• Népal - septembre 2011 (face à la trahison finale du "prachandisme")


    Les articles suivants ont été rédigés dans la foulée des évènements survenus entre août et septembre 2011 au Népal.

    Comme vous le savez certainement, ce pays a connu entre 1996 et 2006 une grande et héroïque Guerre populaire (qui était même pour ainsi dire la seule au monde - Guerre populaire signifiant dirigée par des maoïstes, exit donc les FARC de Colombie etc. – à ses débuts ; avant que cela ne "reparte" aux Philippines, puis en Inde etc.). Mais en 2006, alors que l’Armée populaire maoïste contrôlait de fait 80% du pays et encerclait la capitale Katmandou, un soulèvement populaire éclatait à l’intérieur de celle-ci et mettait fin à la monarchie autocratique locale vieille de plus de trois siècles (dès lors retranchée sans pouvoir dans son palais en attendant son abolition officielle deux ans plus tard).

    Le Parti communiste du Népal (maoïste) [CPN(m)] s’est alors engagé avec les partis bourgeois (Nepali Congress) et révisionnistes (UML) dans la voie d’"accords de paix", d’une cessation des combats et d’un processus de "transition" vers une république parlementaire qui a immédiatement soulevé une immense controverse dans le mouvement communiste international, les uns y voyant une "trêve tactique" parfaitement défendable, d’autres le début d’un cours "inquiétant" des choses (critiques en ce sens émergeant très tôt des maoïstes indiens, notamment), d’autres encore une "trahison absolue" venant supposément "prouver" que toute manœuvre tactique d’un Parti révolutionnaire signifie sa liquidation. Les années suivantes donnèrent lieu à des évènements – à vrai dire – historiquement surréalistes, avec le leader maoïste de la Guerre populaire Prachanda accédant au poste de Premier ministre (2008) dans un régime parlementaire le plus bourgeois qui soit avant d’en être éjecté un an plus par un coup de force du Président de la (toute nouvelle) République, appelant dès lors à (et affirmant mener les préparatifs d’) un "grand soulèvement populaire" devant porter le "coup final" à l’ancien régime et porter définitivement les forces révolutionnaires au pouvoir… mais sans cesse reporté, etc. etc.

    Finalement donc, fin août 2011, survint l’épilogue de ces 5 années d’étrange "flottement" avec la nomination à la tête du gouvernement du "droitiste sans fard" de toujours du CPN(m), Baburam Bhattarai… et l’annonce de toute une série de mesures signant la liquidation ouverte de la lutte révolutionnaire : remise des clés des containers où le Parti avait consigné ses armes en 2006 sous la supervision de l’ONU (mais en gardant, donc, les clés), fusion-liquidation de l’Armée populaire (jusque-là cantonnée sans armes) dans l’armée réactionnaire "nationale", finalisation de la restitution aux grands propriétaires fonciers des terres confisquées et occupées durant la Guerre populaire (c’était déjà une clause de 2006, dont l’application avait pu "traîner en longueur" ici et là), rapprochement ouvert avec l’État indien qui exerce depuis les années 1950 (pour le compte de l’impérialisme) un protectorat de fait sur le petit royaume himalayen, etc. etc. ; Prachanda dans tout cela (que nous avions pu prendre de manière erronée pour un "centriste" et un "hésitant" au cours des années précédentes) tombant alors le masque et révélant ouvertement sa nature d’opportuniste, de nouvel oligarque et de traître (réunions secrètes avec les services de renseignement indiens etc.).

    La polémique qui s’était quelque peu "endormie" depuis 2006-2007 se ralluma alors avec vigueur, une petite clique internationale autour de pseudo-"maoïstes" bien connus (ultra-gauchistes et dogmato-sectaires alors, devenus ouvertement réactionnaires depuis) bondissant sur la situation pour claironner et éructer "avoir eu raison depuis le début" et utiliser cette "victoire" de leurs analyses comme l’"excipient" idéal pour faire passer toute la "pilule" de leur conception pourrie du monde, de la lutte révolutionnaire et du socialisme/communisme (caractère pourri démontré, répétons-le encore une fois, par leur point de chute ultra-réactionnaire final quelques années plus tard) ; attitude que nous avons fini par qualifier de trotskysme de notre époque pour son caractère délibérément destructif ; ceci alors que d’autres avaient passé toutes ces années en "prise directe" avec la situation d'un maoïsme népalais "homme malade" du MCI (comme chancelant au seuil de ce qui pouvait être la "première révolution communiste du 21e siècle"), informant les masses populaires du monde des avancées et des reculs, des dérives, des luttes de lignes internes et des "portes de sortie" possibles pour les authentiques révolutionnaires de là-bas.

    Tout cela nous a amenés à sortir de notre silence et de la relative attitude – disons-le – de "spectateurs" observée jusque-là, nous contentant de relayer les "dépêches" de divers sites francophones ou anglophones sans réelle analyse, pour nous plonger dans la réflexion et la controverse et apporter notre "petite pierre" à l’édifice de la CONCEPTION COMMUNISTE DU MONDE. Nous n’avons pas peur de dire que des "lignes directrices" très importantes dans notre manière de voir les choses ont vu le jour à cette époque.

    Les articles ci-dessous sont dans l’ordre déchronologique (du dernier – dans le temps – au premier).


    "Red Star" : sur la lutte contre le révisionnisme au Népal


    Sur le site Revolution in South Asia a été publié cet article, ainsi que d'autres, du blog RedStarNepal.com. The Red Star est historiquement l'organe de presse du PC du Népal maoïste [devenu PCNU(m)] mais, jusqu'à présent, il n'avait pas de site internet. Et, bien qu'ouvrant ses colonnes à toutes les lignes (ou "tendances", selon certains) dans un esprit de libéralisme, il semblait plutôt aux mains de la ligne de Prachanda (longtemps "centre louvoyant" du Parti - un coup de barre à droite, un coup de barre à gauche - mais en réalité droite masquée, vraisemblablement la ligne qualifiée de "révisionniste" par le présent article). Mais voilà qu'est né (manifestement fin juin, les plus vieux articles sont du 22/06) ce site intitulé "Red Star", qui semble plutôt refléter la ligne de la "gauche" du Parti, des cadres fortement opposés au cours actuel du tandem Prachanda-Bhattarai. Il ne s'agit pas d'en tirer des conclusions hâtives, mais simplement de constater le fait...

    SLP précise que cet article comporte des phrases incompréhensibles, traduites telles quelles, tant pis...


    Combattre le révisionnisme dans le PCNU-Maoïste 


    Katmandou, 25 septembre.

    Dans la lutte interne au PCNU-Maoïste au Népal, des idées toujours nouvelles et le modèle de la lutte entre deux lignes ont été développés dans le cours de la lutte. De nombreux analystes politiques et autres ont dit que le Parti se divisait et que l'intérêt des réactionnaires serait satisfait.

    Cependant, le combat a développé ses procédures historiquement avancées pour la lutte interne (?). Le Parti a déjà développé quelques idées en créant un authentique forum de discussion et des rassemblements et interactions séparées par les différentes factions idéologiques. C'est le dernier développement, car le révisionnisme et le réformisme ont pris corps au cours de l'exercice du Pouvoir populaire aux niveaux locaux et régionaux de la nation. Nous sommes dans la situation où nous devons évaluer l'histoire du Pouvoir populaire, son exercice, et l'émergence du révisionnisme et du réformisme dans le monde. L'exercice concret a été mis en application au Népal. Le Parti, le PCNU-M, a été divisé en trois factions idéologiques : révolutionnaire, révisionniste (probablement Prachanda NDLR) et réformiste (probablement Bhattarai).

    À présent tout le Parti est dans une intense lutte interne. Il n'est toujours pas décidé qui va gagner. Néanmoins, la ligne révolutionnaire est offensive et combat avec l'aide du peuple, de ses soutiens, de toutes les bonnes volontés et d'une solide équipe à travers tout le pays.


    NDLR : Ce communiqué est une des dernières nouvelles que nous ayons du Népal (il y a 4 jours) ; et elle a l'avantage d'être interne au Parti. Certes, on est très loin des "canons" du maoïsme. On voit là toutes les limites de la gauche révolutionnaire dans le PCNU-M, qui permettent justement à la droite de s'imposer ; et les effets ravageurs de l'esprit de libéralisme entre les lignes qui a dominé le Parti pendant les 5 années de "lutte révolutionnaire légale", "par le Parlement, la rue et le gouvernement" (Sadan, Sadak, Sarkar). Pour autant, que la révolution au Népal ne soit pas liquidée (ou qu'il y ait au moins une résistance à cela, jetant les bases d'un nouveau cycle) regarde non seulement les masses populaires du Népal, mais les révolutionnaires et les masses populaires de toute l'Asie du Sud, de toutes les nations opprimées et, finalement, du monde entier. Il faut donc appuyer de tout notre soutien internationaliste les forces qui s'opposent à la liquidation, car, avec toutes leurs limites, elles sont le germe du renouveau.

    C'est l'occasion pour SLP de présenter son analyse de la situation à la lumière d'un profond réexamen. Ou plutôt d'un "examen" tout court car, à vrai dire, la question du Népal n'avait pas fait l'objet d'une analyse propre à Servir le Peuple. C'est là une entorse au principe directeur de ce média révolutionnaire : "penser avec sa tête", quitte à être totalement hétérodoxe, ne pas s'aligner "bêtement" sur une position internationale. Or, jusqu'à présent, il y a surtout eu de l'information, grâce au grand travail internationaliste de collecte d'info d'un site comme Revolution in South Asia, de collecte et de traduction par les camarades de Nouveau Népal ; assortie de quelques réflexions "à chaud", mais jamais de véritable analyse.

    Il est évident que SLP ne pouvait pas s'aligner sur la ligne gaucho-dogmatique : celle-ci revient à nier l'idée même de tactique ; l'idée même de négociations et d'accords tactiques avec une partie de l'ennemi contre une autre (ennemi principal du moment) ; l'idée que les marxistes doivent "penser avec leur tête" selon la situation concrète, que tout n'a pas été dit et écrit entre le Manifeste de Marx et Engels et l'arrestation de Gonzalo ; l'idée que la Guerre populaire ne se réduit pas à une guérilla armée (ce que récusait déjà Mao) ; l'idée (dans la situation concrète) que dans un contexte où se préparait (puis se déroulait) un grand mouvement populaire contre la dictature royale, donner l'assaut militaire sur Katmandou aurait été une idiotie qui aurait coupé les maoïstes d'une grande partie des masses... Toutes choses étrangères aux conceptions de SLP, pour qui la révolution est quelque chose de plus sérieux et compliqué qu'un wargame en chambre [Nota : cette ligne a désormais le mérite d'être assumée clairement ici : "Cela, c'est clairement la « gauche » dans le mouvement maoïste international. Elle se caractérise par un refus de toute souplesse idéologique, tactique ou stratégique dans le marxisme-léninisme-maoïsme"].

