• [Ce n'est pas la première fois qu'un de ces régimes "bolivariens" livre des militants révolutionnaires à des États réactionnaires. Lire ici notre analyse de la nature de ces régimes : retour-situation-amerique-du-sud discussion-gauche-en-amerique-latine etats-bolivariens-notre-position]


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  • (de ce précédent article ici : http://servirlepeupleservirlepeuple.eklablog.com/sur-une-controverse-de-definitions-entre-marxisme-et-decolonialisme-a157559122)

    ... le capitalisme ne serait donc pas "simplement" "l'économie de marché", mais bel et bien un SYSTÈME, une forme sociale TOTALE fondée certes sur une économie marchande... mais de marchandisation de tout ; avec une tendance intrinsèque à la financiarisation et surtout, à l'EXPANSION TERRITORIALE de ses Centres d'accumulation au détriment les uns des autres ou des territoires encore pré-capitalistes.

    Autrement dit, intrinsèquement oppresseur national et colonialiste ; ce qui rejoint finalement l'"intuition" que nous avons pu exprimer depuis plusieurs années à ce sujet (par exemple, vieux articles : question-nationale-21e-siecle - gros-pave-question-nationale - clarification-centre-peripherie - notes-de-lecture-weil) ; et signifie que quiconque n'est "pas clair" là-dessus ne PEUT PAS faire partie du camp de la révolution et doit en être exclu (pas rétroactivement bien sûr : on pouvait être "limité" là-dessus il y a 150 ans et rester quand même dans l'histoire comme un grand révolutionnaire, mais en 2018, une fois ces choses-là comprises, ce n'est plus acceptable - exemple : critique-d-une-position valable pour ceux qui soutiennent ladite position ici et là dans le monde).

    C'est là une nature, une ESSENCE MÊME que l'on ne peut pas sérieusement prétendre combattre le capitalisme si on ne la combat pas (non seulement en paroles, grandes déclarations de principes dans ses documents organisationnels, mais EN ACTES).

    En un sens, quelque part, cela ferait de ce que nous appelons capitalisme une sorte de "cancer" social, né d'un système tributaire faible, "malade" (celui de l'Europe médiévale, post-romaine), et qui en submergeant (au final) toute la planète aura planétairement "tué" le néolithique tardif de l'humanité qu'était le système tributaire ; pour permettre désormais à une nouvelle forme sociale, le SOCIALISME, de le remplacer là encore sur toute la planète.]


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  • Le fascisme n'est après tout qu'une forme modernisée de bonapartisme au 20e siècle. En cela le sioniste de gauche Sternhell n'a pas forcément tort de dire que le fascisme est d'origine française, sauf qu'il ne pointe pas du doigt les bons exemples LOL (enfin il pointe des choses assez épiphénoménales, car c'est ce qu'était en réalité le maurrassisme et encore plus ses tentatives de rapprochement avec des syndicalistes révolutionnaires comme Valois).

    Prenons n'importe quelle situation révolutionnaire tendax, 1789-1799 ou 1848 : il y a la porte de sortie révolutionnaire socialiste (qui ne s'est hélas jamais concrétisée, surtout qu'à cette époque elle n'avait pas de théorie scientifique guide...) ; il y a la possibilité de la reprise en main thermidorienne c'est à dire ouvertement bourgeoise, "populace on t'emmerde" (Thermidor donc, le Parti de l'Ordre avec Cavaignac, ou plus tard la répression de la Commune par la République versaillaise de Thiers et Mac-Mahon) ; et puis il y a la porte de sortie d'une "réconciliation nationale générale" populiste sous la conduite d'un homme fort, qui à cette époque a été les deux Bonaparte.

    On peut aussi dire quelque part que Vichy après le Front populaire a tenté de reproduire un "bonapartisme providentiel" avec Pétain, mais a surtout été en réalité une reprise en main thermidorienne, thiers-mac-mahoniste ; ce qui avait surtout des traits bonapartistes était évidemment le gaullisme (aujourd'hui le FN issu de l'extrême-droite antigaulliste s'est reconverti dans une espèce de néo-gaullisme, en gros il faut revenir à gouverner la France comme du temps de De Gaulle).

    On va flatter par une promesse (plus ou moins tenue) d'amélioration du niveau de vie le "bon" petit peuple opposé au "mauvais" ("minorité" d'agitateurs, d'incendiaires gauchistes).

    L'impérialisme et le colonialisme entrent souvent en jeu à ce niveau : on va y chercher des miettes de surprofit à redistribuer aux masses (ou dans une optique de colonisation de peuplement, des terres ou des places - des positions de pouvoir - à donner à une partie de "masses dangereuses"). Napoléon a échoué en Haïti et vendu la Louisiane mais réussi à reprendre en main pas mal de colonies et surtout, conquis et pillé toute l'Europe. L'Algérie viendra un peu plus tard comme débouché-"solution" aux colères populaires de 1830 et surtout 1848. Napoléon III le Petit a échoué au Mexique mais néanmoins véritablement lancé l'expansion coloniale (Afrique, Indochine, Pacifique) que poursuivra la IIIe République. Mussolini relancera lui aussi l'entreprise coloniale italienne (pacification de la Libye, conquête de l'Éthiopie). Hitler : tentative d'Empire colonial allemand en Europe. Parfois, cet impérialisme "social" a pu aussi être assumé dans le cadre d'un système farouchement parlementaire, comme la IIIe République ou la Grande-Bretagne victorienne de Cecil Rhodes. De Gaulle n'a pas "abandonné" les colonies mais réformé la domination pour la rendre quelque part plus efficace (les néocolonies rapportent sans doute bien plus aujourd'hui que comme colonies directes auparavant) et acheter le climat de paix sociale qui fera capituler l'essentiel de l'extrême-gauche au milieu des années 1970, et duquel on peut dire que nous sortons à peine tout doucement.

    C'est un schéma que l'on retrouve absolument dans TOUTES les situations où "la barque tangue" et encore une fois dans la zone de turbulence actuelle.

    Les Gilets Jaunes s'inscrivent dans une longue séquence de ras-le-bol généralisé qu'on peut faire commencer en 2013 sous Hollande voire lors du mouvement de fin 2010 sous Sarkozy.

    Il y a l'"hypothèse" révolutionnaire mais on voit mal où, qui, quand, comment et les GJ de base le voient probablement encore plus mal. Les appels à une VIe République citoyenniste, participative, gouvernée par RIC (l'esprit mélenchoniste du mouvement quoi) ; certes mais bon, à voir si ça peut aller très loin tout ça...

    Il y a l'hypothèse d'une reprise en main directe par le Centre thermidorien (Macron), mais sur une base sociale tellement faible (15% de soutien) qu'on voit mal comment.

    Et puis il y a l'hypothèse d'une reprise en main par ce qu'on appellera l'"opposition de droite" (Wauquiez et/ou RN), avec leur noyau intra-mouvement "Gilets Jaunes libres", qui cherchera des "solutions" réactionnaires pour racheter la paix sociale.

    [Le gouvernement bourgeois, c'est en dernière analyse l'art de gouverner avec l'assentiment de 55 ou 60% de la population (typiquement : 70-80% des 50% les plus riches et 40% des 50% les plus pauvres, ce qui nous amène à ce chiffre - et c'est, par exemple, typiquement le score de Jair Bolsonaro aux dernières élections brésiliennes) ; ce qui fait une "volonté majoritaire souveraine" et les autres "circulez y a rien à voir". Ou du moins, l'idée chez cette large majorité que "ça ne mérite pas" une insurrection violente et qui si on n'est pas content on verra aux prochaines élections. C'est cet "art" qui s'est progressivement émoussé depuis 10 ans sous Sarkozy, puis Hollande et enfin le très mal élu Macron pour aboutir à la situation actuelle. Le Grand Capital doit donc à nouveau trouver la "formule" qui redonnerait au sommet de l'État cet assentiment majoritaire ; car il ne suffit pas que l'équipe dirigeante serve à la perfection ses intérêts, ce que fait sans l'ombre d'un doute LaREM. Et c'est là que se niche la "possibilité du fascisme" ; fascisme qui est, répétons-le encore une 100e fois, une méthode de gouvernement et non l'exercice du pouvoir par un parti proclamant "nous sommes fascistes". Un gouvernement, par exemple, des idées de Le Pen mais entre les mains et sous le ferme garde-fou des Républicains ; qui aurait par conséquent le soutien ou du moins la non-hostilité du macronisme (dont on connaît déjà certains propos tenus en "off", comme ceux de Gérard Collomb, ou carrément en direct à l'antenne comme ceux de Luc Ferry) ; pourrait bien être la "solution" pour reformer ce bloc majoritaire (avec l'appui, donc, des forces réactionnaires intra-mouvement comme les "Gilets Jaunes libres" Cauchy-Mouraud-Chalençon). La révolution (lutte prolongée) est victorieuse lorsque la bourgeoisie n'est plus capable de reconstruire un tel bloc majoritaire d'assentiment ou (du moins) de résignation.]


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  • https://grozeille.co/%EF%BB%BFconstruire-des-bases-rouges-dans-le-territoire/

    Construire des Bases rouges dans le territoire


    Des amis barcelonais nous ont fait parvenir ce texte très intéressant qui restitue l’expérience des « syndicats de quartier » ou « bases rouges » (plutôt issues l’héritage de l’autonomie). Ces bases, qui rassemblent des habitants du quartier autour de problèmes communs, semblent avoir une véritable implantation dans la ville (plus de 20 syndicats de quartier sur Barcelone), souvent en lien avec les Comités de Défense de la République (CDR, plus de 300 sur le territoire catalan, plutôt versant gauche radicale indépendantiste, très portée sur les questions de démocratie directe et « sociale »). L’esquisse d’une stratégie de lutte qui pourrait être : construire des bases sur le territoire, pour faire tenir les luttes, dans le temps et dans les cœurs.

    La rue n’est à personne. On va voir qui la prendra.

    Ramon J. Sender, Sept dimanches rouges.

    1. Le territoire contre le mouvement.

    L’hypothèse du mouvement comme forme centrale de l’intervention politique, pour les forces avec une inclinaison révolutionnaire, a été hégémonique dans la plupart de pays européens ces dernières années. Ceci est une conséquence de notre faiblesse dans ce que l’on pourrait appeler la quotidienneté de notre l’enracinement réel dans le territoire. Nous avions supposé qu’il y aurait périodiquement des explosions qui seraient en mesure de reconfigurer les corrélations des forces d’une façon progressivement avantageuse pour nous. Et ceci aussi bien dans l’État espagnol avec le 15M, qu’en France avec la Loi Travail, ou encore en Allemagne avec le G20 ou enfin Catalogne avec le mouvement indépendantiste.

    Nous considérions que le moment venu, le peuple se réveillerait et nous rejoindrait. Mais après une litanie de défaites, nous avons dû nous résoudre à accepter l’erreur de cette hypothèse. D’une part, l’irruption de la révolte dépendait excessivement de facteurs extérieurs que nous ne maîtrisions pas. Ceci faisait que nous n’étions jamais à la hauteur des circonstances de cette temporalité imprévisible, ce qui nous empêchait alors d’élaborer une stratégie précise. D’autre part, si ces mouvements avaient une grande capacité à agréger des gens, tant qu’ils allaient croissant, une fois parvenus à leur climax, immanquablement revenait la phase de reflux avec le retour à la maison des nouveaux militants impliqués dans ces irruptions. Et ceci jusqu’au prochain mouvement politique…

    À la suite de ces réflexions, dans divers endroits de l’État espagnol, nous avons décidé de laisser cette figure du mouvement dans un arrière-plan et de développer une hypothèse territoriale. Il s’agissait d’éprouver davantage les effets de nos formes d’inscription politique, d’avoir notre propre agenda.

    Nous considérons que dans les pays du sud de l’Europe l’hypothèse du territoire comme sujet politique qui s’exprime dans la forme du « quartier » c’est la seule manière que nous avons d’ouvrir des brèches.

    Dans l’arc méditerranéen, l’offensive capitaliste qui a transformé le territoire en métropole uniforme et indistincte, quelle que soit la singularité des latitudes géographiques, ne s’est pas complètement matérialisée. Nos quartiers préservent leur dimension tellurique, une forte identité qui les distingue les uns des autres. Cette diversité, empêche que les conflits politiques ne s’articulent qu’au seul niveau de la totalité métropolitaine et qu’il soit possible de trouver un autre niveau qui les précède : les quartiers.

    À cela il faudrait ajouter que dans les pays du sud l’État social n’a jamais pu se mettre véritablement en place, comme ce fut le cas ailleurs après la Deuxième Guerre mondiale. Des nombreux besoins élémentaires sont couverts par des entités aliènes à l’État. En revanche, dans le centre et le nord de l’Europe l’interventionnisme de l’État providence a dissout progressivement la possibilité de faire émerger des formes d’intervention politique à partir de la matérialité de ces besoins. Il aura conduit pendant des décennies à la colonisation de tous les aspects de la vie. Tout lien social a été intercepté et surcodé à partir de l’intervention étatique. Il s’en est suivi un accroissement de l’individualisme et la désactivation de toute possibilité de construire une force révolutionnaire à partir de la localisation de nos expériences communes.

    Heureusement pour les pays du pourtour méditerranéen, la torpeur de l’État rend encore possible l’intervention politique à même l’affrontement de l’expérience imposée par les coordonnées de l’économie, et pas seulement sur un plan purement existentiel. C’est ainsi que même sans stratégie, dans les territoires de la Catalogne, se sont maintenues des traditions très enracinées dans l’associationnisme et le coopérativisme. Ajoutons à cela les coutumes toujours extrêmement vivaces des fêtes populaires avec ce qu’elles comportent comme usage singulier de l’espace public. Celui-ci se transforme alors en une multiplicité de lieux de rencontres et de formes de vie collectives. Tout ceci ouvre la possibilité de formes quotidiennes de résolution de problèmes concrets, aussi bien dans le monde du travail que de l’école, le logement ou autour des questions de genre. C’est par là que des formes d’agrégation entre habitants peuvent avoir lieu. Fomenter la formation de ces nouveaux corps, avec la patience nécessaire pour qu’ils augmentent graduellement en nombre et en expérience, est le seul chemin que nous disposons pour mener un nouvel assaut.

    2. Descente dans les profondeurs.

    La lutte contre les expulsions des logements a été la méthode utilisée par beaucoup d’entre nous pour nous inscrire dans la réalité des quartiers ces dernières années, ce qui nous a permis de connaître et partager les pratiques et habitudes qui régissent la vie des places et des rues de chaque territoire singulier. Ces nouvelles relations nous ont montré que notre langue et nos codes étaient devenus incompréhensibles et indéchiffrables pour nombre de personnes avec lesquelles nous avons commencé à partager des contacts quotidiens. Au point d’avoir à expliciter des termes devenus pour nous des évidences communes que ce soit les concepts abstraits de classe, de genre ou nos conceptions éthiques pour pouvoir en faire des outils communs dans nos discussions les plus ordinaires. Mais cette relation n’a pas été unilatérale : elle nous a contraint à la réciprocité, les influences se sont partagées, ce qui a transformé nos relations. En descendant vers cette réalité territoriale, il a été essentiel d’être perméable aux changements qu’elle nous imposait, d’accepter de questionner les forme de nos idées politiques – qu’il s’agisse de codes ou de langage, devenus avec le temps totalement imperméables. Nous avons dû transformer radicalement la manière d’expliquer nos thèses politiques afin que des personnes de profils très différents puissent éventuellement les soutenir.

    À Barcelone, les groupes et les collectifs de défense du logement ont donc été l’outil central des luttes au niveau des quartiers. Ils ont eu la capacité de briser l’isolement, ce qui n’est pas forcement possible même lorsqu’on dispose de lieux, tels les Casals ou les Ateneus1, qui ne permettent pas forcément de se fondre dans l’hétérogénéité du territoire. Nous avons constaté que si les habitants d’un quartier ne participaient pas à nos syndicats (de quartier), ce n’était pas en raison d’affinités politiques ou personnelles, mais parce qu’ils savaient que s’ils venaient à nos assemblées, des problèmes concrets pouvaient être abordés, partagés et éventuellement résolus. C’est la question du logement qui réveillait alors des situations de conflit avec la plus grande capacité d’agrégation de forces. Ce qui est devenu intéressant, ce n’est pas seulement les expulsions que nous avons pu empêcher, ni les maisons que nous avons squattées, mais l’ensemble des connaissances que nous avons acquises et pu partager sur le territoire dans lequel nous opérons. C’est ainsi que nous avons pu nous familiariser avec la dynamique propre qui régit les différentes quartiers : les points de vente de drogues, les relations que les vigiles des supermarchés entretiennent avec Desokupa2, où vous pouvez vendre des objets volés, qui vend des appartements squattés dans le quartier, dans quels quartiers se déplacent les communautés d’immigrants. Tout ceci est pour nous le début d’une connaissance et d’une perception du maillage des forces cachées qui traversent le territoire en dehors du contrôle de l’État.

    3. Articulation politique des forces existantes.

    Le territoire n’est pas encore une zone uniforme dans laquelle l’État, avec son armée et sa police, exerce un contrôle panoptique. Au contraire, les quartiers dans lesquels nous vivons sont composés d’une infinité de fragments, de forces qui se rejoignent, se séparent, se heurtent et se recomposent en fonction des circonstances. Au final, nous sommes un fragment de plus, une force qui doit interpréter la direction à suivre pour se développer de manière stratégique. Cela nous contraint à construire la position que nous voulons occuper dans cette hétérogénéité qui se déploie dans nos quartiers.

    Le fait que la porte d’entrée de toutes ces interprétations ait été la question du logement nous montre que les faiblesses de l’État espagnol pour résoudre les besoins les plus élémentaires ouvrent des espaces pour agir. Si quelque chose a la capacité de fissurer le capitalisme, c’est notre capacité à construire des formes de vie en mesure de s’opposer à ses formes à lui, c’est-à-dire aux valeurs qu’il impose comme étant les seuls valables pour vivre. Ces autres formes de vie communes ont besoin d’être soutenues pour qu’elles puissent s’épanouir à partir de tous les problèmes où l’État n’a pas la capacité de fournir des solutions.

    L’hypothèse à développer doit donc être celle de créer nos propres structures, parallèles à celles de l’État et de combler les lacunes qu’il laisse, en lui arrachant progressivement sa légitimité et sa présence dans les quartiers. En mettant en place, par exemple, une école populaire qui permet la participation des enfants, des familles et des gens engagés dans des collectifs de lutte pour le logement. Cela résout, d’une part, le besoin matériel des familles qui ne disposent pas de revenus suffisants pour inscrire leurs enfants à des activités périscolaires, tout en conférant à la communauté un caractère plus intergénérationnel tout en partageant avec les uns et les autres notre éthique politique. L’ouverture d’une école d’arts martiaux populaire peut permettre que des jeunes, généralement très dépolitisés, s’inscrivent dans la construction de la vie commune du territoire et qu’ils puissent défendre activement le quartier contre les fascistes et la police. Une école d’alphabétisation pour femmes migrantes peut intégrer une population généralement reléguée aux tâches ménagères et leur permettre ainsi de jouer un rôle central dans la résolution de leurs problèmes de logement. Posséder un bar qui sert de point de rencontre dans le quartier, ouvre des possibilités pour se rencontrer dans des situations plus informelles et d’échapper à certaines logiques militantes.

    La question pour nous est de développer sur le territoire de la métropole différentes institutions qui relèguent l’État à une position secondaire dans la résolution des problèmes quotidiens. Et la priorité n’est pas tant que ces différentes institutions communes soient les tentacules d’un organe politique spécifique, mais de trouer le quartier en développant une multiplicité opaque aux yeux de l’État. Il s’agit donc de générer un substrat hétérogène et vivant à partir de nos actions, d’avoir l’intelligence politique d’agréger dans des actions communes aussi bien un militant politique d’une autre orientation que la nôtre, qu’un doctorant qui n’a du temps libre que le week-end, ou encore la travailleuse d’un fast-food qui peut venir un jour par semaine ou un enfant de bobo qui peut contribuer en apportant de l’argent. Il s’agit de devenir ce catalyseur qui a la capacité de rassembler des fragments, de rapprocher des formes de vie qui ne se rencontrent jamais, de mettre en contact toutes les forces qui s’opposent à ce monde : être un nœud entre des positions politiques.

    Nous voulons constituer une force qui ne soit pas un sujet concret, fermé, défini, ni un bloc, ni un front, mais un collage articulé sur un territoire, hostile à la police et indéchiffrable pour leurs schémas d’intelligibilité. Un mode de vie qui se maintient matériellement et spirituellement, qui n’a pas la capacité de compter le nombre de membres qui le composent, mais qui a le sentiment d’être illimité.

    4. Inverser la gentrification. Devenir prolétaire des quartiers.

    La gentrification ravage de nombreux quartiers des villes où nous habitons. Ce phénomène transforme en particulier les centres-villes en coquilles vides. Dans maints endroits des voisins qui ont cohabité toute leur vie sont remplacés par de hordes de touristes qui viennent s’enivrer ou par des gens riches qui veulent posséder un appartement dans une ville ensoleillée comme Barcelone. On constate une rapide transformation de quartiers populaires où les personnes à faibles revenus sont ainsi déplacés sous la pression de la spéculation immobilière et la destruction de leur cadre de vie.

    Pour inverser ce phénomène, il est nécessaire d’articuler toutes les forces que nous avons rassemblées au cours de ces dernières années et de transformer les quartiers en territoires hostiles à l’économie. Prendre des mesures contre la gentrification dans les quartiers, s’il n’y a pas des expressions d’hostilité à celle-ci, revient à crier dans le vide. Ce qui compte c’est de nous immerger dans toutes les dynamiques légales et illégales des quartiers afin de les amplifier et de les agréger et leur donner un sens commun territorial. Chris Ealham3 a expliqué ce qui s’est passé à Barcelone il y a un siècle. En raison des fortes racines prolétariennes qui existaient dans les quartiers, la bourgeoisie a dû fuir vers les parties plus hautes de la ville, telles Horta ou Pedralbes, puisque les quartiers du centre étaient devenus des espaces hostiles pour leur mode de vie : ce furent eux qui se trouvèrent « expulsés » vers la périphérie.

    Cela signifie en quelque sorte passer à l’offensive une fois que notre enracinement et nos liens sur le territoire est inexpugnable, mais aussi laisser libre cours à de nombreux autres facteurs incontrôlables qui constituent le mode de vie commun que nous générons. Qu’un investisseur doive réfléchir deux fois avant d’acheter un terrain en friche par peur des sabotages, qu’un agent immobilier sache que s’il expulse un de nos voisins, son visage sera affiché sur tous les murs du quartier ou qu’un touriste craigne de se faire voler ses affaires. Ce sont là quelques-unes des expressions concrètes de ce terreau qui doivent être générées dans les années à venir pour inverser la corrélation des forces. Certaines zones du quartier du Raval à Barcelone sont un exemple de cette dynamique, des zones où il n’y a presque plus, et cela n’a pas mis beaucoup de temps, de boutiques cools, de touristes et d’agents immobiliers. Et où la foule plébéienne campe à l’aise même devant le contrôle policier.

    5. Construction des bases rouges.

    Les thèses développées ci-dessus peuvent être concrétisées par l’hypothèse suivante : construire des bases rouges sur le territoire. C’est-à-dire établir une éthique politique commune qui soit maintenue dans les institutions populaires, telles que les syndicats, les écoles populaires, les bars et les Ateneus. Générer des coutumes et des espaces matériels propres qui s’opposent à l’économie en tant que mode de vie. Convertir cette approche en quelque chose de plausible pour les habitants de nos territoires, développer une éthique qui rend habitable un monde opposé à la morale qui y prévaut. Comme disait Assata Shakur : « Personne au monde, personne au cours de l’histoire, n’a été libérée en faisant appel au sens moral de son oppresseur ». Dans le cadre capitaliste, la capacité à subvertir ses fondements est très limitée, car toute proposition qui tente de les surmonter apparaît comme une utopie, une absurdité irréelle. Notre objectif est la création de Bases Rouges, de ZAD urbaines, c’est-à-dire de territoires régis par des formes de vie et habitudes qui sont de facto des zones de non-droit pour l’État. Ces zones sont la possibilité de créer de nouveaux cadres hétérogènes dont la multiplicité de formes et expressions peuvent ouvrir la possibilité à l’apparition de mondes habitables en dehors de la logique capitaliste.

    Notes

    1.

    Les Casals et Ateneus, nés dans la deuxième moitié du XIXe siècle avec l’industrialisation de la Catalogne, ce sont des lieux issus des univers ouvriers, très marqués par les pratiques d’associationnisme libertaires, dans lesquels des travailleurs, des chômeurs partageaient des savoirs. Malgré la tentative de la bourgeoisie intellectuelle d’en faire des lieux apolitiques, ils restèrent très marqués par les luttes d’émancipation ouvrière. Entre les années 90 du siècle dernier et les premières décennies du XXIᵉ siècle, le réseau des Ateneus et Casals, se sont développés à nouveau, souvent liés aux milieux indépendantistes de la « gauche radicale ».

    2.


    Desokupa, est une entreprise privée à laquelle ont recours des propriétaires, ou des groupes s’adonnant à la spéculation immobilière, pour expulser habitants de logements squattés. Elle s’est fait connaître par ses interventions extra-légales d’une très grande violence. Elle est dirigée par un ex-membre de l’armée serbe et recrute des anciens militaires ou des mercenaires connus par leurs accointances avec les milieux néo-fascistes de plusieurs pays.

    3.


    Chris Ealham, La lucha por Barcelona. Clase, cultura y conflicto, 1898-1937. Allianza Barcelona, 2005.

    En PDF : Télécharger « Bases rouges dans le territoire.pdf »


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  • En l'occurrence, la question de savoir si le capitalisme :

    - une fois né au Moyen Âge (en Europe, mais pas seulement) puis, à l'issue de la crise générale traversée par la féodalité européenne entre le 13e et le 15e siècle, lancé dans une dynamique d'expansion ultra-marine, EST À L'ORIGINE DU COLONIALISME ET DONC DU RACISME ; ou alors

    - est un paradigme, une manière "totale" de produire mais aussi de vivre et de voir le monde, ISSUE de ce colonialisme européen dont l'idéologie est le racisme et qui débute à la fin du 15e siècle (date emblématique de 1492).

    Car il est possible en un sens de dire que (commentaire FB) :

    "Concrètement je pense qu'il ne faut pas confondre le capitalisme qui est un mode de production, une manière de produire et distribuer des marchandises, et qui ne produit donc que ça (et pas des choses telles que la race...), et la Modernité occidentale qui est une CIVILISATION, un paradigme et une vision du monde dans laquelle la race est centrale et fondatrice.

    Le capitalisme est une simple façon de produire et distribuer qui peut exister n'importe où dans le monde, n'est pas exclusivement blanche-européenne et a même longtemps été bien plus développée ailleurs qu'en Europe (que Samir Amin décrit au Moyen Âge comme une petite péninsule complètement périphérique sur la planète).

    Le capitalisme engendre tendanciellement, mais pas forcément l'impérialisme ; puisque cette tendance amène des gagnants mais aussi des perdants qui sont vaincus et se retrouvent dominés.

    Et de toute façon l'impérialisme n'engendre pas forcément une théorie de la race, en témoignent les grands Empires musulmans qui ont fonctionné des siècles sans.

    La Modernité occidentale avec la race en son centre ne découle pas 'du capitalisme' mais de la façon dont la petite péninsule périphérique Europe a renversé la vapeur dans la plus extrême violence, pour se constituer en Centre du monde (de fait premier empire totalement mondial), et de fait, certes, en seule forme mondiale de capitalisme que nous connaissons aujourd'hui.

    Le capitalisme n'est pas équivalent de la Modernité occidentale et peut même dans le contexte d'aujourd'hui, dans certains pays, être subversif, un crachat contre elle (même si de mon point de vue le socialisme c'est mieux :D)."

    "le capitalisme c'est pas quelque chose de plus structurel, institutionnel et situé historiquement, que simplement une manière de produire localement"

    "Ce que tu décris, et qui s'appelle la Modernité occidentale, est une civilisation. Certes assise sur un mode de production : le capitalisme.

    Le capitalisme est un mode de production. Certes, n'existant plus vraiment aujourd'hui dans le monde autrement que sous la forme de la Modernité occidentale, ou en tout cas se débattant dans ses filets comme les capitalismes asiatiques.

    C'est comme si tu disais esclavage = Empire romain. Ben non. L'esclavage est une manière d'exploiter la force de travail pour produire. L'Empire romain était une civilisation avec des institutions, une culture, une vision du monde ; fondée sur cette manière de produire."

    Mais l'on pourrait dire aussi que (autre commentaire FB en réponse à un facho complet digne d'Henry de Lesquen) :

    "Le capitalisme n'est pas simplement l'économie marchande (je fabrique pour te vendre en me faisant une marge qui paye mon travail et celui de mes collaborateurs). Le capitalisme est un SYSTÈME TOTAL qui inclut pouvoir absolu de la finance, expansion territoriale permanente, État moderne prison des peuples, impérialisme, colonialisme, esclavage ou formes poussées de travail asservi, surexploitation...

    Intéressant à ce titre que tu revendiques Richelieu, boucher de l'Occitanie, de la Provence (répression des Cascavèus 1630), inventeur des préfets (intendants) mais aussi initiateur de la colonisation des Antilles et de la première compagnie négrière. Un personnage vraiment clé et emblématique, en effet, dans ce processus de naissance du capitalisme.

    Ce système qui existe depuis la fin du Moyen Âge, est responsable depuis lors de millions de morts PAR AN.

    Alors sérieusement, s'il est certes des régimes communistes qui ont fâcheusement dévié et "le temps d'une mascarade, plus fait que frémir", entendre parler de "crimes du communisme" me fait toujours doucement rigoler, et j'ai pour politique de ne jamais me dissocier d'aucune révolution communiste devant les gugusses comme toi.

    Je te dis même la vérité : j'assume, quand je vois tes petits copains en Europe de l'Est (Kaczynski, Orban etc.), une pointe de nostalgie pour Jaruzelski et Ceausescu. Vraiment."

    Évoquées rapidement ci-dessus, il y a notamment les thèses de l'économiste marxiste égyptien Samir Amin (quoi que l'on puisse penser par ailleurs de ses prises de positions politiques comme son soutien à la Chine contre-révolutionnaire post-1976 ou plus récemment - et pire - au coup d’État fasciste de Sissi en Égypte) :

    http://ekladata.com/dT8dyYQdyQMZGuVUV6NlAKRPvQc/Samir-Amin-developpement-inegal-et-question-nationale.pdf

    En résumé extrême : les thèses d'Amin remettent en cause une certaine vision historique linéaire des marxistes, voyant s'enchaîner pareillement et partout dans le monde sociétés archaïques, esclavage antique, féodalité et capitalisme.

    Il "restaure" sur le devant de la scène le concept de système TRIBUTAIRE (parfois qualifié aussi d'"hydraulique" ou surtout "asiatique" par Marx et Engels qui s'y étaient finalement assez peu intéressés mode-production-asiatique), en distinguant différents niveaux d'"achèvement" de celui-ci (l’Égypte ou le Proche et Moyen Orient antiques, la Chine - surtout ! - ou les civilisations indiennes, mais aussi les civilisations islamiques médiévales représentant des modèles particulièrement "achevés") ; un système reposant sur des formes variées d'organisation de la production et d'exploitation de la force de travail (communautés libres plus ou moins collectivistes "versant" une part de leur produit à une autorité supérieure, servage, esclavage pur et simple, mais aussi salariat) ; et dans lequel évidemment circule la marchandise, donc existent (de tout temps et en de très nombreux endroits) des formes d'économie marchande produisant (transformant une matière première) pour vendre ou achetant pour revendre dans un service d'acheminement au consommateur.

    Et ainsi donc ; après l'Empire romain qu'il qualifie d'"ébauche de construction impériale tributaire (...) hétéroclite en termes ethniques et (à) la centralisation tributaire inégale, tandis que subsistaient des modes de production variés allant de la communauté primitive au mode tributaire achevé et que se développaient les échanges marchands et, avec eux, les enclaves esclavagistes", et que nous avons parfois pu pour notre part (comme d'autres marxistes, sujet vigoureusement débattu : Salvioli-et-la-controverse-du-capitalisme-antique.pdf) envisager comme une forme de "petit monde d'aujourd'hui", déjà par certains aspects capitaliste mais avec une force de travail principale esclave, d'où sa crise finale et fatale ("suggérer que les empires de l'Antiquité orientale et romaine constituèrent des étapes d'une évolution vers la constitution d'une formation tributaire achevée, c'est poser la forme tributaire comme supérieure aux formes antiques, c'est donc prendre le contrepied de la thèse qui situe le mode de production asiatique avant le mode esclavagiste, ce que contredit le niveau comparé de développement des forces productives", ajoute Amin) ; il présente la féodalité médiévale européenne comme une forme de système tributaire très imparfait ("par contraste avec d'autres sociétés tributaires plus avancées, une variété précoce, inachevée et complexe"), faisant de l'Europe une petite péninsule du grand continent eurasiatique extrêmement périphérique dans le "monde connu" (Europe-Asie-Afrique) d'alors.

