• Les Gilets Jaunes...


    ... c'est quelque part ENFIN, dans une société finalement moins (et de moins en moins) vouée à la production qu'à la CONSOMMATION ("prophétie d'Hobson" réalisée) ; où le Capital nous paye d'une main, de l'ordre de 10 ou 20 fois plus qu'au Maroc ou au Bangladesh, notre travail (ou sinon on touche les aides sociales), mais pour... nous reprendre cette somme de l'autre par la consommation et les prélèvements, péages, amendes etc., car tel est (en Occident) le mécanisme ; un mouvement qui ose enfin sauter un pas essentiel : celui de la la GRÈVE DE LA GRATUITÉ, de la grève de la consommation et du claquage de thune ; à coups de week-ends sur les rassemblements-blocages plutôt que dans les centres commerciaux, et d'opérations péage gratuit (il ne manquerait plus, tant qu'à bloquer les dépôts de carburant, que les gens s'y servent gratuitement de quoi faire leur plein LOL ! mais bon là le gouvernement enverrait le GIGN et les automitrailleuses direct, donc pas sûr qu'il y ait suffisamment de téméraires dans le mouvement pour cela).

    C'est pour ça que ce serait vraiment formidable que la gauche radicale en particulier syndicale, les "expérimentés" de la lutte sur le volet des revenus, de ce qui rentre dans les portefeuilles des ménages populaires, se joignent au mouvement comme ici et là des sections d'entreprise, des unions locales voire départementales commencent à le faire (quelques exemples ici : luttes-syndicales-ouvrieres-rejoignent-gilets-jaunes.pdf).

    Alors après, évidemment, il s'agit là d'un mouvement de la société entière et (donc) de la société telle qu'elle est... C'est à dire une société où au premier tour de la présidentielle l'an dernier plus de 16,5% des inscrits ont voté pour Marine Le Pen, un peu plus de 15,5% pour François Fillon et 3,65% pour Nicolas Dupont-Aignan (pour ne prendre que les candidats les plus "à droite", réactionnaires, et sans vouloir nier que des conceptions de merde puissent exister chez les autres !) ; tandis que 22,23% se sont abstenus sans forcément en penser moins que les électeurs des candidats précités, ou en étant comme qui dirait "de droite ET de gauche", "le bon qu'il y a des deux côtés" mais version "d'en bas" pour reprendre la conception laclau-mouffienne (c'est à dire pas le "de droite et de gauche" macronien "d'en haut", économiquement ultra-libéral et - tout relativement cependant, certainement pas face aux migrants par exemple - "progressiste" sur le plan "sociétal"), comme "Fly Rider"-Maxime Nicolle (intérimaire en Bretagne) avec son appel (que d'aucuns pourront s'amuser à trouver "soraloïde") à "évacuer le racisme" de la mobilisation pour que "les Arabes" aient "l'occasion de montrer qu'ils sont avec nous et que les trous du cul ne sont qu'une petite minorité qui se retrouvera de côté comme les racistes" (mots d'"enfant" politique qui réalise l'intérêt d'unir les classes populaires sur un intérêt commun, du haut de son "expérience à la Réunion", mais mots d'une valeur finalement infiniment plus grande que tous les grands blablas gauchistes sur la "convergence des luttes", paternalistes et jamais suivis d'effet) https://www.facebook.com/groups/113011902965556/permalink/119491898984223/.

    Il y a de toute façon bien longtemps que plus personne d'un minimum "calé" politiquement ne peut sérieusement croire, une traître seconde, que les mobilisations "classiques" c'est à dire syndicales, et même étudiantes-lycéennes (a priori plus "progressistes") soient totalement exemptes de tout individu aux conceptions (même "vaguement") sexistes voire homophobes (ou pire, aux actes derrière de grands discours "safe"), racistes ou du moins islamophobes de type "Charlie", anti-"racailles" lorsque les quartiers viennent (à l'occasion) foutre un peu le boxon en manif, anti-"terroristes" sans analyse plus poussée (pourtant terriblement nécessaire), complaisantes avec le colonialisme sioniste parfois (surtout dans les milieux ultra-gauches intellectuels), etc. etc. À la limite, que ces positions ou agissements soient défendus par des individus "militants" ne fera que rendre le salmigondis argumentaire plus insupportable.

