• Quelques réflexions liminaires sur la situation basque et les luttes de libération en général


    Nous avons publié, il y a déjà plus de deux ans, la brillante analyse d'un camarade communiste abertzale d'Iparralde (Pays Basque du Nord, "français") sur les évènements en cours dans le mouvement de libération nationale de là-bas (MLNV) : 1 - 2 et 3. C'était l'époque de la "capitulation" (cessation définitive de l'activité armée) d'ETA et de la proclamation par la gauche électorale abertzale (de libération nationale), à nouveau légalisée (alors que sa représentation politique était bannie depuis 2003), d'un "nouveau cours démocratique" et d'un "processus de paix" (en quelque sorte), d'une "résolution démocratique et pacifique du problème basque" etc. etc. Nous avions eu nous-même l'occasion de livrer quelques réflexions sur le sujet (en réalité, plutôt sur le fait que pour certains "maoïstes" ces évènements démontraient le caractère nul et non avenu de toute lutte de libération nationale) : considerations-diverses-un-gros-pave-sur-la-question-nationale-a114084658

    La position de ce camarade reflète celle d'un large courant communiste (essentiellement marxiste-léniniste) local, avec des organisations comme Kimetz, etc. Mais il y a eu à cette même (triste) époque d'autres positions, comme celle du collectif maoïste Herri Demokrazia ("Démocratie populaire") et de la revue marxiste Sugarra ; position qui sans "acclamer" le virage réformiste, ont été plus nuancées. Ces positions méritent d'être connues du public francophone s'intéressant aux luttes de libération, et d'être étudiées, car elles ne disent pas que des choses fausses comme nous allons le voir. Elles s'inscrivent dans le débat franc et ouvert qui, que nous le voulions ou non (mais en général, seuls les jacobins ne le veulent pas), se répercute dans notre mouvement révolutionnaire en Occitanie, pour qui ce qu'il se passe au Pays Basque n'a jamais été vraiment "étranger" (pour preuve, des gens qui se complaisent, finalement, dans ce qui était la ligne de Batasuna avant son interdiction nous attaquent encore aujourd'hui pour nos positions sur le sujet). Elles montrent qu'au Pays Basque en particulier, où vit un Peuple travailleur (classes populaires : personnes tirant exclusivement leurs revenus de leur force de travail et non de celle des autres) particulièrement opprimé (socialement et "nationalement"), il faut savoir prendre les choses dans leur complexité et être extrêmement vigilants sur la distinction entre contradictions au sein du peuple (qui doivent se résoudre par le débat, la discussion, le tri entre idées justes et idées fausses, la conviction et bien sûr l'expérience pratique) et contradictions avec l'ennemi (avec qui on ne discute pas, mais que l'on combat).

    Mais plus largement, Pays Basque ou pas, elles nous permettent d'illustrer une conception que nous assumons profondément : nous ne sommes pas pour la "liberté d'expression" dans l'absolu, nous ne sommes pas pour la liberté d'expression de Dieudonné par exemple, ni des fascistes en général ; ce sont là des contradictions avec l'ennemi. Mais il y a ce que nous appellerons un champ politique progressiste dans lequel oui, nous sommes pour la "liberté d'expression" ou plutôt, pour ce que nous communistes appelons le débat franc et ouvert. Cela ne veut pas dire que toutes les idées se valent, qu'il n'y ait pas d'idées justes et d'idées fausses, mais que justement faire la part des idées justes et fausses implique de laisser les idées s'exprimer et d'en débattre respectueusement, sans disqualifier a priori celui avec qui l'on n'est pas d'accord. Vous l'aurez compris, c'est là quelque chose de particulièrement étranger aux mentalités du cadre géographique dans lequel nous vivons : l’État français. D'un côté, bon nombre vont nous dire en mode "voltairien" très français : "et où est-ce que vous fixez la limite entre ce qui est progressiste et ce qui ne l'est pas ? C'est vous les fasciiiiistes !!!", comme si cela ne sautait pas aux yeux au regard de l'histoire, comme si cela ne tombait pas sous le sens, sous le "bon sens" gramscien. De l'autre, bon nombre vont être strictement incapables de "discuter" sans disqualifier préalablement leur interlocuteur, lui dénier le droit d'avoir une opinion, peu importe ce qui est invoqué à l'appui (appartenance à une chapelle politique adverse décrétée "contre-révolutionnaire" - le fameux "trotskyyystes" vs "stalinieeens" ou "autoritaiiiire" vs "anarchiiiste", appartenance supposée - on n'en sait généralement rien - à la "petite bourgeoisie" ou aux "révolutionnaires de salon", etc. etc.). Ils et elles vont être incapables de réaliser que l'état actuel des forces révolutionnaires ne permet pas le fanatisme sectaire ; et que l'époque est à ce que "cent fleurs s'épanouissent"(1) dans la réflexion. Servir le Peuple a plus d'une fois subi les giclures de leur bile, peu importe qu'ils/elles défendent une position "opportuniste-réaliste-pragmatique" ou au contraire "plus-révolutionnaire-que-moi- tu-meurs" : dans les deux cas ils se targueront de leur "pratique du terrain", d'être "vraiment dans les masses" etc. Mais finalement, les deux tendances se rejoignent : le refus d'aller sur le fond pour faire avancer les idées politiques révolutionnaires. En fait, elles reviennent strictement au même problème : c'est justement parce que la psychologie dominante "française" ("cartésienne") est incapable de saisir la notion d'idées justes et d'idées fausses à démêler, et la distinction entre différences de vues au sein du même camp (débat franc et ouvert, unité-critique-unité) et idées réactionnaires ennemies à combattre, que l'on est pas capable de contredire un point de vue sans préalablement disqualifier son auteur.

    Par ailleurs, et pour revenir au cœur du sujet, ces textes ont pour nous un intérêt tout particulier, puisqu'ils peuvent et doivent nous servir (à une échelle sans comparaison bien sûr entre les deux mouvements) à définir notre attitude vis-à-vis de la gauche occitaniste (il suffit, en un sens, de remplacer "abertzale" par "occitaniste"), qui s'est parfois voire souvent calquée sur la gauche indépendantiste basque et qui traverse elle aussi, depuis quelques années, une certaine crise.