    L'idée (partagée aussi par des gens "bien") que lorsque l'on a atteint un rapport de force donné (on pouvait parler d'équilibre stratégique avancé au Népal début 2006), "temporiser" signifie "toujours" reculer est profondément erronée - pour être exact, profondément mécaniste : c'est faire l'impasse sur la part de VOLONTÉ de la direction du Parti (autrement dit et en dernière analyse, sur la ligne dirigeante de celui-ci) de non seulement "temporiser", mais de ne JAMAIS repasser d'aucune manière à l'offensive au sens révolutionnaire du terme. Lorsque les communistes d'Hô Chi Minh ont accepté la partition du Vietnam en 1954, que le Nord devienne communiste mais que le Sud reste sous la coupe de l'impérialisme (ainsi que le Laos et le Cambodge), ils ont bien temporisé non ? [Mais voilà (et c'est ce qui est déterminant) : l'intention de libérer tout le Vietnam et toute l'ancienne "Indochine" n'a jamais cessé d'être claire et totale... La demi-décennie suivante a été consacrée aux préparatifs (et au renforcement du Nord comme "base rouge"), puis la guérilla a été peu à peu activée dans le Sud (et encouragée au Laos et au Cambodge). On connaît la suite, jusqu'à la glorieuse prise de Saïgon en 1975 - 21 ans après les Accords de Genève qui avaient entériné la partition. C'est donc cette volonté (ou pas) de la direction maoïste de repasser un jour ou l'autre à l'offensive qui devait être questionnée au Népal ; et non le fait de "temporiser" et de s'asseoir à une table de négociations.]

    Mais ce n'était pas une raison pour se contenter de diffuser "bêtement" de l'information assortie de quelques commentaires, sans étude approfondie. Surtout à mesure que grandissaient les interrogations, devant les "tergiversations" du leadership maoïste ; comme par exemple lorsque le Président (Nepali Congress) de la République a fait son coup de force contre Prachanda, refusant (anticonstitutionnellement) le limogeage d'un général réactionnaire : les partis bourgeois étaient alors clairement démasqués, c'était le moment de repasser à l'offensive, et de terminer la révolution. Donc, libre à chacun-e de voir là une autocritique, mais ce n'est pas suffisant : une autocritique n'a de sens que si on la rectifie en pratique.

    Que ressort-il de ce réexamen ? Et bien, il en ressort qu'il faut revenir au principe fondamental maoïste : "la politique au poste de commandement", "c'est l'idéologie qui commande au fusil". Cela rejoint d'ailleurs la critique ci-dessus des gaucho-dogmatiques, qui donnent souvent l'impression d'une sacralisation du fusil. Enfin, pas de tout ce qui porte un fusil (ils analysent les FARC ou encore l'EZLN comme réformisme armé, à raison), mais disons "du fusil maoïste" : maoïste + fusil = révolutionnaire. Plus de fusil = révisionnisme. C'est franchement simpliste.

    Tout cela pour dire, qu'il faut se poser la question de quelle idéologie, quelle vision politique et quels objectifs ont "empoigné le fusil" au Népal en 1996.

    Là, on s'aperçoit que le PCN(m) est né en 1994 d'une fusion de plusieurs Partis marxistes, qui constituaient grosso modo le United National People's Movement ; "3e pôle" (le plus à gauche) du mouvement populaire ayant arraché un Parlement à la monarchie absolutiste, en 1990. Dans le cadre de ce mouvement populaire, et dans les années qui ont suivi, le futur PCN(m) (essentiellement PCN Mashal) a donc mené une lutte d'agitation de masse "classique" et légale. Comme le soulignait Prachanda en 2006, il a eu des représentants au Parlement, fait l'expérience du parlementarisme et du travail (contre la monarchie) avec les partis bourgeois. C'est là une différence fondamentale avec le mouvement ML, puis MLM d'Inde, qui s'est toujours construit dans la guérilla et l'action clandestine, dans l'hostilité de tous les autres partis dont celui-là même dont il est... issu, le PCI "marxiste" (révisionniste ultra).

    En 1994, le PCN(m) voit le jour. Il fait le constat que "tout a changé pour que rien ne change", et prépare la Guerre populaire qui sera déclenchée le 13 février 1996. Oui, mais dans quel objectif ?

    C'est là que l'on peut légitimement se demander si la Guerre populaire a bien été lancée pour une nouvelle démocratie (démocratie par et pour le Peuple, rejet de la tutelle indienne, mais impliquant dans l'infrastructure la liquidation de la féodalité et - au moins - du grand capitalisme lié à l'impérialisme)... ou bien, si elle a été lancée pour l'abolition de la monarchie (République) et la convocation d'une Constituante (pour une nouvelle Constitution "populaire"), éventuellement agrémentée d'un certain nationalisme face à l'Inde, d'un certain fédéralisme par rapport à la grande diversité ethnique du pays, et d'une "réforme agraire scientifique" dont le contenu resterait à déterminer.

    Cela renvoie au récent article théorique Sur le processus révolutionnaire :

    - La Guerre populaire a-t-elle été déclenchée pour changer la forme de gouvernement, la superstructure juridique et un certain nombre de relations sociales archaïques (vis-à-vis des femmes, des basses castes, des minorités ethniques), c'est à dire en définitive une réforme radicale ?

    OU

    - A-t-elle été déclenchée pour le changement de mode de production (en tout cas liquidation de la féodalité et du grand capitalisme interface de l'impérialisme, de la mainmise indienne etc.) : révolution de nouvelle démocratie ?

    Ou encore, la question peut se poser de la manière suivante :

    - la voie bolchévique, c'est à dire maoïste : UNE SEULE Guerre populaire accomplissant les tâches démocratiques puis, sans interruption, jetant les bases de la transition socialiste vers le communisme ;

    OU

    - le voie menchévique : une Guerre populaire pour l'abolition des rapports sociaux les plus archaïques, une démocratie bourgeoise "moderne", des "droits démocratiques pour tou-te-s", et ensuite on verra... ? [Sauf que la classe dominante reste en place, qu'elle n'aura de cesse de reconstruire sa position ébranlée, et de reprendre les concessions accordées !]

    Pour Servir le Peuple, le "revisionnage de tout le film" depuis le début amène à la conclusion que, de manière principale, c'est l'option "République et Constituante" qui a empoigné le fusil au Népal en 1996. SLP ne va pas se faire des amis, mais ce n'est pas nouveau. Le PCN(m) n'a pas pu muter en Parti révisionniste entre 2000 et 2005 : à cette époque, la Guerre populaire avançait triomphante, remportait victoire sur victoire (militaire), contrôlant au bout du compte 80% du pays. Ce n'est pas sur ce terreau que fleurit habituellement le révisionnisme (qui fleurit plutôt sur l'"impossibilité immédiate" de la révolution). C'est donc aux origines qu'il faut revenir : dès le début, la Guerre populaire au Népal a été menée pour l'instauration d'une République (abolition de la monarchie) et la convocation d'une Assemblée constituante pour une "Constitution du Peuple", tout ceci étant conçu comme une "étape indispensable".

    Et ça l'était : comme on l'a déjà dit, la monarchie des Rana était la clé de voûte du système de domination au Népal, rien ne pouvait se faire sans son abolition. Bien sûr, il était possible de mener cette tâche et les suivantes de manière ininterrompue, dans UNE SEULE et même guerre ; mais ce n'est (majoritairement) pas cette conception qui a déclenché la Guerre populaire en 1996 : c'était donc "difficile". La Guerre populaire de 1996-2006 ne pouvait donc être qu'une première Guerre populaire, appelant inévitablement une deuxième.

    C'est désormais celle-ci qui est à l'ordre du jour. Quand ? Avec qui ? L'avenir le dira ; la divination n'est pas dans les dons de SLP.

    Pour faciliter la compréhension des lecteurs/lectrices, un petit tour d'horizon de "qui est qui" dans le PCNU-M :

    - "Biplab" semble représenter ce qu'il y a de plus à "gauche" (de connu, en tout cas). Il critique la "révolution dans la superstructure" (changement de la forme de gouvernement) qu'ont voulu faire Prachanda et Bhattarai. Il évoque clairement la scission : "même si nous n'y allons pas ensemble (avec les réformistes NDLR), la révolution populaire ira jusqu'au bout".

    - Mohan Baidya "Kiran" est un représentant de la gauche, sans doute le plus "important" (il a dirigé le Mashal, prédécesseur du PCN(m), à ses débuts). Mais il semble très "buros", ses méthodes de lutte de lignes sont très bureaucratiques, procédurières : "notes de désaccord", appels à "clarifier" ou "rectifier". Il se caractérise également par un discours très souverainiste vis-à-vis de l'Inde, contre la "sikkimisation" du Népal (annexion pure et simple, comme le royaume du Sikkim en 1975 : il est peu probable que l'Inde aille jusque-là, mais il est clair qu'elle épaule totalement la Réaction locale).

    - CP Gajurel "Gaurav" semble plutôt de "centre-gauche". Il attend de l'actuel gouvernement Bhattarai qu'il "mène le processus de paix et la rédaction de la Constitution à son terme". Mais, dans le même temps, il dénonce la "perte de lien" du Parti avec les masses, et veut relancer le Pouvoir populaire à travers un "Conseil National Populaire Unifié", une sorte de "contre-pouvoir", mais la stratégie est globalement peu lisible. De ses interviews ressort une certaine surprise face aux évènements actuels, qu'il a néanmoins dénoncés vigoureusement.

    - Autre dirigeant important, "Badal" : d'après ce commentaire sur Southasiarev, il envisagerait clairement un "nouveau Parti, une nouvelle Armée populaire et un gouvernement parallèle"...

    Prachanda et Bhattarai, on ne les présente plus. Qu'a-t-il bien pu se passer avec eux ? Et bien, c'est ce que SLP répète inlassablement : outil indispensable à la révolution, le Parti est aussi porteur par nature d'individus qui ne "font la révolution" que pour accéder au "rôle dirigeant" qu'ils estiment leur revenir... Certains vont jusqu'à la révolution (renversement de la classe dominante), mais d'autres (beaucoup), voyant la classe dominante prête à les accueillir en son sein, s'engouffrent dans l'opportunité (on les appelle donc : les opportunistes). Comme on l'a dit, Prachanda et Bhattarai n'ont sans doute déclenché la Guerre populaire en 1996 que pour des objectifs "républicains" et, en 2005, avec la rupture entre le roi et les partis bourgeois, cette "opportunité" s'est ouverte. Ensuite, ils ont mangé au râtelier de la classe dominante, et acquis la conscience de classe qui va avec (c'est la situation matérielle qui détermine la pensée, doit-on le rappeler ?), sachant qu'à la base, ce sont déjà des bourgeois (Bhattarai est un universitaire renommé). Quand aux gauchistes (qui, historiquement, sont "la réponse du berger à la bergère" opportuniste, qu'ils renforcent objectivement), ils ne sont pas faits d'un bois bien différent… Moins brillants peut-être selon les critères dominants : les opportunistes, finalement, réussissent là où ils échouent. C'est la raison pour laquelle, "pris de rage" comme disait Lénine, ils adoptent une posture "ultra-radicale", s'étranglent, éructent... mais c'est au fond la même culture politique et de classe. Face aux opportunistes, les gauchistes se voient tout simplement dans un miroir déformant.