    Comme nous l'a enseigné Engels dès le 19e siècle, on ne fait pas la révolution avec des anges purs descendus du ciel mais avec des "démons" que sont les masses populaires telles qu'elles sont, produit de la société pourrie que nous combattons ; des masses populaires qu'il ne faut en réalité même pas chercher à "éduquer" jusqu'à les rendre politiquement "parfaites" à nos yeux mais seulement à amener, en tenant fermement le cap que nous nous sommes fixé, jusqu'à un basculement de légitimisme de l'État bourgeois sous ses variantes de droite comme "de gôche" vers notre camp ; et l'économiste Frédéric Lordon, disant une fois n'est pas coutume quelque chose d'un semblant d'intérêt révolutionnaire, d'ajouter que "ceux à gauche qui pensent qu’ils ne feront la révolution qu’avec un peuple révolutionnaire constitué de leurs exacts semblables, attendront la révolution longtemps".

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    [Petit billet, quelques réflexions encore]

    Il est possible de dire dans un sens que le ghetto racial, le colonialisme intérieur (et le traitement inhumain des nouveaux migrants qui arrivent) est un crime du système capitaliste impérialiste, colonialiste déjà à l’extérieur, dans lequel la gôche a (déjà) historiquement plus que sa part mais bon, on pourra à la rigueur s’amuser à dire « surtout de la droite », ou alors d’une gôche qui ne le serait « pas vraiment ».

    Mais par contre… la situation de désert politique des bassins d’emplois périphériques en déshérence, des Rust Belts peuplées de petits blancs aujourd’hui gilets jaunes, est d’abord et avant tout un crime, une faute politique lourde de la gôche blanche (y compris « radicale »).

    La gôche blanche, y compris « radicale », qui au lieu de s’efforcer en priorité que les gens y restent de gôche, c’est-à-dire à moitié potables, s’est mise en tête d’avoir absolument pour « potes » de credibility, de prendre la direction politique des minorités non-blanches… qui n’en ont jamais RIEN, mais alors rien eu à péter d’elle ni besoin d’elle pour s’organiser et lutter depuis des siècles.

    Résultat : elle ne s’est jamais massivement ralliée les non-Blancs, qui n’en ont rien à battre de sa gueule et de ses sermons. D’ailleurs, même si on prend les luttes de genre par exemple, elle n’a pas réussi non plus à prendre totalement la tête de ces « minorités » là, puisque l’on voit de plus en plus des féministes ou des personnes LGBT de droite (ou pensant de droite, du moins), ou au contraire, allant vers des positions révolutionnaires authentiques.

    Et de l’autre côté… elle a complètement abandonné le populo blanc « beauf », « sans dents » à sa lamentable condition et à l’hégémonie de la droite et de l’extrême-droite, qui l’ont habilement surpassée en misérabilisme dans cette direction.

    « L’indigène discordant n’est pas le seul point aveugle de la gauche radicale. Il y en a un autre : c’est le prolétaire blanc. En effet, comme l’a souvent répété Sadri Khiari, la gauche radicale n’arrive pas à rompre avec son matérialisme froid qui l’empêche de comprendre le besoin d’histoire, d’identité, de spiritualité et de dignité des classes populaires blanches. Une dignité qui ne soit pas seulement la dignité de consommer. Les prolos français qui ont voté pour Sarkozy ou Le Pen n’attendent pas seulement d’eux qu’ils augmentent leurs salaires. Ils votent pour des « valeurs », quoiqu’on puisse penser de ces valeurs. Et à des valeurs, on n’oppose pas 1500 euros mais d’autres valeurs ; on oppose de la politique et de la culture. La question de la dignité est une porte d’entrée trop négligée. Cette dignité bafouée a su trouver auprès de ceux qu’on appelle les « petits blancs » en France ou encore les « white trash » aux États-Unis une voix souterraine pour s’exprimer, c’est l’identité. L’identité comme revers vicieux de la dignité blanche, et qui sous cette forme n’a trouvé comme traduction politique que le vote FN, puisque ces petits blancs sont « trop pauvres pour intéresser la droite, trop blancs pour intéresser la gauche » (la gauche institutionnelle, s’entend), pour reprendre la formule d’Aymeric Patricot. » – Houria Bouteldja, "Les Beaufs et les Barbares".

    D’où le résultat actuel ; d’où l’idéologie qui se dégage des revendications du gilet jaune moyen, en dépit de tous les efforts d’une gauche mélencho-syndicale, et même en bonne partie « radicale », finalement entrée (opportunément, opportunistement ?) dans la danse pour tirer le truc vers la gauche.

