• Maosoleum (NCP-LC) : Qu'est-ce que la Guerre populaire (+ PCR Canada sur la Guerre populaire en pays impérialiste)


    Un autre texte sur la notion de Guerre populaire prolongée comme stratégie révolutionnaire universelle du prolétariat et des classes opprimées ; notion comme on le sait particulièrement discutée et attaquée ; publié sur l'excellent site étatsunien Maosoleum du New Communist Party - Liaison Committee (NCP-LC) : http://maosoleum.ncp.lc/2013/10/07/what-is-protracted-peoples-war/


    longmarchmao


    Le 1er octobre 1949 est la date de la création de la République populaire de Chine. Ce jour-là, des centaines des millions d'ouvriers et de paysans chinois se sont levés pour écraser les forces de la réaction. La Révolution chinoise constitue, aux côtés de la Révolution russe, l'un des plus importants évènements de l'histoire de l'humanité. L'exemple de la Chine révolutionnaire a inspiré aussi bien les Black Panthers que nos camarades menant la Guerre populaire en Inde, aux Philippines, au Pérou ou au Népal. Ce texte veut rendre hommage à cette révolution. Pris dans son ensemble, il représente le point du vue du collectif Maosoleum.

    Nul, excepté peut-être le pire euro-marxiste chauvin, n'a jamais prétendu disqualifier le léninisme et l'expérience de l'Union soviétique comme quelque chose de "seulement applicable au Tiers-Monde". Pourtant, sous tous les aspects, la Russie de 1917 faisait partie du "Tiers-Monde" de l'époque, avec seulement 20% de sa population totale travaillant comme ouvrier-e-s industriel-le-s, dont seulement 40% (de ces 20%) employés dans de grandes usines. La question est alors posée : pourquoi ce "seulement applicable au Tiers-Monde" est-il l'argument n°1 de tant de détracteurs du maoïsme ? 

    Peut-être bien que, si Mao était né dans un "pays capitaliste avancé", le maoïsme ne serait pas seulement jugé applicable au "Premier Monde" mais aussi au "Tiers" ! Cette incompréhension du maoïsme repose sur la manière dont les maoïstes font la révolution, à travers la Guerre populaire prolongée, et sur notre vision de cette stratégie comme universelle. Lorsque nous croisons le fer contre cette compréhension erronée du maoïsme, c'est aussi un certain racisme que l'on peut percevoir dans ce débat. Car cette disqualification du maoïsme revient finalement - en dernière analyse - à une peur de ce que la "gauche" du "Premier Monde" ait en réalité à apprendre des Peuples opprimés autour de la planète. Bien sûr nos "amis" "éclairés" connaissent bien Mao, peut-être aussi Kaypakkaya ou même Gonzalo, mais il est peu probable qu'ils aient entendu parler des camarades Ganapathi, Azad ou Kishenji. Peut-être pourrait-on débattre, alors, de ce que nos non-maoïstes considèrent comme la méthode universelle "correcte" pour faire la révolution - dans les États impérialistes en particulier. Le concept d'Armée du Peuple est un apport d'importance et de signification historique mondiale qui a été copié y compris par l'ennemi : Mao est regardé avec beaucoup d'intérêt par les militaires US, bien plus encore que Trotsky (qui est également lu).

    Sur la "Voie d'Octobre" et la distinction entre léninisme et social-démocratie

    La supposée méthode "universelle" pour la révolution dans le Premier Monde devrait donc être la ré-application mécanique de la méthode soviétique, connue sous le nom d'insurrection révolutionnaire, ou la dite "Voie d'Octobre". Avant la Révolution russe de 1917, et après la répression de la Commune de Paris, la social-démocratie avait émergé comme mouvement légal de la classe ouvrière, travaillant en pleine lumière et gagnant du terrain dans les parlements d'Europe - son plus grand succès étant sans doute le premier "État-providence" mis en place par le chancelier Bismarck en Allemagne, en réponse à la pression socialiste. Devant les menaces de guerres qui s'accumulaient dans le ciel européen, le mouvement ouvrier se retrouva face aux conséquences de dizaines d'années de lutte légale sous le capitalisme qui atteignirent leur paroxysme à la Conférence de Zimmerwald en 1915. La fraction révolutionnaire connue sous le nom de "Gauche zimmerwaldienne" et dirigée par Vladimir Lénine se leva avec force contre l'opportunisme de l'époque, qui au lieu de prendre position contre la guerre inter-impérialiste avait soutenu ses propres "patries" bourgeoises sous couvert de "défense nationale révolutionnaire".

    La stratégie pour la prise du pouvoir en Russie est la principale divergence ayant séparé le bolchévisme de la social-démocratie. Tirant les enseignements de l'échec révolutionnaire de 1905 en Russie et de la non-survenue de l'"inévitable" révolution en Europe depuis la Première Internationale (1864-72), Lénine avait conclu que laissée à sa propre initiative spontanée la classe ouvrière était seulement capable de conscience "trade-unioniste" (syndicalo-réformiste) et qu'il y avait besoin de "révolutionnaires professionnels", d'"intellectuels organiques" issus des rangs du prolétariat pour guider celui-ci dans son ensemble vers la prise du pouvoir. Mais même ainsi, malgré toute cette préparation, le succès la Révolution bolchévique était loin d'être acquis en l'absence de certaines conditions et certainement impossible en dehors du contexte de la Première Guerre mondiale. Dans La Maladie infantile du Communisme, Lénine écrit : 

    La loi fondamentale de la révolution, confirmée par toutes les révolutions et notamment par les trois révolutions russes du XX° siècle, la voici : pour que la révolution ait lieu, il ne suffit pas que les masses exploitées et opprimées prennent conscience de l'impossibilité de vivre comme autrefois et réclament des changements. Pour que la révolution ait lieu, il faut que les exploiteurs ne puissent pas vivre et gouverner comme autrefois.

    insurrection
    Les armes changent, mais pas la base


    Ce que Lénine décrit ici est la notion de "crise révolutionnaire" qui n'affecte pas seulement la classe ouvrière, mais aussi la bourgeoisie et sa capacité à gouverner "à l'ancienne" ; et il pose cela comme une méthode pour le succès de la révolution. L'application de la méthode insurrectionnelle a réussi en 1917, mais seulement grâce au fait que l’État bourgeois avait été décimé par des années de guerre totale et grâce à la défection de l'armée bourgeoise dans le camp des bolchéviks. La conclusion que nous pouvons en tirer par rapport à la "Voie d'Octobre" est qu'il s'agit d'un évènement historique, mais qu'elle n'est nullement universelle et que son succès a finalement pavé la voie à... l'échec de la révolution en Europe, du fait de la volonté de ré-appliquer mécaniquement cette stratégie.

    Une partie de cet échec peut-être attribuée à l'approche subjective vis-à-vis de ce qui constitue une "situation de crise révolutionnaire" ; une autre aux leçons que la bourgeoisie elle-même a apprises de la Première Guerre mondiale et de la Révolution russe. Le Parti communiste révolutionnaire du Canada (PCR-RCP) a mis en évidence quatre grands changements réalisés par l’État bourgeois après la guerre ; changements ayant modifié les conditions objectives de la révolution :

    1. Une modernisation de l’État, l'exécutif ayant centralisé et exerçant désormais directement le pouvoir politique ;
    2. L'armée est devenue un corps professionnel ;
    3. La bourgeoisie a accumulé l'expérience de la lutte contre le communisme au niveau international ;
    4. Le capitalisme dans les pays impérialistes a développé des mécanismes qui lui permettent de se maintenir en dépit des crises économiques.

    La bourgeoisie a finalement démontré être plus créative que le mouvement prolétaire international, ce dernier ayant persisté à voir l'insurrection comme stratégie pertinente et universelle. Le plus grand danger encouru par les Partis révolutionnaires restés accrochés à cette stratégie est que tandis qu'ils attendaient patiemment "leur Octobre", ils se sont trouvés immergés dans la politique bourgeois et ont déblayé le terrain au révisionnisme pour s'emparer d'eux et les corrompre jusqu'à la moëlle. Cela a été particulièrement le cas après la Seconde Guerre mondiale, lorsque des victoires réformistes ont été remportées au nom de la classe ouvrière. Dans le cas du Parti communiste étatsunien (CPUSA) le révisionnisme avait même triomphé bien avant, la ligne économiste d'Earl Browder sanctionnant les communistes qui avaient manifesté trop d'"impatience révolutionnaire" et dont le "désir de renverser le capitalisme" devait cesser. Si le marxisme-léninisme avait reconnu la nécessité de la guerre révolutionnaire face à la "longue lutte légale" de la social-démocratie, ceci différait cependant de la notion maoïste d'Armée populaire dans le sens où une guerre civile révolutionnaire peut être menée à travers la défection de masse de l'armée bourgeoise du côté du prolétariat.


    NPA


    Les étapes de la Guerre populaire prolongée, et le processus prolongé comme principe universel

    Notre devoir en tant que communistes, et en particulier en tant que maoïstes, n'est pas de rejeter quelque tactique que ce soit pouvant mener à la victoire ; et ce serait une erreur de penser que les maoïstes rejettent l'insurrection comme possible tactique. Nous ne la rejetons pas ; simplement, nous ne la considérons pas comme universelle pour les raisons que nous venons de mentionner. La doctrine de la Guerre populaire prolongée est au contraire universelle dans son application et se positionne comme une sérieuse menace pour le Pouvoir bourgeois. Son application va bien entendu prendre des formes différentes selon les conditions des différents pays. En Chine, Mao a commencé à formuler ces thèses dans une série de lectures à l'Association du Yenan pour la Guerre de Résistance contre le Japon, avant qu'elles ne soient compilées dans un seul ouvrage intitulé De la Guerre prolongée, ainsi que dans Problèmes de la Guerre et de la Stratégie.