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    Questions-réponses sur la situation au Népal


    Pour aborder un sujet aussi complexe, et important pour le mouvement communiste international, peut-être ne vaut-il rien de mieux qu'un système de questions-réponses...

    Voici donc :


    1. Quels sont les défis à l'ordre du jour pour les maoïstes népalais ? Quels sont les limites, les obstacles ? 

    Les défis ? LE défi, plutôt, est désormais énorme et inévitable. Le PCI(ML) Naxalbari (communiqué traduit récemment ici) parle de "lever le drapeau de la rébellion ouverte contre le quartier-général révisionniste". On ne saurait mieux résumer. Que les révolutionnaires, dans le Parti, soient une majorité ou 10%, la question n'est pas là. La question, au regard des faits et au regard de l'histoire du MCI, est qu'ils ne peuvent plus cohabiter avec Bhattarai, Prachanda et leurs partisans. Il n'est plus possible de mener une lutte de lignes "franche et ouverte", "en toute camaraderie", comme cela s'est fait ces dernières années (mais depuis près d'un an, le ton commençait à monter...). À la rigueur, une dernière lutte interne, de manière très antagonique, peut permettre de "compter ses forces". Mais c'est tout.

    Le PCI(ML) Naxalbari dit que "la première chose qu'ont fait les révisionnistes, c'est de transformer le Parti en forum de discussion inopérant", et c'est malheureusement vrai. Mais aujourd'hui, les révisionnistes en question ne respectent même plus ces règles. Leurs agissements se passent des décisions du Parti. 

    Mais on vient là à LA limite : les moyens, quantitatifs et SURTOUT qualitatifs de lancer ce qu'il faut bien appeler une nouvelle révolution... Ne nous berçons pas d'illusions dans l'immédiat. Comme on vient de le dire, les révisionnistes ont "englué le Parti dans le miel" d'un débat "soft", d'un grand "libéralisme" entre les lignes (globalement trois : la gauche Kiran-Gaurav-Biplab, le centre Prachanda et la droite Bhattarai). Il y a vraiment de quoi questionner la "profondeur" du maoïsme dans le Parti népalais. On a toujours eu l'impression, ces dernières années, d'un débat extrêmement mou, extrêmement interne aussi (laissant à l'écart une grande partie des militant-e-s, et a fortiori le mouvement organisé ouvrier, paysan etc.), avec une recherche permanente du consensus. Alors que les occasions de repasser à l'offensive ont été nombreuses, aussi bien quand Prachanda s'est retrouvé Premier ministre que (surtout !) quand il a démissionné après un coup de force du Président ; ce fonctionnement a toujours laissé la situation "au milieu du gué", à coup de "ne pas se précipiter", "voyons quelles proposition les partis bourgeois peuvent encore accepter", "ils vont bien finir par tomber le masque et nous déclencherons la révolte populaire" etc. Dans la conception maoïste du Parti, quand l'enjeu n'est ni plus ni moins que révolution... ou pas révolution, la lutte de lignes est autrement plus antagonique, il ne peut pas y avoir de consensus, seulement un gagnant et un perdant !

    Tout cela, et je pense que le PCI(ML) le résume assez bien, a amolli la gauche révolutionnaire dans le Parti, "décapité sa force idéologique". C'est assez net, dans les interviews, chez les "vieux" (Kiran, Gaurav) ; les jeunes comme Biplab semblent plus déterminés. Ce dernier, avec un sens très "mao népalais" de la périphrase, va jusqu'à dire que "même si nous ne pouvons pas continuer ensemble, la révolution populaire ira jusqu'au bout" : il est le seul, à ce jour, à sous-entendre la scission. Reste à savoir ce que représente, pour lui, le "bout" de la révolution populaire...

    On a vraiment l'impression d'une grande peur de la rupture (sauf ci-dessus chez Biplab). Il faudrait, c'est très important, savoir combien de militant-e-s et sympathisant-e-s chaque ligne a derrière elle. On peut craindre que s'il y en a trop peu, Kiran et Gaurav n'osent pas la scission minoritaire...

    On voit là un principe essentiel du marxisme-léninisme-maoïsme : ce sont les faiblesses, les limites (dans la conception et dans la pratique) de la GAUCHE révolutionnaire qui permettent le triomphe du révisionnisme, pas la force du révisionnisme lui-même.


    2. Peut-on dire que "nous n'avons rien vu venir" ?

    Non. Pas du tout. Dès 2006, dès 2005 même, quand a germé l'idée d'accord avec les partis bourgeois alors que le roi avait instauré sa dictature personnelle (avec l'Armée royale), l'inquiétude s'est exprimée, l'alerte a été donnée. La "fracture" dans le "MMI" ("mouvement maoïste international") a en réalité porté sur la question d'une critique constructive... ou pas. Pour SLP, mais aussi pour beaucoup d'organisations (SLP n'est pas une organisation), il a été considéré que rejeter immédiatement le PCN(m) tout entier, "de la base au sommet", de "l'extrême-droite" type Bhattarai à l'extrême-gauche type Biplab, dans le 9e cercle de l'Enfer révisionniste ne servirait en rien 1°/ ni les véritables maoïstes révolutionnaires de ce pays, dans le PCN(m) ou en dehors, dans leur résistance à la dérive réformiste, 2°/ ni les masses exploitées du Népal dans leur long chemin d'émancipation, 3°/ ni le Mouvement Communiste International. Bien sûr cela a été qualifié de "centrisme", d'"opportunisme", de "prachandisme" voire de "trotskisme" par les "non-constructifs"... Dont on aimerait bien aujourd'hui, tout à leur "triomphe" d'avoir eu raison, qu'ils nous expliquent en quoi leur attitude a été plus utile, et à la révolution au Népal et au MCI.

    Il faut préciser aussi que, le PCN(m) étant alors membre du MRI et du CCOMPSA, beaucoup de critiques, de demandes d'explications, de rappels "à la raison" se sont faits "en interne" à ces coordinations internationales, et les documents n'ont été rendus publics que beaucoup plus tard. On peut se risquer à dire que la critique violente et ouverte, publique dès le départ, a plutôt été le fait de groupes se sentant "à l'écart" du MRI. D'ailleurs, il a été un temps reproché au RCP-USA (qui "domine" le MRI) d'avoir influencé le PCN(m), avec ses thèses (qui sont effectivement) révisionnistes. Mais ensuite, le RCP-USA a rendu publique une très dure (et précoce) critique du PCN(m)…

    Pour ce qui est d'une juste appréciation de la situation, en temps réel, par les communistes étrangers, il y a plusieurs obstacles majeurs :

    - L'information : elle arrive au compte-goutte. Ce problème m'a été plusieurs fois mentionné, notamment par le Comité de Solidarité Franco-Népalais.

    - De plus, elle provient souvent de la presse BOURGEOISE locale (Himalayan Times, Republica, Nepal Telegraph), qui décrit surtout... ce qu'elle veut bien voir. Le Red Star, l'organe du Parti lui-même, semble quant à lui rapidement tombé aux mains de la droite (avec des publicités pour des voitures japonaises etc.), ce qui est effectivement un sérieux problème quand on connaît l'importance de l'organe de presse dans la conception léniniste. Ceci dit, récemment, des organes de la "gauche révolutionnaire" ont vu le jour sur internet, comme The Next Front.

    - Au niveau des communiqués, des interviews de différents dirigeants... Il faut comprendre une chose : les Népalais, culturellement, sont pudiques et réservés. Leurs déclarations sont donc des sommets de périphrase, d'implicite... il faut vraiment lire entre les lignes. C'est très frappant, quand on étudie en comparaison les déclarations de maoïstes sud-américains, où tout le bestiaire ("rats", "chiens" etc.) y passe pour désigner l'adversaire "déviationniste". Tout cela pour dire qu'il est difficile de savoir où en est l'intensité des affrontements au sein du Parti, les "plans d'action" des uns et des autres.

    - Et puis, on y revient, il y a un certain "culte" de l'interne. Tout a tendance à se régler en interne, dans des réunions entre cadres, et bien sûr nous n'avons les informations qu'une fois que les décisions sont prises, et même déjà en application. Toujours le même problème du manque de mobilisation des masses, au moins des masses "militantes" (communistes, sympathisantes, syndicalistes ouvrières, paysannes et étudiantes), dans la lutte de lignes. Ce n'est pas (que) de l'avenir du Parti qu'il est question, mais du Peuple népalais : il ne peut pas rester éternellement spectateur ! C'est un grand enseignement du maoïsme qui n'est pas appliqué là... Là encore, on peut se poser des questions.


    3. La dérive bourgeoise au Népal est aujourd'hui manifeste, mais, à quand peut-on en faire remonter les racines ?

    C'est une très, très vaste question... Si l'on compare, par exemple, avec l'Inde : les marxistes-léninistes, puis maoïstes indiens se sont toujours construits dans la lutte et la clandestinité. Au cœur de la jungle ou au fin fond des grandes villes, traqués comme du gibier, ils n'ont jamais eu accès à "l'espace démocratique" bourgeois de la "plus grande démocratie du monde"... Quand bien même la plupart des leaders sont des intellectuels de la classe moyenne. Le PC maoïste du Népal, lui, s'est formé en 1994 de la réunion de plusieurs petits partis... parlementaires. Ils avaient participé au jeu parlementaire arraché à la monarchie, par un mouvement populaire, en 1990 (ils avaient bien sûr participé à ce mouvement populaire). Le Parti s'est formé, pour lancer la Guerre populaire deux ans plus tard, sur le constat que la monarchie parlementaire était un vaste foutage de gueule, que "tout avait changé pour que rien ne change" ; constat juste, évidemment. Mais c'est une différence de culture politique énorme.