    Ceci étant clarifié, nous refermons la parenthèse et voici les textes pris sur le site Herri Demokrazia :


    Quelques réflexions sur la fin de la lutte armée d'ETA, le MLNV et le rôle des communistes basques


    comunismoepatriaL'organisation ETA a annoncé le 20 octobre dernier la "cessation définitive de son activité armée". Nous qui rédigeons ce blog considérons cela comme une nouvelle positive.

    Mais nous nous réjouirons beaucoup plus lorsque surviendront d'autres nouvelles : lorsque Euskal Herria conquerra et pourra exercer son droit démocratique à l'autodétermination, lorsque les prisonniers politiques sortiront de prison, lorsque les forces d'occupation espagnoles et françaises quitteront notre pays, ou encore mieux, lorsque celles-ci seront DISSOUTES, vu que depuis une position de classe et internationaliste, elles sont des appareils de violence et de répression des bourgeoisies monopolistes. Et bien entendu, lorsque l'organisation terroriste armée internationale capitaliste-impérialiste OTAN cessera d'exister.

    La décision historique d'ETA vient confirmer, sans le moindre doute, un scénario dans lequel la lutte de libération nationale et sociale du Peuple travailleur basque [NDLR : les classes/masses populaires, ensemble des personnes tirant l'intégralité de leurs revenus de leur propre force de travail et non de celle d'autrui] fera face à une nouvelle phase qui va se développer dans les prochaines années. Une nouvelle époque dont, toutefois, les contours restent à définir et sur laquelle pèsent des incertitudes importantes.

    Nous n'analyserons pas ici et maintenant la trajectoire prolongée et complexe de 50 ans de lutte politique et armée d'ETA, et ce que cela a supposé pour notre Peuple. Nous ne prétendrons pas non plus en ce moment même à une analyse et une évaluation de l'ensemble du MLNV [mouvement de libération nationale basque] et de sa longue trajectoire historique : au cours de ces décennies de riche et intense parcours se sont accumulés des succès et des erreurs multiples, des victoires et des défaites, avec une énorme capitalisation d'expérience, de lutte, de compromis, de dévouement et de sacrifice.

    Bien que nous saluions la décision bienvenue d'ETA, nous communistes ne sommes pas ingénus ni pacifistes ; nous savons parfaitement que les sociétés divisées en classes, avec leur consubstantielle lutte des classes entre exploiteurs et exploités, oppresseurs et opprimés, sont historiquement inséparables de la violence. De même, nous savons que l'évaluation de la violence en général et de la lutte armée en particulier chez les classes et les Peuples opprimés doit se faire fondamentalement en fonction de si celles-ci servent à faire avancer vers les objectifs de libération sociale de la classe ouvrière et de l'ensemble du Peuple travailleur, et de la libération nationale de ce dernier le cas échéant ; ce qui pour notre pays se concrétise dans les objectifs stratégiques suivants : indépendance et État socialiste basque. C'est par la dialectique matérialistes que nous, marxistes, arrivons à l'analyse concrète de la réalité concrète, c'est-à-dire à la juste compréhension, à chaque moment et dans chaque société concrète, des divers facteurs objectifs et subjectifs en présence, et que nous élaborons et appliquons en conséquence la stratégie et la tactique la mieux adaptée. Cette réalité est toujours dialectique et historique et en cela concrète, c'est pourquoi son interprétation pertinente exclut toute formulation abstraite et hors contexte, toute formulation livresque, doctrinaire et dogmatique. Il ne faut pour cette raison rejeter ni sacraliser aucune forme de lutte, qu'elle soit pacifique ou violente, légale ou illégale, clandestine ou au grand jour, dans ou en dehors des institutions bourgeoises etc., et le choix et la combinaison de ces formes de lutte devra toujours être subordonnée et adaptée à la recherche de l'efficacité qui permettra d'avancer vers les objectifs tactiques concrets (parfois ambitieux, parfois plus limités), sans jamais perdre de vue à aucun moment les objectifs stratégiques.

    1253933178 1En quoi l'activité d'ETA bénéficiait-elle au renforcement du cadre national de la lutte des classes et en quoi renforçait-elle ou mettait-elle en difficulté la lutte de libération nationale et sociale du Peuple travailleur basque ? De notre point de vue, et (croyons-nous) du point de vue de la majorité de la militance du MNLV (chacun depuis ses propres perspectives), il y avait longtemps que la stratégie de l'ensemble du mouvement avait cessé d'être efficace sur des aspects sur lesquels elle l'était auparavant, et qu'elle montrait des signes sérieux d'être entrée dans une phase d'essoufflement en partie due à l'influence de l'activité armée d'ETA. La stratégie répressive d'encerclement et annihilation du MNLV déployée par les États espagnol et français, il faut le reconnaître honnêtement, était en train de remporter des succès impensables auparavant, et mettait la Gauche abertzale dans une situation difficile de relatif repli politique et social.

    Dans ce sens, avec plus ou moins de succès, la nécessité et l'urgence de surmonter cette situation a donné le jour à un pari ferme pour ouvrir un nouveau cycle. Devant une telle situation, demeurer immobiles comme si rien n'avait changé ne conduit finalement à rien d'autre qu'à la déroute. Cela n'a aucun sens de se bunkériser, de maintenir une position pétrifiée dans le temps, avec des lectures complètement décontextualisées comme si les circonstances politiques, idéologiques et sociales n'avaient pas changé d'un poil en plus de trois décennies, et comme s'il n'y avait rien à réajuster tactiquement. Il serait intéressant que ceux qui laissent entendre, et surtout ceux qui prétendent le faire depuis des milieux disant défendre le matérialisme dialectique, que l'abandon de la lutte armée par ETA suppose un grave affaiblissement de la lutte de libération nationale et sociale en Euskal Herria (EH) nous donnent des arguments fondés à l'appui de cette position, et nous expliquent aussi quelle alternative ils proposent ici et maintenant pour notre Peuple. Le virage de la Gauche abertzale aurait-il donc été si "radical", pour qu'elle puisse passer de mériter être soutenue à être ainsi attaquée et dépréciée ? Tout est-il si négatif aujourd'hui ? Trêve d'exagération... Il est certain, et ce n'est pas nous qui dirons le contraire, que la stratégie qui s'est configurée depuis un peu plus de deux ans dans le MLNV présente et soulève des doutes, des inquiétudes, des scepticismes, des insuffisances et des points faibles. Mais est-ce qu'auparavant, ou fut-ce une seule fois dans son existence, le MLNV aurait été communiste ? Nous autres considérons que non, car bien que par le passé le marxisme ait pu avoir un certain poids dans sa militance et dans ses discours, il n'est jamais parvenu à suffisamment prendre racine ni n'a été assumé de manière générale. Et le fait que le MNLV, y compris ses expressions électorales, n'ait pas le caractère d'organisations dirigées par le Parti de la classe ouvrière n'a pas été un obstacle insurmontable pour que depuis des décennies une grande part des communistes basques l'appuient, y compris en militant en son sein.