    La Guerre populaire maoïste n'est pas simplement une guerre de libération nationale, mais aussi une manière fondamentalement différente de faire la guerre. Nous avons déjà abordé cette question par le passé, à travers l'exemple de la Nouvelle Armée du Peuple philippine dont nous opposions la discipline militaire révolutionnaire au concept de "guerre totale" de Gonzalo. La vision classique de la guerre est "comment démoraliser l'ennemi aussi vite que possible pour le vaincre". La Guerre populaire prolongée, elle, pose la question à l'inverse : comment galvaniser le Peuple aussi longtemps que nécessaire jusqu'à la victoire finale de la dictature du prolétariat.

    Lorsque nous débattons de la doctrine de la Guerre populaire prolongée, nous devons reconnaître que mener à bien cette révolution est - comme le souligne le camarade Moufawad-Paul en parlant de la Révolution russe - un "processus prolongé". Il ne peut pas s'agir d'autre chose ; croire autre chose ne peut conduire qu'à négliger les préparatifs pour le lancement de la GP et à entretenir l'illusion d'une Armée populaire surgissant de nulle part de manière spontanée - ce qui s'appelle de l'aventurisme. L'entraînement des révolutionnaires pour prendre le pouvoir était d'ailleurs - en réalité - ce qui séparait réellement les bolchéviks de la social-démocratie ; un entraînement sans lequel les bolchéviks n'auraient jamais pu remporter le succès, tout comme ne le pourrait jamais la Guerre populaire sans un Parti d'avant-garde.

    Bien que, donc, la doctrine de la Guerre populaire prolongée soit valable universellement dans tous les pays, y compris impérialistes, elle prendra dans chacun d'entre eux des formes différentes basées sur ses conditions spécifiques. Elle peut, comme en Chine ou aux Philippines, se dérouler principalement dans les campagnes ; ou adopter comme au Pérou une stratégie de "Guerre populaire unifiée, principalement dans les campagnes, avec son complément dans les villes". Il est intéressant de souligner que le concept de "Guerre populaire unifiée" n'a pas été développé en premier par Gonzalo, mais en réalité par... Enver Hoxha dans L'Impérialisme et la Révolution :

    “En accord avec les conditions concrètes d'un pays donné et la situation en général, le soulèvement armée peut être une explosion soudaine mais aussi un processus révolutionnaire plus prolongé. Les enseignements du marxisme-léninisme sur l'insurrection armée reposent sur une étroite combinaison entre la lutte dans les villes et celles dans les campagnes, sous la direction de la classe ouvrière et de son Parti révolutionnaire”

    Nous voyons là qu'en décrivant ce qui peut être qualifié de "Guerre populaire unifiée", Hoxha réaffirme également l'universalité de l'insurrection révolutionnaire pouvant prendre la forme d'une "Guerre populaire unifiée" (bien qu'il répugne à employer le terme, et préfère parler de la guérilla rurale comme d'une "insurrection armée"). La seconde partie de la citation présente des similitudes avec la stratégie des maoïstes péruviens ; il a d'ailleurs parfois pu être dit que la théorie de la "Guerre populaire unifiée" avait été développée par Gonzalo comme un "appel du pied" aux hoxhistes. Quoi qu'il en soit, la "Guerre populaire unifiée" telle qu'applicable dans certains pays sous certaines conditions n'est pas universelle, mais plutôt un exemple de forme particulière que peut prendre la Guerre populaire dans un pays donné.

    Bien que les conditions puissent modifier la conduite de la Guerre populaire, elles n'en transforment cependant pas la nature prolongée qui peut être décomposée en trois grandes étapes :

    1. Défensive stratégique
    2. Équilibre stratégique
    3. Offensive stratégique

    La défensive stratégique

    Ce stade de la Guerre populaire est caractérisé par un certain nombre d'opérations de guérilla visant à affaiblir l'ennemi par des engagements tactiques, en mettant à profit les points faibles de celui-ci. "Stratégie : un contre dix ; tactique : dix contre un" est un bon résumé de la tactique de l'Armée populaire à cette étape de la lutte prolongée. Au tout début de la GPP l'Armée du Peuple va être numériquement très inférieure à l'ennemi, c'est un fait objectif fondamental mais qui ne doit pas être vu comme une faiblesse. En concentrant une force supérieure pour détruire l'ennemi "petit morceau par petit morceau", en n'engageant le combat que lorsque la victoire est certaine, la Guerre populaire avance petit à petit :  

    “L'ennemi avance, nous reculons ; l'ennemi s'arrête, nous le harcelons ; l'ennemi s'épuise, nous l'attaquons ; l'ennemi recule, nous le pourchassons.” (Mao Zedong, “Une étincelle peut mettre le feu à toute la plaine”).

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    Dans la Guerre populaire d'Inde, jusque récemment, le ratio entre "naxalites" (maoïstes) et éléments des forces de répression (Central Reserve Police Force) tués était de 0,43 "naxalites" pour un policier. Ceci est une démonstration de l'application simple mais géniale de la défensive stratégique dans la Guerre populaire de ce pays. Les centres d'opération pour la défensive stratégique sont appelées "bases d'appui". En Chine elles se trouvaient essentiellement à la campagne, ce qui a aussi été le cas au Pérou et au Népal, et l'est aujourd'hui en Inde et aux Philippines. Les bases d'appui jouent un rôle de centres d'opération pour l'Armée populaire, mais servent aussi l'établissement d'une véritable situation de double pouvoir, pouvoir populaire parallèle au gouvernement bourgeois, "faible encore, embryonnaire, mais qui n'en a pas moins une existence réelle, incontestable, et qui grandit" (V.I. Lénine, Sur la Dualité du Pouvoir).

    En Chine ce double pouvoir avait pu prendre exemple sur l'Association des Paysans du Hunan, dont Mao avait pu directement observer les paysans forçant les grands propriétaires à réparer les routes et à réduire les taxes et autres loyers, commençant à combattre l'illettrisme etc. et dont il disait pour conclure que "les forces de la démocratie rurale se sont levées pour renverser les forces du féodalisme"  (Mao Zedong, Rapport d'investigation sur le mouvement des paysans du Hunan”). Les parallèles entre le Hunan et l'Inde sont ici frappants, comme lorsqu'au Bengale occidental "la démocratie rurale s'est levée pour renverser les forces du féodalisme" sous la forme d'un Comité populaire contre les Atrocités policières (PCAPA) qui couvre un territoire de plus de 2.000 villages.

    Les bases d'appui ne doivent pas être vues comme des "zones libérées", conception révisionniste développée - par exemple - par le FMLN au Salvador, qui voit la force dans le nombre des armes et l'étendue du terrain en possession des révolutionnaires, alors que la véritable force de la révolution ce sont les masses.

    L'équilibre stratégique

    Lorsque la GPP avance à travers un pays, et lorsque les bases d'appui et la situation de double pouvoir s'étendent et chassent l'armée bourgeoise des zones sous contrôle insurgé, l'on atteint ce que Mao appelle l'équilibre stratégique. Ce stade n'implique pas que l'Armée populaire ait déjà atteint l'égalité des forces avec l'ennemi ; il signifie simplement que les bases d'appui ont été stabilisées au point que le gouvernement révolutionnaire puisse jeter les bases de la nouvelle société. L'Armée populaire est déjà montée substantiellement en puissance jusqu'au point de pouvoir mener des opérations de grande échelle, mais pas encore au niveau de ce qui serait une guerre conventionnelle. Elle est devenue plus forte politiquement et idéologiquement, a vu s'accroître le nombre de combattants dans ses rangs et en remportant des batailles contre l'armée bourgeoise, a pu acquérir de meilleures armes ainsi qu'une inestimable expérience du combat. Le stade de l'équilibre stratégique voit toujours la réalité stratégique comme "un contre dix" et "dix contre un" tactiquement, mais il utilise la force des bases d'appui et non plus nécessairement la force primaire de la guérilla mobile comme c'est souvent le cas au stade de la défensive stratégique. Ceci est rendu possible en poussant l'ennemi à s'enfoncer en profondeur, puis en l'encerclant et en le détruisant petit à petit. L'Armée populaire accumule dans le même temps suffisamment de force pour permettre que l'ennemi soit vaincu complètement. En juin 1991, l'Armée péruvienne avait par exemple lancé une offensive dans la région d'Ayacucho afin d'y détruire la principale base d'appui du "Sentier Lumineux" (Parti communiste du Pérou).

    Areas where Shining Path was active in Peru
    Zones d'activité du "Sentier Lumineux" au Pérou


    L'ennemi s'était enfoncé profondément et avait établi son camp de base dans la petite ville de San Miguel. Les unités de l'Ejército Guerrillero Popular (Armée de guérilla populaire, EGP) procédèrent alors à l'encerclement, au siège et finalement à la destruction des militaires. San Miguel avait servi d'importante rampe de lancement pour les escadrons de la mort ronderos, mis en place en "réponse" au Sentier. Plusieurs jours après cet affrontement, l'Armée péruvienne envoya une patrouille militaire pour réorganiser les Ronderos ; celle-ci tomba également dans une embuscade et fut elle aussi anéantie. Une série d'embuscades du Sendero élimina une patrouille militaire à seulement une heure de la ville de garnison de Huanta. Le 24 septembre de la même année, pas moins de quatre patrouilles étaient mises hors de combat. Deux jours plus tard, l'Armée populaire attaquait un convoi de Ronderos transportant une cargaison d'armes. Le 7 octobre, jour anniversaire du Parti communiste du Pérou, le "Sentier Lumineux" menait à bien une série de cinq attaques contre des avant-postes de l'armée, des bases de Ronderos ainsi que des villages partisans du gouvernement ; repoussant même une attaque d'hélicoptères par des tirs de roquettes obtenues en pillant un convoi militaire. Près d'une centaine de soldats et de Ronderos furent tués dans ces attaques. Attirer l'ennemi et l'attaquer en terrain favorable, retournant contre lui sa propre campagne d'"encerclement et suppression", était aussi comme l'expliquait Mao "la principale forme de la guerre civile en Chine".

