• ¡ Lucio Cabañas vive ! Vengeance pour les 43 d'Ayotzinapa !


    Publié sur Facebook par l'excellent Alèssi Dell'Umbria :

    "Il y a 40 ans jour pour jour, le 2 décembre 1974, le grand Lucio Cabañas mourrait sous les balles des militaires au terme d'un affrontement dans la Sierra de Atoyac, dans l'État de Guerrero. Bien avant de fonder le Parti des Pauvres et sa Brigade de Justice, Cabañas avait fréquenté cette même école d'Ayotzinapa dont 43 élèves ont été enlevés voici deux mois par les flics narcos et qui sont toujours portés disparus. En ce 2 décembre, alors que tout le Mexique est traversé par des manifestations, alors que de nombreuses communautés du Guerrero viennent de décider de s'organiser en Conseils autonomes, alors que le seul appui qu'ont reçu les parents des 43 disparus est venu des polices communautaires indigènes du Sud du Guerrero, on ne peut pas oublier que la genèse de toute cette barbarie narco-politique se trouve quarante ans auparavant, dans la guerre contre-insurrectionnelle menée dans ce même État contre les guérillas paysannes. On ne peut plus ignorer qu'il n'y a pas d'un côté des narcotrafiquants et de l'autres un État vertueux : l'alliance des narcos, de la classe politique et des autorités militaires s'est nouée il y a 40 ans et est devenue le mode normal de gouvernance dans tout le Mexique en général, et dans le Guerrero en particulier. ¡ Lucio Cabañas vive, la lucha sigue ! ¡ Nos faltan 43 !"


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    Petite traduction libre de l'article Wikipédia en anglais : Lucio Cabañas Barrientos (né le 12 décembre 1938, mort le 2 décembre 1974) était un instituteur rural mexicain devenu guérillero révolutionnaire, bien que non-marxiste : son modèle absolu était Emiliano Zapata et il n'abandonna jamais sa foi chrétienne, comme le montre le documentaire que Gerardo Tort lui a consacré. Né dans la localité d'El Porvenir à Atoyac de Álvarez, il commence à militer alors qu'il est encore étudiant à l’École normale rurale de l'
    État de Guerrero (école de formation des instituteurs ruraux, à Ayotzinapa donc). Il est élu en 1962 secrétaire général de la Fédération des étudiants paysans socialistes.

    Devenu instituteur, il se heurte à un directeur d'école qui veut imposer le port de l'uniforme aux élèves, aux frais des familles bien sûr, ce à quoi il rétorque que la plupart des parents d'élèves n'ont même pas de quoi nourrir leurs enfants : le directeur est remplacé mais nombre de ses partisans restent. Lorsque le 18 mai 1967 un mouvement de grève se termine par une fusillade et de nombreux morts, il prend le maquis dans la montagne et s'y joint au groupe de Genaro Vázquez Rojas (l'Association civique nationale révolutionnaire - ACNR - qui mène déjà des actions de guérilla depuis plusieurs années) jusqu'à la mort de ce dernier, tué par l'armée en février 1972.

    Cabañas prend alors la tête de son propre groupe, le Parti des Pauvres (PDLP) dont la branche armée est la Brigade paysanne de Justice (Brigada Campesina de Ajusticiamiento, "pour se rendre justice" serait la traduction exacte). L'organisation compte environ 300 membres opérant principalement dans la Sierra de Atoyac, où le gouvernement bourgeois dépêche plus de 16.000 militaires (!) pour leur donner la chasse (une cinquantaine seront tués). En décembre 1974 le PDLP capture la pourriture d'oligarque Rubén Figueroa, sénateur PRI (le parti de pseudo-"gauche" qui a gouverné le Mexique sans interruption de 1929 à 2000 et de nouveau depuis 2012) et futur gouverneur du Guerrero. C'est lors d'une tentative de libération de ce dernier par l'armée que Lucio Cabañas trouve la mort ; bien que certains nieront celle-ci ou diront qu'il a d'abord été capturé puis exécuté extrajudiciairement.

    Quoi qu'il en soit, sa figure historique est devenue un emblème et un signe de ralliement pour toute la gauche populaire militante du Guerrero et de tout le Mexique, comme par exemple lors de la "Commune de Oaxaca" (2006) où son portrait côtoyait ceux du Che ou de Lénine.

    Sa dernière compagne Isabel Ayala Nava, qui avait poursuivi dans le militantisme social depuis les années 1970, a elle aussi péri assassinée dans des circonstances non-élucidées en juillet 2011 - il semblerait qu'elle exigeait une enquête sur l'assassinat d'un de ses frères.

    Le Parti des Pauvres prendra quant à lui un tournant nettement plus marxiste en fusionnant avec le Procup (Parti révolutionnaire ouvrier clandestin - Union du Peuple) en 1982. Le Procup-PDLP, dont on peut lire un très bon document ici, est à l'origine des deux principales guérillas opérant actuellement dans la Mixteca (États de Guerrero et Oaxaca) : l'EPR/PDPR (Armée populaire révolutionnaire/Parti démocratique populaire révolutionnaire) et l'ERPI (Armée révolutionnaire du Peuple insurgé, scission de la première sur une vision plus "horizontaliste"/"basiste" de la lutte révolutionnaire et de la société à construire, ce qui en ferait finalement nos "préférés" : ils ont entendu et répondu aux bonnes questions soulevées par le zapatisme sans pour autant jeter le marxisme aux orties - l'ERPI a par ailleurs annoncé la création d'une "brigade punitive" contre les personnes et les intérêts du cartel des Guerreros Unidos, en réponse au massacre d'Iguala).

     


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