    Et la meilleure encore dans tout ça... c'est que parmi, ou à côté en tout cas de ces petits blancs « oubliés » réside aussi, surtout dans les vieux bassins industriels sinistrés, en quantité tout sauf négligeable, un... « indigénat oublié » ; venu il y a 50 ans là où il y avait du boulot c’est-à-dire (à l'époque) partout, y compris au « cul » de la Lorraine ou de l'Occitanie (La Sala/Decazeville par exemple) ; loin des fameuses « banlieues » que la pensée gauchiste associe systématiquement à « victimes du racisme » ; très, trop loin des grandes villes et de leurs campus.

    Voilà le constat de l’étendue du désastre.

    Il est temps de se remettre en question : la gauche blanche, surtout radicale pour le coup (car bon les socedems ne sont pas là pour ça, ils font toujours avancer l’égalité sur le dos d’un Autre), révolutionnaire, n’a pas pour rôle d’aller se présenter en sauveuse et guide éclairée d’un monde colonisé (extérieur et intérieur aux métropoles) qui n’a pas besoin de ses lumières (avec ou sans majuscule).

    Elle a pour rôle d’aller d’abord s’assurer (en travaillant entre autres, selon nous, à une rupture intellectuelle à base d’histoire populaire authentique avec le « roman national » français et « civilisationnel » européen) que ses congénères soient sinon des porteurs de valises, du moins pas, ou le moins possible des ennemis de la révolution mondiale qui comme l’histoire l’a toujours montré se déploie à partir des grandes périphéries impérialisées de la planète, et de leurs prolongements immigrés au « cœur du monstre » occidental.

    Voilà où était, où aurait dû être sa tâche ! Celle qui appartient aujourd’hui à ceux qui veulent y croire encore, pour espérer parvenir à un véritable internationalisme domestique (intra-métropole) comme planétaire de libération.

    [Et puis bon, si l'on veut poser les choses de manière très prosaïque : le mouvement (son point de départ en tout cas) est un mouvement des classes populaires à mobilité contrainte et perpétuellement "taxée" (prix du carburant, péages, radars...).

    Tandis que "les quartiers/banlieues", au sens où on l'entend quand on en parle (qui n'est pas tout à fait leur réalité, mais bon), c'est à dire les ghettos et plus spécifiquement encore leur population jeune (15-30 ans) ultra-majoritairement frappée par le chômage voire l'exclusion complète du marché du travail, sont plutôt des lieux de confinement, d'assignation (raciale !) à résidence, donc d'immobilité – le fameux "tenir les murs"...

     À condition, répétons-le encore une fois, d'avoir une vision très restrictive des "banlieues"/"quartiers". Si (déjà) l'on entend par "banlieue" tout ce qui n'est pas les centre-villes, ce ne sont pas forcément des quartiers pauvres (mais admettons qu'on ne l'entende qu'ainsi et exclue les banlieues résidentielles huppées ou "moyennes +"), et encore moins uniquement des ghettos clairement délimités de l'extérieur ; il y a des zones entières, comme par exemple à Lyon au-delà de la voie ferrée qui passe à Part-Dieu, où des pâtés, des bâtis de standings très éloignés sont disposés à très faible distance les uns des autres. L'on sait déjà (inutile de le répéter) qu'il n'y a pas que des indigènes (non-blancs) qui y vivent, même s'ils sont souvent majoritaires dans ce qu'on appelle "les cités" (autre terminologie) ; et que tous les indigènes n'y vivent pas (il n'y a peut-être pas d'"indigénat intérieur" plus "oublié", d'ailleurs, que celui qui ne vit pas dans ces quartiers aux portes des grandes villes sur lesquels sont braqués les projecteurs des sociologues, universitaires et "experts" en tout genre !). Ainsi les zones urbaines classées "sensibles" (ZUS) abritent-elles un peu plus de 4 millions de personnes, 7% de la population totale de l'Hexagone... alors que l'on compte au moins le double sinon le triple d'indigènes non-blancs (et que, on l'a dit, ils ne sont pas complètement les seuls à y vivre : d'après cet article du Monde de 2011, ils en représenteraient un peu plus de la moitié de la population - si l'on trace une équivalence avec "issus de l'immigration", ce qui ne serait même pas exact puisqu'il y a aussi des personnes issues d'une immigration européenne relativement récente, portugaise ou autre - et 64% en région parisienne). Il n'y a pas que des jeunes, et pas que des gens au chômage le plus total ; il y a des gens (beaucoup) qui ont un emploi, parfois stable, parfois précaire (intérimaire, uberisé), et qui souvent peut impliquer des déplacements motorisés et un budget carburant important ; des gens qui ont donc pu très tôt rejoindre le mouvement sur ces revendications premières, mais bien entendu, pas sous une banderole "les banlieues rejoignent les gilets jaunes"... etc. etc.]

