• Quand le fantasme sert de réalité aux soraliens...

    C'est bel et bien à un effondrement idéologique total de la mouvance Soral que nous assistons là, avec ce hoax d'une grossièreté ahurissante : le site Les Moutons Enragés publie une "information" selon laquelle, lors d'une récente manif pro-palestinienne, les CRS auraient mis "flashball en l'air" et rallié les manifestants - contre le "gouvernement piloté de l'étranger" bien sûr, comprendre "au service du sionisme". Bien évidemment il n'en est rien : les CRS, comme à l'accoutumée, ne faisaient qu'"ouvrir la marche" et encadrer la manifestation contre d'éventuels débordements et/ou provocations extérieures ; ils maintenaient tout simplement l'"ordre républicain" dans lequel chacun et chacune est tout à fait "libre" de manifester ses opinions dans la rue du moment qu'il n'y a pas de "débordements" ni de "violences", un peu comme on prend son ticket au bureau des réclamations... Si une telle chose était vraie, ce serait une crise de régime majeure et il va de soi que tous les adversaires du PS (FN en tête) essaieraient d'en tirer profit, appelant à la "dissolution", à la démission du président "qui ne tient plus rien dans le pays" etc. etc. (peu importe que l'acte des CRS en lui-même soit salué ou condamné). Marine Le Pen et Florian Philippot seraient omniprésents sur les plateaux télé.

    C'est donc à une information aussi sérieuse que France Dimanche annonçant la "mort atroce de Francis Cabrel" que nous avons affaire là. Les commentateurs du site eux-mêmes dénoncent la grossièreté et la crédibilité zéro du hoax. Mais c'est ce à quoi en est désormais réduit le soralisme, et ce pour deux raisons essentielles :

    - Le double (voire triple, voire quadruple, voire...) discours de Soral est de plus en plus dénoncé et rejeté par les quartiers populaires et les colonies intérieures auxquelles il prétend s'adresser ; y compris par des personnes ayant encore une compréhension erronée voire réactionnaire du problème palestinien, de l'impérialisme, du racisme, du capitalisme etc. Le mariage de la carpe "tiers-mondiste" et du lapin "temps béni des colonies", cela finit toujours par craquer à un moment donné. Après que l'"antiracisme" petite-main-jaune des années 1980 les ait vendues au PS, ces classes populaires ne sont pas prêtes à se faire vendre au parti des nostalgiques de l'Algérie française par le premier aventurier médiatique venu. Sur le terrain, des groupes et des collectifs antifascistes de plus en plus nombreux font un énorme travail de fond contre la Dieudo-mania et les conceptions soraliennes, tout en étant d'une clarté limpide sur la question de la Palestine, de l'islamophobie etc. etc.

    - Plus décisif encore, le Front National NE VEUT PAS de la proposition stratégique de Soral et de ces quartiers populaires qu'il prétend rabattre vers lui ; il ne veut pas de cette "alliance" contre le prétendu "lobby juif" entre "Français de souche" et colonies intérieures ici, et entre impérialisme français et axe Russie-Iran-Venezuela à l'extérieur. De fait, seule l'UPR de François Asselineau lui tend un peu la main car elle est dans une très dure lutte pour exister politiquement face au FN, à Dupont-Aignan etc. etc.

    C'est que la réalité est là, mathématique, et les chiffres parlent d'eux-mêmes : le Front National c'était 3,8 millions de voix (10%) à la présidentielle 2007 et à peine un peu plus d'un million aux législatives (un seul candidat au second tour, aucun député élu) ; à peine 150.000 voix aux municipales 2008 (63 conseillers élus) ; un million de voix encore aux européennes 2009 (4 euro-députés) ; et puis... 2 millions aux régionales 2010 (118 élus) ; 6,4 millions à la présidentielle 2012 et 3,5 millions aux législatives (2 députés élus) ; un million au premier tour et 675.000 au second des municipales 2014 (1.500 conseillers et 11 maires) ; et enfin 4,7 millions de voix aux européennes (24 élus), faisant... la course en tête. Le FN a "explosé", certes, en effet... Mais il a "explosé" en rejetant la ligne d'Alain Soral (toute-puissante dans la seconde moitié des années 2000), et non grâce à elle.