    Ensuite, quels étaient les buts de la Guerre populaire ? Je me souviens d’une chose avec certitude. C'était fin 2002 ou début 2003, peu avant le début de la guerre en Irak, et à cette époque, j'ai lu quelque part (peut-être dans "Partisan", ou pas, je ne sais plus) qu'il y avait au Népal une guérilla maoïste, et qu'ils luttaient pour l'abolition de la monarchie et la convocation d'une Assemblée constituante. Je suis absolument certain de l'époque. C'était, donc, bien avant Chunwang (novembre 2005), bien avant l'alliance de 2006 avec les "Sept partis" bourgeois, bien avant que (partant de là) tout le monde se mette à hurler à la "trahison" des maos népalais. On peut donc légitimement se demander si, pour au moins une partie du PCN(m) (en tout cas du leadership), la guerre n'a pas été menée, de A à Z, uniquement pour l'instauration d'une République. Prachanda aurait alors parlé de "tactique" parce qu'il pensait à ce moment-là que les "Sept partis" trahiraient l'accord, qu'ils n’accepteraient pas l'abolition de la monarchie et la convocation d'une Constituante, et qu’alors la guerre reprendrait (les maoïstes conservaient les clés des containers d'armes). Mais si l'on arrivait à une République et à un accord sur une Constitution démocratique et fédéraliste, alors... C'est, franchement, quelque chose de très possible. Bien sûr, il y avait sûrement aussi (et il y a sûrement toujours) des éléments menant la Guerre populaire... pour les objectifs d'une Guerre populaire, à savoir la Démocratie Nouvelle.

    Mais voilà. Le ver était dans le fruit. Pourquoi, alors, n’avoir rien dit à l'époque ? Il faut être cohérent et aller au bout de sa logique… Les organisations qui ont commencé, dès le début 2006 voire la fin 2005, à hurler au "révisionnisme", aux "nouveaux Thorez" etc. avaient jusque-là célébré, chanté les louanges de la Guerre populaire au Népal avec une grandiloquence...


    4. Mais alors, on nous l'a faite à l'envers depuis le début ? Nous avons soutenu 10 ans, 15 ans parfois, une mascarade ? Il n'y a rien eu de positif au Népal ?

    Il ne faut pas raisonner comme cela. L'histoire avance en spirale. BIEN SÛR, il faut être absolument clairs là-dessus : il était 100% possible de faire la révolution de démocratie nouvelle, entre 2006 et maintenant. Il était 100% possible, conservant en main les clés des stocks d’armes, d’instituer une situation de DOUBLE POUVOIR (bourgeois réactionnaire, à la rigueur ‘réformiste’, et populaire révolutionnaire) et à la première occasion, par exemple lors du ‘coup de force’ présidentiel contre Prachanda en 2009, de démasquer la classe dominante et la dégager… Malheureusement, les conceptions révolutionnaires à même de faire cela, par leurs faiblesses et leurs erreurs, ont laissé prévaloir les conceptions réformistes, de conciliation avec l’oligarchie. Mais concentrons-nous maintenant sur ce qui est, et non sur ce qui aurait pu être.

    Il faut déjà bien avoir en tête la situation politique, économique et sociale au Népal avant la Guerre populaire. Plaçons-nous en 1989. Politiquement, une monarchie absolue. Comme ici sous l'Ancien régime. Les villes, en peut-être moins surpeuplées : comme en Inde. Tout le monde a vu des reportages là-dessus. Une grande misère côtoyant une grande opulence des nobles, des castes supérieures, des grands bourgeois, le tout dans des rapports sociaux féodaux, où certains "ne se donnent la peine que de naître". Dans les campagnes... le Moyen-Âge. L’État, les infrastructures de base, n'y arrivaient généralement pas. La seule autorité était celle du grand propriétaire local, exerçant une "crainte révérencielle" sur les paysans misérables.

    Dès les années 70, mais surtout à la fin des années 80, il y a eu un grand mouvement "démocratique bourgeois" (seulement dans les villes), pour arracher à la monarchie un Parlement et, au moins, une vie politique... du 20e siècle. Ce qui a été obtenu en 1990. Fin d'un premier cycle. Mais ensuite, le changement politique a été très cosmétique, rien ou presque n'a changé dans les rapports sociaux, et évidemment rien au niveau socio-économique. Donc, constitution du PCN(m), Guerre populaire (1996-2006), nouveau mouvement démocratique (2006), chute de la monarchie, et voilà la République parlementaire bourgeoise que nous avons à présent.

    Tout cela, va-t-on dire, c'est dans la superstructure, ce sont des changements de forme de gouvernement ! En effet. Sur le plan socio-économique, pas grand chose n'a changé, le Népal est toujours dans les 9 "pays moins avancés" (selon les critères de l'ONU) d'Asie. Comme le dit Biplab, "on ne fait pas la révolution à partir de la superstructure", on ne change pas la nature de classe de l’État en changeant simplement la forme des institutions.

    Mais un grand principe du maoïsme, c'est aussi "la politique au poste de commandement". C'est compliqué à comprendre, mais il faut faire l'effort. À un moment donné, pour faire court, un certain système politique est la "clé de voûte" de l'ordre social existant. Il faut le faire sauter. Par exemple, qui imaginerait la Révolution russe sans, d’abord, la chute du Tsar ? Il y a d'abord eu la chute du Tsar, ENSUITE le pouvoir des soviets et la Révolution d'Octobre, et ENSUITE l'instauration d'une économie socialiste. Bien sûr, tout cela est allé très vite, ce qui n'est pas le cas au Népal.

    Inversement, dans le socialisme, transition du capitalisme au communisme, la clé de voûte, c’est le Parti (d’où la citation de Mao : "la politique au poste de commandement"). Si le Parti cesse d’être communiste, de vouloir le communisme, le capitalisme sera rétabli : la bourgeoisie, la contre-révolution mondiale, sait où elle doit taper…

    Au Népal, la clé de voûte, c'était la monarchie. La même classe dominante est toujours au pouvoir, elle tient l'économie, les moyens de production. Sa représentation est essentiellement le Nepali Congress (ensuite, elle s'appuie sur les réformistes de l'UML et bien sûr... du PC maoïste, désormais "unifié" après absorption d'un petit parti révisionniste). Mais elle est ébranlée. Elle a perdu sa clé de voûte. De 1990 à 2005, les partis bourgeois comme le NC et l'UML ont participé au parlementarisme, ont eu des Premiers ministres, sans jamais remettre en cause la monarchie. Même quand le roi (Gyanendra) a instauré sa dictature personnelle, même au plus fort du "Mouvement populaire II" au printemps 2006, même dans les accords qui ont suivi (sous l'égide indienne) il n'a pas été question d'abolir la monarchie. Le mot d'ordre de "République" a germé courant 2006, pour déboucher sur l'Accord de novembre avec les maoïstes. Tout cela, c'est la pression de la Guerre populaire, et de comment sauver sa peau, comment être du "bon côté de la barricade" (la barricade étant alors entre les maoïstes et la dictature monarchique). Les partis bourgeois (et la classe dominante qu'ils représentent) ont sauvé leur peau. Mais affaiblis.

    Même sur le plan socio-économique, n'exagérons pas le "rien". Il y a eu des terres confisquées pendant la Guerre populaire et distribuées aux paysans (il est maintenant question de leur reprendre : comme cela va-t-il se passer ?). Dans les villes, c'est toujours le capitalisme bureaucratique et la sous-traitance de l'Inde (elle-même sous-traitante du monde), mais il y a eu, pendant la Guerre populaire et dans tout le processus jusqu'à maintenant, de grandes grèves générales politiques, de grandes mobilisations etc. Les maoïstes avaient réussi à infiltrer les villes, les syndicats... Et depuis 2006, ils ont eu quartier libre bien sûr.

    Donc voilà : il est totalement ABSURDE de dire que "tout a été liquidé", qu'on en serait revenu à la situation de 1990-94. Quantitativement et qualitativement, la lutte de classe, la lutte pour l'émancipation des classes exploitées, est à un niveau bien supérieur. Fin d'un deuxième cycle.

    Et début d'un troisième ! Celui-ci pourra être extrêmement prolongé, peut-être des décennies... Pour commencer, il faut un nouveau Parti révolutionnaire, car maintenant, à l’ordre du jour, c'est la Révolution de Nouvelle Démocratie ou rien. Cela renvoie à la première question.

    Ensuite, l'histoire peut aussi s'accélérer, notamment en cas de grands succès de la Guerre populaire en Inde. La tutelle indienne est l'autre "clé de voûte" de l'ordre social au Népal. C'était d'ailleurs un autre grand "objectif" de la Guerre populaire : l'indépendance nationale "véritable" ; et celui qui a d'ailleurs été le plus trahi, quand on voit l'attitude du gouvernement Bhattarai en ce moment. Bhattarai est un ami déclaré du gouvernement de New Delhi.

    Dans ce cas, les choses pourraient aller beaucoup plus vite que prévu, on pourrait voir les forces révolutionnaires du Népal se reconstituer sur le modèle de leurs voisins indiens, tandis que les difficultés du gouvernement indien rendraient intenable la position de la classe dominante et des partis bourgeois népalais, qui n'ont désormais plus que cette "clé de voûte" là... Politique-fiction.

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    En manière de conclusion sur la situation au Népal et ses répercussions dans le Mouvement communiste international


    Il ne s'agira pas, ici, de revenir sur les évènements en cours au Népal (d'où ne parvient, à l'heure actuelle, que peu d'information), mais plutôt de s'intéresser aux implications de ces évènements, et de tout le "parcours" du mouvement maoïste népalais depuis 2006, pour les masses exploitées du Népal et aussi pour le Mouvement Communiste International. Car le "cycle" qui se referme est riche d'enseignements, rappelle (aussi) quelques fondamentaux, et DOIT POSER des distinguos et des lignes de démarcations claires. En particulier, tout un courant gaucho-dogmatique international, se réclamant du maoïsme, a dès le début (2005-2006) considéré la situation "pliée" au Népal, et absolument plus digne d'intérêt… tant mieux pour nous, quelque part. Mais voilà qu'il revient à présent à la charge, au lieu de savourer silencieusement sa "victoire" comme les gauchistes savent si bien le faire, quand leurs "prophéties" de "révolution trahie" se réalisent…


    1. Sur l'assimilation ignominieuse des (vrais) maoïstes au trotskysme (par les pseudo-maoïstes gaucho-dogmatiques)

    Depuis la fin de la Guerre populaire népalaise (2006), sur une "capitulation" pour certains, le débat sur la situation a fait rage dans le mouvement maoïste international. Un certain nombre d'organisations rejetant clairement et sans appel le PC maoïste du Népal dans les "poubelles" du révisionnisme et de l'histoire ; d'autres considérant que s'y jouait obligatoirement une lutte de ligne, qu'il y aurait toujours des éléments pour s'opposer (le cas échéant, ça l'est aujourd'hui) à la capitulation, et que le DEVOIR des maoïstes dans le monde était de soutenir les révolutionnaires au Népal, d'avoir toujours un œil attentif sur les processus réels, de ne pas déclarer "mort-née et enterrée" du jour au lendemain la première (potentielle) révolution du 21e siècle. Se voyant, par là, qualifiés de "centristes" dans le meilleur des cas, ou carrément d'"opportunistes"... Le débat a pu présenter des arguments sérieux, pointant parfois à juste titre les illusions des "centristes", illusions qui se révèlent clairement aujourd'hui ; mais il a pu aussi prendre une tournure absolument lamentable, à l'image du sectarisme qui anime certaines "avant-gardes autoproclamées". C'est encore une fois le cas dans un document publié par des tenants de la ligne gaucho-dogmatique, qui aligne les inexactitudes, les contre-vérités, et finalement une vision totalement métaphysique des lignes dans un Parti et de leur lutte... 

