• Les Gilets Jaunes...


    ... c'est quelque part ENFIN, dans une société finalement moins (de moins en moins) vouée à la production qu'à la CONSOMMATION, où l'on travaille pour être payé (ou sinon on touche les aides sociales) dans une main et... dépenser cette somme de l'autre en consommant, un mouvement qui ose enfin sauter un pas essentiel : celui de la la GRÈVE DE LA GRATUITÉ, de la grève de la consommation et du claquage de thune ; à coups de week-ends sur les rassemblements-blocages plutôt que dans les centres commerciaux, et d'opérations péage gratuit (il ne manquerait plus, tant qu'à bloquer les dépôts de carburant, que les gens s'y servent gratuitement de quoi faire leur plein LOL ! mais bon là le gouvernement enverrait le GIGN et les automitrailleuses direct, donc pas sûr qu'il y ait suffisamment de téméraires dans le mouvement pour cela).

    C'est pour ça que ce serait vraiment formidable que la gauche radicale en particulier syndicale, les "expérimentés" de la lutte sur le volet des revenus, de ce qui rentre dans les portefeuilles des ménages populaires, se joignent au mouvement comme ici et là des sections d'entreprise, des unions locales voire départementales commencent à le faire (quelques exemples ici : luttes-syndicales-ouvrieres-rejoignent-gilets-jaunes.pdf).

    Alors après, évidemment, il s'agit là d'un mouvement de la société entière et (donc) de la société telle qu'elle est... C'est à dire une société où au premier tour de la présidentielle l'an dernier plus de 16,5% des inscrits ont voté pour Marine Le Pen, un peu plus de 15,5% pour François Fillon et 3,65% pour Nicolas Dupont-Aignan (pour ne prendre que les candidats les plus "à droite", réactionnaires, et sans vouloir nier que des conceptions de merde puissent exister chez les autres !) ; tandis que 22,23% se sont abstenus sans forcément en penser moins que les électeurs des candidats précités, ou en étant comme qui dirait "de droite ET de gauche", "le bon qu'il y a des deux côtés" mais version "d'en bas" pour reprendre la conception laclau-mouffienne (c'est à dire pas le "de droite et de gauche" macronien "d'en haut", économiquement ultra-libéral et - tout relativement cependant, certainement pas face aux migrants par exemple - "progressiste" sur le plan "sociétal"), comme "Fly Rider"-Maxime Nicolle (intérimaire en Bretagne) avec son appel (que d'aucuns pourront s'amuser à trouver "soraloïde") à "évacuer le racisme" de la mobilisation pour que "les Arabes" aient "l'occasion de montrer qu'ils sont avec nous et que les trous du cul ne sont qu'une petite minorité qui se retrouvera de côté comme les racistes" (mots d'"enfant" politique qui réalise l'intérêt d'unir les classes populaires sur un intérêt commun, du haut de son "expérience à la Réunion", mais mots d'une valeur finalement infiniment plus grande que tous les grands blablas gauchistes sur la "convergence des luttes", paternalistes et jamais suivis d'effet) https://www.facebook.com/groups/113011902965556/permalink/119491898984223/.

    Il y a de toute façon bien longtemps que plus personne d'un minimum "calé" politiquement ne peut sérieusement croire, une traître seconde, que les mobilisations "classiques" c'est à dire syndicales, et même étudiantes-lycéennes (a priori plus "progressistes") soient totalement exemptes de tout individu aux conceptions (même "vaguement") sexistes voire homophobes (ou pire, aux actes derrière de grands discours "safe"), racistes ou du moins islamophobes de type "Charlie", anti-"racailles" lorsque les quartiers viennent (à l'occasion) foutre un peu le boxon en manif, anti-"terroristes" sans analyse plus poussée (pourtant terriblement nécessaire), complaisantes avec le colonialisme sioniste parfois (surtout dans les milieux ultra-gauches intellectuels), etc. etc. À la limite, que ces positions ou agissements soient défendus par des individus "militants" ne fera que rendre le salmigondis argumentaire plus insupportable.

    Comme nous l'a enseigné Engels dès le 19e siècle, on ne fait pas la révolution avec des anges purs descendus du ciel mais avec des "démons" que sont les masses populaires telles qu'elles sont, produit de la société pourrie que nous combattons ; des masses populaires qu'il ne faut en réalité même pas chercher à "éduquer" jusqu'à les rendre politiquement "parfaites" à nos yeux mais seulement à amener, en tenant fermement le cap que nous nous sommes fixé, jusqu'à un basculement de légitimisme de l'État bourgeois sous ses variantes de droite comme "de gôche" vers notre camp ; et l'économiste Frédéric Lordon, disant une fois n'est pas coutume quelque chose d'un semblant d'intérêt révolutionnaire, d'ajouter que "ceux à gauche qui pensent qu’ils ne feront la révolution qu’avec un peuple révolutionnaire constitué de leurs exacts semblables, attendront la révolution longtemps".

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    [Petit billet, quelques réflexions encore]

    Il est possible de dire dans un sens que le ghetto racial, le colonialisme intérieur (et le traitement inhumain des nouveaux migrants qui arrivent) est un crime du système capitaliste impérialiste, colonialiste déjà à l’extérieur, dans lequel la gôche a (déjà) historiquement plus que sa part mais bon, on pourra à la rigueur s’amuser à dire « surtout de la droite », ou alors d’une gôche qui ne le serait « pas vraiment ».