    Mais ce sont aussi, toujours selon lui, précisément ces caractéristiques qui vont en quelque sorte "pousser", offrir les "conditions les plus favorables au dépassement du mode tributaire (et) à l'éclosion rapide du mode capitaliste" et PERMETTRE à l'Europe (après la première tentative infructueuse des Croisades, mais aussi le succès de la "re"-conquête de l'Espagne et - il l'évoque rapidement - la soumission politique et économique des centres les plus avancés de l'An 1000 - Italie, Occitanie - à de nouveaux centres plus au Nord - Bassin parisien, Axe rhénan, Angleterre) de se lancer à la conquête du monde (un peu comme déjà, pourrait-on dire, pour les mêmes raisons les cités grecques, la fruste Macédoine d'Alexandre et la bourgade italienne nommée Rome)... et ce faisant de DONNER NAISSANCE au capitalisme, à la Modernité capitaliste : un "paradigme" n'ayant donc pas d'antécédents historiques mais aussi pas d'équivalent dans la multitude d'économies marchandes de production-pour-vendre ou achat-pour-revendre ayant toujours existé partout et de tout temps, et pas d'autres centres que l'Occident ouest-européen et nord-américain auquel peut éventuellement être adjoint ("Triade") le "petit dernier" japonais, régnant sur la planète entière ; sorte (quelque part) d'Empire romain à un niveau (infiniment) supérieur de modernité et (surtout) mondial ; INTRINSÈQUEMENT fondé sur un système de centres "introvertis" ("pompes" à richesses pour faire court) et de périphéries "extraverties" ("pompées") avec des situations intermédiaires (Espagne-Portugal et Russie à une époque, "émergents" aujourd'hui) jouant le rôle d'"interfaces", donc (intrinsèquement) sur l'État moderne prison des peuples et l'Empire colonialiste raciste.

    Le capitalisme serait ainsi quelque part, en dernière analyse, INTRINSÈQUEMENT un colonialisme : une classe dominante capitaliste, appuyée sur un appareil d’État (directement bourgeois ou d'extraction féodale - monarchie absolutiste), COLONISE des territoires et des masses populaires de force de travail (et aussi de consommation : "marché") qui les habitent... N'existant finalement, dans ce paradigme, QUE de telles colonisations plus ou moins "douces" ou violentes (avec notamment le divide entre les populations relevant du "monde blanc" et les autres - indigènes, Amin lui-même insistant sur cette distinction lorsqu'il aborde la question des périphéries intérieures des grands États impérialistes) et plus ou moins récentes et "à vif" ou anciennes et oubliées, enterrées sous les conditions de vies "correctes" que les masses populaires concernées auraient éventuellement atteintes depuis. C'est d'ailleurs un peu le sens originel (à l'époque dite moderne) du terme "coloniser", qui n'a longtemps pas signifié imposer à un peuple d'outre-mer une domination particulièrement violente, mais simplement investir un territoire soit inhabité soit hors de toute activité économique "productive" et "rentable"... d'un point de vue capitaliste, et le "mettre (toujours de ce même point de vue de profit capitaliste) en valeur" (comme par exemple au 19e siècle les Landes de Gascogne). Le capitalisme est donc, dans cette logique, colonisation (prise de possession et exploitation de territoires et de populations en quête permanente de profit) et la colonisation est capitalisme, de manière totalement indissociable.

    Des caractéristiques "tributaires inachevées-périphériques", dans un "Ancien Monde" dont les Centres étaient la Chine et la "ceinture islamique" du Maroc à l'Inde, auraient donc engendré concomitamment (et se nourrissant l'une de l'autre - cela personne de sérieux ne l'a jamais nié depuis Marx) l'expansion coloniale et le mode de production, mais aussi "modèle de civilisation" dit capitaliste : (reprenant et "repensant" le - très européo-méditerranéo-centré - enchaînement marxiste "classique" des modes de production) "le développement inégal s'est manifesté de cette manière : la longue histoire de l'Orient ancien, de l'Antiquité grecque, hellénistique et romaine puis de ses héritiers occidentaux, byzantins puis ottomans et arabo-islamiques, est l'histoire du développement progressif du mode tributaire et de son dépassement capitaliste à partir de sa périphérie la moins avancée, l'Europe barbare puis féodale".

    Il n'y aurait donc peut-être (du coup...) que DEUX grands modes de production dans l'histoire de l'humanité post-néolithique : le mode tributaire sous ses multiples formes (dont la féodalité européenne médiévale en serait une particulièrement "imparfaite" et "peu solide") ; et le mode que l'on appellera CAPITALISTE-IMPÉRIALISTE avec sa forme "primitive" ("mercantile-esclavagiste", disons) gréco-romaine antique (et peut-être, sans doute même des formes similaires dans des enclaves locales et sur des périodes momentanées au sein des grands ensembles tributaires ailleurs...) et sa forme actuelle dominant la planète entière, la Modernité capitaliste jailli à chaque fois de conditions très particulières spécifiques aux systèmes tributaires les plus "périphériques" et "fragiles". La question (pour prolonger la réflexion) de l'exceptionnelle stabilité et longévité des systèmes tributaires "achevés", telle que décrite par Marx et Engels et les auteurs marxistes par la suite ("mode de vie millénaire" etc.), soulevant peut-être celle de leur relative... justice sociale, ou du moins "complémentarité"-"symbiose" entre les groupes sociaux (et les régions/ethnies dans les grands Empires) par rapport au capitalisme impérialiste ; loin de l'imagerie bourgeoise "éclairée" du "despotisme oriental" ; avec simplement périodiquement, dans des situations de crise alimentaire pour causes naturelles ou de parasitisme/abus excessifs du pouvoir, la "sanction" d'une grande révolte paysanne ou de l'assaut d'un peuple périphérique marginalisé prenant la place de la caste dirigeante à la tête du système inchangé. Et bien sûr la question, qui a longuement pu faire débat parmi les marxistes (trois exemples : Marx-Zassoulitch, Mariátegui et John MacLean ont été évoqués par nous dans ce vieil article ; voir aussi ici), de si le socialisme ne serait peut-être pas en dernière analyse (permis uniquement par le capitalisme impérialiste et ses oppressions et contradictions "folles") un mode de production tributaire rétabli à un niveau supérieur sans la perception d'un tribut (produits ou travail fournis gratuitement) par une caste dominante "parasite", mais en reprenant ses caractéristiques collectivistes, solidaires, "justes" etc.  

    Ces thèses seraient peut-être une possible piste pour "réconcilier", ou plutôt trouver la bonne réponse entre les deux positions (qui ne s'opposent finalement pas sur grand chose !).

    Bref... Affaire à suivre.


    [=> EN CONCLUSION DE TOUT CELA, le capitalisme ne serait donc pas "simplement" "l'économie de marché", mais bel et bien un SYSTÈME, une forme sociale TOTALE fondée certes sur une économie marchande... mais de marchandisation de tout ; avec une tendance intrinsèque à la financiarisation et surtout, à l'EXPANSION TERRITORIALE de ses Centres d'accumulation au détriment les uns des autres ou des territoires encore pré-capitalistes.

    Autrement dit, intrinsèquement oppresseur national et colonialiste ; ce qui rejoint finalement l'"intuition" que nous avons pu exprimer depuis plusieurs années à ce sujet (par exemple, vieux articles : question-nationale-21e-siecle - gros-pave-question-nationale - clarification-centre-peripherie - notes-de-lecture-weil) ; et signifie que quiconque n'est "pas clair" là-dessus ne PEUT PAS faire partie du camp de la révolution et doit en être exclu (pas rétroactivement bien sûr : on pouvait être "limité" là-dessus il y a 150 ans et rester quand même dans l'histoire comme un grand révolutionnaire, mais en 2018, une fois ces choses-là comprises, ce n'est plus acceptable - exemple : critique-d-une-position valable pour ceux qui soutiennent ladite position ici et là dans le monde).

    C'est là une nature, une ESSENCE MÊME que l'on ne peut pas sérieusement prétendre combattre le capitalisme si on ne la combat pas (non seulement en paroles, grandes déclarations de principes dans ses documents organisationnels, mais EN ACTES).

    En un sens, quelque part, cela ferait de ce que nous appelons capitalisme une sorte de "cancer" social, né d'un système tributaire faible, "malade" (celui de l'Europe médiévale, post-romaine), et qui en submergeant (au final) toute la planète aura planétairement "tué" le néolithique tardif de l'humanité qu'était le système tributaire ; pour permettre désormais à une nouvelle forme sociale, le SOCIALISME, de le remplacer là encore sur toute la planète.]


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  • Toutes les informations et les analyses en suivant les liens ci-après :

    Les Gilets Jaunes... (c'est) [exemple d'une de leurs plateformes de revendications]

    Sur la question du référendum d'initiative citoyenne (RIC)

    Mouvement lycéen et répression

    #GiletsJaunes (suivi du mouvement)

    #GiletsJaunes : le 1er décembre en quelques images et textesDernières news (appels à coup d'État ou régime d'exception, et premières victimes mortelles de la répression !)

    Collectif Rosa Parks : Des gilets jaunes au(x) gants noirs, égalité, justice, dignité ou rien ! – et autres prises de position du mouvement contre le colonialisme intérieur

    Les anges, les gilets jaunes et le chemin de la révolution en Occitània (Novèlas OccitàniaS) – les prises de position de l'occitanisme politique

    Au lendemain du week-end "fatidique" : retour sur le mouvement des Gilets Jaunes

    Mouvement du 17 novembre : quelques réflexions et débats, en vrac

    **************************************************************

    L'aile droite putschiste des Gilets Jaunes, ou "Nous voulons les colonels"...

    Feu sur les jacobinards ou plutôt les bonapartistes "de gauche" et autres néo-thermidoriens à la Barère (bien vouloir voir et comprendre enfin, au-delà de la profusion de bleu-blanc-rouge, les Gilets Jaunes comme un RÉVEIL DES PEUPLES - certes principalement des peuples blancs - de la multinationalité d'Hexagone)

    Tandis que l'affaire du budget italien dévoile (encore une fois) l'arnaque pour mous du bulbe qu'est la "rupture" d'extrême-droite, Macron jette des miettes au peuple en gilet jaune et tente de dévier le débat vers l'"identité" et l'immigration ; le "clivage" entre "populistes" fachos et "progressistes" néolibéraux est une farce, et l’État français est depuis 225 ans une République thermidorienne fondée sur le hurlement aux "extrêmes"...

    Après l'attentat de Strasbourg (sur lequel nous ne nous prononcerons pas) : recueil de bons commentaires et posts FB au sujet des "théories du complot" (qui fleurissent évidemment dans les groupes de Gilets Jaunes)

    Mouvement des Gilets Jaunes (novembre 2018) : recueil d'articles

    Mouvement des Gilets Jaunes (novembre 2018) : recueil d'articles


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  • "Il faut rappeler aujourd'hui que ce passage (d'une adresse de 1850 à la Ligue des Communistes, qui défendait le centralisme étatique le plus rigoureux) repose sur un malentendu.

    À ce moment là il était admis – grâce aux faussaires libéraux et bonapartistes de l'histoire – que la machine administrative centralisée française avait été introduite par la Grande Révolution et maniée notamment par la Convention comme une arme indispensable et décisive pour vaincre la réaction royaliste et fédéraliste et l'ennemi extérieur.

    Mais c'est actuellement un fait connu que pendant toute la Révolution, jusqu'au 18 Brumaire, l'administration totale du département, de l'arrondissement et des communes se composait d'autorités élues par les administrés eux-mêmes qui, dans le cadre des lois générales de l’État, jouissaient d'une liberté complète ; que cette administration autonome provinciale et locale, semblable à ce qui se passe en Amérique, devint précisément le levier le plus puissant de la révolution ; et cela à un point tel que Napoléon immédiatement après son coup d’État du 18 Brumaire, s'empressa de la remplacer par le régime préfectoral encore en vigueur de nos jours et qui fut donc, dés le début, un instrument de réaction (en réalité et pour être parfaitement exacts, c'est même dès le Directoire que des "commissaires du gouvernement" dans chaque département préfigurent les préfets napoléoniens)."

    F. Engels dans une note sous le texte réédité, 1885

    La République française, c'est au choix, soit comme c'était prévu (et jamais appliqué) en 1793, avec (dixit l'ami Friedrich) "administration totale du département, de l'arrondissement et des communes composée d'autorités élues par les administrés eux-mêmes qui, dans le cadre des lois générales de l’État, jouissaient d'une liberté complète", et droit de veto du "dixième des assemblées primaires dans la moitié des départements plus un"... soit rien. Et nous avons une préférence pour rien.

    Car c'est bien, depuis maintenant 224 ans, sous la République thermidorienne bourgeoise que nous vivons ; cette République thermidorienne instituée par le fameux coup du 9 Thermidor (27 juillet 1794) de ceux qui depuis 1789 voulaient qu'"une nouvelle distribution des richesses entraîne une nouvelle distribution du pouvoir" (au profit de la bourgeoisie capitaliste) mais en intimant bien haut "silence !" aux pauvres ; et notamment (parmi ceux-ci) ceux que l'on pourrait appeler les "Montfort 2.0" de l'époque, les "représentants en mission" bouchers (Fouché, Barras, Fréron, Tallien, CarrierDumont etc.) traquant impitoyablement le "royaliste" et le "fédéraliste" en "province" tout en s'en foutant plein les poches, "rejouant" littéralement en cela les conquêtes et leurs pillages "fondateurs" du Moyen Âge, et qui se ligueront contre un Robespierre ulcéré par leurs crimes qui les avait fait rappeler à Paris... Et de fait tout ceci était tout simplement inévitable ; tout ceci était, en vérité, dans le Sens de l'Histoire : la ligne de Robespierre (de toute façon idéaliste, non-scientifique) n'avait sans le moindre doute pas plus de chances de triompher de ses innombrables adversaires que l'Occitanie ou Andalus, au Moyen Âge, de ne pas être conquises par le Bassin parisien capétien et la Castille et de donner naissance à un autre monde capitaliste que celui que nous connaissons depuis 800 ans !

    http://servirlepeupleservirlepeuple.eklablog.com/annexe-a-l-etude-en-finir-avec-la-france-quelques-verites-sur-la-revolution-bourgeoise

    Nous voulons bien que le drapeau tricolore et la Marseillaise soient d'abord des références à 1789, à la prise de la Bastille et à la décollation de Louis XVI et quelques milliers d'autres faquins ; la seule référence révolutionnaire de millions de gens dans ce pays ; mais à un moment donné le mouvement des Gilets Jaunes va devoir s'assumer comme ce qu'il est : le réveil DES peupleS d'Hexagone, des périphérisés et niés multiséculaires de l'Empire totalitaire parisien dont aujourd'hui la Babylone brûle tous les samedis ; pour le droit de "vivre, travailler et décider au pays".

    http://servirlepeupleservirlepeuple.eklablog.com/en-finir-avec-la-france-appareil-politico-militaire-et-ideologique-de--a114084612

    http://servirlepeupleservirlepeuple.eklablog.com/luttons-nous-pour-ressusciter-le-comte-d-auvergne-une-reponse-qui-se-v-a118000934

    [* Depuis que la lutte ouvrière et populaire existe, il y a de toute façon toujours eu deux et même trois voies, dont on appelle fascisme les ultimes avatars de deux : il y a la voie de la révolution, du Pouvoir du Peuple ; et puis il y a la voie que Rémond appelait 'légitimiste', ultra réactionnaire, 'c'était mieux avant'... 1789 ; et enfin (surtout) la voie de la droite 'moderne, sociale, populaire' sous la conduite d'un homme fort, qui est le bonapartisme recyclé dans le gaullisme et maintenant le FN/RN.

    Ça c'est quelque chose de très sérieux : par exemple quand on regarde les élections de 1848-49, on s'aperçoit que très souvent les mêmes départements ont voté républicain radical, démocrate-socialiste, pour une république radicalement démocratique et sociale aux législatives... et pour Louis-Napoléon à la présidentielle. 

    Il y a de l'ultra droite, des royalistes, des cathos intégristes, Gabriac et Benedetti etc. dans le mouvement ; mais avec ses drapeaux et ses Marseillaises et ses références à la prise de la Bastille, c'est plutôt la voie bonapartiste qui est le risque, comme toujours.

    Quant à nos 'chers' gouvernants, ce sont évidemment d'éternels recyclages d'orléanistes et de thermidoriens, de Versaillais de droite... et 'de gôche' !]

    Feu sur les jacobinards ou plutôt les bonapartistes "de gauche" et autres néo-thermidoriens à la Barère


    Segur que tomba, tomba tomba...

    L'ORA ES VENGUDA !


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    [Vu sur Facebook : https://www.facebook.com/RoccuGaroby/posts/992950750908879]

    2018, l'année de la révolte des territoires !

    Dans une France au conservatisme dépassé, au centralisme ankylosé et au jacobinisme suranné, 2018 aura été l'année de la révolte des territoires. Il est plus que temps de structurer cette révolte ! 

    "Le jacobinisme, ce cancer bien français"

    Alors que tous les pays d'Europe ont, durant les 50 dernières années, tous évolué vers plus de décentralisation, plus d’évolution, plus d'autonomie, plus de fédéralisme voire même plus, la France a traversé les 5 dernières décennies dans le formol! Incapable de se réformer, incapable de se repenser, incapable de se restructurer, elle est demeurée semblable à elle-même, dépassée. Dépassée par l'histoire, dépassée par les événements et désormais dépassée par la révolte des territoires.

    En effet, en 50 ans, aux mesures technocratiques et bureaucratiques, les gouvernements de droite comme de gauche n'ont jamais été à la hauteur ou alors, pour les très - mais très - rares exemples de gouvernements courageux, ils n'ont pas osé défier l'administration centrale à la française composée de tous ces énarques dont le formatage est tel qu'il leur est impossible de voir le monde, la vie et la réalité au-delà du périphérique. C'est de là qu'est née la révolte des territoires.

    "La Corse ouvre le bal"

    En 2018, cette révolte a commencé en Corse. Au sortir de l'élection territoriale de décembre 2017 remportée par les nationalistes avec une majorité absolue des sièges (41/63) et des voix (56,5%) dans une quadrangulaire (!), Paris aurait dû ouvrir les portes du dialogue, les portes de la paix, les portes de l'espoir.

    Que nenni ! Paris a tout fermé et à double tour d'abord avec un discours glacial, martial et réquisitorial d'Emmanuel Macron, qui a démontré l'étendue de son talent d'énarque pour fouler au pied la démocratie, lui, l'éphémère candidat du "pacte girondin". Puis avec une succession de visites ministérielles toutes aussi inutiles qu'improductives puisque les portes avaient été fermées, verrouillées puis condamnées. 

    Mais, heureusement et évidemment, les Corses ne se sont pas laissés intimider. Nationalistes ou pas, les Corses ont refusé ce mépris de Paris, ce déni de démocratie et continuent de demander pacifiquement, démocratiquement et publiquement le respect du vote des Corses. 

    La révolte de la Corse, c'est le refus d'un peuple de se soumettre à un État qui lui refuse son droit à l'existence. Cette révolte des territoires, elle vient de loin, de très loin, de très très loin dans le temps et dans l’espace, c'est un combat vieux de plusieurs décennies!

    Car, in fine, une autre révolte des territoires a marqué l'année 2018, c'est le résultat surprenant du référendum en Kanaky : 43,3% de votes pour l'indépendance quand les sondages, l'administration coloniale et Paris, sa capitale, imaginaient que les voix pour la liberté seraient cantonnées au rang de témoignage largement sous le seuil des 30%.

    Là aussi, que va faire Paris ? Va-t-elle considérer que le statu quo est viable ou va-t-elle enfin se mettre autour de la table et discuter de tout sans préalables ni tabous ? Poser la question, c'est déjà y répondre un peu tant Paris est incapable de raisonner démocratiquement car, n'en doutons pas, c'est de la révolte des territoires que naîtra le rapport de force nécessaire pour faire plier l'establishment et non d'un changement intramuros. 

    "La révolte prend partout"

    L'année 2018, c'est l'année de la révolte des territoires un peu partout. L'Alsace supprimée, éliminée et enterrée par les socialistes et la droite a connu une deuxième jeunesse grâce... aux Alsaciens qui ont refusé de disparaître au profit d'un technomachin appelé le ''Grand Est''. Paris n’a concédé que des miettes mais des miettes qui n'auraient jamais existé sans la mobilisation des autonomistes alsaciens. Des miettes qui sont loin de suffire car le Peuple alsacien n'est toujours pas reconnu mais qui prouve que de la révolte des territoires peuvent naître des avancées. 

    2018, c'est aussi l'année de la Bretagne et de sa réunification. Plus de 100 000 signatures collectées en Loire-Atlantique pour une consultation sur la réunification de la Bretagne, soit plus de 10% du corps électoral, l'équivalent d'une pétition de près de 5 millions de personnes à l'échelle de la France ! Quelle a été la réaction des élites parisiennes – ou parisianisées mais élues dans les territoires ? Circulez, il n'y a rien à voir ! Il ne peut et il n'y aura pas de consultation ou de référendum. À croire que les Pays de la Loire, région sans identité parce que sans territoire, sont ''uns et indivisibles''. On aura tout vu pour défendre l'indéfendable statu quo. 

    Mais les Bretons, et les autonomistes bretons en tête, se battent, depuis des décennies, pour que Nantes revienne en Bretagne, elle qui a toujours été bretonne. Ils n'abandonneront pas devant les arguments lapidaires et péremptoires d'une administration complètement dépassée. La révolte ne fera que s'amplifier.

    2018, c'est toujours la révolte des Catalans qui refusent de perdre leur identité et d'être fondus dans une région Occitanie qui nie le pays catalan. C'est aussi le retour du débat sur la fusion des 2 départements savoyards et de la création d'une région Savoie. C'est la bataille des provençaux pour renommer la PACA "Provence" et non "Région Sud", le plus technocratique des noms possibles proposé par le Président de la PACA, Renaud Muselier. C'est, enfin, la montée en puissance de la collectivité d'agglomération du Pays basque. 

    2018 c'est, enfin, l'année de la création d'un groupe parlementaire autour de la question des territoires : ''Libertés et Territoires'' avec nos 3 députés nationalistes corses, Jean Felix Acquaviva, Michel Castellani et Paul-André Colombani ainsi que l'autonomiste breton Paul Molac.

    "Et les gilets jaunes?"

    Bref, 2018 c'est l'année des territoires et de leur révolte. Et comment parler de révolte sans parler des ''gilets jaunes'' ? Une partie du message porté par les ''gilets jaunes'' c'est justement la lutte contre la fracture territoriale, celle-là même que les autonomistes et indépendantistes combattent.

    Il existe de véritables convergences sur ces thèmes-là et seule la convergence des luttes peut permettre de faire sauter le verrou parisien et son jacobinisme qui est le véritable cancer de la France. Elle en mourra tôt ou tard sauf à entreprendre une thérapie de choc, qui passe par la fin de la domination des corps ''d'élite" parisiens sûrement trop intelligents et trop subtils pour être compris par les peuples vivant dans les territoires. Cela passe par la mise en place d'un fédéralisme différencié allant jusqu'à une autonomie de plein exercice et de plein droit et la reconnaissance de tous les peuples, de leur langue et leur culture. 

    Si 2018 a été l'année de la révolte, 2019 doit être celle de la récolte pour tous les territoires car, face au conservatisme dépassé, au centralisme ankylosé et au jacobinisme suranné de Paris, la diversité qui nous unit est notre plus grande force. Révoltés de tous les territoires, unissons-nous !

     

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  • "Le problème du RIC, c'est que ça risque de donner l'aval "du peuple" à ce qui est "dans l'air du temps", L'HÉGÉMONIE CULTURELLE du moment.

    La révolution ce n'est pas "donner la parole" au peuple ; c'est lui donner le POUVOIR au terme d'un lutte qui le TRANSFORME pour le rendre en capacité de l'exercer (ce qui au terme de siècles de dépossession n'est pas le cas : non, nous ne SAVONS PAS à l'heure actuelle exercer le pouvoir et diriger nos vies, nous devons l'apprendre !!).

    Après tout, même si ce n'était pas d'initiative populaire/citoyenne, les élections de juin 1968 étaient un "référendum" : De Gaulle avait convoqué un référendum pour ou contre lui. Et il l'a largement gagné... Certes il a perdu celui de l'année suivante sur la régionalisation, là aussi pour ou contre lui en réalité, mais ce fut pour avoir aussitôt une présidentielle anticipée où la gauche sera éliminée dès le premier tour...

    De fait, la mise à l'ordre du jour du RIC pourrait plutôt être le moyen d'éteindre le mouvement actuel que de consacrer son triomphe. Et il n'est pas forcément surprenant qu'il soit devenu le mot d'ordre absolu du "noyau" de premiers initiateurs de celui-ci, manifestement dépassés par l'ampleur et la tournure qu'il a prise."

    "Disons que je suis partagé.

    Ça exprime une volonté de reconquête d'un pouvoir de décision sur son quotidien.

    En cela c'est positif... même si, existant comme on l'a dit dans d'autres pays déjà, le RIC est à ce niveau-là une demi-solution : rien à voir avec par exemple le mandat impératif et révocable à tout moment, un vrai pouvoir des collectivités locales, une sorte de pouvoir constituant permanent, ou quelque chose qui ressemblerait à la Constitution de 1793.

    Et le problème est que les questions posées (sur la base d'un million de signatures, mettons) et le résultat des consultations serait une photographie de la société à l'instant t. On aurait donc sûrement (comme le mouvement actuel nous le montre) des revendications sur le pouvoir d'achat (plus que la justice sociale proprement dite), mais aussi des questions et des réponses, appelons-les par leur nom, racistes.

    La révolution ce n'est pas "donner la parole au peuple", c'est porter au pouvoir un peuple TRANSFORMÉ par la lutte pour le conquérir.

    Ce n'est pas le pouvoir du peuple tel qu'il est, mais d'un peuple transformé, dont les composantes se seraient critiquées entre elles et autocritiquées, par exemple les Blancs sur la question du racisme et du bénéfice qu'ils tirent de l'impérialisme.

    Et évidemment tant que la pratique du référendum resterait encadrée par l’État tel qu'il est, bonjour les questions qui seraient acceptées et celles qui ne le seraient pas... Évidemment que tout ce qui remettrait en cause les fondements du pouvoir serait recalé (impossible de, comme le réclament beaucoup de gens, pouvoir destituer le président ou renverser le gouvernement par ce biais) ; par contre tout ce qui le renforce, comme les questions identité-immigration, ce serait la fête.

    Donc en gros je pense que la revendication du RIC exprime une aspiration positive mais que sa concrétisation serait loin d'être la panacée."

    [Page "Si tu veux mon avis"]

    "Si tu veux mon avis, le référendum d'initiative citoyenne proposé par un bon nombre de gilets jaunes est basé sur un constat juste mais il n'apporte pas la réponse adéquate à ce constat.

    Le constat fait par de nombreux gilets jaunes c'est "nous sommes des travailleurs, nous produisons tout, c'est nous qui faisons tourner la société, et pourtant nous n'avons que très peu de pouvoir".

    Ce constat, dans le cadre de la société capitaliste et de l'État bourgeois, est tout à fait exact. Dans l'État bourgeois, la bourgeoisie détient les moyens de production et a à son service une structure étatique chargée de garantir sa domination. Le critère qui détermine qui a le pouvoir et qui ne l'a pas est donc celui de la détention ou non des moyens de production. Celui qui est propriétaire d'une usine gère la production au sein de cette usine comme il l'entend, ceux qui travaillent au sein de l'usine et produisent ce qui sortira de l'usine doivent obéir et touchent une rémunération inférieure à la valeur de ce qu'ils ont produit.

    Face à ce constat, les gilets jaunes ont émis plusieurs idées visant à rééquilibrer le pouvoir. En tête de ces idées, on trouve le fameux "référendum d'initiative citoyenne" (RIC). Cette idée, si elle était appliquée, ne permettrait pas de régler la question fondamentale du pouvoir pour deux raisons.

    Premièrement, le RIC est basé sur la notion de citoyenneté, or, ce qui détermine si on a du pouvoir ou non, ce n'est pas le fait d'être ou de ne pas être un citoyen, c'est notre rôle dans la production, c'est à dire le fait d'être propriétaire ou non des moyens de production, le fait d'être à la tête d'une structure étatique qui protège les intérêts de la bourgeoisie ou le fait d'être un simple travailleur qui se fait exploiter par la classe bourgeoise. De nombreux travailleurs ne sont d'ailleurs pas des citoyens français et sont exploités par la bourgeoisie au même titre, et même souvent plus, que les travailleurs français.

    Il n'y a donc pas d'opposition entre "les citoyens" et "les élites", il y a une opposition entre le prolétariat et la bourgeoisie. Les théories visant à opposer "les citoyens" et "les élites" sont volontairement confuses, il est très difficile de déterminer qui fait partie des citoyens et qui fait partie des élites et il est donc très difficile d'identifier qui a le pouvoir et qui ne l'a pas. Au contraire, la détermination de qui fait partie du prolétariat et qui fait partie de la bourgeoisie est basée sur des critères objectifs et facilement analysables.

    Deuxièmement, considérer que le RIC permettrait de palier au manque de pouvoir des travailleurs, c'est se méprendre sur la vraie nature de l'État dans le cadre du système capitaliste. Comme dit plus haut, l'État dans le cadre du système capitaliste, a pour vocation première de servir les intérêts de la bourgeoisie. Il a une police, chargée de réprimer les révoltes, une administration, chargée d'aider les entreprises à prospérer, un système législatif et judiciaire, chargé de légiférer en faveur de la bourgeoisie et de réprimer les personnes voulant défendre des intérêts contraires à ceux de cette dernière et un système politique, pensé pour ne faire émerger que des personnalités dont les intérêts convergent avec ceux de la bourgeoisie. Partant de là, la voie référendaire, tout comme la voie électorale, sont des impasses si on souhaite effectivement poser la question du pouvoir.

    Néanmoins, le RIC permettrait tout de même d'illustrer la façon dont la démocratie bourgeoise est une forme de gouvernement du système capitaliste capable d'une grande souplesse quand il s'agit de protéger les intérêts bourgeois. En effet, imaginons que demain le RIC soit mis en place et que, conformément aux modalités prévues par le RIC, des centaines de milliers de personnes revendiquent une augmentation du SMIC de 100%. Si le nombre de signatures requis pour déclencher un référendum est atteint, il serait très intéressant d'observer la réaction de l'État bourgeois et la façon dont les contradictions inhérentes à cette forme d'État s'exprimeraient.

    Naturellement, la bourgeoisie opposerait un veto à cette augmentation drastique du SMIC et parallèlement, l'État serait obligé de trouver des moyens de contrer la mise en oeuvre de ce référendum contraire aux intérêts des bourgeois. De même, une immense propagande médiatique se mettrait en marche, expliquant qu'une telle augmentation du SMIC constituerait une catastrophe économique. Un tel évènement ferait évidemment exploser au grand jour les contradictions internes du système capitaliste et de la démocratie bourgeoise, montrant aux travailleurs ayant cru au RIC que le capitalisme et l'État bourgeois ne se combattent pas par la voie institutionnelle mais bien par la grève, par le pavé, par l'organisation révolutionnaire et par le renversement violent de l'ordre social capitaliste ainsi que de l'État bourgeois.

    Au juste constat établi par les gilets jaunes, nous devons répondre par un slogan simple : tout le pouvoir à la classe ouvrière ! Ce pouvoir implique bien plus que le pouvoir politique, celui consistant, dans le cadre du capitalisme, à gérer les intérêts bourgeois. Ce pouvoir implique la propriété collective et la gestion démocratique de la production car c'est bien la production qui est au centre de toute l'organisation de la société."


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  • (qui fleurissent évidemment parmi les groupes de Gilets Jaunes)

    "Ne nous moquons pas trop facilement des "théories du complot" sur les attentats. Tentons plutôt de les comprendre. Il n'y a pas de fumée sans feu, elles ne viennent pas de nulle part.

    Attention, je ne dis pas que l’État a pu organiser ces attentats, bien évidemment, mais il est passé maître dans la récupération de ces évènement tragiques pour justifier une politique plus autoritaire, répressif et nationaliste.

    Les "théories du complot" sont donc une façon, très maladroite et assez peu politisée, de souligner cette instrumentalisation, en s'imaginant l’État tellement surpuissant et cynique qu'il serait capable d'organiser pour ensuite récupérer."

    "Ce mépris (de classe notamment) envers les personnes qui évoquent les « théories du complot », c’est déplorable.

    Au lieu d’insulter ces gens, demandez vous comment des citoyens par millions peuvent en arriver à penser qu’un gouvernement cuisine en sous-marin la perte de son peuple.

    C’est bien parce que tous les jours des lois sont votées, que ces lois sont cyniques et malveillantes que la confiance du peuple envers les institutions est si fragile. 

    Il faut dépasser le jugement et comprendre le mécanisme. Quand la légalité n’est plus considérée comme légitime, on arrive à la suspicion."

    "Comme dit Boltanski le terme "théorie du complot" enferme une accusation. Dire d'une idée que c'est une "théorie du complot", c'est déjà affirmer que cette idée est fausse et farfelue.

    Il faut déjà déconstruire ça. Déjà, les complots existent. Dès qu'il y a pouvoir, il y a lutte pour le conquérir, et donc complot. Et tous, même l’État, acceptons certaines théorie qui donnent comme explication un complot.

    Prenons l'exemple du 11 septembre, événement qui a vu fleurir les théories du complot. Qu'est ce que l'explication "officielle", celle donnée par la commission nationale, et qui semble la plus plausible ? Une théorie d'un complot, un complot fomenté par Al Qaïda.

    En ce qui concerne les complotistes, il faut distinguer ce qu'on appelle les "entrepreneurs du complot", c'est-à-dire les Soral et Cie qui sont théoriciens, qui propagent et tirent profit de ces idée ; et les auditeurs.

