Françafrique, et des réseaux françafricains de la droite chiraquienne. Le nom de son parti, le RDR, est calqué presque lettre pour lettre sur le RPR, prédécesseur de l’UMP. Economiste au FMI, il est, comme Premier ministre de 1990 à 1993, le « père » de la terrible cure d’austérité infligée aux Ivoiriens lors de la crise économique des cours du cacao. Il est originaire du Nord du pays, à majorité musulmane, qui est son fief électoral, et il s’appuie sur les personnes originaires du Nord dans tout le pays. Il a la particularité d’avoir été écarté pendant près de 10 ans de la vie politique pour « ivoirité douteuse », autrement dit, mise en doute de sa nationalité réellement ivoirienne de père et de mère. C’est le cas de nombreux-ses Ivoirien-ne-s : à l’époque coloniale, la frontière n’existait pas réellement entre les ethnies du Nord et les pays voisins, Mali ou « Haute-Volta » (Burkina).

    Accusé d’être le chef politique, ou au moins l’instigateur de la rébellion militaire qui a ensanglanté le pays entre 2002 et 2007, il a vécu réfugié en France à cette époque.

    Laurent Gbagbo, lui, est un social-réformiste et opposant de longue date au régime d’Houphouët-Boigny et de son successeur Konan Bédié. Il est issu d’un groupe ethnique minoritaire du Sud-Ouest du pays. Après le coup d’État qui a renversé Henri Konan Bédié à Noël 1999, il a remporté à la surprise générale l’élection présidentielle en octobre 2000. Fondateur et leader incontesté du « Front populaire ivoirien », il était historiquement lié aux réseaux françafricains du PS (bien que ceux-ci aient longtemps gardé leur soutien à Houphouët)… Mais peu après son élection, en mai 2002, ses réseaux socialistes (déjà affaiblis par l’affaire Jean-Christophe Mitterrand) perdent le pouvoir à Paris. Peut-être aussi que sa politique « ingrate » envers les intérêts français, nationaliste et axée sur la « repentance » lui avait déjà fait perdre pas mal de soutiens du côté « gauche » de l’échiquier bourgeois…

    Gbagbo va alors se tourner vers les concurrents impérialistes de la France en Afrique, les Chinois et surtout les Américains, pour chercher des soutiens. À cette époque, la France et les États-Unis se livrent une guerre meurtrière (par Africains interposés) pour le contrôle du continent depuis la fin de la Guerre froide (soit plus de 15 ans) et Washington cherche à faire payer à la France son sabotage de l’intervention en Irak.

    Ce retournement d’alliance, en particulier la volonté de mettre fin à l’exclusivité française sur tout un ensemble de marchés publics, va provoquer la colère de Paris. La suite des évènements est décrite ici, dans un des articles d’analyse les plus lus de ce blog.

    Après 5 ans d’affrontements meurtriers, culminant dans le massacre d’Abidjan par l’armée française (force Licorne) en novembre 2004, l’épilogue de la guerre « civile » ivoirienne arrive en 2007 avec les accords de Ouagadougou.

    Ouagadougou, au Burkina Faso : le despotat de Blaise Compaoré, un pilier de la Françafrique et de tous ses coups tordus depuis l’assassinat de son « frère » le révolutionnaire anti-impérialiste Sankara, en 1987, jusqu’au soutien (avec Kadhafi) aux « guerres de Taylor » au Libéria et en Sierra Léone. Le Burkina où s’est organisée et armée la « rébellion » de 2002 qui a ensanglanté le Nord et l’Ouest de la Côte d’Ivoire.

    Ces accords prévoyaient : 1°/ que le chef de la rébellion, Guillaume Soro, devienne Premier ministre, 2°/ l’organisation de nouvelles élections et 3°/ la réforme de la Constitution sur la question de la nationalité des candidats, pour permettre à ADO d’y être candidat.

    Autant dire que l’élection de Ouattara était pour ainsi dire une « clause non écrite » des accords…

    Elle a d’ailleurs été permise par un troisième larron qui n’est autre que… Konan Bédié, qui a offert à Ouattara son fief électoral du centre (région de Yamoussoukro), le pays baoulé, et ses 25% des suffrages (Ouattara ayant recueilli 32% et Gbagbo – en tête – 38%). Tragi-comique lorsque l'on sait que Konan Bédié est celui qui a monté le fameux concept d’’ivoirité’ pour exclure son rival Ouattara de la succession d’Houphouët, en 1995 ! Disons-le : les 54% d’ADO et la défaite de Gbagbo sont crédibles, d’un point de vue arithmétique cela "colle". Mais une arithmétique typique du semi-féodalisme des néo-colonies africaines, avec leurs « fiefs politiques » régionaux sur une base ethnique.

    Dernier fait en date : le Premier ministre et ancien rebelle Soro a reconnu la victoire d’ADO, qui l’a reconduit dans ses fonctions. Reste, sans doute, à gratifier les houphouëtistes de quelques beaux strapontins… La boucle est bouclée.

    Car le fond des accords de Ouaga est absolument clair et Servir le Peuple l’a toujours clairement exposé : c’est un revirement dans les alliances entre impérialistes pour la mainmise sur l’Afrique. C’est l’irruption des ambitions chinoises sur le continent, au détriment des Occidentaux, qui a poussé la France et les États-Unis à mettre fin à leurs guerres meurtrières et à faire cause commune. Notamment le soutien de Pékin au Soudan, qui déstabilise le Tchad et la Centrafrique mais pourrait aussi s’en prendre à l’Ouganda ou au Kenya (traditionnellement pro-US) ; ou encore l’achat par les monopoles chinois de régions entières du Congo-Kinshasa.

    Depuis 2005-2006, les gestes de « pacification » franco-US se sont succédés : lâchage et arrestation du libérien (et créature françafricaine via Compaoré et Houphouët) Charles Taylor au Nigéria en 2006, lâchage et arrestation du chef tutsi pro-rwandais (donc pro-US) Laurent Nkunda en 2008… et bien sûr les accords de Ouagadougou, qui marquent de fait une retraite de Gbagbo devant la rébellion et la force d’occupation française Licorne ; avec à la clé le retour du « joyau de la couronne » ivoirien dans la Françafrique.

    Une situation à mettre en parallèle, peut-être (et en beaucoup plus pacifique…), avec les récentes élections au Chili où la social-libérale pro-européenne Bachelet a « cédé la politesse » au néo-pinochettiste Piñera, plutôt pro-US ; et d’une manière générale le recul des gauches, « modérées » ou « radicales bolivariennes », avec de nombreuses défections de « modérés », qui marque un apaisement de l’offensive UE sur le « pré carré » américain des USA.

    Mais bien sûr, les partisans de Gbagbo ne l’entendent pas de cette oreille. Des violences contre les partisans de Ouattara ont déjà fait des dizaines de morts de part et d’autre. Il faut dire que Gbagbo, issu d’une population minoritaire (les Krous, 10% de la population ivoirienne), a su par sa politique social-populiste et nationaliste se gagner le soutien de larges couches de la population, en particulier à Abidjan la populaire et multiethnique. Dans les quartiers populaires de Yopougon, Abobo ou Adjamé, « dioula » (sénoufo ou mandingue du Nord) n’est plus automatiquement synonyme de pro-Ouattara...

    Les chiffres parlent d’eux-mêmes : issu d’un groupe ethnique représentant 10%, il a remporté 46% au second tour, en progression par rapport au premier (38%, en tête) tandis que Ouattara régresse par rapport à l’addition de ses voix et de celles de Bédié (32+25). Quelle que soit sa nature de classe de bourgeois parvenu, de populiste et de mafioso, Gbagbo a su devenir la seule figure politique multiethnique de Côte d’Ivoire, et peut-être l'une des seules d’Afrique de l’Ouest.

    De son côté, expliquent les merdias françafricains, Ouattara serait détesté parce que « dioula » musulman du Nord, « ivoirien douteux »… La réalité c’est que ces conceptions chauvines existent, un peu comme ce que l’on entend parfois en France sur les origines étrangères de Sarkozy. Mais surtout, Ouattara est resté dans les mémoires comme l’homme de la cure d’austérité (made in FMI) suite à la crise du cacao, au début des années 1990, qui a étranglé les masses populaires ; puis comme l’homme de Chirac et un soutien intellectuel de la rébellion, et donc de l’occupation française venue en appui.