    independentzia sozialismoaPour nous, le fond de la question ne réside pas, ni aujourd'hui ni hier, dans l'organisation armée ETA, avec tout le respect et même la reconnaissance qui sont dus envers l'engagement de tant de militants qui ont lutté dans ses rangs, mais dans la question idéologique et le reflet que celle-ci doit avoir, en conséquence, dans les questions politiques et organisatives. Que veut-on pour l'avenir, quel programme propose-t-on pour les classes travailleuses, chaque jours plus exploitées et opprimées par la dictature de la bourgeoisie monopoliste, dans un système capitaliste mondial en crise toujours plus profonde et donc toujours plus violent et oppressif ? Quel est la nature et la profondeur du changement politique et social dont parle de manière récurrente la Gauche abertzale ces dernières années ? Comment s'organiser et quelles formes de lutte développer ? Quel type d’État et de société ? "Socialiste", nous dit-on... Mais qu'entend-on par-là ? Quel programme pour la classe ouvrière et le reste du Peuple travailleur basque va-t-on défendre dans les prochaines années ? Et si nous obtenons des parcelles importantes de pouvoir dans les institutions, et bien entendu en dehors de celles-ci, vers quoi va-t-on diriger ce potentiel ?

    Il y a évidemment beaucoup de choses qui sont pour le moment impossibles à préciser et anticiper, mais rien de tout cela ne doit être oublié ni sous-estimé, tout cela n'est que quelques-unes des interrogations qu'il faudra mettre au clair sur l'unité entre théorie et pratique, sachant que ce sera dans le cours du mouvement, dans le développement des contradictions et dans les décisions adoptées à chaque moment que tout cela s'éclaircira demain.

    Avec ses contradictions, défauts et limites, au jour d'aujourd'hui le secteur politique et social le plus enraciné dans les masses populaires, le plus organisé et combattif en EH est toujours la Gauche abertzale ; et nous considérons qu'elle reste la force capable de générer les contradictions les plus aigües au sein du conglomérat de pouvoir et d'appareils qui soutient actuellement l’État espagnol. Évidemment, tout cela ne veut pas dire que nous communistes devons renoncer à toute critique ni à défendre nos propres positions théoriques et pratiques, loin de là. Nous ne devons pas être suivistes envers tout ce que proposent les courants majoritaires de la Gauche abertzale, mais nos déclarations doivent être prudentes, méditées, réalistes et respectueuses, ce qui de notre point de vue a fait et continue à faire passablement défaut dans certains milieux communistes basques. Au regard de ce que doit être la position des communistes envers ce secteur socio-politique, nous défendons l'application politique et idéologique du principe dialectique d'unité et lutte, à travers la formule unité->critique->unité, face à ce qui constitue des contradictions au sein du peuple et non des contradictions antagoniques [avec un ennemi, qu'on ne règle que par la guerre].

    Dès lors que nous ne perdons pas de vue quels sont nos principes et nos objectifs stratégiques, nous communistes ne devons pas craindre d'arriver, dans certaines circonstances, à des concessions et des compromis tactiques. Lénine et évidemment Mao ont su agir avec souplesse tactique dans de nombreuses occasions. Lénine et les bolchéviks n'ont-ils pas changé de tactique à de multiples occasions ? Mao n'a-t-il pas pris l'initiative, et n'a-t-il pas passé de nombreux accords et compromis tactiques avec le Kuomintang alors que ce parti était responsable de l'assassinat de dizaines de milliers de communistes ? Notre idéologie est scientifique : le matérialisme dialectique, et nous tenons pour clair quels sont nos principes, pour cette raison précise nous ne pouvons avoir des codes fermés et éternels dans des catéchismes, des bibles ou des talmuds dans lesquels trouver toujours la formule qui convient.

    Il sera évidemment nécessaire, dans notre pays également, de passer des alliances bien au-delà de la classe ouvrière avec d'autres classes, couches et secteurs sociaux ; alliances qui seront nécessairement et  à divers degrés instables, temporaires et partielles, plus ou moins larges ou limitées et en reconfiguration permanente. En ce sens, les communistes basques doivent considérer ses alliances comme tactiques et leur apporter leur concours en maintenant leur indépendance idéologique, politique et organisative ; et dans un futur plus ou moins proche, la classe ouvrière avec son Parti communiste d'Euskal Herria comme organisation politique indépendante exprimant ses intérêts pourra prendre la tête du processus de libération nationale et de classe dans notre pays.

    Comme nous l'avons dit, et que cela nous plaise ou non, nous entrons dans une nouvelle étape de la lutte de libération nationale et sociale qui, à côté des éléments nouveaux qui se présentent sur le plan politique interne, devra affronter une crise extrêmement profonde du système capitaliste-impérialiste mondial, seulement comparable à la crise des années 1930 qui amena le fascisme et la pire guerre impérialiste mondiale de l'histoire ; crise qui frappe et frappera encore avec la plus grande brutalité la classe ouvrière et l'ensemble des classes populaires et des couches laborieuses non monopolistes. En ce sens, il est effectivement inquiétant que ce soit à ce moment précis que les tendances les plus social-démocrates et réformistes de la Gauche abertzale gagnent du terrain.

    kaleborrokaHistoriquement, un des grands succès et une des grandes forces de la Gauche abertzale était d'avoir compris que libération nationale et libération sociale sont les deux faces d'une même pièce, qu'elles se comprenaient comme une unité dialectique. Tout ce positionnement correct, pour n'avoir pas été consciemment fixé, est allé en s'affaiblissant avec le temps, passant à considérer le Droit à l'Autodétermination comme une question et une revendication uniquement et principalement démocratique, déconnectée et étrangère à la lutte des classes (la même chose s'est produite vis-à-vis de concepts comme l'indépendance ou la souveraineté). Ce sont là des problèmes qui ne remontent absolument pas à deux ans mais qui relèvent au contraire d'un processus progressif (ou régressif selon le point de vue) à l’œuvre depuis plus de 20 ans, et qui a sans doute à voir avec l'éloignement progressif et croissant du marxisme vécu au sein du MNLV.

