• (n)PCI : La révolution démocratique anti-impérialiste dans les pays arabes et musulmans


    Nous vous traduisons ici un document du (nouveau) Parti Communiste Italien de mars 2004.

    Nous avons largement abordé ici la question de l'islamophobie, comme mobilisation réactionnaire de masse de notre époque.

    Nous en avons donné l'explication. La "division des masses populaires" par le Grand Capital (explication classique du racisme sous le capitalisme) n'en est qu'une partie, qu'une demi-explication.

    En réalité, l'islamophobie est le discours réactionnaire le plus dangereux de notre époque, parce qu'elle est directement reliée à la politique impérialiste de nos pouvoirs bourgeois européens.

    D'une part, le "monde musulman" (que l'on peut faire courir de l'Afrique de l'Ouest jusqu'à l'Indonésie et au sud des Philippines), concentrant une grande partie des richesses naturelles de la planète (c'est la fameuse "région intermédiaire"), est au cœur des affrontements entre impérialistes : la question de l'axe Iran-Syrie-Hezbollah-Hamas (qui va jusqu'aux rebelles chiites du Yémen), ou encore du "fascislamisme" au Soudan, n'est en réalité que le reflet de l'affrontement entre les vieux impérialismes déclinants (européens, nord-américains, japonais) et les jeunes impérialismes montants (Russie, Chine). Les forces "jihadistes" sunnites, elles, sont le reflet de la contradiction entre les impérialistes occidentaux (ou même russes et chinois...) et les monarchies productrices de pétrole de la péninsule arabique, assises sur une manne financière considérable et qui, tout en étant en apparence les "alliées" des Occidentaux (dont elles dépendent pour écouler leur pétrole, base de leurs revenus), cherchent des terrains d'investissement pour ces pétro-milliards suraccumulés, et ont ainsi leur propre agenda. Mais se joue également, dans cette partie du monde, une rivalité entre anglo-saxons et franco-allemands que la fin de la guerre froide ("union sacrée" contre l'ennemi soviétique) a réactivée...

    D'autre part, ces régions et leurs richesses sont une très importante zone des tempêtes, un très important - voire le principal - foyer de lutte de libération contre l'impérialisme (tous les impérialismes) et leurs gendarmes régionaux (Israël, Turquie, Maroc, Inde, Pakistan, Philippines, Indonésie...).

    Dans certains cas (Palestine, Afghanistan, Cachemire ou encore Indonésie et sud des Philippines), les forces "islamistes" (nationalistes à composante religieuse) sont effectivement importantes, voire dirigeantes dans ces luttes. Dans d'autres, pas du tout (Turquie, Maroc, ou le reste des Philippines). Mais peu importe : la notion de "terrorisme", forcément associée dans les esprits à "islamiste", permet de regrouper dans un seul et même panier toutes les résistances à l'impérialisme, quelle que soit leur idéologie...

    L'important étant de mobiliser le plus largement, non seulement les forces militaires pouvant être envoyées sur le terrain, mais - surtout - les "opinions publiques", en appui à la guerre impérialiste !

    Le fait de dénoncer "l'islam" a le double avantage de mettre dans un même sac des peuples très différents pour mobiliser "en bloc" contre eux ; et de donner à la mobilisation réactionnaire une teinte "progressiste" (l'islam étant "obscurantiste"...). D'ailleurs, le terme d'islamophobie est repris, pour la dénoncer, par des gens pas franchement progressistes (comme les bourgeois réactionnaires de l'UOIF), qui tentent de l'amener, eux aussi, comme ceux qu'ils prétendent dénoncer, sur le terrain religieux, le terrain du "choc des civilisations".

    Nous devons également dénoncer cela, et démasquer l'islamophobie pour ce qu'elle est : une MOBILISATION RÉACTIONNAIRE DE MASSE au service de l'impérialisme !


    Tiré de La Voce n°16, mars 2004 - traduction Servir le Peuple


    LA RÉVOLUTION DÉMOCRATIQUE ANTI-IMPÉRIALISTE DANS LES PAYS ARABES ET MUSULMANS


    Dans tous les pays impérialistes européens, la bourgeoisie mène aujourd'hui une persécution à grande échelle contre les immigrés et la population d'origine arabe ou de religion musulmane.