    L'offensive stratégique

    L'aboutissement final de la GPP est ce que Mao appelle l'offensive stratégique. C'est à ce stade que la Guerre populaire commence à acquérir les caractéristiques d'une guerre conventionnelle. La différence quantitative et qualitative entre l'Armée populaire et l'armée bourgeoise se réduit, puis grandit à niveau mais cette fois au profit de l'Armée populaire, tandis que l'armée bourgeoise subit défaite sur défaite jusqu'à ce qu'elle cesse totalement de fonctionner et que la guerre soit gagnée par les communistes. C'est aussi à ce stade que l'on peut réellement parler de manière certaine de la véritable existence de deux États dans le même pays, chacun avec ses propres forces militaires et institutions. Au Népal ce développement a été annoncé il y a presque dix ans, le 31 août 2004, par le Parti communiste du Népal (maoïste). Les maoïstes contrôlaient alors 80% des zones rurales ; la terre y était redistribuée aux paysans, les taxes collectées, des routes construites et des écoles ouvertes. Comme au Pérou, cette guerre avait pris un aspect de "Guerre populaire unifiée" où la présence maoïste se faisait également sentir dans les villes. Cela s'est particulièrement confirmé avec le soulèvement de Katmandou. Au cours de la première semaine d'août [en fait plutôt la semaine du 18, d'après les sources disponibles NDLR] de cette année-là, une grève conduite par les syndicats noyautés par les maoïstes bloqua complètement la 2425301563_482b1c6d7a_mville et stoppa tout traffic routier entrant et sortant durant une semaine entière. Des actions similaires avaient été menées précédemment dans d'autres villes du pays, mais c'était la première fois concernant la capitale [il y en aura d'autres encore, jusqu'au soulèvement général d'avril 2006 qui verra le début de la fin de la monarchie].

    En conclusion

    La théorie révolutionnaire de la Guerre populaire et de sa succession d'étapes doit être comprise comme chaque étape préparant la suivante et seulement rendue possible par la précédente. Cela signifie que la réalité stratégique de la défensive et de l'équilibre est défensive par nature, le second comportant cependant des éléments de ce que la guerre peut devenir ultérieurement. Au contraire, l'offensive stratégique suggère par son nom même un caractère offensif par nature. La guerre d'usure des deux premiers stades se transforme en offensive conventionnelle contre l'ennemi. En tant que tel, le caractère prolongé de la GP est aussi universel qu'indispensable. Il est nécessaire car l'objectif de la GPP n'est pas seulement de s'emparer du pouvoir d’État, mais aussi de développer la capacité du Peuple à exercer celui-ci. C'est pourquoi le processus doit être prolongé, comme l'est tout processus d'apprentissage : il doit reposer sur le Peuple, qui est le sujet révolutionnaire, lui apprenant et apprenant de lui en même temps.


    Nous ajouterions à tout cela que pour construire ces fameuses bases d'appui (première étape de la Guerre populaire véritable), il faut d'abord aux révolutionnaires IDENTIFIER les "territoires sociaux" où ces bases d'appui sont en premier lieu constructibles (pour les camarades étatsuniens c'est une tâche relativement évidente : ce sont évidemment tout d'abord les minorités - Noirs, Latinos, Premières Nations - et les territoires où elles sont parquées ; puis peut-être dans un second temps les communautés blanches les plus prolétarisées - dans les Appalaches par exemple).

    Ceci est tout et le SEUL sens (et nullement une quelconque tendance au "communautarisme" ou une volonté de "revenir aux duchés féodaux") du travail que nous menons depuis maintenant plusieurs années sur les périphéries de l'État français (qui est notre "théâtre d'opération" révolutionnaire), ces "territoires sociaux" dans lesquels nous voyons les plus évidentes bases d'appui de la révolution de demain : 1°/ les quartiers-ghettos où se concentrent majoritairement les "minorités visibles" racisées, colonisées-intérieures, et 2°/ les territoires "semi-ruraux" (campagnes + petites villes) ou encore les anciens grands bassins industriels sinistrés par la crise (où les "minorités visibles" sont d'ailleurs également présentes et pas peu nombreuses), en particulier ceux où la conscience de cette périphérisation est la plus forte, c'est-à-dire ceux où il y a conscience d'être un pays conquis (pro vincia) dans le cadre de la formation historique de l'État français. Nous considérons l'étude "géo-sociologique" sur la "France des fragilités sociales" (opposée à la "France des métropoles mondialisées") comme un bon - bien que peut-être approximatif - aperçu de ces territoires dont nous parlons.


    Il faut lire aussi à ce sujet le très bon article paru en 2005 dans la revue Arsenal du PCR Canada :


    Les bases urbaines du maoïsme
    (traduction du titre anglais : "Sur la question de la guerre révolutionnaire dans les pays impérialistes")


    Nous publions ces notes de travail qui ont été rédigées à la demande du Bureau politique du PCR(co) dans le but de poursuivre l’étude de la réalité de la Guerre populaire prolongée dans les pays impérialistes.

    «La politique est le point de départ de toute action pratique d’un Parti révolutionnaire et se manifeste dans le développement et l’aboutissement des actions de ce Parti. Toute action d’un Parti révolutionnaire est l’application de sa politique. S’il n’applique pas une politique juste, il applique une politique erronée; s’il n’applique pas consciemment une politique, il l’applique aveuglément. Ce que nous appelons expérience, c’est le processus d’application d’une politique et son aboutissement. C’est par la pratique du peuple seulement, c’est-à-dire par l’expérience, que nous pouvons vérifier si une politique est juste ou erronée, et déterminer dans quelle mesure elle est juste ou erronée. Mais la pratique des hommes, spécialement la pratique d’un Parti révolutionnaire et des masses révolutionnaires, se rattache nécessairement à une politique ou à une autre. Par conséquent, avant de mener une action, nous devons expliquer clairement aux membres du Parti et aux masses la politique que nous avons formulée à la lumière de circonstances données. Sinon, les membres du Parti et les masses s’écarteront de la direction politique donnée par notre Parti, agiront à l’aveuglette et appliqueront une politique erronée.»

    Mao Zedong
    À propos de la politique concernant l’industrie et le commerce, 27 février 1948


    Notre monde est un monde complexe. Tous les jours, des millions de personnes sont affectées par l’exploitation, l’oppression, la faim et la misère. Ici, comme dans tous les autres pays du globe, le capitalisme vient se gaver de sa part de nouvelles victimes. En effet, même les pays impérialistes modernes, qui sont pourtant les citadelles les plus sûres du capitalisme, n’échappent pas à ce système.

    Devant la puissance des capitalistes qui dominent la planète, ceux et celles qui en font les frais semblent avoir peu de moyens d’exprimer leur juste colère, leur révolte, leur désir d’un changement radical et complet. Pourtant, partout dans le monde, renaît constamment la lutte révolutionnaire. Elle peut bien prendre telle ou telle forme, mais elle demeure une activité que déploient directement ou indirectement des milliards de personnes sur la terre.

    C’est cette force qui faisait dire au président Mao que le vent d’est l’emporte sur le vent d’ouest. Il voulait ainsi dire que le désir de libération et de révolution l’emportait sur l’exploitation et le capitalisme. Ce sont les conditions matérielles d’existence qui prévalent à l’échelle du monde, entre autres l’intensification de l’exploitation du prolétariat et l’opposition croissante à cette exploitation, qui donnent vie à la lutte révolutionnaire et à la possibilité de changement.

    Notre point de départ

    Le PCR(co) part du fait que le système capitaliste ne peut être réformé ou mis au service des masses. Par conséquent, il est nécessaire d’éliminer ce système qui cause l’exploitation, la famine et la misère chez la très grande majorité des habitants et habitantes de la planète. Si nous voulons transformer radicalement la société canadienne et changer le monde, la révolution et la violence révolutionnaire sont absolument nécessaires.

    Pour établir les perspectives réelles de développement du mouvement révolutionnaire dans notre pays, encore faut-il savoir quelles stratégies et tactiques peuvent être déployées par le mouvement révolutionnaire pour faire face aux nouvelles conditions apparues avec le développement du capitalisme. En effet, depuis la révolution russe (1917), cette force n’a pas trouvé dans les pays impérialistes une direction politique révolutionnaire suffisamment juste pour briser ses chaînes, comme le disait si bien le Manifeste du Parti communiste.

    L’analyse de l’ensemble des organisations, de leurs programmes et du type de travail qui y est développé révèle plutôt que le facteur principal qui explique notre faiblesse dans les pays impérialistes est un problème de ligne politique. Nous réaffirmons que la révolution communiste doit être la moins aveugle des révolutions. Pour ce faire, il faut savoir apprendre et mettre en pratique le fruit de cet apprentissage.

    Aujourd’hui, trop d’organisations sont encore confuses sur la voie de la révolution et cette confusion explique en grande partie le peu de progrès accompli dans les pays impérialistes. Plus simplement, nous ne voulons pas voir que notre retard est principalement dû au fait que nous n’avons pas réussi à développer une stratégie adéquate pour renverser le capitalisme dans les pays impérialistes.

    Ce constat nous oblige à procéder à l’analyse serrée des conditions objectives et subjectives de la révolution dans les pays impérialistes afin de répondre à cette question complexe : quelle stratégie faut-il développer dans un pays impérialiste puissant pour espérer renverser la bourgeoisie capitaliste ?

    En ce sens, parler de révolution et de Guerre populaire, ce n’est pas appeler immédiatement toutes les forces révolutionnaires dans tous les pays à prendre les armes et à attaquer l’ennemi sans préparation et sans compréhension réelle des conditions concrètes.

    Parler de révolution, c’est commencer immédiatement la réflexion sur les questions touchant la guerre révolutionnaire, en mettant son organisation à l’ordre du jour et en préparant maintenant son développement dans le futur.

    Comme il est écrit dans le programme du PCR(co) adopté lors de son premier congrès,

    «se préparer à un tel affrontement, ce n’est pas seulement y penser une fois de temps en temps, entre deux grèves ou deux campagnes électorales, ni simplement écrire sur papier, à la fin d’un article quelconque, qu’il faudra bien, “un jour”, utiliser la violence quand la bourgeoisie s’attaquera à nous. Se préparer à la révolution, c’est aussi et surtout une tâche concrète, une lutte idéologique et politique immédiate.»