    La Gauche abertzale n'est pas parvenue à la conclusion que le système capitaliste n'est pas intéressé à maintenir le dit "État-providence" lorsque ses classes dirigeantes savent très bien que les circonstances historiques qui ont conflué pour lui donner naissance n'existent plus. Pour cette raison, stratégiquement et d'un point de vue de classe, les postures défensives qui mettent l'accent sur la défense dudit "État-providence" à partir de postulats sociaux-démocrates (et même de recettes néo-keynésiennes face à la crise capitaliste) constituent une erreur et contribuent au confusionnisme et à semer de fausses illusions dans la classe ouvrière et l'ensemble du Peuple travailleur, sur le fait que le socialisme puisse être instauré par le biais de réformes qui ne touchent ni aux principes fondamentaux sur lesquels repose l'exploitation capitaliste, ni aux principaux appareils de pouvoir qui la protègent.

    Les ouvriers et le reste des classes laborieuses et des couches populaires ne peuvent se contenter d'une redistribution des richesses au travers de politiques fiscales plus justes ou simplement d'une plus forte intervention étatique, d'une plus large politique d'investissement public qui aurait pour conséquence des services publics et des prestations sociales améliorées. Tactiquement ce sont des conquêtes qu'il ne faut pas rejeter, car elles améliorent les droits et les conditions de vie de la grande majorité ; mais en aucun cas elles ne peuvent être une fin en soi et le socialisme ne peut être cela en aucune manière, quel que soit le côté duquel on considère la question. Il n'est pas possible de dompter le capitalisme, ce que démontre tout son développement historique. Tout conquête relativement progressiste qui serait éventuellement obtenue dans l'actuelle étape du capitalisme impérialiste serait extrêmement instable si nous ne sommes pas en condition de dépasser les limites qui enferment la classe ouvrière. D'un point de vue stratégique, nous devons nous attaquer à la racine de l'exploitation, de l'inégalité et de l'injustice et cela ne se peut qu'en prenant le Pouvoir, en détruisant le capitalisme et en construisant un État de dictature démocratique populaire ou de démocratie socialiste, dirigé par la classe ouvrière en alliance avec les autres classes et couches populaires. Nous devons construire le socialisme.

    Nous ne savons pas si notre Peuple conquerra l'indépendance à travers l'accomplissement d'objectifs révolutionnaires qui nous mettront en condition de construire l’État socialiste basque, ou s'il l'obtiendra avant cela. Dans le deuxième cas, ce ne pourrait être la conséquence que d'un long processus de lutte démocratique mené par d'importants secteurs du Peuple travailleur basque, qui bien que n'obtenant pas la libération de classe parviendrai à générer certaines conditions permettant la rupture démocratique avec la situation imposée par les États français et (surtout) espagnol ; l'une de ces conditions étant la résolution dans une large mesure de la contradiction et de l'oppression nationale, ce qui contiendrait déjà en soi une part de satisfaction des revendications démocratiques largement partagées par les masses populaires basques. L'un comme l'autre de ces deux scénarios pourrait aussi avoir l'effet positif d'impulser les luttes de classe et de libération nationale dans les différents Peuples soumis au joug oppresseur et exploiteur des États capitalistes-impérialistes français et espagnol, principalement de ce dernier.

    independentziasozialismoaMais dans tous les cas, notre modèle n'est ni ne peut être celui des nouveaux États formellement indépendants constitués en Europe depuis la dernière décennie du 20e siècle. En aucun cas, d'un point de vue de libération de classe comme de construction d'une Euskal Herria socialiste, n'est défendable la perspective d'un État basque à l'intérieur de l'Union impérialiste européenne. Nous pourrions discuter à ce titre de quel est le degré d'indépendance réelle des Pays baltes, de la Croatie, du Kosovo, de la Macédoine, du Monténégro etc. En tant que classe ouvrière et en tant que communistes, nous ne pouvons nous satisfaire d'une "indépendance" qui n'en aurait pas le plus petit semblant de réalité. De même, nous avons vu dans toute sa brutalité comment d'autres États capitalistes, le plus connu étant la Grèce mais pas seulement : des États comme par exemple l'Albanie, la Bulgarie, la Hongrie, le Portugal, la Roumanie etc., et même des États impérialistes de second rang comme l'Italie ou l’État espagnol, complètement indépendants en théorie, sont contraints à se soumettre et à exécuter les diktats des institutions européennes du Grand Capital monopoliste.

    Face à cela, nous affirmons que la classe ouvrière est la seule qui par ses intérêts objectifs peut se placer à la tête de la lutte de libération nationale et défendre conséquemment la souveraineté et l'indépendance d'EH contre les chantages et la violence des États capitalistes-impérialistes et des bras économiques et militaires transnationaux du Grand Capital. La libération pleine et entière d'EH ne sera une réalité que lorsque le Peuple travailleur, avec la classe ouvrière à sa tête, conquerra le pouvoir politique et se dotera d'un État socialiste basque. C'est pour cette raison que pour avancer vers la Révolution basque, dans une perspective de libération globale, nationale et sociale, la nécessité pour la classe ouvrière de notre pays est de construire le Parti communiste d'Euskal Herria.

