• Libye 2011


    En raison du caractère prétendument "anti-impérialiste" du régime de Kadhafi et de l'intervention impérialiste (franco-anglo-US) qui se mit rapidement en place contre lui, la révolte populaire qui éclata en Libye en février 2011 fut l'occasion de très virulents "débats" (si l'on peut appeler ainsi échanges d'insultes, d'épithètes, d'attaques ad hominem etc.) entre les tenants de la véritable conception communiste-maoïste du monde ("on a raison de se révolter", "le camp du peuple est notre camp") et les courants "anti-impérialistes" "marxistes-léninistes" campistes (fans de Michel Collon etc.).

    Qui est le "colonel" Kadhafi ?


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    Depuis près de 2 semaines, la Tempête arabe a atteint la Libye du "colonel" Kadhafi, que beaucoup de révolutionnaires (dont SLP) pensaient à l'abri derrière ses revenus pétroliers. Et là, le soulèvement populaire a tourné au bain de sang : plusieurs centaines de morts, des villes rebelles bombardés par les chars et mitraillées par hélicoptère etc. Les images, atroces, pullulent en ce moment sur le Net.

    En réalité, création artificielle du colonialisme italien (en réunissant la Tripolitaine, la Cyrénaïque et le Fezzan), le pays est en train de basculer dans la guerre civile. Marquée traditionnellement par les alliances et les désalliances de tribus (ensembles de familles élargies, pouvant aller jusqu'à 1 million de personnes), la Libye connaît également une forte opposition entre Est (Cyrénaïque, Benghazi coeur de la révolte) et Ouest (Tripoli). Cependant, l'Ouest tripolitain connaît aussi des révoltes, inspirées par la Tunisie géographiquement et culturellement proche...

    Il apparaît en fait clairement que Mouammar Kadhafi, malgré ses largesses en pétrodollars et ses solides réseaux d'alliances tribales, est resté au pouvoir (bien qu'officiellement sans fonction, uniquement "Guide") beaucoup trop longtemps, au moins 20 ou 25 ans de trop...

    Malgré la sympathie qu'il a pu avoir, il y a déjà longtemps, dans les masses arabes et même mondiales, il est frappé par le même mouvement que les autres vieux despotes (Ben Ali, Moubarak ou Bouteflika, qui est un homme du même appareil depuis plus de 30 ans), tandis que les "jeunes" résistent mieux (Mohamed VI, Abdallah de Jordanie, Bachar el-Assad) : rien de plus normal, dans tous les mouvements révolutionnaires il y a des régimes qui sont les "maillons faibles". La Libye en fait manifestement partie.

    http://www.rfi.fr/actufr/images/110/kadhafi_200b_03022009.jpgMouammar Kadhafi est arrivé au pouvoir à 27 ans, en 1969, par un de ces coups d’État "progressistes", une de ces "révolutions par en haut" typiques du monde arabe, de Nasser à Kassem. Dans les années 1970, c'est un jeune nassérien, un nationaliste arabe "socialisant" (mais néanmoins clairement anticommuniste). Avec tout ce que cela (dans les conditions de l'époque) impliquait (parfois) de positif et (souvent) de négatif.

    En bon "socialiste arabe", il se rapproche de l'URSS, mais aussi de la "politique arabe" de la fraction gaulliste de l'impérialisme BBR, aux commandes jusqu'en 1976. Durant cette période, il soutiendra le sanglant despotisme "révolutionnaire " d'Amin Dada en Ouganda, également.

    Déjà peu marqué par la modestie, il pense réussir là où Nasser lui-même avait échoué : il lance toute une série de tentatives d'"Unions arabes", qui seront toutes plus foireuses les unes que les autres, à mesure que les régimes voisins abandonnent leurs dehors nationalistes pour aller vers le compradorisme pur et dur...

    En 1977, l’Égypte de Sadate prend clairement le chemin du rapprochement avec Israël et le camp occidental ; Kadhafi perd son dernier et plus proche allié. Dans le même temps, la France prend (avec l'éviction de Chirac) un virage atlantiste, qui se renforcera encore sous Mitterrand.

    C'est alors que Kadhafi lance sa "révolution verte", change le drapeau du pays en uniformément vert et publie son "Livre vert" qui se veut un nouveau "Petit livre rouge". C'est dit : Mouammar Kadhafi a inventé le "socialisme arabe islamique", le socialisme "adapté à la culture arabo-musulmane"... En réalité, le "Livre vert" est une accumulation de slogans ("associés pas salariés" ; "la maison à celui qui l'habite") banalement populistes, mêlant socialisme autogestionnaire, islam "révolutionnaire" à la Shariati et nationalisme arabe. Mais il aura un certain succès dans des milieux marxistes en perte de vitesse (dans les terribles années 1980), ainsi que dans les milieux "NR" : les "nationaux-communautaires" belges s'en réclament encore.

    Cela étant, Kadhafi, tout en restant étroitement lié à la géostratégie soviétique, mène une politique de trublion qui en fera un petit "grain de sable" dans l'énorme offensive impérialiste de l'époque, conduite par Reagan, Thatcher et Mitterrand, alors que l'URSS (en Afghanistan) tombait le masque pour se révéler une puissance colonialiste comme les autres. Soutenant les organisations palestiniennes, les révolutions anti-impérialistes en Afrique comme en 1983 au Burkina Faso, l'IRA ou encore ETA, on peut dire que durant cette courte période de 1977 à 1985, Kadhafi aura objectivement et ponctuellement "servi à quelque chose". Un Chávez arabe des années 1980...

    Mais tout cela ne pouvait pas durer très longtemps, et devait atteindre tôt ou tard ses (étroites) limites de classe... D'autant que Kadhafi, contrairement à d'autres nationalistes bourgeois, ne brille pas par son réalisme et son pragmatisme. Ses prétentions hégémoniques au "génie" révolutionnaire éloignent ses amis arabes et africains. Thomas Sankara n'est pas emballé par une conversion collective du Burkina à l'islam. L'expédition "panafricaniste" au Tchad échoue devant le régime d'Hissène Habré, appuyé par la force française Manta. En 1986, Ronald Reagan fait bombarder son palais et sa fille adoptive est tuée.

    Cette époque est celle du basculement, la paranoïa s'ajoutant à la mégalomanie : Kadhafi s'habille et vit en bédouin, parle de lui à la 3e personne etc.

    Plus sérieux (et plus grave), sur le plan politique, il retrouve la bonne vieille accointance gaulliste du "socialisme arabe", alors que Jacques Chirac est de retour à Matignon (1ère cohabitation). Renouant avec les réseaux Foccart réactivés, il organise le coup d’État de Blaise Compaoré au Burkina et l'élimination de Sankara. Dans le même temps, avec ces mêmes réseaux Foccart et Houphouët-Boigny, il organise et finance les hordes de Charles Taylor et Prince Johnson, qui seront lancées en 1989 sur le Liberia (du dictateur "reaganien" Samuel Doe) puis de là sur la Sierra Leone (et en 2002 sur la Côte d'Ivoire) : la guerre impérialiste par bandes armées interposées fera 400.000 morts en Afrique de l'Ouest. Au passage, Kadhafi se venge de Reagan et Mitterrand par les attentats de Lockerbie et du DC-10 d'UTA, actions réactionnaires contre des cibles civiles.

    Dans les années 1990, ce sera la reconquête de la "respectabilité" internationale, en livrant à la justice les exécutants des attentats de 1988-89 (dont tout le monde sait très bien qu'il est le commanditaire), et en se posant en "rempart contre l'intégrisme" : en 1996, 1.200 prisonniers "islamistes" sont massacrés à la prison d'Abu Salim. Tournant le dos à la "grande unité arabe", Kadhafi se tourne vers l'Afrique dont il se rêve en "roi des rois" : il organise même son couronnement devant un aréopage de chefs traditionnels du continent (sans doute généreusement rétribués pour leur prestation scénique). Les impérialistes regardent tout cela d'un œil attendri, comme un enfant jouant dans un bac à sable avec son costume de cow-boy... Tant que le pétrole rentre et que la forteresse Europe est bien gardée !

    Car, non content d'être un pilier de la Françafrique, le "colonel" devient dans les années 2000 le "videur" de l'Europe contre les vagues d'immigrations fuyant la misère de l'exploitation impérialiste, en échange de quelques milliards d'euros par an.

    Mieux que tout : en 2008, après une cérémonie grandiose de "réconciliation", il ouvre alors, avec Berlusconi, une véritable recolonisation du pays par l'Italie, l'ancienne puissance coloniale ! Alors qu'il en restait 1500 en 1982, les Italiens sont désormais 22.000 dans le pays, au service de monopoles impérialistes comme ENI (la multinationale énergétique), qui font du pays le premier fournisseur d'hydrocarbures de la Péninsule et sa (sans doute unique) néo-colonie.

    La révolte spectaculaire qui secoue le pays n'a pas eu, pour les révolutionnaires conséquents en tout cas, beaucoup d'illusions à balayer. Loin de la "démocratie populaire directe", la Libye est un émirat pétrolier, avec ses centaines de milliers de travailleurs immigrés (surtout africains) surexploités, tout comme en Arabie Saoudite. Loin du "socialisme arabe islamique", la dictature de classe est celle d'une oligarchie bureaucratique militaro-tribale.

    Militaro-tribale, et régionaliste : la région de Benghazi, au centre de la révolte, bastion de la résistance senoussie à la colonisation italienne, est aussi la plus délaissée par la caste dominante, plutôt issue de Tripoli et Syrte ; et la moins "arrosée" par les redescentes de pétrodollars et pétro-euros.

    Peu importe qui essaye, à l'heure actuelle, de manipuler le mouvement en cours : il est clair que les Anglo-saxons et les Israéliens, entre autres, pourraient avoir intérêt au remplacement de Kadhafi par un garde-chiourme "classique", qui leur épargnerait ses rodomontades "anti-impérialistes". Mais ces manœuvre ne font que surfer sur la vague, et cette vague, c'est celle de la Tempête arabe partie de Sidi Bouzid en Tunisie il y a 2 mois ! Kadhafi avait d'ailleurs été un grand soutien du satrape de Carthage...

    "Nous sommes les petits-enfants d'Omar Mokhtar", écrivent sur les murs les insurgé-e-s de Cyrénaïque : Omar Mokhtar était le vénérable dirigeant de la résistance senoussie contre les Italiens, pendu en 1931, à 69 ans, par les troupes coloniales fascistes. Le Peuple libyen se réapproprie son histoire de lutte pour l'émancipation, contre la domination impérialiste, laissant en l'air un "socialisme arabe anti-impérialiste" tombé dans l'auto-parodie (dont Kadhafi nous a encore gratifié dans son récent discours télévisé : tirades à la 3e personne etc.) pour le décorum, et le compradorisme clanique pour la réalité...

    Les mêmes ingrédients font là encore les mêmes plats. Champions des "agences de notation" impérialistes, les pays arabes étaient en réalité des édifices d'exploitation vermoulus, balayés par la crise mondiale. Dans l'illusion d'une "émergence" soutenue et indéfinie, ils ont formé comme futurs "petits cadres" des milliers de jeunes  des classes populaires, qui n'ont plus aujourd'hui aucun avenir et, maîtrisant parfaitement les nouvelles technologies de communication, deviennent les fers de lance de l'exaspération des exploité-e-s.