    La violence révolutionnaire est nécessaire

    La violence est accoucheuse de l’Histoire. Cette vérité, les grands révolutionnaires l’ont amplement répétée. La révolution, c’est-à-dire l’acte qui consiste pour le prolétariat à arracher des mains de la bourgeoisie le pouvoir d’État, est nécessairement un acte violent et cela oblige les révolutionnaires à se préparer à affronter cette dimension militaire fondamentale et incontournable dans l’activité révolutionnaire, que cette activité se développe dans un pays impérialiste ou un pays dominé. C’est ce que Mao a exprimé dans sa célèbre formule : La tâche centrale et la forme suprême de la révolution, c’est la conquête du pouvoir par la lutte armée, c’est résoudre le problème par la guerre. Ce principe révolutionnaire marxiste-léniniste est valable partout, en Chine comme dans tous les autres pays. (Problèmes de la guerre et de la stratégie, O.C., t. II)

    Dans leurs écrits et leurs actions, les grands penseurs révolutionnaires ont tenté, à leur manière et selon les exigences des conditions historiques où ils agissaient, de comprendre et d’enrichir la doctrine militaire du prolétariat. Pour Lénine, il était important de ne pas se rattacher à une forme de combat unique et déterminée, comme par exemple, la guerre des partisans. Il a aussi précisé que le marxisme exigeait que la question des formes de luttes soit envisagée sous l’aspect historique. Mao est absolument limpide lorsqu’il écrit que sans armée le peuple n’a rien, que le pouvoir naît du fusil, que le problème se résout par la guerre.

    Le fil conducteur de toutes ces réflexions sur la question de la guerre et de la révolution est résumé par Mao dans son texte intitulé Problèmes de la guerre et de la stratégie lorsqu’il écrit :

    «Du point de vue de la doctrine marxiste sur l’État, l’armée est la partie constitutive principale du pouvoir d’État. Celui qui veut s’emparer du pouvoir d’État et le conserver doit posséder une forte armée. Certains ironisent sur notre compte en nous traitant de partisans de “l’omnipotence de la guerre”. Eh bien oui! nous sommes pour l’omnipotence de la guerre révolutionnaire. Ce n’est pas mal faire, c’est bien faire, c’est être marxiste.»

    Mais, en y regardant de plus près, on peut constater que les organisations révolutionnaires dans les pays impérialistes (du moins celles qui reconnaissent la nécessité de la lutte armée) n’anticipent pas cette tâche hautement stratégique et déterminante. Mao dit de la guerre révolutionnaire que c’est la forme suprême de la révolution. Elle devrait donc, normalement, occuper une partie importante de notre action théorique, de nos réflexions. Elle devrait pousser tous et toutes les communistes à inclure une dimension illégale et militaire dans leur travail communiste afin d’en faire stratégiquement le cœur de l’action révolutionnaire.

    La révolution permet le changement, mais c’est aussi un acte de violence qui apporte son lot de dérangements, de destruction et de souffrances. Cependant, comme Mao nous l’a enseigné, dans l’histoire se sont développées différentes sortes de guerres : les guerres justes et les guerres injustes. Les guerres menées par les masses exploitées ont toujours été des facteurs de progrès – prendre le fusil pour qu’il n’y ait plus de fusil. Au contraire, ne pas mener ces guerres prolonge l’existence des systèmes exploiteurs, ce qui représente un obstacle au progrès.

    La stratégie insurrectionnelle

    Avant la révolution chinoise, nous disposions d’une seule stratégie pour développer la révolution prolétarienne : la stratégie de l’insurrection exposée et mise de l’avant par Lénine. Lénine a appliqué cette stratégie en Russie où il existait des rapports de production capitalistes. Le prolétariat, par l’entremise du Parti, dirigeait alors les masses populaires qui ont pris les armes lors de la crise révolutionnaire. Ces dernières se sont emparé du pouvoir politique pour ensuite déclencher une guerre civile contre l’ennemi dans l’ensemble du pays. Après s’être emparé de tout le territoire, le prolétariat a, par la suite, conquis le pouvoir politique dans tout le pays.

    La stratégie insurrectionnelle telle qu’appliquée par les bolcheviques était juste et correspondait aux exigences du moment. Malgré cela, le renversement du pouvoir de la bourgeoisie aurait pu ne pas avoir lieu. Pour y parvenir, Lénine a dû lutter contre les différents courants politiques totalement insérés dans la légalité bourgeoise (IIe Internationale) qui étaient représentés par les mencheviks.

    Lénine écrit dans La maladie infantile du communisme, le gauchisme :

    «La loi fondamentale de la révolution, confirmée par toutes les révolutions et notamment par les trois révolutions russes du XXe siècle, la voici : pour que la révolution ait lieu, il ne suffit pas que les masses exploitées et opprimées prennent conscience de l’impossibilité de vivre comme autrefois et réclament des changements. Pour que la révolution ait lieu, il faut que les exploiteurs ne puissent plus vivre et gouverner comme autrefois.»

    Ce que précise Lénine, c’est que, pour réussir, il faut une crise nationale affectant les exploiteurs et les exploités. Il faut que les classes dirigeantes soient traversées par une crise qui entraîne dans la vie politique les masses les plus arriérées au plan politique tout en affaiblissant le pouvoir de la bourgeoisie, rendant possible pour les révolutionnaires son prompt renversement.

    Lénine a aussi dû convaincre son propre Parti qui hésitait à se lancer à l’assaut du pouvoir. Par exemple, Kamenev et Zioniev, membres du Comité central, ont dénoncé publiquement les préparatifs de l’insurrection, avec les conséquences que cela aurait pu avoir.

    Lénine avait raison de lancer l’insurrection alors que les conditions étaient mûres. Il n’en demeure pas moins que la véritable stratégie des bolcheviques n’était pas la voie insurrectionnelle, mais celle de la guerre civile, incluant la possibilité d’insurrections. Pourtant, le mouvement communiste, dans son ensemble, a développé, sur la base de l’expérience russe, toutes les questions touchant la prise de pouvoir à partir de l’insurrection, évacuant à peu près complètement la question de la guerre civile.

    Lénine, répondant à l’avance aux dogmatiques, qualifiait de déraisonnable ou même criminelle la conduite d’une armée qui n’apprendrait pas à manier toutes les armes, tous les moyens et procédés de lutte dont dispose ou dont peut disposer l’ennemi.

    «On peut moins encore prévoir en politique quel moyen de lutte se révèlera, dans telles ou telles situations futures, praticable ou avantageux pour nous. Ne pas savoir user de tous les moyens de lutte, c’est risquer une grande défaite – pour peu que des changements indépendants de notre volonté, survenus dans la situation des autres classes, mettent à l’ordre du jour une forme d’action où nous serions particulièrement faibles.»

    Or justement, suite à la révolution russe et à la fin de la Première Guerre mondiale, les conditions objectives de la révolution dans un pays impérialiste se sont modifiées et pour la bourgeoisie, et pour le prolétariat.

    Du côté de la bourgeoisie :

    1. l’État s’est modernisé, alors que l’exécutif centralise et assume directement le pouvoir ;
    2. l’armée est maintenant devenue un corps professionnel ;
    3. la bourgeoisie, au niveau international, a l’expérience de la lutte contre le communisme ;
    4. le capitalisme dans les pays impérialistes a développé des mécanismes qui lui permettent de se maintenir malgré les crises économiques.


    Du côté du prolétariat :

    La stratégie insurrectionnelle est devenue l’unique stratégie mise de l’avant dans l’Internationale communiste (IC), elle exigeait une préparation minutieuse et de tous instants. Tous les Partis communistes devaient disposer d’un appareil illégal, de caches d’armes et de milices entraînées afin d’être prêts pour le moment où les conditions seraient réunies pour l’insurrection.

    En général, le bilan de l’application mécanique de cette stratégie n’est que celui d’une longue succession d’échecs coûteux. Défaite à Berlin (1919) – défaite en Hongrie (1919) – défaite à Hambourg (1923) – défaite à Tallin (1924) – défaite en Italie et prise du pouvoir par les fascistes – défaite en Allemagne et prise du pouvoir par les nazis – Lituanie (1926) – Autriche (1933) – Espagne (1936-1939) – Salazar au Portugal, etc. Partout la bourgeoisie, menacée par l’insurrection, a pris les devants et empêché la concentration des forces prolétariennes.

    Le problème de la stratégie insurrectionnelle, c’est qu’elle repose sur une conception stéréotypée de ce qu’est une situation révolutionnaire et qu’elle ne permet pas de faire face à l’État bourgeois moderne et à l’armée bourgeoise moderne des capitalistes. L’expérience historique démontre pourtant que se lancer dans une guerre sans préparation militaire adéquate est non seulement un jeu dangereux, mais que c’est une entreprise vouée à l’échec.

    La théorie insurrectionnelle a eu dans le mouvement communiste deux effets particulièrement destructeurs :

    Premièrement, l’attente d’une crise révolutionnaire dans les pays impérialistes, suite à la Deuxième Guerre mondiale, a débouché sur l’insertion prolongée dans la légalité bourgeoise, ce qui a permis au révisionnisme moderne de bien mener son travail de sape dans les organisations nées de la première vague révolutionnaire (1917-1949).

    Tandis que le capitalisme amorçait une période de croissance et de développement (1945-1975), période qui s’est caractérisée par les grandes conquêtes sociales du prolétariat dans les pays impérialistes et par les victoires des luttes de libération nationale dans les pays dominés, les révisionnistes ont pu bénéficier de ces gains qui cautionnaient leur conception du monde : coexistence pacifique et possibilité d’arriver au socialisme par des moyens pacifiques. Partout, les puissants Partis communistes ont été récupérés par le capitalisme à visage humain et intégrés à l’appareil d’État capitaliste par le biais du parlementarisme.

    Sans direction réellement révolutionnaire, les masses ont tout de même réussi à arracher des améliorations dans les pays impérialistes et dominés. Pourtant ces améliorations, quoique importantes, n’ont pas, dans les faits, altéré le système capitaliste. Au plus, elles ont amélioré le sort des masses temporairement, tout en accentuant les contradictions du système capitaliste.