    Pisanu [Ministre de l'Intérieur dans le gouvernement Berlusconi en 2004, ndr] marche déjà sur les traces de Sarkozy, le Ministre de l'Intérieur français : persécuter et chasser d'Italie les prêtres musulmans révolutionnaires et chercher à imposer dans toutes les mosquées, aux fidèles, des prêtres collaborateurs qu'ils soutiennent grâce à des subventions et à la police.

    La collaboration entre les gouvernements européens se renforce véritablement sur le terrain de la persécution des immigrés et de la chasse aux révolutionnaires arabes et musulmans : mandat d'arrêt européen, police fédérale européenne, garde des frontières européennes, fichier européen, listes de proscription européennes, uniformisation des règles.

    La cible de cette persécution est une partie importante des travailleurs. Dans certains pays européens, l'islam est déjà aujourd'hui la religion de la partie la plus pauvre et opprimée de la population. La chasse aux révolutionnaires arabes et musulmans dans les pays impérialistes alimente et cache la persécution des communistes et des autres révolutionnaires locaux.

    D'une part, celle-ci conflue dans la restriction générale des libertés politiques et civiles qui frappe toutes les masses populaires, et qui se concrétise dans une pratique vexatoire allant au-delà des lois sécuritaires proposées et approuvées dans chaque pays.

    D'autre part, si les communistes suivent une ligne juste, cette persécution devient réellement un facteur de développement du mouvement communiste. [Donc la persécution contre les immigrés et la population d'origine arabe ou de religion musulmane dans nos pays impérialistes, au-delà d'être liée à l'oppression à laquelle sont subordonnés tous les travailleurs immigrés, est également liée à la répression du mouvement révolutionnaire dans nos pays et en particulier à la répression des communistes, ndr.]

    Dans beaucoup de pays européens, la bourgeoisie s'appuie déjà sur la chasse aux révolutionnaires arabes et musulmans pour promouvoir la mobilisation réactionnaire des masses populaires. Il est donc évident que nous sommes face à un processus qui, dans le bien ou dans mal, a et aura encore de plus fortes répercussions sur notre lutte pour faire de l'Italie un nouveau pays socialiste.

    De quoi est-il question ? D'où vient la persécution contre les immigrés et la population d'origine arabe ou de religion musulmane ? Que ligne devons-nous suivre ?

    Tout marxiste doit se poser clairement ces questions, et doit répondre à chacune d'elles sur la base de l'analyse de l'histoire et des relations entre les "faits", qui sera vérifiée sur la base de l'expérience.

    Telle est l'unique méthode digne d'un marxiste d'affronter les questions que la réalité nous pose. Comprendre la réelle nature du bouleversement social en cours dans les pays arabes et musulmans, se régler d'abord sur la base de celle-ci et ne donner aux idées avec lesquelles les protagonistes combattent, et aux idées qu'ils ont d'eux-mêmes, que seulement l'importance (transitoire) qu'elles ont. Ce n'est qu'en comprenant la réelle nature du bouleversement en cours, que nous pourrons au contraire comprendre les contradictions des idées de ses protagonistes, et entre celles-ci et la pratique révolutionnaire. Nous ne pouvons mener avec efficacité la lutte dans le domaine des idées que si nous savons clairement ce qu'elles veulent effectivement dire, d'où elles viennent.

    [La persécution lancée par la bourgeoisie impérialiste contre les Arabes et les musulmans dans les pays européens n'est pas la même chose que l'oppression et l'exploitation que la bourgeoisie impérialiste exerce sur les immigrés, même si elle a beaucoup de points de contact avec elle : une partie des Arabes et des musulmans habitent depuis des générations dans certains pays, comme par exemple la France et l'Angleterre, ils ne sont donc pas la cible de la bourgeoisie en tant qu'immigrés, mais réellement en tant qu'Arabes et musulmans, comme les Japonais ou les Allemands qui habitaient aux USA furent la cible des Autorités US pendant les guerres mondiales, note de La Voce].

    La persécution lancée par la bourgeoisie impérialiste contre les Arabes et les musulmans dans les pays européens dérive de l'affrontement entre la révolution démocratique anti-impérialiste en cours dans les pays arabes et musulmans, et la contre-révolution promue et dirigée par les groupes impérialistes US et européens. Il s'agit de l'affrontement le plus chaud parmi ceux actuellement en cours. Palestine, Iraq, Afghanistan sont les points les plus chauds. D'où vient cet affrontement ?