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    "Tu es gilet jaune quand tu sais que tu seras à découvert en milieu ou à la fin du mois. Quand tu gagnes moins de 1500 euros par mois, que l'on te dit que tu as le droit à la prime d'activité, mais il faut être célibataire, isolé et dans la merde pour l'avoir cette prime d'activité. Quand tu n'as pas le droit aux APL parce que ton salaire dépasse de 30 euros quand tu es handicapés ou en ALD, ASS, que tu touches une pension d'invalidité. Quand les infos de TF1 te balancent l'arrivée de la prime de la rentrée scolaire, et la prime de Noël mais que pour toi ça reste juste une annonce, quand tu la demandes tu peux pas l'avoir. Quand tes listes de courses deviennent vitales pour ton compte en banque. Tu es gilet jaune quand tu as un smartphone payable en 4x. Mais t'es aussi gilet jaune quand le paiement en 4x ou en 10x devient ta seule issue pour gouter au confort. Quand tu peux plus te permettre les croissants alors que tu as des invités le dimanche. Tu es gilet jaune quand tu connais par cœur le goût des pâtes Panzani. Quand tu as déjà goûté toutes les sauces tomates possibles et inimaginables pour changer le goût de tes plats, ou de tes pâtes. Tu es aussi gilet jaune quand tu essaies de mettre 100 euros de côté, mais c'est seulement pour 1 mois, car le mois d'après il faudra payer les factures. Tu es gilet jaune, quand tu voudrais bien acheter des habits à tes enfants, mais que tu vas juste te contenter des ventes de fringues d'occasion parce que même Kiabi c'est une source de découvert pour ton compte en banque. Tu es gilet jaune pourquoi aussi ? parce que, tous les mois, tu vois les factures défiler et tes loisirs s'envoler. Ah, pas de cinéma, parce que EDF est tombé. Ah... pas de McDo pour les enfants, parce que la taxe d'habitation est là, même mensualisée. Tu es aussi gilet jaune quand tu sais que de payer la tournée à tes potes au bar te mèneras tout droit à un calcul de comptable pour pas finir à découvert à la fin du mois. Tu es aussi gilet jaune, quand tu peux pas aller voir ta famille à l'autre bout de la France parce que 60 euros d'autoroute et 110 euros de gazole, c'est juste pas possible pour toi. Tu es aussi gilet jaune, quand tu sais que ça fait 3 ans que t'es pas parti en vacances, mais que tu pars dans la famille pas trop loin, histoire de te "dépayser" un coup quoi. Tu es gilet jaune, quand ta grand mère de 80 ans gagne une misère mais sa place n'est pas sur un rond point, elle a déjà fait Mai 68. Quand tu vois l'agriculteur à côté de chez toi, vendre ses vaches, et vendre son matériel parce que sa passion et devenue une prison financière. Cette liste n'est bien sûr qu'exhaustive de tout ce qu'il se passe en France. Ce n'est pas un mouvement de bœufs, de cassos, de bouseux des campagnes, non Mesdames, Messieurs. Ceci est le battement de cœur de la France, une France en tachycardie, qui va finir en crise cardiaque. Et pourquoi ? parce qu'elle souffre et les personnes qui détiennent les médicaments nous en privent !"