    Ce n'est pas la Révolution, loin de là. En Égypte et en Tunisie, la colonne vertébrale militaro-policière de l’État est restée intacte, il n'y a pas d'Armée du Peuple (car cela ne peut exister sans un Parti au minimum révolutionnaire), il n'y a pas eu (ou très peu) d'expropriations, sinon dans les biens familiaux de l'ancien clan régnant.

    Mais c'est dans la lutte que l'Histoire avance et que les masses forgent leur conscience, leur organisation et leur combattivité, pour un jour balayer le vieux monde et faire resplendir l'Aube nouvelle !

    À bas Kadhafi, à bas tous les satrapes des 5 continents !

    À bas l'impérialisme, vive la nouvelle vague de la Révolution mondiale !!!


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    Libye 2011


    Libye : vers une intervention impérialiste ?


    Le bruit court depuis plusieurs jours dans la web-presse de gauche radicale anti-impérialiste. Bien sûr, il faut prendre cela avec des pincettes : les bruits de ce type sont fréquents et typiques d'un certain alarmisme complotiste anti-impérialiste. À peine sortis d'Irak et encore embourbés en Afghanistan, les impérialistes US sont-ils prêts à plonger dans un nouveau bourbier ? N'ont-ils pas compris la leçon que jamais, dans un pays arabe et en général musulman, ils ne seront accueillis en libérateurs ?

    Pour autant, les choses sont à prendre au sérieux. Et voilà qu’on voit monter au créneau toute ladite « gauche radicale anti-impérialiste » contre « l’intervention impérialiste ». Celle-là même qui célébrait, à JUSTE TITRE (mais avec beaucoup d’idéalisme...) les mouvements populaires en Tunisie et en Egypte, voit maintenant dans la révolte libyenne des agents de l’impérialisme et de la CIA, voire (honte suprême !) des barbus d’Al-Qaïda, reprenant la propagande du satrape « anti-impérialiste » mais aussi les discours de l’impérialisme qu’ils dénoncent en d’autres circonstances ! Qu’en est-il réellement ?

    Il faut bien comprendre les choses. La Libye n'est pas le premier producteur de pétrole mondial (9e seulement de l’OPEP), mais néanmoins un producteur important, avec 1,8 millions de barrils/jour dont 1,5 à l'export, et surtout un pétrole de très bonne qualité, très recherché*.

    Ce pétrole est aujourd’hui essentiellement sous contrôle italien (ENI, 270.000 barrils/jour juste avant la révolte), allemand (groupe pétrochimique Wintershall, environ 100.000), espagnol (Repsol, 35.000 bls/j) ou encore autrichien (OMV AG, 33.000), le monopole français Total exportant 55.000 barrils/jour : au final, le principal acheteur de pétrole libyen est l'Italie (32%), suivie de l'Allemagne (14%), de la Chine (10%), de la France (10%) et de l'Espagne (9%). Les États-Unis, en revanche, n'achètent que 5% de l'or noir libyen ! Quant à l'impérialisme anglais, c'est encore pire : les géants mondiaux BP et Shell n'ont encore aucune production en Libye (ils n'en sont qu'à l'exploration). 

    L’Italie est l’ancienne puissance coloniale de la Libye, qu’elle a conquise sur l’Empire ottoman en 1911 et dominée jusqu’en 1942.

    scaroni 1 300x142 Giorni della collera, gelsomini? Non cambia nulla per ENI.
    Kadhafi et ses patrons de ENI-Agip

    Mais à l’origine, lors de sa découverte dans les années 1950, le pétrole était plutôt sous contrôle anglais (BP) et US. En effet, la monarchie du roi Idris était sous un quasi protectorat de l’Angleterre, victorieuse des Italiens pendant la 2de Guerre mondiale. Mais en 1971, British Petroleum sera expulsée du pays et ses puits nationalisés. Revenue dans le pays à la fin des années 2000 pour prospecter, à l'heure actuelle elle ne... produit pas de pétrole (2e compagnie mondiale !) !

    Après le coup d’Etat de Mouammar Kadhafi, en 1969, la Libye s’est comme tous les nationalismes « socialistes » arabes rapprochée de l’URSS ; mais aussi de la fraction gaulliste (« ni Washington ni Moscou ») de la bourgeoisie impérialiste française (au pouvoir jusqu’en 1976, puis 1986-88 et 1995-2007) et de l'impérialisme italien : en effet ENI, monopole d’un pays impérialiste vaincu, a souvent joué les « anti-impérialistes » en approchant les nationalistes des pays producteurs. Ainsi le premier navire pétrolier arraisonné par les anglo-américains lors du blocus contre l’Iran de Mossadegh était un pétrolier ENI.

    Après la faillite de l’URSS, le rapprochement du régime de Kadhafi s’est encore renforcé avec les « petits impérialismes », contre « l’hyper-puissance » américaine.

    Cela dit, il a maintenu des liens étroits avec l’impérialisme bleu-blanc-rouge sous la présidence de Sarkozy, pourtant très atlantiste, ainsi qu’avec Berlusconi, peu réputé pour son anti-américanisme (bien que grand ami de Vladimir Poutine également)…

    À cela se sont ajoutés d’autres intérêts, comme l’offre de Kadhafi de protéger l’Europe contre l’immigration (en parquant les immigrants dans des camps de concentration atroces), d’autres échanges commerciaux que le pétrole etc., qui rentrent en ligne de compte.

    Au final, Kadhafi, qui a pu jouer un certain rôle sur le front anti-impérialiste mondial dans les années 1970 ou début 80, est devenu un fidèle serviteur des impérialismes européens, notamment français. Mais toujours hostile aux Anglo-saxons (Angleterre, États-Unis) et à Israël.

    Un rôle qui apparaît déjà clairement dans sa participation, avec les réseaux Foccart, à l’assassinat de Thomas Sankara en 1987 ; Sankara qu’il avait soutenu lors de sa prise de pouvoir en 1983 et aux débuts de sa politique anti-Françafrique.

    Aujourd’hui, face à l’effondrement du « système Kadhafi », la position des uns et des autres est parfaitement cohérente. Les impérialistes italiens essaient de soutenir Kadhafi du mieux qu’ils peuvent, agitant le spectre du chaos et de l’islamisme. Avec plus du quart des exportations contrôlées par le géant ENI (5e monopole énergétique mondial après Exxon, BP, Shell et Total)et 22.000 "expatriés", la Libye des années 2000 est concrétement devenue une néo-colonie italienne. Il ne faut pas être particulièrement bien réveillé, pour voir que le discours de Kadhafi (raz-de-marée migratoire, Ben Laden aux portes de l'Europe etc.) recoupe exactement celui de la diplomatie italienne, d'un Frattini ou autre. En réalité, l'Italie semble être ni plus ni moins qu'en train de se faire piquer une néo-colonie par ses rivaux impérialistes... Les camarades italiens sont face à l'écueil du social-chauvinisme, un écueil redoutable que les communistes français ont maintes fois rencontrés. Ils doivent être particulièrement fermes dans la dénonciation du satrape psychopathe et de ses maîtres impérialistes. Pour le moment, les formations amies de SLP (CARC, antifascistes du Val d'Aoste) sont particulièrement claires sur ce sujet...

    Les Anglo-saxons envisagent sérieusement une action militaire (au moins aérienne) pour soutenir l’opposition et installer un gouvernement en leur faveur… Tandis que la France joue comme à son habitude une partition hypocrite, qu’elle a apprise par cœur depuis la chute de son protégé Ben Ali : faire sauter le fusible et assurer une transition rapide et « sans bavure », en évitant le « chaos » (l’ingouvernabilité) ; et accessoirement, si possible, renforcer ses positions dans le partage du gâteau pétrolier, partage assez peu favorable jusque là (4 fois moins de barrils/jour qu'ENI).

    Le tout, en essayant de faire oublier qu’elle déroulait le tapis rouge au despote en décembre 2007, et qu’encore en novembre dernier, le désormais célèbre boys band de la diplomatie Boris Boillon l’assurait du soutien indéfectible de l’impérialisme BBR.

    Dernièrement, il y a eu la proposition de Chávez, d’une « médiation » pour une « sortie pacifique de la crise ». Si l’on peut reconnaître à Chávez la constance, de ne pas retourner sa veste comme notamment un certain gouvernement BBR, sa proposition est d’un total idéalisme, montrant l’aspect petit-bourgeois du chavisme (et non l’aspect populaire et progressiste que SLP a pu défendre contre la réaction et l’impérialisme). Le cul entre deux chaises comme jamais, Chávez est tiraillé entre d'un côté sa ligne nationaliste bourgeoise classique, d’alliance « stratégique » de tous les « moutons noirs » de l’impérialisme US, de défense des « souverainetés » contre « l’Empire », et bien sûr d'intérêts pétroliers bien compris ; et de l'autre, la nécessité de maintenir son indispensable base populaire devant un massacre réactionnaire qui rappelle aux masses vénézuéliennes le caracazo de 1989 (3000 mort-e-s), et l’impossibilité de soutenir ouvertement un personnage aussi discrédité que Kadhafi, particulièrement devant les masses arabes, dont Chávez (grand pourfendeur du fascisme sioniste) est et veut rester un héros.

    Son récent discours est sans doute le plus embrouillé, confus, incompréhensible et idéaliste de sa carrière…

    Outre Kadhafi, qui l’a acceptée, la Russie et la Chine soutiennent sa proposition de médiation. Mais c’est là une position classique de leur part, et surtout politique. États impérialistes mais où le capitalisme est fragile, violemment contesté par les masses, aux mains d’une étroite oligarchie, la Russie et la Chine craignent ce type d’événements et aiment, à travers le monde, prôner la « stabilité » et la « paix civile » sur un registre nationaliste « anti-impérialiste ». Elles savent qu’elles sont les prochaines sur la liste, après les pays arabes, en termes de faible légitimité de l’ordre social dans les masses populaires.

    Néanmoins l’une et l’autre ont aussi de solides intérêts économiques en Libye, intérêts qui, pour la Russie, remontent à l’époque soviétique.

    Voilà donc pour la petite cuisine impérialiste…

    Mais cela ne doit pas nous obnubiler !

    Cela, c’est la SUPERSTRUCTURE des évènements, ce qui vient se greffer par dessus. De même que les alliances et dés-alliances féodales de tribus, les ralliements de dignitaires kadhafistes au soulèvement, bref le repartage du pouvoir (politique et économique) entre les différentes factions de la classe dominante libyenne.

    Mais l’INFRASTRUCTURE, la BASE du mouvement, est la MÊME qu’en Tunisie, la même qu’en Égypte, la même que dans tous les pays arabes. Les mêmes causes produisent les mêmes effets.