    Tout d'abord, un auditeur n'est pas forcément un adhérent. Ce n'est pas parce que j'écoute Soral que je suis forcément d'accord avec lui. Il faut distinguer écouter/croire/adhérer. Des personnes peuvent "croire" à une théorie, sans forcément adhérer totalement. Ce sont un peu comme les rumeurs, on peut trouver qu'elles sont plausibles, sans forcément être totalement convaincus. Je peux "croire" que les États-Unis aient pu organiser les attentats du 11 septembre, sans y être totalement convaincu, sans y adhérer entièrement.

    De même, les théories du complot sont multiples. On parle de "conspirationniste", mais ça renvoie à quoi au juste ? À toutes les théories du complot ? Il y a des centaines de théories de complot sur des sujets extrêmement diverse (les vaccins, la lune, la terre plate, les illuminatis, l'Union Européenne, les nazis, Mosanto etc.), et souvent, ces théories complotistes se contredisent sur un même sujet, comme sur le 11 septembre. Donc dire de quelqu'un qu'il est un "conspi" ne veut pas dire grand chose.

    À partir de quel moment on peut considérer que quelqu'un est un conspi ? Lorsqu'un personne dit que le monde est dirigé par les illuminati ? Mais est-ce que c'est vraiment différent lorsque quelqu'un dit que le monde est dirigé par les capitalistes ? Quels sont les critères qui font qu'on considère qu'une personne est conspi et qu'une autre ne l'est pas ?

    Bien souvent ceux qu'on appelle les "conspi" sont simplement des gens qui pensent, de manière légitime, que l'ordre du monde est injuste, et tentent d'en trouver une explication. Ce sont souvent des personnes peu politisés au départ, et comme ils sont éloignés du champ militant, leur façon de se politiser c'est souvent internet. Ils regardent des vidéos de personnes sachant parler un langage simple et direct, avec l'impression d'une vraie critique du système établi. C'est-à-dire les Soral et toute la clique.

    Pour moi, la multiplication des "conspi", c'est surtout le signe de l'échec de la gauche et l'extrême-gauche à atteindre ces personnes, en s'adapter à ce nouveau format (dont internet), en s'échappant à l'entre-soi militant etc. pour réussir à leur proposer une véritable critique de l'ordre social actuel."

    "C'est qu'on entend aussi souvent que dans "certains quartiers", mal famés n'est-ce pas, il y aurait des individus sans foi ni loi, à la tête de business illégaux, qui seraient prêts à tuer n'importe qui, des gamins, des vieux, pères et mères même, pour préserver ces business et les quelques milliers d'euros mensuels qu'ils leur rapportent.

    Je veux bien le croire !

    Mais à partir du moment où on veut bien le croire, il devient impossible de penser que des gens avec des positions de pouvoir et des leviers lucratifs bien plus importants entre les mains, s'embarrasseraient de scrupules pour les préserver.

    Je ne vois rien de rationnel qui pourrait justifier ce distingo."

    "Plus ça va plus je me demande si l'anti-"conspirationnisme" n'est quand même pas consubstantiel au légalisme et à une certaine idéologie de la "neutralité" de l’État, du moins l'idée qu'il ne peut pas vraiment être ignoble et sans scrupules.

    C'est à dire un peu tout ce dans quoi s'est inscrite la "lutte" sociale dans les années Fin de l'Histoire."

    "C'est surtout un problème d'idéologie d'indépassabilité du capitalisme.

    Le complotisme consiste surtout à rêver d'un bon capitalisme, vertueux (un peu comme ce que voulait Robespierre, de fait), libéré des malfaisants qui ourdissent ignominie sur ignominie.

    Ce n'est pas un hasard si ça c'est développé énormément à partir des années 80-90...

    Et beaucoup, c'est marrant d'ailleurs, à partir de séries américaines (alors que hors US le complotisme est généralement très anti américain et hostile à l'hégémonie de leur culture)."

    "C'est aussi une idéologie de l'impuissance. La plupart des complotistes se complaisent dans leur impuissance et de fait ne militent pas dans les orgas. C'est une justification à la résignation."

    => (réponse) "C'est souvent le cas en ce moment, en lien avec la "Fin de l'Histoire" dont je parlais (dont on sort peu à peu mais lentement) et cette idée hégémonique qu'on ne peut pas faire grand chose contre le monde tel qu'il est, sinon le "moraliser" (au fond, quand on y pense... complotisme, citoyennisme, et antiracisme et autres "sociétalismes" MORAUX ressortent tous de la même matrice !).

    Parfois ça va effectivement au delà de cette idée de simplement "moraliser" (en dénonçant les complots, à la Assange-Snowden quoi), jusqu'à l'idée qu'on ne peut tout simplement RIEN faire à part rester devant son ordinateur avec la satisfaction d'avoir "compris".

    Mais je ne dirais pas que c'est TOUJOURS forcément une idéologie de l'impuissance, non.

    Il ne faut pas jeter aux orties, en bloc, comme "sorélisme", le fait de penser la fonction révolutionnaire des "mythes mobilisateurs".

    C'est à dire que les révolutions dans l'histoire se sont finalement moins faites par l'assimilation par des millions de personnes des grandes théories révolutionnaires (Contrat Social de Rousseau ou Que Faire de Lénine), par cœur à la virgule près, que sur des "mythes", des points de fixation contenant souvent une grande part de fantasme et d'irrationnel, voire sans aucun fond de vérité. La "Grande Peur" de l'été 1789, exemple type. La fixation contre Raspoutine et son influence "satanique" sur la famille tsariste, en Russie juste avant 1917.

    Le fait est qu'il y a aujourd'hui des mécanismes d'abrutissement de masse, c'est un fait... mais que les révolutions du passé, les grandes, ont été faites par des peuples infiniment plus "ignorants" que nous aujourd'hui en Hexagone ! Et pourtant, ils les ont faites.

    Ça me fait dire : peut-être parce que les révolutionnaires de l'époque les prenaient moins de haut. Ils les prenaient comme ils étaient, avec leurs mythes mobilisateurs, leurs visions fantasmatiques-irrationnelles des problèmes, et faisaient simplement en sorte que la mobilisation aille dans le bon sens historique."

    ["Les masses font l'histoire, le Parti les dirige" (Parti communiste du Pérou). C'est à dire qu'on ne fait pas la révolution sans les masses, par "putsch" d'une petite minorité agissante (blanquisme ou aujourd'hui Éric Fiorile lol). Mais on ne la fait pas non plus sans des RÉVOLUTIONNAIRES... qui "prennent" les masses en mouvement et les amènent exactement là où il "faut", c'est à dire à la révolution. Sans quoi ça part dans tous les sens ; ou alors dans le fascisme, lorsqu'un démagogue au service du Capital parvient, lui, à en prendre la direction et les amener là où le Capital veut.] 

    Lire :

    http://servirlepeupleservirlepeuple.eklablog.com/tres-breves-considerations-conspirationnisme-et-chasse-aux-conspis-les-a114065330


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  • Grand-père Siset me parlait
    De bon matin sous le porche
    Tandis qu'en attendant le soleil
    Nous regardions passer les charettes

    Siset, ne vois-tu pas le pieu
    Où nous sommes tous attachés ?
    Si nous ne pouvons nous en défaire
    Jamais nous ne pourrons nous échapper !

    Si nous tirons tous, il tombera
    Cela ne peut pas durer très longtemps
    C'est sûr il tombera, tombera, tombera
    Bien vermoulu il doit être déjà.
    Si tu le tires fort par ici
    Et que je le tire fort par là
    C'est sûr, il tombera, tombera, tombera,
    Et nous pourrons nous libérer.

    Mais Siset, ça fait déjà bien longtemps
    Mes mains à vif sont écorchées !
    Et alors que les forces me quittent
    Il est plus large et plus haut.

    Bien sûr, je sais qu'il est pourri,
    Mais, aussi, Siset, il est si lourd !
    Que parfois les forcent me manquent
    Reprenons donc ton chant :

    (Si nous tirons tous...)

    Grand-père Siset ne dit plus rien
    Un mauvais vent l'a emporté
    Lui seul sait vers quel lieu
    Et moi, je reste sous le porche

    Et quand passent d'autres gens
    Je lève la tête pour chanter
    Le dernier chant de Siset,
    Le dernier qu'il m'a appris :

    (Si nous tirons tous...)


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  • Ou du Syriza de droite, pour dire les choses autrement (et encore, ce que promettait la Commission de Bruxelles à la Grèce et contre quoi Tsipras a capitulé était approximativement de l'ordre de 200 fois pire, comme "anéantissement" économique du pays...).

    Voilà de quoi faire penser, ici, à l'aile droitarde-fascisante Républicains-DLF-RN des Gilets Jaunes (ou de leurs soutiens du moins) avec son ultra-radicalité de façade quant aux solutions politiques (démission/destitution de Macron, nouvelles élections en espérant un raz-de-marée pour eux, voire coup de force ou du moins nomination d'un militaire comme Pierre de Villiers à Matignon...) [lire aussi ici] ; mais qui ne veut en réalité ni réelle augmentation des salaires nets ET bruts, ni justice fiscale pour faire peser le budget de l’État sur les riches et le Capital plutôt que sur les ménages populaires, ni encore moins rupture avec les institutions antidémocratiques de la 5e République ; ni évidemment remettre sérieusement en cause le centralisme parisien au profit de "vivre, travailler et décider au pays", etc. etc.


    Pendant que les couillons (de la lune) s'entêtent à croire à la "rupture avec le modèle néolibéral mondialiste imposé par Bruxelles" blablabla, et que les indigènes, les damnés de la terre seuls trinquent ; les "populistes" (sous-entendu "les seuls qui s'intéressent au peuple") négocient le niveau de rigueur budgétaire avec les technocrates.

    [Au final, MàJ 20/12/2018 : le gouvernement populiste de la Botte capitule, renonçant à ce qui est tout simplement ici... le RSA – http://ekladata.com/Budget-italien-epilogue.pdf]

    L'opposition "progressistes"/fascisme est une blague. Le VRAI fascisme c'est l'enfermement de la politique européenne dans cette pseudo opposition.

    [Il suffit ainsi de penser aux lourdes condamnations qui viennent de s'abattre sur les "7 de Briançon" les-7-de-briancon-lourdement-condamnés-par-le-tribunal-de-gap ou à la persécution judiciaire des dernières années contre Cédric Herrou, pour comprendre que des choses telles que les poursuites contre le maire de Riace et plus largement la nouvelle politique anti-migrants Lega-M5S en Italie ne sont rien de plus qu'un alignement sur la "progressiste" France de Hollande hier et Macron aujourd'hui !]

    Ici, enfermer tous les problèmes que connaît le pays (et contre lesquels se dressent les Gilets Jaunes) dans ce débat-là, ceux qui voulaient lancer le buzz sur le "pacte de Marrakech" y avaient pensé et y étaient prêts sur les starting blocks.

    Mais comme Macron n'y est pas allé, leur coupant ainsi l'herbe sous le pied... il s'en charge finalement lui-même :

    Produit idéologique de la domination de l'Occident capitaliste et de sa "Modernité" sur la planète, le racisme est aussi depuis ses origines (depuis pratiquement l'époque - 17e siècle - de la cohabitation des "engagés" petits blancs et des premiers esclaves noirs dans les colonies) l'arme suprême contre l'union des opprimés, pour engendrer (via une distribution de miettes de surprofits de l'exploitation impérialiste) la division de tous les mouvements qui pourraient commencer à devenir menaçants.

    La stratégie actuelle, tant de la part du gouvernement d'ailleurs que de l'aile réactionnaire (et disons-le, dans une large mesure initiatrice) du mouvement, vient encore une fois l'illustrer.

    Lire aussi :

    http://indigenes-republique.fr/identite-nationale-et-neoliberalisme-les-nouveau-vieux-habits-de-macron/

    "Après un mutisme tout présidentiel, Emmanuel Macron vient enfin d’accorder, les yeux mouillés, une allocution officielle sur la crise que traverse le pays. Sa première réponse a été de justifier la répression policière, nue désormais aux yeux des observateurs internationaux (avec les images scandaleuses du traitement colonial des lycéens de Mantes-La-Jolie), comme à ceux d’un nombre grandissant de Français de toutes origines confondues. Comble de l’obscène, il en vient à faire passer pour des victimes des forces de police surarmées qui ont, pour beaucoup d’entre elles, montré aux « Français de souche » la face qu’elles offrent habituellement aux indigènes.

    Il ne nous est pas nécessaire de commenter les mesures économiques de façade proposées par ce président qui face à la contestation de toute sa politique prétend vouloir la poursuivre coûte que coûte, en finançant des mesures prétendument sociales sur le dos des plus modestes, en continuant à préserver les intérêts de ceux qui continueront à ne payer aucun impôt sur leur fortune. Ces mesures ne trompent personne, si ce n’est les naïfs de moins en moins nombreux.

    Il est par contre indispensable de souligner la seconde dimension des « concessions » faites par ce président aux abois. Après s’être présenté comme un rempart face à une menace populiste et raciste, voici que le chef de l’État français, « concède » la nécessité d’ « ouvrir le débat » sur l’immigration, et à reconnaître les souffrances des Français face à une « laïcité bousculée ». Ainsi la question migratoire devient étrangement le seul point des « programmes » des gilets jaunes qu’il est prêt à admettre sans compromis en y ajoutant une dose d’islamophobie dans une séquence où l’Islam semblait avoir disparu des radars médiatiques.

    Ces manœuvres sont cousues de fil blanc. Paniqué par la fronde des catégories sociales blanches qui forment le socle de la nation et par la rupture du pacte républicain qui soude l’État et le peuple légitime, il sort le joker de l’unité nationale face à la « menace » indigène. Les « casseurs », ce sont bien évidemment les « racailles », les « profiteurs » ce sont bien évidemment les immigrés, le danger ce sont bien évidemment les musulmans menaçant la laïcité. Voici donc le camp que le président Macron propose aux Français, celui qu’il a déjà choisi.

    Ceux qui se sont mobilisés contre l’État d’urgence, contre la loi asile-immigration, contre Parcoursup et contre l’augmentation raciste des frais d’inscription pour les étudiants non-européens savent ces manœuvres grossières.

    Le racisme et le néolibéralisme autoritaire sont au pouvoir et ils sont à combattre par tous les moyens nécessaires.

    PIR"

    *******************************************************************

    "Peste rouge-brune" quand ce sont les beaufs petits-blancs, "islamo-gauchisme communautariste antisémite" quand ce sont les indigènes...

    Le macronisme (ici avec un de ses thuriféraires) aujourd'hui, le radical-socialisme hier, ou la République thermidorienne invariante depuis presque 225 ans... :

    « Les factieux sans-culottes et les royalistes qui tous déjà se rallient, et semblent s’apprêter à marcher sous la bannière commune de la révolte et du crime » - Sieyès, 1795

    ***********************************************************

    D'ailleurs, pour continuer sur la lancée "un tour du côté de nos 'amis' les maîtres-chez-nous qui 'résistent' à l'Ordre bruxello-mondialiste blablabla"... la Hongrie de Viktor Orban (le grand ami de Salvini et, avec lui, le grand co-épouvantail de Macron) s'est elle aussi mise depuis quelque jour à la contestation ; un mouvement de constestation presque sans précédent là-bas depuis la chute du "socialisme réel" en 1989 ; et vous allez voir contre quel genre de mesure super "sociale"-"populaire" de la mort :


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  • Petite revue de presse :


    Terrible répression à Mantes-la-Jolie : 148 lycéens (principalement colonisés-intérieurs dans cette ville...) raflés, parqués assis par terre les mains derrière la tête !

    Des scènes rappelant les dictatures d'Amérique du Sud !

    Mouvement lycéen et répression

    Mouvement lycéen et répression

    Un rassemblement se tiendra aujourd'hui à 10h à l'Agora (à la gare de Mantes prendre le bus A direction Val Fourré, descendre à l'arrêt Géo André).


    À Marseille, la CGT se joint au force aux mouvements (des Gilets Jaunes, des lycéens, pour les immeubles effondrés etc.) :

    Marseille : situation tendue entre lycéens et policiers, la CGT envoie son service d'ordre

    https://france3-regions.francetvinfo.fr/provence-alpes-cote-d-azur/bouches-du-rhone/marseille/marseille-lyceens-colere-bloquent-etablissements-1586017.html

    https://france3-regions.francetvinfo.fr/provence-alpes-cote-d-azur/sites/regions_france3/files/styles/top_big/public/assets/images/2018/12/04/incendie_vh-3979887.jpg?itok=Sqe_L8ja

    https://france3-regions.francetvinfo.fr/provence-alpes-cote-d-azur/sites/regions_france3/files/styles/asset_list_medium/public/assets/images/2018/12/04/cgt_devant_lycee_montgrand-3979815.jpg?itok=GmSwz6Ey

    https://france3-regions.francetvinfo.fr/provence-alpes-cote-d-azur/sites/regions_france3/files/styles/asset_list_medium/public/assets/images/2018/12/04/incendie_devant_lycee-3978851.jpg?itok=ShaitJo-

    Si Marsiho vou reguina
    Brulam lou port e coupo-testo !

    ("Si Marseille se soulève, nous brûlerons le port et coupe-tête !" - Victor Gelu)

    Et VENGEANCE POUR ZINEB !


    Sarthe : une trentaine de "gilets jaunes" devant l'usine du leader européen des produits de maintien de l'ordre

    Mouvement lycéen et répression

    Ils se sont mis à genoux, mains sur la tête, à l'instar des lycéens de Mantes-la-Jolie, arrêtés jeudi par les forces de l'ordre.

    (Depuis, la reproduction du geste est devenue "virale" dans le mouvement.)


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  • Ce genre de catalogues revendicatifs (peu importe en vérité de qui ils émanent et avec quelle sincérité !) sont toujours intéressants pour situer le centre de gravité idéologique du mouvement au moment où nous parlons.

    On observe donc ici une plateforme tout de même globalement plus "sociale", avec moins de propositions antagoniques entre elles et moins de mots d'ordre strictement patronaux-droitards ("baisse des chaaaarges", "assez d'assistanaaaat") que les précédents ; quelque chose qui pourrait tout à fait se rattacher à la France Insoumise ou du moins à son courant Kuzmanovic (lequel vient de claquer la porte) ; à moins que ce ne soit, avec la référence au Frexit comme "clé" de tout le reste, de façon très chiffrée ("130 milliards pour le Trésor public"), plutôt la mouvance Asselineau-UPR-Cercle des Volontaires...

    [Voir ici, étudiée par le (macroniste) Nouvel Obs, la précédente liste de revendications sortie fin novembre : https://www.nouvelobs.com/politique/20181129.OBS6307/gilets-jaunes-on-a-decortique-chacune-des-42-revendications-du-mouvement.html]

    La question de l'immigration est abordée de manière assez "timorée" (si l'on se place d'un point de vue faf), pratiquement en queue de peloton et couplée à un programme... anti-Françafrique finalement assez audacieux (bien que loin du compte d'un point de vue anti-impérialiste révolutionnaire, bien entendu), qui là encore peut faire penser à la vision géopolitique mélenchoniste ou Kuzmanovic ou encore évoquer la patte de la mouvance Kémi Seba (plutôt en bons termes avec la mouvance Asselineau-CdV).

    Il n'est finalement question que de "flux migratoires impossibles à accueillir et à intégrer" en ce moment en raison d'une "crise civilisationnelle" que nous traverserions - et quelque part, dire que la "civilisation" capitaliste et la "Modernité occidentale" sont en crise profonde, est-ce complètement faux ? La question est plutôt de savoir si on s'en RÉJOUIT (comme nous...) ou si on le regrette et aimerait pouvoir revenir au "bon vieux temps", comme l'esprit qui se dégage de cette "charte officielle" semble le faire.

    [Pour rappel, ici le recueil de nos positions sur cette question : recueil-d-articles-ou-est-abordee-la-question-migratoire-a148801966 – les migrants ne quittent pas leurs pays, au prix de tous les dangers, pour le plaisir ; ils sont quelque part des "combattants" (des "marrons", dixit Sadri Khiari) anti-impérialistes non-conscients qui viennent en 'Occident pour essayer d'y récupérer un peu de ce que celui-ci a pillé chez eux ; la solidarité envers eux est donc un DEVOIR anti-impérialiste, sans lequel en vérité il n'est pas possible de se prétendre tel ; néanmoins il est aussi vrai de dire que le "devoir d'accueil", si on peut l'appeler ainsi, devrait être proportionné sur chaque kilomètre carré d'Occident à la richesse de celui-ci, à la part de richesse pillée au Sud qu'il accumule et concentre, afin d'éviter les sentiments populaires "à la Michou" ("faut bien que quelqu'un s'pousse pour leur faire de la place" - aux nouveaux arrivants - "et c'est toujours les mêmes, pas ceux d'Neuilly") sur lesquels surfent les Salvini, Orban et bien sûr Le Pen ; il est extrêmement important d'avoir cette analyse radicalement anti-impérialiste du "problème" et, par voire de conséquence, des solutions car il peut aussi exister (et existe) une solidarité avec les migrants purement bobo socedem humanitaire-charitable (qui révulse les masses), ou gauchiste "vide" qui se contente d'incanter "no border ! no border !" avec (comme a là encore pu l'expliquer Khiari) un côté bonne conscience à prix discount.]

    (Commentaire FB) "Si on voit ce genre de truc comme un thermomètre, au sens où c'est un "produit" commercial lancé sur un "marché" et fait pour plaire à ce qui est perçu comme la sociologie du mouvement à l'instant t, alors ses propositions pour la plupart FI-compatible et celle sur la "fin de la Françafrique" montrent une évolution a priori plutôt positive de cette sociologie, plus que si on avait une plateforme de type RN-Maréchal totalement axée contre les taxes, "les charges pour les entreprises" et le "grand remplacement" (même si ils ont gardé, pour ne pas se couper de toute une aile du mouvement, ce fameux point contre "l'immigration incontrôlée pas possible à gérer vu la crise de civilisation (?) qu'on traverse").

    Bon sinon là bientôt il va y avoir le fameux "accord de Marrakech" que les fafs attendent pour lancer une psychose et essayer de reprendre la main."

    Le Mouvement communiste maoïste de Tunisie évoque notamment cette "charte" dans un article qu'il a publié sur le mouvement en cours, et qu'il nous a adressé à la page Facebook de SLP :

    https://mcm-tn.blogspot.com/2018/12/gilets-jaunes-le-droit-linsurrection.html

    Nous leur avons transmis la réponse suivante :

    "La Charte en 25 points émane très probablement d'un parti nommé l'UPR (Union populaire républicaine), néo-gaulliste, dirigé par François Asselineau, dont elle ressemble presque mot pour mot au programme présidentiel de 2017, avec son accent mis sur le Frexit (sortie immédiate et radicale de l'Union européenne), censé rapporter plusieurs milliards d'euros.

    Ces milliards d'euros que coûterait l'Europe à la France, sont censés financer le reste qui ressemble globalement au programme de la France Insoumise de Jean-Luc Mélenchon (ancien trotskyste lambertiste puis longtemps membre du PS).

    Il y a un point assez surprenant, dans un sens presque agréable si l'on ose dire, qui est la liquidation de la Françafrique, la fin du franc CFA etc. etc.

    Ce point indique la proximité de cette mouvance avec le nationaliste panafricain Kemi Seba, parfois à la limite du kémitisme (supériorité raciale noire) et qui n'a jamais hésité à s'associer à l'extrême-droite blanche.

    Et cette mesure est censée servir à la suivante, qui est un arrêt de l'immigration vers le continent européen, dans un esprit tout de même assez xénophobe, même si dans l'idéal, bien sûr, on ne peut que souhaiter que les gens n'aient plus besoin de quitter leurs pays et de risquer leurs vies pour immigrer en Europe où au mieux ils serviront de quasi esclaves.

    Donc ce n'est pas un programme "révolutionnaire", pas plus qu'il n'émane "des gilets jaunes" qui n'ont ni unité organisationnelle ni véritable direction. C'est un programme qui émane de militants ou sympathisants UPR qui participent au mouvement, et qui le lui "proposent" comme mots d'ordre.

    Il est vrai cependant que le fait que ce programme soit devenu "viral", plutôt qu'un autre qui aurait été plus d'extrême-droite "classique" ("à bas les charges sur les entreprises" = salaire différé, "dehors les immigrés" mais sans parler des causes de l'immigration etc.), montre tout de même que le centre de gravité du mouvement évolue vers la gauche (disons des positions que ne rejetterait pas Jean-Luc Mélenchon), ce qui est positif.

    Les masses apprennent dans la lutte et semblent, dans un souci (en plus) d'unir largement (de ne pas exclure "bêtement" des parties des classes populaires), en apprenant petit à petit à s'écouter entre secteurs populaires différents, s'éloigner des "fantaisies" (comme disait Lénine) LES PLUS réactionnaires et au service de la tendance générale au fascisme.

    Néanmoins, cette idée d'Occident "en crise de civilisation" donc ne pouvant plus accueillir de prolétaires migrants ; ou encore l'idée d'une sortie de l'Union européenne comme solution "magique" (comme si tout allait bien, tout était parfait en France avant 1993 et le Traité de Maastricht...) ; restent encore des "fantaisies réactionnaires".

    Un pays européen, par exemple, qui quitterait brutalement l'Union tout en restant dans une économie capitaliste, tomberait dans une crise économique sans précédent qui ferait passer la Grèce de 2012 pour un paradis sur terre !

    On est donc encore loin d'une véritable conception révolutionnaire marxiste, de nature à permettre une véritable révolution. Nous continuons d'y travailler, et d'utiliser ce mouvement pour répandre le plus possible ces conceptions dans les masses populaires."


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  • On l'aura compris, inutile de se voiler la face : dans le mouvement des Gilets Jaunes, derrière ce gigantesque et fascinant soulèvement populaire peut-être sans précédent depuis Mai 68, se profile omniprésente l'ombre sinistre de la droite radicale... et notamment de diverses tendances putschistes, depuis l'assez grotesque illuminé Éric Fiorile avec son "Conseil National de Transition" jusqu'aux éléments (un peu plus "sérieux") qui appellent à la nomination de Pierre de Villiers à Matignon ; prônant le renversement par la force des institutions "illégitimes" qui auraient "vendu le pays", afin de "restaurer sa souveraineté".

    [De fait, avec ce Christophe Chalençon appelant à la prise de pouvoir militaire de Pierre de Villiers, l'ex-UNI ex-UMP et actuellement DLF Benjamin Cauchy ou encore l'inclassable et trouble (et dit-on ex... macroniste) Jacline Mouraud, se sont finalement constitués les "Gilets Jaunes libres" ; autrement dit le rebut de tous les primo-porte-paroles autoproclamés qui voulaient un mouvement strictement sur des objectifs droitiers, et voient la situation leur échapper complètement... Représentant, de fait, l'option d'une sortie fasciste de la crise actuelle à l'intérieur même (enfin... soi-disant !) du mouvement.]

    Mais faut-il craindre, de ces tendances, qu'elles réussissent réellement à prendre le pouvoir... ou plutôt AUTRE CHOSE ?

    "Nous voulons les colonels (titre original : Vogliamo i colonelli) est un film italien réalisé par Mario Monicelli, sorti en 1973.

    Des extrémistes de droite tentent d'organiser un coup d'État en Italie. Mais leur maladresse et leur stupidité les font échouer lamentablement… Le réalisateur se plaît à décrire, sur le ton de la farce grinçante, les désastreuses entreprises d'activistes nostalgiques du fascisme.

    La fin du film est cependant amère et contient en guise de morale de la fable un avertissement politique clair.

    Même si le coup d’État fomenté par Tritoni/Tognazzi et ses affidés néofascistes sombre dans le cafouillage et le ridicule, un gouvernement de droite classique, parlementaire, profitant opportunément de l'émotion du pays et agissant sous couvert de maintien de l'ordre public républicain, n'en impose pas moins des lois liberticides comme l'interdiction des grèves, des manifestations et des rassemblements de plus de trois personnes."

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Nous_voulons_les_colonels


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  • Seine-Saint-Denis : des échauffourées à Aubervilliers et Pantin

    https://www.rtl.fr/actu/justice-faits-divers/seine-saint-denis-des-echauffourees-eclatent-a-aubervilliers-et-pantin-7795789423

    Plusieurs jeunes ont incendié des poubelles et dégradé du mobilier urbain à proximité du carrefour des Quatre Chemins, non loin de la porte de la Villette.

    Poubelles en feu, abribus brisés, et un véhicule enflammé... Des images, d'abord issues des réseaux sociaux, montrent de violents incidents aux portes de Paris ce lundi 3 décembre au matin, au niveau du carrefour des Quatre Chemins, à cheval sur les communes d'Aubervilliers et de Pantin, toutes deux situées en Seine-Saint-Denis. La station de métro Aubervilliers, sur la ligne 7, est fermée, a annoncé la RATP. Peu avant 12h30, les trains passaient toujours sans marquer l'arrêt.

    Selon une source policière, citée par l'AFP, près de 200 jeunes avaient investi la rue. Une poignée d'entre eux avaient revêtu un gilet jaune. sept personnes ont été interpellées, selon une source policière. Vers 11 heures, le calme est revenu sur les lieux.

    Devant le lycée professionnel Jean-Pierre-Timbaud, situé avenue de la République à Aubervilliers, un véhicule était en flammes, retourné, a constaté RTL à 10h30. La situation était tendue avec quelques dizaines de jeunes attroupés bloquant la rue. Si les pompiers n'ont pas pu intervenir dans un premiers temps, ils étaient en cours d'intervention à 10h45, encadrés par les forces de l'ordre. Des poubelles ont également été incendiées, du mobilier urbain dégradé et un magasin de téléphonie a été pillé.

    Plus d'une centaine de lycées bloqués en France

    Geoffrey Carvalhinho (Les Républicains), un élu municipal de Pantin contacté par RTL.fr, raconte être passé tôt ce matin sur la zone en proie aux incidents, entre 7h45 et 7h50. "Un feu est parti vers 8 heures. Il y a eu des casseurs qui criaient 'on va tout casser', Macron démission', Révolution'", relate-t-il.

    La semaine passée, des poubelles avaient été mises à feu devant le lycée Jean-Pierre-Timbaud à Aubervilliers, avait relaté Le Parisien. En fin de matinée ce lundi, le ministère de l'Éducation nationale a annoncé que plus d'une centaine de lycées étaient bloqués ce matin. Un mouvement aux revendications disparates. Les syndicats lycéens ont expliqué protester contre Parcoursup et les réformes du bac et du lycée, et l'un d'eux a évoqué son soutien aux "gilets jaunes" pacifistes.

    Pour Geoffrey Carvalhinho, cela ne fait aucun doute : "Je pense que malheureusement ce sont des jeunes casseurs" qui "veulent reproduire ce qu'ils ont vu à la télé samedi". Pour l'heure, il est prématuré de préjuger d'un quelconque lien entre les incidents.


    Et puis et puis... un se divise en deux et face à la tournure prise par les évènements, face aux jonctions sociales potentiellement explosives qui pourraient se faire, non seulement des syndicats de policiers appellent déjà à l'intervention de l'armée et Castaner dit n'avoir "aucun tabou", mais la droite du mouvement, comme le très droitier vauclusien Christophe Chalençon (lire ici : Christophe-Chalencon.pdf), voyant les choses lui échapper, propose déjà ses "solutions"... du genre finales :

    Un porte-parole des "gilets jaunes" réclame la nomination du général de Villiers comme Premier ministre

    https://www.europe1.fr/societe/un-porte-parole-des-gilets-jaunes-reclame-la-demission-du-gouvernement-et-la-nomination-du-general-de-villiers-comme-premier-ministre-3812579

    Invité de la Matinale d'Europe 1 lundi, Christophe Chalençon, porte-parole des "gilets jaunes" dans le Vaucluse, a réclamé la démission du gouvernement d’Édouard Philippe et la nomination du général de Villiers à sa place.

    EXCLUSIF

    Une remise à plat complète du système, voilà ce que réclament bon nombre de "gilets jaunes" depuis trois semaines. Christophe Chalençon, porte-parole du mouvement dans le Vaucluse, est de ceux-là. Au micro de Nikos Aliagas lundi matin sur Europe 1, il a demandé "la démission du gouvernement actuel", et est allé jusqu'à proposer le nom d'un candidat au remplacement d’Édouard Philippe.

    Le général de Villiers à Matignon. "Moi, je verrais bien un général de Villiers à la tête du gouvernement. Il a servi la France de gauche ou de droite. Aujourd'hui, c'est un homme de poigne qu'il faut à la tête du gouvernement", défend Christophe Chalençon. L'ancien chef d'état-major des armées Pierre de Villiers avait démissionné avec fracas le 19 juillet 2017 après avoir été recadré par Emmanuel Macron. Le gradé avait critiqué les économies de 850 millions d'euros réclamées aux armées, dans un contexte de restrictions budgétaires générales. Sa démission, fait sans précédent sous la Ve République, avait été la première crise majeure du quinquennat Macron. "Nous demandons à avoir un véritable commandant, c'est-à-dire une femme ou un homme qui va prendre au sérieux le devenir de la France", précise le "gilet jaune".

    Le Premier ministre en fâcheuse posture. Jugé trop ferme ou maladroit dans sa gestion d'un dossier qui s'enlise, Edouard Philippe voit sa position fragilisée ces dernières semaines. Le fiasco, vendredi après-midi, de son rendez-vous avec les porte-parole des "gilets jaunes", n'arrange pas les choses, l'exécutif ne pouvant nouer un dialogue constructif avec le mouvement. Après les violences de samedi, le locataire de Matignon a réitéré son invitation. "Nous étions invités mais nous avons demandé à ce que le rendez-vous soit repoussé à demain pour que l'on soit davantage structurés, et surtout pour peaufiner les revendications qui ne sont, à mon sens, pas assez fortes", indique Christophe Chalençon. "Nous attendons confirmation."