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    Le reportage de la revue militante Ballast, très intéressant aussi à ce sujet de "qui sont les Gilets Jaunes ?" :

    Et puis :

    Résultats d'une première enquête sociologique menée par le Centre Émile Durkheim de Bordeaux publiée par Le Monde. Il en ressort que : les gilets jaunes sont d'abord issus des classes populaires (33,3% d'employés, 14,4% d'ouvriers) et comptent un grand nombre d'inactifs dans leurs rangs (25,5%) ; sont essentiellement des primo-manifestants, qui se déclarent apolitiques, ni de droite ni de gauche, mais se classent à plus de 40% à gauche quand il y a affiliation revendiquée à une formation politique, contre 4,7% à l'extrême droite ; la forte dimension sociale du conflit et la centralité des revendications sur les conditions matérielles d’existence participent à une exceptionnelle visibilité des femmes dans un mouvement très largement mixte ; le pouvoir d'achat, les inégalités fiscalité et la question démocratique et institutionnelles constituent les thèmes majeurs de mobilisation. Ces données statistiques font donc voler en éclats la représentation spontanée (ou politiquement intéressée à le discréditer) d'un mouvement de nature poujadiste et/ou nationaliste et xénophobe :

    "Les deux principales motivations des personnes mobilisées apparaissent donc comme étant une plus grande justice sociale (qu’il s’agisse d’un système fiscal faisant davantage participer les plus aisés, d’une meilleure redistribution des richesses ou encore du maintien des services publics) et la demande d’écoute de la part du pouvoir. Au contraire, les revendications nationalistes, liées notamment à l’identité ou à l’immigration, sont très marginales, démentant l’idée d’un mouvement qui serait noyauté par les électeurs ou les militants du Rassemblement National. Comme le souligne le sociologue Alexis Spire, auteur de Résistances à l’impôt, attachement à l’État (Seuil, 312 pages, 22 euros), c’est avant tout le sentiment d’injustice fiscale, plus prégnant chez les classes populaires, qui explique cette mobilisation."

    http://ekladata.com/Qui-sont-les-Gilets-Jaunes.pdf

    Selon une autre enquête parue dans l'Humanité :

    https://www.humanite.fr/enquete-les-gilets-jaunes-ont-ils-une-couleur-politique-665360

    Les Gilets Jaunes...

    Ou encore... disons-le tout net, sur le site de Vincent Présumey que nous tenons pour un ennemi politique ("Printemps républicain", islamophobe, PIR-basher, pro-NaziMaïdan etc.), mais néanmoins (avant de comprendre que c'était lui...), et en dépit de quelques points discutables ("sans que l'on puisse parler de racisme" au sujet des points anti-migrants des "plateformes" GJ, référence fantasmatique à son cher Maïdan etc.), intéressant par son aspect descriptif assez "clinique" du mouvement réel en cours (et en tout cas LOL MDR ça doit lui faire drôle que les sales "stalino-maoïstes" dont nous sommes soutiennent le mouvement sur une analyse globalement similaire à la sienne, et les "racialistes" du PIR, à leur manière et avec de nécessaires critiques, aussi !) :

    Une réponse (sur Facebook) au commentaire suivant :

    "C'est toujours étonnant de dire c'est notre boulot et de ne pas travailler sur des outils, sur des stratégies, ne pas échanger d'expériences concrètes ici et maintenant... Sur le reste je suis globalement d'accord... loin de moi l'idée de prendre de haut quiconque dans le cas des GJ. Je suis aussi d'accord qu'il y a "des" GJ, et pas les GJ...

    Je remarque aussi qu'il y un différence entre les GJ des grandes villes qui seraient proche des bobos et ceux des extérieurs, de la ruralité qui n'ont pas le même capital culturel; A ce sujet, j'avais écrit un truc comme ça à une amie après avoir passé quelques heures sur un rond point... :

    Je ne faisais pas partie de leur culture, je n'avais pas leurs codes... J'avais pleins de clés qui n'ouvraient aucunes de leur portes... Je ne pouvais pas entrer chez eux... Ils sont dans une maison qui n'est pas la mienne, et dont je n'ai en fait jamais fait partie. La mienne s'étant avec le temps éloignée à des années lumières de la leur... C'est cette distance infinie qui m'a le plus frappé...

    Je me suis demandé qui (intellectuellement) leur parle à eux...?

    Parce que pour une grande par le problème est là, nous cherchons à nous émanciper... sans eux en fait.

    Qui écrit, pense, pour eux... ? pour qu'ils et elles s'émancipent... Que valent nos grands discours , nos écrits, et je pense aussi aux confs gesticulées et autres outils éducpop, s'ils ne sont pas fait pour eux, pour qu'ils leur soient accessibles , qu'ils puissent s'en emparer et les faire leurs... Or rien de tout ça n'est fait.... Quand je vois les derniers textes de Lepage, c'est pas pour eux...

