• Les droits démocratiques LGBTI et la mobilisation réactionnaire de masse

    1. Depuis désormais plusieurs mois, la grande ‘question de société’ (démocratique) du mariage pour les couples homosexuels secoue la société (les masses populaires) d’Hexagone, et permet le développement de GRANDES MOBILISATIONS RÉACTIONNAIRES DE MASSE – mais ce pourrait être, à vrai dire, n’importe quelle autre question (comme la peine de mort ou l’école privée au début des années 1980), l’’important’, l’aspect déterminant, étant que la ‘gauche’ de la bourgeoisie ait ‘atterri’ par accident au pouvoir et que cette ‘parenthèse politique’ ouvre, comme toujours dans l’histoire, à une recomposition, une/de ‘nouvelle(s) synthèse(s)’ idéologique(s) et une remobilisation de la réaction la plus noire.

    Printemps-Francais-LOLLa droite bourgeoise, dans toutes ses composantes depuis la libéral-démocratie ou la démocratie-chrétienne jusqu’aux semi-fascistes en passant par les ‘reagano-thatchériens’, a en effet dirigé l’État pendant 10 ans (2002-2012), et largement hégémonisé intellectuellement la ‘société civile’ hexagonale pendant cette période. Mais, face à la crise mondiale terminale du capitalisme, la tentative de ‘synthèse’ sarkozyste, la tentative de rassemblement ‘grand écart’ entre la chèvre semi-lepéniste ‘Droite populaire’ et le chou ‘républicain, humaniste et social’ à la Borloo, s’est avérée trop fragile et n’a pas résisté, tandis que de son côté, le ‘peuple militant’ d’extrême-droite, fascisant, déployait des stratégies (toutes) fort fructueuses, mais contradictoires entre elles : infiltration ‘classique’ de la droite ‘républicaine’ ‘dure’ (le plus éminent étant Patrick Buisson, conseiller de campagne de Sarkozy en 2006-2007 et 2011-12, passé depuis au service de... Copé) ; ‘réseautage métapolitique’ à base de ‘coups d’éclat’ médiatiques, de ‘maillage associatif’, d’élections locales et de ‘touchage’ de notables (Identitaires, UDN, national-catholiques) ; ‘dépassement’ de la traditionnelle haine anti-‘pas-blancs’ par la recherche de ‘valeurs communes’ avec les masses colonisées-intérieures les plus arriérées (Soral avec Dieudonné, Thomas Werlet avec Kemi Seba) ; ‘monolithisme oppositionnel’ FN sur une ligne souverainiste anti-‘Bruxelles’, ‘républicaine’ et social-populiste anti-‘système’, anti-‘UMPS’ etc. ; tout cela sans parler des contradictions dans la recherche d’alignement géopolitique de l’impérialisme BBR (ancrage occidentaliste ‘sans être les toutous des Américains’, ou anti-américanisme pro-russe quitte à se faire ‘tiers-mondiste’). Tout cela a donc finalement ouvert la voie à un retour aux ‘affaires’ de l’aile ‘libérale-démocrate de gauche’, ‘social-libérale’ de la bourgeoisie monopoliste, le PS ; mais avec une emprise idéologique de masse ridicule par rapport à 1981 ou même 1997 ; et, on l’a dit, à une profonde réorganisation et remobilisation du ‘peuple de droite’ le plus dur, à la préparation d’une CONTRE-OFFENSIVE qui, soyons-en sûrs, si la droite revient au pouvoir (ce qui est à peu près acquis) en 2017 avec un FN à 20 ou 25%, sera TERRIBLE.