    En milieu de matinée lundi, Matignon a annoncé qu'une délégation de "gilets jaunes" serait reçue mardi après-midi.

    "Tout le monde survole le problème". Plus globalement, pour le représentant des "gilets jaunes", il faut bel et bien en finir avec la politique de ces "40 dernières années". En 2008, il portait déjà ce combat en se présentant aux législatives. Il réclamait la création d'assemblés citoyennes, qui fait aujourd'hui partie des revendications des "gilets jaunes". "Tout le monde survole le problème. Tout le monde veut mettre des petites rustines à une chambre à air qui est très crevée", dénonce-t-il sur notre antenne. Le porte-parole met en garde : "Aujourd'hui, le gouvernement essaie de négocier quelques poignées de cacahuètes, mais le mal est beaucoup plus profond. (…) Si aujourd'hui rien n'est fait, je pense qu'aux Européennes, nous ouvrons un large chemin à l'extrême-droite." (tiens tiens... même si lui peut difficilement être qualifié autrement, que d'extrême-droite, voilà qu'il agite lui aussi la menace du "pire" pour justifier un gouvernement d'exception !)

    [De fait, ce Christophe Chalençon a fini par rejoindre aux côtés de l'ex-UNI ex-UMP et actuellement DLF Benjamin Cauchyou encore de l'inclassable et trouble (et dit-on ex... macroniste) Jacline Mouraud, les "Gilets Jaunes libres" autrement dit le rebut de tous les primo-porte-paroles autoproclamés qui voulaient un mouvement strictement sur des objectifs droitiers, et voient la situation leur échapper complètement... Représentant, de fait, l'option d'une sortie fasciste de la crise actuelle à l'intérieur même (enfin... soi-disant !) du mouvement.]


    Que fait actuellement de sa vie le général De Villiers ? Qui est-il, et quels intérêts sert-il ?

    Peut-on croire sérieusement qu'il ferait une autre politique... que celle des gens qui sont ses CLIENTS ?

    « J’ai créé ma société de conseil. En matière géostratégique, de management, de leadership, d’exercice de l’autorité. » Via cette structure, il travaille « un jour par semaine » pour le très huppé Boston Consulting Group (BCG).

    Son mantra, qu’il enseigne à des parterres de cadres de haut vol ? « La performance passe d’abord en remettant l’homme au centre. » Ses contrats vont de la PME jusqu’aux géants du CAC 40. Ce passage au privé n’a rien d’un reniement. « L’armée n’a pas le monopole du service. Je sers mon pays puisque ce sont des entreprises françaises », dit-il, tranquille.

    http://leparisien.fr/politique/la-nouvelle-vie-de-pierre-de-villiers-general-sans-reserve-05-08-2018-7843845.php


    Un homme entre la vie et la mort à Toulouse, une dame âgée touchée par une grenade DÉCÉDÉE à Marseille !

    http://ekladata.com/wWJ5h3qa8SJviaArZnIDoQKpN0o.png

    http://ekladata.com/B1wnMRj61ddyQYsM8RwFYRvHfxo.png



    La répression judiciaire : 



    Un syndicat de police parle de "mouvement insurrectionnel" et réclame le droit de tirer (présomption de légitime défense) :

    #GiletsJaunes : dernières news


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  • Non, cette scène n'est pas tirée d'un film... :

    #GiletsJaunes : le 1er décembre en quelques images

    "Les masses sont la lumière même du monde. Elles sont la fibre, la palpitation inépuisable de l'histoire...

    Quand elles parlent tout tremble, l'ordre chancelle, les cimes les plus hautes s'abaissent, les étoiles prennent une autre direction, parce que les masses font et peuvent tout."

    Abimael Guzmán Gonzalo

    La Marche Rosa Parks qui se tenait (dans le plus grand calme par contre) dans un autre secteur de Paris :

    #GiletsJaunes : le 1er décembre en quelques images

    Beau portfolio ici : https://www.bricelegall.com/Mobilisations/Collectif-Rosa-Parks

    Intervention d’Houria Bouteldja à l’issue de la marche :

    http://indigenes-republique.fr/beaufs-et-barbares-comment-converger/

    "L’antiracisme politique est sur la place !

    Aujourd’hui premier décembre, #Paris est en ébullition. Aujourd’hui à Paris, la révolte gronde. Aujourd’hui à Paris, la répression sévit aux Champs-Élysées comme elle a sévit contre le mouvement social et en particulier contre les habitants des quartiers depuis l’instauration de l’état d’urgence.

    Aujourd’hui, nous sommes fiers de battre le pavé parisien pour porter haut et fort nos revendications contre le #racisme d’État, la guerre sociale et l’impérialisme, comme nous sommes fiers de partager avec d’autres franges du mouvement social, ici ou aux Champs-Élysées, une colère et une contestation qui va en grandissant.

    Il faut le reconnaître, l’explosion des gilets jaunes sur la scène politique écrase notre actualité comme elle a écrasé la manifestation féministe « #NousToutes », qui a pourtant mobilisé plus de 40 000 personnes.

    Il faut le dire également, les gilets jaunes ne sont pas nos ennemis radicaux comme ils ne sont pas nos alliés naturels. Nous partageons avec eux le problème de la vie chère, l’inquiétude de la guerre sociale déclarée contre les plus démunis et une critique radicale du gouvernement Macron. Si nous convergeons tactiquement avec eux sur ces points précis et si nous endossons ce mot d’ordre : « Macron démission », nous divergeons sur le caractère social-chauvin de leur plateforme dont celui qui demande plus de moyens à la police ou plus de répression contre les migrants.

    Je le répète ici, le chauvinisme franchouillard ne souillera pas les héritiers de Rosa Parks. En effet, si nous menons un combat antiraciste, celui-ci sera toujours articulé à un anti-impérialisme sans concession. Sinon, nous ne serions que de vulgaires intégrationnistes, des aspirants à la blanchité ou, pour le dire autrement, des #GiletsJaunes qui, si l’on en croit leurs revendications, cherchent à améliorer leur sort à l’intérieur du cadre national sans s’interroger sur les conditions géopolitiques objectives qui permettent notre confort plus ou moins relatif à l’intérieur de l’Hexagone. Peu leur importent les guerres faites par la France pour maintenir son hégémonie politique et économique sur le monde, peu leur importe le commerce juteux des ventes d’armes à l’Égypte ou l’Arabie Saoudite, peu leur importe la surexploitation des Africains pour l’extraction et le pillage des matières premières nécessaires pour la préservation de nos emplois. Comme l’a dit ce frère africain : « ce n’est pas le carburant qui coule dans vos voitures, c’est le sang des Africains. »

    C’est la raison pour laquelle l’antiracisme du collectif Rosa Parks est un #antiracisme anti-impérialiste. Et si cette exigence s’impose à nous, elle doit aussi s’imposer aux gilets jaunes ou au mouvement social dans son ensemble, comme elle doit s’imposer aux féministes et aux organisatrices de la manif « Nous Toutes ». L’alliance durable entre les « beaufs » et les « barbares » se fera à ces conditions.

    Nous disons ici :
    Pas d’antiracisme sans anti-impérialisme.
    Pas d’anticapitalisme sans anti-impérialisme.
    Pas de féminisme sans anti-impérialisme.

    Notre autonomie n’est donc pas une coquetterie. C’est une exigence supérieure. Mais celle-ci ne doit pas nous confiner au dogmatisme politique.

    C’est pourquoi aujourd’hui nous nous mobilisons à la fois contre, avec et séparément des gilets jaunes. Contre eux à cause de leur chauvinisme. Avec eux contre Macron et contre la répression dont ils sont victimes. Séparément pour affirmer notre projet : Justice, Dignité ou rien !

    Houria Bouteldja, membre du PIR

    #LesGantsNoirs #FormonsUnSeulBloc"


    Chez "nos amis" les droitards/fachos :

    #GiletsJaunes : le 1er décembre en quelques images

    Ici à 2 minutes 30 environ :

    Ce qu'elle dit en fait, c'est être favorable à ce que fait... Macron : augmenter le net en rognant sur le brut ("on trouvera l'pognon ailleurs"...), mais en moins 'limité' ("ça a commencé à être fait mais c'est trop limité"). Le Pen = Macron en pire, point barre.

    Évidemment, ses petits fachos de soutiens ne sont pas contents LOL :

    #GiletsJaunes : le 1er décembre en quelques images et textes#GiletsJaunes : le 1er décembre en quelques images et textes

    Dans le même style :

    #GiletsJaunes : le 1er décembre en quelques images et textes

    [De fait, avec le Christophe Chalençon appelant à la prise de pouvoir militaire de Pierre de Villiers, l'ex-UNI ex-UMP et actuellement DLF Benjamin Cauchy ou encore l'inclassable et trouble (et dit-on ex... macroniste) Jacline Mouraud se sont finalement constitués les "Gilets Jaunes libres" ; autrement dit le rebut de tous les primo-porte-paroles autoproclamés qui voulaient un mouvement strictement sur des objectifs droitiers, et voient la situation leur échapper complètement... Représentant, de fait, l'option d'une sortie fasciste de la crise actuelle à l'intérieur même (enfin... soi-disant) du mouvement.]

    À Lyon :

    #GiletsJaunes : le 1er décembre en quelques images

    Paris : le nazi Yvan Benedetti a été viré du rassemblement des gilets jaunes samedi après-midi


    Tolosa/Toulouse :

    #GiletsJaunes : le 1er décembre en quelques images


    Bordeaux :

    #GiletsJaunes : le 1er décembre en quelques images

    Marseille :



    Sur les groupes Gilets Jaunes, des gens "tain les casseurs arrêtez faites chier quoi" ; et en réponse BEAUCOUP, beaucoup, vraiment beaucoup de "oui mais en même temps C'EST COMME EN 68 si on veut se faire entendre il faut passer par là" :

    #GiletsJaunes : le 1er décembre en quelques images et textes#GiletsJaunes : le 1er décembre en quelques images et textes#GiletsJaunes : le 1er décembre en quelques images et textes#GiletsJaunes : le 1er décembre en quelques images et textes#GiletsJaunes : le 1er décembre en quelques images et textes#GiletsJaunes : le 1er décembre en quelques images et textes#GiletsJaunes : le 1er décembre en quelques images et textes#GiletsJaunes : le 1er décembre en quelques images et textes


    https://www.mediapart.fr/journal/france/011218/la-bataille-de-l-egalite

    La révolte des « gilets jaunes » est un événement pur : inédit, inventif et incontrôlable. Comme tout surgissement spontané du peuple, elle déborde les organisations installées, bouscule les commentateurs professionnels, affole les gouvernants en place. Comme toute lutte sociale collective, elle s’invente au jour le jour, dans une création politique sans agenda préétabli, où l’auto-organisation est le seul maître du jeu. Comme toute mobilisation populaire, elle brasse la France telle qu’elle est, dans sa diversité et sa pluralité, avec ses misères et ses grandeurs, ses solidarités et ses préjugés, ses espoirs et ses aigreurs.

    Devant l’inconnu, la première responsabilité du journalisme est, avant de juger, de donner à entendre pour chercher à comprendre. C’est ce que Mediapart s’est efforcé de faire depuis le début en prenant le temps d’aller y voir, au plus près du terrain, rencontrant une diversité de motivations, de générations et de milieux, montrant l’implication inédite des retraités et la forte présence des femmes (lire notamment les reportages de Mathilde Goanec et François Bonnet). En ne se limitant pas à la chronique fait-diversière des incidents racistes, anti-migrants ou anti-journalistes, qui ont parfois émaillé et discrédité la mobilisation, nos reportages ont ainsi mis en évidence l’authentique conscience politique qui traverse cette révolte spontanée : d’une part, la perception aiguë de l’injustice sociale ; d’autre part, l’exigence forte d’une démocratie radicale.

    La question fiscale a servi de révélateur social. Tout un peuple a compris que le pouvoir sorti des urnes en 2017 assume sans vergogne une politique au bénéfice d’intérêts économiques socialement minoritaires. Emmanuel Macron a sciemment appauvri l’État au bénéfice des ultra-riches, tout en faisant peser sur les revenus du plus grand nombre les conséquences d’une politique de classe qui ruine triplement les solidarités : en affaiblissant les services publics de tous, en allégeant les impôts d’une minorité et en augmentant ceux de tous les autres. Largement documentée sur Mediapart (lire notamment les articles de Romaric Godin), la froideur des chiffres s’est soudain muée en chaleur des indignations.

    Le 2 août dernier, avant même que survienne la révolte des « gilets jaunes » contre la taxe carbone, le ministère des comptes publics publiait la situation du budget de l’État à fin juin 2018, soit à la moitié de l’année. Comme l’a d’emblée souligné Alternatives économiques, il en ressortait déjà qu’à périmètre constant, les recettes fiscales avaient reculé de 2,4 % par rapport au premier trimestre 2017, baisse qui, en volume, est en réalité de 4,5 %, si l’on tient compte de l’inflation, soit un trou énorme de 14 milliards d’euros sur l’année. Or ce recul est dû, et seulement dû, à l’injustice fiscale de la politique gouvernementale : tandis que les taxes qui pèsent sur le plus grand nombre ont continué d’augmenter, la chute des recettes fiscales vient des cadeaux faits aux entreprises et aux fortunés. À périmètre constant, entre le premier semestre 2017 et le premier semestre 2018, leur recul est de 10,5 % pour l’impôt sur les sociétés et de carrément 39 % pour l’impôt de solidarité sur la fortune, supprimé pour un impôt sur la fortune immobilière, les droits de succession et l’imposition du capital !

    Les « gilets jaunes » ne se révoltent pas contre l’impôt mais contre son injuste répartition. La meilleure preuve en est qu’ils demandent des services publics dotés et accessibles, défendent à leur tour ce qui fait tenir ensemble une société – des écoles, des hôpitaux, des commissariats, des transports, etc. Comme tout un chacun, ils savent que ces services publics sont financés par l’impôt, cette « contribution commune indispensable » dont la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 rappelait déjà, en son article 13, qu’« elle doit être également répartie entre tous les citoyens, en raison de leurs facultés ». Ce qui n’est plus supportable, c’est qu’elle soit, tout au contraire, inégalement répartie. Ce qui n’est pas admissible, c’est que le peuple acquitte de plus en plus d’impôts, alors même que l’État réduit les services qu’il lui rend, à cause de l’ampleur considérable des cadeaux fiscaux consentis aux entreprises et aux très riches.

    L’autre lucidité politique portée par cette révolte concerne le déni de démocratie. L’usage égalitaire des réseaux sociaux, le refus des récupérations partisanes, la volonté de filmer les rencontres avec les autorités, l’élaboration collective de cahiers de doléances, l’invention spontanée de nouveaux modes d’action, etc. : autant de symboles d’une exigence démocratique nouvelle, quelles que soient les tensions ou les contradictions qui la traversent. Soudain, le peuple s’empare de la question institutionnelle qui, dès lors, prend vie et corps au-delà des programmes politiques et des colloques savants. Par l’évocation de référendums, l’exigence de concertation, la demande de délibération, les « gilets jaunes » disent que la démocratie ne se réduit pas au droit de vote. Et qu’une démocratie où le peuple souverain perd tout pouvoir une fois qu’il a voté, congédié du débat politique et invité à faire silence, n’en est plus une.

    Cette exigence radicalement démocratique affronte de plein fouet l’aveuglement monarchique de la présidence Macron. Après s’être faite sur la promesse d’une « révolution démocratique profonde » (sic), l’improbable élection d’un outsider de la politique professionnelle s’est traduite par une accentuation des pires travers de cette dernière sous la Ve République : pouvoir d’un seul se comportant en propriétaire de la volonté de tous ; personnalisation autoritaire de la décision politique autour du « moi » présidentiel ; majorité soumise aux désirs, erreurs et errements du monarque élu, jusqu’à tolérer l’affaire Benalla ; clientèle d’intérêts privés largement récompensée par une présidence absolutiste qui s’en fait la fondée de pouvoir au détriment de l’intérêt commun.

    Emmanuel Macron n’est évidemment pas le premier président à illustrer cette régression démocratique. Mais deux caractéristiques de sa présidence aggravent son cas, au point de nourrir un rejet passionnel et virulent qui évoque, alors qu’il est encore au début de son quinquennat, la toute fin de la présidence de Valéry Giscard d’Estaing (1974-1981). Ce sont d’abord les circonstances de son élection face à l’extrême droite : au lieu de prendre en compte le sens de ce vote (nous le lui avions rappelé avant son élection), qui n’était pas d’adhésion massive mais d’obligation contrainte, au lieu de tenir compte de sa diversité et de ses contrastes par une pratique participative et délibérative du pouvoir, il s’est comporté comme si son socle de 18 % des électeurs inscrits du premier tour lui donnait un chèque en blanc pour agir, fût-ce au détriment des 82 % restants (nous le lui avons de nouveau rappelé un an plus tard).

    À cette inconscience irresponsable, tant pour l’avenir elle fait, de nouveau, le jeu de l’extrême droite, s’est ajouté un exercice personnel du pouvoir tissé de morgue et de mépris. S’il va volontiers au contact, ce président-là ne peut s’empêcher d’y faire la leçon. Il prétend savoir par avance, et mieux que les premiers concernés, ce qui est bon pour le peuple, qu’il évoque souvent comme s’il lui était extérieur, sinon étranger – ah, ces « Gaulois réfractaires » ! Cumulant mépris de classe – les plus riches – et de caste – les plus diplômés –, il incarne, par son comportement dans l’exercice du pouvoir, une politique de l’inégalité où il y a des supérieurs et des inférieurs, des esprits forts et des volontés faibles, des inclus et des exclus, des vernis et des malchanceux. L’idéologie de la réussite individuelle, au détriment des solidarités collectives, épouse l’hybris d’une aventure personnelle, cette démesure qui ne s’autorise que d’elle-même.

    Du terrain fiscal – la question sociale – au débat politique – la question démocratique –, le mouvement des « gilets jaunes » renouvelle l’exigence d’égalité qui a toujours été le ressort des combats émancipateurs. Le 10 décembre prochain, on fêtera l’adoption à Paris, il y a 70 ans, de la Déclaration universelle des droits de l’homme, dont l’affirmation préalable que « tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits » se traduit en exigences démocratiques et sociales déclinées en 30 articles. Ce droit d’avoir des droits, de les défendre, de les revendiquer et de les inventer, ouvre en grand les possibles politiques, déplaçant des montagnes de conservatisme, bousculant des siècles de préjugés, renversant des dominations qui se croyaient inébranlables. Car c’est un énoncé sans frontières qui se dresse face à tous les tenants des inégalités naturelles : sans distinction d’origine, de condition, d’apparence, de croyance, de sexe ou de genre, nous sommes égaux en droits et en dignité.

    Selon sa traduction politique, ce « n’importe qui » démocratique est au cœur de l’avenir du mouvement des « gilets jaunes ». La sympathie active que lui déclarent droites et extrêmes droites entend l’entraîner vers une égalité trahie, celle où ne sont concédés des droits qu’à celles et ceux qui nous ressemblent, dans l’entre-soi des identités closes et fermées, repliées sur elles-mêmes, excluant les autres dans la diversité des préjugés – xénophobes, racistes, sexistes, homophobes, etc.

    À l’inverse, les convergences revendiquées par les mouvements sociaux dans leur pluralité plaident pour un surgissement des causes communes de l’égalité : salariés en lutte, comme le sont ces temps-ci les infirmières et les travailleurs des raffineries ; étudiants et lycéens contre l’augmentation des frais universitaires ; femmes de #NousToutes contre les violences sexistes et sexuelles ; populations discriminées en raison de leur origine, de leur apparence ou de leur croyance, à l’instar du mouvement #RosaParks ; gays et lesbiennes pour l’ouverture de la PMA à tous ; solidaires et hospitaliers en défense de l’accueil des migrants, etc.

    L’avenir n’est pas écrit, tant ici l’événement est maître, sans avant-garde autoproclamée ni appareil dominant. Mais, plutôt que de tenir à distance cet inédit qui les déborde et les dépasse, tous les tenants d’une République démocratique et sociale devraient mener cette bataille de l’égalité auprès des « gilets jaunes » et avec eux. S’abstenir, rester spectateur ou dubitatif, en retrait ou en réserve, ouvrirait encore plus la voie aux forces de l’ombre qui, aujourd’hui, en France et en Europe, comme à l’échelle du monde entier, entendent remplacer l’égalité par l’identité, le droit de tous par le privilège de certains.


    1 commentaire

  • [27/12] "Classement des revendications à Toulouse après l’AG des gilets jaunes... Et là c’est la surprise, je relis, je relis encore mais y a pas 'instaurer une dictature', 'tuer les Juifs, les Arabes et les homos'... Mais que va faire BFM ? Un Photoshop ?"

    #GiletsJaunes

    Prouvènço, 20/12/2018

    Gilets jaunes Marseille centre-ville, bulletin quotidien d’info

    Jeudi 20 décembre

    Action de blocage à la SEITA de Vitrolles ce matin, de 5h à 13h. En ce jour où les policiers obtiennent des augmentations grâce à notre mouvement, la commissaire a fait du zèle et a pris sur son jour de repos pour venir nous déloger.

    Une action qui s’est menée sous haute surveillance : la Police avait peur d’éventuels braquages... La Seita, c’est Fort Knox ! Des armées de condés, mais les GJ n’ont rien lâché et aucun camion n’est sorti, sauf deux camions à vide.

    Répression et organisation

    Aujourd'hui La Ciotat a été en tête d'affiche. Il y a 19 jours, huit Ciotadens avaient refusé la comparution immédiate. Ils avaient été placés en mandat de dépôt. Tout jouait contre eux, d'une part certains s'étaient filmés sur Facebook, d'autre part certains d'entre eux avaient été arrêtés en possession de gants, matraques, et autres. Seulement voilà lorsqu'un mouvement est fort, et que tout le monde est solidaire, eh bien on a plus de chances de s'en sortir.

    Quelle démonstration de force des Ciotadens cet après-midi : près d'une centaine d'entre eux s'étaient mobilisés pour soutenir les soi-disant casseurs. Ils sortent libres, sous contrôle judiciaire.

    Dans la même journée, un lycéen de Périer a pris 3 mois ferme pour des violences, alors qu'aucun policier accusateur n'a eu la moindre interruption de travail. Le dossier était vide, en tout cas bien plus vite que celui des Ciotadens : casier vierge, jet de bouteille vide... Seulement voilà, pour des raisons qu'on ne développera pas ici, le copain lycéen n'a pas eu droit à un rassemblement de soutien. Au tribunal c'est comme au boulot: sans la solidarité tes collègues, tu perds toujours.

    Bien entendu, pendant ce temps-là, les force de répression ne sont pas restées les bras croisés. Pendant que tout le monde soutient les copains à Marseille, la police intervient sur le péage du haut de La Ciotat et embarque Aïssa, un des copains présents au moment de l'intervention.

    L'attaque du péage n'est pas due au hasard. Cela a lieu dans toute la région : les CRS tentent en ce moment d’évacuer le rond-point de Morales à Port-de-Bouc, sont intervenus à la Barque il y a quelques jours, Pont de l'Étoile, La Ciotat, Avignon, bref de partout où on tente de s'organiser.

    Depuis quelques jours, les interventions des flics sur les lieux de blocage se font moins courtoises : gazage, matraquage, arrestations, voilà le dialogue systématique qui s’engage avec les autorités.

    Cette violence se poursuit au tribunal où comparutions immédiates et mises sous mandats de dépôt se succèdent.

    Les peines prononcées sont d’une lourdeur disproportionnée au regard des faits reprochés, la seule logique c’est celle de la dissuasion, le but est de faire mal, de faire peur : d’un côté la figure du casseur pyromane assoiffé du sang de Vinci, qui sert à légitimer les mutilations infligées aux manifestants tous les week-end depuis un mois, de l’autre des gilets jaunes seraient plus raisonnable et condamneraient les actions supposées violentes d’une partie des leurs.

    La violence nous l’avons découverte en manif, sur les lieux de blocage au contact des forces répressives employées pour nous faire taire. Aucune dissociation avec les interpellés.
    Si vous êtes témoins d’une arrestation lors d’une tentative de déblocage ou en manif appeler ce numéro: 07.53.24.35.51.

    À Toulouse une action à été menée par les GJ avec blocage d’un restau du groupe ELIOR. Ce groupe de triste mémoire pour ses employés Marseillais, qui viennent d'être condamnés en cassation à rembourser des dommages et intérêts qui avaient été attribué en première instance. La firme et sa bande d'avocats ont obtenu la restitution de 2,8 million d'euros ! Il serait temps de montrer à Elior de quel bois on se chauffe, ici aussi...

    Solidarité avec les incarcérés. Les laisser seul c’est s’affaiblir.

    Point d’information/organisation du lundi au vendredi de 17h30 à 19h
    à l’angle de la Canebière et de la rue de Rome.

    - On veut organiser des rassemblements pour les gilets jaunes emprisonnés, faire des rassemblements devant les maisons d’arrêt, rentrer en contact avec les familles, les proches... Ceux qui veulent y participer peuvent nous contacter.

    - On demande à toutes les personnes de Marseille de se joindre à nous pour faire un point fixe permanent et une réunion d’organisation, parce qu’on a maintenant le nombre pour exister dans la ville.

    DEMAIN : Covoiturage à Marseille allées Gambetta à 4h30 pour partir en action. Proposez vous, contactez nous.

    *********************************************************************************

    La liste des revendications des "représentants des Gilets Jaunes" (à la représentativité tout de même assez contestée par la base...) sur la QUESTION MIGRATOIRE :

    http://ekladata.com/qOY4iOZ_HTLq5txTD1wiK_rv1Bo/Zero-SDF.pdf

    "• Que les causes des migrations forcées soient traitées.

    • Que les demandeurs d'asile soient bien traités. Nous leur devons le logement, la sécurité, l'alimentation ainsi que l'éducation pour les mineurs. Travaillez avec l'ONU pour que des camps d'accueil soient ouverts dans de nombreux pays du monde, dans l'attente du résultat de la demande d'asile.

    • Que les déboutés du droit d'asile soient reconduits dans leur pays d'origine.

    • Qu'une réelle politique d'intégration soit mise en œuvre. Vivre en France implique de devenir français (cours de langue française, cours d'histoire de France et cours d'éducation civique avec une certification à la fin du parcours)."

    - Un truc dont la solution s'appelle la révolution anticoloniale et anti-impérialiste mondiale.

    - Un truc qui est le minimum d'humanisme qu'on pouvait attendre.

    - Un truc impossible à mettre en œuvre, tout le monde ou presque est débouté ; déjà l’État trouvera ça trop cher et deuxièmement, les gens qui ont quitté leur pays pour de bonnes raisons dans tous les cas, c'est pas pour y retourner, donc ils vont pas te le dire c'est quoi leur vrai pays, pauvre nœud ; c'est pour ça que la plupart des reconduites se font à la frontière immédiate (pour essayer de revenir dès le lendemain).

    - Pas d'intégration possible à un truc qui n'existe pas, la France ça n'existe pas, la France c'est une prison des peuples déployée sur 1000 ans à partir des environs immédiats de Paris, la France c'est de la merde, en finir avec la France.

    Lire : recueil-d-articles-ou-est-abordee-la-question-migratoire

    ******************************

    Aujourd'hui mercredi 28/11 à Lyon, une initiative dont on n'a pas encore d'information sur le succès, mais d'un genre à multiplier partout !

    Quoi, en effet, de plus scandaleux que le prix des transports en commun dans certaines villes, les contrôles permanents et les amendes à des personnes qui n'ont parfois simplement... pas eu le temps de valider leur ticket avant que le chauffeur ne bloque les machines !!

     

    MER, 28 NOV

    Transports communs gratuits Blocage des machines à Perrache  

    "Pour un transit écologique, pour la gratuité des transports en commun (1€90 le ticket en ce moment, en attendant l'augmentation imminente !) : blocage des machines oblitératrices à la station de métro Perrache."

    ***********************************************

    Articles de presse, réflexions/analyses et témoignages directs de la journée du 24 novembre :


    - Revue de presse sur les évènements qui ont secoué la capitale :


    - L'analyse de Rafik Chekkat sur le site État d'Exception (peut-être l'une des plus complètes et meilleures du moment) :

    http://www.etatdexception.net/de-quelle-couleur-sont-les-gilets-jaunes/

    Une femme noire insultée et prise à partie, un couple d’homosexuels humilié, une femme musulmane forcée de retirer son voile, des migrants raillés et remis aux gendarmes, des tabassages en règle, des Marseillaises entonnées à pleins poumons, des bloqueurs qui applaudissent les forces de l’ordre et ne cachent pas leur sympathie pour Marine Le Pen…

    Les violences et prises de position de ce type, qui se sont multipliées depuis la première journée d’action du 17 novembre et les jours suivants, ont de quoi nous faire sérieusement réfléchir sur la teneur et l’évolution du mouvement des « gilets jaunes ». La cour assidue que lui font des personnalités politiques d’extrême-droite n’arrange rien à l’affaire.

    Alors de quelle couleur sont au juste ces « gilets jaunes » ? Y répondre signifie examiner la composition raciale d’un mouvement spontané et hétérogène qui ne s’est pas construit sur des bases racistes mais qui laisse toutefois un espace pour que s’exprime le racisme. Il s’agit également d’interroger la coloration politique d’une mobilisation qui échappe – pour le moment –aux grandes centrales syndicales, aux partis, ainsi qu’aux catégorisations politiques classiques, et qui apparait comme un exutoire pour des colères éparses mais réelles.


    A16 : les dockers du port de Calais se joignent aux gilets jaunes

    Pour qui ces violences sont-elles minoritaires ?

    Rapportés aux 300 000 bloqueurs répartis le 17 novembre sur quelque 2 000 sites, les actes de violence mentionnés plus haut ont été qualifiés de « minoritaires », y compris par celles et ceux qui les ont condamnés fermement[1]. Mais pour qui ces actes sont-ils minoritaires ? Qu’est-ce que cela peut bien faire à une femme traitée de « sale noire » de savoir qu’ailleurs, sur d’autres sites, cela se serait sans doute mieux passé pour elle ?

    La perspective d’actes isolés et minoritaires est de celles qui nient toute subjectivité aux victimes. Doit-on qualifier d’anecdotique la mort d’une centaine de femmes chaque année, tombées sous les coups de leurs compagnons, au motif que des dizaines de millions de femmes sont toujours en vie ou que quantité d’hommes ne lèvent pas la main sur leur compagnes ? Et que dire alors des crimes policiers, des agressions racistes, homophobes ? A partir de combien d’actes de violence de ce type cela devient-il grave, préoccupant ?

    Répondre « pas tous les gilets jaunes », de la même manière qu’on rétorque « pas tous les Blancs » (lorsqu’on parle de racisme), « pas tous les hommes » (lorsqu’on parle du patriarcat), « pas tous les Arabes » (quand on parle de négrophobie), traduit la volonté d’ignorer l’expérience vécue par les victimes et de ramener la discussion vers des entités plus vastes qu’il s’agit alors de dédouaner (le pays, le groupe communautaire, etc.).

    Indétermination politique

    Nous comprenons que des personnes appartenant à des groupes minorés puissent alors rejeter en bloc le mouvement des « gilets jaunes » et refuser de s’y mêler. Mais nous pensons aussi qu’au moment où nous écrivons ces lignes, la situation n’est pas figée.

    A Quimper, la sympathie pour la police a laissé place à des affrontements violents avec les forces de l’ordre venues déloger sans ménagement les bloqueurs[2]. A Saint-Nazaire, les « gilets jaunes » ont lancé un appel sans équivoque[3]. La hausse du SMIC et le rétablissement de l’ISF figurent parmi les revendications des bloqueurs à La Réunion. On compte parmi les « gilets jaunes » de Marseille des personnes mobilisées contre l’habitat indigne…

    L’idée n’est pas d’opposer à travers ces quelques exemples une face lumineuse des blocages à une autre plus sordide, mais de relever que ce mouvement, qui s’écarte des sentiers balisés de la contestation, part réellement dans tous les sens. Porté par des personnes qui se sentent écrasées et dépossédées, il traduit un élan collectif et un réel espoir de changement (même confus). Il charrie aussi avec lui les rapports de domination existants dans la société. Son caractère horizontal, désordonné, l’expose à ces violences. Mais, répétons-le, la situation n’est pas figée.

    (©Photo d’illustration – Le Républicain Sud-Gironde)

    Le fond de l’air est raciste

    Et puis, à qui ferons-nous croire que nous sommes surpris de voir des manifestations de racisme parmi les « gilets jaunes » ? N’y a-t-il pas au sein de ce mouvement autant de violence et de racisme qu’il y en a au sein de n’importe quel tribunal ou de n’importe quelle école de France ?

    A ceci près que la violence des « gilets jaunes » s’exprime de manière crue et directe, et s’expose à une dénonciation immédiate sur les réseaux sociaux. Juges et professeurs (nous aurions pu prendre d’autres exemples) bénéficient en revanche de tout le poids de l’institution et disposent d’un arsenal juridique et symbolique de violences qu’ils peuvent exercer au quotidien sur les justiciables, les élèves ou leurs parents.

    Bien évidemment qu’il y a eu et qu’il peut encore y avoir des actes racistes au cours des blocages. Dans le contexte actuel, la question serait plutôt comment pourrait-il ne pas y en avoir. Sans vouloir minimiser ou relativiser les violences commises, pourquoi devrions-nous tirer un bilan définitif des unes alors que nous vivons au quotidien sous l’effet des autres ? « En vérité, écrivait Frantz Fanon, y a-t-il donc une différence entre un racisme et un autre ? Ne retrouve-t-on pas la même chute, la même faillite de l’homme[4] ? »

    Frantz Fanon

    La contestation, un privilège ?