    Ce mouvement devrait nous interroger sur notre capitalisme culturel, que nous cultivons jalousement sans jamais penser à ,en quels termes le partager... Nous sommes pour le partage des richesses, mais que faisons-nous de notre capital culturel, on le partage mais qu'entre-nous..."

    (la réponse) Si je donne une réponse qui n'engage que moi (et quelques gens qui pensent comme moi), forcément elle n'engagera que moi et je ne sais pas si elle fera l'unanimité.

    Mais allons-y : pour moi les "outils, stratégies" consistent tout simplement en un principe matérialiste politique "de base", qui est la QUESTION DU POUVOIR.

    Pousser, dans ce qu'expriment les gens (de ce mouvement actuel ou d'un autre), ce qui va dans ce sens : celui du pouvoir et de sa conquête.

    Quand les gens expriment (de façon semi-progressiste ou réactionnaire) des "souffrances", pour reprendre le jargon misérabiliste ambiant, ce qu'ils expriment avant tout est une dépossession : celle du pouvoir sur leurs existences.

    La "clé" intellectuelle, elle est là. Il n'y a pas de "lumières" à leur apporter, mais simplement à partir de ce qu'ils expriment pour y capturer et mettre en avant ce qui pose la question du pouvoir et de sa conquête.

    C'est comme ça qu'on peut avancer dans le bon sens.

    La question du racisme et de l'extrême-droite ? C'est quoi la perspective politique de ça ? C'est quoi, un "modèle" de ces idées au pouvoir ? Orban, par exemple. Et Orban, depuis quelques jours des milliers de personnes se soulèvent contre lui pour une histoire d'autoriser 400 heures supplémentaires de travail par an, payables jusqu'à 3 ans plus tard. Beau revers de la médaille "populiste"...

    Ce sont des choses sur lesquelles il faut s'appuyer. L'extrême-droite, le "populisme" facho ce n'est pas pour les masses le POUVOIR. Pas plus que Mélenchon d'ailleurs, sauf que c'est 100 fois plus violent pour certaines catégories déterminées (non-blancs, LGBT etc.), pour encore moins de POUVOIR pour le "corps légitime" de la nation, rien de plus que l'illusion de se sentir supérieur à quelqu'un pendant qu'on leur fait les poches.

    Après les rétropédalages (sur les revendications les plus sociales) des leaders de droite et d'extrême-droite (de la classe politique et du mouvement lui-même) ces dernières semaines, leur refus du "blocage de l'économie", les négociations des Italiens avec Bruxelles sur leur "budget du peuple" élagué de toute part, ce qu'il se passe en Hongrie est une excellente chose pour barrer la route à l'extrême-droite comme débouché politique de la colère ; à condition bien sûr de savoir s'en saisir et faire l'agit-prop qu'il faut dessus. Qui dans les masses de GJ est insensible à la question des heures supps illimitées et non payées ? Leur revendication la plus droitière (reprise des années Sarko) c'est qu'elles soient nettes d'impôts et de "charges" pour l'employeur. Pas qu'on puisse faire quasiment 3 mois supps par an et que ça soit payé à la Saint Glinglin.

    Le RIC, avec ses potentialités dangereuses (référendums racistes), peut lui aussi être attaqué sur le fait que ce n'est pas le POUVOIR : ça reste (avec la barre "déclencheuse" à franchir) un système de consultation de temps en temps, au demeurant sur les seules questions que les détenteurs du pouvoir voudront bien voir posées ; en aucun cas un outil de contrôle permanent sur les décisions qui régissent notre quotidien. C'est là-dessus qu'il faut l'attaquer. 

    Comme ça on peut même de proche en proche arriver jusqu'à poser l'incontournable question de l'impérialisme. Car gagner en niveau de vie et en illusion de "pouvoir" démocratique sur le dos des autres, du Sud global surexploité, ce n'est pas non plus LE pouvoir : ça implique de s'en remettre à l'appareil politico-militaire qui permet de contrôler et d'exploiter ces pays. Ça implique l'impossibilité de rompre avec le cadre de l’État-nation, qui est le pouvoir de la bourgeoisie, qui ne PEUT PAS être le pouvoir du peuple, ou deS peupleS que renferment ses frontières.

    Poser la question du pouvoir permet pas à pas (il ne faut évidemment attendre aucun résultat "magique" et immédiat) de pulvériser autant le réformisme bourgeois incarné par Mélenchon, que plus sûrement encore le populisme d'extrême-droite.


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