    Les pays arabes et musulmans couvrent une bande qui va du Maroc à l'Indonésie. Ils comprennent l'Afrique du nord, le Moyen Orient et l'Asie méridionale. Il s'agit de plus d'un milliard d'hommes et de femmes qui habitent ces régions avec de fortes diasporas dans d'autres parties du monde, y compris dans les pays impérialistes. En France environ 10% de la population provient de ces régions. Il s'agit d'une fraction de la population qui appartient pour la plus grande partie aux classes les plus opprimées et exploitées.

    Sa formation est liée à la vieille domination coloniale (main d'œuvre et soldats engagés par la bourgeoisie et transportés dans la métropole) et à la récente recolonisation (néo-colonialisme NDLR) qui a détruit et détruit encore les bases économiques de l’ancien mode de vie et force les populations locales à migrer. Cette partie de la population des pays impérialistes subit une triple oppression : de classe, nationale et raciale. Elle est donc une pépinière de rébellion.

    Tant que le mouvement communiste dans les pays impérialistes sera faible, cette rébellion s'identifie et s'identifiera à la révolution démocratique anti-impérialiste en cours dans les pays d'origine plus ou moins récente, plutôt que de porter en elle l'influence de la classe ouvrière urbaine, comme cela se produisit pendant la première vague de la révolution prolétarienne, lorsque le mouvement communiste était fort. La persécution contre les révolutionnaires arabes et musulmans crée donc aussi un lien direct, que nous ne pouvons pas éluder, entre l'accumulation des forces révolutionnaires dans les pays impérialistes et la révolution démocratique anti-impérialiste dans les pays arabes et musulmans.

    Les pays arabes et musulmans sont pour la plupart des pays de vieille civilisation. La plupart a eu un passé glorieux. Dans le cadre du système esclavagiste et féodal, ils ont été pendant un temps la partie la plus avancée de toute l'humanité et ont connu un long développement économique et culturel qui est arrivé jusqu'à produire une vaste économie mercantile.

    Aucun de ces pays n'a cependant jamais effectué le passage au capitalisme, faute des conditions politiques nécessaires pour une accumulation primitive qui enracine définitivement le mode de production capitaliste (quelque chose comme il s'est produit dans l'histoire de l'Italie). Ils ont donc subi le développement du capitalisme en Europe et sont devenus, pour la plupart depuis 200 ans, des colonies ou des semi-colonies de la bourgeoisie européenne et américaine. La Première Guerre mondiale a vu la désagrégation de l'Empire Ottoman, qui était depuis des décennies le "grand malade de l'Europe", et les bourgeoisies française et anglaise s'en sont partagé les dépouilles au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. La colonisation sioniste de la Palestine a été la dernière des entreprises coloniales par lesquelles les bourgeoisies US et européennes ont assujetti les pays arabes et musulmans.

    Dans tous ces pays, à la colonisation a répondu un développement des mouvements de résistance.

    Tant qu'ils furent dirigés par les anciennes classes dominantes locales, ils visèrent à la restauration du passé et ne rencontrèrent pas de succès. La Révolution d'Octobre (1917) et la première vague de la révolution prolétarienne déterminèrent un saut qualitatif,  y compris dans la résistance de ces pays à la domination impérialiste, comme ce qui se produisit en Chine et en Inde. Dans tous les pays se formèrent de forts Partis communistes, dans le cadre de la Première Internationale communiste. La résistance à l'oppression et à l'exploitation coloniale changea alors de nature. Elle devint une lutte des masses populaires contre les rapports sociaux esclavagistes et féodaux, tous deux basés sur des rapports de dépendance personnelle [ceci fait en sorte qu'aujourd'hui encore, la révolution dans les pays opprimés, dans les pays néocoloniaux, est principalement une révolution démocratique-bourgeoise par son contenu, bien que le fort développement du capitalisme, de la production mercantile, du prolétariat change au fur et à mesure la situation, ndr], et contre l'impérialisme sur lequel s'appuyaient les vieilles classes dominantes : en un mot, la révolution démocratique anti-impérialiste.

    La révolution avait sa base de masse parmi les paysans pauvres, moyens et riches, parmi la masse des travailleurs déclassés résultant de la désagrégation des anciennes structures sociales et de l'impact du colonialisme, chez les artisans, chez les salariés de l'économie mercantile, parmi les marchands et la bourgeoisie nationale.