    Le mouvement des « gilets jaunes » met en branle des populations dont on peine à trouver le dénominateur commun, sinon qu’elles sont animées d’une défiance plus ou moins grande vis-à-vis des partis, qu’elles revendiquent une baisse des taxes et la démission de Macron (parfois les deux), et qu’elles vivent principalement en milieu rural, en banlieue ou dans un entre-deux périurbain. Et puis qu’elles sont majoritairement blanches. Et cette donnée a son importance.

    Dans une société structurellement raciste, tout mouvement collectif d’envergure se doit d’apparaitre neutre du point de vue racial (c’est-à-dire d’être très majoritairement blanc) sous peine de se voir qualifié de « communautariste ». Et même quand le mouvement est majoritairement porté par des Blanc.he.s, il est des questions (liées aux réfugié.es, à l’islam, à la police, etc.) qui sont jugées clivantes et qu’il est conseillé de ne pas mettre en avant si le mouvement veut bénéficier de relais médiatiques et politiques.

    Au cours des derniers jours, de nombreuses comparaisons ont été faites entre le traitement médiatique et policier réservé aux révoltes de l’automne 2005 et celui jugé plutôt complaisant à l’égard des « gilets jaunes » (même si en certains points la répression a pu être musclée et qu’en cas de prolongement du mouvement la tonalité du discours des médias dominants risque de changer). Pour compréhensibles qu’elles soient, ces comparaisons opèrent un nivellement par le bas et finissent par qualifier de privilège (ne pas subir de féroce répression et être disqualifié dans les médias) ce qui devrait être de mise pour tout mouvement social.

    Le traitement médiatique et policier des contestations se fait – en partie – sur la base de critères racistes[5]. L’île de La Réunion est depuis quelques jours totalement paralysée sans que la presse ne s’en fasse particulièrement l’écho. La situation atteint pourtant un point critique : le couvre-feu a été décrété, la répression des forces de l’ordre est particulièrement brutale et les autorités encouragent même les commerçants à former de véritables milices pour lutter contre des violences qualifiées d’ « illégitimes ». Or le contexte économique, basé sur les relations de type colonial que la France entretient avec cette île de l’Océan Indien, est tout à fait différent de celui de la métropole. Les prix y sont en moyenne 7% plus chers qu’en France métropolitaine, le taux de chômage des 15-64 ans dépasse les 35% tandis que le taux de pauvreté avoisine les 40%[6]. Cela explique pourquoi ce sont les franges les plus pauvres de la population qui se trouvent actuellement en première ligne de la contestation.

    David Chane/Quotidien de la Réunion/MaxPPP

    Cassandre et augures de gauche

    Ce qui se passe en ce moment à La Réunion nous montre comment des demandes tout à fait légitimes sont disqualifiées et réprimées. Dans un tout autre contexte, combien de personnes ont refusé de soutenir les aspirations des populations syriennes au motif que parmi les opposant.es à Bachar al-Assad figurent des éléments jugés infréquentables ? Après tout, nous pouvons rejeter en bloc le mouvement des « gilets jaunes » avec la même morgue et la même bonne conscience que celles et ceux qui ont rejeté tout aussi en bloc les mots d’ordre et réalisations des révolutionnaires syrien.nes, tirant prétexte des ingérences étrangères, de l’intervention de groupes « djihadistes », de la « complexité » de la situation, etc.

    En Algérie, la séquence politique ouverte à la faveur des révoltes d’octobre 1988 (dont nous venons de célébrer le trentième anniversaire), a vu un certain nombre de forces politiques concurrentes appeler à une réforme constitutionnelle pour mettre fin au régime de parti unique  et instaurer des élections, la liberté de la presse, de réunion, etc. Fallait-il, au nom d’un certain purisme, condamner en masse les révoltes au motif que l’agitation créée pourrait bénéficier à des acteurs politiques jugés peu fréquentables ? Combien de démocrates ont préféré soutenir le statu quo dictatorial en Tunisie et en Egypte au nom de la lutte contre le « péril islamiste »?

    Et puis lors des révoltes de l’automne 2005, souvenons-nous des tribunes et prises de position médiatiques qui s’étaient multipliées pour dénoncer l’apolitisme et le « communautarisme » des révoltés, le caractère aveugle des violences et dégradations commises. « Pourquoi brûlent-ils la voiture de leur voisin ? », « mais qu’est-ce qui leur prend de s’attaquer à une bibliothèque, à une crèche ? », pouvait-on lire ou entendre alors.

    En voyant dans tout mouvement populaire qui lui échappe le retour de la « bête immonde », dans toute mobilisation pour la Palestine la manifestation d’un antisémitisme virulent, ou derrière toute velléité d’organisation politique en « banlieue » la marque d’un dangereux « communautarisme », une grande partie de la gauche s’est détournée du sort de franges entières de la population et se montre de plus. Pour que les subalternes obtiennent ses faveurs, leur lutte se doit d’être diaphane. Avec des effectifs de plus en plus réduits, cette gauche qui se veut progressiste est réduite à l’heure actuelle aux rôles de Cassandre et d’augures :

    Longtemps, « la gauche », sous toutes ses espèces, s’est présentée aux yeux du peuple comme vecteur, incarnation de tous les possibles politiques, de tous les programmes de renversement de l’oppression, de toutes les utopies et autres « alternatives ». Aujourd’hui, l’habit de lumière de toutes ces espérances est en lambeaux, mais « la gauche » conserve cette ultime réserve de légitimité : à défaut d’incarner un autre avenir possible, elle persiste en tant que conservatoire du « moindre mal », et c’est là son dernier et misérable sortilège[7].

    Pour conclure (provisoirement)

    A la veille du second tour de la présidentielle, d’aucuns nous promettaient d’en finir avec Le Pen dans les urnes et de s’occuper ensuite de Macron dans la rue. Aujourd’hui que l’occasion leur est donnée d’ébranler sérieusement la majorité présidentielle, ces mêmes personnes ne trouvent pas de mots assez durs pour condamner de manière définitive l’ensemble des « gilets jaunes ».

    Personne ne soutient que les violences qui ont eu lieu lors des blocages sont anecdotiques et qu’il nous faut à tout prix nous y exposer et nous en satisfaire. Nous avons quantité de raisons de nous détourner de ce mouvement. Personne ne nous en voudra si nous restons chez nous à compter les points en jouant à la police des mœurs progressistes. Nous pouvons à l’inverse prendre le pari, comme beaucoup l’ont déjà fait, d’accompagner le mouvement (en son sein ou à côté) afin d’amplifier la contestation[8].

    Une chose est certaine : si nous attendons qu’un mouvement soit parfaitement homogène et réponde à toutes nos attentes pour y prendre part, nous risquons d’attendre longtemps. Car la politique prend précisément naissance « dans l’espace-qui-est-entre-les-hommes » et « se constitue comme relation[9]. » Entre un soutien béat et une disqualification définitive se dessine la ligne de crête sur laquelle nous devons avancer.

    Un gilet jaune à Caen / © CHARLY TRIBALLEAU / AFP

    Notes

    [1] Gilets jaunes : on y va?, Expansive.info, 20 novembre 2018.
    [2] Les gilets jaunes à l’épreuve des agressions racistes et homophobes, Rouen dans la rue, 19 novembre 2018.
    [3] https://www.facebook.com/jeanmarc.watellet/videos/10205352948579477/.
    [4] Frantz Fanon, Peau noire, masques blancs, éditions du Seuil, 1972, p. 70.
    [5] Les contestations impulsées par des « racisé.es » ne sont évidemment pas les seules à faire l’objet d’un traitement d’exception. Les grands médias se montrent particulièrement partiaux et virulents dans leur couverture de certains mouvements sociaux, à travers notamment leur focalisation sur les « casseurs », l’ « essoufflement », le « ras-le-bol » d’une population « prise en otage », etc. Ces procédés de disqualification se font presque toujours dans un contexte de forte répression policière.
    [6] D’après les statistiques établies par l’Insee : https://www.insee.fr/fr/statistiques/1405599?geo=DEP-974.
    [7] Alain Brossat, Le sacre de la démocratie, Anabet éditions, Paris, 2007, p. 130.
    [8] Tenter de ramener les « gilets jaunes » dans le giron des mobilisations balisées (du type manifestations), ou pousser pour qu’il se structure en vue de lui donner un débouché électoral, n’est certainement pas lui rendre service.
    [9] Hannah Arendt, Qu’est-ce que la politique ?, Paris, Éditions du Seuil, 1995, p. 42-43.


    - Quelques réflexions nôtres sur tout cela et (le grand débat évidemment à l'"extrême-gauche") le "classement" politique du mouvement :

    "Histoire qu'on se comprenne bien sur ce que nous pensons de tout ça :

    Pour nous ce mouvement est tout de même largement encadré par l'extrême droite.

    C'est tout simplement le FN et autre ultra-droite qui essayent d'activer leur réseau de cadres tout beau tout neuf mis en place ces dernières années. Peut-être pas le tout premier appel (de Priscilla Ludosky) mais ils ont scruté le Net, sont tombés dessus et s'en sont emparés, sans quoi ce serait resté un bide comme il y en a 250 par jour sur les réseaux sociaux.

    Mais ça n'empêche pas (c'est ce que n'ont pas compris les gauchistes de salon et les empoweré-E-s sorosiens - donc macronistes fondamentaux - Humanity in Action comme on en croise ici et là dans les discussions) d'essayer de l'infiltrer pour leur foutre au cul le plus possible, voire les laisser gros-jean comme devant là où des jonctions sur une base disons du moins ouvrière (sur une base décoloniale on va dire qu'il ne faut pas rêver) se feraient. Ça oui."

    "Mais sinon, autant sur cette question de Fly Rider que celle de la composition de la journée de Paris, je vais te dire ce que je pense.

    Je pense que personne n'a fumé la datura stranium. Et que tout le monde a 'raison'.

    Il y a des cadres d'extrême droite, bien identifiés, pas de problème. Et puis il y a leurs ouailles... 'Patriotes' (bleu-blanc-rouge et Marseillaise), anti-système, confusionnistes, effectivement fascisants, donc tu as raison. Mais en même temps... et c'est ça qui est terrible dans le fascisme qui est une tendance et non une affaire de morale, ce ne sont pas des monstres. Ce ne sont pas (on découvre soudainement que ce ne sont pas quand on les approche) les caricatures qu'on s'en fait dans nos milieux. Et donc ceux qui disent les avoir côtoyé, avoir discuté avec sur les Champs et n'avoir rien perçu de franchement droitier/faf, voire avoir ressenti un discours ambiant plutôt de gauche, ont raison aussi, ne mentent pas et n'ont pas rêvé."

    "Si tu veux que je te dise : TOUS les dirigeants plus ou moins autoproclamés de ce mouvement sont apolitiques comme mon cul c'est du poulet.

    Tous roulent pour une boutique ou une autre, juste que parfois on ne s'en rend pas compte parce que c'est tellement groupusculaire que personne n'en a jamais entendu parler.

    Par contre ce qui est en train de se passer, c'est que la situation leur échappe. Très largement.

    Je pense pas que le plus optimiste d'entre eux attendait autant de monde en fait. Bien au delà de ses capacités à contrôler tout ce monde.

    C'est un peu comme le coup du gars qui met sa fête d'anniversaire sur Facebook et se retrouve avec 2.000 personnes devant chez lui lol"

    Ainsi sur Toulouse (Occitanie), le très droitier (ancien syndicaliste étudiant UNI, membre de Debout la France) porte-parole autoproclamé Benjamin Cauchy, manifestement rejeté dans ce rôle par la majorité des Gilets Jaunes locaux, a dénoncé sur BFM TV une "radicalisation" et une "infiltration" du mouvement (par la gauche radicale évidemment, dans son esprit) et annoncé s'en retirer pour fonder les "Citrons", un think tank anti-fiscal :

    https://www.bfmtv.com/mediaplayer/video/face-a-la-radicalisation-des-gilets-jaunes-benjamin-cauchy-lance-le-mouvement-citron-1120256.html

    "Au sujet de la liste de revendications parue lundi 26 (effectivement assez "poujadistes", mais bon, surtout portées par 8 individus sans réellement quoi que ce soit qualifiable de mandat démocratique pour les porter) :

    C'est un inventaire à la Prévert de revendications contre tout ce contre quoi les gens râlent, parfois des problèmes tout à fait sérieux, mais qui est impossible et surtout ne peut avoir de cohérence, est forcément antagonique entre une revendication et l'autre si on reste dans le cadre du capitalisme. C'est surtout ça le schmilblik.

    "Baisse des charges patronales" : ben carrément fin, dans le socialisme y a plus de patrons, comment pourraient ils payer des charges ?

    "Les charges", bon, TOUS les patrons (personnes salariant des gens) gueulent contre, même ceux du CAC40. Mais on va dire que le cri sur lequel on prendra la peine de se pencher est celui des PETITS patrons.

    Et eux ben (sans même parler des milliers d'auto-entrepreneurs aujourd'hui qui sont des salariés déguisés, mais bon eux n'ont pas de salariés donc pas de "charges" à ce niveau), quoi qu'on en dise, ce sont aussi les victimes de tout un système.

    Un système qui multiplie les petites entreprises qui travaillent pour les plus grandes, qui travaillent elles-mêmes pour les plus grandes encore, ce qu'on appelle la sous-traitance ou externalisation ; et ces petites entreprises consistent eh ben en des salariés au SMIC et pratiquement sans aucun droit (on peut aujourd'hui considérer le droit du travail inexistant au dessous de 20 salariés)... et un pauvre con qui se dévoue pour être le patron et qui bien souvent, TRÈS très souvent, gagne MOINS à la fin du mois que ses salariés au SMIC.

    Alors il dit qu'il en "marre des charges", normal. Sauf que ce n'est pas la solution bien entendu : les charges sont le salaire de ses salariés, leur salaire différé.

    La solution elle est d'en finir avec ce système, c'est à dire le capitalisme.

    "Lutter contre l'assistanat" : dans le socialisme il n'y a plus d'assistanat car plus d'armée de réserve dont on essaye de faire tout de même une force de consommation. Tout le monde a un travail digne et utile dont il vit dignement.

    "Fin des régimes spéciaux" : les régimes spéciaux sont des régimes de secteurs dont les syndicats ont mieux travaillé. Il n'y aura plus cette différence entre secteurs où les syndicats ont été forts et ceux où ils l'ont moins été. Tout le monde aura le même régime de retraite, nivelé par le haut."

    Disons que, en réalité, en ce 21e siècle et surtout dans ce qu'on appellera "l'opposition de droite" au macronisme (que l'on peut peut-être désormais prendre comme "borne" de référence), on a plus affaire à des mouvances qu'à des militants d'organisations bien précises et périmétrées.

    Il y a ainsi par exemple une mouvance "facho" au sens strict, "ultra-droite" comme dirait Castaner, sur laquelle personne "de gauche", de "progressiste" n'est susceptible de se méprendre ; comme Alexandre Gabriac par exemple, issu des Jeunesses Nationalistes de l'Œuvre Française, passé à Civitas (groupe catholique traditionnaliste très actif dans la Manif pour Tous, avec lequel il participe aux Gilets Jaunes en Savoie) et lié sans aucun doute au Bastion Social, à l'Action Française subitement ressuscitée ces dernières années (au moins un membre, au syle... metal/biker avec un foulard à fleurs de lys sur la tête, était présent à Lyon place Bellecour le 24) ; les choses se "recyclant" en permanence sous ces différents sigles.

    Et puis il y en a d'autres plus "confusionnistes" et "passe partout" ; voire, quand on dit "passe partout" on pense à une manœuvre consciente d'infiltration/manipulation, mais il peut en réalité s'agir d'individus totalement sincères sur ces idées, cette conception du monde qu'ils défendent.

    Ainsi par exemple le breton Maxime Nicolle "Fly Rider", dont nous avions partagé (avec quelques réserves esquissant déjà ce qui va suivre) la vidéo "contre le racisme et d'appel aux quartiers", pourrait nous sembler se situer (au doigt mouillé) quelque part entre le Cercle des Volontaires, Étienne Chouard, le site Les-Crises et Jean-Claude Michéa (à lire par exemple ici sur Les-Crises... et de fait, il ne dit pas non plus que des aberrations !), les idéologies de "démocratie directe" etc. ; faisant parfois référence (apparemment) à un "Conseil National de Transition" qui renvoie à celui d'Éric Fiorile et sa tentative (quelques dizaines de personnes) de "coup d’État pour la souveraineté populaire" le 14 juillet 2015, autrement dit une idéologie un peu "Wikileaks" de mise en place insidieuse (sur des arguments juridiques parfois hasardeux...) d'une "dictature totale de ceux d'en haut" et d'urgence pour "ceux d'en bas" de réagir et sauver la souveraineté populaire ; "intégratio-différentialiste" mettant en avant son expérience personnelle dans la dernière colonie directe de la Réunion (secouée d'ailleurs très fort par le mouvement, et de fait seul territoire à ce jour à avoir obtenu une - petite - victoire) comme modèle de "cohabitation de toutes les communautés sans s'prendre la tête et en mettant de côté les trous du cul" (entendre : "racailles" et "islamistes") sous les auspices de l'oriflamme tricolore ; réellement (et de manière selon nous néophyte), quoi que l'on puisse penser du fond, très très fin politique et jouissant par voie de conséquence d'un énorme succès sur Facebook.

    Ceci est en fait un révélateur de deux grandes questions qui traversent notre époque : la fracture raciale dans les classes populaires (avec le privilège blanc vis-à-vis des indigènes), et la question également prégnante du gauchisme postmoderne de contre-révolution préventive qui hégémonise la gauche radicale.

    Car ces gens (même ceux qui, comme Nicolle, agissent en "cadres" dans le mouvement actuel ne sont pas à notre sens des leaders politiques chevronnés, mais des "ouailles" des quelques intellectuels centraux de cette mouvance "confu") pourraient en fait être dans, ou du moins à la lisière du camp de la révolution s'ils n'étaient pas :

    - fondamentalement hostiles aux "p'tites racailles", à "trop" de migrants, et bien sûr apeurés du "terrorisme islamiste" (personne n'a vraiment envie de se faire truffer de plomb en buvant une mousse à une terrasse, me direz-vous) ; phénomènes indigènes dont ils n'ont pas d'analyse scientifique matérialiste, enfermés qu'ils sont dans leur privilège blanc occidental (dont ils ont d'autant moins conscience qu'ils peuvent arguer que leur vie n'est pas facile) ;

    - foncièrement rebutés par le postmodernisme campussier ambiant de l'extrême-gôche, et le spectacle que celle-ci donne de manière générale (entre-soi militant, division et chapellisme d'étiquette, mépris intellectuel des masses, imbécillité totale de certaines pratiques "ultra-révolutionnaires", routine et inefficacité des pratiques "classiques") ; l'impression, presque, parfois, d'avoir effectivement affaire à une "aile gauche" du "Système" gauche-caviar recyclé dans le macronisme.

    Reste dans tous les cas, comme faits certains que :

    - Un mouvement "apolitique" relève du mythe. Affronter un gouvernement qui mène une politique, est politique. On peut certes considérer judicieux, lorsqu'une masse populaire subit un même problème ou ensemble de problèmes donnés, de ne pas cliver et diviser cette masse, rejeter des gens hors du mouvement selon qui a voté quoi (ou pas voté : abstention, blanc, nul) aux dernières élections (beaucoup pour ne pas dire l'immense majorité de ces choix dans l'urne ayant de toute façon été une erreur...), en essayant de "coller" au maximum à la problématique donnée et en ne mettant pas en avant d'agenda de "recrutement" partisan trop évident. Mais dès qu'il y a un mouvement pour ou contre quelque chose il y a évidemment politique, et de plus, plus tôt que tard va se poser la question de la bonne approche, des bonnes méthodes à adopter, des bonnes solutions au problème à revendiquer, ce qui va encore donner lieu au sein même du mouvement à des débats politiques. Les figures de proue, militants chevronnés de longue date ou improvisés sur le tas, ont des idées et une conception du monde et sont qu'ils le veuillent ou non des leaders politiques. L'on voit simplement une forme de "sélection naturelle" s'opérer (au nombre de likes, de followers, bref au succès sur les réseaux sociaux) au profit de ceux qui ont le plus, ou se découvrent des talents de rassembleurs et savent montrer de la détermination sans être clivants (les cultures et les "centres de gravité" politiques, et donc ce qui apparaît "trop clivant" n'étant au demeurant pas tous les mêmes

    - Cet "apolitisme" est implicitement, mais de manière évidente dirigé contre ce qui milite d'habitude lorsque "ça conteste"... c'est à dire les syndicats et la gauche radicale ; sur des griefs, sur un spectacle que ceux et celle-ci donnent, que nous pourrions dans une très large mesure partager. Mais à mesure que le mouvement avance... on s'aperçoit (et les gens, les Gilets Jaunes "de base", découvrent également) que tout ce qui est reproché ne relève pas d'une "nature" de la gauche radicale ou syndicale mais de la... "nature humaine", ou mieux dit, que nous comme eux faisons partie de la société et ne pouvons pas ne pas être imprégnés de ses tares. Comme dans toute bonne gauche radicale qui se "respecte", on commence à observer chez les Gilets Jaunes des luttes de pouvoir pour la prééminence et le "porte-parolat" du mouvement, des intrigants qui avancent leurs petites ambitions et agendas personnels de façon plus ou moins habilement dissimulée (certains se faisant griller et rejeter par la base), des clivages entre légalistes et partisans de "rompre" les cadres légaux fixés à la contestation, "radicalisés" raisonnés ou (comme dans toute mobilisation de gauche) irresponsables ; une émergence de "représentants" dont se pose la question de la légitimité, de la conformité des intérêts qu'ils portent dans leurs revendications avec ceux de la base, et qui pourraient se retrouver demain reçus à Matignon pour "négocier" et sans l'ombre d'un doute, donner à toute une partie de la base le sentiment de "trahir" ; etc. etc. Bienvenue au club ! Les Gilets Jaunes "dégoûtés" et étrangers à la politique militante, surtout de gauche, découvrent tout doucement sur le tas ce qui fait notre quotidien depuis que nous militons pour (autant que nous le pouvons) changer les choses ; et petit à petit "un se divise en deux".

    Voilà ce que nous pouvons dire à ce stade.

    #GiletsJaunes

    - Témoignages directs :

    "Retour à chaud sur cette journée :

    Nous avions fait le choix de ne pas écouter la préfecture et d'aller à la Concorde, lieu initial du rassemblement. Très vite, on se rend compte que beaucoup, beaucoup de monde ont pris la même décision, malgré l'interdiction.

    Il est totalement impossible de compter le nombre de gilets jaunes présents à Paris ce 24 novembre. Des groupes de plusieurs centaines de personnes se constituent et déambulent tout autour des champs, allant jusqu'à Madeleine, Haussmann voir même St Lazare. Mais les chiffres de la préfecture (et des médias) sont largement sous estimé. Par moment, de véritable marée jaune se constituaient (et pas que sur les champs).

    Si les CRS bloquent les principaux axes d'entrée sur les Champs, ils ne peuvent empêcher les gilets jaunes d'accéder à "la plus belle avenue du monde" par d'autres petites rues. Résultat : malgré les très nombreuses charges, canon à eau et centaine de gaz lacrymo, les Champs deviennent le terrain d'occupation de millier de manifestants. Parfois coupés entre eux par des CRS. Au point que par moment, ce sont les CRS qui se retrouvent "nasser". Des énormes barricades se montent. Des feus prennent de partout. Tout cela dans une ambiance assez "festive" et "déterminée".

    Contrairement à ce que certains médias ont affirmé ce samedi, ce rassemblement n'a pas du tout été orchestré ou pris en main par l’extrême droite. Pas plus qu'elle n'a été prise en otage par des autonomes / anarchistes.

    Durant toute la journée, nous avons été très attentif à cette menace fasciste. Si nous ne pouvons pas prétendre avoir été partout à tout moment de la journée, nous pouvons tout de même témoigner que nous n'avons assisté à aucun dérapage raciste/sexiste/homophobe. Nous avons vu quelques drapeaux français. Plusieurs Marseillaises ont été chanté, par des milliers de personnes, y compris ceux qui été en train de monter les barricades, allumer les feux ou affronter les CRS. Clairement, ces Marseillaises étaient plus proches de celle entendues cet été pendant la Coupe du Monde que de celles chantées aux meetings du Front National. [On peut aussi émettre l'hypothèse que pour 90% ou plus des classes populaires blanches d'Hexagone, la Marseillaise et le drapeau bleu-blanc-rouge c'est "la Révolution", celle de 1789, le seul référent révolutionnaire qu'ils connaissent... Macron est le roi à qui on va aller "couper la tête" ; voilà sans doute l'imaginaire collectif dans lequel placer ces symboles qui pour nous et beaucoup de monde, sont évidemment aussi associés à des choses beaucoup plus négatives.]

    L'une des choses les plus frappantes aura été la solidarité totale des gilets jaunes entre eux. Solidarité face aux attaques policières. Mais solidarité aussi dans les pratiques de luttes. Si tous n'ont pas monté des barricades ou allumer des feux, personne ne s'y est opposé, bien au contraire.

    Les médias et le gouvernement tenteront sûrement d'expliquer que les "débordement des champs" ont été le fait des 200 ou 300 casseurs. Tous ceux présents ce samedi 24 novembre aux Champs peuvent affirmer le contraire. Il n'y avait pas 300 casseurs d'un côté et 10 000 gilets jaunes de l'autre. Il y avait 20 000 ou 30 000 gilets jaunes déterminés et laissant chacun exprimer sa colère selon ses préférences.

    Cette journée sur le terrain avec les gilets jaunes nous conforte dans l'idée que la construction de l'image du mouvement faite par les médias est caricaturale et mensongère.

    Ce mouvement est composé de personnes aux profils, convictions et méthodes très diverses. L'unique point commun pourrait être celui du "ras le bol". Mais on distingue aussi ce rejet d'un pouvoir des riches pour les riches, par les riches. Cela ne fait pas des gilets jaunes un mouvement de gauche, ni un mouvement anti-capitaliste. Mais de nombreux gilets jaunes ont en eux ce dégout pour l'injustice sociale."

    "Alors non, définitivement ce n'était pas l'ultra-droite sur les Champs, c'est de la grossière propagande (je suis resté toute la journée et j'ai parlé à beaucoup de monde).

    Déjà c'était vraiment de toutes tendances identifiables (gauche comme droite), mais surtout c'était en fait totalement a-partisan, AUCUN drapeau ou signe de parti politique, la plupart des slogans (qui n'étaient que très rarement sur des pancartes, mais étaient écrits sur les gilets) tournaient autour du clivage peuple/salariés/pauvres vs élites/Macron/patrons.

    L'ultra-droite qui met des keffiehs, qui porte des dreads, qui signe "ACAB", qui écrit "mort aux riches", "rends l'ISF", j'ai même lu "non aux racistes" ou encore le "fâché pas facho", et par ailleurs une partie de Noirs/Arabes (pas beaucoup mais pas rien non plus), j'en veux tous les jours - après il y avait aussi des gens d'extrême-droite c'est vrai, un drapeau avec le Sacré cœur vendéen par exemple, des "on est chez nous", quelques soraliens, mais ce n'était pas la dominante, ni en terme de participants ni dans la coloration politique qui se dégageait de l'ensemble.

    À mon avis s'il y a une tendance majoritaire c'est celle de l'abstentionnisme, des gens avec peu de capitaux politiques, qui expriment un sentiment d'inégalité avant tout et enragé, de ras-le-bol, des soulés du système en fait (bien qu'ils ne soient pas les plus pauvres, plus des petites classes moyennes et le haut des classes populaires). Le seul mot d'ordre commun c'était "Macron démission". Je n'ai pas lu une seule fois un truc en rapport avec le FN ou Le Pen.

    Et au passage ce n'était pas vraiment une manif, c'était au mieux une manif insurrectionnelle, sinon une émeute franchement, toute la journée a consisté à défier les keufs pour essayer d'aller à l’Élysée, non avec une poignée de jeunes excités comme en fin de manif de gauche, mais avec des gens de tout âge dont beaucoup n'en avaient pas l'habitude.

    Et une bonne ambiance ma foi, un sentiment de solidarité, de "faire peuple" malgré les profils différents, ce n'est pas ordinaire, pas de cortèges ou de chapelles (syndicales, partisanes ou autres) qui scindent voire clivent, tout le monde au même niveau, des soulés qui se rassemblement en fait - sur un mode populiste transpartisan (donc un peu confusionniste c'est vrai), en miroir du macronisme qui génère cela car il en est l'exact opposé, un rassemblement "élitiste" gauche-droite.

    Et puis des barricades (avec tout ce qu'on trouvait sur place), des feux à tout-va, les Champs complètement défoncés, les pavés enlevés comme en 68, c'était un mood insurrectionnel. S'il y avait eu plus de gens de gauche et les quartiers populaires en masse, c'était la révolution ;)"

    "Petit compte rendu à chaud en mode gonzo de la manif gilet jaune aux Champs de samedi. J'y étais, je vous dis ce que j'y ai vu parce que j'en peux plus de lire tout et n'importe quoi sur ce qui s'est passé, surtout dans nos milieux...

    Je suis arrivé à 14h sur les champs. Le lieu était déjà investi par les Gilets jaunes, alors que la préfecture n'avait pas autorisé l'investissement de ce lieu. On m'a raconté que les manifestants pour rentrer sur l'avenue avaient fait fuir un maigre barrage de police qui prétendait bloquer leur avancée. Et dès qu'ils sont rentrés, automatiquement ils ont commencé à édifier des barrages et à faire des feux pour prendre possession des lieux en quelque sorte. Les flics se sont postés au bas des champs pour, j'imagine, que les GJ n'aille pas vers l'Elysée. Et, à partir de là on a assisté à une sorte de ZAD inconsciente sur l'avenue, plutôt sympathique, avec une pointe avancée, composé de jeune prolo blanc, style white trash, qui se sont mis à harceler systématiquement les forces de police postés au bas. Aucune opposition n'était visible parmi la masse des GJ devant les techniques employées (barrage, feux de joie, harcèlement des keufs, etc., etc.). Moi j'ai même entendu, venant de petit blanc provinciaux, une sorte de sympathie pour ces techniques émeutière ("on est comme à la prise de la Bastille"). C'est ça qui m'a le plus frappé. C'est que tous ces gens, qui pour la plupart n'avaient sûrement pas l'habitude de manifester (pour preuve, il n'y avait quasiment aucune banderole, aucun drapeau, toutes ces personnes sont venus sans autre apparat que leur gilet), tous ces gens donc, instinctivement se sont mis à employer des gestes qu'on voyait plutôt dernièrement dans le cortège de tête. Pour preuve que cet imaginaire insurrectionnel ou émeutier traverse de larges couches de la société, bien au-delà des jeunes étudiants radicaux parisien adeptes des mouvements totos.

    Après en ce qui concerne la composition sociologique du mouvement, c'est très dur à évaluer. Mais je pense malgré tout qu'il y avait énormément de prolos, très blancs et venant majoritairement de province. Sur leur gilet il y avait marqué l'endroit d'où ils venaient. Des Savoyard, des Lorrains, des accents du Sud, beaucoup beaucoup de Bretons (les plus visibles car eux ils ramènent obligatoirement leur drapeau). Après il y avait sûrement des groupes d'extrême droite. Un pote nous a dit qu'il avait vu Hervé Ryssen par exemple (leader d'extrême droite ultra antisémite). Ils se baladaient par petits groupes, assez reconnaissables, car généralement attifés avec leurs fringues distinctifs, perlés de petits drapeaux français un peu partout. Mais leur seul mode d'intervention c'était en gros de lancer des Marseillaise pour galvaniser la foule. Mais c'est clairement pas eux qui étaient à la manœuvre dans les affrontements avec les keufs. Non là c'était plus des jeunes prolos white trash, avec leur canette de 8.6, qui faisaient preuve d'un beau courage. Tu voyais que c'était un peu leur première fois dans ce bail émeutier, dans le fait qu'ils n'étaient pas du tout cachés comme peuvent l'être les black blocs dans le cortège de tête. Ils y allaient le visage découvert, tout à fait reconnaissable.

    Et c'est vrai que plus les heures avançaient plus la composition raciale des jeunes qui agressaient avait tendance à changer. Alors qu'au début c'était vraiment que des white trash qui faisaient le boulot, on a vu peu à peu s'agréger des lascars de cité avec eux. Ça faisait plaisir à voir (donc raté pour le fantasme, "c'est l'Action Française ou le GUD qui étaient en première ligne", devant la situation qui prenait forme j'imagine mal le gudard lancer des cailloux avec Mohamed, c'est pas tellement "race des seigneurs" comme truc). Moi je suis parti vers 18h mais je suppose que ce phénomène "d'indigénisation" s'est accentué dans la soirée. On connait la propension de la jeunesse des quartiers un peu chaude à "zbeulifier" les champs le soir venu.

    Après il faut pas rêver non plus. C'est pas vrai, comme je l'ai lu sur le mur de quelqu'un, que les banlieues étaient de la partie. Il y avait quelques éléments mais ils ne sont pas venus en nombre. Je pense même que s'ils étaient venus plus nombreux ça aurait pu mal tourner dans la manifestation. Dans le sens où il y aurait peut-être eu des formes de réaction raciste de la part de certains GJ. En vrai cette question de la "convergence" entre les "barbares et les beaufs" comme le dit Houria Bouteldja, sera très difficile à opérer.