    Par ailleurs, les conquêtes du prolétariat et le développement du capitalisme ont profondément transformé le prolétariat. Ce dernier a vu ses rangs grossir de façon importante durant le renversement du cycle économique (1975-2005) alors qu’une nouvelle période de crise du capitalisme et d’offensive de la bourgeoisie, tant au niveau international que national, s’est installée.

    Il est à noter que, durant les années 1970, la grande majorité des nouvelles organisations révolutionnaires nées de l’effervescence des masses, incluant le mouvement marxiste-léniniste dans sa presque totalité, n’a pas dépassé ce même horizon du cadre de domestication imposé par le capitalisme. Au plus l’a-t-il débordé de temps à autres sans jamais réellement le menacer.

    Aujourd’hui encore, la majorité des organisations du mouvement communiste croient que la puissance dont dispose la bourgeoisie impérialiste impose la stratégie insurrectionnelle parce que :

    1. Dans les pays impérialistes, la classe dominante est centralisée et dispose d’un État fort qui a des ramifications qui s’étendent sur tout le territoire. Cet État dispose de la technologie et des moyens de transport et de communication qui permettent de déplacer rapidement et massivement les forces armées.
    2. La condition générale des masses ne les pousse pas à être des participantEs actifs et actives dans la guerre révolutionnaire, si ce n’est lors des périodes relativement rares de crises intenses du capitalisme et de toute la société.


    Deuxièmement, pour certains, cela a confirmé l’idée que la révolution suit un mouvement particulier. Selon eux, elle doit se développer en premier lieu dans les pays dominés, puis, quand un nombre suffisant de ces pays (quantitativement et qualitativement) auront réussi leur révolution, les conditions seront là pour que ce mouvement se poursuive dans les pays impérialistes.

    Cela a aussi cautionné l’adhésion à la théorie insurrectionnelle sous la forme de la stratégie du vide qui veut que plus on s’éloigne des pays impérialistes, plus la lutte armée se justifie et que plus on s’en rapproche, plus la lutte armée devient impossible, voire terroriste-élitiste.

    Finalement, toutes ces élaborations ont été autant de freins importants au développement de la révolution dans le monde. Pourtant, la stratégie insurrectionnelle, qui par ailleurs est la seule à avoir été appliquée dans les pays impérialistes, ne repose sur aucune expérience positive significative depuis la révolution russe.

    Dans un cas comme dans l’autre, cela débouche, de façon exclusive, sur un travail révolutionnaire légal. L’objectif, c’est alors d’utiliser l’agitation et la propagande communiste dans les masses jusqu’à ce que les révolutions dans les pays dominés accélèrent les possibilités d’une crise révolutionnaire. Il serait alors possible de profiter d’une situation où la bourgeoisie impérialiste serait suffisamment affaiblie pour lui porter de puissants coups, l’objectif avoué étant de regrouper les éléments d’avant-garde afin d’être à la hauteur de la situation dans la période à venir et de pouvoir relever les défis, et y saisir les occasions qui se dégagent de la crise profonde qui touche d’une façon ou d’une autre toutes les forces impérialistes ou réactionnaires dans le monde.

    Selon nous, cette conception stratégique du travail communiste dans les pays impérialistes retarde l’avance de la révolution.

    1. Elle entretient le refus ou l’incapacité à comprendre les causes qui ont empêché le mouvement communiste de progresser dans les pays impérialistes durant la première vague des révolutions prolétariennes et nous condamne donc à répéter les mêmes erreurs.
    2. Elle permet à l’opportunisme de droite et à l’économisme radical de se développer dans nos rangs.
    3. Elle ne permet d’organiser les masses qu’à l’intérieur du cadre imposé par la bourgeoisie.
    4. Elle retarde la construction, même embryonnaire, d’une armée rouge.
    5. Elle développe un internationalisme passif.


    Même si elle a permis la victoire en Russie, la Voie d’Octobre, c’est-à-dire le processus qui s’amorce par une insurrection urbaine, ou par des insurrections multiples et simultanées débouchant sur une guerre civile, n’est plus valide pour les pays impérialistes comme stratégie de prise de pouvoir. Pour retrouver sa validité, l’insurrection doit s’intégrer dans une stratégie plus vaste.

    L’effet immédiat et visible de l’adhésion à la stratégie insurrectionnelle, c’est qu’après plus de 80 ans de combat communiste, et depuis la révolution russe en particulier, toutes les révolutions se sont développées loin des centres impérialistes du monde.

    Il est possible, voire probable, qu’à terme la prise du pouvoir par le prolétariat comporte une phase insurrectionnelle, que suite au développement de la guerre révolutionnaire, la bourgeoisie se retrouve en crise et qu’elle soit dans l’impossibilité de gouverner. Mais de présupposer que, suite au seul travail d’agitation – même étalé sur plusieurs années – lorsque surgira une situation révolutionnaire, les masses se mettront en mouvement en acceptant d’emblée la direction des communistes, c’est risquer de se faire voler à tous les niveaux l’initiative par la bourgeoisie.

    La Guerre populaire, un point de vue général

    La révolution exige des communistes d’être préparéEs à saisir toutes les occasions. Cette préparation ne doit pas être limitée à la simple agitation et à la propagande, d’autant plus que, depuis la première vague des révolutions, les bourgeoisies des principaux pays impérialistes en ont profité pour engranger une somme importante d’expériences dans la lutte contre le communisme et la révolution, tout en développant des capacités militaires et technologiques gigantesques.

    Pour qu’il soit possible de disposer de forces suffisantes pour saisir toutes les occasions et faire face à toutes les situations, il faut avoir appris à combattre. Et apprendre, c’est aussi une activité pratique, qui se développe quand on en fait l’expérience.

    Toutes les révolutions sont liées les unes aux autres. Les luttes menées par les peuples des pays dominés contre l’impérialisme aident à faire progresser la révolution ici, mais l’inverse est également vrai. Selon nous, si la révolution se développe dans les pays les plus arriérés et difficilement dans les métropoles impérialistes, cela n’a pas seulement à voir avec les conditions matérielles de la lutte, mais aussi avec les conditions subjectives.

    Par exemple, le succès de la révolution russe de 1917 a relancé le combat communiste et propagé le marxisme-léninisme dans le monde, tout comme l’étude et la compréhension des questions militaires touchant l’insurrection. L’Internationale communiste a donné de nombreuses indications théoriques et pratiques concernant cette dernière, confirmant par le fait même son caractère stratégique de la plus haute importance.

    C’est par volonté de faire avancer la révolution ici, par nécessité d’être prêtEs à affronter la bourgeoisie et tout ce qu’elle peut lancer contre nous – ne tue-t-elle pas des millions de personnes à chaque année – que nous appuyons l’expérience la plus forte qui ait existé : la Guerre populaire prolongée (GPP). Selon nous, cette dernière trouve des applications dans les pays impérialistes et l’emporte sur la thèse de la théorie insurrectionnelle qui ne peut plus être la stratégie adéquate pour renverser la bourgeoisie.

    Pour le PCR(co), être pleinement participant au mouvement révolutionnaire signifie :

    1. adhérer pleinement au maoïsme ;
    2. développer la stratégie de la GPP appliquée aux conditions concrètes du Canada, en s’appuyant sur la notion de bases urbaines, afin d’y faire la révolution le plus rapidement possible ;
    3. se lier au niveau international aux autres Partis maoïstes.


    Avec la GPP, les forces révolutionnaires au Canada et dans le monde mettent en application la stratégie la plus élaborée du prolétariat en ce qui a trait à la question de la prise du pouvoir. La GPP permet d’unir tout ce qui peut être uni contre l’impérialisme canadien et mondial.

    La GPP a une valeur universelle, c’est-à-dire qu’elle est applicable partout, dans tous les types de pays, en tenant compte des conditions concrètes qui règnent. C’est exactement ce que nous a démontré le Parti communiste du Pérou et ce que nous démontre le Parti communiste du Népal (maoïste). Ces Partis ont appliqué la GPP (les lois générales de la GPP) aux conditions concrètes (les lois particulières de la GPP), applications qui ont été formulées respectivement dans la pensée Gonzalo et la voie de Prachanda.

    Pour briser tous les obstacles qui se dressent devant nous et qui empêchent le progrès, pour abolir le capitalisme, nous défendons la thèse qu’il faut dans les pays impérialistes mener la guerre révolutionnaire. Aujourd’hui, être révolutionnaire signifie être maoïste et s’appuyer sur les apports du président Mao tant en termes d’approfondissement du marxisme et du léninisme que de la réponse qu’il a su apporter pour les révolutionnaires en ce qui a trait à une stratégie cohérente et réellement révolutionnaire permettant d’abolir le capitalisme. Comme l’indique le programme du PCR(co), nous considérons qu’avec les apports de Mao, la science révolutionnaire du prolétariat a connu un bond important grâce à la théorie de la GPP.

    Mao, tout comme Lénine, est parvenu à expérimenter et à développer une ligne militaire gagnante. Même si Mao a développé la stratégie de la GPP dans les conditions de la Chine des années 1930-1940 – c’est-à-dire dans les conditions de la révolution dite de démocratie nouvelle – il a aussi contribué à faire progresser de façon inestimable la science de la révolution en ce qui a trait aux questions militaires.

    Parmi ces principes, certains ont une valeur universelle.

    1. La guerre révolutionnaire, c’est la guerre des masses. On ne peut la faire qu’en mobilisant les masses, qu’en s’appuyant sur elles. (Soucions-nous davantage des conditions de vie des masses et portons plus d’attention à nos méthodes de travail, O.C., t. I) Elle permet de libérer le plein potentiel des masses. La guerre révolutionnaire repose essentiellement sur l’énergie, la conscience et l’abnégation des masses qui, à travers la Guerre populaire, développent leurs capacités à diriger la société.
    2. Le pouvoir est au bout du fusil.
    3. Le Parti commande au fusil. Le Parti révolutionnaire doit diriger l’armée révolutionnaire et la guerre révolutionnaire. L’armée ne doit jamais diriger le Parti et devenir la force dirigeante de la révolution ou une force indépendante du Parti.
    4. Stratégiquement, il est important de compter sur ses propres forces.
    5. Ce sont les hommes et les femmes des masses qui représentent la force décisive et non les armes, même les plus modernes.