    Les Partis communistes locaux réunissaient les éléments avancés de ces classes, qui étaient décidés à s'unir à la classe ouvrière révolutionnaire des pays impérialistes, parce que conscients qu’ils ne pourraient faire sortir leurs pays de la condition coloniale que dans le cadre de la révolution prolétarienne mondiale. Les travailleurs et les soldats émigrés apportaient dans leurs pays d'origine l'influence de la classe ouvrière révolutionnaire. [De là le caractère qui distingue la révolution démocratique-bourgeoise des pays coloniaux et semi-coloniaux autrefois et néocoloniaux aujourd'hui, de la révolution démocratique-bourgeoise des pays européens, et qui en fait une "révolution de nouvelle démocratie" : la théorie de la révolution de nouvelle démocratie est l’un des 5 principaux apports du maoïsme à la pensée communiste, ndr]

    Le développement de la révolution démocratique anti-impérialiste dans les pays opprimés posa aux communistes le problème de quelle classe devait diriger la révolution. Dans le mouvement communiste se forma là aussi, sur ce nouveau terrain, une gauche, une droite et un centre. Les divergences sur ce terrain se combinèrent dans une certaine mesure avec les divergences sur d'autres terrains dans la lutte entre deux lignes qui se poursuivit tout au long de la vie de la Première Internationale communiste. [La théorie de la lutte entre deux lignes dans le Parti communiste est un autre des 5 principaux apports du maoïsme à la pensée communiste, ndr].

    La gauche soutenait que la direction de la révolution devait être celle de la classe ouvrière, avec son Parti communiste, étroitement alliée aux paysans pauvres et moyens qui constituaient la masse de la population. La bourgeoisie nationale était désormais incapable de se mettre à la tête d'une révolution populaire. La classe ouvrière devait mobiliser et unir toutes les classes ayant intérêt à la révolution démocratique anti-impérialiste dans un front révolutionnaire sous sa direction, pour mener une révolution de "nouvelle démocratie" : une révolution démocratique bourgeoise dirigée par la classe ouvrière.

    La droite soutenait que la révolution devait être dirigée par la bourgeoisie nationale parce que les objectifs immédiats de la révolution étaient démocratiques bourgeois : les communistes devaient participer à la révolution sous sa direction, recruter les ouvriers et faire valoir dans la révolution les intérêts particuliers des salariés (d'amélioration des conditions de vie et de travail).

    Le centre hésitait et oscillait entre les deux lignes.

    De même que les Partis de la 1ère Internationale communiste dans les pays impérialistes oscillèrent entre des interprétations opposées de la politique de front (comme illustré par Umberto C. dans son article L'activité de la Première Internationale Communiste en Europe et le maoïsme dans la Voce n° 10), dans les pays opprimés ils oscillèrent précisément entre les deux lignes exposées ci-dessus.

    Les deux lignes, les implications de chacune d'entre elles, l'affrontement entre les deux sont devenus au fur et à mesure plus clairs dans le cours de la première vague de la révolution prolétarienne.

    L'avènement, dans les années 1950, des révisionnistes à la direction de la partie la plus avancée du mouvement communiste, l'Union soviétique, marqua d'une manière générale le triomphe de la droite dans les Partis des pays opprimés également, malgré la lutte lancée par le Parti communiste chinois dirigé par Mao Zedong. Le triomphe de la droite dans le mouvement communiste soumit, dans divers pays arabes et musulmans, à l'épreuve des faits la capacité révolutionnaire de la bourgeoisie nationale (qui eut ses dirigeants politiques en Mossadegh, Sukarno, Nehru, Nasser, Bourguiba, etc). Le résultat vérifié par celle-ci fut la faillite de la bourgeoisie nationale et le déclin du mouvement communiste. Dans tous les pays arabes et musulmans, les Partis communistes furent soit détruits, soit se réduisirent à peu à de chose ou même se divisèrent. Presque partout, le clergé musulman et les autres notables locaux de vieil esprit, que les impérialistes avaient mobilisé contre les communistes et la bourgeoisie nationale, réussirent à prendre la direction.

    Certains camarades sont tellement indignés des méfaits commis par le clergé réactionnaire musulman, qu'ils se limitent à le dénoncer. En effet, la direction du clergé a conduit la révolution démocratique anti-impérialiste à de sanguinaires pratiques sectaires. Mais nous, communistes, pour prendre la tête de la situation, devons d'abord trouver des réponses à la question : "Pourquoi nous, communistes, avons-nous perdu la direction de la révolution", ou bien "Pourquoi nous, communistes, n'avons-nous pas réussi à prendre la direction de la révolution ?".