    Cela commence (mais on ne fera pas ici un mémoire de "trotskologie") sur une  confusion entre le "droit de tendance" trotskiste et l'"entrisme" dont la théorie est contenue dans le "Programme de transition". C'est inexact et cela renvoie au problème de "connaître l'ennemi". Ce sont deux choses différentes. Le droit de tendance peut être invoqué à l'appui de l'entrisme, certes, mais ce dernier repose principalement sur un (premier) constat d'échec du trotskysme : les PC étant (à l'époque du "Programme") devenus "staliniens", il n'était plus possible (pour les trotskistes) d'y opérer ; il fallait donc "repartir à zéro" et revenir dans les organisations de la social-démocratie (où le droit de tendance est absolu), "comme le POSDR", pour en constituer la "tendance marxiste révolutionnaire" et, à partir de là, reconstituer un nouveau "parti bolchévik". Ce qui est une négation de la nature de la social-démocratie sous l'impérialisme, donc du léninisme. L'enseignement de Lénine est justement qu'à l'époque impérialiste, il n'est pas possible à des communistes révolutionnaires d'opérer au sein d'un parti réformiste : c'est la raison pour laquelle, à partir de 1912, les bolchéviks et les menchéviks forment deux organisations totalement distinctes. Mais bref.

    Le "droit de tendance", lui, n'est pas vraiment une invention trotskiste, mais plutôt un emprunt au "marxisme antiautoritaire" (c’est à dire anti-léniniste) petit-bourgeois, ainsi qu'au conseillisme (qui nie la nécessité du Parti : "tout par les conseils de travailleurs"). Il part du principe que la conception léniniste du Parti (qui a ses limites et que l'on peut repenser, ne soyons pas aveugles) est "autoritaire", "centraliste", "bureaucratique" ; que tout le monde "ne peut pas penser la même chose" et "doit pouvoir s'exprimer". Les trotskistes l'ont adopté pour contester le centralisme du PCbUS, qui les mettait à chaque Congrès en écrasante minorité (de l'ordre de 5% des délégués).

    Le problème du "droit de tendance", c'est essentiellement que :

    1°/ c’est une conception idéaliste, selon laquelle les tendances existent "comme ça", "parce qu'elles le veulent bien", parce que c'est "la liberté d'opinion" (mais bien sûr, on ne peut pas tolérer des réactionnaires dans l'organisation révolutionnaire : donc, où fixer la "limite" ?). Pour les maoïstes, au contraire, les lignes ne sont pas l'expression de la fantaisie des un-e-s et des autres : elles sont le reflet, dans le Parti, des conceptions de classe et de la lutte des classes existant dans la société. Gramsci expliquait déjà, dans les années 20-30, que les classes ne sont pas séparées idéologiquement par des murailles imperméables : les conceptions bourgeoises (qui pourra le nier ?) influencent le prolétariat, mais parfois même les bourgeois "s'ouvrent" (pour sauver leur position) à des conceptions prolétariennes, accordent des "concessions", adoptent une posture "humaniste et sociale" (sans pouvoir toutefois, en tant que classe, aller au-delà : aucune classe ne se "liquide" elle-même).

    2°/ (conséquence de ce qui précède), les "tendances" se VALENT et ont "le droit" d'exister, aucune n'a raison ni tort a priori, elles coexistent pacifiquement et de leur "débat démocratique" naît la position juste à adopter sur le moment. Les trotskystes n'ont souvent que le mot d'"unité" à la bouche (et cela influence, aujourd'hui, des "staliniens"), mais généralement, cela débouche sur une pratique et des résultats réformistes : une partie des trotskystes s'en contente alors (car "les conditions n'étaient pas réunies" pour la fameuse "grève générale révolutionnaire"), l'autre hurle à la "trahison réformiste" et fait scission...

    Pour les maoïstes, au contraire, les lignes existent objectivement (pas par "liberté d'opinion"), et elles reflètent la lutte des classes et des conceptions dans la société, la lutte entre l'ancien et le nouveau, car le Parti est DANS la société, pas dans le ciel des idées. La "droite" (opportuniste, conciliatrice de classes) représente l'influence des conceptions bourgeoises dans le Parti ; la "gauche" représente les conceptions révolutionnaires du prolétariat ; le "centre" représente ceux/celles qui "s'arrêtent à mi-chemin" (souvent par sacralisation de "l'unité des communistes"). La gauche représente le nouveau et la droite l’ancien. À cela s’ajoute la contradiction entre idées justes et idées fausses dans la recherche de la "vérité", de la conception juste du monde. Et la lutte entre les lignes est le moteur de la vie du Parti*. La ligne qui prévaudra décidera si celui-ci va vers la révolution, le socialisme et le communisme ; ou vers le révisionnisme et le réformisme bourgeois (comme "aile gauche" de celui-ci), ou la restauration capitaliste (dans les pays déjà engagés sur la voie du socialisme).

    C'est une différence fondamentale, mais c'est la seule ; il n'y a pas besoin de partir dans un salmigondis métaphysique imbitable comme quoi la "ligne rouge" représente "la vie" et "l'insurrection de la matière", la ligne "noire" représente "la mort" etc. Mais, à vrai dire, même dire cela est inexact. Il n'y a pas de "différence" entre "ligne" et "tendance" : ce sont deux compréhensions de la même chose, mais l'une est petite-bourgeoise, idéaliste et donc erronée. En réalité, les "tendances" N'EXISTENT PAS. Il n'y a que des lignes, qui sont la compréhension JUSTE de cette réalité qu'est l'existence d'opinions différentes dans le Parti révolutionnaire. Ces positions différentes sont des lignes, l'une est juste et les autres fausses, et c'est la ligne juste qui doit l'emporter. Ce qui, parfois, n'est pas le cas, mais nous y reviendrons. Quant au "fractionnisme", il n’est tout simplement que le "retour en force" de la réalité : que les "tendances" sont des lignes, qu’elles sont des positions de classe, des idées justes et des idées fausses, et qu’elles ne sont pas conciliables. La prise de conscience est aussi brutale que cela a été nié, et s’exprime sous forme de "fractions". Un Parti qui a, au contraire, correctement compris le caractère moteur de la lutte de lignes, peut par contre y faire face jusqu’à un certain niveau d’antagonisme.

    En fait, il existe une seule assimilation des "lignes" et des "tendances", de la conception trotskiste (ou "marxiste antiautoritaire") et maoïste du même phénomène : c'est celle des "dogmato-révisionnistes" (type "albanais"), pour qui le Parti doit être "monolithique", imperméable à la lutte entre conceptions de classe dans la société ; le "mal" ne peut venir que de l'extérieur (qui infiltre ses "agents" dans le Parti) ; et toute remise en cause de cela est une "hérésie" absolue. Par ailleurs, le "droit de tendance" trotskiste n'a pas de réelle existence en pratique : il n'y a pas plus monolithique et sectaire qu'une organisation trotskiste "orthodoxe".

    Finalement, l'impression qui se dégage de cette critique gauchiste, c'est que l'histoire en mouvement est un fleuve dans lequel les individus humains se laissent complètement balloter. Les un-e-s représentent le nouveau, les autres l'ancien (et sont condamnés à disparaître, à être liquidés). Il n'y a pas de choix, pas d'évolution possible, pas de dialectique de la "matière humaine". Les maoïstes du Népal, qui auraient eu le tort de "ne pas subir une véritable guerre d'extermination" (ignoble !), sont 100% révisionnistes, il n'y a parmi eux que des "tendances" (pas de lignes) ; ils appartiennent définitivement à l'"ancien". Au milieu de tout cela surnage une poignée d'élus, le "Parti de la Science", qui pourrait, si l'on comprend bien, choisir le sens du courant qui le porte. "Objectivisme" total : l'objectivité de l'existence des lignes est portée à une extrémité gauchiste, où les individus qui composent le Parti n'ont aucun choix, aucun libre-arbitre (dans les limites de "l’empreinte de classe" bien sûr**) pour faire partie de la révolution ou de sa trahison...

    La Guerre populaire, autrement dit la révolution prolétarienne (socialiste ou de démocratie nouvelle selon les pays), est définie comme une "insurrection de la matière" : pas faux, mais simplificateur, "matérialiste métaphysique" et déterministe au possible. La révolution prolétarienne est une insurrection du NIVEAU DES FORCES PRODUCTIVES et de la "CONSCIENCE DE MASSE" générée, contre le mode de production et les relations sociales (juridiques, morales etc.) qu'il induit. À mesure que le temps s'écoule, le niveau des forces productives est en contradiction de plus en plus aiguë et insoutenable avec le mode de production, mais, en définitive, c'est la "conscience collective" générée et sa "pointe avancée", l'idéologie révolutionnaire, qui sont déterminantes. Il y a des "situations objectives" plus favorables que d'autres à la révolution mais, depuis le début du 20e siècle, ce sont les conditions SUBJECTIVES de la révolution prolétarienne qui sont déterminantes (et font souvent défaut). La "matière" ne "s'insurge" pas toute seule. Ce sont les idées, la pensée humaine qu'elle engendre qui font la révolution (et aussi la contre-révolution, idée engendrée par la propriété capitaliste qui fait aussi partie de la matière !). Cette notion d'"insurrection de la matière" dégage un déterminisme "matérialiste" total, qu'on retrouve dans l'idée que "le capitalisme ne pense pas" (c'est bien connu, le capitalisme ce n'est pas des gens, les bourgeois, qui réfléchissent "à l'occasion" sur les moyens de conserver leur position de classe !).

    Mais, parallèlement, surgit parfois au détour du raisonnement un subjectivisme total : ainsi, l'esprit maléfique des trotskystes pourrait donner une réalité aux "tendances", lesquelles N'EXISTENT PAS sinon dans leur compréhension extrêmement petite-bourgeoise du Parti.


