• Petites considérations sur le sionisme et l'identification-"obsession" palestinienne


    check pointL’État d'Israël opprime, exproprie, arrache les arbres fruitiers et rase les maisons, nie et tue le Peuple palestinien avec une bonne conscience rare ; totalement dans le cadre du "droit" (volonté des dominants faite loi, ainsi que nous l'enseigne le marxisme) et la préoccupation "légitime" de la "sécurité de ses citoyens". C'est là quelque chose de très intéressant à étudier pour comprendre, hors de Palestine occupée, le sionisme "de gauche" et l'"antisionisme" de droite.

    Car les "gauches" bourgeoises occidentales, finalement, peuvent retrouver dans cette situation palestinienne, par sionistes interposés, leur BONNE CONSCIENCE COLONIALE et "civilisatrice" de l'époque de Jules Ferry, désormais quelque peu "gênée aux entournures" par le "politiquement correct" en Occident. Lorsque l'apartheid est tombé en Afrique du Sud (et que la fin de la Guerre froide a supprimé l'excuse anti-soviétique), il a tout de même fallu épargner à cette bonne conscience un poids trop lourd pour elle et c'est ainsi que l'impérialisme a poussé à la "solution" au Proche-Orient, débouchant sur les Accords d'Oslo (1993) entre Arafat et Rabin. Mais comme le Hamas, le Jihad islamique, le FPLP et quelques autres (comme le Hezbollah au Liban) ont refusé ces accords de capitulation, une nouvelle excuse a vite été toute trouvée pour poursuivre la colonisation et l'apartheid sioniste en toute bonne conscience : la lutte contre le "terrorisme" et "l'islamisme" bien sûr !

    palarrestedathowaracheckpoint c rD'ailleurs, pour tout Occidental un peu impérialiste dans l'âme (il y en a beaucoup...), Israël avec ses braves juifs (de bons juifs, vraiment, pas des apatrides crasseux, fourbes et gauchistes comme avant) représente ce petit quelque chose qu'on croyait disparu à tout jamais depuis un bon demi-siècle : un morceau d'Occident hors d'Occident, avec ses autoroutes et ses buildings flambant neufs, sa "modernité" et sa "civilisation". Un imaginaire suprématiste occidental qui va bien au-delà des "classiques" milieux réactionnaires-racistes "primaires", bien au-delà en réalité de ceux que la plupart des gens "de gauche" imaginent concernés ; un imaginaire imprégnant parfois... jusqu'à ces gens "de gauche" eux-mêmes (culte du "progrès" entretenu par un certain "marxisme" mal digéré, etc.). Ici trouve son explication L'EXISTENCE du sionisme et du crypto-sionisme "de gauche", plus ou moins conscients et assumés.

    Alors qu'à droite, on va plus facilement trouver des gens qui s'énervent : "À nous, la dictature du politiquement correct nous ordonne sans cesse de nous repentir pour notre œuvre coloniale civilisatrice auprès de ces bougnoules et de ces négros, alors que ces Juifs, hein ma bonne dame, eux ils font ce qu'ils veulent et personne ne leur dit jamais rien, on se demande vraiment pourquoi !" ("question" dont l'interlocuteur est supposé immédiatement connaître la réponse : "ils contrôlent tout", "de la banque aux médias", bien entendu…). Le discours d'un Soral n'est typiquement rien d'autre que celui-là. Nous avons là le fond intellectuel de l'"antisionisme" de droite.

    FPLP-et-PC-Libanais 2523Ceci (petite digression), cette relativement basse intensité du conflit palestinien, peut aussi expliquer au demeurant l'IDENTIFICATION à celui-ci de millions de personnes opprimées à travers le monde. En Palestine, lorsque ce n'est pas l'Intifada de chez Intifada ou une opération de bombardement sur Gaza, c'est finalement "juste" un gros apartheid ethno-social, de l'injustice casquée faisant office de loi, un Uzi dans une main et un ordre administratif d'expulsion dans l'autre. Pour beaucoup de gens ghettoïsés (de classe et/ou de "race") en Europe et dans le monde, a fortiori de culture arabe ou musulmane dans des pays qui majoritairement ne le sont pas, mais pas seulement, c'est finalement juste "un cran au-dessus" de la situation qui est déjà la leur. Il suffirait de décréter des "zones dangereuses" (ne parle-t-on pas déjà de "territoires perdus de la République" ?), de construire de grands murs autour, d'installer des checkpoints et des passeports intérieurs et on y serait. L'expropriation des maisons palestiniennes pour faire place à des lotissements israéliens fait écho pour beaucoup de gens, en juste un peu plus "brutal", à la gentryfication de nombreux quartiers populaires urbains (ou à la villégiaturisation de nombreuses zones rurales), aux destructions de "barres" d'immeubles (certes affreuses) pour faire place à des logements classe-moyenne pas forcément accessibles aux habitant-e-s d'origine, etc. etc. dans nos pays "démocratiques" capitalistes.