    Dans le contexte, donc, du débat autour du ‘mariage pour tous’, a émergé par exemple la mouvance informelle du ‘Printemps français’, dont ont parlé récemment les camarades d’Alternative libertaire Montpellier : reprenant l’appellation médiatico-bourgeoise du ‘Printemps arabe’ (les grands révoltes populaires qui ont secoué le Maghreb et le Proche-Orient depuis 2011), ce mouvement dans lequel convergent aussi bien des éléments FN, villiéristes, national-catholiques ou identitaires que des ‘radicaux’ de l’UMP, prône une action ‘non-violente, mais pas forcément légale’, et ne fait finalement que reprendre un classique de l’hégémonie intellectuelle de droite depuis plus de 20 ans (depuis, en gros, les ‘années Mitterrand’) : nous vivrions en ‘dictature’, une dictature imposée par la ‘bien-pensance de gauche’, les ‘lobbys communautaires’ (LGBT, musulmans, afro-descendants et ‘immigrés’ en général, parfois juif), la ‘racaille raciste anti-blancs’ que la ‘bien-pensance’ et les ‘lobbys’ font prospérer, sans oublier les ‘syndicats de fonctionnaires et autres payés-à-rien-foutre qui nous prennent en otage’ ; et il faudrait ‘organiser la résistance’… Mais tout cela n’est encore pas grand-chose par rapport à une mouvance qui a émergé récemment parmi les plus réactionnaires des décérébrés-francisés d’Occitanie, là où l’idéologie OAS importée par les ‘rats-pas-triés’ colonialistes d’Algérie est la plus fortement implantée : le Front de Défense des Français (ce qui, en Occitanie, ne manque pas de sel…), des ‘déçus’ du virage ‘respectable’ de Marine Le Pen (qui a, notamment, refusé de se joindre aux ‘manifs pour tous’ et serait ‘prisonnière d’un lobby gay’ au FN) qui appellent (et se préparent) d’ores et déjà à la GUERRE CIVILE, vers laquelle la crise terminale du capitalisme nous conduit inexorablement. L'on notera ici l'aspect 'nébuleux', protéiforme de cette mobilisation ultra-réactionnaire de masse, CARACTÉRISTIQUE du fascisme 'français' qui est historiquement plus une affaire de squadrisme musclé et (surtout) de 'chaudron d'idées' et de 'lobbying' en faveur d'un 'pouvoir fort', d'un 'homme providentiel' qui surgira tôt ou tard pour 'remettre les choses en ordre' (comme Pétain en 1940), que d'un parti structuré autour d'un chef en vue de la prise directe du pouvoir (ceci n'a guère connu que trois exemples : le PSF du colonel La Rocque ; le RPF de De Gaulle - qui a finalement pris le pouvoir, mais n'a pas mis en place un véritable fascisme, et a 'trahi' dans une large mesure sa base sur la question de l'Algérie ; et le FN sous la direction de Marine Le Pen - son père ne voulait pas réellement accéder au pouvoir).

    Du côté de la ‘gauche radicale’, il ne faut pas oublier que la question démocratique des personnes homosexuelles et transgenre (et, à vrai dire, les questions démocratiques ‘de société’ en général) a longtemps été plus qu’un gros problème : pour le PCF de Thorez et Duclos, ‘la classe ouvrière (était) saine’, l’homosexualité (ou même simplement la liberté sexuelle) était un ‘vice petit-bourgeois’, et les homosexuel-le-s des ‘malades’ auxquel-le-s ‘le Parti ne veut pas de mal : nous allons les soigner’, car ‘les communistes sont de vrais hommes qui aiment de vraies femmes’… et du côté trotskyste, le PCI de Lambert (largement hégémonique jusqu’en Mai 68), ou même son clone de Frank et Raptis ne raisonnaient guère autrement (aujourd’hui, cela va se traduire, chez beaucoup d’organisations, non par une homophobie affirmée mais par – effectivement – un silence gêné sur la question, ou par l’affirmation qu’il y a là une ‘diversion’ par rapport aux 'vrais problèmes', un ‘débat de société indifférent à la classe ouvrière’, qu'il y a 'd'autres priorités', etc.).