    Une richesse (surtout en Libye, avec les cours du pétrole) énorme mais de plus en plus concentrée entre les mains d’une poignée d’individu, d’une toute petite oligarchie de moins d’1% de la population ; et une population, en particulier sa jeunesse, paupérisée (encore plus depuis la phase terminale de la crise, depuis 2008), soumise à la hogra (galère, humiliation, absence de droits démocratiques et d’avenirs), un chômage de près de 30% en Libye…

    Et Kadhafi et son clan, populaires dans les années 1980 pour leur « anti-impérialisme », ne font désormais plus illusion pour personne, ni en Libye, ni dans le monde arabe et musulman en général.

    La révolte du Peuple libyen est absolument INDISSOCIABLE  des évènements tunisiens et égyptiens, et n’a pas à être traitée différemment.

    C’est l’aspect ABSOLUMENT PRINCIPAL de la contradiction, principal SUR LE LONG TERME.

    Alors bien sûr, à court terme… il n’y a pas de Parti révolutionnaire. Le camp insurgé est composé de la révolte populaire, et du ralliement de transfuges du camp Kadhafi : militaires, bourgeois, bureaucrates, qui prennent la direction de la révolte.

    À COURT TERME, il n’y aura donc qu’un ravalement de façade laissant intact le système de domination et de pillage impérialiste, avec des dirigeants plus contrôlables et moins imprévisibles que Kadhafi et ses fils ; ou à la rigueur, avec un appui militaire impérialiste aux insurgés, un repartage impérialiste du gâteau libyen, en faveur des Anglo-saxons voire des Français lésés jusque-là. Il est clair que la situation, avec encore beaucoup de partisans de Kadhafi et une tendance à la guerre civile et au chaos, incite les puissances impérialistes à intervenir pour protéger leurs intérêts et si possible, au passage, en conquérir d’autres.

    Alors, on voit la « gauche radicale anti-impérialiste » monter au créneau sur l’air de la « révolution orange », « made in CIA », pour « piquer le pétrole » d’un régime « résistant à l’Empire ». Reprenant les habituels arguments débiles : les drapeaux sont des drapeaux « monarchistes » (de la monarchie senoussie de 1951-69) et sont bien flambants neufs ; « les banderoles sont en anglais » (argument social-chauvinard et puant par excellence), « il n’y a aucune preuve », « on nous cache tout on nous dit rien », voire la reprise de l’argument… piqué par Kadhafi aux impérialistes occidentaux, à savoir la main d’Al-Qaïda (psychose entretenue par ses maîtres italiens), les « barbus » qui « depuis toujours, sont une création de la CIA »… Il ne manque plus, presque, qu’une théorie délirante, du genre que les images qu’on nous montre sont en réalité tournées par Hollywood dans le désert d’Arizona…

    Pourtant, quelle différence avec la Tunisie et l’Égypte ??? Là non plus, il n’y avait pas de Parti révolutionnaire du peuple opprimé. Là aussi, la révolution populaire a été confisquée, par des bourgeois, des bureaucrates, des féodaux et des militaires « ralliés », moyennant un repartage impérialiste du gâteau et un repartage du pouvoir entre fractions des classes dominantes.

    Là aussi, les masses se sont révoltées avec le drapeau national, celui de Bourguiba… et Ben Ali, celui de Nasser, Sadate… et Moubarak. En Libye, le drapeau de la révolte est effectivement celui du roi Idris, mais aussi de la résistance à l’occupation italienne, c’est le drapeau national ; le drapeau vert est personnellement lié à Kadhafi, qui l’a inventé en 1977 : les insurgés ne vont pas brandir la création de celui qu’ils combattent !


    Libye: Kadhafi et la Ligue arabe acceptent le


    Là encore, en Tunisie et en Égypte, l’importance révolutionnaire des évènements est À LONG TERME, à court terme il n’y a eu aucune révolution, le soulèvement populaire (faute de direction révolutionnaire) a été confisqué et Washington (toujours plusieurs fers au feu) a même admirablement tiré son épingle du jeu.

    Alors, pourquoi ne pas cracher aussi sur les révoltes tunisienne et égyptienne ?

    Tout cela n’est que de l’anti-impérialisme petit-bourgeois "radical" à la petite semaine. Ou du raisonnement « géopolitique » totalement dépassé à l’heure de la 2de vague de la révolution mondiale. Les vrais révolutionnaires internationalistes ont toutes les preuves que Kadhafi, s’il a pu appartenir au front anti-impérialiste mondial il y a bien longtemps (30 ans !), est désormais un pion de la domination impérialiste, en particulier BBR sur l'Afrique, et que son maintien au pouvoir n’apporterait rien de meilleur ni au Peuple libyen, ni à l’Afrique, ni à la nation arabe, que son remplacement par une autre clique.

    Mais il n’est de pire sourd, que celui qui ne veut pas entendre…

    Alors SLP tient à affirmer clairement sa position :

    -          Kadhafi est un ennemi du Peuple et doit être puni, la liste de ses crimes et de ses trahisons est interminable ; le prolongement libyen de la Tempête arabe est l’aspect principal ; que Kadhafi soit remplacé par de nouveaux laquais de l’impérialisme sera la réalité à court terme, mais l'aspect secondaire à long terme ;

    -          Toute intervention militaire d’un impérialisme ou d’un autre, ou ingérence en s'appuyant sur une faction de la « direction » insurrectionnelle, est un moyen de confisquer la révolte du Peuple libyen et de maintenir la domination impérialiste ; elle doit être dénoncée et combattue par la solidarité internationaliste.

    En 1898, les révoltes de Cuba et des Philippines contre le colonialisme espagnol ont été confisquées par l’impérialisme US (le terme d’impérialisme est d’ailleurs né à cette occasion), au terme de la première guerre « humanitaire » de l’Histoire (toute une propagande sur les atrocités espagnoles, etc.), pour faire de ces pays des protectorats US (que les Philippines sont encore à ce jour, sans même parler de Porto Rico annexée au cours de la même intervention). Pour autant, ces révoltes étaient-elles illégitimes ? Leurs dirigeants (très démocratiques voire socialisants comme José Marti) étaient-ils des "agents de Washington" ? Qui oserait dire une chose pareille ?!!?

    Il faut savoir être dialectique et faire la part des choses !

    De même, il faut savoir faire la différence entre court terme et long terme. Ainsi, si certains préfèrent insister sur le caractère réformiste bourgeois de l’ALBA et de Chávez (qui est effectivement déterminant à long terme, abstraction faite des délires gauchistes de « social-fascisme » à leur sujet), SLP a toujours mis en avant leur caractère À COURT TERME progressiste pour les travailleurs, libérationniste national et perturbant l’ordre impérialiste mondial (Amérique latine comme pré carré US, comme l'Afrique subsaharienne est un pré carré BBR). Cela nous a beaucoup été reproché, et voilà qu’aujourd’hui, c’est au contraire la vision à long terme qui nous est reprochée.

    Mais finalement, ultragauchiste ou révisio, le problème du contradicteur est toujours le même : l’étroitesse intellectuelle au niveau dialectique !

    Être bornées intellectuellement : voilà le point commun de toutes les lignes non-révolutionnaires, de droite (anti-impérialisme uniquement anti-US, chauvinisme, géopolitisme) comme gauchiste (purisme, dogmatisme, grands principes sans considération du réel) avec en bout de course, le même mur : la défense de l’indéfendable, les prises de position réactionnaires.

    En attendant, si un (sorti d’on-ne-sait-où) obscur porte-parole de l’insurrection a appelé la « communauté internationale » à des frappes aériennes, tout en refusant catégoriquement une intervention terrestre ; les masses insurgées, elles, ont apporté leur réponse aux plans de l’impérialisme pour soit sauver ses meubles, soit se repartager le pétrole du pays :



    Mais bien sûr, comme la banderole est en anglais… ça doit sûrement être un écran de fumée de la CIA !

     

    * Sur ce point, il est FAUX d'affirmer que "l'impérialisme" (comme s'il formait un tout : thèse kautskyste !) cherche à faire main basse sur la Libye pour exploiter les réserves qui ne le sont pas encore. Car la crise mondiale que nous traversons depuis les années 1970, et encore plus depuis la seconde moitié des années 2000, est une crise de chute tendancielle du taux de profit, une crise de SURPRODUCTION ABSOLUE DE CAPITAL (et non de surproduction de marchandise). Cela signifie que la masse de profit n'augmente plus proportionnellement à la masse de capital ; si les capitalistes investissaient dans la production tout le capital accumulé, ils ne parviendraient plus à le valoriser de manière "saine" et "normale".

    Or le pétrole est employé ESSENTIELLEMENT comme un capital (hormis quand il sert aux déplacements de loisir), même lorsqu'il sert à développer la mobilité de la force de travail. Plus précisément, c'est un moyen de production fonctionnant comme capital (Marx, Le Capital, Livre III chap. 15), exigeant de produire une valeur ajoutée proportionnelle à son augmentation en quantité.

    Les bourgeoisies impérialistes n'ont donc AUCUN intérêt à une surproduction de pétrole, puisque nous somme déjà en surproduction générale de capital ! Les guerres impérialistes en période de crise générale, outre le repartage permanent de la planète, ont aussi pour but "inconscient" la destruction de forces productives (moyens de production et force de travail), dans une sorte de "purge" de l'économie-monde. Ainsi les guerres contre l'Irak (1991 et 2003) ont eu pour effet de faire baisser la production considérablement pendant plusieurs années : chute de près de 80% entre 1989 et les années 1990, reprise entre 1998 et 2002 puis (comme par hasard) nouvelle guerre et chute de 90% entre 2002 et 2005, avant de retrouver en 2010 le niveau de 1990.


    Libye : la direction insurrectionnelle se vend aux impérialistes


    Cela était absolument prévisible et prévu, quelle que soit la dose de mauvaise foi des contradicteurs de SLP à ce sujet...

    Si l'héroïsme des masses populaires en armes, soumises à une répression sanguinaire, a été célébré ici et le sera encore, il n'y a jamais eu d'illusions à se faire sur la direction oppositionnelle, composée d'ailleurs, plus que de vieux monarchistes et pro-occidentaux de la Guerre Froide, d'éléments ralliés du régime kadhafiste. Et les inquiétudes de dirigeants anti-impérialistes comme Chávez ou Fidel Castro sont compréhensibles, à défaut d'être matérialistes...

    Là encore, la différence entre des marxistes scientifiques comme SLP et les autres, "anti-impérialistes" révisios qui ne voient dans les masses en révolte qu'un ramassis de monarchistes, d'islamistes et d'agents de la "World Company", ou ultra-gauchistes qui célèbrent (sur le mode anarcho-spontanéiste) la "révolution libyenne" et vouent leurs contradicteurs aux gémonies "fascistes" ; cette différence tient en deux points :

    - la distinction entre COURT TERME et LONG TERME, et entre SUPERSTRUCTURE et INFRASTRUCTURE ;

    - la compréhension des contradictions entre impérialismes rivaux, dans TOUTE leur complexité post-1990 (et non une vision en "2 blocs" comme lors de la Guerre Froide).