    Mais par contre… la situation de désert politique des bassins d’emplois périphériques en déshérence, des Rust Belts peuplées de petits blancs aujourd’hui gilets jaunes, est d’abord et avant tout un crime, une faute politique lourde de la gôche blanche (y compris « radicale »).

    La gôche blanche, y compris « radicale », qui au lieu de s’efforcer en priorité que les gens y restent de gôche, c’est-à-dire à moitié potables, s’est mise en tête d’avoir absolument pour « potes » de credibility, de prendre la direction politique des minorités non-blanches… qui n’en ont jamais RIEN, mais alors rien eu à péter d’elle ni besoin d’elle pour s’organiser et lutter depuis des siècles.

    Résultat : elle ne s’est jamais massivement ralliée les non-Blancs, qui n’en ont rien à battre de sa gueule et de ses sermons. D’ailleurs, même si on prend les luttes de genre par exemple, elle n’a pas réussi non plus à prendre totalement la tête de ces « minorités » là, puisque l’on voit de plus en plus des féministes ou des personnes LGBT de droite (ou pensant de droite, du moins), ou au contraire, allant vers des positions révolutionnaires authentiques.

    Et de l’autre côté… elle a complètement abandonné le populo blanc « beauf », « sans dents » à sa lamentable condition et à l’hégémonie de la droite et de l’extrême-droite, qui l’ont habilement surpassée en misérabilisme dans cette direction.

    « L’indigène discordant n’est pas le seul point aveugle de la gauche radicale. Il y en a un autre : c’est le prolétaire blanc. En effet, comme l’a souvent répété Sadri Khiari, la gauche radicale n’arrive pas à rompre avec son matérialisme froid qui l’empêche de comprendre le besoin d’histoire, d’identité, de spiritualité et de dignité des classes populaires blanches. Une dignité qui ne soit pas seulement la dignité de consommer. Les prolos français qui ont voté pour Sarkozy ou Le Pen n’attendent pas seulement d’eux qu’ils augmentent leurs salaires. Ils votent pour des « valeurs », quoiqu’on puisse penser de ces valeurs. Et à des valeurs, on n’oppose pas 1500 euros mais d’autres valeurs ; on oppose de la politique et de la culture. La question de la dignité est une porte d’entrée trop négligée. Cette dignité bafouée a su trouver auprès de ceux qu’on appelle les « petits blancs » en France ou encore les « white trash » aux États-Unis une voix souterraine pour s’exprimer, c’est l’identité. L’identité comme revers vicieux de la dignité blanche, et qui sous cette forme n’a trouvé comme traduction politique que le vote FN, puisque ces petits blancs sont « trop pauvres pour intéresser la droite, trop blancs pour intéresser la gauche » (la gauche institutionnelle, s’entend), pour reprendre la formule d’Aymeric Patricot. » – Houria Bouteldja, "Les Beaufs et les Barbares".

    D’où le résultat actuel ; d’où l’idéologie qui se dégage des revendications du gilet jaune moyen, en dépit de tous les efforts d’une gauche mélencho-syndicale, et même en bonne partie « radicale », finalement entrée (opportunément, opportunistement ?) dans la danse pour tirer le truc vers la gauche.

    Et la meilleure encore dans tout ça... c'est que parmi, ou à côté en tout cas de ces petits blancs « oubliés » réside aussi, surtout dans les vieux bassins industriels sinistrés, en quantité tout sauf négligeable, un... « indigénat oublié » ; venu il y a 50 ans là où il y avait du boulot c’est-à-dire (à l'époque) partout, y compris au « cul » de la Lorraine ou de l'Occitanie (La Sala/Decazeville par exemple) ; loin des fameuses « banlieues » que la pensée gauchiste associe systématiquement à « victimes du racisme » ; très, trop loin des grandes villes et de leurs campus.

    Voilà le constat de l’étendue du désastre.

    Il est temps de se remettre en question : la gauche blanche, surtout radicale pour le coup (car bon les socedems ne sont pas là pour ça, ils font toujours avancer l’égalité sur le dos d’un Autre), révolutionnaire, n’a pas pour rôle d’aller se présenter en sauveuse et guide éclairée d’un monde colonisé (extérieur et intérieur aux métropoles) qui n’a pas besoin de ses lumières (avec ou sans majuscule).

    Elle a pour rôle d’aller d’abord s’assurer (en travaillant entre autres, selon nous, à une rupture intellectuelle à base d’histoire populaire authentique avec le « roman national » français et « civilisationnel » européen) que ses congénères soient sinon des porteurs de valises, du moins pas, ou le moins possible des ennemis de la révolution mondiale qui comme l’histoire l’a toujours montré se déploie à partir des grandes périphéries impérialisées de la planète, et de leurs prolongements immigrés au « cœur du monstre » occidental.

    Voilà où était, où aurait dû être sa tâche ! Celle qui appartient aujourd’hui à ceux qui veulent y croire encore, pour espérer parvenir à un véritable internationalisme domestique (intra-métropole) comme planétaire de libération.

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    Le reportage de la revue militante Ballast, très intéressant aussi à ce sujet de "qui sont les Gilets Jaunes ?" :


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