• Les communistes et la "gauche" bourgeoise

    Dans le mouvement communiste a été de toute part et à répétition soutenue la thèse que les réformistes et la gauche bourgeoise en général sont les pires ennemis du mouvement communiste (104). Ces thèses sont substantiellement erronées et affaiblissent politiquement le mouvement communiste. Les réformistes et la gauche bourgeoise sont les propagateurs de l'influence de la bourgeoisie dans les rangs du mouvement communiste. Ils ne sont un danger pour notre cause que dans la seule mesure où ils réussissent à influencer la conduite du Parti communiste, à alimenter dans nos rangs l'opportunisme et le révisionnisme par émulation, timidité idéologique ou corruption, ou le sectarisme et le dogmatisme par réaction défensive : en somme, dans la mesure où ils parviennent à agir sur nos contradictions internes.

    Il n'y a un danger pour nous que dans la mesure où l'indépendance idéologique, politique et d'organisation du Parti communiste vis-à-vis de la bourgeoisie est encore incertaine. Si au contraire le Parti communiste réussit à bien défendre ses rangs de l'influence de la bourgeoisie (en d’autres mots : si la gauche du Parti traite de manière juste les contradictions internes au Parti et mène de manière juste la lutte entre deux lignes à l'intérieur du Parti), il peut et doit utiliser les réformistes et la gauche bourgeoise en général soit pour élargir son travail de masse et pour mobiliser les secteurs des masses populaires les plus soumis à la bourgeoisie et donc les plus réfractaires à l'action directe du Parti, soit pour affaiblir la bourgeoisie en élargissant ses contradictions internes, dont les réformistes et la gauche bourgeoise sont l’expression. 

    (Note 104) : Sur cet argument, voir À propos de l'expérience historique de la dictature du prolétariat (1956), dans les Œuvres de Mao Zedong (Edition Rapporti Sociali) volume 13 :

    "Par exemple, Staline avance cette formule que dans les diverses périodes révolutionnaires, le coup principal doit être porté de façon à isoler les forces politiques et sociales intermédiaires de l'époque.

    Nous devons examiner cette formule de Staline d'un point de vue critique, marxiste et en tenant compte des circonstances. Dans certaines circonstances, il peut être correct d'isoler de telles forces, mais il n'est pas correct de les isoler quelles que soient les circonstances. Notre expérience nous apprend que dans une révolution, le coup principal doit être porté à l'ennemi principal de façon à l'isoler.

    Quant aux forces intermédiaires, nous devons adopter à leur égard la politique de nous unir avec elles et en même temps de lutter contre elles, de façon pour le moins à les neutraliser ; et, si les circonstances le permettent, nous devons nous efforcer de les faire passer de cette position de neutralité à une position d'alliance avec nous, afin que cela contribue au développement de la révolution. Mais il fut une époque, celle des dix années de guerre civile, de 1927 à 1936, où certains de nos camarades n'ont fait qu'appliquer mécaniquement cette formule de Staline à la révolution chinoise, et ont dirigé leur principale attaque contre les forces intermédiaires en considérant celles-ci comme notre plus dangereux ennemi. Il s'ensuivit qu'au lieu d'isoler notre véritable ennemi, nous nous sommes isolés nous-mêmes. Nous nous sommes infligé des pertes à nous-mêmes et avons fait le jeu du véritable ennemi.
    C'est en se référant à cette erreur de dogmatisme que, dans le but de vaincre les agresseurs japonais, le Comité central du Parti communiste chinois, pendant la Guerre contre les envahisseurs japonais, posa le principe que nous devions "développer les forces progressistes, rallier les forces intermédiaires, et isoler les jusqu'au boutistes".

    Les forces progressistes en question étaient celles des ouvriers, des paysans, des intellectuels révolutionnaires, conduites par le Parti communiste chinois, ou susceptibles de subir son influence. Les forces intermédiaires étaient la bourgeoisie nationale, divers partis et groupements démocratiques et des démocrates sans parti. Les jusqu'au-boutistes comprenaient les forces compradores et féodales, avec Tchang Kaï-chek à leur tête, qui n'opposaient qu'une résistance passive aux envahisseurs japonais et qui menaient une lutte active contre les communistes. L'expérience, née de la pratique, a démontré que cette politique du Parti communiste chinois répondait aux circonstances dans lesquelles se déroulait la révolution chinoise et était la bonne.

    Il en est toujours ainsi : le dogmatisme n'est goûté que de ceux qui ont l'esprit paresseux. Loin d'être d'une utilité quelconque, il fait un mal incalculable à la révolution, au peuple et au marxisme-léninisme. Pour élever la conscience politique des masses populaires, pour stimuler leur dynamisme créateur, et pour hâter le rapide développement du travail pratique et théorique, il convient maintenant encore de détruire le respect superstitieux pour les dogmes."

    Il faut toutefois rappeler que dans son œuvre de direction du mouvement communiste, Staline alla lui-même de multiples fois contre sa propre thèse erronée. Au cours de la première vague de la révolution prolétarienne, le mouvement communiste utilisa dans la pratique, dans plus d’une phase et occasion, les réformistes et la gauche bourgeoise en faveur du mouvement communiste : il suffit de penser à la ligne du Front populaire antifasciste (1935). L'absence d'une orientation consciente, générale et juste produisit toutefois des incertitudes et des embardées dans l'application : unité sans lutte et lutte sans unité.

    Manifeste Programme du (nouveau) Parti communiste italien, Chap. 3 partie 3.1 "Les leçons que nous avons tirées de l'expérience de la révolution prolétarienne" (et note 104) 

    Ce qui précède pourrait aisément s'appliquer, au jour d'aujourd'hui, à diverses forces de gauche "radicale", "antilibérale", "alter" et autres forces "petites-bourgeoises" de type "indigné-e-s", "occupy" etc. (du moment, bien sûr, qu'elles sont réellement progressistes et pas vautrées dans un populisme républicard à la Mélenchon, Gerin et compagnie) ! 

     

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