    2. DONC, dire qu'il n'existe pas de lignes dans le PC maoïste du Népal est anti-scientifique.

    Ce qui est vrai, en revanche, c'est que la ligne "rouge", la ligne révolutionnaire dans un Parti, peut être défaite. Et, dans la défaite, elle peut aussi dégénérer, se "droitiser" (c'est souvent le cas). Les causes de la défaite de la ligne rouge, qui a été très fréquente au 20e siècle (dans les PC français, italien, soviétique, à vrai dire tous les PC de la première vague révolutionnaire mondiale !), sont à rechercher D'ABORD à l'intérieur de la "ligne rouge" elle-même : c'est la thèse fondamentale du primat des causes internes. Ce n'est pas que "les autres" (révisionnistes, bourgeoisie, impérialisme mondial) ont été "plus forts", mais que les révolutionnaires eux-mêmes étaient limités dans leur conception du monde, du Parti, dans leur stratégie et leurs méthodes pour lutter contre le révisionnisme (= les conceptions bourgeoises au sein du Parti). Stratégie erronée ou (carrément) absente, insuffisance ou absence de mobilisation de masse derrière la ligne révolutionnaire... etc.

    Ce qu'il est (donc) possible de dire, c'est qu'en l'état actuel (2011) des choses, pour les raisons qui précèdent, les révolutionnaires maoïstes (les vrais) du PC népalais ont subi une lourde défaite. Une défaite dont ils ne se relèveront pas avec des "marches aux flambeaux" et autres mobilisations pacifiques, car aujourd'hui, avec le gouvernement Bhattarai et ceux qui, dans le Parti, l'appuient (y compris Prachanda lui-même), ce n'est plus la voie pacifique qui s'impose. Il se peut que les révolutionnaires sincères (Kiran, Gaurav, Biplab etc.) ne le comprennent pas, ou s'y refusent, car il est toujours terrible d'affronter de manière antagonique des gens aux côtés desquels on a lutté pendant des années, parfois toute une vie. Dans ce cas, la révolution démocratique au Népal est MORTE... dans l'immédiat. Car (et c'est là un autre principe maoïste absolu) "ce n'est qu'un détour" !


    3. Quelle est l'analyse correcte sur la situation au Népal ? 

    Nous y arrivons donc. Précision importante : ce qui va suivre n'est pas la position des organisations de la dite "Déclaration du 1er Mai 2011", au rang desquelles le PC maoïste de France, accusées par les ultragauchistes de "soutenir avec des critiques" la ligne et les agissements de Prachanda, ce qui est une autre contre-vérité absolue***. Cette position est celle de SLP et uniquement SLP.

    Pour SLP, donc, il n'y a pas "rien eu" au Népal ces 15 dernières années, et l'on est nullement "revenu à zéro".

    En 2006, les maoïstes du Népal contrôlaient 80% du pays et encerclaient la vallée de Katmandou (la capitale), qu’ils pouvaient d’ailleurs couper complètement du reste du pays (blocage des routes). La prise militaire de la ville (par les maoïstes) était-elle alors possible ? C’est un vaste débat… Elle n'était sans doute pas impossible du fait de l'Armée royale (le moral à terre, parfois plus payée depuis des mois). En revanche, se déroulait dans la capitale un grand mouvement populaire démocratique (bien qu'à direction (100%) bourgeoise) contre la dictature personnelle du roi appuyée sur l’Armée. Dans ce contexte, l’assaut révolutionnaire sur Katmandou aurait-il été judicieux ? Question à jamais sans réponse. La question n’a pas beaucoup eu le temps de se poser, et le fait est que le mouvement populaire a devancé la prise de Katmandou par les maoïstes, conduisant l’autocrate Gyanendra à se retirer dans son palais. Plusieurs mois avant d’être paraphé en bas d’une feuille, l’accord "tactique" des maoïstes avec les partis bourgeois était scellé de facto.

    Globalement, Servir le Peuple tend vers la position des maoïstes du sous-continent indien, membres du CCOMPSA (conférence sous-continentale des organisations maoïstes) comme le PCI(ML) "Naxalbari" : dans la situation objective de 2006, négocier et "composer" avec les partis bourgeois pro-républicains (certains de la dernière heure, mais bon…) n'était pas en soi une marque de révisionnisme le plus infâme, putrescent et tous les épithètes qu'on voudra. Les communistes chinois, dans leur Guerre populaire, ont plus d'une fois "composé" avec les nationalistes du Kuomintang, qui les ont pourtant massacrés en 1927. Pour autant, un certain nombre de positionnements, de la part de la direction népalaise, étaient déjà clairement source de préoccupation ; des "niches à déviation de droite" comme dit le PCI "Naxalbari". C'est bien sûr sur ces niches que sont tombés à bras raccourcis les gaucho-dogmatiques, pour décréter le PCN(m) entièrement et définitivement révisionniste, l'isolant internationalement, ce qui renforce TOUJOURS la droite.

    Ce qui est certain, en revanche, c'est que la "tactique" qui a alors été suivie a été pensée et menée de manière complètement droitière, en partie "grâce" au fait que les principaux chefs de file de la gauche révolutionnaire (Kiran et Gaurav) étaient absents, emprisonnés en Inde. Ont alors prévalu les éternels arguments (car la nouveauté, dans ce qui s'est passé, il faut vraiment la chercher…) : les "conditions pas réunies", l'ennemi "trop puissant", la "conjoncture mondiale défavorable". Autant de faits qu'il ne s'agit pas de nier (quand ils sont réels...), mais qui servent TOUJOURS de prétexte aux éléments (du Parti) les plus imprégnés de conceptions bourgeoises, pour renoncer à l'objectif révolutionnaire et pour se vautrer dans le réformisme (y compris en prétendant que "c'est temporaire").

    Qu'aurait-il fallu faire ? Difficile de prétendre le savoir à des milliers de kilomètres de distance, mais on peut s'inspirer de l'expérience historique du MCI. On peut penser que, dans les conditions spécifiques du Népal, la situation ressemblait un peu à la Russie en 1917 ; qu'il aurait alors fallu 1°/ garder un "minimum vital" d'armes (autrement dit ne pas céder, même si c'était en "loucedé", à l'exigence qui était MANIFESTEMENT celle de la bourgeoisie la plus réactionnaire du pays, type Nepali Congress), 2°/ (surtout) développer et consolider le DOUBLE POUVOIR, le pouvoir rouge des conseils révolutionnaires ouvriers et paysans, contre le pouvoir "démocratique" bourgeois, ce qui a été la condition de la Révolution d'Octobre (qui n'a nullement été un "coup d’État" d'une poignée de bolchéviks !). Comme l'ont montré les élections de 2008 (auxquelles il n'aurait peut-être pas fallu participer, mais le fait est que...), les maoïstes avaient l'appui de 40% de la population, ce qui est absolument considérable, bien au-delà du nécessaire pour une dualité totale du pouvoir dans un pays...

    Avec des armes et un Pouvoir populaire de Nouvelle Démocratie consolidé, il aurait ensuite été possible de repasser à l'offensive, dès que les partis bourgeois auraient révélé leur intention de n'offrir ni la "véritable démocratie", ni la terre ni (donc) le pain aux masses populaires. Mais ce n'est pas ce qui a été fait... Bien au contraire : le "compromis" de 2006 avec les partis bourgeois républicains ("subitement" devenus républicains pour certains) a impliqué la remise et le stockage des armes sous supervision de l'ONU, et la dissolution des organes de Pouvoir populaire établis jusque là. On ne va pas refaire l'histoire...

    La réalité actuelle au Népal est, donc, que la forme du gouvernement a changé (on est passé d'une monarchie très autoritaire à une République bourgeoise) mais que la nature de classe de l’État est restée la même : c'est toujours l’État de la classe dominante, de la bourgeoisie compradore, des propriétaires terriens féodaux, des bureaucrates...

    Mais voilà ! À force de focaliser sur la distinction (correcte) entre "forme du gouvernement" et "nature de classe de l’État", les gauchistes finissent par perdre de vue la force dynamique EXTRAORDINAIRE que possède, pour les masses, la chute d'une "forme de gouvernement" qu'on pensait ancestrale et indéboulonnable.

    La chute du Tsar, en Russie, a été la chute d'une "forme de gouvernement" : sans la révolution bolchévique, il n'y aurait pas eu de changement dans la nature de classe de l’État. Et pourtant, soyons très clairs : sans Février, pas de Révolution d'Octobre. Février 1917 a été deux choses : 1°/ la chute du Tsar comme clé de voûte de la classe dominante ; celle-ci aurait pu y survivre, mais SANS la chute de cette clé de voûte, elle n'aurait jamais pu être renversée ; 2°/ une "force matérielle subjective" immense : la prise de conscience, par les masses, qu'elles "font et peuvent tout". On peut dire exactement la même chose de la chute d'un Ben Ali ou d'un Moubarak, même si, en l'absence d'un Parti révolutionnaire, il n'y aura pas de véritable révolution (renversement de la classe dominante) d'ici 6 mois ou 1 an dans ces pays… On peut même étendre le raisonnement à une période historique beaucoup plus longue : en Chine, sans 1911 (révolution "républicaine" bourgeoise contre l'Empire millénaire), pas de 1949.

    Donc, au Népal, il n'y a pas "rien" eu, même si le verre peut paraître "aux 3/4 vide". La monarchie pluriséculaire a été renversée, par le Peuple et seulement par lui, pas par les partis bourgeois qui, à l'origine, n'avaient même pas pour mot d'ordre la République. Elle était la clé de voûte de la classe dominante, et celle-ci est profondément ébranlée : pour être extrêmement clair, ce sont les révisio-réformistes à la Bhattarai et les fadaises "néo-marxistes" à la Prachanda qui lui sauvent la mise. Les masses populaires, à travers une héroïque Guerre populaire, ont pris conscience d'elles-mêmes et de leur rôle historique. Aux élections de 2008, 40% d'entre elles se sont reconnues dans le maoïsme qui, comme toute idéologie révolutionnaire, était bien sûr déclaré "mort et enterré" au début des années 1990. Les terres expropriées au cours de la Guerre populaire n'ont pas été remises aux anciens propriétaires : c'est aujourd'hui qu'il en est question, mais depuis 5 voire 10 ans les paysans pauvres les occupent et les travaillent, et ce ne sera pas "un plan sans accroc". Qui pourrait prétendre qu'il n'y a "rien eu", qu'on est "revenu à zéro" ?