    Ainsi, la France de Sarkozy (certes la fraction la plus atlantiste de la bourgeoisie impérialiste BBR) est devenu le premier gouvernement impérialiste à reconnaître l'opposition libyenne, la direction insurgée, comme représentante légitime de la Libye.
    L'impérialisme US ne l'a pas encore fait, toutefois il est en pointe pour envisager une intervention militaire, sur laquelle l'impérialisme français est encore réservé.
    Ce sont là deux impérialismes qu'on peut considérer comme "lésés" dans le partage du gâteau libyen, par le régime de Kadhafi. Si la Libye de Kadhafi a pu être un partenaire stratégique de l'impérialisme français en Afrique, sur le plan économique (avec 55.000 barrils/jour pour TOTAL) ce n'est pas tout à fait l'hégémonie...

    L'impérialisme anglais, pour des raisons encore peu claires, est plus mitigé, notamment par la voix de la chef de la diplomatie européenne, Catherine Ashton, qui en est issue ; mais le Premier ministre Cameron, issu de la frange torie de la bourgeoisie impérialiste (plus atlantiste et plus chauvine, anti-européiste), s'est joint quant à lui à Sarkozy pour envisager rien de moins qu'une action militaire. Il faut dire que 40 ans après la "révolution" kadhafiste (renversant leur protégé, le roi Idriss  1er), les géants pétroliers de Sa Majesté, BP et Shell, n'ont tout simplement... aucune production en Libye (revenus courant des années 2000, ils en sont encore à l'exploration).

    D'une manière générale les impérialistes européens sont divisés... en fonction de leurs intérêts.


    L'Italie de Berlusconi continue de défendre bec et ongle la "stabilité" que représente Kadhafi, contre "l'invasion migratoire" et "un émirat islamique aux portes de l'Europe", ce qui est mot pour mot le discours de Kadhafi et des ses fils. En réalité, l'impérialisme italien a construit dans les années 2000 une véritable néocolonie dans son ancienne... colonie du début du siècle dernier ("Tripoli, terre enchantée", célèbre ritournelle napolitaine), et à présent, il est en train de se faire ravir celle-ci par ses rivaux les plus gourmands.

    Des émissaires de Kadhafi auraient par ailleurs été reçus en Grèce et au Portugal ; ce dernier les aurait toutefois éconduits, considérant le régime comme "fini".

    L'impérialisme allemand, malgré les affirmations de Juppé, est également moins enthousiaste que la France à reconnaître l'opposition : "Je considère (que) la situation (est) encore trop confuse pour décider comment on doit procéder", aurait dit (d'après l'AFP) le secrétaire d’État aux Affaires étrangères, Werner Hoyer à un journal. Il faut dire que la pétrochimie d'outre-Rhin (qui fut un soutien de poids du IIIe Reich !) a aussi de gros intérêts auprès de l'illuminé "Guide" et "Roi des rois d'Afrique" (Wintershall, 100.000 barrils/jour)...

     

    Ainsi, trois positions se dessinent là encore clairement au sein d'un "diplomatie européenne" et occidentale qui tient du pur rêve idéaliste petit-bourgeois : ceux qui veulent dégager Kadhafi à tout prix pour conquérir des positions (USA et leurs vassaux, voire France) ; ceux qui pensent que Kadhafi est "fini" et qu'il vaut mieux préparer l'avenir avec l'opposition, au cas où, sans trop non plus froisser le "Guide" (au cas où il l'emporterait...) ; et ceux qui le soutiennent bec et ongle sachant que dans tous les cas, ils vont y laisser des plumes (l'Italie en premier lieu). La bourgeoisie impérialiste BBR étant traditionnellement divisée (entre atlantistes et anti-américains), il s'y trouve sans doute aussi des tendances hostiles à un nouveau régime qui serait trop proche de Washington : les fameux "fachodistes" (syndrome de Fachoda), ennemis jurés des Anglo-saxons en Afrique.

    De leur côté, Russie et Chine sont sur leur ligne anti-américaine traditionnelle, et soutiennent donc Kadhafi, en tout cas s'opposent à tout soutien "précipité" à l'opposition.

     

    Cette absence d'unanimité se retrouve nettement sur le terrain, où de plus en plus les forces pro- et anti-Kadhafi se trouvent à égalité, sans parvenir à prendre l'avantage.

     

    Servir le Peuple le réaffirme clairement : les communistes révolutionnaires sont opposés et combattront, non seulement toute intervention militaire, mais également toute récupération impérialiste de la révolte libyenne.

     

    De la JUSTE révolte libyenne !

     

    Car SLP le réaffirme également : il n'y a pas à être "prudent" sur ce point, le soulèvement POPULAIRE (à l'origine) libyen est INDISSOCIABLE du reste de la Tempête arabe qui souffle depuis la Tunisie jusqu'au Yémen et au Bahreïn, et maintenant au Maroc.

    Ce soulèvement s'est simplement produit dans un pays avec moins d'unité nationale que la Tunisie ou que l’Égypte, avec des divisions régionales fortes et des enjeux tribaux, ainsi que l'enjeu pétrolier, toutes choses qui favorisent la tendance à la guerre civile et les récupérations impérialistes.

     

    Mais la TENDANCE DE FOND est la même, et par conséquent la TENDANCE À LONG TERME est la même !

    Demain, il y aura éviction et remplacement d'un ou plusieurs impérialismes par d'autres, et de la clique kadhafiste par une nouvelle clique... d'ailleurs composée à 90% de notables kadhafistes retournés  ; mais dans 5 ans ou 10 ans, les fruits de ce qu'il s'est passé de Benghazi à Zawiya, en terme de conscience politique et d'organisation des masses pour la révolution démocratique, seront là et bien là. Exactement comme en Tunisie et en Égypte, où la révolution a aussi été confisquée pour le moment !

     

    Donc, NON à l'intervention et l'ingérence impérialiste, A FORTIORI si l'impérialisme français ("notre" impérialisme) est de la partie ; mais aucune complaisance, ni défense de Kadhafi et de son clan compradore parasite : en Italie, les communistes conséquents sont en lutte depuis des années contre la tutelle (pétrole, lutte anti-immigration, investissements divers) néo-coloniale de l'impérialisme et de la clique Berlusconi, sur le régime "anti-impérialiste" dégénéré !

     

    VICTOIRE AU PEUPLE LIBYEN, VICTOIRE À LA RÉVOLUTION ARABE !


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    Libye : guerre impérialiste ou révolte populaire ?
    Il y a deux guerres !


    Au dernière nouvelles de ce matin, "Deux jours après le vote de la résolution 1973 du Conseil de sécurité de l'ONU, les forces de Mouammar Kadhafi marchent samedi sur Benghazi, fief des insurgés, malgré le cessez-le-feu annoncé vendredi par le gouvernement libyen. Les prochaines heures s'annoncent cruciales. Une intervention militaire pourrait débuter à l'issue du sommet de l'Union européenne-Ligue arabe-Union africaine qui doit se tenir samedi après-midi à Paris."

    Reste encore à voir cette fameuse intervention... Car si l'ONU, l'UE ou encore la Ligue arabe sont les amphithéâtres des grandes déclarations de principe, il faut ensuite passer à l'opérationnel. Et là... ces cartels impérialistes (ou compradores, pour la Ligue arabe) sont loin d'être les "unions" qu'ils prétendent être. Pas plus que l'alliance militaire impérialiste OTAN.

    Même si la résolution anti-Kadhafi a pu être votée avec 5 "abstentions" (ce qui en langage onusien, revient à être contre, surtout que pour la Russie et la Chine cela aurait été un veto, très rare et "violent" diplomatiquement), sur 15 membres du Conseil de Sécurité ce qui n'est pas rien ; on sait bien que la "communauté internationale" n'est pas unie sur le dossier... Ou plutôt, il y a deux blocs, quasiment égaux ; l'un soutenant (surtout face aux menaces d'intervention de l'autre) le clan kadhafiste : l'Allemagne (qui siège au Conseil et s'est abstenue), l'Italie bien sûr, mais aussi une grande partie des pays européens (qui ont mal accueilli l'initiative franco-anglaise) ainsi qui la Russie et la Chine, qui ont entraîné dans l'abstention leurs partenaires des "BRIC", Brésil et Inde, nouveaux "non alignés" du 21e siècle ; l'autre, centré autour des États-Unis, de l'Angleterre et de la France sarkozyste qui, par un retournement spectaculaire (début mars, une intervention était encore "contre-productive" pour Alain Juppé), en a pris la tête, coalition qui prône un appui militaire au "conseil national de transition" de Benghazi. Un conseil dont SLP a déjà expliqué la nature : des hiérarques du régime qui, devant la révolte populaire, ont retourné leurs vestes, s'y sont rallié et mieux, s'en sont proclamés représentants...

    Il y a donc, autour du précieux pétrole libyen, deux blocs impérialistes qui se préparent à en découdre par Libyens interposés. Il n'y a aucune coïncidence à ce que, dès la reconnaissance (spectaculaire et inattendue) du CNT par Sarkozy et l'annonce franco-anglaise d'une intervention militaire, Kadhafi qu'on disait "fini" ait trouvé miraculeusement les ressources pour mener une contre-offensive éclair jusqu'au cœur de la Cyrénaïque rebelle. 

    Aujourd'hui, le massacre de Benghazi tant annoncé semble imminent : "L’aviation a bombardé ce matin les faubourgs de la ville de Benghazi", a raconté samedi matin, Emmanuel Renard, l'envoyé spécial d'Europe 1, actuellement à Tobrouk. "Les chars se sont prépositionnés tout autour de la ville, ils encerclent Benghazi", a-t-il expliqué en évoquant les informations fournies par les rebelles qui précisent riposter également. "Des voitures banalisées avec des hommes de Kadhafi seraient rentrés dans la ville et ils tireraient actuellement sur la population", poursuit notre envoyé spécial. "La Libye est un pays terrorisé, il n’y a personne dehors, très peu de circulation de voitures. Tout le monde a peur. Dans aucun endroit, la situation est sûre ce matin", conclut-il."

    On attend donc de pied ferme l'intervention "humanitaire" de "l'Empire" dont les "anti-impérialistes" pro-Kadhafi nous rebattent les oreilles depuis 15 jours : n'est-ce pas là "l'occasion rêvée" de se refaire, devant les masses populaires arabes, une image bien écornée par les guerres d'Irak et d'Afghanistan, le silence devant les massacres sionistes en Palestine, le soutien pendant des décennies à Ben Ali et tous les satrapes possibles et imaginables ? Ou va-t-on attendre que le dernier rebelle soit couché mort dans la poussière pour arriver en chevaliers blancs (beaucoup plus probable) ? Wait and see... Ce qui est certain, c'est que si la décision attend le sommet de l'UE pour agir, AUCUN consensus ne se dégagera de ce sommet puisque l'UE est répartie dans les deux camps (et même majoritairement dans le camp pro-Kadhafi), avec en tête rien de moins que... l'Allemagne.

    Et puis voilà qu'hier... l'incroyable (et pourtant, dialectiquement inévitable) s'est produit : les ultra-gauchistes ont rejoint les révisios "anti-impérialistes" délirants-complotistes dans le même mépris de la JUSTE révolte libyenne et de ceux et celles qui la soutiennent. Accusant "l'extrême-gauche qui s'est emballée pour la révolte" d'avoir (rien de moins) pavé la voie à la guerre impérialiste...