    Quant au clergé réactionnaire, pour prendre et conserver la direction des masses populaires, il a bien été obligé de chevaucher la révolution démocratique anti-impérialiste. Évidemment il l'a fait à sa manière, en servant de médiateur entre son vieux rôle social réactionnaire et la révolution démocratique. Celle-ci se poursuit avec force, d'autant plus que les impérialistes ont accru toujours plus leurs prétentions et leurs exactions, l'oppression et l'exploitation, poussés par la nouvelle crise générale commencée dans les années 1970 et libérés de la pression du mouvement communiste.

    Le Hamas en Palestine est la manifestation la plus claire d'un clergé réactionnaire qui se met à la tête d'une révolution démocratique anti-impérialiste. Une organisation lancée dans un but anticommuniste par les sionistes d'Israël et la monarchie wahhabite d'Arabie saoudite (sorte de Vatican musulman), deux bras armés des groupes impérialistes US, est devenue l'organisatrice la plus radicale de la guerre contre l'occupation sioniste de la Palestine, avant-poste de l'impérialisme US dans le monde arabe et musulman.

    De la nature des mouvements en cours et des forces en jeu, dérive la ligne que nous, communistes, devons suivre aussi bien dans nos pays qu’au niveau international.

    La direction du clergé réactionnaire est un effet de la décadence du mouvement communiste et disparaîtra avec sa renaissance. En effet, le clergé réactionnaire est, par sa nature même, incapable de mener la révolution jusqu'à la victoire, principalement pour les quatre raisons suivantes :

    1. Il maintient des liens forts, de diverse nature, avec l'impérialisme et dépend de lui dans une mesure déterminante : il est donc récupérable [voir par ex. la collaboration de la République islamique iranienne avec l'impérialisme US contre les sandinistes du Nicaragua dans les années 1980 et plus tard en Afghanistan, ndr].

    2. Par la force de choses, dans tous les pays, il est porteur de relations sociales réactionnaires et doit intimider les masses populaires musulmanes pour les pousser à abandonner leurs maîtres actuels (les impérialistes) et à se soumettre aux nouveaux (le clergé).

    3. Au plan international, il est incapable de s’appuyer sur la contradiction entre les masses populaires des pays impérialistes et les groupes impérialistes qui les oppriment : il attaque les deux comme s'ils étaient un unique bloc.

    4. Il n'est pas porteur d'une solution anti-impérialiste qui puisse impliquer le reste du monde : il crée donc des conditions favorables à la mobilisation réactionnaire dans les pays impérialistes.

    Ce sont quatre facteurs objectifs, qui marquent les limites de la direction du clergé musulman dans la révolution démocratique anti-impérialiste des pays arabes et musulmans.

    En revanche, les communistes des pays arabes et musulmans sont aujourd'hui en mesure de mobiliser les masses populaires dans la guerre populaire révolutionnaire. Des communistes soviétiques, chinois et vietnamiens, ils héritent l'art de s'appuyer sur les contradictions entre les pays impérialistes et sur la contradiction qui, dans chaque pays impérialiste, oppose les masses populaires aux groupes impérialistes. Donc, tôt ou tard, dans le cadre de la renaissance du mouvement communiste international, dans tous les pays les communistes prendront à nouveau la direction de la révolution démocratique anti-impérialiste.

    Quant à nous, communistes des pays impérialistes, nos tâches principales face à la persécution que la bourgeoisie impérialiste mène contre les immigrés et la population d'origine arabe et musulmane, sont les cinq suivantes :

    1. Nous devons appuyer la révolution démocratique anti-impérialiste des pays arabes et musulmans et conduire les masses populaires de notre pays à l'appuyer.

    2. Nous devons nous opposer à l'agression impérialiste, quelle que soit le prétexte et la forme sous laquelle elle se masque. Celui qui prend prétexte des erreurs des dirigeants de la révolution démocratique anti-impérialiste et s'allie avec les autorités impérialistes contre elle, se met hors du camp de la révolution et devient un initiateur de la mobilisation réactionnaire des masses. (surligné par nous NDLR)

    3. Nous devons appuyer les communistes qui, dans chaque pays arabe et musulman, luttent pour se mettre à nouveau à la tête de la révolution. Ils sont en mesure de parler à leurs camarades dans le « langage » de leur expérience de colonisés et d'exploités par les impérialistes et les classes réactionnaires locales.