       

      «Les armes sont un facteur important, mais non décisif, de la guerre. Le facteur décisif, c’est l’homme et non le matériel. Le rapport des forces se détermine non seulement par le rapport des puissances militaires et économiques, mais aussi par le rapport des ressources humaines et des forces morales. C’est l’homme qui dispose des forces militaires et économiques.»
      (De la guerre prolongée, O.C., t. II)

    Les aspects universels

    Les lois de la révolution nous enseignent qu’il faut un Parti né et trempé dans la lutte des classes pour diriger le processus révolutionnaire et que ce Parti doit être intimement lié aux masses et aux organisations générées par les masses. Ce Parti maoïste doit guider la mobilisation des masses dans tous les domaines, à tous les niveaux et par tous les moyens. Le Parti doit diriger et susciter la mobilisation des masses pour défendre toutes les conquêtes que la bourgeoisie impérialiste tente d’éliminer. Il doit diriger et promouvoir la mobilisation des masses pour ravir à la bourgeoisie impérialiste toutes les autres conquêtes nécessaires. Le Parti doit apprendre et généraliser les lois selon lesquelles la révolution se déroule. C’est seulement alors, sur la base de cette expérience, que les masses dirigées par le prolétariat mèneront une partie croissante de leurs luttes et de leurs forces dans la guerre. Celle-ci deviendra alors la forme principale de l’antagonisme entre le prolétariat et la bourgeoisie.

    L’objectif du Parti est la conquête du pouvoir et sa défense, à travers l’initiation et le développement de la Guerre populaire.

    Les lois de la révolution nous enseignent qu’il faut une armée révolutionnaire pour diriger les masses lorsque celles-ci abandonnent le terrain de la discipline imposée par l’État bourgeois. Mao précise : celui qui veut s’emparer du pouvoir d’État et le conserver doit posséder une forte armée. Mais construire une armée ne s’improvise pas. On ne peut laisser cela à la seule spontanéité.

    Dans la voie qui mène à la révolution, les communistes doivent, sur la question militaire, être à l’avant-garde des masses révolutionnaires décidées à recourir à la violence organisée. La lutte des classes, en s’intensifiant, tant en profondeur qu’en étendue, donne invariablement naissance à un groupe d’hommes et de femmes prêts et prêtes à s’engager directement, avec tous les risques que cela comporte, dans l’action révolutionnaire totale contre le capitalisme et son État afin de renverser le capitalisme.

    Pour le Parti, il s’agit de savoir comment utiliser ces forces naissantes, éparpillées et souvent politiquement confuses, afin qu’elles servent à la révolution au Canada. L’objectif premier, c’est la construction du Parti révolutionnaire dont le prolétariat a besoin pour mener son combat tout en permettant de forger, à même la lutte des classes, les premiers éléments d’une armée populaire.

    Cet embryon de la future armée populaire devrait, à son tour, ouvrir la voie aux masses prolétariennes qui, peu à peu, délaisseront le cadre de domestication imposé par la bourgeoisie. La violence révolutionnaire peut prendre de multiples formes. Il y a celle qui est portée par l’avant-garde et celle qui est générée par la colère des masses. L’une et l’autre sont deux facettes du même phénomène révolutionnaire, l’une étant la forme organisée de cette violence – guérilla, guerre de partisans, guerre révolutionnaire – et l’autre sa forme spontanée.

    Mao a établi les normes de la construction d’une armée révolutionnaire. Cette armée se différencie des armées bourgeoises par le fait qu’elle sert à l’accomplissement des tâches politiques que le Parti établit en fonction des intérêts du prolétariat et du peuple.

    Les lois de la révolution nous enseignent qu’il faut former un front uni entre les masses révolutionnaires et tous les groupements révolutionnaires placés sous la direction d’un tel Parti. Le front permet le rassemblement de toutes les forces révolutionnaires qui luttent contre les forces de la réaction à travers la Guerre populaire. Dans un pays impérialiste moderne, ce front s’appuie sur la direction du prolétariat représenté par le Parti et doit garantir la suprématie du prolétariat dans la révolution, tout en permettant au camp de la révolution de s’accroître au maximum.

    Les aspects particuliers

    • Sur la situation révolutionnaire

    Depuis l’avènement de l’impérialisme, le système capitaliste est traversé par des cycles économiques contradictoires. Les attentats du 11 septembre n’ont fait qu’accélérer le mouvement de crise de la société capitaliste et la difficulté pour les capitalistes, dans le cadre actuel, de poursuivre l’accumulation. Ces derniers doivent enlever aux masses, et au prolétariat surtout, tout ce qu’elles ont pu arracher lors de la période 1945-1975.

    Que comprendre de la situation actuelle? On peut constater qu’au niveau mondial, une étape du capitalisme se termine et qu’une nouvelle émerge. Cela se manifeste dans la mobilisation réactionnaire et dans la mobilisation révolutionnaire des masses. Soit la bourgeoisie conserve son contrôle sur les masses et réussit à les maintenir à l’intérieur de son cadre de domestication – à titre d’exemple, des millions de personnes ont manifesté contre la guerre injuste menée par les États-Unis contre l’Irak sans que cela ne change fondamentalement rien à leurs plans – soit les forces de la révolution dirigeront les masses. La révolution avancera alors et la nouvelle société se séparera de l’ancienne. C’est ce qui se passe présentement au Népal.

    L’ensemble des mobilisations (révolutionnaires et réactionnaires) font du monde actuel, un monde instable où se développe une crise révolutionnaire affectant l’ensemble des pays à différents niveaux. Ainsi, nous nous retrouvons au niveau mondial, avec :

    • un aiguisement des contradictions inter-impérialistes,
    • un aiguisement des contradictions entre les pays impérialistes et les peuples des pays dominés,
    • un aiguisement des contradictions au sein des bourgeoisies nationales,
    • un aiguisement des contradictions entre la bourgeoisie et le prolétariat avec une accentuation de la pression contre le prolétariat et la perte des conquêtes réalisées dans la période précédente.


    Le tout forme un mélange hautement volatile attendant d’exploser sous une poussée révolutionnaire suffisante.

    Nous sommes au début de l’époque des nouvelles tempêtes révolutionnaires où les forces de la révolution, grâce au maoïsme, s’arment adéquatement pour briser l’ordre capitaliste! Cette période, nous devons la rendre la plus profitable possible afin de faire avancer la révolution et de multiplier les gains.

    • Le paysage canadien

    Au Canada comme dans l’ensemble des pays impérialistes et bientôt l’ensemble des pays du monde, la Guerre populaire se déroulera surtout dans les zones urbaines. Le Canada est un pays impérialiste fortement urbanisé, 79,7% de la population vit en ville. Plus de 51% de la population urbaine du Canada est concentrée dans quatre régions :

    • le sud de l’Ontario,
    • Montréal et ses environs,
    • la vallée du bas Fraser et le sud de l’île de Vancouver en Colombie-Britannique,
    • le couloir de Calgary à Edmonton.


    Ces quatre grandes régions représentent aussi le cœur de l’impérialisme canadien.

    L’appareil d’État est puissant et sophistiqué. Une seule classe s’y est assuré une abondance de richesses : la classe des capitalistes. Cette classe hautement parasitaire est très puissante et représente environ 5 à 7% de la population (près de 2 millions de personnes) et elle exploite férocement le prolétariat canadien. En 2004, le Canada comptait environ 60 000 policiers (188 policiers pour 100 000 habitants). Mais cela ne tenait pas compte de la montée fulgurante des agences privées qui, de plus en plus, patrouillent les zones industrielles et les zones urbanisées pauvres des grandes villes comme Toronto en lieu et place de la police.

    Malgré sa petite taille, 83 952 personnes parmi lesquelles on retrouve 62 000 militaires dont près de la moitié sont des membres de la milice (réservistes), l’armée canadienne est une organisation efficace au service de la bourgeoisie. Elle est basée sur une structure régionale de commandement formée de quatre secteurs (l’Ouest, le Centre, le Québec et l’Atlantique) qui couvrent l’ensemble du territoire. Environ 1 500 soldats sont présentement déployés dans différentes opérations internationales, la plus grosse étant l’opération Athéna en Afghanistan. Donc, malgré la cosmétique humanitaire dont elle se pare, le rôle de l’armée canadienne est essentiellement d’assurer la défense du capitalisme au Canada.

    Plus de 65% de la population du Canada se retrouve dans le prolétariat, ce qui lui confère un rôle déterminant comme force dirigeante et force principale de la révolution. De plus, le prolétariat peut et doit rassembler autour de lui d’autres forces qui ont aussi intérêt à la destruction du capitalisme au Canada : les Premières Nations et certaines couches de la petite-bourgeoisie. La somme de toutes ces forces pouvant s’organiser sous la direction du prolétariat et de son Parti confère un caractère populaire à la révolution.

    Le noyau dur du prolétariat se retrouve chez les larges couches, à sa base. Ce sont les millions de travailleurs et de travailleuses qui n’ont vraiment rien à perdre mais au contraire tout à gagner au renversement du capitalisme. Ces couches comprennent :

    • les travailleurs et les travailleuses pauvres et exploitéEs, qui sont reléguéEs au bas de l’échelle,
    • les prolétaires présentement excluEs du marché du travail et qui forment l’armée industrielle de réserve des capitalistes,
    • les nouvelles couches du prolétariat issues de l’immigration,
    • les femmes qui continuent à investir massivement le marché du travail,
    • les jeunes qui font face plus que tous autres au travail précaire et sous-payé,
    • les prolétaires d’origine autochtone pour qui le chômage constitue la règle et qui souffrent de la discrimination la plus éhontée.


    Il faut aussi préciser que la société canadienne est traversée par plusieurs types de contradictions, qui sont d’ailleurs appelées à jouer un rôle plus ou moins important selon les circonstances :

    • contradictions qui opposent certains secteurs de la bourgeoisie entre eux,
    • contradictions inter-impérialistes,
    • contradictions entre la petite-bourgeoisie et les autres classes.