    Disons-le clairement : l’élection de Ouattara est une reconquista de la Françafrique en Côte d’Ivoire, contre l’homme qui a défié l’empire bleu-blanc-rouge en bombardant le camp militaire de Bouaké et en faisant partir des milliers d’expatriés, petits agents du néo-colonialisme.

    D’ailleurs l’extrême-droite, notamment par la voix de son « Monsieur Afrique » Bernard Lugan, sait parfaitement reconnaître les siens…

    Il ne s’agit pas d’apporter un quelconque soutien à Laurent Gbagbo, membre de l’Internationale social-traître et démagogue corrompu. D’ailleurs, la crise va trouver son épilogue incessamment sous peu. La victoire de Ouattara est une clause non-écrite du traité de paix africain entre la France et les États-Unis, qui ont d’ores et déjà demandé à Gbagbo de se démettre. Le « Monsieur Bons Offices » de toutes les crises du continent, le sud-africain Thabo Mbeki, est arrivé à Abidjan et va trouver à Gbagbo une porte de sortie honorable ou au pire (comme au Kenya ou au Zimbabwe) une solution de partage du pouvoir… À la rigueur, s’il souhaite vraiment s’accrocher au pouvoir, il peut se tourner vers la Chine qui semble lui vouer une « neutralité bienveillante ». Mais c’est peu probable : Gbagbo est un roublard, pas un héros, même « malgré lui ».

    Mais comprendre les ramifications de la Françafrique est quelque chose d'absolument fondamental. L’État profond français puise ses ramifications dans le profondeurs de l’Afrique pillée et saignée. Quatre grands réseaux françafricains exercent de fait une influence, parfois déterminante, sur les combinaisons de la politique bourgeoise : les réseaux « socialistes » (les expat’s votent en proportion notable pour le PS), les réseaux gaullistes récupérés par Chirac et maintenant disputés par ses successeurs à l’UMP, ceux récupérés par Pasqua, et ceux du FN (essentiellement tournés vers les « affreux », le mercenariat).

    Sarkozy n’est pas un bourgeois « industriel » ou « traditionnel » non-impérialiste : aucune autre classe que la bourgeoisie monopoliste ne peut diriger un pays impérialiste. Sarkozy est un américanophile, mis au pouvoir par les monopoles pour incarner le rapprochement franco-américain rendu impératif dès 2005 par (essentiellement) la menace chinoise en Afrique et la menace iranienne (la Chine en arrière-plan) au Proche/Moyen-Orient.

    Mais à l’époque de la guerre qui a ensanglanté la Côte d’Ivoire, Villepin était ministre des Affaires étrangères - puis Premier ministre. Ses appels à une « république solidaire » ne doivent pas leurrer les jeunes éduqués issus de minorités qui détestent à juste titre Sarkozy : Villepin est un néo-colonialiste comme les autres. Il ne faut pas se leurrer non plus sur Mélenchon, un homme qui trouve que Zemmour a de l’esprit et qui pourrait bien converger avec Villepin dans un « pôle républicain » contre le « pôle de l’argent » de Sarkozy et Strauss-Kahn… Mais un « pôle » tout aussi françafricain, plongeant ses racines comme une liane suceuse de sang dans le ventre de l’Afrique martyre.

    Notre ennemi, c’est l’impérialisme français et sa bourgeoisie monopoliste !

    Abattre l’impérialisme français, c’est abattre la Françafrique !


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    Lire encore à ce sujet l'excellent Grégory Protche (source incontournable sur ce "dossier" ivoirien, sachant de quoi il parle etc.), ici un entretien autour de son ouvrage "On a gagné les élections mais on a perdu la guerre" : gagne-elections-mais-perdu-guerre-raisons-marcher-victoire-alassane-ouattara


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  • Dans les nombreux textes des camarades italiens du (n)PCI traduits sur Servir Le Peuple, revient souvent la notion de Gouvernement de Bloc Populaire (GBP). 

    De quoi s’agit-il exactement ? Essayons de l’expliquer le plus simplement possible.

    Il s’agit d’un gouvernement composé de personnalités progressistes sincères, mais aussi de personnes souhaitant réformer le capitalisme par peur de tout perdre (peur de la révolution), gouvernement appuyé par les organisations ouvrières (syndicats de base) et populaires, pour barrer la route à la mobilisation réactionnaire de la bourgeoisie de droite et des fascistes, et mettre fin aux effets les plus durs de la crise pour les masses populaires. Ce gouvernement doit permettre, selon le (n)PCI, aux révolutionnaires communistes de diffuser leur conception du monde et de montrer la justesse de celle-ci, de rassembler et organiser les forces révolutionnaires et (très important !) de préparer ces forces à l’inévitable contre-offensive de la bourgeoisie.

    Un gouvernement qui ressemblerait finalement (comparaison confirmée par des camarades), dans des conditions différentes (l’Italie n’est pas un pays dominé, à souligner), au gouvernement Allende au Chili en 1970 (avec la contre-offensive tristement célèbre de 1973), ou encore à l’élection de Chavez (au Venezuela) en 1998 (avec la contre-offensive ratée de 2002, la bourgeoisie réactionnaire jouant maintenant le pourrissement et le retour par les urnes).

    En effet, face à la montée des luttes du prolétariat, il y a toujours deux lignes dans la bourgeoisie : lancer une mobilisation réactionnaire de masse et aller vers la dictature terroriste ouverte (fascisme) ; ou alors, reculer temporairement, "lâcher du lest" avec un gouvernement social-démocrate et préparer un retour en force après l’échec des réformistes. Ce type de phase doit, selon les camarades italiens, être mis à profit par les communistes pour élever la conscience révolutionnaire dans les masses, mobiliser et organiser, avant de passer à une nouvelle étape de la lutte prolongée vers le pouvoir, vers la révolution socialiste. 

    Il s’agit pour eux, explicitement, d’une tactique, et non d’une stratégie pour instaurer le socialisme. "Fermeté dans la stratégie (guerre populaire révolutionnaire de longue durée), souplesse dans la tactique", tel est le mot d’ordre. Prôner le GBP aujourd’hui ne veut pas dire le prôner demain, ils le disent clairement. 

    S’ils prônent cette tactique, c’est sur la base d’une analyse de la situation dans l’État italien, qu’il ne s’agit pas de juger depuis ici. Il est vrai que l’on constate en Italie de grandes mobilisations populaires (500.000 personnes pour le No Berlusconi Day, 300.000 pour la journée antiraciste « sans immigrés », toutes les mobilisations contre la ligne TGV en Val de Suse, les grandes mobilisations ouvrières contre l’austérité, etc.) qui justement ne trouvent pas, voire rejettent, le chemin des directions de gauche "radicale", comme Refondation "communiste" etc… Les syndicats de base, les associations populaires de quartier, les centres sociaux, sont beaucoup plus nombreux et indépendants de l’État en Italie qu’en Hexagone, c’est un fait.

    Ce ne sont là que des suppositions : c’est aux camarades italiens, et à eux seuls, d’analyser la situation politique dans leur pays. 

    La question que nous, communistes révolutionnaires dans l’État français, devons nous poser, c’est est-ce que cette tactique est applicable ici, dans nos propres conditions concrètes

    L’analyse de la plupart des communistes marxistes-léninistes et maoïstes, et de l’auteur de ces lignes, est que NON

    Ce qui semble ressortir de l’analyse du (n)PCI, c’est qu’en Italie le fossé idéologique et culturel qui sépare le prolétariat de la petite-bourgeoisie/"classes moyennes" (réunis par le (n)PCI dans les "masses populaires"), est beaucoup moins important qu’en France. En tout cas, ce qui est certain pour nous communistes de France, c’est qu’en France il est énorme (sans être non plus infranchissable…). 