    4. Dans notre pays nous devons soutenir les mouvements révolutionnaires des immigrés contre les autorités impérialistes : c'est un aspect de notre lutte pour accumuler des forces révolutionnaires et développer la lutte des ouvriers et des masses populaires, pour faire de notre pays un nouveau pays socialiste.

    5. Mais surtout, nous devons travailler à la renaissance du mouvement communiste dans les pays impérialistes, en exploitant les conditions objectives favorables existantes (en d'autres mots, nous devons développer la mobilisation révolutionnaire des masses populaires dans notre pays). Donc, nous devons d'abord reconstruire ou renforcer de vrais Partis communistes, basés sur le marxisme-léninisme-maoïsme. Ceci est la clé de la solution de tous les problèmes de la révolution prolétarienne.

    Ernesto V.

    Sur le thème traité dans cet article nous conseillons à nos lecteurs les suivants articles :

    - Le bouleversement en cours de Umberto Campi dans Rapporti Sociali n° 34.

    - La lutte pour l'autodétermination nationale dans les pays impérialistes de Giuseppe Maj en Supplément à Rapporti Sociali n. 34 [également en français sur notre site Internet, dans la section française d'EiLE, - Éditions en Langues Etrangères - en 2004 il fut publié sur Emgann, la revue des indépendantistes bretons].

    Les articles peuvent être demandés à la rédaction de Rapporti Sociali, Tanaro 7 - 20128 Milan tel et fax 02 26 30 64 54 e.mail < resistenza@carc.it >.


    Les camarades du (n)PCI font parfaitement le lien entre la "stigmatisation" des minorités arabes et musulmanes ici et la révolution démocratique anti-impérialiste dans les pays de culture musulmane.

    Cet aspect s'ajoute à la "classique" division ethnique des masses populaires par les dominants (sous tous les modes de production) et à la culture dominante de suprématie ("raciale" ou "civilisationnelle") que 500 ans de colonialisme puis d'impérialisme ont imposé à nos sociétés.

    Mais c'est ce lien (comme hier, le lien entre Juifs et bolchévisme) qui lui donne sa dimension persécutrice institutionnelle de masse - et peut-être exterminatrice, ou pogromiste de masse en cas de guerre civile et ou de guerre mondiale totale : l'exemple de la Yougoslavie ou de la Tchétchénie montre qu'il n'y a pas de "nations civilisées" qui seraient "au-dessus" du crime contre l'humanité.

    À noter que l'Italie a une immigration récente, souvent individuelle (peu familiale) et peu "installée" : en résumé, elle n'a pas de colonies intérieures issues des anciennes (ou actuelles ! comme les DOM-TOM...) colonies d'outre-mer (l'Italie en avait peu : Libye, Érythrée...). Cet aspect n'est donc pas abordé par les camarades.

    Ces colonies intérieures ne sont pas simplement  "considérées" comme une 5e colonne de la lutte anti-impérialiste mondiale... Elles le sont, objectivement, en raison de leurs liens culturels, et souvent familiaux forts avec les pays d'origine.

    Elles sont les ambassadrices, en métropole impérialiste, des masses mondiales opprimées. C'est la raison de leur traitement discriminatoire et colonial.

    Les communistes ne doivent pas seulement "les soutenir", mais fondamentalement s'appuyer sur elles.

    Il faut cependant, apprenant de l'expérience, être vigilants et lucides envers certains "représentants communautaires" bourgeois qui, pour être en contradiction avec la grande bourgeoisie monopoliste-impérialiste (dont ils sont exclus), n'ont pour but que d'être les sous-traitants de l'exploitation des minorités, comme tant de bourgeois nationaux anti-colonialistes, outre-mer, sont devenus les nouveaux gardes-chiourme du néo-colonialisme.

    Un bon exemple de la méfiance à avoir, en Europe, envers les directions bourgeoises, est donné par les luttes des minorités nationales européennes. En Catalogne, en Euskal Herria, en Irlande du Nord, partout les directions bourgeoises qui ont abandonné la lutte sont devenues les nouveaux "gérants" locaux du Capital impérialiste européen.



    resist iraq


    Sur le sujet, lire aussi ce très intéressant texte du site Arab Maoists (juillet 2012) qui apporte de riches réflexions sur cette très vaste question, toujours non-résolue (malgré les prétentions des uns et des autres) par le mouvement communiste international.

     

     


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