    Comme NOUS l'avions annoncé au lendemain des régionales 2010, le FN a "explosé" à partir de 2010-2011 en s'alignant sur la mobilisation réactionnaire de masse anti-islam ajoutée à ses vieux fondamentaux anti-immigration et anti-"racaille", en réprimant les "sorties" antisémites et autres "dérapages" sur la Seconde Guerre mondiale et l'Occupation et en proposant (aussi) une Europe "communauté de civilisation" et "des coopérations" plus "constructive" que le vieux "nationalisme intégral" autarcique, en faisant moins d'anti-américanisme primaire tout en défendant jalousement "l'indépendance stratégique" et "l'exception culturelle" tricolore ; bref en reprenant les thèmes des Identitaires de la fin des années 2000 (lesquels, du coup, sont en perte de vitesse) et en reconquérant l'électorat "volé" par Sarkozy en 2007. Nullement en mettant en avant les théories eurasistes/"tiers-mondistes" et "antisionistes" antisémites obsessionnelles d’"Égalité et Réconciliation" !

    C'est qu'il faut bien comprendre comment fonctionnent les choses : la fraction ultra-réactionnaire du Grand Capital (des monopoles) ne crée pas un parti fasciste qui créerait ensuite une "opinion publique". La fraction ultra-réactionnaire du Grand Capital crée une "opinion publique" fasciste dont ensuite un parti fasciste, pour exister politiquement, va devoir s'emparer. L'extrême-droite ne peut exister qu'au service de la fraction la plus agressive des monopoles et conformément à ses intérêts. Elle ne peut pas exister et avoir des électeurs en disant et faisant ce qu'elle veut.

    Dieudonné et Soral ont sans doute amené un certain nombre de "non-blancs" à voter Front National, et celui-ci leur en est fort reconnaissant. Mais le FN reste à 95% un parti d'électeurs "petits blancs" de classe "populaire supérieure" qui détestent les Arabes, les Noirs et les musulmans, toutes les enquêtes sur le "pourquoi" du vote FN sont catégoriques sur ce point et si cet électorat peut parfois penser que "les Juifs ont beaucoup d'influence dans ce pays", voire "trop", et/ou qu'il y a une "américanisation excessive de la société", il n'est pas prêt pour autant à s'allier (contre cela) avec les Arabes et les Noirs ici et avec l'Iran et le Venezuela à l'extérieur. Et la direction lepéniste doit "faire" avec ce qu'attend d'elle son électorat. Déjà dans les... États-Unis des années 1940 (!), le grand militant marxiste afro-descendant C.L.R. James dénonçait le pullulement dans la communauté noire de petites sectes réactionnaires qui poussaient notamment (déjà) à s'attaquer aux Juifs ; mais il concluait en rappelant clairement que "le cours géné­ral de l'histoire américaine est tel que tout mouvement fasciste d'étendue nationale (aussi déguisé soit-il) sera obligé de s'attaquer à la lutte des Nègres pour l'égalité"*.

    Le soralisme est isolé, "recalé" par les nécessités des monopoles qui veulent (comme tous les monopoles) valoriser leur capital sur un marché international de plus en plus "tendu" mais ne veulent pas pour autant d'un "état de guerre" avec les États-Unis et leurs alliés (dont Israël) alors que des menaces beaucoup plus agressives ("émergents" notamment asiatiques, nouveaux nationalismes bourgeois, résistances populaires anticapitalistes et anti-impérialistes, agitation "islamiste" dans les pays musulmans) grandissent chaque jour ; et SURTOUT PAS d'une alliance avec des secteurs populaires qui, organisés, poseront TÔT OU TARD la question du colonialisme intérieur et du néocolonialisme dont il est le reflet, autrement dit du secret de l'impuissance du prolétariat en Hexagone (mettant du coup fin à cette impuissance !).

    Le cours général de l'histoire de "France" est tel que tout mouvement fasciste d'étendue nationale (aussi déguisé soit-il) sera obligé de s'attaquer à l'affirmation de la "puissance indigène" ; et JAMAIS aucune force d'extrême-droite conséquente ne prendra le risque que lui propose le soralisme pour "gratter" quelques voix. Le seul rôle que celui-ci puisse dès lors jouer est un rôle de stérilisateur de consciences émergentes dans les quartiers populaires et les colonies intérieures, de joueur de flûte conduisant celles et ceux qui commencent à se poser les bonnes questions dans le marécage de l'antisémitisme et du nationalisme BBR, donnant corps du même coup à la propagande républicarde contre le "nouvel antisémitisme rouge-brun-vert des banlieues"...