    Pour bien comprendre cela, il faut bien comprendre les différences historiques entre la France et l’Italie

    L’État français est un des impérialismes capitalistes les plus anciens au monde, après l’Angleterre et à peu près ex aequo avec les États-Unis. Il y a des traits caractéristiques qui ne trompent pas : l’importance des pays sous domination unique, véritables protectorats pseudo-"indépendants" (surtout en Afrique pour la France), l’importance et l’ancienneté de l’immigration de ces pays vers la métropole…

    Et, sur le plan politique, l’importance des idéologies "radicales" petites-bourgeoises, en particulier le trotskysme, l’importance du "marxisme" intellectuel, l’importance du social-chauvinisme symbolisé par "l’Union sacrée" de 1914 ; alors qu’en Italie, Mussolini a quitté le Parti socialiste précisément parce que celui-ci refusait l’entrée en guerre du pays… 

    Tout cela s’explique tout simplement par l’importance et l’ancienneté des classes moyennes, aristocratie ouvrière et petite-bourgeoisie salariée, financées par les bénéfices (surprofits) de la domination impérialiste sur une grande partie du Monde ; et par l’importance des travailleurs intellectuels (en particulier dans l’administration et l’enseignement) et leur influence historique sur le mouvement marxiste (socialiste puis communiste). 

    Le France est un pays de révolution bourgeoise ancienne : un processus allant du 18e siècle (Lumières et Révolution de 1789) à 1848 (où le régime devient celui de toute la bourgeoisie, pas seulement des plus riches, et écarte le capital foncier, la propriété terrienne). Déjà les monarques absolus, d’Henri IV à Louis XV en passant par Louis XIII avec Richelieu et Louis XIV, avaient été des "rois bourgeois", jouant la bourgeoisie contre les féodaux pour asseoir leur pouvoir.

    L’industrialisation est massive dans la première moitié du 19e siècle et, dans la seconde moitié, la France devient un pays impérialiste : colonisant de nombreux pays (en Afrique, en Indochine, dans le Pacifique) et dominant une grande partie du monde en y exportant des capitaux, tout en exploitant les ressources et la main d’œuvre.

    À ce moment-là (entre 1870 et 1905), la bourgeoisie impérialiste (monopoles), fusion du capital industriel et du capital bancaire, mène une "deuxième révolution" contre la bourgeoisie traditionnelle de province, alliée aux résidus féodaux (propriétaires fonciers et Église catholique) dans le "parti catholique".

    Elle s’est appuyée, pour cela, sur la petite paysannerie propriétaire (auparavant bonapartiste), les professions libérales et intellectuelles, une partie de la petite entreprise (commerce - artisanat), l’aristocratie ouvrière naissante, et le salariat d’État (employés administratifs), qui dès cette époque devient une spécificité française par son importance numérique. 

    L’Italie, au contraire, a mené une révolution bourgeoise tardive, qui commence avec la libéralisation du Piémont (années 1830) et s’achève avec la conquête de Rome (1870). Cette révolution s’est faite par compromis, et même fusion entre les classes féodales les plus libérales et la bourgeoisie industrielle et marchande la plus conservatrice (au détriment de la bourgeoisie républicaine "jacobine", comme Garibaldi). Le capitalisme italien est ancien (Moyen-âge) et pendant toute la période qui va jusqu’au 19e siècle, il s’est "féodalisé", formant une "aristocratie des villes". Ce trait marque encore le capitalisme italien aujourd’hui, qui est toujours "une affaire de famille".

    L’industrialisation est tardive, pas avant le milieu du 19e siècle (au Nord) et elle s’est faite par ces fameuses entreprises familiales : certaines sont devenues des empires (comme FIAT ou Pirelli), mais le capitalisme national reste dominé par un tissu de moyennes entreprises de ce type. Enfin l’Italie est venue tard à la table des impérialismes, peu avant la Russie et le Japon, entre la toute fin du 19e siècle et les années du fascisme (1920-30). "Collectionnant les déserts", essuyant des défaites humiliantes contre l’Éthiopie féodale et les tribus libyennes, finalement écrasée par les Alliés en 1943, elle est restée un impérialisme faible, secondaire, sans véritable « chasse gardée » comme la France en Afrique. 

    Pour ces raisons, la France a développé beaucoup plus anciennement et profondément, non seulement des classes moyennes (aristocratie ouvrière, petite-bourgeoisie salariée des petits cadres, travailleurs intellectuels et salariés d’État), mais une véritable culture et idéologie propre des ces classes.

    Alors qu’en Italie le (n)PCI semble considérer que les masses populaires (dans lesquelles ils incluent des personnes gagnant de 2.000 à 4.000 € par mois !) sont partagées, comme le prolétariat lui-même, entre l’influence réactionnaire ou fasciste de la bourgeoisie et l’influence du prolétariat révolutionnaire (progressisme), en France il y a une véritable idéologie petite-bourgeoise des classes moyennes. 

    Les classes intermédiaires peuvent produire de l’idéologie, il est faux de dire le contraire. Un grand nombre d’aspects du fascisme, le social-chauvinisme, le réformisme démocrate-légaliste ou le marxisme intellectuel sont des productions idéologiques petites-bourgeoises/"classes moyennes". Ce qui est vrai, c’est qu’elles ne sont pas capables d’une lutte de classe autonome : soit elles se rangent dans le camp de la bourgeoisie, soit elles se rangent dans le camp du prolétariat.

    Et l’idéologie classe-moyenne de France, même lorsqu’elle se présente comme "anticapitaliste", se place clairement dans le camp de la bourgeoisie, qui en a synthétisé les courants. Pour aboutir, globalement, soit à une pensée réformiste social-démocrate (attachée à la démocratie bourgeoise) soit à une pensée populiste social-fasciste (tendant vers le fascisme). La frontière entre l’une et l’autre étant parfois imprécise (et poreuse). 

    Entre les deux, il y a un ciment, produit par l’histoire, par la fusion idéologique de la révolution bourgeoise de 1789-1848 et de la "deuxième révolution" monopoliste de 1870-1905 : c’est l’idéologie républicaine. 

    L’État français repose donc sur une véritable idéologie touchant toutes les classes, jusqu’au prolétariat, en l’absence d’avant-garde révolutionnaire faisant son travail d’éducation politique...

    La République bourgeoise avec ses valeurs républicaines, son drapeau, son hymne etc., est une véritable religion d’État, une divinité : dire que le France est un pays laïc est une escroquerie intellectuelle.

    Il y a en France un véritable culte de l’État, comme entité "au dessus des classes", neutre et arbitrale, "au service de tous"… sauf lorsque l’État touche au portefeuille (impôts, amendes pour excès de vitesse), ou lorsqu’obtenir quelque chose nécessite des démarches administratives interminables : là peut surgir une certaine grogne anti-État.

    Et toute la social-démocratie et la gauche "radicale" petite-bourgeoise baignent littéralement là-dedans ! 

    La différence qualitative, dans le mouvement communiste, entre la France et l’Italie, s’explique en grande partie par là : le PC de France a toujours baigné dans l’idéologie républicaine, depuis sa création (1920). Le régime fasciste de Vichy, en abolissant formellement la République (ne sachant pas trop quoi mettre à la place, les opinions allant d’un régime présidentiel autoritaire au rétablissement des Bourbons…), n’a pas arrangé les choses. Après la victoire sur le fascisme en 1945, le Parti communiste s’est alors présenté en champion de l’idéologie républicaine, en "sauveur de la République" [exemple particulièrement significatif : en 1945 la Jeunesse communiste devient l’Union de la Jeunesse républicaine de France…].

    De manière complètement anti-matérialiste, le PCF n’a pas compris que l’État profond était resté inchangé entre la IIIe République et Vichy... et entre Vichy et la IVe puis la Ve (!), inchangé depuis 1870 voire depuis Napoléon Ier ! Même l’aspect pseudo-laïc de l’idéologie nationale n’avait pas été remis en cause sous Vichy, en dehors du court passage du catholique intégriste Jacques Chevalier à l’Éducation (sept. 1940 – fév. 1941) [ceci sans même parler de la présence en son sein d'innombrables éléments venus de la "gauche" et assumant totalement l'héritage de la révolution bourgeoise de 1789].

    Ainsi, le PC s’est mis à la remorque d’une idéologie bourgeoise, et même bourgeoise monopoliste, puisque l’idéologie républicaine qui s’est construite entre les années 1860 et 1900 s’est construite comme l’idéologie des monopoles (de l’impérialisme), contre la propriété foncière, l’Église catholique et la bourgeoisie familiale traditionnelle (pré-monopoliste) de province.

    Et toutes les formations (LO, LCR-NPA) qui ont tenté depuis 1990 d’occuper la "niche électorale" laissée par l’effondrement du PC en ont fait de même. 