    Après sur le caractère raciste ou plus modestement droitier du mouvement, ça ne m'a pas paru vraiment flagrant. Un exemple : il n'y avait pratiquement aucun drapeau français. Ou du moins on en voyait beaucoup moins que dans une manif Mélenchon ou une manif officiellement d'extrême droite. J'ai vu aussi beaucoup de gilet jaune où il était marqué. "Gilet jaune mais pas raciste" "Gilets jaune antifasciste", etc., etc. encore un exemple pour montrer que cette prégnance des idées d'extrême droite était beaucoup moins forte qu'on l'a dit, j'ai vu la journaliste du Quotidien interroger plusieurs gilet jaune. J'ai écouté ce qu'ils disaient. Et franchement c'était plutôt censé et progressiste. Ils disaient tous que la question écologique était importante mais qu'il fallait se soucier du pouvoir d'achat. Ils parlaient de l’ISF, du fait que la taxe écologique ne va pas vraiment à l'écologie, etc., etc... bref, très loin pour ce que j'ai entendu du discours vulgairement poujadiste. Il y a même un moment où un vieux a commencé à parler de "l'assistanat" qui était trop fort en France. Les gens qui étaient là se sont énervés et il a pas pu finir sa réponse. Pareil, y a un autre mec qui a commencé à délirer sur les juifs, les autres manifestant l'ont viré manu militari...

    Par contre le seul chant qu’ils connaissent et ça ça craint je trouve, c'est la Marseillaise. C'est vraiment le seul symbole qui a été utilisé massivement qui peut à la rigueur rattacher cette manif à la droite. Mais je pense qu'ils la chantent comme ils la chanteraient le soir d'un match de l'équipe de France de foot. Ça n’a pas plus de portée politique que ça en fait. Le "on est chez nous" que plein de gauchistes utilisent pour dire que cette manif c'étaient des affreux fachos, moi je l'ai pas entendu. Par contre j'ai entendu "Et la rue elle est à qui ? ELLE EST A NOUS" ça oui... J'ai même entendu pendant des charge de manifestant des "AHOU AHOU AHOU". Pas de "tout le monde déteste la police" ça c'est sûr !! Mais vraiment une grande hostilité au keuf, ça ça m'a vraiment étonné je dois dire. C’était pas le traditionnel "la police avec nous", les gens était majoritairement ulcéré par les CRS !!

    Après en ce qui concerne la forme émeutière qu'a pris la manif, c'était un peu la concrétisation de ce que rêvent les appellistes style "Comité Invisible". Une manif qui part dans tous les sens, pas du tout encadré par les appareils traditionnels, et qui s'étend dans plein de rue adjacente, en sorte qu'elle soit relativement incontrôlable par les forces de répression. Ça devait être l'horreur pour les services d'ordre. Après je pense qu'il y avait une forme d'impréparation de la préfecture. Car aucune rue adjacente aux Champs n'étaient bloqué, les gilets jaune pouvaient aller et venir sans aucun problème et foutre le zbeul dans des des rues parallèle à l'artère principale. C'était même marrant parce que par endroit les GJ sortaient des champs super facilement ; t'en voyais siroter une bière en terrasse à une rue de l'avenue et ensuite tranquillou, revenir histoire de re-balancer quelque cailloux sur les CRS. Comme s'ils allaient reprendre des forces avant de repartir au combat. "Les émeutiers au camping" quoi !! (LOL)

    On a vu quand même que la répression était moins forte que pendant la Loi Travail. Beaucoup moins de gaz lacrymo, j'ai pas vu de charge vraiment hardcore sur les manifestants. Pas trop d'incursion pour interpeller dans la manif... on voit quand même que les CRS ont la main moins lourde quand il s'agit des gilets jaunes.

    Avec mon pote on s'est fait la réflexion, la grande différence entre nos manifs et celle de samedi aux Champs, c'est la force physique des gilets jaune. Et ça ça fait vraiment une grande différence. Rien que pour faire des barrages qui ont un minimum de gueule, eux ils arrivent à déplacer des trucs trop lourd, du coup leurs barrages servent vraiment à quelque chose. Alors que nous nos barrage sont vraiment miskine. Un travailleur reste plus balaise qu'un pauvre étudiant y a pas à tortiller....

    Voilà, je pense avoir fait le tour....si j'ai vu quand même pas mal de gauchiste, des gamins de l'ex Mili par exemple, tout fou d'être là et de balancer des pierres avec des gens qui leur ressemblent pas trop pour une fois. Et tous les gauchiste que j'ai rencontré était super enthousiaste devant la tournure que prenaient les événement."

    Et puis hélas, dans une autre grande ville, bien moins réjouissant :

    "Sur Lyon centre c'est fini, la mauvaise nouvelle c'est que les fafs ont complètement pris la tête du truc, la bonne (si on veut, disons que c'est déjà ça) c'est que ça n'a plus rien de populaire, RIEN À VOIR avec samedi dernier (malgré un temps pourri alors et magnifique aujourd'hui), ni en quantité de monde ni en caractère populaire et multiracial.

    Ceci après que samedi dernier déjà, le Bastion Social ait pris et monopolisé la tête de la manifestation.

    Je reproduis ici un commentaire posté ailleurs :

    Ben écoute XXXXXX samedi dernier peut-être.

    Parce que là la vérité dont je viens d'être témoin c'est que la semaine dernière c'était effectivement populaire, y avait de tout, des braves pères et mères de familles qui se lèvent tôt, des Arabes, des femmes voilées, des Noirs rastas... 10 fois plus de monde qu'aujourd'hui alors qu'il faisait un temps pourri.

    Aujourd'hui, je parle à Lyon centre hein pas Feyzin ni sur les péages ou quoi : des militants FN et ultra droite. Y avait RIEN d'autre. Ni de ce qu'on pouvait entendre ni de voir les dégaines que bon, on connaît (quand même). Malgré un temps magnifique. 200 personnes à tout péter si je fais une estimation de cégétiste hein, pas de flic.

    Le Bastion Social a tranquillement pris la tête du cortège.

    Le plus funky restait encore le gars style biker avec un drapeau royaliste en cape et un bandana à fleurs de lys, je dis ça par rapport à la cohérence avec le drapeau des coupeurs de la tête à Louis XVI, c'était sincèrement le décalage punk qui rendait le tableau sympathique, je sais pas si le week-end prochain je vais pas faire pareil tiens.

    Voilà où ça en est sur Lyon centre.

    Voilà ce que ça donne "pas de politique" à sens unique."

    Un casseur témoigne : « on a été débordés par les gilets jaunes »

    https://rouendanslarue.net/un-casseur-temoigne-on-a-ete-debordes-par-les-gilets-jaunes-paris-24-novembre/

    Ce récit retrace une part des événements qui ont eu lieu ce samedi 24 novembre à Paris. Il fait part de ce que nous avons vécu et ne prétend pas être exhaustif.

    Nous arrivons sur les Champs-Élysées vers 14h30, en plein affrontement, au beau milieu des barricades. Face à la répression policière, la foule semble au premier abord désemparée. Chaque tir de gaz lacrymogène s’accompagne d’une salve de grenades désencerclantes ou explosives (GLI-F4) et parfois de jets du canon à eau. Chaque fois les manifestants battent en retraite dans une course folle pour finalement revenir à la charge face aux lignes de CRS. Malgré la zizanie générale, les gilets jaunes – bien plus nombreux que les 8 000 annoncés par le gouvernement ! – ne faiblissent pas : des barricades sont sans cesse construites, enflammées puis reconstruites. Comme d’habitude, les manifestants ne manquent pas d’humour : très vite des engins de chantier sont « réquisitionnés » et commencent à sillonner la place, conduits par des gilets jaunes rigolards. Une voiture de la Brigade Anti Criminalité est pillée puis brûlée sur l’avenue.

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    La police commence sérieusement à dégager l’avenue des Champs Élysée à partir de 17h environ. Autour des Champs, des groupes se dispersent, d’autres se forment, beaucoup persistent à rester, bien décidés à aller « chercher Macron » à l’Élysée. On a jamais vu ça, notre groupe composé de centaines de personnes est un patchwork de tous les milieux et tous les âges allant du père de famille ouvrier au jeune de banlieue énervé. On tente tant bien que mal de se rendre à l’Élysée mais les forces de l’ordre parviennent à nous en éloigner à coup de lacrymo et de grenades.

    À la Madeleine, on aperçoit un gilet jaune qui s’est fait interpellé par un escadron de CRS. Aussitôt des hués retentissent et tout le monde se rapproche pour réclamer sa libération. Les policiers prennent peur et tentent de disperser les assaillants avec une grenade désencerclante mais les manifestants ripostent illico : une magnifique reprise de volley leur renvoie la grenade entre les pattes. Sous la pression, les CRS reculent et libèrent le type. Une arrestation a été évitée ! Une nuée jaune s’engouffre ensuite dans les ruelles, un véhicule de police déboule, la tension monte, c’est le chaos, un plot de chantier traverse les airs et atterit sur le pare-brise. La voiture fuit tant bien que mal par une rue adjacente sous les hourras de la foule.

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    Retour aux Champs-Élysées. Un homme aurait perdu des doigts à cause d’une grenade. La colère gronde, la foule est prévenue et se dirige vers l’avenue. « Tout le monde déteste la police ! ». Les Champs sont littéralement occupés, l’avenue est à nous, nous sommes quelques milliers. Moment d’accalmie surréaliste pendant la tempête : des lampions s’élèvent dans le ciel, un football s’improvise, les gens soufflent et prennent le temps de discuter. Bouteille de maalox à la main, on vient nous voir : « -C’est quoi ça ? -Du maalox, ça protège contre les lacrymos. -Ah ouais trop bien ! Vas-y j’peux m’en mettre ? ».

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    La mi-temps est de courte durée : les CRS chargent, cette fois ils veulent nous évacuer pour de bon. Les canons à eau remontent rapidement l’avenue et contournent les barricades enflammées jusqu’à la place de l’Étoile qui baigne dans le gaz lacrymogène. À l’Arc de Triomphe, les manifestants se dispersent à nouveau en groupes de plusieurs centaines de personnes. L’agitation est totale, tout le monde met du cœur à l’ouvrage, les habitués de la casse se retrouvent spectateurs de leurs propres pratiques. Les barrières et le matériel de chantier sont déployés sur la route avant même qu’on ait pu les atteindre. Quoi qu’en est dit le gouvernement, c’est bel et bien une foule hétéroclite poussée par la rage qui prend part à l’émeute. Les forces de l’ordre nous talonnent, tout le monde s’échine à les tenir à distance et à les ralentir. De nouvelles barricades sont élevées, des brasiers constellent la chaussée. On n’en croit pas nos yeux. Un Franprix échappe de peu au pillage mais tous ne sont pas si chanceux, le mobilier urbain est attaqué et une banque qui a le malheur de se trouver là n’est pas épargnée.

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    Notre groupe se disperse finalement aux abords de la place de l’Étoile. La fête se termine : la place a été reprise par la police et la circulation est rétablie. Quelques manifestants irréductibles brandissent des fumigènes. L’un d’eux se fait littéralement casser la main par un tir de LBD (balles de caoutchouc). Chaque heure passant, le sentiment de sympathie à l’égard de la police qui animait la foule s’est transmué en défiance pour tout ou partie des gilets jaunes qui ont tenu les Champs. Lentement la conclusion s’impose : ils ne nous rejoindront pas. Il y a longtemps que le quartier le plus bourgeois de la capitale n’avait vu un peuple en colère sous son balcon.


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    23/11 Blocages de raffineries et jonction du mouvement avec les syndicats qui se fait sentir :

    Le dépôt pétrolier de La Mède bloqué par des gilets jaunes et des manifestants CGT

    https://www.francebleu.fr/infos/transports/le-depot-de-carburant-de-la-mede-dans-les-bouches-du-rhone-bloque-par-des-manifestants-cgt-et-des-1542886606

    Le dépôt pétrolier de La Mède était paralysé ce jeudi par une grève à l'appel de la CGT, plusieurs salariés grévistes occupant le rond-point d'accès à la plateforme Total, déjà bloqué par des "gilets jaunes", a-t-on appris de source syndicale.  La direction de la plateforme, jointe par l'AFP, n'était pas en mesure en début de matinée d'évaluer l'impact de la grève sur le fonctionnement de l'entreprise qui compte quelque 330 salariés. 

    Selon Fabien Cros, élu CGT, la grève de 24 heures reconductible, est suivie par 87% des salariés postés jeudi matin. "Des négociations salariales annuelles de branche se sont ouvertes aujourd'hui. C'est un jour de mobilisation sur tous les sites face aux menaces de suppressions d'emplois", a-t-il déclaré à l'AFP.  "Aucun produit pétrolier n'entre ou ne sort du dépôt", a-t-il encore affirmé, précisant que quelque 150 grévistes CGT distribuaient des tracts sur le rond-point d'accès au site, où une cinquantaine de "gilets jaunes" ont installé depuis plusieurs jours un barrage filtrant. 

    Toutefois la CGT s'est défendue d'avoir rejoint les "gilets jaunes" même si les revendications sur le pouvoir d'achat sont les mêmes. "On n'oppose pas les luttes, tout est bon contre Macron. Il y a un ras-le-bol total", a indiqué un gréviste CGT sur place.

     Opération gilets jaunes à la raffinerie Total La Mède dans les Bouches-du-Rhône Opération gilets jaunes à la raffinerie Total La Mède dans les Bouches-du-Rhône © Maxppp -

    La CGT et les «gilets jaunes» bloquent plusieurs raffineries Total

    http://www.lefigaro.fr/societes/2018/11/22/20005-20181122ARTFIG00279-plusieurs-sites-de-total-bloques-par-des-grevistes-et-des-gilets-jaunes.php

    Plusieurs sites de Total étaient affectés jeudi par un mouvement de grève à l'appel de la CGT, et lié à des négociations salariales, et qui dans certains cas s'ajoutent à des blocages de «gilets jaunes». La CGT se défend d'avoir rejoint le mouvement.

    En plus de le payer cher, les Français vont-ils subir une pénurie de carburant? «Les expéditions de produits des raffineries de Normandie, Grandpuits et Donges sont bloquées en raison d'un mouvement social lié aux négociations annuelles obligatoires qui ont lieu aujourd'hui au niveau de la branche», a indiqué une porte-parole de Total. «Le dépôt de la bioraffinerie de La Mède est également concerné», a-t-elle ajouté.

    » LIRE AUSSI - «Toute la France à Paris» samedi: la mobilisation désorganisée des «gilets jaunes»

    Solidarité avec les «gilets jaunes», ou volonté de profiter du climat social en engageant un bras de fer avec la direction? Selon des sources syndicales, le dépôt des Bouches-du-Rhône était paralysé jeudi par une grève à l'appel de la CGT, plusieurs salariés grévistes occupant le rond-point d'accès à la plateforme Total, déjà bloqué par des «gilets jaunes». Selon Fabien Cros, élu CGT, la grève de 24 heures reconductible était suivie par 87% des salariés postés (en équipes successives alternantes, ndlr) jeudi matin. «C'est un jour de mobilisation sur tous les sites face aux menaces de suppressions d'emplois», a-t-il déclaré à l'AFP. «Aucun produit pétrolier n'entre ou ne sort du dépôt», a-t-il ajouté, précisant que quelque 150 grévistes CGT distribuaient des tracts sur le rond-point d'accès au site, où une cinquantaine de «gilets jaunes» ont installé depuis plusieurs jours un barrage filtrant.

    «Tout est bon contre Macron»

    Honnête, la CGT s'est défendue d'avoir rejoint les «gilets jaunes», même si les revendications sur le pouvoir d'achat sont identiques. «On n'oppose pas les luttes, tout est bon contre Macron. Il y a un ras-le-bol total», a indiqué un gréviste CGT, joint par téléphone. À la raffinerie de Feyzin (Rhône), Michel Lavastrou, délégué CGT, a fait état d'une «grève depuis mardi et jusqu'à 22 heures ce soir», également liée aux négociations salariales de branche en cours. «Environ 65% du personnel posté suit actuellement le mouvement. L'impact sur la production est limité puisque le mouvement n'a été lancé qu'il y a 48 heures», a-t-il précisé. Une trentaine de gilets jaunes occupaient encore jeudi matin un rond-point à proximité de la zone de livraison, et filtraient le passage des camions, selon des employés de la raffinerie.

    » LIRE AUSSI - «Gilets jaunes»: les organisations syndicales en ordre dispersé

    À la raffinerie de Donges, la CGT comptabilisait «65 à 80% de grévistes» en moyenne sur les trois équipes devant se relayer sur 24 heures à partir de mercredi 21 heures, selon le délégué syndical Christophe Hiou. Durant ce mouvement non-reconductible, «l'ensemble des débits» ont été diminués et «aucun camion ou bateau» n'a quitté la raffinerie, mais ni l'usine ni l'oléoduc qui dessert le dépôt de Vern-sur-Seiche, au sud de Rennes, n'ont été arrêtés totalement, a-t-il précisé. Jeudi après-midi, la direction avait elle recensé 61,1% de grévistes au sein de l'équipe travaillant de 13 à 21 heures. Mais sur les 650 employés de l'usine, la moitié seulement travaille en roulement de huit heures. Parmi l'autre moitié qui travaille uniquement de jour, «aucun» gréviste n'était recensé, a-t-elle précisé. La direction a également noté des «barrages filtrants» mais «aucun blocage» de la raffinerie par les «gilets jaunes».

    » LIRE AUSSI - Alexandre Devecchio: «Quand les intellectuels voyaient venir les “gilets jaunes”»

    Des négociations annuelles de salaires en cours

    Les négociations annuelles obligatoires (NAO) entre les organisations syndicales et l'UFIP (Union française des industries pétrolières) ont débuté dans la matinée à Paris. Les syndicats réclament entre 2% et 2,5% de hausse de la grille des salaires. «Le patronat propose pour l'instant +1%, c'est notoirement insuffisant», estime Laurent Grizon, président de la CFE-CGC Pétrole, premier syndicat de la branche du pétrole devant la CFDT (2e) et la CGT (3e). «C'est en négociation», a simplement indiqué un porte-parole de l'UFIP, sans donner de détail chiffré.

    Et puis, opérations en cours (aujourd'hui même) contre le "Black Friday", journée symbole d'hyper-consommation apparue ces dernières années :

    Les Gilets jaunes veulent transformer le "Black friday" en "Yellow friday" et s’attaquer à l'économie

    https://www.lci.fr/social/les-gilets-jaunes-veulent-transformer-le-black-friday-en-yellow-friday-et-s-attaquer-a-l-economie-2105402.html

    MOBILISATION – Tandis que le mouvement entre dans son septième jour, les Gilets jaunes comptent désormais mener des actions pour perturber les soldes de ce vendredi.

    Après les ronds-points et en attendant le rassemblement prévu samedi à Paris, les Gilets jaunes ont un nouvel objectif : le "Black friday", ce jour de soldes importantes importé des États-Unis marquant traditionnellement, outre-Atlantique, le coup d’envoi de la période des achats de fin d’année, qu’ils veulent transformer, pour l’occasion, en "Yellow friday". Leur idée : ne plus perturber le Français lambda, mais s’attaquer à l’économie, et donc indirectement à l’État.

    Outre les raffineries, les dépôts de carburant et quelques centres d’impôts, ce sont les commerces et les transports de marchandise qui seront pris pour cible ce vendredi. Pour ce faire, plusieurs appels ont été lancés, ces dernières heures, sur les réseaux sociaux, notamment à travers un groupe Facebook spécifiquement dédié au "Black friday" qui comptait, jeudi soir, soit quelques heures après sa création, déjà plus de 2000 membres.

    "Que les gens puissent ressortir des grandes surfaces sans payer"

    En parallèle, le syndicat Force ouvrière (FO) de Transpole, qui gère les transports en commun de l’agglomération lilloise, apporte son soutien aux Gilets jaunes et annonce son intention de mener des actions pour perturber les soldes de ce vendredi. "Nous ne pouvons pas encore dire sous quelle forme nous allons faire cela mais effectivement, il risque d’y avoir des perturbations sur le réseau dans la journée", indique en effet à 20 Minutes Angelo Savoca, secrétaire général de FO Transpole.

    Difficile d’y voir clair sur la réalité des actions à venir, le mouvement étant confus et imprévisible par essence mais, à échelle locale, de nombreux commerces et entrepôts s’inquiètent. Les Hauts-de-France restent l’une des régions les plus mobilisées, avec pas moins de huit points de blocage toujours tenus par des manifestants dans le Pas-de-Calais et l’Aisne, selon la préfecture.

    Dans le Vaucluse, Le Dauphiné Libéré relate la tenue de plusieurs réunions jeudi soir concernant le "black friday". À Bollène, près de 500 personnes se sont données rendez-vous ce vendredi à 8h30 pour bloquer un Leclerc et un Intermarché. Des participants ont même suggéré de faire en sorte "que les gens puissent ressortir des grandes surfaces sans payer", avant que la proposition ne soit finalement rejetée... Non loin de là, à Loriol-du-Comtat, 350 Gilets jaunes, en marge de leur plan d’attaque de la grande distribution, ont même créé l’assemblée citoyenne de Carpentras, et désigné deux porte-parole : Cécile Poulette, infirmière à l’hôpital, et Christophe Dutalloir, marchand forain. Signe qu’ils ne comptent pas en rester à ce vendredi noir. 

    Ces "gilets jaunes" qui veulent bloquer le Black Friday 

    Black Friday : les Gilets jaunes visent les centres commerciaux en Seine-Maritime

    https://actu.fr/economie/black-friday-gilets-jaunes-visent-centres-commerciaux-seine-maritime_19725297.html

    Les Gilets jaunes profitent vendredi 23 novembre 2018, du Black Friday pour perturber les abords de centres commerciaux en Seine-Maritime. Certains ont fermé. Détails.

    Ils avaient annoncé vouloir transformer le Black Friday en Yellow Friday. En Seine-Maritime comme ailleurs en France, les Gilets jaunes sont donc passés à l’action vendredi 23 novembre 2018, au matin. 

    « Les centres commerciaux ciblés plus durement »

    Selon la préfecture de Seine-Maritime, les zones commerciales ont particulièrement été visées par les Gilets jaunes, vendredi. Une situation qui était « annoncée », selon le directeur de cabinet de la préfète, Benoît Lemaire : « Les centres commerciaux sont ciblés plus durement sur le département à l’occasion du Black Friday. »

    En Seine-Maritime, les principales zones touchées ce matin ont été : Tourville-la-Rivière, Montivilliers, Gonfreville-l’Orcher et  le magasin E.Leclerc à Saint-Étienne-du-Rouvray. La zone commerciale de Barentin, près de Rouen, et le magasin SuperU de Gournay-en-Bray, dans le pays de Bray, ont également été visés par des actions Yellow Friday.

    Aux alentours de midi, la zone commerciale de Barentin ne faisait plus l’objet d’un barrage, ni celle de Saint-Etienne-du-Rouvray. Et vers 12h30, la police est intervenue à Tourville-la-Rivière.

    Des fermetures à cause des manifestations

    Le centre E.Leclerc de Gonfreville-l’Orcher a fermé ses portes à cause de l’action des Gilets jaunes, vendredi. La direction ne se prononce pas sur l’heure d’une éventuelle réouverture du magasin. 

    Dans la matinée c’est le Leclerc Drive des Docks Vauban au Havre qui a rappelé tous ses clients pour annuler leurs commandes et pour le moment, là encore, la plateforme ne précise pas quand elle pourra rouvrir.


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  • Blog du Collectif Rosa Parks

    Il n’y aura pas de front large contre le régime de Macron ou contre le fascisme qui s’annonce si l’immigration et les banlieues qui constituent quelques millions d’âmes sont ignorées.

    Pour les gilets jaunes, le pari est gagné ! Cette mobilisation inédite et sans précédent témoigne de l’existence d’un profond mécontentement chez les classes populaires en voie de paupérisation méprisées par le pouvoir et les élites. Il serait faux et condescendant de n’y voir qu’une manipulation de l’extrême-droite d’autant que ses initiateurs réfutent toute entreprise de récupération partisane. Ce mouvement spontané ne peut pas être compris sans les mises en échec successifs du mouvement social contre la loi Travail et plus tard des grèves de la SNCF et d’autre part, sans l’existence d’un exécutif arrogant, trahissant de manière éhontée l’histoire sociale du pays et cédant de manière outrancière aux lois du marché. La mobilisation du 17 novembre et sa force d’identification représentent incontestablement une colère juste en ce qu’elle vise prioritairement un pouvoir replié sur lui-même, fermé et déterminé à détruire le pacte social.

    Pour autant, cette spontanéité qui fait toute son originalité et sa fraîcheur n’en charrie pas moins de fortes contradictions qu’il est important de prendre en compte pour ne pas tomber dans une adhésion béate. C’est précisément sa spontanéité et sa porosité qui permet à l’extrême-droite lepéniste et à certains syndicats de police de s’y associer et de lui donner bon gré, mal gré une coloration poujadiste et chauvine, d’autant que la mobilisation a déjà été entachée par des actes racistes scandaleux, des actions odieuses contre les migrants et d’autres clairement réactionnaires. Enfin, la revendication légitime de la baisse du carburant ne peut en aucun cas se substituer à un mouvement généraliste dont l’objectif principal serait la justice sociale pour tous.

    S’il faut soutenir les gilets jaunes pour les raisons ici évoquées, et dénoncer vigoureusement la répression dont ils ont fait l’objet, il revient à l’ensemble des franges qui constituent le mouvement social de charpenter et de donner un véritable contenu politique aux revendications des gilets jaunes. L’antiracisme politique fait partie du mouvement social et comme toutes ses composantes, il est interpellé. Le collectif Rosa Parks qui réunit différentes sensibilités de cette mouvance a déjà fait sienne l’idée d’une convergence réelle mais exigeante car le constat est là : l’immigration post-coloniale et les habitants des banlieues, qui cumulent les discriminations en tout genre, sont de fait aussi les laissés-pour-compte de ce système inégalitaire. Le racisme qui frappe de manière systématique quelques millions de non-blancs structure le champ social aussi sûrement que l’exploitation des ouvriers, hiérarchisant et distinguant à l’intérieur des classes prolétaires, un corps social légitime et pleinement incorporé à la nation, d’un corps illégitime constituant dans les faits une « France d’en bas » et une « France d’en-dessous de la France d’en bas ». Cela se traduit par une surveillance policière accrue, une ghettoïsation spatiale et sociale et une mise au ban politique, par des campagnes de diabolisation, des groupes politiques qui osent dénoncer cette situation. Si la hausse du carburant est une cause suffisamment légitime pour être endossée par les forces du mouvement social, qu’en est-il de la destruction des services publics, de l’état d’urgence, des violences policières ou des migrants qui meurent par dizaines de milliers dans la Méditerranée ?

    Disons-le clairement : il n’y aura pas de front large contre le régime de Macron ou contre le fascisme qui s’annonce si l’immigration et les banlieues qui constituent quelques millions d’âmes sont ignorées. C’est pourquoi, le collectif Rosa Parks a mis au cœur de sa démarche le racisme d’État mais aussi la lutte contre cette guerre sociale faite à tous et aux plus pauvres en particulier, la crise des migrants et les guerres impérialistes, questions fondamentales qui interrogent le grand désordre du monde.

    Depuis son lancement, l’initiative du collectif Rosa Parks a fait des émules et amplifie son audience. Plusieurs tribunes ont été publiées :


    À ce propos, nous nous réjouissons que des syndicats aient déjà déposé des préavis de grève formels en vue de la journée de la disparition. C’est indéniablement un pas de plus vers la reconnaissance et la prise en compte des discriminations racistes au travail.

    Nous appelons tous les habitants des quartiers comme des zones rurales, les populations qui subissent le racisme et tous ceux qui subissent de plein fouet les mesures néolibérales bref, tous les « Noirs, Jaunes, Rouges, Gris, Blancs et pas très clairs » à :

    • disparaître avec nous le 30 novembre des réseaux sociaux, des universités et de lycées, des lieux de travail et à boycotter la télé et les grandes surfaces et
    • réapparaître le 1er décembre sous la forme d’une Marche pour l’Égalité, la Justice et la Dignité au départ de Nation, un gant noir au poing.


    Nous espérons que celles et ceux qui appellent à manifester le 1er décembre pour plus de justice sociale se joindront à nous. C'est une occasion historique qui se présente, celle de pouvoir allier toutes les revendications d'égalité, de justice et de dignité. Ne pas saisir cette opportunité constituerait une erreur politique majeure. Les syndicats et les gilets jaunes avec nous ! Et avec des gants noirs !

    Collectif Rosa Parks : Des gilets jaunes au(x) gants noirs, égalité, justice, dignité ou rien !

    Une situation assez particulière que nous avons peu évoquée jusque-là, est celle de la colonie de la Réunion, où le mouvement a pris la tournure d'affrontements extrêmement violents qui ont conduit à la décision de geler pour trois ans, sur l'île, l'augmentation pseudo-"écologique" des prix du carburant ; mais dans le même temps hélas, l’État colonial vient de décider d'envoyer... l'armée : 

    Collectif Rosa Parks : Des gilets jaunes au(x) gants noirs, égalité, justice, dignité ou rien !

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    Autres prises de position anticoloniales intérieures

    - Un militant antiraciste politique à titre personnel :

    "Je poste ici mon avis personnel sur le contexte politique actuel et la position que devrait tenir l'antiracisme politique.Bien entendu, cela n'engage que moi. (C'est un peu long, désolé.)

    - Pourquoi le 1er décembre j’irai à la manifestation Rosa Parks et pas à celle des Gilets Jaunes -

    Je pense que, comme à peu près tout le monde, l’antiracisme politique, a été pris de court par l’ampleur du mouvement des Gilets Jaunes. 300 000 personnes dans la rue le 17 novembre, 100 000 le 24 et nul doute qu’ils seront tout aussi nombreux le 1er décembre. Plus encore, il a été pris de court par le niveau de la contestation sociale actuelle, car, le 1er décembre, ce ne sont pas seulement les Gilets Jaunes qui appellent à manifester, mais bien plusieurs pans de la société, comme la CGT ou bien encore les syndicats étudiants pour contester la hausse faramineuse des frais d’inscriptions des étudiants étrangers.

    Dans tout ce bouillonnement il y a l’antiracisme politique qui appelle les indigènes à disparaître le 30 novembre et réapparaître, lors d’une manifestation, le 1er décembre. Les dates de ces journées d’action, qui se sont décidées au sortir du Bandung du Nord en mai 2017, avaient été choisies en l’honneur de Rosa Parks, cette femme afro-américaine qui, le 1er décembre 1955, refusa de céder sa place dans le bus et ainsi refusa de se plier aux lois ségrégationnistes des États-Unis, devenant alors un symbole de la lutte antiraciste.

    Lorsque les dates ont été fixées, l’antiracisme politique était loin de se douter qu’il y aurait alors un tel niveau de contestation sociale, avec comme point d’orgue l’image forte de personnes vêtues de gilets jaunes montant des barricades sur les Champs-Élysées. Ainsi, les appels à manifester le 1er décembre se multiplient, allant de la simple « alliance » à une manifestation autonome. L’effervescence est telle que certains des militants de l’antiracisme politique craignent que leur manifestation soit noyée dans le flot des autres contestations sociales, en particulier celle des Gilets Jaunes. Ce fut le cas en partie pour la Marche contre les violences faites aux femmes qui, malgré son succès incontestable (30 000 personnes à Paris), a bénéficié d’une couverture médiatique bien plus faible. Est-ce que l’antiracisme politique court le même risque ? Assurément. Mais il le court dans tous les cas, l’antiracisme politique est constamment soit ignoré soit dépeint négativement par le champ médiatique blanc.

    Reste que la question de la stratégie à adopter face aux Gilets Jaunes, mouvement qui occupe le devant de la scène politique et médiatique depuis plusieurs semaines et mobilise dans les rues un nombre important de personnes, a suscité de nombreux débats au sein de l’antiracisme politique. Que faire ? Devant ce casse-tête il ne faut pas s’enfermer dans une dualité simpliste qui opposerait deux choix : celui de les rejoindre ou celui de les rejeter. Il est nécessaire d’adopter un point de vue plus complexe, mais surtout une réponse qui puisse assurer une stratégie essentielle de notre camp : la préservation de notre autonomie et la priorisation de nos initiatives.

    Il est encore bien difficile de définir de manière certaine le mouvement des Gilets Jaunes, tant celui-ci est protéiforme et sans direction politique claire. S’il a pris forme à partir de la contestation de l’augmentation des prix des carburants, les revendications se sont depuis élargies et diversifiées, en étant parfois même contradictoires. Il est aussi difficile de se prononcer sur sa composition, elle paraît relativement hétérogène, mais nous pouvons légitimement penser que nous nous trouvons devant un mouvement rassemblant les Blancs de classe moyennes ou « petits-moyens », peu structuré dans le mouvement social et politique habituel, et ne se concentrant pas seulement sur Paris mais sur l’ensemble du territoire. Ils représenteraient ainsi la « France qui souffre en silence », ces petits-Blancs, que certains appellent les « beaufs », et dont personne ne se soucierait si ce n’est quelques tentatives du Front National, Debout La France ou encore la France Insoumise...

    Quelle attitude l’antiracisme politique doit adopter face à ce mouvement à la forme et aux revendications flottantes ? Sa position était attendue d’autant plus que des actes racistes ont été perpétrés durant ces journées de mobilisation, que ce soit une femme musulmane à qui l’on a demandé de retirer son voile ou alors des migrants livrés à la police. Évidemment, ces agissements ne peuvent que scandaliser au plus haut point chaque militant antiraciste, et il est urgent de lutter activement pour qu’ils ne se reproduisent plus. Mais il ne faut être ni naïfs, ni idéalistes, il ne faut pas tomber non plus dans le moralisme en condamnant l’ensemble du mouvement. Nous vivons dans une société dont les structures sont foncièrement racistes, il est alors totalement absurde d’imaginer qu’un mouvement spontané, composé en plus de personnes peu présentes dans le champ militant classique, ne soit pas hanté par ce racisme. Une société réactionnaire produit logiquement des citoyens relativement réactionnaires. Il faut ajouter à cela que la mobilisation des Gilets Jaunes est habitée de toutes les contradictions que nous retrouvons dans notre société, ainsi à côté des actes racistes nous pouvons trouver des actions de solidarités envers des non-Blancs.