    692466-846432Alors que la guerre en Syrie, par exemple, c'est une toute autre affaire, une toute autre dimension. On se fout sur la gueule à l'arme lourde. Le régime massacre la population pour la seule et unique raison qu'il est régime et que le peuple est peuple, et qu'un peuple arabe n'a pour seul "droit" que d’obéir à son régime. L'opposition, régime de demain et même déjà d'aujourd'hui dans de nombreuses zones, raisonne de la même façon. Des centaines de personnes meurent chaque jour sous les obus de mortier ou de char. C'est abominable, tout le monde est d'accord là-dessus. Mais c'est une "autre planète". On se dit que pour en arriver là, notre société "démocratique" occidentale a encore "de la marge". L'apartheid sioniste en Palestine est peut-être notre demain immédiat (ce que semble même confirmer ouvertement le fasciste Zemmour...) tandis qu’une guerre civile comme en Syrie apparaît comme un possible beaucoup plus lointain ou tout simplement un impossible, quelque chose qui ne "peut pas arriver ici". Ci-gît, pulvérisé, un grand et classique argument crypto-sioniste "de gauche" : la prétendue "obsession israélo-palestinienne" alors qu'il y aurait "des tas de conflits beaucoup plus meurtriers dans le monde".

    Bethlehem-11176La Palestine est une ligne de front directe entre "Nord" et "Sud", théâtre d'une confrontation entre Occident impérialiste et "Tiers-Monde" IMMÉDIATE au sens propre du terme ("sans intermédiaire"), comme il n'en existe peut-être pas ailleurs sur la planète sinon à la frontière mexicaine des États-Unis (mais ce sont d'autres problématiques et d'autres méthodes). Quelque part, on peut presque dire que c'est le monde impérialiste d'aujourd'hui qui se trouve là en modèle réduit sur 26.000 km2 : le Goush Dan ("Grand Tel-Aviv") ressemble à n'importe quelle métropole occidentale, mais à quelques dizaines de kilomètres commence le "Tiers-Monde", tenu en respect par Tsahal et les colons. Une ligne de front "riches"/"pauvres" aussi (même s'il y aura toujours des coupeurs de cheveux en quatre pour venir nous expliquer qu'il y a des Israéliens pauvres et des Palestiniens riches, comme si on était con à ce point et qu'on ne le savait pas, voyez-vous) ; ligne de front qui se retrouve finalement à moindre intensité autour de tous les territoires de relégation des pays "développés" (Europe, Amérique du Nord) ou "en développement" (Brésil, Amérique latine en général, Afrique du Sud), surtout si ces territoires abritent des "colonies intérieures", des non-"blancs" face à des "blancs" sociaux (faut-il s'étonner, par exemple, de voir le drapeau palestinien flotter au Brésil où l'on dénonce le "nettoyage social" massif des quartiers pauvres en prévision de la Coupe du Monde et des JO, dans des (ex)actions qui n'ont guère à envier à celles de Tsahal ? ou encore de voir les Premières Nations d'Amérique du Nord y identifier tellement leur propre tragédie ?) [sur ce sujet d'"Israël-Palestine comme microcosme des rapports Nord-Sud", l'on peut voir ici une traduction résumée de l'idée-force de cet article en anglais].

    Voilà pourquoi les ghettoïsé-e-s de tous les pays s'identifient à la Palestine et pas au Kurdistan écrasé par l’État turc et le nationalisme arabe ou aux Tamouls massacrés par les chauvinistes cinghalais au Sri Lanka ; situations où des "sudistes" (vendus, tirailleurs du "Nord" certes) massacrent des "sudistes" – ces oppresseurs et égorgeurs "sudistes" (ou d'Europe de l'Est) se retrouvent d'ailleurs plus qu'à leur tour à répondre de leurs crimes devant un tribunal international, ou du moins inculpés par lui ; et dans tous les cas voués aux gémonies devant le "tribunal de l'Histoire" en bonne place aux côtés d'Adolf Hitler... mais JAMAIS les dirigeants israéliens qui ne font (soi-disant) que "défendre leurs citoyens contre la barbarie terroriste" (Poutine ou Assad disent-ils autre chose ?), quelles que soient les centaines voire les milliers de victimes de leurs bombardements, de leurs mitraillages et autres exactions : avec les impérialistes US et bleu-blanc-rouge (directement ou par valets et mercenaires interposés), Israël fait partie des trois grands impunis de la mort violente planétaire ; un peu comme ces nobles de jadis qui pouvaient tuer un roturier et s'attirer tout au plus une remontrance de leurs pairs ou une amende.

    Ici vole en éclat un autre argument supposé "massue" des crypto-sionistes de gauche voire d'"extrême-gauche" ("Pourquoi parlez-vous tout le temps de la Palestine et pas des Kurdes, des Tamouls etc. etc. ? Parce qu’en Palestine l’oppresseur est juif et que vous êtes antisémites, bien sûr !!!").


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