    En Italie, l’État profond repose sur "l’aristocratie industrielle" du Nord, comme les Agnelli ou les Pirelli, la grande propriété agraire semi-féodale du Sud (dont les mafias sont la face noire) et le Vatican (qui est un véritable empire financier et réseau politique souterrain, en plus de contrôler les esprits). Les communistes italiens s’y sont historiquement toujours opposés (avec Gramsci en particulier).

    L’erreur des communistes, en 1945-48, est d’avoir cru que la Constitution antifasciste et la proclamation de la République renverseraient cet État profond, alors qu’il ne s’agissait que d’une restructuration.

    Le PCI de Togliatti s’est alors laissé institutionnaliser et transformer en aile gauche de la République bourgeoise, la "République pontificale". Mais lorsque les masses comprirent, dans les années 1960, que rien n’avait changé, un puissant mouvement révolutionnaire resurgit alors pour ne s’éteindre qu’au début des années 1980, après une violente répression… L’influence de cette lutte frontale contre l’État profond (années 1919-45 et 1960-80) imprègne encore une grande partie des masses populaires. 

    Il y a donc en Italie des réformistes petits-bourgeois, profondément idéalistes et ultra-démocrates (ne comprenant pas le caractère de classe de la démocratie, soit bourgeoise, soit prolétarienne), mais qui se placent néanmoins en rupture avec ces piliers de l’État profond (en particulier LE pilier idéologique du Vatican, ainsi que les organisations criminelles, "visage sombre" de la semi-féodalité du Sud). C’est fondamental.

    On peut parler de progressistes sincères, c'est-à-dire qu’ils veulent sincèrement changer l’ordre établi mais par une méthode fausse (des réformes), contrairement aux sociaux-traîtres qui veulent réformer l’ordre existant pour le maintenir.

    C’est sur eux que le (n)PCI pourrait s’appuyer, à travers les organisations ouvrières et populaires, pour établir ce fameux Gouvernement de Bloc Populaire ; avec "l’accord tacite" de la bourgeoisie "de gauche", la bourgeoisie qui pense qu’il faut faire des concessions pour sauver l’essentiel – et revenir en force plus tard. 

    En France, le problème est que les réformistes, jusqu’au NPA et à LO, ne sont pas en rupture avec l’État profond et son idéologie républicaine… ils en font même parfois partie ! On pense notamment aux innombrables profs qui dirigent ces organisations, l’Éducation nationale ayant en France une véritable fonction d’Église républicaine (malgré son "Vatican 2" post-68 ).

    Certains sont clairement des social-traîtres, qui ne veulent réformer et "réguler" le capitalisme français que pour le sauver ("éviter l’explosion, l’anarchie"…), tandis que beaucoup d’autres, plus prosaïquement, ne font que défendre leur bifteck (la gauche de la démocratie bourgeoise étant historiquement plus favorable aux fonctionnaires et aux petits-bourgeois salariés du secteur public). 

    Il ne s’agit pas, bien sûr, des troupes : quand on dit que l’on préfère 20% de NPA-Front de Gauche, en Limousin, que 20% de FN, on parle bien sûr de l’électorat, montrant un terreau populaire progressiste où la mobilisation réactionnaire n’a pas marqué beaucoup de points (sans compter que beaucoup de gens on voté par défaut, pour "le plus à gauche", tout en étant beaucoup plus avancés politiquement que cela). Non, il s’agit des directions

    Le problème, ce sont les directions, les idéologues des ces organisations - et, plus encore, l'idéologie qu'ils portent. Sans une véritable rupture idéologique avec l’État profond patriote-républicain-"laïc", il n’est absolument pas possible de s’appuyer sur ces éléments qui vouent de toute façon une haine féroce (ou un mépris profond, ce qui revient au même) aux véritables révolutionnaires et aux prolétaires conscients

    Le réformisme, en France, est pour ainsi dire historiquement une composante de l’État profond, un système immunitaire de celui-ci, faisant partie du paysage. 

    Si l'on veut résumer tout ce qui vient d'être dit : en Italie la "gauche" bourgeoise est une force politique marginale et instable, velléitaire et pusillanime, qui n'a joué de rôle réellement significatif qu'avec le P'c'I "eurocommuniste" de Berlinguer (1969-84, sous Togliatti le PCI était perclus de révisionnisme jusqu'à la moëlle mais c'est avec Berlinguer qu'il devient réellement une "gauche" bourgeoise), et dans une certaine mesure avec l'alliance entre le PSI et l'aile gauche de la démocratie-chrétienne au milieu des années 1980 (ère Craxi). Ceci parce que dès l'époque du Risorgimento (fondation de l’État), comme l'écrit le (n)PCI lui-même dans son Manifeste Programme, "À cause de sa contradiction d'intérêts avec les paysans [qui formaient alors l'immense majorité de la population faute de véritable révolution industrielle, de très grande ville comme Paris ou Londres etc.], la bourgeoisie unitaire dut renoncer à mobiliser la masse de la population de la péninsule pour améliorer ses conditions matérielles, intellectuelles et morales. Elle renonça donc aussi à établir son hégémonie, sa direction morale et intellectuelle sur la masse de la population. Cette réforme morale et intellectuelle de masse était cependant nécessaire pour un développement important du mode de production capitaliste. Mais l'intention de la réaliser se réduisit à des tentatives et efforts velléitaires de groupes bourgeois marginaux".

    Autrement dit son hégémonie sur les masses populaires est toute relative ; et le mouvement communiste qui "dès l'époque du Risorgimento et ensuite (a assumé) le rôle de promoteur de l'initiative pratique des masses populaires et donc, également, de leur émancipation d'une conception superstitieuse et métaphysique du monde" (encore le Manifeste Programme), s'il est suffisamment puissant, peut effectivement (peut-être) l'amener à agir dans le sens de ses objectifs révolutionnaires.

    Dans l’État français au contraire, si elle est confrontée comme partout dans le monde (depuis les années 1970-80 et le triomphe du "néolibéralisme") au problème du "réformisme sans réformes", et a par conséquent considérablement décliné, la "gauche" bourgeoise est historiquement une force politique fondamentale dans son rôle constant de contrôle et d'encadrement des masses... et de REMPART de l'ordre bourgeois, dans l'établissement duquel elle a toujours assuré (depuis le 18e siècle) une fonction de premier plan. Il n'est tout simplement possible de rien faire sans faire sauter cette digue ; il n'est pas possible d'avancer sans dénoncer et affronter, déconstruire et écraser la "gauche" (et plus largement "la Républiiiiique" dont elle est la gardienne absolue du temple, la droite ne faisant depuis la fin du 19e siècle que suivre le mouvement, ayant compris - dixit Thiers - que "c'est le régime qui nous - la bourgeoisie - divise le moins"), son discours et ses "mythes fondateurs" qui sont autant de PRISONS MENTALES pour les masses.

    Donc voilà. Il est permis de tenir compte des contradictions au sein de la bourgeoisie, en particulier sur le rythme de la marche vers le fascisme, et le plus il y en a, le mieux c’est pour nous communistes. Mais aucune caution ne peut être donnée à la social-démocratie, aussi "radicale" soit-elle ! 

    La tâche des communistes de France est donc, parallèlement à la lutte contre les politiques réactionnaires et la fascisation larvée de la bourgeoisie majoritaire, de briser l’idéologie républicaine et de démasquer l’imposture social-démocrate et réformiste petite-bourgeoise, qui est l’aile gauche (et le REMPART !) de cette idéologie : l’aile sociale-républicaine en quelque sorte. 

    C’est seulement à cette condition de briser l’idéologie républicaine de la "gauche" réformiste que nous pourrons réunir, organiser et renforcer (et finalement constituer en Parti) les forces révolutionnaires communistes, dont certaines sont fourvoyées dans ces organisations réformistes, et d’autres restent inorganisées car désabusées ; et dégager de ces organisations les progressistes sincères*, pour les agréger autour du Parti dans un Front uni.