    Surtout, le fond de la colère qui anime les Gilets Jaunes est légitime. Les a priori sur l’antiracisme politique décrivent ce dernier comme un courant politique qui essentialise l’ensemble des Blancs et les voit comme des privilégiés qui ont forcément la belle vie. Rien n’est plus faux. L’antiracisme politique ne nie pas la souffrance des « petits-blancs », des « beaufs », de la « France d’en bas ». Simplement, il affirme que quitte à être au bas de l’échelle sociale, en termes de classe, il est toujours plus avantageux d’être blanc, que les indigènes se trouvent généralement en dessous de cette « France d’en bas », et surtout que les indigènes font face à des problématiques que même les plus dominés des Blancs n’ont pas à subir, comme les violences policières ou la discrimination à l’embauche. Les indigènes ont des intérêts propres, qui amènent des objectifs propres,ils veulent la dignité, la justice, l’égalité. Cela passe impérativement par la lutte contre tous les racismes et toutes les discriminations mais aussi contre les politiques sociales et culturelles qui les alimentent, contre les mentalités héritées de la colonisation et tirées du nationalisme républicain si populaire actuellement. Sans oublier la lutte contre les politiques néocoloniales de la France à l’égard de ses anciennes et actuelles colonies.

    Ces particularités de la condition indigène doivent conduire l’antiracisme politique à ne pas transiger sur son autonomie. La colère des petits-blancs est légitime, je le répète. Toutefois, si effectivement le mouvement est encore informe, il penche dangereusement sur sa droite, que ce soit par l’attirance directe pour l’extrême-droite, ou alors par une forme de social-chauvinisme dont l’un des principaux mots d’ordre est la « souveraineté nationale ». Pour enrayer cette dynamique il est nécessaire, si l’on souhaite avoir une perspective révolutionnaire, d’accompagner ce mouvement et de tenter de radicaliser ses acteurs dans le sens opposé. Car si l’antiracisme est toujours critique envers ce qu’il nomme « la gauche blanche », je pense qu’il préfère toujours une radicalisation à gauche plutôt qu’à droite. Mais ce travail doit être fait - et ne peut être fait que - par nos plus proches alliés de la gauche blanche. Cette tâche n’incombe pas à l’antiracisme politique, d’autant plus que les principales propositions faites pour le moment ne vont pas dans le sens de ses intérêts et de ses combats. Le concept de souveraineté nationale chère à une partie de la gauche pourrait effectivement profiter, indirectement mais aussi secondairement, aux indigènes de France, mais il va à l’encontre de nos positions anti-impérialistes.

    Au-delà même des revendications portées par les Gilets Jaunes qui ne correspondraient pas à celle de l’antiracisme politique, les rejoindre pose d’autres problèmes, remettant en cause son autonomie même. Dans le livre Black Power, Charles V. Hamilton et Stokely Charmichael (Kwame Ture) ont consacré un chapitre entier aux relations à entretenir avec les mouvements blancs et aux coalitions. Durant de nombreuses pages dans lesquelles ils ont insisté sur la nécessité d’établir un mouvement noir fort et autonome, cette priorité est mise en exergue quand la question des coalitions est abordée. L’idée de coalition n’est pas, selon eux, à bannir, mais il est primordial de dégager les bases politiques sur lesquelles elle pourrait être viable, et cela d’autant plus que malgré son taux de radicalité, un Blanc « ne peut finalement échapper à l’influence toute-puissante que la blancheur de sa peau exerce dans une société raciste - sur lui et sur les Noirs. » (p100).

    Tout d’abord, la condition sine qua non à toute coalition est la présence de forces politiques constituées. Or, cette condition ne me semble pas être remplie dans le cas qui nous intéresse ici. L’antiracisme politique, ou même un mouvement des quartiers populaires, ne bénéficie pas encore, à mon humble avis, d’une base sociale conséquente qui légitimerait une telle alliance, et risque de servir seulement de « caution indigène ». L’antiracisme politique reste une force en cours de construction, et cette construction autonome devrait rester sa priorité, surtout si l’on souhaite ensuite nouer des alliances. De même, parler de coalition avec les Gilets Jaunes pose problème car ce n’est pas un groupe politique structuré et organisé, il me paraît très hasardeux de s’allier à un mouvement qui n’a pas lui-même défini ses propres contours.

    La deuxième nécessité à l’idée d’une coalition est que le camp blanc d’en face affirme la volonté de remettre en question les structures racistes de la société dans laquelle il évolue et qui lui accorde des privilèges malgré tout, en exploitant davantage les indigènes. Il faut se méfier des comparaisons hâtives, surtout celles qui amènent à penser que les indigènes et les « beaufs » partagent au fond, malgré quelques particularités, les mêmes conditions et, surtout, que nos intérêts sont les mêmes, « les Noirs ne peuvent se permettre de prétendre que ce qui est bon pour l’Amérique blanche convient automatiquement au peuple noir » (p105). Il faut aussi garder en tête les intérêts de nos frères et sœurs du Sud. Bien souvent défendre les intérêts des citoyens du Nord se fait à leur détriment. Les Gilets Jaunes, qui se sont mobilisés avant tout pour protester contre l’augmentation du prix des carburants, n’échappent pas à ce constat. Pour répondre à leurs revendications, nul doute que l’État français accentuera le pillage des richesses du Sud à travers une politique impérialiste qui n’a jamais été pointée du doigt dans le mouvement.

    La troisième nécessité pour garantir qu’une coalition soit durable est qu’elle doit être conclue par deux camps égaux, or cela ne me semble pas être le cas dans le contexte actuel. Si l’antiracisme politique a gagné de nombreuses batailles depuis une dizaine d’années, et que son discours commence à être incorporé par une partie du champ politique de manière positive, en particulier dans la gauche radicale, il est toutefois loin d’être hégémonique. Une grande partie du champ politique rejette totalement notre combat, et le champ médiatique ne cesse de nous dépeindre sous les pires aspects, la dernière intervention d’Houria Bouteldja au Nouvel Observateur le démontre.

    Nous n’avons pas le rapport de force qui nous permet de peser face aux mouvements des Gilets Jaunes qui, malgré quelques critiques opportunistes du gouvernement qui le renvoie à une manifestation d’extrême-droite, profite d’une mansuétude toute particulière, même lorsqu’ils vandalisent les Champs-Elysées. Je n’ose imaginer la couverture médiatique mais surtout le niveau de répression policière si cela avait été perpétré par des indigènes. Ils profitent d’un soutien populaire plus important que l’antiracisme politique, en grande partie parce qu’ils sont perçus comme plus légitimes pour protester. Ils représenteraient la « France qui souffre en silence », celle qui n’en peux plus, celle qui ne souhaite plus baisser la tête et qui ose maintenant manifester. Abdelmalek Sayad montrait que l’indigène est perçu comme un « invité » en France, et en tant qu’invité il n’a pas le droit de se plaindre, car ce serait un flagrant manque de savoir-vivre pour quelqu’un qu’on héberge déjà généreusement. Pour les Gilets Jaunes, c’est l’inverse, leurs souffrances sont vues comme plus injustes que celles des indigènes, et leurs colères plus légitimes, parce qu’ils souffrent alors même qu’ils sont chez eux ! Ils souffrent dans leur propre maison ! Et parfois ils souffrent encore plus que les invités qui profitent grassement sans rien faire !

    Le rapport de force entre l’antiracisme politique et les Gilets Jaunes est donc bien trop inégal pour espérer qu’une coalition pérenne et juste puisse voir le jour. Oui, des Gilets Jaunes peuvent appeler, et de manière tout à fait sincère, à ce que les indigènes, les « jeunes de banlieues » comme ils les appellent, les rejoignent pour lutter ensemble, mais comme le souligne les auteurs de Black Power « la politique est le produit d’un conflit d’intérêts, non d’un conflit de consciences. [...] Ce ne sont pas la morale et les sentiments qui résoudront ces conflits, et les Noirs doivent le comprendre. Aucun groupe ne devrait contracter des alliances ou des coalitions en se fiant à la « bonne volonté » de ses alliés. » (p115-116). Et le risque, face à ce déséquilibre du rapport de force est de voir l’antiracisme politique, et ses combats, noyé par ceux des Gilets Jaunes.

    Reprenons les quatre conditions préalables et essentielles que nous indiquent S. Carmichael et C. V. Hamilton, pour qu’une coalition soit viable :
    1 - la reconnaissance des intérêts respectifs des parties prenantes ;
    2 - la conviction, des deux côtés, que c’est en fonction de cet intérêt que l’alliance se fonde ;
    3 - l’acceptation du fait que, dans cette coalition, chaque partie possède une part indépendante de pouvoir et ne dépend de personne pour la prise de décision ;
    4 - la conscience que cette coalition se fait sur des objectifs bien précis, clairs et identifiables et non sur des buts abstraits, généraux et vagues.

    Il apparaît alors que ces conditions sont loin d’être remplies, et qu’il faut alors se prémunir de toute coalition trop hâtive.

    Je ne suis pas par principe contre la coalition avec les Gilets Jaunes, et je n’interdis à personne de le faire. Mais en tant que militant de l’immigration et des quartiers qui revendique son autonomie, je pense que les coalitions doivent se faire d’égal à égal avec des objectifs précis, et non pas sur des principes creux. Certes, le contexte actuel est agité, et il est normal de craindre de ne pas s’accrocher au bon wagon de l’histoire. Mais il est important de raison garder, de prendre du recul, et ne pas se laisser non plus emporter sans réfléchir par le mouvement. L’antiracisme politique œuvre depuis des années pour se constituer en force souveraine et autonome, et alors qu’il semble gagner de plus en plus de terrain, il serait dommage d’en perdre dans des coalitions incertaines avec un mouvement qui priorise les intérêts d’un partie du groupe social blanc. Dans le contexte actuel, et encore plus dans cette effervescence sociale, je pense qu’il est important de garder notre cap, que l’antiracisme politique continue à se constituer comme une force politique autonome qui a vocation à bouleverser le champ politique, et non pas nouer simplement des coalitions pour exister. L’antiracisme politique doit préserver sa propre identité, ses propres stratégies, ses propres valeurs, ses propres mots d’ordre et ses propres objectifs, et prendre conscience du rôle qu’il a à jouer.

    Je ne m’oppose pas aux Gilets Jaunes, mais je ne rejoins pas non plus le mouvement. Je comprends la colère qui anime ses acteurs, tout en déplorant les dérives racistes qui ont pu se manifester, et qu’il faut combattre. Et il me semble que le meilleur moyen de lutter contre ça n’est pas de se noyer dans les Gilets Jaunes, en courant le risque d’être inaudible, mais de se constituer à côté, de manière autonome, en faisant entendre les objectifs, et en défendant nos intérêts, à nous indigènes du Nord.

    Je ne condamne pas non plus les personnes qui ont fait le choix de rejoindre ce mouvement, je peux même comprendre les raisons de leur choix, j'expose simplement ici mon opinion.

    C'est par conviction profonde que je me place plus que jamais du côté du Collectif Rosa Parks. Si je disparais le 30 novembre, ce n’est pas pour réapparaître aux côtés des Gilets Jaunes, mais plutôt auprès des miens, les indigènes du Nord. Le 1er décembre nous réapparaîtrons plus fort pour dire que nous aussi, nous existons, nous aussi nous avons toute légitimité à protester, à montrer notre colère et à revendiquer nos droits. Le 1er décembre nous marcherons sur Paris en portant fièrement et dignement les couleurs de l’antiracisme politique et en mettant en avant les intérêts des indigènes qui semblent être oubliés dans cette effervescence sociale."

    - Le Comité Adama appelle à manifester samedi 1er décembre aux cotés des gilets jaunes.

    Les quartiers populaires sont confrontés aux mêmes problématiques sociales que les territoires ruraux ou périurbains - dits "périphériques" - touchés par la politique ultra libérale de Macron.

    Nous aussi nous habitons des territoires enclavés, même à proximité des grands centres urbains.

    Nous aussi, habitant.es des quartiers populaires, nous travaillons le plus souvent dans les secteurs les plus précaires pour des salaires de misère.

    Nous aussi nous devons parfois faire plusieurs heures de voiture pour nous rendre sur nos lieux de travail : dans des usines, dans des entrepôts, dans le nettoyage industriel ou encore dans le secteur de la sécurité. Pour beaucoup parmi nous, c'est aussi le chômage, qui atteint 40% dans certains quartiers.

    À ces inégalités sociales, s'ajoutent le racisme, les humiliations quotidiennes et les violences policières. Violences policières auxquelles les gilets jaunes sont aussi confrontés aujourd'hui à leur tour. Après celui contre la loi Travail, c'est maintenant le mouvement des gilets jaunes qui connait cette répression.

    Ne laissons pas le terrain à l'extrême-droite, et réaffirmons nos positions contre le racisme à l'intérieur du mouvement des gilets jaunes.

    Faisons alliance à égalité, avec nos spécificités, contre le régime Macron qui détruit nos vies, et qui nous laisse agoniser chaque fin de mois pour parvenir à nourrir nos familles.

    Nous appelons tous les habitant.es des quartiers populaires à venir massivement se battre pour leur dignité le samedi 1er décembre. Comme le font les habitants de La Réunion qui nous ont montré la voie.

    Avec le soutien de l'Action Antifasciste Paris-Banlieue, Plateforme d'enquête militante.

    Le comité Adama rejoint les gilets jaunes : « Ce n’est pas une alliance au prix d’un renoncement politique »

    https://www.bondyblog.fr/reportages/cest-chaud/gilets-jaunes-quartiers-comite-adama/

    Par Yassine Bnou Marzouk
    Le 27/11/2018

    Le Comité Adama appelle à manifester samedi 1er décembre aux côtés des gilets jaunes, contestation populaire contre la politique d’Emmanuel Macron. Une décision lourde de sens. Youcef Brakni, l'un des porte-paroles du comité Adama, explique au Bondy Blog les raisons de cette alliance avec un mouvement décrié suite à quelques dérives racistes. Entretien.

    Le Bondy Blog : Quelle a été la principale motivation pour soutenir la mobilisation des gilets jaunes ?

    Youcef Brakni : Même si le mouvement proteste contre la hausse des taxes, il s’agit en réalité d’une grogne générale issue de la France dite « rurale », à l’abandon et qui subit de plein fouet les politiques libérales. De façon spontanée, elle a décidé d’exprimer son ras-le-bol en sortant dans la rue comme nous l’avons fait lors de la mort d’Adama Traoré, le jour de son anniversaire. Il y a des similitudes dans la mise en forme de ces mouvements : comme nous, ils viennent de la base, de personnes qui ne sont pas forcément dans des partis politiques ou syndicats. L’autre point : les mêmes problématiques sociales sont partagées par les gilets jaunes et les quartiers populaires. En effet, les quartiers sont aussi enclavés, quand bien même ils seraient à proximité des grands centres urbains, à l’image des quartiers nord de Marseille par exemple. Ils rencontrent aussi des problèmes de transport, de mobilité. Nous connaissons aussi le temps important qu’il faut pour se rendre à son lieu de travail, pour effectuer les tâches les plus ingrates du capitalisme, pour un salaire de misère qui partira principalement dans l’essence.

    Globalement, les gilets jaunes sont descendus dans la rue pour vivre dignement, pas pour chasser de l’Arabe ou du Noir.

    Le Bondy Blog : Devant l’urgence de la mobilisation, n’avez-vous pas peur de faire des alliances politiques avec un mouvement certes disaparate mais comprenant des individus évoluant à l’extrême droite ?

    Youcef Brakni : Je ne considère pas que ce soit l’extrême droite qui soit à la tête de ce mouvement, quand bien même, par opportunisme, elle essaie de récupérer cette contestation. Je connais des gilets jaunes qui, soutiens du comité Adama Traoré, guident certaines mobilisations. On a des gilets jaunes complètement divers ; on a parfois eu des réactions racistes qui ont tout de suite été dénoncées au niveau national. La majorité de ces personnes est écrasée par le système, laissée à l’abandon. Quand ça fait vingt ans que la droite et la gauche servent de courroie de transmission au discours du Front national, il est normal que la classe populaire y soit sensible. Globalement, les gilets jaunes sont descendus dans la rue pour vivre dignement, pas pour chasser de l’Arabe ou du Noir. Lors des discussions concrètes avec les gilets jaunes, ils savent que nous ne sommes pas leurs ennemis ; il ne s’agit pas d’un racisme élaboré comme on peut le voir dans les élites qui, par opportunisme politique, veulent surfer sur les peurs pour éviter la question sociale. Il ne faut pas jeter la pierre aux gilets jaunes, je suis persuadé qu’avec du dialogue, leur racisme s’écroule.

    Le Bondy Blog : Comment voyez-vous cette alliance entre certains mouvements de quartiers populaires et les gilets jaunes ?

    Youcef Brakni : En fait, ce type de démarche, ce n’est pas nouveau. Le Mouvement de l’Immigration et des Banlieues (MIB), par le biais de Tarek Kawtari, avait déjà mis en place des tentatives d’alliance avec le monde rural, avec la critique de ces deux poids deux mesures lorsqu’il s’agit de se déplacer facilement vers le Larzac mais qu’il est, en même temps, difficile de traverser le périphérique pour soutenir les quartiers populaires. C’est tout le défi du Comité Adama de déplacer le centre de gravité politique pour l’amener dans les quartiers politiques. Sinon, il sert à rien de se réclamer de la gauche, du progressisme ou encore d’affirmer lutter pour l’égalité et la justice.

    Aujourd’hui, il s’agit de faire prendre conscience aux couches sociales les plus défavorisées ayant subi la désindustrialisation, que leur situation n’est pas due à l’immigration mais au libéralisme

    Le Bondy Blog : Ces tentatives de convergence des luttes n’ont pas duré. Pourquoi ? Quelles différences y a-t-il avec les gilets jaunes ?

    Youcef Brakni : Jusqu’ici, ça [la convergence des luttes, ndlr] a échoué parce que nous nous inscrivons dans un héritage des luttes des années 70-80 qui étaient dans les usines. Mais aujourd’hui, il n’y a plus d’espace de socialisation où l’on puisse créer des mouvements de masse. Il faut savoir que le Mouvement des Travailleurs Arabes à Marseille a fait une grève de 24h suivie par 20 000 ouvriers contre les ratonnades, les crimes racistes. L’enjeu est maintenant de reconstruire des espaces et à travers le comité Adama, nous pouvons créer un socle fort pour les quartiers populaires. Avec des bases solides, nous pourrons aller discuter avec les mouvements sociaux, le monde rural en leur faisant une proposition claire afin de nouer des causes communes : par exemple, les violences policières qui touchent les mouvements écologistes comme à Bure, la mobilisation contre la Loi Travail, ou encore, actuellement, avec les gilets jaunes, des personnes âgées se faisant gazer alors qu’elles ne présentaient aucune menace. Aujourd’hui, il s’agit de faire prendre conscience aux couches sociales les plus défavorisées ayant subi la désindustrialisation, que leur situation n’est pas due à l’immigration mais au libéralisme, qui veut toujours en avoir plus et délocalise. Néanmoins, pour faire cause commune, il faut qu’ils entendent que le racisme s’ajoute à cette lutte, et qu’il a des conséquences destructrices sur nos vies.

    Le Bondy Blog : Quel est l’équilibre à respecter dans cette alliance politique avec le mouvement des gilets jaunes ?

    Youcef Brakni : Ce n’est pas une alliance au prix d’un renoncement politique. Nous ne faisons pas des alliances avec des personnes qui sont ouvertement racistes. Je suis convaincu que c’est par l’expérience de la lutte en commun qu’on arrivera à changer les mentalités, à faire bouger les lignes. Cela ne se fera pas dans des textes théoriques de 50 pages ni sur les réseaux sociaux, mais bel est un bien par une démonstration acharnée contre ce traitement raciste qui est fait aux quartiers populaires.

    Le Bondy Blog : Dans votre communiqué, vous évoquez le mouvement des gilets jaunes de la Réunion. En quoi sont-ils un exemple pour vous ?

    Youcef Brakni : Nous partageons avec la Réunion un traitement commun ; ce sont des populations noires pour la plupart, et qui subissent un racisme. Nous sommes solidaires d’eux et estimons qu’ils montrent la voie car ils ont obtenu le gel des taxes pour une durée de trois ans ; cela témoigne du rapport de force mais aussi du niveau d’organisation. Cela montre aussi la fébrilité de l’État devant une population mobilisée malgré sa relégation et le racisme qu’elle subit.

    Propos recueillis par Yassine BNOU MARZOUK

    ********************************************************

    Lire aussi l'analyse de Rafik Chekkat (État d'Exception) :

    https://www.etatdexception.net/de-quelle-couleur-sont-les-gilets-jaunes/


    Et le discours d'Houria Bouteldja à l'issue de la Marche Rosa Parks du 1er décembre :

    http://indigenes-republique.fr/beaufs-et-barbares-comment-converger/

    "L’antiracisme politique est sur la place !

    Aujourd’hui 1er décembre, Paris est en ébullition. Aujourd’hui à Paris, la révolte gronde. Aujourd’hui à Paris, la répression sévit aux Champs-Élysées comme elle a sévit contre le mouvement social et en particulier contre les habitants des quartiers depuis l’instauration de l’état d’urgence.

    Aujourd’hui, nous sommes fiers de battre le pavé parisien pour porter haut et fort nos revendications contre le racisme d’État, la guerre sociale et l’impérialisme, comme nous sommes fiers de partager avec d’autres franges du mouvement social, ici ou aux Champs-Élysées, une colère et une contestation qui va en grandissant.

    Il faut le reconnaître, l’explosion des gilets jaunes sur la scène politique écrase notre actualité comme elle a écrasé la manifestation féministe « Nous Toutes », qui a pourtant mobilisé plus de 40 000 personnes. Il faut le dire également, les gilets jaunes ne sont pas nos ennemis radicaux comme ils ne sont pas nos alliés naturels. Nous partageons avec eux le problème de la vie chère, l’inquiétude de la guerre sociale déclarée contre les plus démunis et une critique radicale du gouvernement Macron. Si nous convergeons tactiquement avec eux sur ces points précis et si nous endossons ce mot d’ordre : « Macron démission », nous divergeons sur le caractère social chauvin de leur plateforme dont celui qui demande plus de moyens à la police ou plus de répression contre les migrants.

    Je le répète ici, le chauvinisme franchouillard ne souillera pas les héritiers de Rosa Parks. En effet, si nous menons un combat antiraciste, celui-ci sera toujours articulé à un anti-impérialisme sans concession. Sinon, nous ne serions que de vulgaires intégrationnistes, des aspirants à la blanchité ou, pour le dire autrement, des gilets jaunes qui, si l’on en croit leurs revendications, cherchent à améliorer leur sort à l’intérieur du cadre national sans s’interroger sur les conditions géopolitiques objectives qui permettent notre confort plus ou moins relatif à l’intérieur de l’Hexagone. Peu leur importe les guerres faites par la France pour maintenir son hégémonie politique et économique sur le monde, peu leur importe le commerce juteux des ventes d’armes à l’Égypte ou l’Arabie Saoudite, peu leur importe la surexploitation des Africains pour l’extraction et le pillage des matières premières nécessaires pour la préservation de nos emplois. Comme l’a dit ce frère africain : « ce n’est pas le carburant qui coule dans vos voitures, c’est le sang des Africains. »

    C’est la raison pour laquelle l’antiracisme du collectif Rosa Parks est un antiracisme anti-impérialiste. Et si cette exigence s’impose à nous, elle doit aussi s’imposer aux gilets jaunes ou au mouvement social dans son ensemble, comme elle doit s’imposer aux féministes et aux organisatrices de la manif « Nous Toutes ». L’alliance durable entre les « beaufs » et les « barbares » se fera à ces conditions[1].

    Nous disons ici :
    Pas d’antiracisme sans anti-impérialisme.
    Pas d’anticapitalisme sans anti-impérialisme.
    Pas de féminisme sans anti-impérialisme.

    Notre autonomie n’est donc pas une coquetterie. C’est une exigence supérieure. Mais celle-ci ne doit pas nous confiner au dogmatisme politique. C’est pourquoi aujourd’hui nous nous mobilisons à la fois contre, avec et séparément des gilets jaunes. Contre eux à cause de leur chauvinisme. Avec eux contre Macron et contre la répression dont ils sont victimes. Séparément pour affirmer notre projet : Justice, Dignité ou rien !"

    Et encore Houria Bouteldja (sur FB) :

    "Il est heureux que les gauches radicales prennent leurs responsabilités et participent pleinement à cette insurrection des gilets jaunes dont elles se méfiaient et dont il aurait fallu comprendre le caractère "flottant" dès le départ.

    La tendance nationaliste n'est pas à ce point fixée qu'il faille abandonner le travail d'hégémonisation pour amener le mouvement vers des revendications plus radicales de justice sociale et de remise en cause du pouvoir macronien. Il n'en reste pas moins que le PIR a été parmi les premiers à dénoncer la fatalité d'un basculement dans l'extrême droite et à critiquer le purisme de certaines postures qui attendent d'un mouvement spontané qu'il soit "propre" pour agir.

    Mais comment se fait-il que le PIR, supposé "raciste anti blanc" ait été plus clairvoyant sur les GJ que d'autres franges de gauche supposées défendre la France d'en bas ? Une partie de la réponse se trouve dans le fait que d'abord nous ne sommes pas romantiques et que notre connaissance du monde indigène nous montre que l'indigénat est très, très loin d'être "propre", qu'il est traversé par plein de contradictions et qu'il est tendanciellement tout sauf progressiste.

    Notre matérialisme politique nous pousse à rentrer ces données dans notre logiciel et à obliger nos partenaires à nous considérer comme des acteurs politiques avec toutes les tares qui sont les nôtres comme nous y invite ce proverbe algérien : "Mon futur mari doit m'accepter même avec la morve qui coule de mon nez".

    Ainsi la connaissance de notre peuple, nous permet de saisir plus intuitivement les profondeurs du peuple blanc, elles-mêmes souvent réac. Sans n'avoir aucune illusion sur la spontanéité chauvine des prolos blancs, nous ne confondons pas racisme, nationalisme et chauvinisme et nous ne succombons pas au fatalisme qui voudrait que le choix blanc soit nécessairement un choix fasciste.

    Ainsi le matérialisme politique ne suffit pas. Il faut y ajouter l'amour révolutionnaire, ce souffle spirituel qui ne réduit pas les humains à leurs simples intérêts économiques mais tente de réenchanter le monde.

    Pour l'heure, les GJ n'ont pas suffisamment de cet amour révolutionnaire pour susciter l'adhésion des habitants des quartiers et de l'immigration même si une partie, la plus intégrée économiquement, s'engage dans la révolution jaune, d'où notre distance vis à vis d'un mouvement qui porte d'abord et avant tout les aspirations des classes blanches déclassées ou en voie de l'être. Cela étant dit, nous ne savons pas où cette insurrection va nous entraîner ni de quoi demain sera fait.

    Le 1er décembre, nous manifestions avec les organisations de l'immigration au sein du collectif Rosa Parks pour affirmer nos revendications propres et notre autonomie tout en mêlant nos voix à celles et ceux qui réclament "Macron démission!", mais nous restons sur le pont pour continuer d'exiger la fin de ce régime profondément arrogant, méprisant et injuste, convaincus que l'immigration et ses descendants ont toujours un rôle clef à jouer dans les moments historiques.

    En attendant, tout notre soutien aux lycées de banlieues en grève qui subissent une double voire une triple discrimination, aux étudiants non européens qui dénoncent l'augmentation des frais d'inscription, aux migrants et sans pap' qui se mobiliseront en masse le 18 décembre prochain.

    Sinon (et avec la permission de Guénolé) : Macron au goulag !

    Sinon bis : lisez ou relisez ce texte les-beaufs-et-les-barbares-sortir-du-dilemme. Il est très bien. C'est moi qui l'ait écrit ! :)"

    (Ou encore) "Dans mon livre, je m'adressais déjà aux gilets jaunes (mais pas qu'à eux) :

    "Vous l’aurez compris, je ne m’adresse pas à vous indistinctement. Vous êtes traversés par de nombreuses contradictions dont celle de classe. Je ne parle qu’à deux catégories d’entre vous : D’abord, les prolos, les chômeurs, les paysans, les déclassés qui progressivement renoncent au politique ou glissent inexorablement du communisme vers le Front National, les minorités régionales écrasées par quelques siècles de centralisme forcené et l’ensemble des laissés pour compte, que vous nous aimiez ou pas. En un mot, les sacrifiés de l’Europe des marchés et de l’Etat, de moins en moins providentiel et de plus en plus cynique. Ensuite, aux révolutionnaires qui ont conscience de la barbarie qui vient. Parce qu’elle n’est plus qu’à quelques encablures de nous. Et elle va nous dévorer. J’ai l’impression que l’heure a sonné. Tout a une fin. Votre système immunitaire s’affaiblit. Le vernis se craquèle. Votre statut social se dégrade. Le capitalisme sous sa forme néolibérale poursuit son œuvre impitoyable. Il grignote vos acquis sociaux ou pour le dire d’une manière plus juste, vos privilèges. Jusque-là, pour sauver la social-démocratie, c’est-à-dire vos intérêts de classe moyenne blanche, vous vous êtes servis de nous. Vous nous avez sommés de voter utile. Nous avons obéi. De voter socialiste. Nous avons obéi. Puis de défendre les valeurs républicaines. Nous avons obéi. Et surtout de ne pas faire le jeu du Front National. Nous avons obéi. En d’autres termes, nous nous sommes sacrifiés pour vous sauver, vous. Deux guerres mondiales effroyables vous ont laissé des souvenirs douloureux. « Plus jamais ça ! » Vous continuez à brailler ce vœu pieux en mode disque rayé mais ces psalmodies n’ont pas plus d’impact que le gazouillis des oiseaux. Vous ne voulez plus alimenter le ventre de la bête immonde parce que par le passé elle vous a dévorés, sauf que c’est la bête immonde qui vous alimente et avec laquelle vous dévorez le monde. Alors, vous plébiscitez le statu quo. Nous payons l’addition. Tandis que votre ventre mou s’agrippe à la social-démocratie, vos radicaux s’agitent. Une partie regarde vers le fascisme, une partie vers nous. Mais cette alliance entre égaux vous répugne. D’habitude, vous ne nous tolérez que parrainés par vous. Mais il se pourrait qu’au moment où sonne le glas, vous soyez obligés de nous envisager. Bien sûr, vous aurez toujours le choix du fascisme mais comme tous les choix, il n’est pas fatal. Je profite de ce moment d’intimité pour vous faire une confidence.

    Je méprise la gauche qui vous méprise sûrement autant que vous, peut-être plus. Je la méprise férocement. À votre ressentiment, votre peur du déclassement, vos frustrations légitimes ou pas, elle a opposé, à ceux d’entre vous qui étaient « beaufs » et gras du cheveu, la main jaune de SOS racisme, une sorte de talisman ou peut-être de gousse d’ail, qui sait ? Baltringue ! Feignant de vous combattre, elle vous a nourris. Parfois, elle vous a devancé. Vous êtes même restés médusés devant sa passion islamophobe. Quant à la gauche ouvrière, elle a renoncé à vous. Vous avez renoncé à elle. De cela, je ne vous blâme pas. Du reste non plus d’ailleurs car je ne suis pas moraliste. Vous trouvez refuge dans les bras de la sainte nation contre cette Europe qui vous trahit et que certains n’hésitent pas à qualifier de « contre révolution par anticipation ». Mais combien de temps pensez-vous qu’elle vous protégera contre les assauts du Capital ?""

    ****************************************************

    Quelques réflexions nôtres, rapides, sur cette question du positionnement indigène (colonisé-intérieur) face au mouvement :

    "L'alliance des 'beaufs' et des 'barbares' EST l'alliance qui fera la révolution.

    Procès de Chicago, où les gauchistes de campus Hoffmann et Rubin plantent Bobby Seale et ont un procès séparé de privilégiés blancs classe moyenne intellectuelle ; vs White Panthers et Young Patriots issus de la redneckerie raciste et qui ont été de vrais alliés, que le grand Fred Hampton a su sentir.

    Mais une telle convergence veut dire la révolution imminente, et donc qu'elle se fasse demain, que la révolution soit pour demain...

    Ce qui n'est pas le cas, on le sait très bien. Déjà avec les White Panthers et les Young Patriots on parlait de petits blancs représentatifs (allez) de 5% de tous les petits blancs du pays, on était au tout tout début d'un processus, et Hampton s'est fait cribler de balles par les porcs vu la menace qu'il représentait.

    Il y a encore énormément de chemin devant. Un chemin fait de critique (qu'est l'antiracisme politique) et d'autocritique (que les 'beaufs' reçoivent et comprennent l'antiracisme politique, comprennent leur position privilégiée et sa fonction dans le système). Il y en a au moins pour 20 ans.

    Les Gilets Jaunes et les mobilisations indigènes peuvent participer de la même zone de turbulence actuelle, secouant le système, mais ça ne veut pas dire côte à côte sur les mêmes barricades, arrêtons de fumer. Ça ne veut surtout pas dire sans autonomie ; dont un exemple a été donné le 1er décembre, parallèlement à la guérilla urbaine des Gilets Jaunes autour de l'Arc de Triomphe, par la manifestation #RosaParks.