    Alors, pas besoin de grands discours. Avant d'être maoïstes, il faut déjà commencer par être léninistes, on se contentera donc de citer Lénine, lorsqu'il s'exprimait sur les multiples soulèvements populaires et luttes de libération qui éclataient dans le tumulte de la Première Guerre mondiale, notamment en Irlande (1916) : “Il y a une guerre inter-impérialiste. Avec cette guerre nous n'avons rien à faire. Mais il y a également des guerres de libération nationale menées par des nationalités opprimées. Le soulèvement irlandais est à cent pour cent justifié. Même si l'impérialisme allemand a essayé d'en profiter, même si les chefs du mouvement national ont maille à partie avec les Allemands, ceci ne change en rien la nature juste de la guerre irlandaise d'indépendance contre l'impérialisme britannique”.

    Il n'y a RIEN D'AUTRE en Libye. Le soulèvement libyen est parti comme une lutte de libération contre un clan corrompu et tyrannique qui, dissimulé derrière un pseudo "État des masses" (Jamahiriya), accaparait les richesses du pays en servant d'intermédiaire aux impérialistes pétroliers (ENI, BASF, OMV, TOTAL, REPSOL etc.) et accessoirement, de garde-frontière de l'Europe du Sud ou encore de financier des régimes et autres "rebelles" françafricains en Afrique (Déby, Compaoré, Charles Taylor, RUF sierra-léonais et probablement "Forces nouvelles" ivoiriennes). Par certains aspects, c'est aussi une lutte "nationale", la Cyrénaïque ayant toujours été marginalisée et discriminée, dans le partage du revenu national libyen, par la Tripolitaine de Kadhafi.

    Mais, sans Parti révolutionnaire, cette lutte a été accaparée par une "direction" de kadhafistes retournés qui l'ont vendue à un bloc impérialiste contre un autre.

    La contre-offensive "surprise" et spectaculaire du clan Kadhafi ne va pas chercher plus loin : voyant cela, ceux qui ont senti qu'ils allaient perdre des plumes ont lancé un discret mais puissant soutien à son effort de guerre (tout en faisant traîner les choses au niveau diplomatique) : jeudi, les chargements de pétrole d'ENI ont repris, de la zone contrôlée par Kadhafi vers l'Italie... Tandis que dans le camp insurgé, nonobstant les images de propagande impérialiste montrant les drapeaux français flottant sur la foule à Benghazi, des fissures sont inévitablement apparues en voyant le "Conseil de transition" faire ses courbettes devant Sarkozy, l'ami de Ben Ali et Moubarak, des néocons et de tous les sionards de la planète...

    Mais CELA N’ENLÈVE RIEN à la JUSTESSE de cette révolte de la jeunesse populaire, sous le drapeau d'Omar Mokhtar, le héros anti-colonialiste !

    La guerre entre impérialistes n'est pas la nôtre, ni du côté de ceux qui appuient, financent et arment Kadhafi, ni du côté de ceux qui veulent le chasser par les bombes (et des milliers de victimes dans le Peuple). Mais la LUTTE DE LIBÉRATION du PEUPLE, OUI, les communistes sont et seront toujours à ses côtés !!! Cette guerre là est la nôtre !

    Puisque beaucoup de nos "anti-impérialistes" sont pro-cubains, prenons un exemple : en 1898, il ne fallait soutenir NI le colonialisme espagnol, NI l'intervention US pour "piquer" à l'Espagne sa colonie. Mais la lutte des compagnons de José Marti était juste, 100 fois, 1000 fois juste !

    Lénine ajoutait, ensuite, qu'à ces deux guerres les communistes voulaient en ajouter une 3e : la Révolution prolétarienne mondiale. Certains ont déjà commencé, en Inde, aux Philippines, en Turquie... D'autres, généralement dans le doux petit confort des pays impérialistes, préfèrent se répandre en débats stériles et prises de position débiles. Chacun sa life...


    (à lire aussi) Libye : qu'en pensent les fascistes ?



    Contre les massacres de Kadhafi et l'intervention étrangère en Libye


    Un autre article publié sur le site panafricaniste révolutionnaire Pambazuka, dont nous partageons dans les grandes lignes les analyses : refus de l'intervention impérialiste mais aussi du régime semi-féodal et fasciste de Kadhafi, démystification de son "progressisme" et de son "anti-impérialisme", volonté occidentale d'"endiguer" par une intervention militaire la vague insurrectionnelle partie de Tunisie et d’Égypte, impuissance et impossibilité d'une "solution africaine" à la crise étant donné que l'Union africaine est elle-même un club de satrapes du même acabit etc. etc. - après, on peut critiquer certains points de vue idéalistes tels que "renforcer l'Union africaine sur une base populaire" (l'institution en tant que telle peut-elle être autre chose que ce qu'elle est ?) et autres appels à la "mobilisation de la société civile" (blablabla). Il est d'ailleurs étonnant de voir, chez l'auteur (un universitaire progressiste afro-américain), ces raisonnements gauche-bourgeoise côtoyer une terminologie marxiste et même presque maoïstes ("semi-féodal" etc.). La position globale relève de ce courant que l'on a pu entendre à un certain moment ; avant que les "anti-impérialistes" (y compris ceux au pouvoir comme Castro, Chávez etc.) ne prennent fait et cause pour Kadhafi et ne qualifient la révolte de "coup de la CIA" tandis que les dirigeants rebelles se liaient irrémédiablement à l'Occident pour préparer l'intervention ; et qui qui prônait une "prise en charge africaine de la crise". Sauf que l'auteur reconnaît lui-même le caractère utopique de cette option, entre incapacité militaire à l'assumer, craintes des dirigeants pour leurs propres régimes, soumission politique et diplomatique totale vis-à-vis des impérialismes occidentaux et "orientaux" (Russie-Chine) et largesses dont ils ont bénéficié durant des années de la part du régime libyen [quant à Kadhafi, dont aucune "solution pacifique" ne peut faire l'économie de la question du départ, il a fait savoir dès le début que ce n'était pas une option sur la table pour lui]. Il tente alors de résoudre cette contradiction en faisant appel à une "société civile africaine" qui serait capable de "faire pression" sur les gouvernements... Sauf que cela n'a aucun sens : les gouvernements africains sont des gangs oligarchiques mafieux (généralement issus d'une "élite" ethnique) et de simples "gérants" du pillage impérialiste de leurs pays, même si certains (comme l'Afrique du Sud, le Nigéria, le Soudan voire l'Algérie) profitent de leur poids démographique et économique pour "donner un peu plus de voix" dans le concert international sur les questions africaines ; ils sont absolument incapables de la moindre politique indépendante c'est-à-dire d'agir autrement que sur commande (comme le Tchad sur commande de la Françafrique par exemple), que ce soit pour ou contre Kadhafi ; l'auteur rêve en fait d'une Union africaine si puissante et animée d'une éthique si pure... qu'elle pourrait faire ce que même l'ONU - dirigée par les plus grandes puissances planétaires et vieille de plus de 60 ans - ne fait pas, sauf s'il en va de l'intérêt d'une des grandes puissances impérialistes en question (et cela n'a dès lors plus rien à voir avec "arrêter un massacre de civils") ! La réalité est que ces satrapies doivent être balayées par la GUERRE POPULAIRE qui, de pays en pays, donnera naissance à une Afrique libre où il ne sera pas question de "pouvoir intervenir" pour arrêter un massacre, mais tout simplement qu'un régime comme celui de Kadhafi ou un génocide comme celui du Rwanda ne pourront exister !

    Si les Libyens ne sont pas maîtres de leur propre lutte contre Kadhafi, même si ce dernier devait être chassé du pouvoir, le "kadhafisme" continuerait - mais cette fois-ci avec le soutien de l'Occident ; avertit Horace Campbell

    D'après l'article 4 de son Acte constitutif, l'Union africaine (UA) a le droit "d'intervenir dans un État membre, suivant une décision de l'Assemblée, face à des circonstances graves telles que : crimes de guerre, génocide et crimes contre l'humanité".

    Les images des missiles Tomahawk et des bombes pleuvant sur la Libye depuis les avions militaires britanniques, français et US ont rendu inévitable que désormais, beaucoup de gens s'opposent à l'intervention étrangère en Libye. Il y a peu, les mêmes personnes condamnaient les massacres de civils innocents par le régime agonisant de Kadhafi. En apparence, il semble y avoir là une contradiction de s'opposer tant à l'Occident qu'à Kadhafi, mais cette contradiction découle de la réalité qu'il n'y a aucune force populaire démocratique en Afrique capable de monter ce genre d'intervention, et de traduire la lettre de l'article 4 de l'Acte constitutif de l'UA en action. Il n'y a pas de Brigades internationales comme à l'époque de la guerre civile d'Espagne, lorsque les forces antifascistes se mobilisaient internationalement pour combattre Franco. Il n'y a pas de Forces populaires de défense tanzaniennes (TPDF) avec leur tradition de soutien aux luttes de libération, et la capacité d'intervenir pour combattre et renverser Idi Amin qui massacrait les Ougandais. Les nouvelles puissances émergentes telles que la Turquie, la Brésil, la Russie, l'Inde ou la Chine sont très promptes à faire du business en Afrique, mais silencieuses devant les tueries de masse. En bref, le monde entier restait spectateur tandis que Kadhafi qualifiait ses opposants de "cafards", "rats" ou "microbes" et leur promettait des "rivières de sang" - une menace à prendre au sérieux, au vu des forces qui se massaient aux portes de Benghazi.

    Les personnes humainement décentes qui voulaient mettre un terme aux massacres de Kadhafi ont accueilli favorablement la résolution de l'ONU imposant une zone d'exclusion aérienne, en particulier les termes du paragraphe 6 qui impose "une interdiction de vol dans tout l'espace aérien de la Jamahiriya arabe libyenne afin de protéger les vies civiles". Mais la France, la Grande-Bretagne et les États-Unis ont très vite utilisé cette zone d'exclusion aérienne pour s'octroyer un mandat allant bien au-delà de la résolution des Nations Unies, capitalisant notamment sur le flou de la formulation "toutes les mesures nécessaires". Bien que l'UA ait rendue publique une déclaration disant que "la situation en Afrique du Nord exige une action rapide afin de trouver une solution africaine", elle a traîné des pieds et abandonné sa responsabilité d'empêcher un massacre de civils en Libye, justifiant ainsi l'intervention occidentale. Après avoir constitué un comité comprenant la Mauritanie, l'Afrique du Sud, le Mali, le Congo et l'Ouganda, l'UA s'est elle-même marginalisée au moment précis où la clarté était nécessaire pour à la fois s'opposer à l'ingérence occidentale et faire cesser le massacre de ceux que Kadhafi avait qualifié de "rats" et de "microbes". 