    [*Un bon exemple est la LCR du début des années 1970, en rupture avec le PC thorézien révisionniste mais aussi avec le trotskisme "orthodoxe" gauchiste-réactionnaire, évoluant plutôt dans le bon sens et que le puissant mouvement communiste maoïste de l’époque (Gauche prolétarienne et PCMLF notamment) avait réussi à entraîner derrière lui, la poussant vers une pratique comme (par exemple) l’opération antifasciste de la Mutualité (menée avec le PCMLF). Le mouvement communiste maoïste avait réussi à influer sur cette organisation "marxiste anti-stalinienne" et sur ses contradictions internes, radicalisant la gauche (Bensaïd, Recanati), neutralisant le centre (les frères Krivine) et isolant la droite (Frank, Filoche) - même pas tenue au courant de l'opération. Mais depuis, la LCR est revenue au trotskisme "antitotalitaire" (contre la dictature du prolétariat) et finalement à la social-démocratie (NPA), occupant en définitive la niche politiquequi était celle du PSU dans les années 1960-70]

     

    Suite à cet article, le (n)PCI avait réagi pour souhaiter apporter quelques précisions et rectifications : Rectificatif sur le Gouvernement de Bloc Populaire


    [Finalement, une grande partie de tout ce que nous venons de dire au sujet de la "gauche" social-républicaine française à la Mélenchon pourrait être résumée dans le concept de social-chauvinisme : http://www.contretemps.eu/interventions/social-chauvinisme-injure-concept... En définitive, la grande différence que nous essayons d'expliquer pourrait se situer là : malgré les grandes limites et les atermoiements réformistes de son mouvement socialiste, l'Italie n'a pas connu dans la même mesure ce phénomène social-chauvin dont l'"apogée éclatante" en Hexagone aura été l'"Union sacrée" de 1914 ; les socialistes italiens pro-guerre de cette époque faisant rapidement scission autour de Benito Mussolini pour devenir quelques années plus tard le mouvement fasciste ; alors que leurs homologues français sont restés socialistes sans le moindre problème ni la moindre remise en question, certains rejoignant même sans encombre (sans autocritique) le PC lors de sa création en 1920 (et par la suite, outre cette question du positionnement face à la guerre de 1914-18, il y a eu toute celle de l'attitude par rapport à l'impérialisme colonial, sujet sur lequel le socialisme puis le communisme italiens ont également toujours été beaucoup plus clairs...) ! Ceci est lié, comme nous l'avons expliqué, au caractère beaucoup plus (historiquement) fort et solide de la bourgeoisie tricolore qui lui a permis de prendre dans sa "force d'attraction" une partie considérable du mouvement ouvrier, ce que la bourgeoisie transalpine a toujours été beaucoup trop faible pour faire (quoi qu'elle y ait pas mal réussi avec le PCI à partir de 1960, jusqu'à sa dissolution en 1991).] 


    ET POUR FINIR, si le problème de la "gauche de la gauche" dans l’État français est ce que nous avons longuement expliqué supra, celui de son équivalente italienne est sa grandissante inexistence en termes de résultats électoraux et de représentation parlementaire, ce qui dans le cadre d'une stratégie totalement fondée sur cela a fini par conduire le (n)PCI à soutenir en "substitution" le très populiste et de plus en plus réactionnaire "Mouvement 5 Étoiles" de Beppe Grillo (ce que nous avons vivement critiqué).

     


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  • Source 

    Harry Haywood (1898-1985) est un militant historique New Afrikan du mouvement communiste US, membre fondateur du premier PC des USA, et également un grand théoricien de la question noire US, qu’il est le premier à définir comme une nation opprimée, une « colonie intérieure ». Il fut également un membre actif de l’Internationale communiste et résida en URSS de 1925 à 1930, où il fut membre du PC bolchévik et participa à la lutte sans merci contre les trotskystes et les partisans de Boukharine. Après la trahison révisionniste (dès les années 1940 aux USA), il la dénonça et participa dans les années 1960 au Nouveau mouvement communiste US, anti-révisionniste.

    Servir le Peuple n’est pas d’accord avec tout ce qui est dit dans ce texte. Mais le vieux Harry Haywood, « au bord du dernier rivage » comme disait Charles Tillon (il a 86 ans et mourra l’année suivante), a le mérite de remettre en question un certain nombre de dérives qui, surtout à partir de 1972 mais aussi dès les années 60 (avec par exemple les positions pro-De Gaulle contre les "deux superpuissances" de certains groupes français ou belges), ont entaché ceux et celles qui avaient rejoint la lutte de Mao Zedong contre le révisionnisme.

    Une dénonciation d’autant plus importante, qu’aujourd’hui un certain nombre de marxistes-léninistes et de maoïstes, y compris de ceux qui citent Haywood comme une référence, suivent un chemin similaire…


    La Chine et ses partisans se trompaient sur l’URSS (1984)

    Harryhaywood.jpgAprès une brève période de construction du Parti dans les années 1970, le Nouveau mouvement communiste est maintenant mort. Il est tombé dans la désintégration organisationnelle, la confusion politique et le désarroi idéologique. Quelle est la source de cet effondrement de notre mouvement ? Comment pourrions-nous commencer un rétablissement politique ? Aujourd'hui ces questions sont devenues plus pressantes, alors qu'une nouvelle période de la crise impérialiste commence à changer radicalement l'équilibre mondial des forces et fait à nouveau surgir le danger de dépression et de guerre mondiale catastrophiques.

    Il y a beaucoup de facteurs qui ont précipité la crise du Nouveau mouvement communiste, ce qui la rend difficile à résoudre. D’une part, sa base de classe s'est reflétée dans le mouvement pacifiste étudiant, les mouvements nationaux et la lutte anti-révisionniste. Il n'a pas eu une grande base ou composition ouvrière, et a été caractérisée par sa jeunesse et son inexpérience. Son « gauchisme » ultra a empêché son expansion dans des secteurs plus larges de la société des États-Unis, et il est finalement resté un ensemble de sectes isolées à la gauche de la société.

    En outre, les bouleversements politiques en Chine et la mort de Mao ont contribué à l'instabilité des perspectives politiques du mouvement. À l'intérieur du Nouveau mouvement communiste, il y avait des difficultés sur les questions du centralisme démocratique et sur les questions de démocratie dans le Parti. En conséquence, beaucoup de groupes de la gauche révolutionnaire ont eu des difficultés pour conduire une lutte politique sérieuse. Enfin, l'intensification de la crise mondiale durant les années 1970 a rapidement changé les situations politiques et a amené des problèmes qu’ils ne pouvaient pas résoudre.

    Le Nouveau mouvement communiste

    Lorsque le Nouveau mouvement communiste a commencé à vaciller à la fin des années 1970, beaucoup de camarades et d'organisations ont résumé au sectarisme et au dogmatisme gauchiste ou au liquidationnisme de droite les causes de notre récession. Bien qu'il y ait beaucoup de vérité dans ces positions, elles ne vont pas au cœur du problème. La question essentielle est : quelle est la grande ligne qui a mené notre mouvement dans la crise et l'effondrement ?

    Bien que beaucoup de problèmes aient contribué à la crise du Nouveau mouvement communiste, la cause sous-jacente de son effondrement a été la ligne stratégique incorrecte de la Théorie des Trois Mondes, que notre mouvement de construction du Parti a empruntée aux Chinois sans recul critique. Ce point de vue que l'Union Soviétique est un pays social-impérialiste, dans lequel le capitalisme a été reconstitué, marque pour les Chinois un changement fondamental dans l'équilibre international des forces. Ils ont dépeint l'Union Soviétique non seulement en tant qu'ennemi mais « ennemi principal » des peuples du monde. Cela a parfois conduit les Chinois à une alliance tacite avec les États-Unis. Cela a également créé des contradictions profondes dans la ligne politique du Nouveau mouvement communiste.

    La question de l'Union Soviétique est fondamentalement stratégique. Elle signifie aborder la première question révolutionnaire posée par Mao : « Qui sont nos ennemis ? Qui sont nos amis ? ». L'Union Soviétique est-elle une amie ou une ennemie de la révolution ? La façon dont nous répondons à cette question détermine non seulement notre conception stratégique internationale, mais fonde également notre ligne sur toute une série de problèmes tactiques.

    Tout au long des années 1970, les Chinois ont répondu à cette question par la Théorie des Trois Mondes. Sous sa forme la plus développée, la Théorie des Trois Mondes arguait du fait que l'Union Soviétique était « l'ennemi principal » des peuples du monde. Elle a également indiqué que « des deux superpuissances impérialistes, l'Union Soviétique est la plus féroce, la plus sans scrupules, la plus déloyale et la plus dangereuse source de guerre mondiale, à l'offensive partout dans le monde ».