    Nous communistes défendons l'internationalisme prolétarien et pour cette raison, c'est aussi une nécessité pour nous que de rechercher la convergence et l'unité dans la lutte du prolétariat international, de rechercher en permanence des cadres et des structures organisatives communes. Pour autant, dans le cas des nations opprimées et sans État, cela ne passe pas toujours nécessairement par militant dans des structures organisées de cadre étatique (nous faisons référence ici au cadre "espagnol" ou "français"), vu que ceci suppose souvent de proposer une "unité" mal comprise de la classe ouvrière à partir d'abstractions dogmatiques, éloignées et coupées des conditions réelles et concrètes d'existence des collectivités humaines et de la lutte des classes en leur sein : facteurs économiques, politiques, culturels (psychologie, langue), historiques etc. À l'heure qu'il est, tout communiste révolutionnaire devrait tenir pour clair que, sans le moindre doute, nous appartenons à une même classe ; mais pas à une même nation

    Hego Euskal Herria [le Pays basque "espagnol" NDLR] est le maillon le plus faible à l'intérieur de l’État espagnol et nous pensons que promouvoir le cadre national de la lutte des classes est notre meilleure et plus efficace contribution à la lutte contre la bourgeoisie monopoliste et ses alliés locaux, et à la destruction de son appareil de domination et d'exploitation de classe (en ce qui nous concerne, d'oppression nationale également) dont la matérialisation effective prend la forme de l’État capitaliste impérialiste espagnol ; notre meilleure contribution à la lutte libératrice des classes et des autres peuples opprimés de l’État espagnol, et à la Révolution prolétarienne mondiale. Ceci bien que, comme nous l'ayons dit, le prolétariat soit une classe internationale et sa lutte également, ce pourquoi il est nécessaire d'impulser des coordinations et des cadres unitaires pour renforcer la lutte de classe. Logiquement, en respectant certaines réalités données par l'existence de cadres nationaux où se déroule concrètement la lutte des classes, il serait nécessaire et très positif de rechercher des formes de coordination et d'unité internationale avec les organisations de la classe ouvrière et des couches populaires d'autres pays, en commençant pas les pays voisins et proches, a fortiori lorsqu'il existe avec ces dernières une commune oppression par un même État et des liens économiques, sociaux, historiques etc. entre notre Peuple et les autres Peuples travailleurs opprimés par les États espagnol et français. 

    1901116 713418255377502 836621131 nPour revenir au sujet de la nécessité de construire le Parti de la classe ouvrière basque, le PC d'Euskal Herria, nous voyons actuellement émerger deux lignes que nous considérons toutes deux erronées parmi ceux qui se réclament du communisme abertzale.

    D'un côté, il y a ceux pour qui le Parti communiste devrait d'ores et déjà être constitué et qui attaquent violemment la Gauche abertzale en appelant ouvertement à sa scission. Leur principale activité consiste en la critique destructive et qualifier la Gauche abertzale de traîtres, liquidateurs, petits bourgeois, révisionnistes et toute une ribambelle d'épithètes (certains se voulant amusants) que nous n'allons pas reproduire tous ici ; jusqu'à finir par la considérer comme l'ennemi principal de la classe ouvrière basque (dans le processus révolutionnaire basque, quel type d'alliances sociales et politiques pensent donc passer ceux qui jettent en permanence l'anathème sur tout le monde, sous l'accusation d'être des "petits-bourgeois", des traîtres, des liquidateurs, des révisionnistes etc. ?). Tout cela avant d'avoir articulé le début d'un discours un minimum cohérent, sans émettre le moindre type de proposition positive et apparemment, sans rien savoir du degré réel de conscience idéologique des masses populaires basques, en particulier de la classe ouvrière, ni du degré réel d'influence que les communistes peuvent avoir au sein du Peuple travailleur basque. Bien sûr qu'il faut avancer vers la construction du Parti communiste d'EH, mais les attitudes irréalistes qui confondent les désirs avec la réalité, les attitudes sectaires et dogmatiques comme celles de certains "hyper-communistes" ne servent en rien à avancer vers cela. Construire les conditions pour fonder le Parti communiste, ce n'est pas se les inventer à partir du néant.

    De l'autre, il y a ceux qui disent ne pas nier la nécessité du PC mais considèrent que ce n'est jamais le moment d'avancer, qui ne prennent aucune décision pour avancer sérieusement vers cet horizon et concentrent toute leur activité et leurs efforts sur d'autres tâches ; si bien que le Parti est une question éternellement renvoyée à plus tard, sans bien savoir eux-mêmes quelles sont les circonstances et les conditions qu'ils considèrent nécessaires pour faire un pas en avant, de manière décidée, sur le chemin de la construction du PC d'EH. Ils aiment invoquer la nécessité d'une "masse critique" nécessaire pour créer le Parti, mais ils oublient que les conditions subjectives, idéologiques nécessaires à sa construction ne tombent du ciel, n'apparaissent pas spontanément par la grâce d'un quelconque mécanisme déterministe des développements sociaux de la lutte des classes : c'est la décision consciente d'individus concrets qui fait que ces conditions se renforcent et s'accélèrent ou au contraire s'affaiblissent et régressent.

    Face à cette situation, nous communistes devons nous efforcer à développer ces conditions subjectives, les facteurs idéologiques et organisatifs [niveau de conscience et d'organisation des masses populaires NDLR] qui rendront tôt ou tard possibles de nouvelles victoires du prolétariat et un nouveau cycle révolutionnaire mondial, en Euskal Herria également. De la même manière, nous communistes basques devons également discuter, décider et concrétiser sur quels objectifs, où et comment nous voulons travailler politiquement. Faire tout cela est une nécessité vitale, au lieu de se jeter à la gorge de l'actuelle ligne politique dominante dans la Gauche abertzale pendant que, malheureusement, le communisme basque ne montre que son incapacité à produire une ligne idéologique, politique et organisative cohérente et conséquente pour intervenir au sein de notre Peuple.

    Regrettablement, à côté de ceux qui ont parfois exprimé des critiques légitimes, même si pas toujours mesurées ou correctes, il y a ceux qui passent leur temps à la critique presque toujours destructive, à l'attaque gratuite et frontale et à semer la division, fustigeant sans mesure les dirigeants et les milliers de militant-e-s de la Gauche abertzale et utilisant des méthodes telles que l'insinuation, l'intoxication, les demi-vérités, la diffamation, le mensonge et l'insulte au lieu de travailler sérieusement au renforcement du Mouvement communiste basque ; une manière de procéder qui ne profite objectivement qu'aux États espagnols et français, aux ennemis les plus acharnés de la libération sociale et nationale de notre Peuple. Peut-être en est-il qui voient ainsi renforcée leur estime d'eux-mêmes, et y trouvent une dose d'autosatisfaction... Mais la réalité est que l'on peut invoquer le soleil tant que l'on veut, s'époumoner à dire et même crier à toute occasion que "les marxistes-léninistes doivent être en première ligne de la lutte de libération", cela ne changera rien à la réalité objective qui est que pour le moment, la capacité réelle des communistes basques à influer politiquement sur les évènements est très limitée, et qu'il reste un énorme travail à faire dans notre propre maison, où pratiquement tout est à construire. Quel est le niveau de développement des forces révolutionnaires ? Quel est le niveau de conscience idéologique des masses travailleuses basques et en particulier de la classe ouvrière ? Quelle est l'influence réelle des communistes basques au sein du Peuple travailleur ? Quel type d'instruments organisationnels avons-nous su créer parmi les masses ouvrières et populaires ? Les communistes, tout en faisant preuve d'intelligence tactique, ne doivent pas oublier quels sont leurs objectifs stratégiques maximaux : la construction révolutionnaire du socialisme, en marche progressive vers la société communiste. Définitivement, le Parti communiste est un moyen indispensable pour atteindre ces objectifs et la libération nationale d'EH ; mais est-il sérieux d'agir comme si ce Parti était une réalité organisative solide et véritablement enracinée dans la classe ouvrière basque, et comme si nous étions déjà en condition de prendre la tête de la libération nationale et sociale de notre Peuple ?