    De manière opportuniste, la France et la Grande-Bretagne se sont mobilisées pour prendre la direction de l'intervention, et se sont vues donner le feu vert par la résolution 1973 établissant une zone d'exclusion aérienne en Libye. Dix pays ont voté pour la résolution le 17 mars tandis que cinq (le Brésil, la Chine, l'Inde, l'Allemagne et la Russie) s'abstenaient. Mais le 20 mars, il était déjà clair que le campagne de bombardements des forces impériales allait très au-delà de la lettre et de l'esprit de la résolution de l'ONU, dont le mandat était de protéger les civils. Pour cette raison, y compris des pays qui ont voté pour celle-ci s'opposent maintenant aux bombardements.

    Toutes les personnes progressistes doivent s'opposer à toute forme d'intervention militaire occidentale en Afrique dans cette période révolutionnaire. Dans cette contribution, nous voulons réitérer notre opposition à ces bombardements occidentaux. Le Libyens opposés à Kadhafi doivent garder la direction de ce combat. S'ils ne sont pas maîtres de la lutte et ne clarifient pas en quoi leur politique serait différente de celle de Kadhafi, les choses finiront en "kadhafisme sans Kadhafi" appuyé cette fois-ci par l'Occident. Nous ne pouvons que partager la déclaration de Peter Falk, comme quoi "Kadhafi a trahi depuis longtemps ce qui faisait la légitimité de son régime, créant les conditions d'une mobilisation révolutionnaire". Cette mobilisation révolutionnaire en est toujours à ses balbutiements et les forces impérialistes veulent agir rapidement pour s'assurer que la Révolution libyenne soit confisquée. Les mêmes individus qui ont armé et soutenu Kadhafi ne devraient pas être autorisées à établir une tête-de-pont militaire en Afrique en plein milieu d'une révolution.

    De la Guinée équatoriale à la Côte d'Ivoire et du Swaziland à Djibouti, se fait sentir le besoin croissant d'une force d'intervention africaine sur une base populaire. Il n'y a guère besoin de regarder au-delà de la figure du président en exercice de l'Union, Teodoro Obiang Nguema [satrape néocolonial de Guinée équatoriale NDLR], pour réaliser que la Révolution africaine partie de Tunisie et d’Égypte et secouant maintenant la Libye est une révolution contre l'ensemble des dirigeants actuels de l'UA.

    L'UNION AFRICAINE ET LA RESPONSABILITÉ DE PROTÉGER

    Au cours des 20 dernières années les expériences de violences et de politiques génocidaires, et de bien réels génocides comme au Rwanda, au Burundi et ailleurs en Afrique ont forcé l'UA à se positionner. L'Acte constitutif tel que cité plus haut donne à l'UA l'autorité pour intervenir dans des situations telles qu'actuellement en Libye ou en Côte d'Ivoire. (...) C'est l'action énergique des mouvements progressistes en Afrique qui a poussé l'Union africaine à adopter ce principe de la Responsabilité de Protéger. (...)

    C'est cet alignement des objectifs de l'Acte constitutif avec les principes fondamentaux de la Responsabilité de Protéger qui a influencé certains Africains à soutenir une intervention pour arrêter le massacre de civils dans l'Est de la Libye.

    Il est désormais clair que seul un changement révolutionnaire en Afrique peut donner réalité à l'Acte constitutif de l'UA. Durant une courte période après la chute de l'apartheid, Nelson Mandela a pu blâmer les dirigeants de l'OUA (à l'époque) pour leur principe de "non-interférence dans les affaires internes des États membres". Par la suite, après les expériences du Soudan, de la République démocratique du Congo et de la Côte d'Ivoire, il est devenu plus clair que la direction actuelle en Afrique constituait un obstacle pour combattre les crimes contre l'humanité. Lorsque la direction de l'ANC a embrassé le capitalisme le plus néolibéral et les affaires commerciales avec des dirigeants tels que Robert Mugabe ou Laurent Gbagbo, l'Afrique du Sud a perdu son autorité morale pour galvaniser les forces voulant la paix et la reconstruction en Afrique.

    De la Côte d'Ivoire à la Libye, nous pouvons voir que beaucoup de dirigeants africains "regardent ailleurs" car condamner ces crimes reviendrait à se condamner eux-mêmes, vu que la plupart d'entre eux sont impliqués dans des crimes similaires dans leurs tentatives de se maintenir éternellement au pouvoir et/ou de s'enrichir. Que les chefs d’État de l'UA puissent soutenir la désignation de Teodoro Obiang Nguema comme président de cette organisation en dit long sur combien ces leaders tels que Denis Sassou-Nguesso (Congo), Robert Mugabe (Zimbabwe), Omar el-Béchir (Soudan), Paul Biya (Cameroun), Blaise Compaoré (Burkina Faso), Meles Zenawi (Éthiopie), Ali Bongo (Gabon), Mswati III (Swaziland), Yoweri Museveni (Ouganda), Ismaïl Omar Guelleh (Djibouti) ou Yahya Jammeh (Gambie) ne sont pas sérieux pour traduire la lettre de l'Acte constitutif dans les faits. Tous ces dirigeants règnent sur des sociétés où sont implacablement réprimées toutes aspirations populaires à mettre fin à des décennies d'oppression et de dictature.

    La majorité des actuels dirigeants de l'UA ont, par leur avidité et leur insatiable appétit du pouvoir, désastreusement entravé la capacité de l'Union de s'affirmer de manière effective, que ce soit en Côte d'Ivoire ou en Libye. En dehors des leaders comme Museveni, qui est monté au créneau tardivement et avec une rhétorique incohérente au sujet de la situation en Libye, il y a un autre groupe : celui des leaders qui ont gardé un silence assourdissant sur la question. Au milieu de ces deux catégories, il y a aussi ceux qui se montrent prudents soit parce qu'ils dirigent eux aussi des gouvernements répressifs, soit parce qu'ils ont profité des largesses de Kadhafi dans sa tentative infructueuse de devenir "roi des rois d'Afrique"... soit les deux. Cette quête de pouvoir de Kadhafi en Afrique doit d'ailleurs être dénoncée pour ce qu'elle est : une pensée politique arriérée vouée à imposer la soumission et la répression brutale des peuples africains, tout en prenant des poses "anti-impérialistes". Quand Kadhafi ralliait les Mugabe et les El-Béchir du continent en leur expliquant que les vrais révolutionnaires ne quittent jamais le pouvoir, les authentiques panafricanistes se sont dressés contre cette sombre machination.

    KADHAFI N'EST PAS ANTI-IMPÉRIALISTE.

    Beaucoup de progressistes sympathisent avec Kadhafi, parce que celui-ci se met en scène comme un leader anti-impérialiste qui soutient les combattants de la liberté etc. etc. Malheureusement, un examen attentif de la politique économique et des pratiques culturelles de Kadhafi suffit à montrer que loin d'être un anti-impérialiste, il est bien plutôt une sorte de leader semi-féodal. Kadhafi a utilisé l'argent du Peuple libyen pour mettre le harnais sur les dirigeants tribaux traditionnels et soudoyer les leaders du continent, afin qu'ils appuient ses rêves mégalomanes de "roi des rois d'Afrique". Il avait également imposé son fils comme successeur dans une tradition monarchique, afin de préserver des relations politiques semi-féodales à l'intérieur de la Libye. Au niveau international, tout en étant "anti-impérialiste" en paroles, plus de 150 milliards de dollars de fonds souverains libyens étaient distribués entre New York, Paris, Londres et Genève pour soutenir les activités spéculatives des oligarques financiers internationaux. Dans le même temps, il utilisait des milliards de dollars en faveur des fabricants d'armes occidentaux.

    Dans un précédent article au sujet de Kadhafi, j'avais également évoqué son histoire de politiques néfastes en Afrique, rappelant notamment son soutien à des éléments comme Charles Taylor, Foday Sankoh ou Idi Amin [NDLR des leaders qui outre leur despotisme sanguinaire, se caractérisaient par leur hostilité avant tout aux Anglo-Saxons et leur alignement géopolitique entre URSS - pour Amin Dada, du temps de la Guerre froide... et Françafrique !]. Immanuel Wallerstein, dans sa contribution intitulée "La Libye et la gauche mondiale", a déjà exposé clairement les raisons pour lesquelles Kadhafi ne peut être considéré comme un anti-impérialiste. Il s'adressait directement à Hugo Chávez et d'autres dirigeants et forces de gauche qui organisaient le soutien international à Kadhafi. Les révolutionnaires qui s'opposent à l'impérialisme US en Amérique latine ont besoin d'être mieux informés des conditions sociales réelles dans les sociétés africaines.

    Même alors que les bombes s'abattent sur la Libye, Kadhafi vient de montrer encore une fois ses vrais sentiments envers l'Afrique en menaçant les Européens d'"ouvrir les vannes" d'immigrants africains vers l'Europe. En d'autres termes, il joue sur le racisme et le chauvinisme des Européens vis-à-vis des Africains. Il leur remémore qu'il a signé avec eux un accord faisant de lui le cerbère anti-immigration de l'Europe en Afrique du Nord. Ce n'est pas la première fois que Kadhafi fait des remarques désobligeantes et racistes au sujet des Africains. En 2010, il réclamait quelques 6,3 milliards de dollars à l'Union européenne pour l'aider à prévenir ce qu'il a qualifié d'"émergence d'une Europe noire", en contrôlant l'immigration africaine noire vers le continent. Il parlait alors de celle-ci comme d'un "afflux d'Africains ignorants et affamés", qui doit "déterminer si l'Europe restera un continent uni et avancé ou si elle sera détruite, comme lors des invasions barbares"... D'après le Telegraph, lorsque Kadhafi a fait cette proposition, un membre de Parlement italien, Luigi de Magistris, l'a accusé de maintenir un "camp de concentration" de milliers d'Africains dans le désert. Les progressistes qui voient Kadhafi comme un "anti-impérialiste" devraient être les premiers à demander des investigations pour cela.

    Kadhafi ne peut pas prétendre être un anti-impérialiste après que lui et son fils aient dépensé l'argent du Peuple libyen pour financer l'élection de Sarkozy. La révélation de ce financement a été faite par le propre fils de Kadhafi lui-même, Saif al-Islam.

    Le même Kadhafi qui paradait comme un "anti-impérialiste" et un "panafricaniste" se refusait à éduquer son peuple sur l'essence même de la solidarité panafricaine. Son régime a été impliqué dans la répression des immigrants noirs en Libye. En l'an 2000 des travailleurs venus du Tchad, du Nigéria, du Niger, du Cameroun, du Soudan, du Burkina et du Ghana ont été la cible d'assassinats après que des officiels du régime aient accusé ces immigrants de répandre des maladies et de se livrer au crime et au traffic de drogue. Des récits de travailleurs migrants de ces pays ont révélé que les pratiques d'expulsion de Kadhafi étaient si inhumaines que les déportés étaient parqués comme du bétail dans des avions sans sièges, pour des vols de plusieurs heures vers leurs pays d'origine.