    printemps-françaisIl y a là une conséquence directe de l’IDÉOLOGIE RÉPUBLICAINE ‘française’, directement ‘décalquée’ sur le mouvement ouvrier : ‘staliniens’ comme trotskystes recherchaient une ‘identité républicaine et socialiste organique’ du peuple ‘français’, identité de laquelle ‘rien ne (devait) dépasser’. Et il faut dire que ni le marxisme-léninisme ‘kominternien’ (y compris le PC chinois de Mao et, plus tard, le PC cubain du Che…), ni le vieux barbichu depuis son exil mexicain, ne poussaient spécialement dans une autre sens (au milieu des années 1930, l’URSS rétablissait pratiquement toutes les conceptions les plus bourgeoises des relations sociales à caractère sentimental et sexuel : pénalisation de l’homosexualité, interdiction du divorce et de l’avortement qu’avaient autorisés la Révolution d’Octobre, etc.). Seul le mouvement libertaire mettait en avant ces ‘droits’, dans une conception idéaliste petite-bourgeoise ‘radicale’ de la ‘liberté individuelle’. Selon le marxisme, ‘l’humanité ne peut répondre qu’à des questions qui se posent à elle’, mais cela n’est pas un argument ici, puisque l’homosexualité existe (et ‘pose question’) depuis aussi longtemps qu’existe l’espèce humaine elle-même : répandue et socialement acceptée dans l’Antiquité esclavagiste, mais sous une forme élitiste et violemment patriarcale (mode de domination des hommes mûrs sur les jeunes), elle s’est ainsi trouvée rejetée (comme la libre sexualité en général) par les ‘religions révélées’ du Ier millénaire (christianisme, islam, judaïsme talmudique), idéologies 'révolutionnaires' du passage à la féodalité, car associée à la ‘dépravation institutionnalisée’ et à l’esclavagisme sexuel qui prévalait dans l’esclavagisme en crise générale de l’Empire romain ; puis, le processus (parallèle à l’émergence du capitalisme) de construction de l’État moderne, à partir des 12e-13e siècles, a ouvert une ère de répression institutionnalisée et atroce (personnes brûlées vives, etc.), tout comme elle a donné naissance à l’antisémitisme et à la xénophobie ‘existentiels’, au suprématisme ‘blanc’ et chrétien etc., dans une logique où tout ce qui était ‘différent’ du modèle défini comme dominant (la famille bourgeoise ou laboureuse européenne-chrétienne) était potentiellement ‘subversif’ (pour le compte des exploité-e-s, ou pour le compte d’un pouvoir capitaliste concurrent), et devait donc être soit soumis, soit éliminé. L’accusation de ‘sodomie’ (qui pouvait désigner l’homosexualité en particulier, ou le libertinage sexuel en général) était ainsi fréquemment employée contre les ‘dissidents’, par exemple les Templiers ou encore les Cathares, et le terme de ‘bougre’/’bougrerie’, longtemps synonyme avant de perdre sa signification, vient d’ailleurs de ‘bulgare’ qui désignait les Bogomiles, parents balkaniques des Cathares. Il n’y a donc, pour le mouvement marxiste (‘stalinien’ ou trotskyste) du 20e siècle, pas vraiment d’’excuse matérialiste historique’ quant à ses positions sur cette question, mais plutôt un dégagement insuffisant de l’idéologie bourgeoise, elle-même pas encore tout à fait dégagée des conceptions féodales dans lesquelles a ‘baigné’ l’accumulation primitive du capital...

    C’est dans le contexte de Mai 68 qu’enfin, des forces marxistes (comme la Gauche prolétarienne et, plus encore, les ‘maoïstes libertaires’ de ‘Vive la Révolution’ (VLR), ou des courants trotskystes notamment dans et autour de la LCR) ont mis en avant cette question démocratique, et LES questionS démocratiqueS en général, rappelant au mouvement prolétarien qu’il n’avait pas vocation à n’émanciper que le prolétariat lui-même, mais aussi les masses populaires humaines dans leur totalité. Cependant, avec le grand recul connu par le mouvement communiste international depuis cette époque, ces conceptions ont tendu en effet à ‘régresser’ vers un ‘libéralisme-libertaire’ idéaliste et à s’aligner sur la gauche bourgeoise ‘moderniste’, perdant la capacité de compréhension du lien entre le modèle de société bourgeois (rejetant l’homosexualité, la liberté sentimentale et sexuelle etc.) et le mode de production lui-même (cf. ci-dessus). Aujourd’hui, cette hégémonie petite voire moyenne-bourgeoise (couches sociales urbaines, éduquées et aisées), ‘social-libérale-libertaire’, sur les mouvements d’émancipation féminine et homosexuelle, est une problématique réelle sur laquelle le mouvement communiste renaissant doit se pencher, problématique traduite notamment par la réaction des Indigènes au débat sur le ‘mariage pour tous’, réaction plus que critiquable, mais révélant bien l’état d’esprit ‘moyen’ du colonisé intérieur (et même du prolétaire ‘blanc’) des ‘quartiers’. Reste aussi en suspens, depuis longtemps, la question d’un mouvement d’affirmation lesbien autonome ; car, la ‘nature humaine’ léguée par des millénaires de société de classe étant ce qu’elle est, les ‘bonnes intentions’ ne suffisent pas et, souvent, les mouvements féministes sont ‘trustés’ par les femmes hétérosexuelles, et les mouvements homosexuels, par les homosexuels masculins… Les militantes lesbiennes se ‘réfugient’ alors, souvent, dans un ‘féminisme ultra-radical’ violemment gauchiste, anti-constructif et repoussoir pour les masses ‘lambda’ (tous sexes et genres confondus).