    Non, dans la longue (et sinueuse) marche des masses prolétaires et paysannes népalaises vers leur émancipation, tout ce qui précède a été une étape de franchie. Pour être exact (car l'histoire avance en spirale, non pas en ligne droite), un CYCLE s'achève. Appelons-le le "cycle prachandiste" (1994-2011). Le précédent cycle fut le "cycle démocratique bourgeois" qui, culminant dans le Mouvement populaire de 1990, amena la monarchie à accepter une forme parlementaire et un "jeu politique" bourgeois. Aujourd'hui, ce "cycle prachandiste" est terminé. La lutte d'émancipation du Peuple népalais est à un point beaucoup plus bas que celui atteint (disons) en 2005, quand la Guerre populaire népalaise battait son plein et faisait vibrer les communistes révolutionnaires du monde entier. Mais est-elle au même niveau qu'en 1994, quand s'est constitué le PC maoïste ? Absolument pas : elle est beaucoup plus HAUT.

    À présent, sur cette base, un nouveau cycle commence. Le nouvel ennemi se nomme République parlementaire bourgeoise ; et non seulement Bhattarai (droitiste de toujours, même au plus fort de la Guerre populaire), mais Prachanda lui-même en font partie. Exactement comme hier, pendant la Guerre populaire, l'ennemi était la monarchie parlementaire dont faisaient partie le Nepali Congress et l'UML... qui avaient, pourtant, lutté avec le Peuple contre l'absolutisme jusqu'en 1990 ! Bien entendu, ce nouveau cycle devra avoir une avant-garde. Il est désormais clair qu’elle ne pourra naître que d’une rupture nette (organisationnelle) avec la ligne de Bhattarai et Prachanda (avec l’apport, éventuellement, de forces d’ores et déjà extérieures au Parti).

    Et tout ce qui précède est valable pour le Mouvement communiste international dans son ensemble, dont les maoïstes népalais ne sont qu'une petite partie, mais qui agit sur le reste comme le reste agit sur elle. Pour le MCI, il y a un "avant" et un "après" ce qui s'est déroulé au Népal depuis le milieu des années 90, et l'on ne se trouve nullement au même point qu'à cette époque. Au niveau du sous-continent indien, c'est même une évidence que seul un imbécile pourrait nier ; et le développement des forces révolutionnaires dans le sous-continent ne pourra pas ne pas renforcer les forces révolutionnaires au Népal (dialectiquement).


    4. Conclusions 

    Si l'on résume les enseignements AUTANT de l'expérience concrète au Népal que de la polémique qui secoue, à son sujet, le MCI depuis 5 ans : 

    1°/ L'idée qu'il n'y a pas de lignes dans un Parti communiste est anti-scientifique. Dans tout Parti communiste il y a des lignes, reflets des différentes conceptions de classe dans la société. Dans le camp du prolétariat organisé s’affrontent des positions plus ou moins influencées par la bourgeoisie ("pas du tout" est-il possible ?), ou prolétariennes. La lutte entre lignes est un processus extrêmement prolongé, qui ne cesse à vrai dire jamais entre la constitution du Parti et, soit la fin de sa nécessité (fin de la transition socialiste, communisme), soit sa transformation totale en Parti bourgeois, ce qui peut prendre des dizaines d’années. En revanche, à un moment donné, il est certain que tout ce qu’il reste à faire aux révolutionnaires est de réunir le maximum de militant-e-s derrière eux et… partir (former une nouvelle organisation). C’est très certainement le cas au Népal : les prochains mois et les prochaines années le démontreront. 

    2°/ La révolution échoue parce que la ligne révolutionnaire est vaincue et supplantée par les opportunistes, les révisionnistes qui sont en définitive des réformistes. L'accouchement du nouveau est par nature difficile (ce dont ne semblent pas du tout avoir conscience certain-e-s communistes ou proclamé-e-s tel-le-s). La ligne révolutionnaire de gauche est vaincue principalement par ses faiblesses internes, et non par des facteurs externes, par la "force" de l'ennemi et de l'ancien. Elle est vaincue par les limites de ses conceptions, et de sa stratégie pour les faire prévaloir et mobiliser les masses sur cette base. Peut être considéré comme facteur interne, le soutien des révolutionnaires communistes à travers le monde : le mouvement communiste international forme un tout, les maoïstes népalais (par exemple) n'en sont qu'une petite 'section locale'. Toute lutte de ligne dans un pays (on l'a bien vu !) s'étend au niveau international : la ligne de gauche a (normalement…) l'appui de la gauche révolutionnaire mondiale, les opportunistes ont l'appui des opportunistes partout dans le monde. Ce soutien peut jouer un rôle très important. La négation de l'existence d'une "ligne rouge" dans le PC maoïste népalais, interdisant (par définition) de soutenir celle-ci, peut être considérée comme une grande limite, erreur et faiblesse de la gauche révolutionnaire du MCI sur les évènements du Népal. 

    3°/ Quoi qu'il en soit, "ce n'est qu'un détour". Les conditions étaient réunies au Népal pour mener à terme la révolution de Nouvelle démocratie (démocratique ininterrompue vers le socialisme et le communisme). Elle n'a pas eu lieu uniquement car, dans le Parti, les erreurs et les faiblesses de la ligne révolutionnaire ont laissé prévaloir les conceptions réformistes de Bhattarai et Prachanda (dans ce dernier cas, sous un masque "tactique"). Mais la roue de l'histoire a tourné. En aucun cas, les masses exploitées du Népal, dans leur perspective d'émancipation, n'en sont revenues au même niveau qu'avant la Guerre populaire. Il n'est nullement question ici de "réformes" qui auraient "amélioré leur condition" (il n'y en a eu pratiquement aucune, l'activité politique s'est concentrée sur la "Constitution", les terres confisquées et données aux paysans l'ont été par la Guerre populaire) ; mais de conscience et d'expérience (de lutte) révolutionnaire, de conscience d'elles-mêmes et de leurs possibilités. Tout ceci est à un niveau bien supérieur à Katmandou même, et sans comparaison dans les campagnes (que le mouvement antimonarchique de 1990, essentiellement urbain, n'avait pas concernées).
    Le Népal a changé. Il faut pourfendre le pessimisme gauchiste (fruit du purisme, du "tout ou rien"), qui veut que quand le verre n'est pas à 100% plein, il est à 100% vide... Il est important de souligner ici que le pessimisme est vraiment le principal fléau qui ronge le mouvement communiste international, depuis au moins les années 80. Il est la source du réformisme, de la conviction qu'il n'est pas possible de faire la révolution, mais seulement d'arracher des "concessions", voire de "sauver ce qui peut l'être" (comme le "modèle social" français de 1945). Mais il est aussi la source du gauchisme, qui est finalement l'incapacité à concevoir le caractère prolongé de la lutte, les détours, les échecs (comme au Népal) et les impossibilités immédiates (aucune organisation communiste arabe ne peut, par exemple, accomplir la révolution démocratique dans son pays en l'état actuel de ses forces, pour autant il n’y a pas "rien" !) ; bref, tous les évènements qui ne procurent pas, au petit-bourgeois "radical", l'"excitation" d'une Guerre populaire impeccable et toute tracée... Dès qu'un évènement ne correspond pas à la "pureté" d'une Guerre populaire avançant inexorable et invincible vers le Pouvoir, alors "tout est fini", "les carottes sont cuites". Il faudrait expliquer, au demeurant, en quoi la situation au Pérou serait un "détour", et pas la situation au Népal ; alors que le mouvement maoïste du Pérou a été beaucoup plus profondément laminé (dans les années 1990 et jusqu’à tout récemment) que celui du Népal depuis 2006, par la ligne opportuniste de droite (LOD) mais aussi par des erreurs de gauche
    Il en va STRICTEMENT de même pour le mouvement communiste international : en aucun cas, il ne se retrouve revenu au même point qu'en 1994. Ne serait-ce que par les enseignements de cette expérience... Mais aussi parce que le "front de la Fin de l'Histoire" a été brisé ; qu'un Parti communiste, maoïste, s'est approché du pouvoir comme jamais depuis des décennies (avant de faillir par le renoncement de sa direction, comme, pourrait-on presque dire, "prise de vertige" devant cette perspective et les nouveaux défis qu'elle aurait ouvert...). 

    4°/ Il est juste et nécessaire de dénoncer la stratégie de Prachanda (car c'en est bien une, et nullement une tactique), au regard de sa FAILLITE DANS LA PRATIQUE. Une base fondamentale du marxisme est que toute théorie, conception, stratégie (et tactique) se vérifie dans la pratique. En l'occurrence, de toute manière, il n'y a rien eu d'autre au Népal que la mutation d'une prétendue "tactique" (de "Front démocratique" contre la dictature militaro-royale), en l'éternelle stratégie de la "voie parlementaire vers la révolution". Rien que de bien "classique", donc.

    Mais il faut ABSOLUMENT refuser, car CATASTROPHIQUE pour l'avenir du MCI, que cette juste dénonciation se transforme :

    - en refus de toute tactique ;

    - en refus de toute application créative du marxisme révolutionnaire de notre époque (le marxisme-léninisme-maoïsme) à la situation concrète dans un pays et à un moment donné.

    Le marxisme est une science jeune (160 ans) et ne peut prétendre faire face, sans "penser avec sa tête", à toutes les situations possibles et imaginables : il ne sera probablement une science complète qu'à la veille du communisme. "Le MLM est scientifique, il ne souffre ni le doute ni la critique" est une position inacceptable pour un marxiste. MAIS, bien entendu, toute tactique adoptée, toute stratégie "adaptée" à la situation concrète, ne se valide que dans la pratique. En prétendant donner à sa "nouvelle voie révolutionnaire" une valeur... universelle (rien que ça !), sans la moindre vérification dans la pratique (bien au contraire), Prachanda n'a pas agi en marxiste (et donc, sa théorie pouvait difficilement l'être).

    Pour autant, si l’on prend la Guerre populaire en Chine (1927-49), ou encore au Vietnam (1945-75), elle a connu une multitude de détours, tactiques et "pauses" qui en feraient sûrement hurler beaucoup au "révisionnisme" aujourd’hui. À noter, aussi, que si l'on défend (et SLP la défend) la tactique des Fronts populaires imposée par l'IC dans les années 1930 (même si l'on peut critiquer, dans beaucoup de pays, une tendance droitière de soumission à la "gauche bourgeoise") ; il faut aller au bout du raisonnement et expliquer en quoi proposer un "Front démocratique" aux partis bourgeois contre une dictature autocratique et militaire serait révisionniste.

    Le problème au Népal n'est pas là ! Le problème, c'est le resurgissement du "vieux spectre" de la "voie démocratique", du passage pacifique et "ininterrompu" d'une réforme démocratique bourgeoise de l’État à une révolution socialiste ou de nouvelle démocratie ; l'idée que l'on peut passer "tranquillement" d’un changement de  forme de gouvernement à un changement de nature de classe de l’État (ce que Biplab appelle "croire qu'on peut faire la révolution à partir de la superstructure").
    5°/ Le débat avec les attaques gauchistes sur la situation au Népal est, à présent, définitivement clos. Laissons-les "savourer" leur "victoire" qui, au final, en est réellement une : car le gauchisme n'a jamais eu d'autre fonction que de nourrir dialectiquement la droite réformiste-opportuniste pour, ensuite, "triompher" lorsque celle-ci triomphe, "comme cela était prévu depuis le départ".