    Les personnes qui écoutent les proclamations "panafricaines" et "anti-impérialistes" de Kadhafi devraient se souvenir que c'est en réponse au racisme de son régime que le Comité des Nations Unies sur l’Élimination des Discriminations raciales a exprimé sa préoccupation vis-à-vis des pratiques libyennes envers les immigrants et les réfugiés de couleur. Ce comité a accusé en 2004 le régime de Kadhafi de violer l'article 6 de la Convention de 1969. Ces accusations affirmaient que Kadhafi n'avait tout simplement mis en place aucun mécanisme pour protéger les individus des actes racistes contre leurs droits humains. Six ans plus tard, Kadhafi persistait et signait avec ses réflexions racistes sur les immigrants africains qui "noirciraient" l'Europe...

    Kadhafi a épousé le racisme et l'esprit de division, et ne peut donc pas avoir conduit une vraie politique de solidarité africaine au cours de ses 42 ans de pouvoir. Dans un esprit de solidarité, nous sympathisons avec les Libyens qui luttent contre son régime ; et dans le même esprit nous appelons ces combattants de la liberté à enseigner à leurs partisans que la Libye est un pays africaine. Ce qui luttent en révolutionnaires pour la liberté et la démocratie ne peuvent pas en même temps s'attaquer aux Africains du sud du Sahara [on sait hélas que de telles attaques ont été nombreuses, dans un esprit de négrophobie au demeurant ancré dans les sociétés arabes traditionnelles - or la société libyenne de Kadhafi était restée très traditionnelle].

    Ce type de manipulation, par Kadhafi, des sentiments anti-impérialistes tout en réprimant les aspirations du peuple n'est pas quelque chose de nouveau. Par le passé, des dirigeants tels que Saddam Hussein en Irak ou Idi Amin Dada en Ouganda se sont présentés eux-mêmes comme des "anti-impérialistes". Aujourd'hui, les oligarques russes acoquinés avec les compagnies pétrolières occidentales se présentent aussi comme anti-impérialistes, sans le prouver par la moindre solidarité centrée sur les peuples. Mahmoud Ahmadinejad en Iran, Robert Mugabe au Zimbabwe sont d'autres exemples encore de leaders répressifs verbalement "anti-impérialistes". Mugabe est tellement nerveux devant le fait que le peuple s'organise pour le changement, que sa police a arrêté des citoyens qui regardaient des vidéos de la révolution en Égypte et les a inculpés de trahison...

    Tout comme les forces pour la paix et la justice sociale que nous sommes se sont fermement opposées à l'invasion et à l'occupation occidentale de l'Irak, nous étions également et tout aussi fermement opposés au régime de Saddam Hussein. Nous disons donc clairement aujourd'hui : nous sommes contre Kadhafi et son régime semi-féodal tout comme nous sommes opposés au bombardements occidentaux.

    La société civile africaine a besoin d'être davantage organisée dans cette époque de révolution et de contre-révolution que nous traversons. Un écrivain kényan a entendu l'appel de cette société civile à être plus active et à s'opposer aux gouvernements en place en Afrique. Onyango Oloo a appelé la société civile africaine à se lever et à exiger des actes des gouvernements : "On organise des marches à New York mais jamais en Afrique. Nous devons nous joindre aux voix mondiales contre l'action militaire. Des civils innocents sont tués et nous devons faire pression sur nos gouvernements". Cette pression sur les gouvernements doit inclure le soutien aux forces qui luttent pour la justice sociale sur tout le continent. Il n'est pas trop tard pour que les progressistes d'Afrique apprennent des leçons positives de l'intervention tanzanienne pour en finir avec Amin Dada, ou de l'appui cubain pour vaincre les armées de l'apartheid en Angola.

    Dans la même perspective, il n'est pas trop tard pour que les organisateurs du soulèvement en Libye mettent en place un front politique clair, capable de bâtir une force interne puissante pour combattre et renverser Kadhafi sans ingérence impériale.

    La résolution de l'ONU autorisant le recours à la force autorisait aussi l'emploi de "tous les moyens nécessaires" pour protéger les civils et les zones qu'ils habitent, à l'exception expresse d'une "occupation militaire étrangère". L'Occident utilise désormais la formule "tous les moyens nécessaires" pour s'arroger le droit d'établir une tête-de-pont militaire en Afrique, alors que la révolution secoue celle-ci et le Moyen Orient.

    L'AFRIQUE EST PLUS QUE DES MINERAIS ET DU PÉTROLE

    Le Brésil, l'Inde, la Chine et la Russie, qui étaient au courant que Kadhafi s'apprêtait à perpétrer un massacre à Benghazi, critiquent maintenant les bombardements de la coalition. Mais ils serait temps pour ces États membres du Conseil de Sécurité de l'ONU d'assumer un rôle plus franc et sans détours contre les dictatures en Afrique. Ces quatre pays ont développé leurs relations commerciales et minières avec l'Afrique ces 10 dernières années, mais sont généralement restés silencieux pour stopper des dirigeants tels que Laurent Gbagbo ou Kadhafi. Le Brésil, en particulier, se présente comme une puissance émergente mais ne semble voir sa puissance que comme une compétition internationale pour vendre des armes aux leaders africains. Pays comptant plus de 80 millions de personnes d'ascendance africaine et président du Conseil de Sécurité, le Brésil a donc failli à coordonner et prendre la tête d'un soutien international pour une solution africaine au massacre en Libye [sauf que ces 80 millions de personnes ne forment pas particulièrement la classe dominante du pays... il est loin le temps où ce type de raisonnement du "sang africain" pouvait pousser Cuba à intervenir positivement dans les deux Congos ou en Angola, à soutenir Amilcar Cabral en Guinée ou encore l'ANC en Afrique du Sud etc. : le Brésil de Dilma Rousseff n'est pas le Cuba révolutionnaire des années 1960 ou encore 70 !]. Pareillement la Chine, l'Inde et la Russie ont condamné les bombardements, mais se sont abstenues au Conseil de Sécurité autorisant dès lors la Grande-Bretagne, la France et les États-Unis à manipuler les Nations Unies pour déclencher une nouvelle guerre. Je partage l'opinion de Peter Falk qui a écrit quelque part que "les États qui se sont abstenus ont agi de manière complètement irresponsable". Ces pays auraient pu soutenir la zone d'exclusion aérienne sans laisser aux États-Unis, à la Grande-Bretagne et à la France le blanc-seing d'insérer les mots "prendre toutes les mesures nécessaires pour assurer le respect de l'interdiction de vol".

    Nous voulons répéter que le Brésil, la Russie, l'Inde et la Chine doivent comprendre que les intérêts et la dignité des peuples africains doivent être placés au-dessus des potentielles réserves de minerais ou de pétrole. Il ne suffit pas rester neutres et de décrier l'intervention occidentale ; ces pays doivent aussi être capables de montrer aux populations que dans des situations telles qu'à Benghazi, il existe quelque chose comme une intervention humanitaire internationale dénuée d'arrière-pensées pour le pétrole, les minerais ou les contrats d'armement. [Là c'est franchement beaucoup demander à des pays impérialistes ou des puissances "émergentes"... La réalité est que ces pays 1°/ n'avaient sans doute pas en Libye les intérêts que l'on imagine (ce n'était pas un pays "aligné" sur la Russie et la Chine comme peut l'être l'Iran par exemple), et n'ont donc pas voulu ouvrir une crise diplomatique majeure pour un Kadhafi clairement identifié comme le premier responsable du problème (un bouffon sanguinaire que la première secousse d'instabilité condamne à la chute), 2°/ tablent certainement, en joueurs d'échecs (ou de go) à long terme, sur le chaos à-peu-près garanti après la chute du régime pour replacer leurs pions lentement mais sûrement, tandis que l'Occident sera occupé à gérer un nouveau "sanctuaire terroriste" à ses portes.]

    Enfin, il est du devoir des citoyens des USA, de France et de Grande-Bretagne de freiner leurs gouvernements qui mettent en place des mesures d'austérité chez eux tout en finançant les bombardements en Libye.

    RENFORCER L'UNION AFRICAINE

    Les Révolutions tunisienne et égyptienne ont changé la donne politique en Afrique. Il n'est pas besoin de répéter ce que nous avons déjà dit au sujet de l'hypocrisie de l'Occident qui intervient en Libye et non au Bahreïn et au Yémen, où des atrocités absolument similaires sont commises. Cette intervention occidentale en Libye serait-elle destinée à implanter des forces militaires sur le sol africain dans le but de faire avorter les Révolutions tunisienne et égyptienne ? À ce stade, les États-Unis cherchent en tout cas à utiliser cette intervention pour faire la promotion de l'AfriCom (Commandement militaire Afrique), c'est-à-dire d'une force de frappe pour le Capital privé US sur le continent. 

    Le Conseil pour la Paix et la Sécurité de l'UA a l'autorité légale pour intervenir en Libye comme en Côte d'Ivoire. Il appartient aux forces progressistes en Afrique de se mobiliser et lutter pour renverser ces dirigeants et gouvernements qui barrent la route à une Union renforcée et centrée sur les masses populaires. La Révolution égyptienne a montré la possibilité pour le peuple de transformer le processus politique africain par leur auto-mobilisation et auto-organisation. Ces formes de mobilisations populaires peuvent être appelées à renforcer l'UA pour une force d'intervention centrée sur les intérêts des peuples, particulièrement alors que l'intervention occidentale a compliqué les luttes en Libye et a ouvert de nouvelles possibilités de contre-révolution lourdes de conséquences pour le vent révolutionnaire soufflant sur l'Afrique et le Proche/Moyen-Orient.

    Comme le fait remarquer un commentateur du journal britannique The Guardian : "Le fragile consensus en faveur d'une intervention obtenu la semaine dernière, lorsque le Conseil de Sécurité de l'ONU a approuvé 'toutes les mesures nécessaires' pour protéger les civils libyens contre les forces de Mouammar Kadhafi, a volé en éclat dans le sillage des massives frappes terrestres et aériennes US, françaises et britanniques. Ces frappes ont été largement vues, au niveau international, comme disproportionnées, peu soucieuses des vies civiles et allant bien au-delà de ce qui avait été convenu pour imposer une zone d'exclusion aérienne défensive".

    Les actuels bombardements sur l'Afrique du Nord ont une nouvelle fois alerté les progressistes sur la dure loi des conséquences imprévues. Les révolutionnaires doivent se coordonner internationalement pour que la contre-révolution ne soit pas le résultat de l'actuel opportunisme des puissances impérialistes.


    Ce qui a merdé en Libye...


    ... et fait d'une révolte populaire l'armée supplétive d'une guerre inter-impérialiste.

    Ce qui s'est passé en Libye n'a pas à être considéré négativement : cela permet au contraire d'apporter de riches enseignements à tous les mouvements populaires arabes en cours et à venir.

    Ce qui a manqué en Libye est évident pour tout marxiste, et SLP l'a déjà expliqué plusieurs fois : c'est une DIRECTION RÉVOLUTIONNAIRE armée d'une véritable théorie révolutionnaire, fut-elle pas exactement MLM. En réalité, il n'y avait pas de direction du tout, même sur un programme nationaliste et/ou démocratique !