    Les Chinois ont affirmé que derrière ces développements internationaux se trouvaient des changements politiques dramatiques à l'intérieur de l'Union Soviétique. Après la mort de Staline, le révisionnisme est arrivé au pouvoir avec Khrouchtchev et Brejnev. Ceci, affirment les Chinois, a conduit à la « dégénérescence » du socialisme et à la restauration du capitalisme. Une nouvelle classe, la « classe monopoliste bureaucratique », a pris le pouvoir en URSS. Elle a apporté avec elle une économie « capitaliste monopoliste » d'État et un État de « dictature fasciste ».

    Pour le Nouveau mouvement communiste aux États-Unis qui a regardé vers la Chine, ces aspects stratégiques ont créé de graves problèmes dans la ligne politique. D'une part, la stratégie de la Théorie des Trois Mondes encourageait une défense militaire forte des États-Unis et une alliance tacite entre les États-Unis et la Chine. D'autre part, une grande partie du Nouveau mouvement communiste s'est énergiquement opposée à toute forme de suggestion que cela signifie, pour les communistes des États-Unis, un « Front populaire » avec la bourgeoisie US.

    En conséquence, une contradiction politique profonde a traversé une grande partie du Nouveau mouvement communiste. Il y avait une logique inhérente à la Théorie des Trois Mondes qui la poussait dans la direction de l'impérialisme US.

    Les effets politiques et économiques de la crise mondiale de l'impérialisme ont forcé les États-Unis, après une brève retraite provoquée par la défaite au Vietnam, à essayer de réaffirmer leur hégémonie et de regagner leur ancienne domination par une course aux armements massive et une nouvelle projection de militaires US tout autour du globe. Le « nouveau militarisme » s’appuie sur une « nouvelle Guerre froide » ravivée contre l'Union Soviétique et la « menace » communiste dans le Tiers Monde. Une politique conflictuelle belliqueuse a maintenant remplacé la détente, et a fait surgir le spectre de la guerre nucléaire en Europe.

    Clairement l'ennemi principal aujourd'hui dans le monde n'est pas l’Union Soviétique, c’est l'impérialisme des États-Unis. Pour être plus précis, ce sont les monopoles capitalistes des États-Unis. Pour les communistes américains cela signifie saisir le fait que « notre propre bourgeoisie », ici aux États-Unis, est la source la plus dangereuse de guerre et l’ennemi principal.

    Un autre ensemble de problèmes stratégiques développés par la Théorie des Trois Mondes est lié à la thèse de la «force principale» et aux périodes historiques qui étaient à la base de cette analyse. En synthèse, la Théorie des Trois Mondes a avancé l'idée stratégique que « les pays et les peuples du Tiers Monde sont la force principale qui combat l'impérialisme, le colonialisme et l'hégémonisme ». Les Chinois ont argué, pour un ensemble de raisons, que le Tiers Monde jouerait ce rôle stratégique « pendant une période historique assez longue ».

    Bien que la thèse de la « force principale » était correcte au sujet du rôle respectif du mouvement démocratique national et du mouvement ouvrier dans les pays impérialistes pendant la période entre 1950 et 1970 [les Trente Glorieuses NDLR, l’époque du « capitalisme à visage humain » pour les masses des pays développés], elle ne s'applique plus à la nouvelle période historique qui s'est ouverte dans les années 1970 en raison de la crise mondiale de l'impérialisme. Cette thèse a contribué à une sous-estimation, déjà existante, du potentiel révolutionnaire de la classe ouvrière dans les pays capitalistes avancés.

    En conclusion, nous devons considérer la thèse que le capitalisme a été restauré en Union Soviétique. C'est la racine principale de la Théorie des Trois Mondes. C'est une thèse qui nous pose également des questions au sujet de la nature du socialisme. La croyance que le capitalisme a été reconstitué en Union Soviétique vient essentiellement d'une conception idéaliste du socialisme*. En premier lieu elle oublie la longue, compliquée, et tortueuse lutte des Soviétiques pour établir le premier pays socialiste sur la planète.

    Au moment de sa naissance, la révolution socialiste en Russie a été attaquée par une invasion des forces alliées dans une «guerre secrète » contre la révolution. Puis sont venues les années dures de la récession économique et de la guerre civile suivies de la grande industrialisation des années 1930 ; et finalement une Guerre mondiale durant laquelle son territoire a été envahi, un tiers de sa richesse détruite et plus de 20 millions de ses habitants tués. L'Union Soviétique a supporté le choc de la guerre antifasciste et a joué un rôle décisif en sauvant le monde du fascisme. Tous ces événements ont eu lieu en une seule génération. Ainsi, durant son existence entière l'Union Soviétique a été soumise aux attaques de l'impérialisme occidental mené par les États-Unis. Afin de survivre, l'Union Soviétique a dû développer une défense militaire forte. Pendant la période suivant la 2e Guerre mondiale, elle a été confrontée à des États-Unis hostiles et agressifs. Confrontée à la doctrine de Truman, au plan de Marshall et à la menace constante de la bombe atomique, l'Union Soviétique s’est armée avec des armes nucléaires. Andreï Gromyko, sur l'utilisation des armes nucléaires stratégiques de l'Union Soviétique, a mis en avant une politique de « ne pas frapper en premier » que les États-Unis ont refusé d'adopter.

    L'histoire démontre que, par-dessus tout, la politique extérieure de l'Union Soviétique a été fondamentalement défensive et non-agressive. Ceci ne signifie pas que tout ce que fait l'Union Soviétique est correct ni qu'elle ne peut pas faire des erreurs sérieuses ou poursuivre des lignes erronées. Par exemple, ses relations avec la Chine et d'autres pays socialistes ont été marquées parfois par le chauvinisme et l’hégémonie. Mais ces problèmes ne font pas de l'Union Soviétique une puissance social-impérialiste*.

    Sans classe capitaliste monopoliste et sans rapports capitalistes de production* il n'y a pas de logique fondamentale et irrésistible dans l'économie soviétique qui crée un besoin d'exporter du capital et d'exploiter d'autres pays par le commerce. En conséquence, elle n'a également aucune colonie ni aucun empire à maintenir.

    Une des leçons principales que nous pouvons tirer de nos expériences avec la Théorie des Trois Mondes et des changements de la situation internationale, est la nécessité absolue de développer une ligne communiste américaine indépendante basée sur les particularités de la situation interne et internationale des États-Unis.

    Le monde tel que nous l'avons connu depuis la 2e Guerre mondiale est maintenant en grand reflux. L'impérialisme produit une nouvelle crise mondiale. Les craintes de dépression économique et de guerre sont élevées.

    Aux États-Unis il y a des signes forts que le Peuple américain commence à répondre à cette crise. En 1982, un demi-million de personnes ont manifesté pour la paix et contre la guerre. En 1983, plus d'un quart de million a marché sur Washington en mémoire de Martin Luther King et pour rétablir les mouvements de droits civiques. Au cours des dernières années, il y a également eu un certain nombre de grandes manifestations nationales de travailleurs à Washington.

    Ces événements annoncent un grand mouvement de masse concentré sur les questions de la paix, du travail et de la liberté. Une coalition de gauche, enracinée dans l'alliance de la classe ouvrière et des nationalités opprimées et composée de nombreux mouvements pour les droits démocratiques, prend maintenant forme. La crise mondiale crée des conditions favorables pour le développement d'une alliance stratégique mais les communistes des États-Unis sont dispersés, divisés et non préparés.

    Ces développements rendent plus pressant pour les communistes américains de laisser de côté les idées politiques démodées et incorrectes, afin que nous puissions commencer à donner une direction à ces tendances. Notre première étape commence par la recherche d’un processus d'unité, basé autour d'une direction stratégique qui identifie clairement l'impérialisme des États-Unis comme Centre de la réaction mondiale*, menace principale pour la paix et ennemi principal des peuples du monde.


    Harry Haywood dans le Guardian newspaper - 11 avril 1984


    *********************************

    * Un certain nombre de commentaires s’imposent :

    - Ce texte dénonce impitoyablement la Théorie des Trois Mondes.