    abstentzioa-copiaIl est évident que la direction politique de quelque processus que ce soit doit être conquise à la force du poignet en démontrant sa capacité, en démontrant dans la pratique que la théorie et la pratique des militant-e-s communistes est la plus juste ; mais cela ne s'obtient pas par le simple fait de le croire et de le proclamer : cela s'obtient en conquérant cette position devant les masses populaires, en gagnant sous leurs yeux leur confiance. Nous communistes basques devons être capables d'accomplir nos devoirs, ce dont jusqu'à présent nous n'avons pas été capables dans une large mesure ; organisant les secteurs les plus conscients de la classe ouvrière basque et contribuant décisivement à élever le niveau de conscience et d'organisation de la classe en général par notre travail idéologique, politique et pratique. Nous, communistes basques, serons-nous capables d'organiser le Parti révolutionnaire du prolétariat, le Parti communiste ; de jouer un rôle significatif dans la lutte de libération nationale et sociale de notre pays et un jour, de la diriger ?

    Pour conclure, conséquemment avec ce que nous avons dit et devant les prochaines élections du 20 novembre, nous décidons d'appuyer les candidatures de la coalition électorale AMAIUR, dont la Gauche abertzale est la principale composante ; sans tomber dans un fantastique optimisme ni dans le pessimisme démoralisateur ; car pour commencer nous tenons pour clair qu'ici et maintenant s'abstenir serait encore pire tant d'un point de vue de nation opprimée que de classe, et que face à la vague croissante de répression et de réaction qui pèse sur nous il n'y a d'autre alternative que cela ou la frustration, l'impuissance ou le "témoignagisme" stérile. Nous considérons que le front électoral et institutionnel, sans être d'aucune manière le plus important, ni que ce soit au sein des parlements bourgeois que puissent être satisfaits les intérêts fondamentaux du Peuple travailleur, reste dans le cas présent un front de lutte de plus qui peut servir de porte-voix ou de caisse de résonance à beaucoup de ses aspirations populaires et qui doit contribuer à renforcer et impulser le mouvement populaire sur le chemin de ses objectifs de libération nationale et de classe.  


    GORA EUSKAL HERRIA ASKATUTA !!! (Vive le Pays Basque libre !!!)


    GORA EUSKAL HERRIA SOZIALISTA !!! (Vive le Pays Basque socialiste !!!)


    JO TA KE INDEPENDENTZIA TA SOZIALISMOA LORTU ARTE !!! (En avant avec détermination, pour l'indépendance  et le socialisme !!!)

     

    En fin de compte, nous avons passé en orange le paragraphe (final) avec lequel nous ne sommes pas d'accord ; qui ne nous semble pas, clairement, être la conclusion nécessaire de ce qui précède ; avec quoi nous sommes d'accord à 99% par ailleurs et qui contient même des raisonnements absolument brillantissimes à nos yeux. Devant les mêmes constats (authentiques, puisque locaux), nous aurions plutôt tiré la conclusion que : "Nous ne jetterons pas la pierre aux gens qui voteraient pour Amaiur-Bildu, nous les considérons évidemment comme des personnes progressistes avec qui les éventuelles contradictions sont au sein du peuple [c'est d'ailleurs la position que nous avons prise ici, en Occitanie et en Hexagone, pour les gens qui voteraient localement pour certaines listes progressistes ou autonomistes/indépendantistes de gauche : NPA et autres gauches "radicales" ou "alternatives" en fonction de la réalité locale, Breizhistance en Bretagne ou occitaniste-de-gauche en Occitanie, "Saint-Herblain à gauche toute" dans cette ville de la banlieue nantaise, "Émergence" en banlieue parisienne, "Basta!" à Metz etc. etc.] ; MAIS en tant que communistes nous ne POUVONS PAS donner une consigne de vote pour une telle liste, que nous venons de définir comme "petite-bourgeoise" (comme Batasuna avant son interdiction) mais surtout, dominée par les tendances les plus réformistes, social-démocrates voire social-libérales, européistes, "modèle suédois" et néo-keynésiennes, autrement dit la petite-bourgeoise (classe intermédiaire) qui penche plus vers la grande que vers le Peuple travailleur (contrairement, là, à Batasuna avant 2003 donc)".  En revanche, appeler à voter pour une ligne de "gauche radicale" assumant une certaine "rupture avec le capitalisme", comme Batasuna avant son illégalisation (2003) ou le Parti communiste des Terres Basques (EHAK) en 2005, nous semble tout à fait justifié d'un point de vue tactique et, au demeurant, parfaitement transposable dans nos "provinces" (pays/peuple conquis) périphérisées de l’État français (forces comme Breizhistance en Bretagne etc.) ; car constituant un défi de peuple et de classe à l’État oppresseur du Grand Capital (2).