    Il y a eu au départ, inspirée par les exemples tunisien et égyptiens, une mobilisation démocratique petite-bourgeoise "facebookienne" de la jeunesse éduquée (la Libye a un assez haut niveau d'éducation de la jeunesse). Celle-ci a été rapidement rejointe par une mobilisation des masses populaires contre la hogra, ce mélange de corruption, d'arbitraire des élites et d'absence d'avenir, qui n'est pas spécifiquement liée à la misère (la Libye a le plus haut niveau de vie de la région, la Tunisie n'étant d'ailleurs pas spécialement déshéritée non plus), et contre la discrimination des régions réputées hostiles au clan dirigeant. Kadhafi ayant fait, échaudé par la chute de ses deux voisins, le pari de la répression brutale, le mouvement a rapidement fait tâche d'huile.

    Mais voilà : toujours pas de direction, sinon des "comités insurrectionnels" dans les localités où les forces du régime avaient rapidement été débordées. Et surtout, toujours pas de théorie révolutionnaire, en réalité même pas de programme clair.

    La vérité, c'est qu'on ne fait pas la révolution avec des réseaux sociaux, même si ceux-ci peuvent être un appui. Mélange de blanquisme (pour le côté "coup de force", "le pouvoir va tomber tout seul") et de proudhonisme (pour le côté "horizontaliste", "réseau" sans direction), la "révolution facebook" est un concept qui partout dans les pays arabes, à d'ores et déjà montré ses limites.

    Les insurgés se sont rapidement procurés des armes, qui circulent largement dans ce pays de tradition bédouine. Mais aucune idéologie, aucun état-major centralisé ne commandait aux fusils...

    La jeunesse populaire a alors vu venir à elle TOUT UN ENSEMBLE de dirigeants tribaux, d'officiers de l'armée et de politiciens nationaux ou locaux, sentant le vent tourner ou ayant des comptes (plus ou moins vieux) à régler avec la famille Kadhafi ; et qui en ont pris la tête. Ces gens étaient les représentants du système TRIBAL, qui en Libye, est l'armature de l'État. Autrement dit, la révolte s'est pratiquement d'entrée de jeu placée sous la direction d'une fraction de la CLASSE DOMINANTE libyenne, contre celle restée fidèle au "Guide"...

    Que pouvait-il alors se passer ? La réponse est une question : à quoi ces gens doivent-ils leur position un tantinet privilégiée ? Réponse : ils la doivent à leur position d'intermédiaires locaux des monopoles impérialistes.

    Entendons nous bien : ce ne sont pas des bourgeois nationaux. Il n'y a pratiquement pas de bourgeoisie nationale en Libye, qui en 1969, était un pays désertique peuplé de tribus d'éleveurs bédouins, aux villes et aux souk de taille réduite. La bourgeoisie nationale qu'il y a est plutôt d'idéologie national-islamique de type Frères Musulmans, tandis que les intellectuels se répartissent sur un spectre politique "à l'occidentale" allant de la monarchie parlementaire au marxisme : ces classes ont généralement participé au soulèvement, mais ne l'ont pas dirigé.
    La classe dominante en Libye est donc cette aristocratie tribale, qui est devenue la gestionnaire des ressources hydrocarbures du pays. Elle doit son opulence, basée sur la rente pétro-gazière, uniquement à son rôle d'intermédiaire. Elle ne peut exister autrement.

    Les nouveaux dirigeants proclamés de la "révolution" se sont donc cherchés des maîtres impérialistes à servir. Un pétrolier est d'abord parti de Cyrénaïque insurgée vers la Chine... Puis les USA et l'impérialisme britannique se sont imposés comme une évidence, contrôlant chacun moins de 5% de pétrole libyen. Enfin, après beaucoup d'hésitations et de propos contradictoires, la fraction la plus atlantiste de l'impérialisme BBR, représentée par Sarkozy, s'est ralliée à la "croisade" et en a même pris la tête. L'impérialisme tricolore était "moyen-plussement" placé dans le pays depuis les années 1990, après les frictions des années 1980 ; sans doute TOTAL et consorts ont-ils pensé pouvoir rafler quelques parts de gâteau supplémentaires, cela dit, quand on voit la position des fascistes, il est évident que les monopoles BBR ne sont pas unis sur le dossier.

    Sous direction réactionnaire, l'insurrection a inévitablement - par les lois de la dialectique ! - dérivé dans la réaction : vengeance minable contre de pauvres bougres de milices kadhafistes capturés, pogroms de migrant-e-s africain-e-s accusés d'être des "suppôts du régime", etc. Le drapeau senoussi de l'insurrection, choisi pour montrer le rejet du drapeau vert de l'escroquerie "socialiste" kadhafiste, est redevenu ce qu'il était à l'origine : le drapeau de la monarchie du roi Idriss, celui des aristocraties tribales évincées par les Kadhafa en 1969 et/ou malmenées depuis.

    La révolte populaire est devenue l'armée supplétive d'un guerre impérialiste franco-anglo-US pour évincer leurs concurrents impérialistes qui tenaient le pays : Italiens, Allemands, Autrichiens, Russes, ainsi que ceux vers qui s'était tourné un Kadhafi "trahi" : la Chine et les compagnies pétrolières du Brésil et d'Inde (qui ne sont pas, toutefois, encore des pays impérialistes, mais qui comptent déjà des monopoles). Sarkozy et BHL, Obama et Cameron sont les nouveaux Lawrence d'Arabie, les nouveaux Allenby et Gouraud, les nouveaux Sykes et Picot : il n'y a pas plus de "libération" et d'"humanitaire" dans cette guerre que dans la "libération" du Machrek de la domination ottomane en 1918 (domination derrière laquelle il y avait, déjà, les impérialismes allemand et autrichien !). Pour comprendre cela, il n'y a pas besoin d'être un génie : juste d'avoir un peu étudié l'Histoire...

    Voilà où l'on en est. C'est donc une grande leçon à retenir pour toutes les masses exploitées arabes en lutte : il n'y a pas de conquête du pouvoir sans direction et pas de direction sans théorie, sans même un véritable programme immédiat (qui pourrait débuter une Révolution de Février 1917 !). Car finalement, mis à part qu'il aura fallu des frappes aériennes (et leurs "dommages collatéraux") pour venir à bout de Kadhafi et de son armée privée, il ne s'est pas passé grand chose de différent qu'en Tunisie et en Égypte. En Égypte, l'impérialisme US a fait sauter le fusible Moubarak et remis le pouvoir à l'Armée... pilier de l'État depuis sa fondation par Mehmet Ali et puisant son origine dans le règne des Mamelouks (maîtres du pays du 13e au 19e siècle). En Tunisie, où pourtant les syndicats de base et des organisations politiques marxistes ont joué un certain rôle d'encadrement, Ben Ali est parti sur injonction des ambassades US et BBR, et c'est toujours la même oligarchie, les mêmes bureaucrates et les mêmes compradores qui tiennent le pays (même si là, les masses exploitées ne se laissent pas faire !).

    Et il n'y a PAS de révolution sous la direction d'une fraction, même minoritaire, de la classe dominante : en Libye sous la direction des clans dirigeants des différentes tribus ; en Égypte (née comme État mamelouk) sous la direction d'une Armée qui, dans un immense élan de générosité, aurait refusé de tirer sur le Peuple... En réalité, il ne peut y avoir de révolution arabe sans balayer ces féodalités (tribalismes, castes militaires) qui dominent encore, dans une large mesure, l'aspect capitaliste bureaucratique-compradore de ces différents pays (comme les forces féodales "encadraient" le capitalisme français naissant de l'Ancien Régime).

    Mais un pas a été accompli dans la conscience révolutionnaire des masses opprimées, un pas que tout communiste révolutionnaire marxiste doit savoir reconnaître à sa juste valeur, en comprenant bien la révolution démocratique arabe comme un processus extrêmement prolongé.

    Pour autant, il n'est toujours pas question de qualifier la base populaire de la révolte libyenne de mouvement réactionnaire. Pour certains, ce n'est rien là que d'habituel : pour eux il y a d'un côté "l'Empire" et de l'autre "ceux qui résistent" et sont victimes de "complots impérialistes" ; une vision du monde qui se trouve parfois à la tête d'États (comme au Venezuela) et qui est totalement dépassée à l'époque de la nouvelle vague révolutionnaire mondiale. Mais il y a plus grave. Il y a ceux pour qui, disons le clairement, sans Parti communiste ("marxiste révolutionnaire", "ouvrier", ML ou MLM), les prolétaires et les masses exploitées n'ont pas le droit à la révolte. C'est là une négation pure et simple des principes communistes élémentaires, énoncés par Mao Zedong : "là où il y a oppression, il y a résistance", "on a raison de se révolter" ; c'est à dire, tout simplement, la lutte de classe comme moteur de l'histoire, car par "on" Mao entend bien sûr les classes exploitées, et par "oppression" l'oppression des exploiteurs, des détenteurs des moyens de production.

    C'est tout simplement la négation de ce qu'est d'être communiste*. Soyons clairs : être marxiste c'est être scientifique. C'est considérer qu'il faut une théorie scientifique pour guider l'avant-garde du prolétariat, guidant elle-même les masses prolétaires et populaires exploitées vers la conquête du pouvoir. Mais pour être marxiste il ne suffit pas d'être scientifique : il faut déjà être COMMUNISTE. C'est un cercle plus large, qui comprend des libertaires, des utopistes, des idéalistes, parfois religieux comme Camilo Torres... Être communiste, cela pourrait se résumer à cette phrase du "Che" Guevara : "Surtout, soyez toujours capables de ressentir au plus profond de votre coeur n'importe quelle injustice commise contre n'importe qui, où que ce soit dans le monde. C'est la plus belle qualité d'un révolutionnaire"
    C'est quelque chose qui vient des tripes ; dont le fasciste pseudo-"marxiste" Alain Soral a pu dire que "ce qui sort, en général, c'est de la merde", belle preuve de sa nature 100% réactionnaire...

    C'est seulement à partir de là que l'on peut commencer à être scientifique, donc marxiste. Sans cela, on N'EST PAS, on ne PEUT PAS ÊTRE un communiste.  Et tout marxisme, tout marxisme-léninisme ou maoïsme n'est alors QU'INTELLECTUALISME PHRASEUR ou DOGMATISME scolaire, livresque et généralement aigri. À bon entendeur...

     

    article libye20


    [* Par exemple, comment peut-on se dire communiste en écrivant que "évidemment le régime de Kadhafi est sanglant, tentant de préserver son existence face à un soulèvement (...) (mais) il est dans la nature de tout État de réprimer un soulèvement armé contre lui (!!!). Un État est par définition le monopole de la violence " ????? Oui, d'un point de vue strictement objectif, récitation de classiques, c'est vrai : l’État est l'instrument de domination d'une classe, qui détient le monopole de la violence légale. Mais où est la capacité de révolte, d'insurrection dans ces propos ? Marx, Lénine, Mao ne disaient pas cela de manière froide et détachée, "la nature de l’État est de réprimer...", mais avec la révolte aux tripes : "la nature de l’État est de réprimer, d'assurer la domination d'une classe sur les autres, c'est pourquoi il faut renverser l’État des dominants et le remplacer par l’État des exploité-e-s" ; voilà ce que disaient les grands révolutionnaires !]


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