    Il est clair que l’application de celle-ci à la lettre a dû être particulièrement difficile pour des communistes américains, vu qu’elle impliquait un quasi soutien à leur propre impérialisme et à ses alliés ou régimes laquais… Mais à partir du milieu des années 1970 (avec la nouvelle crise générale du capitalisme, en fait), on a pu observer un « resserrement des rangs » des impérialistes occidentaux (nord-américains, ouest-européens, japonais) dans une nouvelle « Grande Guerre Froide » : ainsi en France, les gaullistes partisans de « l’équilibre Est-Ouest » (Premier ministre Chirac) sont écartés et la France adopte à nouveau une politique « atlantiste » et antisoviétique. On verra pourtant à cette époque des « prochinois » soutenir l’opération impérialiste de Kolwezi contre les « mercenaires cubains et angolais du social-impérialisme »…

    - Aujourd’hui, la Théorie des Trois Mondes est unanimement rejetée par les communistes révolutionnaires, marxistes-léninistes et maoïstes. Il est démontré qu’elle n’est pas (en tout cas comme stratégie, et non comme tactique) une théorie de Mao (qui n’a reçu Nixon que dans le contexte de la déroute US au Vietnam), mais bien de LA DROITE contre-révolutionnaire du PC chinois. Celle-ci n’était pas, en effet, prosoviétique mais pro-occidentale, détournant la lutte anti-révisionniste en antisoviétisme nationaliste bourgeois et en anticommunisme. C’est pourquoi elle a été forte au milieu des années 60, avant la Révolution Culturelle, lorsque Mao avait été mis à l’écart (avec des groupes comme celui de Jacques Grippa en Belgique ou Georges Frêche en France) ; et à partir de 1971, quand l’affaire Lin Piao a permis un retour en force du centre-droit (Chou Enlai) et de la droite (Deng, à partir de 1973) dans le Parti. C’est seulement pendant la Révolution Culturelle, entre 1966 et (disons) 1973, que des groupes comme la Gauche Prolétarienne (ou les Black Panthers, ou les communistes révolutionnaires d’Italie jusqu’en 1980) ont pratiqué le maoïsme pour ce qu’il est : un renouveau de la lutte révolutionnaire à un niveau supérieur, rejetant le révisionnisme et le réformisme collabo de classe mais aussi des pratiques erronées et ossifiées de l’époque léniniste comme une lutte trop économique et centrée sur l’usine, une mauvaise compréhension des problèmes spécifiques comme le racisme, les minorités, le patriarcat (sexisme, homophobie) etc. etc... et non être des officines de perroquets de Pékin comme les PC révisionnistes à la Thorez étaient les perroquets de Moscou !

    Mais à l’époque où Haywood écrit, cette théorie n’avait encore été dénoncée que par Enver Hoxha (République populaire d’Albanie) et attribuée par lui à Mao - s’accompagnant donc d’un rejet du maoïsme ; ainsi que par Gonzalo au Pérou, et par quelques groupes relativement isolés (PCR aux USA, OCML-VP en France). Haywood tombe donc, finalement, dans le rejet du maoïsme : pas explicitement, mais à travers des thèses maoïstes fondamentales comme le rétablissement du capitalisme en URSS et le comportement « socialiste en paroles, impérialiste en actes » de celle-ci (ce qui diffère d’ailleurs de Hoxha, qui considère bien l’URSS comme impérialiste et prône un « ni-ni » systématique et borné).

    - Servir le Peuple considère qu’il y a bien eu rétablissement du capitalisme en URSS. Ce rétablissement prend sa source dans les 30% d’erreurs et de fautes (politiques et économiques) attribués par Mao à la direction soviétique (Staline, Molotov, Jdanov etc.) lors de la construction du socialisme ; et dans les conditions imposées à l’URSS (militarisation, efficacité industrielle…) par l’encerclement réactionnaire, la menace fasciste et la guerre d’extermination nazie. Il commence après la mort de Staline, de manière progressive, par démantèlement de l’économie et des rapports sociaux socialistes construits jusque-là. Il s’accélère avec la crise générale du capitalisme (à partir de 1970) et encore plus (avec la crise profonde de l’économie soviétique) à partir de 1985 (Gorbatchev). Il traverse (en URSS et dans les pays d’Europe de l’Est) une étape de quasi guerre civile (1989-91 et encore 1992-94 en Russie, en Géorgie ou en Moldavie, sans parler de la Yougoslavie), pour aboutir finalement à la situation actuelle : capitalisme sauvage, régimes oligarcho-fascistes (pro-russes ou pro-occidentaux) en Russie et dans la majeure partie de l’ex-URSS, domination impérialiste (allemande, française…) des ex-"pays de l’Est", "socialisme de marché" (ou "capitalisme social", on ne sait plus trop...) au Vietnam ou à Cuba (et en Chine, mais c’est une autre histoire).  

    MAIS il faut bien saisir l’aspect dynamique, en mouvement de ce processus de restauration ; ce n’est pas un système figé (malgré peut-être une certaine stabilisation sous Brejnev, entre 1964 et 1982) et il est difficile de le caractériser par une formule simple et définitive telle que « capitalisme monopoliste d’État ».

     Pendant toute cette période (des années 1950 à 1989), la politique internationale de l’URSS envers les nouveaux pays socialistes (Europe de l’Est, Cuba, Vietnam…), les partis prosoviétiques et les mouvements de libération nationale a évolué vers l’hégémonisme politique, les relations économiques inégalitaires (division du travail dans le COMECON), le soutien aux bourgeoisies nationales et à des éléments bureaucratiques (fusion de branches de l’appareil d’État, de capital bancaire et de grande propriété terrienne) dans les pays dominés par l’impérialisme, le soutien à la lutte réformiste et parlementaire dans les pays impérialistes. À partir de 1970, la direction soviétique développe (effectivement) une politique extérieure de plus en plus agressive, à mesure que la crise mondiale ronge son « modèle » économique : la guerre de type colonial menée en Afghanistan, le soutien à la junte militaire éthiopienne contre le mouvement de libération d’Érythrée (soutenu auparavant !), le soutien à des régimes comme celui d'Amin Dada en Ouganda ou de Saddam Hussein en Irak, les bonnes relations avec des régimes fascistes compradores comme la junte de Videla en Argentine ou Ferdinand Marcos aux Philippines, constituent des pratiques dignes d’un pays impérialiste de fait. Mais le soutien soviétique (avec Cuba) à la lutte contre le régime d’apartheid et ses mercenaires (UNITA, Renamo) en Afrique australe, ou contre les juntes fascistes pro-US en Amérique centrale, ne devait pas empêcher de soutenir ces luttes.

    - EN TOUT CAS, quel qu’ait été le niveau d’avancement de la restauration capitaliste en URSS et la nature du régime politique (effectivement oligarchique, réactionnaire et répressif), faire de l’URSS l’ennemi principal était complètement délirant et catastrophique. Même si les USA ont « accusé le coup » après leur défaite au Vietnam (1973-80), la suite des évènements l’a démontré. Quelle qu’ait été la nature du système économique des années Brejnev ("capitalisme monopoliste d’État" etc. etc.), une chose est sûre : IL N’A PAS RÉSISTÉ à la crise mondiale. Soit directement, soit à travers les régimes ou les forces qu’elle soutenait, l’URSS a encaissé dans les années 1980 défaite sur défaite : Afghanistan, Éthiopie-Érythrée, Nicaragua et Amérique centrale, Europe de l’Est et finalement éclatement de l’URSS elle-même. La Russie du début des années 1990 est une puissance vaincue et humiliée, comme l’Allemagne des années 1920 ou le Japon des années 1950. C’est avec le « sursaut national » de Poutine (à partir de 1999) qu’elle est devenue ce qu’elle est maintenant : un pays impérialiste "tout court" (et non plus "social-impérialiste").