    Quant aux nations autochtones, dont l’oppression et le vol du territoire remontent à l’arrivée des premiers Européens en Amérique, leurs conditions ne cessent de s’aggraver. Les territoires des nations autochtones ont été une condition essentielle dans la formation du capitalisme canadien et maintenant, ils sont devenus pour ainsi dire de véritables colonies intérieures du pays.

    Toute stratégie de destruction du pouvoir de la classe capitaliste doit reposer sur une appréciation juste de ces contradictions et de leur utilisation dans le but de faire croître le camp de la révolution et d’isoler par le fait même les forces de la réaction. L’ensemble de la vie matérielle, politique, idéologique et spirituelle est influencé de façon déterminante par ce combat qui oppose de façon absolue les intérêts du prolétariat et ceux de la bourgeoisie. C’est autour de ces deux grandes classes que se forment les deux vastes camps qui s’opposent – celui de la révolution et celui de la réaction. Cela veut dire qu’aujourd’hui, la stratégie révolutionnaire au Canada doit être entièrement tournée vers la révolution socialiste.

    Première constatation : de par sa position, la bourgeoisie canadienne ne peut continuer à opérer sans changements les conquêtes arrachées par le prolétariat durant l’après-guerre : assurance-chômage, soins de santé, éducation aux frais de l’État, autres programmes sociaux, etc. La bourgeoisie est dans l’obligation, pour se maintenir au niveau mondial, de les transformer en leur contraire (rendre inopérables les programmes) ou de les faire disparaître. C’est pourquoi, depuis de nombreuses années, la bourgeoisie canadienne s’attaque directement au prolétariat et à ses organisations de défense.

    Seconde constatation : le prolétariat ne peut plus arracher, à l’intérieur du capitalisme, de nouvelles conquêtes significatives. Depuis le milieu des années 1970, le prolétariat a vu ses conditions de vie et de travail se dégrader. On assiste, pour la même période, à un important accroissement du prolétariat et à un appauvrissement marqué de larges sections qui le composent.

    Troisième constatation : une crise subite du capitalisme canadien et de son État est peu plausible. Cette possibilité est très réduite pour l’ensemble des pays impérialistes, car, contrairement à la situation de l’époque de la révolution russe, le capitalisme a, depuis, développé des méthodes et des institutions telles que les banques, les associations de capitalistes, les négociations collectives, la fiducie, la politique économique de l’État et les services sociaux.

    Ces mesures et institutions permettent à la bourgeoisie de se maintenir malgré les effets les plus destructeurs propres à l’économie capitaliste et de maintenir une stabilité politique. Bref, sous le capitalisme, les grandes et puissantes crises du début du siècle cèdent la place à de nouvelles formes de crises de longues durées.

    Quatrième constatation : au Canada, les forces de la révolution sont petites. Il existe un potentiel objectif dans le Nord canadien où se trouve une crise révolutionnaire en développement entre le capitalisme canadien et les peuples autochtones. La lutte révolutionnaire des peuples autochtones du Canada a pour objectif de libérer ceux-ci du joug impérialiste canadien. Cette lutte fait partie intégrante des possibilités de réussite de la stratégie de la GPP au Canada. On peut même dire que cette lutte devra être intégrée au front uni dirigé par le prolétariat parce qu’elle est décisivement liée à la révolution prolétarienne.

    La difficulté pour le Parti est de réussir à combiner la lutte révolutionnaire pour le socialisme à la lutte des peuples autochtones. Notre proposition d’Union des Républiques populaires d’Amérique du Nord et la lutte contre le parlementarisme et le nationalisme bourgeois sont des éléments qui favorisent cette combinaison.

    Cinquième constatation : au Canada, l’aristocratie ouvrière est puissante. Politiquement, cette couche est la voie de pénétration de la bourgeoisie dans le prolétariat et, avec la petite-bourgeoisie salariée, elle domine les syndicats. L’aristocratie ouvrière et la petite-bourgeoisie composent et la direction effective, et le gros du membership des organisations de défense du prolétariat. Ces forces sont, pour l’instant, hostiles en majeure partie à la révolution. Elles sont, en règle générale, totalement soumises à la discipline imposée par la bourgeoisie.

    Il faut tenir compte des conditions concrètes qui prévalent au Canada et probablement dans tous les pays impérialistes :

    • la force de la bourgeoisie et de ses institutions, ainsi que des différentes contradictions qui traversent la société,
    • les contradictions qui traversent le prolétariat, entre autres la mainmise idéologique de la bourgeoisie et de la petite-bourgeoisie sur les organisations prolétariennes.


    Ceci contribue à imposer un rapport de force défavorable au camp de la révolution. Ce rapport de force (tant en terme qualitatif que quantitatif) est, pour l’instant, défavorable au camp de la révolution. Ceci impose un caractère prolongé, tant dans le temps, que dans le développement de toutes les étapes menant au renversement de la bourgeoisie.

    • La période préparatoire

    Pour réussir, la GPP dans un pays impérialiste doit être précédée par une préparation politique, organisationnelle et militaire. L’accumulation et la formation des forces révolutionnaires se fait graduellement à l’intérieur de ce type de société. Le Parti doit éviter, par une conduite tactique adéquate, d’être contraint à un affrontement décisif tant que les forces révolutionnaires ne seront pas supérieures à celles de la bourgeoisie impérialiste.

    L’étape où l’avant-garde lutte pour créer un Parti révolutionnaire, une armée révolutionnaire et des organisations nouvelles et authentiquement prolétariennes afin que les masses populaires puissent apprendre à organiser le futur pouvoir prolétarien – comités, conseils populaires – correspond à un processus obligatoire d’organisation qui permet, par la suite, d’amorcer la première phase de la GPP : la défensive stratégique. Nous appelons cette phase préparatoire : phase de l’accumulation des forces. La stratégie révolutionnaire dans un pays impérialiste comme le Canada exige cette préparation politique, organisationnelle et militaire.

    Pourquoi une période préparatoire?

    1. Il s’agit de contester le quasi-monopole politique qu’exerce la bourgeoisie en répandant les idées communistes, le programme communiste, en prenant place dans toutes les sphères de l’activité des masses pour qui cette activité se déroule principalement, pour l’instant, dans la légalité bourgeoise.
    2. Il s’agit aussi de contester le monopole complet sur la violence que la bourgeoisie impose. Cette lutte ne peut se développer intégralement dans le cadre de la légalité bourgeoise, sinon de manière partielle et limitée dans le temps. Cela implique que, peu à peu, une rupture radicale d’avec le capitalisme – rupture en terme de projet, mais aussi contestation de l’ordre établi – puisse se matérialiser.


    Le tout correspond à l’unité des contraires. Il nous faut travailler à l’intérieur de la légalité et à l’extérieur de la légalité jusqu’à ce que le second terme devienne le pôle dominant. Cela découle, comme nous l’avons mentionné, des conditions matérielles de la lutte des classes au Canada qui impose un caractère prolongé à la révolution et qui se traduit par le fait que les forces révolutionnaires vont croître dans la mesure ou l’activité des masses se déplacera de l’un vers l’autre.

    Pour l’instant, la violence et les débordements des masses sont spontanés. Cette violence n’est pas consciente. Elle ne vise pas à renverser le système capitaliste, mais n’est qu’une réponse aux effets de l’exploitation. Le Parti doit savoir diriger et canaliser cette violence pour l’orienter, en premier lieu, vers la construction du Parti lui-même.

    L’accumulation de forces devrait, par la suite, permettre au Parti de développer une armée révolutionnaire. L’armée révolutionnaire est la forme supérieure et organisée de la violence spontanée des masses contre le capitalisme. Elle concentre la violence de classe et est la matérialisation d’une rupture radicale d’avec le capitalisme.

    «L’armée révolutionnaire est indispensable pour la lutte militaire et pour donner une direction militaire aux masses populaires contre les restes de la force armée de l’autocratie. L’armée révolutionnaire est nécessaire parce que la force seule peut résoudre les grands problèmes historiques, et parce que l’organisation militaire est, dans la lutte contemporaine, celle de la force.»

    (Lénine)

    Pour parvenir à jouer son rôle, l’armée révolutionnaire doit d’abord exister. Elle doit posséder une existence propre même si elle se place sous la direction du Parti. Cela implique aussi et surtout qu’elle doive développer la lutte armée avant que celle-ci soit la forme principale de combat du prolétariat, précisément pour démontrer la validité de cette voie au prolétariat.

    Dans la première phase de l’accumulation des forces, les forces embryonnaires de l’armée rouge développent une activité politique à partir d’actions militaires que l’on appelle de la propagande armée. Le but de la propagande armée n’est pas de faire la guerre au capitalisme, mais de faire connaître le projet révolutionnaire tout en permettant de faire gagner de l’expérience à ses futurEs cadres.

    À cette étape la guérilla, avec les actions armées, poursuit prioritairement des objectifs idéologiques. L’activité croissante de guérilla permet de mieux démarquer les camps qui s’opposent, d’influencer la lutte des classes et d’accumuler des forces pour tout mouvement révolutionnaire.

    L’expérience des Brigades rouges (BR) en Italie (1971-1976) a démontré que la propagande armée était une méthode efficace pour accumuler des forces dans un pays impérialiste. La même expérience (1976-1982) a aussi démontré que cette activité devait être guidée par une ligne juste pour ne pas sombrer dans le militarisme, l’économisme, le syndicalisme armé ou le subjectivisme.

    Ainsi dans le cas des BR, d’importantes forces ont été accumulées dans la mesure où elles mettaient en pratique la propagande armée pour construire le Parti communiste. Mais lorsque les BR ont quitté ce terrain pour se lancer dans une guerre contre l’État alors que les conditions matérielles n’étaient pas mûres, elles se sont séparées des masses et ont été défaites.

    Au Canada, il y a aussi eu des expériences de guérilla. Ainsi, dans le cadre de la lutte des Métis au Manitoba, la guérilla de Gabriel Dumont a, entre autres, sérieusement défait l’armée canadienne à Duck Lake. Au Québec, le FLQ (1962-1970) a aussi développé une activité de guérilla urbaine, mais celle-ci était fondée sur des conceptions guévaristes et ne visait pas à accumuler des forces, mais plutôt à susciter l’activité des masses par la multiplication de l’exemple.