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    2. Cette question permet aussi, encore une fois, de démasquer la pratique au service éternel de la réaction des ultra-gauchistes. Car, une fois constaté ce que tout le monde est tout à fait capable de constater (qu’un nombre considérable de personnes réactionnaires sont capables de se mobiliser en masse contre les droits démocratiques des personnes homosexuelles), le ‘p’’c’’mlm’ concentre encore une fois, comme à son habitude, ses attaques sur l’’extrême-gauche’ (le mouvement révolutionnaire ou ‘radical’ – potentiellement révolutionnaire – d’Hexagone), et en particulier sur ce qui a vocation à devenir sa ‘locomotive’, les véritables maoïstes qu’ils qualifient (dans un grand sac avec les pires débris du révisionnisme thorézien) de ‘marxistes-léninistes’. Ceux-ci seraient coupables de ‘ne jamais parler’ de la question ; tandis que de son côté le mouvement trotskyste, ‘main dans la main’ avec la social-démocratie, mettrait en avant un discours ‘libéral-libertaire’, avec des éléments ‘dissidents’ (comme l’électron libre Ilan Simon, ex d’ARS Combat) qui rejoindraient la mobilisation homophobe (cela, par contre, est vrai et plonge ses racines dans le lourd passif du mouvement ouvrier hexagonal, cf. ci-dessus).

    arton982-715ebSauf que cette affirmation est tout d’abord FAUSSE, puisqu’ont défendu les droits des personnes homosexuelles et combattu les mobilisations réactionnaires des organisations aussi variées que l’OCML-VP, l’Organisation communiste ‘Futur Rouge’ (ici et ici) – qui a précisément rompu avec le ROCML sur la question de ces ‘débats sociétaux qui n’intéressent pas le mouvement ouvrier’ ou le média communiste ‘Front pour la Libération de Classe’ (mais pas, en effet, le PCmF, sans doute très pris par son implication dans les luttes ouvrières concrètes de région parisienne) ; et ensuite, si position est prise, elle est de toute manière qualifiée de ‘libérale-libertaire’, ‘rejetant la social-démocratie mais ne la critiquant pas’ (???), etc. etc.

    D’une manière générale, le ‘p’’c’’mlm’ pourfend le ‘silence’ (totalement imaginaire) de l’’extrême-gauche’ sur cette question, mais, lorsqu’une organisation ou un média, ou même un individu isolé, prend position, si ce n’est pas homophobe (en tout cas, refusant l’égalité des droits) comme l’électron libre Ilan Simon, c’est alors ‘libéral-libertaire’… Nous avons là une méthode très subtile d’argumentation et de ‘démolition’ de l’’extrême-gauche’ au service de la réaction, méthode dont le ‘p’’c’’mlm’ est vraiment devenu un spécialiste émérite.

    Enfin, n’ayons pas peur de le dire, il y a tout de même du GRAND COMIQUE à s’ériger en donneurs de leçons absolus sur cette question, lorsque l’on se réclame de (et vénère à grandes prosternations) l’URSS de Staline et ‘le PCF des années 1930-40’, et que l’on connaît les positions de ces forces politiques sur l’homosexualité et les ‘questions morales’ à cette époque… (de même que lorsque l’on se pose en grands donneurs de leçons sur l’antisémitisme, et que l’on connaît les discours et pratiques de la direction ‘stalinienne’ sur cette question à la fin des années 1940/ début 1950). D’une manière générale, leur position vis-à-vis des personnes homosexuelles ou ‘transgenre’ est profondément ‘professorale’ et imprégnée de paternalisme.