    Oui, être 'avec' les Gilets Jaunes pour ne pas laisser le terrain aux fascistes est d'abord le rôle des gauchistes de ce monde petit-blanc de la France d'en bas dont on rit de l'accent, comme nous ; pas d'indigènes que ça pourrait mettre en danger de mort.

    Il y a des appels à la 'convergence', typiques de l'extrême-gauche blanche des grandes villes, qui sont beaux sur le papier mais restent abstraits et déconnectés du réel, inconscients du caractère extrêmement prolongé de la lourde tâche d'y parvenir. Dans le meilleur des cas, c'est à dire lorsqu'il ne s'agit pas tout simplement de se faire mousser, de faire du 'buzz' dans le 'milieu', et de chercher à réunir les 'ramassis' sociaux d''illettrés' sous son éclairée guidance conçue comme la seule capable de les faire tenir ensemble (en règle générale, bien ou moins bien intentionnées, ces démarches ne sont suivies en masse ni d'un côté ni de l'autre de la 'convergence' fantasmée)."

    [Ou encore]

    "Oui, il y a toujours un côté "enfant gâté" (dont le jouet ne marche plus et là ben y a plus de sous pour en racheter un autre) dans tout mouvement de contestation à l'intérieur d'une métropole impérialiste. C'est un fait, et étant valable pour les gilets jaunes, ça ne l'est pas moins pour n'importe quel mouvement social mené par les syndicats et l'extrême-gauche.

    Mais il faut regarder au delà de ce prime abord.

    La crise d'une métropole est TOUJOURS une bonne chose pour les colonies (et maintenant les néo-). Il y a toujours plus de parti à en tirer que d'une métropole stable où les masses sont contentes et font bloc avec le pouvoir.

    Il y a de cela pléthore d'exemples historiques, et en vérité pas vraiment de contre-exemples.

    Jamais autant de colonies ne se sont libérées que lorsque la métropole était en crise, voire en effondrement complet de la pyramide du pouvoir.

    Déjà en 1789, il était tout à fait possible de qualifier les peuples de France d'enfants gâtés : ils avaient des colonies, ils dominaient culturellement l'Europe comme les US dominent le monde aujourd'hui, et les masses travailleuses avaient de loin le meilleur niveau de vie de tout le continent.

    Pourtant il y a eu la Révolution, et cet effondrement intérieur de la métropole française a permis Haïti, a lancé une vague de soulèvements populaires dans toute l'Europe balayant les ordres anciens (même si encore aujourd'hui 2 siècles plus tard il reste beaucoup à accomplir), etc. etc.

    Espagne occupée par Napoléon, puis ravagée par les affrontements entre libéraux et absolutistes sur fond de mouvements populaires => indépendance des colonies d'Amérique latine, certes au profit des colons blancs essentiellement, mais point de départ d'un processus qui se poursuit aujourd'hui.

    Les "petits soucis" traversés par la France entre 1914 et les années 60, guerres mondiales et situation sociale tendue, occupation étrangère, ont de la même façon contribué, MÊME si ce ne fut pas forcément de "bon cœur", MÊME si ce ne fut pas la volonté (ni un "geste généreux") de ceux qui y luttaient, il n'est pas question de cela ; ont contribué, donc, à la fin du colonialisme direct (sauf dans les actuels "DOM-TOM", et encore ce statut constitue une réforme du colonialisme).

    EN MÊME TEMPS bien sûr que les luttes des peuples concernés. Ça va de pair, c'est une dialectique.

    Depuis, certes, le colonialisme direct a été remplacé par le néocolonialisme qui finalement, économiquement parlant marche "mieux" au bénéfice des métropoles (rapporte encore plus...) ; mais son effondrement aura été un premier pas qui en appelle un deuxième, que la crise qui secoue actuellement l'Occident favorisera assurément à son tour.

    Oui, un Occidental quel qu'il soit, gilet jaune ou syndicaliste ou catalan, qui conteste l'ordre social de la métropole où il vit est toujours quelque part un "enfant gâté".

    Mais en ébranlant la stabilité de la métropole, il favorise mécaniquement et dialectiquement la lutte des colonies (et néo-), même s'il n'en a pas conscience voire s'il leur voue un mépris suprématiste blanc le plus total.

    L'inverse est d'ailleurs également vrai. Les luttes des (néo)colonies, en enrayant la "pompe" à richesses vers l'Occident, favorisent la crise sociale de celui-ci et donc les soulèvements d'"enfants gâtés" qui en retour les servent.

    C'est une dialectique."

    Un article du Monde qui expose relativement bien la problématique du rapport des "quartiers" (qui ne se confondent pas, il faut encore le rappeler, avec "les non-Blancs" et dans lesquels une grande partie de ceux-ci ne vivent pas) au mouvement des Gilets Jaunes :

    Ou encore, sur le Bondy Blog (avec un titre d'ailleurs assez trompeur, par rapport à la réalité des propos des interrogé-e-s, méthode évoquant tristement une "certaine presse" à laquelle on pensait le Bondy étranger...) :

    [De certains propos rapportés, associatifs notamment, se dégage parfois quelque chose de dérangeant, comme une forme de légalisme : on craint que "tout soit encore ramené à ceux qui seront violents"... comme si c'était le problème ; un discours de nature à laisser sentir les gens qui ne veulent pas perdre leurs subventions des municipalités, ou leurs "programmes" de soutien au micro-entrepreneuriat du type "Entreprendre en banlieue" (Attali, PlaNet Finances) ou Humanity in Action (Soros).]

    [Et puis bon, si l'on veut poser les choses de manière très prosaïque : le mouvement (son point de départ en tout cas) est un mouvement des classes populaires à mobilité contrainte et perpétuellement "taxée" (prix du carburant, péages, radars...).

    Tandis que "les quartiers/banlieues", au sens où on l'entend quand on en parle (qui n'est pas tout à fait leur réalité, mais bon), c'est à dire les ghettos et plus spécifiquement encore leur population jeune (15-30 ans) ultra-majoritairement frappée par le chômage voire l'exclusion complète du marché du travail, sont plutôt des lieux de confinement, d'assignation (raciale !) à résidence, donc d'immobilité – le fameux "tenir les murs"...

    À condition, répétons-le encore une fois, d'avoir une vision très restrictive des "banlieues"-"quartiers". Si (déjà) l'on entend par "banlieue" tout ce qui n'est pas les centre-villes, ce ne sont pas forcément des quartiers pauvres (mais admettons qu'on ne l'entende qu'ainsi et exclue les banlieues résidentielles huppées ou "moyennes +"), et encore moins uniquement des ghettos clairement délimités de l'extérieur ; il y a des zones entières, comme par exemple à Lyon au-delà de la voie ferrée qui passe à Part-Dieu, où des pâtés, des bâtis de standings très différents sont disposés littéralement à côté les uns des autres. L'on sait déjà (inutile de le répéter) qu'il n'y a pas que des indigènes (non-blancs) qui y vivent, même s'ils sont souvent majoritaires dans ce qu'on appelle "les cités" (autre terminologie) ; et que tous les indigènes n'y vivent pas (il n'y a peut-être pas d'"indigénat intérieur" plus "oublié", d'ailleurs, que celui qui ne vit pas dans ces quartiers aux portes des grandes villes sur lesquels sont braqués les projecteurs des sociologues, universitaires et "experts" en tout genre !). Ainsi les zones urbaines classées "sensibles" (ZUS) abritent-elles un peu plus de 4 millions de personnes, 7% de la population totale de l'Hexagone... alors que l'on compte au moins le double sinon le triple d'indigènes non-blancs (et que, on l'a dit, ils ne sont pas complètement les seuls à y vivre : d'après cet article du Monde de 2011, ils en représenteraient un peu plus de la moitié de la population - si l'on trace une équivalence avec "issus de l'immigration", ce qui ne serait même pas exact puisqu'il y a aussi des personnes issues d'une immigration européenne relativement récente, portugaise ou autre ; et 64% en région parisienne). Il n'y a pas que des jeunes, et pas que des gens au chômage le plus total ; il y a des gens (beaucoup) qui ont un emploi, parfois stable, parfois précaire (intérimaire, uberisé), et qui souvent peut impliquer des déplacements motorisés et un budget carburant important ; des gens qui ont donc pu très tôt rejoindre le mouvement sur ces revendications premières, mais bien entendu, pas sous une banderole "les banlieues rejoignent les gilets jaunes"... etc. etc.]


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  • ... c'est quelque part ENFIN, dans une société finalement moins (et de moins en moins) vouée à la production qu'à la CONSOMMATION ("prophétie d'Hobson" réalisée) ; où le Capital nous paye d'une main, de l'ordre de 10 ou 20 fois plus qu'au Maroc ou au Bangladesh, notre travail (ou sinon on touche les aides sociales), mais pour... nous reprendre cette somme de l'autre par la consommation et les prélèvements, péages, amendes etc., car tel est (en Occident) le mécanisme ; un mouvement qui ose enfin sauter un pas essentiel : celui de la la GRÈVE DE LA GRATUITÉ, de la grève de la consommation et du claquage de thune ; à coups de week-ends sur les rassemblements-blocages plutôt que dans les centres commerciaux, et d'opérations péage gratuit (il ne manquerait plus, tant qu'à bloquer les dépôts de carburant, que les gens s'y servent gratuitement de quoi faire leur plein LOL ! mais bon là le gouvernement enverrait le GIGN et les automitrailleuses direct, donc pas sûr qu'il y ait suffisamment de téméraires dans le mouvement pour cela).

    C'est pour ça que ce serait vraiment formidable que la gauche radicale en particulier syndicale, les "expérimentés" de la lutte sur le volet des revenus, de ce qui rentre dans les portefeuilles des ménages populaires, se joignent au mouvement comme ici et là des sections d'entreprise, des unions locales voire départementales commencent à le faire (quelques exemples ici : luttes-syndicales-ouvrieres-rejoignent-gilets-jaunes.pdf).

    Alors après, évidemment, il s'agit là d'un mouvement de la société entière et (donc) de la société telle qu'elle est... C'est à dire une société où au premier tour de la présidentielle l'an dernier plus de 16,5% des inscrits ont voté pour Marine Le Pen, un peu plus de 15,5% pour François Fillon et 3,65% pour Nicolas Dupont-Aignan (pour ne prendre que les candidats les plus "à droite", réactionnaires, et sans vouloir nier que des conceptions de merde puissent exister chez les autres !) ; tandis que 22,23% se sont abstenus sans forcément en penser moins que les électeurs des candidats précités, ou en étant comme qui dirait "de droite ET de gauche", "le bon qu'il y a des deux côtés" mais version "d'en bas" pour reprendre la conception laclau-mouffienne (c'est à dire pas le "de droite et de gauche" macronien "d'en haut", économiquement ultra-libéral et - tout relativement cependant, certainement pas face aux migrants par exemple - "progressiste" sur le plan "sociétal"), comme "Fly Rider"-Maxime Nicolle (intérimaire en Bretagne) avec son appel (que d'aucuns pourront s'amuser à trouver "soraloïde") à "évacuer le racisme" de la mobilisation pour que "les Arabes" aient "l'occasion de montrer qu'ils sont avec nous et que les trous du cul ne sont qu'une petite minorité qui se retrouvera de côté comme les racistes" (mots d'"enfant" politique qui réalise l'intérêt d'unir les classes populaires sur un intérêt commun, du haut de son "expérience à la Réunion", mais mots d'une valeur finalement infiniment plus grande que tous les grands blablas gauchistes sur la "convergence des luttes", paternalistes et jamais suivis d'effet) https://www.facebook.com/groups/113011902965556/permalink/119491898984223/.

    Il y a de toute façon bien longtemps que plus personne d'un minimum "calé" politiquement ne peut sérieusement croire, une traître seconde, que les mobilisations "classiques" c'est à dire syndicales, et même étudiantes-lycéennes (a priori plus "progressistes") soient totalement exemptes de tout individu aux conceptions (même "vaguement") sexistes voire homophobes (ou pire, aux actes derrière de grands discours "safe"), racistes ou du moins islamophobes de type "Charlie", anti-"racailles" lorsque les quartiers viennent (à l'occasion) foutre un peu le boxon en manif, anti-"terroristes" sans analyse plus poussée (pourtant terriblement nécessaire), complaisantes avec le colonialisme sioniste parfois (surtout dans les milieux ultra-gauches intellectuels), etc. etc. À la limite, que ces positions ou agissements soient défendus par des individus "militants" ne fera que rendre le salmigondis argumentaire plus insupportable.

    Comme nous l'a enseigné Engels dès le 19e siècle, on ne fait pas la révolution avec des anges purs descendus du ciel mais avec des "démons" que sont les masses populaires telles qu'elles sont, produit de la société pourrie que nous combattons ; des masses populaires qu'il ne faut en réalité même pas chercher à "éduquer" jusqu'à les rendre politiquement "parfaites" à nos yeux mais seulement à amener, en tenant fermement le cap que nous nous sommes fixé, jusqu'à un basculement de légitimisme de l'État bourgeois sous ses variantes de droite comme "de gôche" vers notre camp ; et l'économiste Frédéric Lordon, disant une fois n'est pas coutume quelque chose d'un semblant d'intérêt révolutionnaire, d'ajouter que "ceux à gauche qui pensent qu’ils ne feront la révolution qu’avec un peuple révolutionnaire constitué de leurs exacts semblables, attendront la révolution longtemps".

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    [Petit billet, quelques réflexions encore]

    Il est possible de dire dans un sens que le ghetto racial, le colonialisme intérieur (et le traitement inhumain des nouveaux migrants qui arrivent) est un crime du système capitaliste impérialiste, colonialiste déjà à l’extérieur, dans lequel la gôche a (déjà) historiquement plus que sa part mais bon, on pourra à la rigueur s’amuser à dire « surtout de la droite », ou alors d’une gôche qui ne le serait « pas vraiment ».

    Mais par contre… la situation de désert politique des bassins d’emplois périphériques en déshérence, des Rust Belts peuplées de petits blancs aujourd’hui gilets jaunes, est d’abord et avant tout un crime, une faute politique lourde de la gôche blanche (y compris « radicale »).

    La gôche blanche, y compris « radicale », qui au lieu de s’efforcer en priorité que les gens y restent de gôche, c’est-à-dire à moitié potables, s’est mise en tête d’avoir absolument pour « potes » de credibility, de prendre la direction politique des minorités non-blanches… qui n’en ont jamais RIEN, mais alors rien eu à péter d’elle ni besoin d’elle pour s’organiser et lutter depuis des siècles.

    Résultat : elle ne s’est jamais massivement ralliée les non-Blancs, qui n’en ont rien à battre de sa gueule et de ses sermons. D’ailleurs, même si on prend les luttes de genre par exemple, elle n’a pas réussi non plus à prendre totalement la tête de ces « minorités » là, puisque l’on voit de plus en plus des féministes ou des personnes LGBT de droite (ou pensant de droite, du moins), ou au contraire, allant vers des positions révolutionnaires authentiques.

    Et de l’autre côté… elle a complètement abandonné le populo blanc « beauf », « sans dents » à sa lamentable condition et à l’hégémonie de la droite et de l’extrême-droite, qui l’ont habilement surpassée en misérabilisme dans cette direction.

    « L’indigène discordant n’est pas le seul point aveugle de la gauche radicale. Il y en a un autre : c’est le prolétaire blanc. En effet, comme l’a souvent répété Sadri Khiari, la gauche radicale n’arrive pas à rompre avec son matérialisme froid qui l’empêche de comprendre le besoin d’histoire, d’identité, de spiritualité et de dignité des classes populaires blanches. Une dignité qui ne soit pas seulement la dignité de consommer. Les prolos français qui ont voté pour Sarkozy ou Le Pen n’attendent pas seulement d’eux qu’ils augmentent leurs salaires. Ils votent pour des « valeurs », quoiqu’on puisse penser de ces valeurs. Et à des valeurs, on n’oppose pas 1500 euros mais d’autres valeurs ; on oppose de la politique et de la culture. La question de la dignité est une porte d’entrée trop négligée. Cette dignité bafouée a su trouver auprès de ceux qu’on appelle les « petits blancs » en France ou encore les « white trash » aux États-Unis une voix souterraine pour s’exprimer, c’est l’identité. L’identité comme revers vicieux de la dignité blanche, et qui sous cette forme n’a trouvé comme traduction politique que le vote FN, puisque ces petits blancs sont « trop pauvres pour intéresser la droite, trop blancs pour intéresser la gauche » (la gauche institutionnelle, s’entend), pour reprendre la formule d’Aymeric Patricot. » – Houria Bouteldja, "Les Beaufs et les Barbares".

    D’où le résultat actuel ; d’où l’idéologie qui se dégage des revendications du gilet jaune moyen, en dépit de tous les efforts d’une gauche mélencho-syndicale, et même en bonne partie « radicale », finalement entrée (opportunément, opportunistement ?) dans la danse pour tirer le truc vers la gauche.

    Et la meilleure encore dans tout ça... c'est que parmi, ou à côté en tout cas de ces petits blancs « oubliés » réside aussi, surtout dans les vieux bassins industriels sinistrés, en quantité tout sauf négligeable, un... « indigénat oublié » ; venu il y a 50 ans là où il y avait du boulot c’est-à-dire (à l'époque) partout, y compris au « cul » de la Lorraine ou de l'Occitanie (La Sala/Decazeville par exemple) ; loin des fameuses « banlieues » que la pensée gauchiste associe systématiquement à « victimes du racisme » ; très, trop loin des grandes villes et de leurs campus.

    Voilà le constat de l’étendue du désastre.

    Il est temps de se remettre en question : la gauche blanche, surtout radicale pour le coup (car bon les socedems ne sont pas là pour ça, ils font toujours avancer l’égalité sur le dos d’un Autre), révolutionnaire, n’a pas pour rôle d’aller se présenter en sauveuse et guide éclairée d’un monde colonisé (extérieur et intérieur aux métropoles) qui n’a pas besoin de ses lumières (avec ou sans majuscule).

    Elle a pour rôle d’aller d’abord s’assurer (en travaillant entre autres, selon nous, à une rupture intellectuelle à base d’histoire populaire authentique avec le « roman national » français et « civilisationnel » européen) que ses congénères soient sinon des porteurs de valises, du moins pas, ou le moins possible des ennemis de la révolution mondiale qui comme l’histoire l’a toujours montré se déploie à partir des grandes périphéries impérialisées de la planète, et de leurs prolongements immigrés au « cœur du monstre » occidental.

    Voilà où était, où aurait dû être sa tâche ! Celle qui appartient aujourd’hui à ceux qui veulent y croire encore, pour espérer parvenir à un véritable internationalisme domestique (intra-métropole) comme planétaire de libération.

    [Et puis bon, si l'on veut poser les choses de manière très prosaïque : le mouvement (son point de départ en tout cas) est un mouvement des classes populaires à mobilité contrainte et perpétuellement "taxée" (prix du carburant, péages, radars...).

    Tandis que "les quartiers/banlieues", au sens où on l'entend quand on en parle (qui n'est pas tout à fait leur réalité, mais bon), c'est à dire les ghettos et plus spécifiquement encore leur population jeune (15-30 ans) ultra-majoritairement frappée par le chômage voire l'exclusion complète du marché du travail, sont plutôt des lieux de confinement, d'assignation (raciale !) à résidence, donc d'immobilité – le fameux "tenir les murs"...

     À condition, répétons-le encore une fois, d'avoir une vision très restrictive des "banlieues"/"quartiers". Si (déjà) l'on entend par "banlieue" tout ce qui n'est pas les centre-villes, ce ne sont pas forcément des quartiers pauvres (mais admettons qu'on ne l'entende qu'ainsi et exclue les banlieues résidentielles huppées ou "moyennes +"), et encore moins uniquement des ghettos clairement délimités de l'extérieur ; il y a des zones entières, comme par exemple à Lyon au-delà de la voie ferrée qui passe à Part-Dieu, où des pâtés, des bâtis de standings très éloignés sont disposés à très faible distance les uns des autres. L'on sait déjà (inutile de le répéter) qu'il n'y a pas que des indigènes (non-blancs) qui y vivent, même s'ils sont souvent majoritaires dans ce qu'on appelle "les cités" (autre terminologie) ; et que tous les indigènes n'y vivent pas (il n'y a peut-être pas d'"indigénat intérieur" plus "oublié", d'ailleurs, que celui qui ne vit pas dans ces quartiers aux portes des grandes villes sur lesquels sont braqués les projecteurs des sociologues, universitaires et "experts" en tout genre !). Ainsi les zones urbaines classées "sensibles" (ZUS) abritent-elles un peu plus de 4 millions de personnes, 7% de la population totale de l'Hexagone... alors que l'on compte au moins le double sinon le triple d'indigènes non-blancs (et que, on l'a dit, ils ne sont pas complètement les seuls à y vivre : d'après cet article du Monde de 2011, ils en représenteraient un peu plus de la moitié de la population - si l'on trace une équivalence avec "issus de l'immigration", ce qui ne serait même pas exact puisqu'il y a aussi des personnes issues d'une immigration européenne relativement récente, portugaise ou autre - et 64% en région parisienne). Il n'y a pas que des jeunes, et pas que des gens au chômage le plus total ; il y a des gens (beaucoup) qui ont un emploi, parfois stable, parfois précaire (intérimaire, uberisé), et qui souvent peut impliquer des déplacements motorisés et un budget carburant important ; des gens qui ont donc pu très tôt rejoindre le mouvement sur ces revendications premières, mais bien entendu, pas sous une banderole "les banlieues rejoignent les gilets jaunes"... etc. etc.]

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    "Tu es gilet jaune quand tu sais que tu seras à découvert en milieu ou à la fin du mois. Quand tu gagnes moins de 1500 euros par mois, que l'on te dit que tu as le droit à la prime d'activité, mais il faut être célibataire, isolé et dans la merde pour l'avoir cette prime d'activité. Quand tu n'as pas le droit aux APL parce que ton salaire dépasse de 30 euros quand tu es handicapés ou en ALD, ASS, que tu touches une pension d'invalidité. Quand les infos de TF1 te balancent l'arrivée de la prime de la rentrée scolaire, et la prime de Noël mais que pour toi ça reste juste une annonce, quand tu la demandes tu peux pas l'avoir. Quand tes listes de courses deviennent vitales pour ton compte en banque. Tu es gilet jaune quand tu as un smartphone payable en 4x. Mais t'es aussi gilet jaune quand le paiement en 4x ou en 10x devient ta seule issue pour gouter au confort. Quand tu peux plus te permettre les croissants alors que tu as des invités le dimanche. Tu es gilet jaune quand tu connais par cœur le goût des pâtes Panzani. Quand tu as déjà goûté toutes les sauces tomates possibles et inimaginables pour changer le goût de tes plats, ou de tes pâtes. Tu es aussi gilet jaune quand tu essaies de mettre 100 euros de côté, mais c'est seulement pour 1 mois, car le mois d'après il faudra payer les factures. Tu es gilet jaune, quand tu voudrais bien acheter des habits à tes enfants, mais que tu vas juste te contenter des ventes de fringues d'occasion parce que même Kiabi c'est une source de découvert pour ton compte en banque. Tu es gilet jaune pourquoi aussi ? parce que, tous les mois, tu vois les factures défiler et tes loisirs s'envoler. Ah, pas de cinéma, parce que EDF est tombé. Ah... pas de McDo pour les enfants, parce que la taxe d'habitation est là, même mensualisée. Tu es aussi gilet jaune quand tu sais que de payer la tournée à tes potes au bar te mèneras tout droit à un calcul de comptable pour pas finir à découvert à la fin du mois. Tu es aussi gilet jaune, quand tu peux pas aller voir ta famille à l'autre bout de la France parce que 60 euros d'autoroute et 110 euros de gazole, c'est juste pas possible pour toi. Tu es aussi gilet jaune, quand tu sais que ça fait 3 ans que t'es pas parti en vacances, mais que tu pars dans la famille pas trop loin, histoire de te "dépayser" un coup quoi. Tu es gilet jaune, quand ta grand mère de 80 ans gagne une misère mais sa place n'est pas sur un rond point, elle a déjà fait Mai 68. Quand tu vois l'agriculteur à côté de chez toi, vendre ses vaches, et vendre son matériel parce que sa passion et devenue une prison financière. Cette liste n'est bien sûr qu'exhaustive de tout ce qu'il se passe en France. Ce n'est pas un mouvement de bœufs, de cassos, de bouseux des campagnes, non Mesdames, Messieurs. Ceci est le battement de cœur de la France, une France en tachycardie, qui va finir en crise cardiaque. Et pourquoi ? parce qu'elle souffre et les personnes qui détiennent les médicaments nous en privent !"

    *********************************************************

    Le reportage de la revue militante Ballast, très intéressant aussi à ce sujet de "qui sont les Gilets Jaunes ?" :

    Et puis :

    Résultats d'une première enquête sociologique menée par le Centre Émile Durkheim de Bordeaux publiée par Le Monde. Il en ressort que : les gilets jaunes sont d'abord issus des classes populaires (33,3% d'employés, 14,4% d'ouvriers) et comptent un grand nombre d'inactifs dans leurs rangs (25,5%) ; sont essentiellement des primo-manifestants, qui se déclarent apolitiques, ni de droite ni de gauche, mais se classent à plus de 40% à gauche quand il y a affiliation revendiquée à une formation politique, contre 4,7% à l'extrême droite ; la forte dimension sociale du conflit et la centralité des revendications sur les conditions matérielles d’existence participent à une exceptionnelle visibilité des femmes dans un mouvement très largement mixte ; le pouvoir d'achat, les inégalités fiscalité et la question démocratique et institutionnelles constituent les thèmes majeurs de mobilisation. Ces données statistiques font donc voler en éclats la représentation spontanée (ou politiquement intéressée à le discréditer) d'un mouvement de nature poujadiste et/ou nationaliste et xénophobe :

    "Les deux principales motivations des personnes mobilisées apparaissent donc comme étant une plus grande justice sociale (qu’il s’agisse d’un système fiscal faisant davantage participer les plus aisés, d’une meilleure redistribution des richesses ou encore du maintien des services publics) et la demande d’écoute de la part du pouvoir. Au contraire, les revendications nationalistes, liées notamment à l’identité ou à l’immigration, sont très marginales, démentant l’idée d’un mouvement qui serait noyauté par les électeurs ou les militants du Rassemblement National. Comme le souligne le sociologue Alexis Spire, auteur de Résistances à l’impôt, attachement à l’État (Seuil, 312 pages, 22 euros), c’est avant tout le sentiment d’injustice fiscale, plus prégnant chez les classes populaires, qui explique cette mobilisation."

    http://ekladata.com/Qui-sont-les-Gilets-Jaunes.pdf

    Selon une autre enquête parue dans l'Humanité :

    https://www.humanite.fr/enquete-les-gilets-jaunes-ont-ils-une-couleur-politique-665360

    Les Gilets Jaunes...

    Ou encore... disons-le tout net, sur le site de Vincent Présumey que nous tenons pour un ennemi politique ("Printemps républicain", islamophobe, PIR-basher, pro-NaziMaïdan etc.), mais néanmoins (avant de comprendre que c'était lui...), et en dépit de quelques points discutables ("sans que l'on puisse parler de racisme" au sujet des points anti-migrants des "plateformes" GJ, référence fantasmatique à son cher Maïdan etc.), intéressant par son aspect descriptif assez "clinique" du mouvement réel en cours (et en tout cas LOL MDR ça doit lui faire drôle que les sales "stalino-maoïstes" dont nous sommes soutiennent le mouvement sur une analyse globalement similaire à la sienne, et les "racialistes" du PIR, à leur manière et avec de nécessaires critiques, aussi !) :

    Une réponse (sur Facebook) au commentaire suivant :

    "C'est toujours étonnant de dire c'est notre boulot et de ne pas travailler sur des outils, sur des stratégies, ne pas échanger d'expériences concrètes ici et maintenant... Sur le reste je suis globalement d'accord... loin de moi l'idée de prendre de haut quiconque dans le cas des GJ. Je suis aussi d'accord qu'il y a "des" GJ, et pas les GJ...

    Je remarque aussi qu'il y un différence entre les GJ des grandes villes qui seraient proche des bobos et ceux des extérieurs, de la ruralité qui n'ont pas le même capital culturel; A ce sujet, j'avais écrit un truc comme ça à une amie après avoir passé quelques heures sur un rond point... :

    Je ne faisais pas partie de leur culture, je n'avais pas leurs codes... J'avais pleins de clés qui n'ouvraient aucunes de leur portes... Je ne pouvais pas entrer chez eux... Ils sont dans une maison qui n'est pas la mienne, et dont je n'ai en fait jamais fait partie. La mienne s'étant avec le temps éloignée à des années lumières de la leur... C'est cette distance infinie qui m'a le plus frappé...

    Je me suis demandé qui (intellectuellement) leur parle à eux...?

    Parce que pour une grande par le problème est là, nous cherchons à nous émanciper... sans eux en fait.

    Qui écrit, pense, pour eux... ? pour qu'ils et elles s'émancipent... Que valent nos grands discours , nos écrits, et je pense aussi aux confs gesticulées et autres outils éducpop, s'ils ne sont pas fait pour eux, pour qu'ils leur soient accessibles , qu'ils puissent s'en emparer et les faire leurs... Or rien de tout ça n'est fait.... Quand je vois les derniers textes de Lepage, c'est pas pour eux...

    Ce mouvement devrait nous interroger sur notre capitalisme culturel, que nous cultivons jalousement sans jamais penser à ,en quels termes le partager... Nous sommes pour le partage des richesses, mais que faisons-nous de notre capital culturel, on le partage mais qu'entre-nous..."

    (la réponse) Si je donne une réponse qui n'engage que moi (et quelques gens qui pensent comme moi), forcément elle n'engagera que moi et je ne sais pas si elle fera l'unanimité.

    Mais allons-y : pour moi les "outils, stratégies" consistent tout simplement en un principe matérialiste politique "de base", qui est la QUESTION DU POUVOIR.

    Pousser, dans ce qu'expriment les gens (de ce mouvement actuel ou d'un autre), ce qui va dans ce sens : celui du pouvoir et de sa conquête.

    Quand les gens expriment (de façon semi-progressiste ou réactionnaire) des "souffrances", pour reprendre le jargon misérabiliste ambiant, ce qu'ils expriment avant tout est une dépossession : celle du pouvoir sur leurs existences.

    La "clé" intellectuelle, elle est là. Il n'y a pas de "lumières" à leur apporter, mais simplement à partir de ce qu'ils expriment pour y capturer et mettre en avant ce qui pose la question du pouvoir et de sa conquête.

    C'est comme ça qu'on peut avancer dans le bon sens.

    La question du racisme et de l'extrême-droite ? C'est quoi la perspective politique de ça ? C'est quoi, un "modèle" de ces idées au pouvoir ? Orban, par exemple. Et Orban, depuis quelques jours des milliers de personnes se soulèvent contre lui pour une histoire d'autoriser 400 heures supplémentaires de travail par an, payables jusqu'à 3 ans plus tard. Beau revers de la médaille "populiste"...

    Ce sont des choses sur lesquelles il faut s'appuyer. L'extrême-droite, le "populisme" facho ce n'est pas pour les masses le POUVOIR. Pas plus que Mélenchon d'ailleurs, sauf que c'est 100 fois plus violent pour certaines catégories déterminées (non-blancs, LGBT etc.), pour encore moins de POUVOIR pour le "corps légitime" de la nation, rien de plus que l'illusion de se sentir supérieur à quelqu'un pendant qu'on leur fait les poches.

    Après les rétropédalages (sur les revendications les plus sociales) des leaders de droite et d'extrême-droite (de la classe politique et du mouvement lui-même) ces dernières semaines, leur refus du "blocage de l'économie", les négociations des Italiens avec Bruxelles sur leur "budget du peuple" élagué de toute part, ce qu'il se passe en Hongrie est une excellente chose pour barrer la route à l'extrême-droite comme débouché politique de la colère ; à condition bien sûr de savoir s'en saisir et faire l'agit-prop qu'il faut dessus. Qui dans les masses de GJ est insensible à la question des heures supps illimitées et non payées ? Leur revendication la plus droitière (reprise des années Sarko) c'est qu'elles soient nettes d'impôts et de "charges" pour l'employeur. Pas qu'on puisse faire quasiment 3 mois supps par an et que ça soit payé à la Saint Glinglin.

    Le RIC, avec ses potentialités dangereuses (référendums racistes), peut lui aussi être attaqué sur le fait que ce n'est pas le POUVOIR : ça reste (avec la barre "déclencheuse" à franchir) un système de consultation de temps en temps, au demeurant sur les seules questions que les détenteurs du pouvoir voudront bien voir posées ; en aucun cas un outil de contrôle permanent sur les décisions qui régissent notre quotidien. C'est là-dessus qu'il faut l'attaquer. 

    Comme ça on peut même de proche en proche arriver jusqu'à poser l'incontournable question de l'impérialisme. Car gagner en niveau de vie et en illusion de "pouvoir" démocratique sur le dos des autres, du Sud global surexploité, ce n'est pas non plus LE pouvoir : ça implique de s'en remettre à l'appareil politico-militaire qui permet de contrôler et d'exploiter ces pays. Ça implique l'impossibilité de rompre avec le cadre de l’État-nation, qui est le pouvoir de la bourgeoisie, qui ne PEUT PAS être le pouvoir du peuple, ou deS peupleS que renferment ses frontières.

    Poser la question du pouvoir permet pas à pas (il ne faut évidemment attendre aucun résultat "magique" et immédiat) de pulvériser autant le réformisme bourgeois incarné par Mélenchon, que plus sûrement encore le populisme d'extrême-droite.


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