    Un autre aspect est peut-être un peu vite passé "à la trappe" par Herri Demokrazia et Sugarra (ci-dessous) : QUI a légalisé Bildu puis Amaiur, si ce n'est l’État espagnol (les juges de l'Audience nationale) ? Servir le Peuple a souvent dit que l’État espagnol n'est pas le Royaume-Uni car, si tel était le cas, certains dirigeants abertzale ne seraient pas en prison mais déjà ministres du gouvernement "autonome" basque (selon la tactique éprouvée en Irlande du Nord, d'appuyer systématiquement les franges modérées du mouvement national combattant). Mais il se peut qu'au sein de l’État espagnol, certains éléments aient commencé à "raisonner à l'anglaise"... Il y a même ici et là des rumeurs persistantes sur la présence de "conseillers en sortie de crise" anglais auprès des autorités espagnolistes, à Bilbao comme à Madrid. Il nous semble un peu contradictoire de dire que le front électoral et institutionnel est intéressant mais pas primordial pour faire avancer la lutte, et de considérer qu'il fallait pouvoir se présenter aux élections pour accumuler des forces de gauche abertzale ; de considérer que l’État espagnol agit de manière quasi-fasciste et de ne pas envisager des moyens d'accumuler des forces dans la clandestinité. Le principe communiste en général est plutôt que même lorsque l’État ennemi va jusqu'à tuer, "il peut tuer les révolutionnaires mais pas la révolution", ce qui est également valable avec le verbe "emprisonner" ; et qu'il faut trouver les moyens de retourner cette atmosphère répressive en mobilisation de masse contre lui.

    Mais bien entendu, nous ne sommes pas sur place. Herri Demokrazia a fait le choix d'appeler à voter "sans illusions" pour la gauche abertzale "re-légalisée" (il faut aussi tenir compte de ces années d'illégalisation, qui ont notamment permis la victoire des espagnolistes en 2009, dans le raisonnement) et social-démocratisée : la coalition Amaiur qui raflera à ces législatives "espagnoles" du 20 novembre 2011 quelques 22% des voix (333.000 suffrages) et 7 sièges aux Cortes (sur 23 pour le Pays Basque), passant même devant le PNV-EAJ nationaliste bourgeois (5 sièges), dans la continuité de son score (à peu près identique) aux municipales et provinciales du 22 mai précédent (coalition Bildu), score encore répété (~ 25%) aux élections parlementaires de la Communauté autonome en octobre 2012 (Euskal Herria Bildu).

    D'autres forces ont fait le choix inverse. Le débat en Euskal Herria même est, encore aujourd'hui, loin d'être clos...

    hasiNous sommes tout à fait d'accord, en revanche, pour dénoncer et rejeter les attitudes sectaires visant à creuser, immédiatement et définitivement, un fossé inconciliable d'antagonisme entre les communistes et la gauche abertzale. Ces attitudes sont totalement suicidaires. Nulle part au monde, les communistes n'ont atteint même le plus modeste de leurs buts sans un grand mouvement de masse autour d'eux. Au Pays Basque, ce mouvement s'appelle la gauche abertzale et il n'y en a pas d'autre. Il faut en fait parvenir à bien intégrer dans nos têtes que le respect n'interdit pas la critique et inversement. Les militant-e-s de la gauche abertzale ont lutté pendant des décennies, honorablement, et cela n'est pas en cause. Mais si au nom de cela on ne peut pas critiquer, par exemple, une gestion municipale Bildu, alors que l'on s'interdise aussi de critiquer l'Autorité palestinienne ou Martin McGuinness en Irlande du Nord : le Fatah et le Sinn Féin n'ont-ils pas lutté eux aussi héroïquement pendant des décennies, dans des conditions (de loin) bien plus dures encore qu'au Pays Basque ? Il faut arriver à comprendre, en matérialistes dialectiques, que des dizaines d'années de lutte sont un "capital" d'expériences, une richesse qu'il n'est pas question de jeter aux orties (comme voudraient le faire certains gaucho-dogmatiques, et bien sûr certains gaucho-jacobins quand il s'agit de libération nationale) ; que ce qui a existé a existé et a été, par bien des aspects, utile et nécessaire ; mais qu'à un moment donné, la situation impose de critiquer, de repenser et de DÉPASSER ce qui s'est fait jusque-là. Évidemment, cela rencontrera toujours des résistances, non pas seulement de vendus comme McGuinness mais aussi de militant-e-s sincères et incontestables qui, purs produits de l'époque révolue et ne comprenant pas la dialectique, ne parviennent tout simplement pas à concevoir les choses autrement ; cela les insupporte et même - littéralement - les ulcère, ils/elles vont hurler aux "donneurs de leçons" qui "se prennent pour qui", etc. etc. Certains, il faut bien le dire, auront acquis dans ladite époque révolue et dans leur sphère militante une certaine "importance", et craignent à tort ou à raison que celle-ci soit menacée. Il mettront bien sûr en avant leur (sacro-sainte) "pratique", leur "expérience", leur "réalité concrète sur le terrain", les "besogneux de la lutte" qu'ils sont contre les "révolutionnaires de salon" qui appellent à une fastidieuse remise en question de leurs certitudes ; "argumentaire" qui pourrait tout à fait être celui des réformistes ou des révisionnistes "orthodoxes", des trotskystes ou des ML dogmatiques à l'intérieur ou à l'extérieur du Front de Gauche, des syndicats réformistes ouvriers ou étudiants etc. "Argumentaire" qui était celui du PCF contre les maoïstes et autres révolutionnaires dans les années 1968... Bien entendu, dans ce combat, l'éventuelle attitude gauchiste, sectaire et insultante de certains groupes dogmatiques nous dessert totalement ; car (surtout lorsque nous partageons les mêmes références politiques ML ou maoïstes) les personnes dont nous venons de parler nous assimilent à eux. Servir le Peuple en a plus qu'à son tour fait les frais, encore récemment face à des personnes qui se voulaient (pour dire les choses clairement) le "copié-collé" occitan de la gauche abertzale.

    Concernant la "cessation définitive de la lutte armée" par ETA, nous n'irions pas jusqu'à la qualifier de "positive" : c'est la marque d'une défaite, et il n'y a rien de positif à cela. Nous l'avons qualifiée à l'époque, avant tout, de prise d'acte d'une réalité : depuis le milieu des années 2000, l'organisation révolutionnaire armée évoluait de toute façon comme un mort-vivant, décapitée (arrestation du dirigeant Mikel Antza en 2004, puis de "Txeroki" en 2008), décimée (10 fois plus de prisonniers que de combattants libres) et ne sachant plus où elle allait. La défaite était patente, et un mouvement révolutionnaire doit savoir reconnaître sa défaite, se replier en bon ordre et réfléchir sur quel "bon pied" repartir de l'avant. Cela, ETA a eu raison de le faire, le problème n'est pas là. Le problème, c'est tout l'enrobage idéologique de tout cela, visant à "transformer" cette défaite en victoire ; les grandes tirades sur une solution "démocratique" et "pacifique" au problème basque - national comme social. Cela, c'est semer les illusions, et cela doit être combattu internationalement, sans blabla de "tu n'es pas sur le terrain, ferme ta gueule" ; car comme le dit très justement Herri Demokrazia, ce n'est pas au moment où la crise générale terminale du capitalisme fait rage sur la planète qu'il faut jouer à semer ce genre d'illusions. Le Peuple travailleur basque subit une double oppression, nationale et sociale, sous des formes particulièrement brutales (héritées du franquisme). Affirmer qu'une telle oppression peut se résoudre "démocratiquement" et pacifiquement signifie que pratiquement toutes les oppressions de la planète le peuvent. C'est une affirmation aux conséquences potentiellement catastrophique.