    Ce que démontrent ces exemples tirés de l’histoire, c’est la nécessité :

    1. de s’appuyer sur une ligne juste,
    2. de construire un Parti séparé de l’organisation de guérilla qui prend en charge tous les aspects de l’activité des masses,
    3. d’avoir une stratégie de renversement du pouvoir,
    4. de la direction et de la participation du prolétariat,
    5. de créer des bases d’appui.


    Cependant, il faut faire attention. Cette période ne correspond pas encore, ni ne peut être confondue, avec le début de la GPP. Celle-ci se mène directement contre la bourgeoisie et son État. Elle vise la prise du pouvoir par le prolétariat révolutionnaire, la destruction de l’appareil d’État bourgeois, l’instauration d’un État prolétarien, le renversement du système capitaliste et l’instauration du socialisme.

    • La défensive stratégique

    La défensive stratégique, c’est à proprement dit l’initiation de la GPP. Les brigades de propagande armée doivent alors se multiplier et le Parti doit construire les premières unités de partisans.

    Comme il est difficile de dissimuler des unités plus importantes, ou même de les soutenir en termes logistiques, le problème suivant se pose : comment réussir, dans un pays impérialiste, à poursuivre la lutte révolutionnaire et à construire des bases stables pour développer la Guerre populaire alors que l’ennemi contrôle tout le territoire?

    En Chine, la guerre révolutionnaire a profité de bases rouges, de zones libérées où les réactionnaires ne pouvaient pas aller et où la transformation révolutionnaire des rapports sociaux commença directement. Dans les métropoles impérialistes, cela ne peut s’appliquer intégralement. Au début, les unités de partisans fonctionneront probablement dans des zones de guérilla. Ce n’est qu’après la prise de centres urbains, que devraient apparaître les bases d’appui temporaires, puis les bases d’appui stables.

    L’expérience du mouvement communiste nous enseigne qu’il est possible de créer de telles bases. Pour ce faire, les révolutionnaires doivent s’appuyer résolument sur les masses et procéder à partir d’elles en construisant les bases politiques permettant la création de bases d’appuis stables, selon la ligne ne pas avoir/avoir, de petit/à grand, d’imparfait/à plus que parfait.

    Pendant la phase de propagande armée, les brigades doivent éviter de se fixer en un lieu. Elles doivent plutôt couvrir un vaste territoire appliquant le principe de mobilité – mordre et fuir. Les bases sont conséquemment limitées au besoin des opérations.

    Mais avec le début de la GPP, les unités de partisans peuvent normalement opérer dans des zones de guérilla. Les zones de guérilla sont formées par des réseaux clandestins et des organismes générés par le Parti ou par les masses prolétariennes qui contestent l’exclusivité du pouvoir bourgeois. L’exemple le plus évident de zones de guérilla est l’Europe sous l’occupation nazie. Des centaines de réseaux, de journaux et de groupes ont alors été organisés par des milliers de personnes en toute clandestinité.

    Durant la Deuxième Guerre mondiale, les actions des partisans étaient appuyées par un vaste travail clandestin dans les milieux prolétariens, allant de la production de journaux pour revendiquer les actions, jusqu’aux sabotages ciblés, le tout formant une toile clandestine entourant l’ennemi.

    En Italie, plusieurs grandes villes – Gênes, Turin, Milan – ont été libérées par les partisans dirigés par le PCI avant même que les forces alliées ne s’en approchent. Les partisans, en Italie, ont, malgré eux, combiné la Guerre populaire avec l’insurrection, à Gênes entre autres.

    Les unités de partisans, en plus de poursuivre l’activité de propagande armée de la première étape, pourront y ajouter des attaques contres les institutions et les personnes qui représentent le pouvoir bourgeois. Le passage de brigades de propagande armée à unités de partisans sous-entend que le Parti se soit solidement implanté dans les masses et que celles-ci acceptent sa direction politique.

    Si l’impérialisme américain s’intéresse plus particulièrement à la situation, c’est-à-dire s’il intervient indirectement puis directement pour appuyer la bourgeoisie canadienne, le Parti communiste révolutionnaire devra avoir prévu cette intervention en dirigeant le front uni qu’il aura construit contre la bourgeoisie canadienne et l’impérialisme américain.

    Cette intervention de l’impérialisme américain va assurément mettre en lumière le caractère stratégique d’une bonne préparation militaire pour faire face à une armée puissante et moderne. Cela exigera des forces de la révolution une préparation importante.

    Parce que les forces de la révolution seront dispersées, le pays ressemblera probablement à un jeu d’échecs où les cases occupées par les forces de la bourgeoisie correspondront à des secteurs précis – quartiers bourgeois, centres de télécommunication, centres financiers, bases militaires – entourés de zones de la guérilla qui, elles, seront invisibles et cachées, mais en opération. Ici, il sera probablement possible de combiner deux stratégies appliquées au Vietnam, celle du guépard – le territoire est tacheté par les zones de guérilla – et celle de la pelure de banane – s’attaquer à la périphérie des zones ennemies.

    La proximité entre les zones de guérilla et les zones contrôlées par la bourgeoisie devrait favoriser la guérilla qui a le loisir de concentrer ses forces pour s’attaquer à des objectifs stratégiques, tout en diminuant les risques d’un encerclement important de l’ennemi, en plus de rendre inutilisable une partie de l’arsenal militaire à cause de cette proximité. À ce moment, la combinaison des attaques stratégiques de la guérilla et de l’insurrection dans une grande ville devrait permettre la création des premières bases d’appui stables et la combinaison à un niveau supérieur de la guerre de guérilla et de la guerre de mouvement menée par des unités régulières de l’armée rouge.

    Avec l’apparition des bases d’appui stables, le nouveau pouvoir révolutionnaire s’afficherait ouvertement. Cela signifie aussi que l’étape de l’équilibre stratégique serait atteinte alors que deux pouvoirs s’affronteraient. Un front stable se dessinerait probablement entre les deux forces qui s’opposent. Cependant, contrairement aux pays dominés, le rôle des bases d’appui stables dans un pays capitaliste comme le Canada, à cause de la proximité, serait totalement tourné vers la guerre et la destruction de l’ennemi et, plus tard seulement, vers la construction du nouveau pouvoir. La lutte pourrait même se poursuivre au sein des bases d’appui.

    Ces bases d’appui seront indispensables, tout comme elles l’étaient en Russie :

    «Le gouvernement révolutionnaire est nécessaire pour assurer la direction politique des masses du peuple d’abord sur le territoire déjà conquis sur le tsarisme par l’armée révolutionnaire, puis dans l’État entier. Le gouvernement révolutionnaire est nécessaire pour procéder immédiatement aux transformations politiques au nom desquelles se fait la révolution, pour établir l’auto-administration révolutionnaire du peuple, pour convoquer une Assemblée émanant réellement du peuple tout entier et réellement constituante, pour instituer les “libertés” sans lesquelles l’expression exacte de la volonté du peuple est impossible. Le gouvernement révolutionnaire est indispensable pour grouper politiquement la partie insurgée du peuple qui a rompu en fait, définitivement, avec l’autocratie.»

    (Lénine)

    Dans ce cadre, certaines villes seront appelées à jouer le rôle de bases d’appui temporaires et doivent nous intéresser plus particulièrement. Au Canada, il existe sur un territoire très vaste, entourant les quatre grandes régions du capitalisme canadien, une multitude de communautés qui ont la caractéristique d’être composées en majeure partie par le prolétariat. Ces villes sont importantes stratégiquement pour la révolution au Canada, par leur composition prolétarienne, le contrôle qu’elles exercent sur les ressources énergétiques et les différentes voies de communication. Elles constitueront peu à peu des bases solides du camp de la révolution et permettront peu à peu de vider des forces ennemies les grandes concentrations urbaines.

    La prise d’une grande ville devrait permettre de constituer et d’entraîner de nouvelles unités de l’armée rouge. Celles-ci pourront renforcer le front. Cela permettra de combiner la guerre de mouvement avec la guerre de guérilla. Cela permettra aussi de passer de la guerre d’usure à la guerre d’anéantissement et de décisions rapides permettant de s’orienter vers l’offensive stratégique qui va probablement être une combinaison de batailles et d’insurrections, jusqu’à ce que l’ensemble du territoire soit sous le contrôle du camp de la révolution.

    Pour mener une guerre révolutionnaire et faire la révolution, il faut avoir dominé et assimilé les lois selon lesquelles elle se mène. Cela est un processus moins simple qu’il n’y paraît. Son apprentissage exige de pouvoir s’appuyer sur une expérience pratique suffisante afin de tirer de justes bilans.

    Connaissance de soi, connaissance de l’adversaire, innover et avancer en matière de tactique et de stratégie, cela exige qu’aujourd’hui nous commencions sérieusement à réaliser les tâches de la révolution en étant conscients et conscientes que chacune de nos avancées fait progresser le mouvement entier.

    Comme l’écrivait Lénine il y a plus de 80 ans,

    «l’histoire en général, et plus particulièrement l’histoire des révolutions, est toujours plus riche de contenu, plus variée, plus multiforme, plus vivante, “plus ingénieuse” que ne le pensent les meilleurs partis, les avant-gardes les plus conscientes des classes les plus avancées.»


    Avril 2005


    Maosoleum (NCP-LC) : Qu'est-ce que la Guerre populaire

    Maosoleum (NCP-LC) : Qu'est-ce que la Guerre populaire


  • Commentaires

    1
    red occitània
    Samedi 10 Octobre 2015 à 16:47

    "Les bases d'appui ne doivent pas être vues comme des "zones libérées", conception révisionniste développée - par exemple - par le FMLN au Salvador, qui voit la force dans le nombre des armes et l'étendue du terrain en possession des révolutionnaires, alors que la véritable force de la révolution ce sont les masses."

     

    cette phrase est fondamentale, sinon on capte pas la GP. çà sera a développer!

     

    2
    Mardi 3 Novembre 2015 à 09:11

    Ouaip

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