    À l'exact opposé, de leur côté, des dizaines de maoïstes de tous les pays sont allés au Népal, ont "mis les mains dans le cambouis" au cœur du processus réel, avec les tous petits moyens du mouvement communiste international actuel, pour témoigner de leur solidarité internationaliste aux révolutionnaires de ce pays et (juste ça, mais déjà ça) les faire connaître et faire connaître leur lutte, y compris leur lutte de lignes, aux communistes du monde entier. Risquant parfois leur peau, car la situation depuis 2006 a souvent été très tendue...

    À présent, le danger principal sur la question du Népal, dans le MCI, va venir surtout de la DROITE, sous deux formes :

    -> ceux/celles qui soutiendront le gouvernement Bhattarai comme "communiste", comme un "modèle" à l'appui de leur réformisme, de leur "socialisme du 21e siècle" petit-bourgeois ;

    -> ceux/celles qui vont profiter de l'occasion pour déchaîner leurs attaques contre le maoïsme, comme quoi celui-ci serait finalement "incapable" d'apporter autre chose aux Peuples que la démocratie bourgeoise et/ou le "capitalisme à la chinoise", serait finalement antimarxiste, etc.

    Le mouvement communiste a suffisamment d'histoire derrière lui, pour en être certains à 100%. Et puis, allait-on oublier, il y aura bien sûr toutes les attaques anarchistes et semi-anarchistes comme quoi "de toute façon, les marxistes, les léninistes, ne veulent que le pouvoir" et le Népal en serait "encore une fois la preuve". Certes, effectivement, il y a aujourd'hui dans le Parti népalais des éléments, à commencer par Bhattarai et Prachanda, qui n'agissent plus que pour le pouvoir, pour un poste de ministre ou de Premier ministre dans une République bourgeoise d'exploitation. Mais c'est là une des contradictions les plus profondes de la révolution prolétarienne : sans avant-garde organisée, sans PARTI, pas de révolution ; mais en même temps, le Parti, par sa nature même, est un "nid" et un instrument pour des individus qui ne "feraient la révolution" que pour obtenir des postes de pouvoir et des privilèges... C'est d'ailleurs ce qui unit "culturellement", en définitive, opportunistes de droite et dogmato-gauchistes : le fait qu'ils puissent, par exemple, se retrouver pour défendre Kadhafi ou Assad contre leurs peuples, est révélateur d'une "psychologie" parfaitement partagée. C'est pourquoi un enseignement fondamental du maoïsme est, justement, que la transition d'une société réactionnaire (capitaliste, semi-féodale etc.…) vers le communisme n'est pas l'affaire d'UNE révolution (prise de pouvoir par un PC) puis d'un simple "développement socialiste des forces productives" ; mais bien de plusieurs révolutions représentant chacune un saut qualitatif ; en définitive, une SUCCESSION DE CYCLES.

    Les maoïstes qui ont soutenu la révolution et les révolutionnaires népalais doivent maintenant, pour leur part, tirer les leçons de l'expérience, apprendre de leurs erreurs et illusions car, soyons clairs, il y en a évidemment eu. Ils n'ont clairement pas été à la hauteur de la tâche, immense, de sauver (aider les maoïstes locaux à sauver) la révolution ; mais ils ont fait ce qu'il y avait à faire. Ou alors, que les gaucho-dogmatiques démontrent que leur ligne de conduite a été plus utile aux masses du Népal et au MCI...

    Quant aux "principaux" intéressés, ceux dont la "voie originale" n'aura finalement été qu'un "socialisme du 21e siècle" antimarxiste et un "chavisme himalayen" : et bien, ils auront apporté leur "petite pierre" à l'émancipation locale et mondiale des masses dans le sens exposé en 3° ; mais ils ont à présent choisi leur camp et ce n'est pas le nôtre, celui de la révolution mondiale. Exactement comme leurs pareils latino-américains : on observe réellement là une tendance mondiale, la tendance à l'effondrement de tous les "substituts" à la voie révolutionnaire communiste, qui s'étaient imposés face à la faiblesse mondiale du mouvement communiste. Un effondrement qui ouvre d'immenses perspectives, annonçant un nouvel élan pour les masses exploitées du Monde, vers leur émancipation.


    Le combat continue, le communisme est inéluctable.

    dance-for-maoist-revolution-nepal

    [* À ce sujet, lire absolument le très bon exposé du Nouveau PCI : La Huitième ligne de démarcation (chap. 5 La lutte entre deux lignes dans le Parti). Extrait : "Nous communistes nous sommes favorable à la liberté de critique. Tandis que nous sommes opposés à ce que dans le Parti des conceptions et des lignes contradictoires cohabitent et coexistent pacifiquement, sans s’affronter. Donc pas de coexistence de conceptions et de lignes contradictoires, pas d’indifférence aux conceptions : si “chacun pense ce qu’il veut”, il fera aussi ce qu’il veut et il n’y aura aucune discipline organisationnelle. Au contraire, lutte ouverte entre conceptions divergentes pour arriver à l'unité sur les positions révolutionnaires les plus avancées et les plus justes. Le Parti doit promouvoir la confrontation, le débat et la vérification. Une direction qui étouffe les contradictions, qui les craint, qui ne favorise pas le débat et la vérification n'est pas une bonne direction. Mais les contradictions d'idées ne sont pas seulement un moyen pour rechercher la vérité. Elles sont aussi l’expression d'intérêts contradictoires. Les divergences de conceptions et de lignes dans le Parti ne sont pas seulement le résultat de la progression des connaissances (contradiction entre vérité et faux) et du développement de nouvelles situations (contradiction entre nouveau et ancien, entre avancé et arriéré). Elles sont aussi le résultat de la lutte entre la classe ouvrière qui avance vers le socialisme et la bourgeoisie qui cherche à perpétuer le plus longtemps possible son vieux monde. Elles sont le reflet des intérêts antagonistes des deux classes en lutte pour le pouvoir. Les idées sont une arme dans la lutte. Une fois devenues patrimoine des masses, les idées deviennent une forces matérielle qui transforme le monde. Une orientation erronée emmène le Parti communiste à sa défaite. Une orientation juste le mène à la victoire." Et puis, on peut aussi se référer à ce document... de nos "chers" détracteurs eux-mêmes !]

    [** "Dans la société de classes, chaque homme occupe une position de classe déterminée et il n'existe aucune pensée qui ne porte une empreinte de classe" (Mao Zedong, De la pratique, Œuvres choisies) : c’est vrai, mais cela ne doit pas déboucher sur un déterminisme de classe. La ‘science’ c’est bien, la réalité c’est mieux. La réalité, c’est que dans la société il y a d’un côté le prolétariat révolutionnaire, conscient et organisé, avec ses ‘intellectuels organiques’ (Gramsci) qui est le ‘pôle’ du nouveau ; et de l’autre la grande bourgeoisie capitaliste avec ses intellectuels-laquais, de commande, qui est le ‘pôle’ de l’ancien. Et entre ces deux ‘pôles’, les conceptions progressistes/révolutionnaires et réactionnaires s’affrontent dans les masses populaires (90% de la population) y compris l’immense majorité du prolétariat ! Elles s’affrontent jusqu’au sein même de chaque individu, traversé de conceptions contradictoires. La ‘victoire’ du nouveau sur l’ancien chez un individu dépendra évidemment de sa position de classe (en définitive : "qu’ai-je à perdre... ou à gagner (!) à la révolution ?"), mais aussi de la force relative de chaque ‘pôle’ de conceptions (hégémonie intellectuelle, toujours Gramsci) et de multiples facteurs du parcours, du vécu personnel du chaque individu… Et surtout, cette victoire n’est jamais irréversible ! C’est ce qu’il faut comprendre par ‘libre-arbitre’ (car à un moment donné, sans la volonté de l’individu ‘paramétrée’ par tous ces facteurs, rien ne peut se faire…). L'on pourrait même aller plus loin, jusqu'à dire que le nouveau et l'ancien ressortent d'encore plus objectif que cela, qu'ils ne 'naissent' d'aucun cerveau humain ni 'cerveau collectif' de groupe ou de classe : ils naissent à travers des cerveaux humains, (d'un côté) du caractère social de la production, avec tous les rapports sociaux que celui-ci sous-tend, et (de l'autre) de la propriété privée de moyens de production et de l'appropriation privée (inégalitaire) du produit (avec là encore tous les rapports sociaux sous-tendus). Entre ces deux 'pôles', il y a des facteurs déterminants comme, bien sûr, la position dans les rapports de production (si ces rapports deviennent égalitaire, qu'ai-je à y perdre, qu'ai-je à y gagner ?) et dans les autres rapports sociaux (homme ou femme ou homosexuel-le dans une société patriarcale, 'blanc' ou 'de couleur' dans une société 'racialisée') ; mais personne n'est 'prédéterminé', 'prédestiné' diraient les calvinistes, ni à sa naissance ni à aucun instant de son existence, de finir sa vie dans l'un ou l'autre camp. Un communiste comme Doriot n'a-t-il pas fini en pro-nazi ultra ? Le vaincu de Stalingrad, von Paulus, ne termina-t-il pas... au service de la RDA socialiste ? À chaque instant, des milliers de facteurs, 'impulsés' par l'activité contradictoire des deux 'pôles', 'bombardent' l'individu et déterminent son comportement à l'instant d'après !]

    [*** Dès la réunion de Chunwang (2005), prélude aux Accords de 2006, toutes les organisations (alors existantes) de la dite "Déclaration du 1er Mai 2011" ont exprimé leurs critiques, leurs inquiétudes et leur perplexité envers la ligne (du PCN-m) d'alliance antimonarchique avec les partis "démocratiques" bourgeois. Elles ont toutefois préféré appuyer les forces réellement révolutionnaires du Népal, à l'intérieur du PC maoïste voire à l'extérieur, plutôt que de "trasher" le Parti dans son ensemble. Les "centristes" et "opportunistes" (pour les gaucho-dogmatiques) doivent sortir de la position d’accusés : c’est à ceux/celles qui ont adopté la ligne gauchiste de démontrer qu'elle a mieux servi le Peuple népalais, le mouvement révolutionnaire de ce pays et le Mouvement Communiste international ! Un simple constat de fait, qui s'impose, est que la liquidation a été longue et chaotique (5 ans), alors qu'elle aurait été possible dès le début (avançant de 5 ans le "triomphe" des ultragauchistes).]

     


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