    Mais cela, comme le dit Herri Demokrazia et nous sommes 100% d'accord, doit être combattu avec une compréhension juste de la situation particulière basque, des tenants et des aboutissants, et sans déclarer irrémédiablement la guerre à toute la gauche abertzale, sans traiter celle-ci en ennemie et bien sûr, sans en tirer la conclusion (comme tout un magma d'anarchistes, trotskystes, "marxistes-léninistes" et même "maoïstes" jacobins) que c'est là la "preuve" de "l'impasse" fatale des luttes "nationalitaires". Comme disait Mao - et le répète Herri Demokrazia - les communistes doivent être "au chevet du patient", et non le jeter par dessus bord !

    Voici maintenant un autre texte très intéressant, issu quant à lui de la revue marxiste basque Sugarra :

    Euskal Herria : Situation actuelle et perspectives (25 août 2011)

    http://herridemokrazia.blogspot.fr/2011/11/euskal-herria-situacion-actual-y.html


    Lire la suite ici


    (1) Les Cent Fleurs en Chine (1957) ont bien sûr été dépeintes par la propagande bourgeoise sur l'air de "Mao, sous la pression de la 'déstalinisation' en URSS, a été obligé de laisser ses opposant s'exprimer puis d'un seul coup, il s'est retourné contre eux et les a envoyé en camp de travail"... La réalité est évidemment toute autre : face à la grande crise du mouvement communiste international ouverte par le "rapport Khrouchtchev" mais aussi d'autres évènements (Hongrie), et à la situation de "blocage" de la révolution en Chine même, le Parti communiste a laissé les positions et même les critiques s'exprimer... puis a fait le tri des idées justes et des idées fausses : unité -> critique -> nouvelle unité à un niveau supérieur. Si des activistes contre-révolutionnaires ont ainsi été démasqués, ils ont pu être sanctionnés mais ce n'était pas l'objet premier des "Cent Fleurs". Les idées justes recueillies ont donné lieu au lancement des Communes populaires (certes largement sabotées et échec dans un premier), et ont très largement été la "matrice" intellectuelle de la Grande Révolution culturelle prolétarienne.

    (2) Nous ajouterons à cela que selon notre analyse, le PNV-EAJ ne représente pas la "bourgeoisie nationale" (bien que celle-ci, appelée "bourgeoisie moyenne" par Sugarra, puisse être sa base militante) mais bel et bien la fraction "basquiste" de la bourgeoisie monopoliste au Pays Basque, faisant face à la fraction "espagnoliste" (PP-PSOE) ; une grande bourgeoisie régnant sur un des territoires au capitalisme le plus puissant d'Europe, aux côtés de l'Île-de-France (Paris), du Grand Londres, de la Bavière, de la Flandre, de la Lombardie etc. (et bien sûr de la Catalogne). La contradiction de ces fractions bourgeoises monopolistes (PNV-EAJ en Euskal Herria et CiU en Catalogne) avec l’État espagnol se situe en réalité entre l'affirmation nationale portée par cette dynamique économique, et le besoin politico-militaire de l'"Espagne" pour "tenir" un prolétariat nombreux (pays très industrialisés) et (surtout) CONSCIENT. Nous avons déjà caractérisé l’État espagnol, avec sa suprématie politico-militaire de la Castille/Meseta malgré un dynamisme économique bien moindre, comme une sorte de "Sainte Alliance ibérique" : un système comparable à celui de l'Europe de la première moitié du 19e siècle, où la Russie et l'Autriche-Hongrie, pays sans doute les plus arriérés économiquement, jouaient le rôle politico-militaire de gendarmes de la Réaction (réaction pour le coup aristocratique-cléricale contre la révolution démocratique bourgeoise ; et aujourd'hui en "Espagne" réaction grand-capitaliste contre révolution prolétarienne et libération nationale populaire). La Meseta castillane est cela : un territoire économiquement arriéré mais une redoutable force de frappe contre-révolutionnaire contre les remuants prolétariats du pourtour (Catalogne, Euskal Herria, Asturies, Cantabrie etc.) ; soit en quelque sorte la Russie tsariste de la péninsule ibérique. Ainsi se pose la problématique basque ou encore catalane : ce n'est pas réellement une problématique coloniale comme celle qui peut prévaloir dans le Sud (Andalousie etc.) ou aux Canaries, territoires conquis et soumis militairement au 15e siècle, maintenus dans la féodalité terrienne et le sous-développement etc.

    Il suffit de penser que lorsqu'en 1918 les Empires russe et austro-hongrois éclatèrent, sous l'action conjuguées de la Première Guerre mondiale et de la Révolution bolchévique, les États nationaux qui leur succédèrent furent tous plus réactionnaires les uns que les autres : la contradiction qui opposait les élites nationales aux Empires ne se situait pas du tout à ce niveau-là. Il s'agissait simplement de la contradiction entre des bourgeoisies de plus en plus puissantes, se sentant "étouffées" par la bureaucratie impériale, et des Empires forces politico-militaires dont elles avaient en même temps besoin pour tenir leur "chiourme" en respect (mais qui s'effondrèrent militairement et politiquement en 1917-18, donc la question ne se posait plus ; en général elles cherchèrent alors la protection des vainqueurs de la guerre, "France" et Grande-Bretagne).

    Ne pas avoir réellement "réglé" la question de la nature de classe et des relations avec le PNV a sans doute été le cancer latent de la gauche abertzale ces 40 dernières années.

     

    euskadi komunista 

     


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