    Son discours voulant que "le patriotisme", "l’État français profond" en quelque sorte (comme ces "forces de l'ordre" dont Soral aime tant revêtir l'uniforme), serait "antisioniste" et que toute personne également "antisioniste", "anti-impérialiste" et "contre le néolibéralisme de Wall Street" devrait s'allier avec lui contre le "système UMPS au service de l'étranger" est contredit chaque jour par les faits et ne fait plus recette. Alors il invente... en espérant que, comme par magie, le fantasme devienne un jour réalité !

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    * "Le Parti engage une guerre sans merci contre les mouve­ments nationalistes nègres tels que les organisations garveyistes et pro-japonaises, etc. Il dénonce leurs propositions fantastiques et réactionnaires pour l'émancipation nègre. Il explique en détail l'impossibilité de leur réalisation et, de plus, prend la peine d'expliquer que même si celles-ci étaient réali­sées, cela ne serait d'aucun bénéfice pour les grandes masses du Peuple nègre. Le Parti saisit cette occasion d'analyser et de dénoncer l'impérialisme japonais et l'oppression des masses japonaises. Ainsi, avec les mots de la vie et des intérêts des Nègres, il construit un sentiment de solidarité des opprimées à l'échelle internationale.

    En même temps, cependant, il doit soigneusement étudier ces mouvements pour différencier les dirigeants nationalistes nègres de leur base sincère mais égarée. Il explique aux masses que le désir de voir le Japon victorieux est en réalité un désir de destruction de la force apparemment inébranlable de leur propre oppresseur, l'impérialisme américain. La défaite imminente du Japon brisera bien des espoirs d'aide directe ou indirecte au « peuple de couleur », qu'aurait apportée une victoire japonaise. Les mouvements nationaux, cependant, même avant la défaite du Japon ont utilisé le garveyisme et le sentiment pro-japonais uniquement comme base idéologique pour une politique dirigée vers le renforcement du nationalisme nègre aux États-Unis. Les mouvements qui cherchent à « faire sortir les Juifs de Harlem ou du quartier sud » ont une solide base de classe. Ils constituent les réactions du nègre revanchard qui cherche un secours économique et quelques remèdes à son orgueil de race humilié. Que ces sentiments puissent être exploités par des idiots fanatiques, des Nègres antisémites ou Nègres affairistes, cela ne saurait changer leur base fonda­mentalement progressive. Cet aspect progressif ne peut en aucune façon être confondu avec l'insatisfaction de la petite bourgeoisie blanche démoralisée qui cherche un refuge dans le fascisme. La réaction américaine peut financer et financera probablement ou encouragera quelques-uns de ces mouvements (Bilbo et Back to Africa) afin d'alimenter la malveillance. Mais les Nègres sont des prolétaires, des semi-prolétaires et des paysans dans leur composition sociale. Le cours géné­ral de l'histoire américaine est tel que tout mouvement fasciste d'étendue nationale (aussi déguisé soit-il) sera obligé d'attaquer la lutte des Nègres pour l'égalité. Mais la lutte pour l'égalité est la force conductrice principale du mouvement de masse nègre.

    Le Parti, tout en attaquent énergiquement les mouvements nationalistes, ne le fait pas de la même façon que s'il s'agis­sait d'un mouvement fasciste. Il les attaque sur la base d'un programme pour une lutte nègre comme cela a été indiqué préalablement. C'est l'absence d'un programme et d'une action complète pour les droits nègres et la lutte nègre mise en avant par les organisations ouvrières, c'est la présentation sectaire de la doctrine de lutte nègre comme une lutte de classe qui donne de la force aux nationalistes. La faillite des programmes « magiques » des natio­nalistes pour le salut dans toutes les parties du monde est si évidente que leur force principale, à Harlem par exemple, ne vient pas de leurs programmes, mais du rôle actif qu'ils ont joué dans les protes­tations et les manifestations pour améliorer le sort des Nègres ici en Amérique."

     


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