    anti-homophobie3. La position réellement communiste révolutionnaire, sur la question démocratique LGBTI, est que la bourgeoisie capitaliste ‘de gauche’, par sa nature même de classe, est incapable d’assumer jusqu’au bout son propre libéralisme démocratique [1] : à ce stade du processus révolutionnaire et DONC de la conception communiste du monde, il n’y a fondamentalement pas grand-chose à redire à la conception bourgeoise libérale sur ces questions (l’État et les lois n’ont rien à faire dans les chambres à coucher des masses populaires) ; les arguments basés sur le prétendu ‘équilibre de l’enfant’ sont des fumisteries obscurantistes sans aucun fondement scientifique (si les couples homosexuels devaient élever ‘automatiquement’ des enfants homosexuels ou ‘perturbés’, alors ‘automatiquement’ les couples hétérosexuels devraient élever des enfants hétérosexuels et/ou ‘équilibrés’ : cette seule affirmation suffit à démontrer le ridicule de l’argument) ; en revanche, refusant que le marché capitaliste subsume (absorbe) une autre activité humaine, les communistes s’opposent au marché de la procréation pour autrui.

    En instaurant le ‘mariage pour tous’, la bourgeoisie capitaliste libérale ‘de gauche’ joue un rôle positif en faveur de l’égalité démocratique des personnes homosexuelles ; mais, dans le même temps, outre de valoriser et renforcer l’institution bourgeoise du mariage (au demeurant, tant les sociaux-démocrates que les ‘staliniens’ et les trotskystes n’ont jamais été très ‘avant-gardistes’ sur ce point au siècle dernier…) et de chercher (nature de classe oblige !), à chaque reconnaissance d’une liberté démocratique, à créer un marché pour le capital (comme cela s’est fait avec l’émancipation féminine dans les années 1960-80, la reconnaissance de ‘l’enfant/adolescent comme personne’, la ‘tolérance antiraciste’ des minorités etc. etc.), elle est incapable d’assumer de manière conséquente, à travers une véritable mobilisation progressiste de masse, ce petit bout de révolution démocratique véritable… pour la bonne et simple raison qu’aujourd’hui, au stade de l’impérialisme, seul le prolétariat révolutionnaire à la tête des masses populaires le peut !

    Les droits démocratiques LGBTI et la mobilisation réactionnaire de masse


    [1] Si l’on voulait résumer 800 ou 900 ans d’histoire du capitalisme en quelques mots, l’on pourrait dire les choses, présenter sa contradiction ‘existentielle’, ainsi : d’un côté il est un ‘centre d’impulsion’ d’humanisme, puisqu’il met en avant l’individu dans son individualité, contre l’individu ‘simple petit rouage’ de la société, ou simple chose que l’on peut s’approprier, utiliser et même détruire à volonté (conception esclavagiste qu’avaient déjà commencé à contester les grandes religions comme le christianisme, l’islam ou le bouddhisme) ; mais de l’autre, par ses contradictions mêmes et l’obligation de ‘gérer’ celles-ci, et même pour ‘forcer’ le développement de ses forces productives, il est obligé de s’appuyer sur un appareil politico-militaire et idéologique qui reprend, ‘rénovées’, les conceptions les plus barbares des temps médiévaux et antiques. Le capitalisme est apparu, aux 11e-12e siècles, dans des sociétés aux forces productives avancées où il a impulsé des modèles de société relativement ‘libéraux’ et humanistes (Italie, régions rhénanes, Espagne ‘maure’, Occitanie…) ; mais il n’a pu prendre réellement son essor qu’à partir du moment où il s’est/a été ‘recouvert’ de l’appareil politico-militaire et idéologique (d’encadrement des masses) qu’est l’État moderne, qui, lui, provient des terres les plus ‘moyennâgeuses’, aux forces productives les moins avancées : Nord de l’Hexagone ‘française’, Nord de la Meseta ibérique, Angleterre, Autriche des Habsbourg puis Prusse en Allemagne, etc. Pour réaliser sa véritable grande accumulation primitive, il a dû rétablir, pour les pays d’Europe de l’Est, un servage digne d’avant l’An 1000 qui avait pratiquement disparu et, dans les colonies des pays d’Europe de l’Ouest, l’institution antique de l’esclavage, qui le christianisme avait beaucoup fait reculer depuis la fin de l’Empire romain, mais en la limitant aux ‘nègres’ africains et aux indigènes d’Amérique, en arguant que ceux-ci n’étaient ‘pas tout à fait humains’ (ou en tout cas ‘païens’, ce qui peut justifier l’esclavage selon certains textes ‘sacrés’)… etc. etc. Là est, au niveau de la superstructure idéologique, la contradiction qui traverse toute l’histoire du capitalisme depuis la ‘renaissance médiévale’.

     


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