    - Aujourd’hui, un grand nombre de communistes parfois sincères (ou parfois moins…) suivent malheureusement des thèses similaires. Les partisans, on l’a dit,  des thèses de Hoxha, mais aussi  ceux de Gonzalo préconisent un « ni-ni » systématique, le refus de tout « appui » sur un impérialisme contre un autre. C’est juste, sur le principe. Mais le problème c’est qu’aujourd’hui, dans la véritable guerre impérialiste mondiale non-déclarée à laquelle nous assistons, les impérialismes rivaux ont des intérêts dans pratiquement tous les conflits du monde. Toute lutte de libération contre un impérialisme bénéficie pratiquement du soutien objectif d’un autre : même les maoïstes du Népal (contre l’Inde, soutenue par les Occidentaux) et des Philippines (contre un régime-pilier pro-US en Asie-Pacifique) sont vus d’un bon œil par la Chine… Or le « ni-ni » ne fait pas la distinction DU POINT DE VUE DES MASSES, dans un pays donné, entre ennemi principal et ennemi secondaire impérialiste.

    D’autres vont encore plus loin, et l'on voit surgir un mystérieux « bloc France-Allemagne-Russie » (les trois comparses de l’opposition anti-US en 2003 seraient donc liés pour la vie ?) opposé aux USA, ce qui les amène à soutenir objectivement les manœuvres et les crimes de l’impérialisme US (comme au Honduras) et de ses alliés (notamment Israël).

    - FINALEMENT, derrière tout cela il y a la même vision du monde erronée, la même que dans la Théorie des Trois Mondes : la vision géopoliticienne du monde. La même, il faut le dire hélas, que celle des « nationalistes-révolutionnaires » et des révisionnistes pour qui « tout est géopolitique », tout ne se conçoit qu’en terme de « blocs » : « camp de la Paix » ou « camp anti-impérialiste » contre « Empire » US (et soutien à l’Iran, à la Chine, à la Birmanie, au Soudan, etc.), « Eurasie » contre « atlantisme », etc. etc.

    S’y ajoutent d’autres théories erronée, comme celle que nous serions dans « l’offensive stratégique » de la révolution mondiale et qu’il faudrait « compter sur ses propres forces », alors que nous sommes bien évidemment au tout début de la 2e vague révolutionnaire mondiale (produite par la nouvelle crise générale depuis les années 1970) après le grand reflux stratégique des années 80-90 ; nous sommes à une époque que l’on peut qualifier de « 1905 », de renouveau et de développement des luttes et des organisations révolutionnaires (les plus abouties étant les guerres populaires maoïstes en Inde et aux Philippines), de construction des rapports de force, de luttes pas forcément sous le drapeau du communisme.

    - CONTRE CELA, Servir le Peuple a adopté dès le départ une ligne simple : LE CAMP DU PEUPLE EST NOTRE CAMP, le camp naturel des communistes. Toujours se placer du point de vue des masses populaires. Dans chaque conflit, dans chaque « grand dossier », se demander : quel est le point de vue des masses ? Quel est leur intérêt dans l'immédiat (puisque leur intérêt à long terme, tout le monde est en principe d'accord là-dessus, c'est le communisme) ?

    Cuba est-elle socialiste ? NON. Les masses cubaines ont-elle intérêt à revenir à la situation d’avant 1959 ? CERTAINEMENT PAS. Y va-t-on ? L’avenir nous le dira mais nous ne le souhaitons pas, ni ne nous en réjouirions comme une « confirmation » de nos thèses (sur le « social-fascisme » cubain ou autre…).  

    Au Honduras, Zelaya était-il un révolutionnaire démocratique, anti-impérialiste ? Pas du tout. Un bourgeois national « progressiste » ? Même pas. Tout juste un grand bourgeois propriétaire qui a fait quelques concessions sociales et démocratiques… La situation des masses est-elle meilleure depuis le coup d’État contre lui ? Soyons sérieux…  

    En Palestine, on voit mal ce qui pourrait être pire pour les masses que la situation actuelle… à part de nouveaux crimes d’Israël. La contradiction entre les masses et la résistance bourgeoise islamique est clairement secondaire.

    En Iran, dans quel camp se trouve l’intérêt des masses ? Peut-être qu’il y aurait un certain recul de la répression et de l’oppression sexiste avec les « verts »… Mais il se peut aussi que cette « libéralisation » se limite aux classes relativement aisées et urbaines. A priori, et sans y voir beaucoup plus clair entre les propagandes respectives, on aurait tendance à dire "AUCUN".

    Pour ce qui est de savoir si, face à « l’obscurantisme religieux » des talibans, l'on devrait souhaiter la victoire de l’impérialisme en Afghanistan (sic le détraqué fasciste internétique "Oppong")… no comment.

    - Au stade de commencement de la 2e vague révolutionnaire mondiale où nous sommes, les vieilles révolutions populaires démocratiques tombées dans le révisionnisme et la liquidation comme à Cuba et les processus réformistes bourgeois comme au Venezuela, en Bolivie ou en Équateur sont des tranchées conquises par les masses de ces pays et (en fait) de tout le continent. Il n’est pas question de perdre ces tranchées, même si c’est peut-être ce qui arrivera à force d’enlisement et de trahison réformiste, ou de liquidation révisionniste (ce qu’il faut dénoncer, sans bien sûr pouvoir y faire grand-chose de plus que les masses et les révolutionnaires locaux). Avec Lénine, nous affirmons aussi que TOUTES les luttes de libération nationale (et encore plus les guerres de résistance contre une occupation impérialiste de pillage et de meurtre) doivent être soutenues inconditionnellement DU POINT DE VUE DES MASSES ; même si l'on peut en pointer les insuffisances des forces progressistes ou regretter que le drapeau ne soit pas un drapeau communiste (mais un drapeau nationaliste, réformiste ou religieux)…

    Nous ne sommes pas dans « l’offensive stratégique de la révolution mondiale » (ridicule, il suffit d’ouvrir les yeux !) mais au tout début d’une nouvelle vague révolutionnaire où se construit le rapport de force et la Guerre du Peuple pour sa libération. Toute résistance à l’oppression vaut mieux que la soumission à l’oppression, elle est le point de départ, l’étape « zéro » de la Guerre du Peuple. À mesure que les luttes sociales, populaires et de libération nationale se développent, une droite, une gauche et un centre se forment en leur sein. La droite est condamnée à terme à l’échec et à la disparition, ou à se vendre et à se retourner contre les masses. La gauche doit alors se développer, se renforcer et gagner à elle ou au moins neutraliser le maximum de centristes pour passer à l’étape supérieure – et là rebelote : droite, gauche, centre... En cas d’échec de la gauche, on revient à la situation de départ – il n’est pas possible de revenir à pire. L’impérialisme agonisant et fou ne permet plus à la droite de prospérer dans l’imposture. L’URSS révisionniste n’existe plus et rien (ni Chine ni « groupe de Shanghai », ni « bloc France-Allemagne-Russie » ni projet « eurasiste » douguino-poutinien) ne peut lui être comparé en terme de prestige mis au service  de la trahison. Les PC révisionnistes, courroies de transmission de la ligne de Moscou (réformisme et légalisme dans les pays impérialistes, soumission à la bourgeoisie nationaliste dans les pays dominés), ont disparu ou sont réduits à presque rien. Toute analyse basée sur ces schémas des années 1960-80 est complètement à côté de la plaque.

    - Le monde impérialiste actuel (car plus aucun Peuple sauf peut-être au fin fond de l’Amazonie, de la Papouasie ou de quelques déserts, n’échappe à l’économie mondiale des monopoles) est issu de la grande « Guerre mondiale de 30 ans » (1914-45) et de la déroute de l’URSS en 1989-91. C’est un monde complexe fait d’affrontements et de combinaisons entre impérialismes, sans que l’on puisse parler de « blocs » stables comme pendant la Guerre Froide. Un monde finalement comparable à celui d’avant 1914.  Les États-Unis y ont un rôle « tutélaire » : si l'on comparait avec l'Europe féodale du Moyen Âge, l'on pourrait dire qu’ils sont le « roi ». Les autres impérialismes sont les « grands féodaux ». Parmi eux, certains sont loyaux au « roi » : l’Angleterre, le Japon… D’autres sont « turbulents » : la France, l’Allemagne, la Russie… D’autres sont opportunistes : le Canada, l’Italie… Certains enfin veulent carrément prendre la place du « roi » : c'est le cas de la Chine - mais elle est encore loin d’y arriver !

    Toutes les situations dans le monde doivent être étudiées au cas par cas. En ayant toujours une seule grille d’analyse : l’intérêt des masses exploitées du Peuple !


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