• Les classes - Le prolétariat


    Karl Marx et Friederich Engels ont, au 19e siècle, défini le capitalisme comme un mode de production comprenant différentes classes, mais où deux jouent un rôle principal, deux dont la contradiction est fondamentale : la bourgeoisie et le prolétariat. Le prolétariat est, selon eux, la classe de la révolution à venir, la révolution socialiste, la seule classe révolutionnaire jusqu'au bout.

    Mais qu'est-ce que le prolétariat ?

    Est-ce "les pauvres" ? Est-ce "les opprimés" ? Est-ce "les ouvriers" ?

    Il importe, dans une démarche scientifique, de revenir à la définition scientifique, posée par Marx et Engels.

    Le prolétariat, ce sont :

    --> les travailleurs non propriétaires des moyens de production. C'est le caractère fondamental. Les moyens de production sont la propriété du bourgeois capitaliste, c'est la définition de la bourgeoisie. Le prolétaire n'est propriétaire que de sa force de travail.
    Le prolétariat ce n'est donc pas simplement "les pauvres" : un petit entrepreneur individuel, artisan ou commerçant, ou un petit paysan sans salarié peuvent gagner (entre leur chiffre d'affaire et leurs charges, impôts etc.) moins qu'un SMIC par heure de travail. C'est même très fréquemment le cas. Ce ne sont pas pour autant des prolétaires.
    Cela ne veut pas dire que, de par leur position au bas de l'échelle sociale, ils ne peuvent pas jouer un rôle révolutionnaire.
    Cependant, ils ne peuvent pas être "la classe révolutionnaire jusqu'au bout" s'ils ne sont pas sous la direction du prolétariat. Pourquoi ? Parce que de par leur mode de fonctionnement, ils sont habitués à un raisonnement individualiste.
    De plus, ils ont toujours "l'espoir" de réussir à "s'en sortir" dans le cadre du capitalisme.

    --> extorqués de la plus-value de leur travail : si le prolétaire crée, par son travail, une valeur ajoutée de 10 €, l'employeur lui en verse 3, 4, 5... en salaire (ça dépend des pays), le reste va dans la poche de l'employeur (peu importe les impôts, charges etc. qu'il paiera ensuite, ce n'est pas le problème du travailleur).
    Donc, ce n'est pas "les opprimés". Au stade où nous sommes, le stade de l'impérialisme, le Capital s'est tellement concentré en monopoles que les petits capitalistes vus plus haut (artisans, commerçants) subissent une oppression du Grand Capital.
    Et les monopoles veulent façonner toute la société à leur image, selon leurs intérêts : n'importe qui, petit-bourgeois voire bourgeois, fils/fille de bourgeois "rebelle", peut subir l'oppression, la répression... Cela n'en fait pas un prolétaire. Ce qui n'empêche pas, là encore, qu'il/elle puisse jouer un rôle révolutionnaire.
    De plus, il faut produire. Les chômeurs sont considérés (s'ils sont prolétaires avant de perdre leur emploi) comme des prolétaires, privés involontairement de travail : c'est l'armée de réserve. Mais tout un ensemble d'individus, "marginaux", "bohèmes", vivent à la marge de la production, alternant petits boulots, mendicité, aide sociale... Ils peuvent jouer (et joueront très sûrement) un rôle révolutionnaire, mais ce ne sont pas des prolétaires.

    --> enfin, car jusque là ce pourrait être n'importe quel salarié, échangeant leur force de travail (seul moyen de production dont ils disposent) contre juste de quoi la reproduire.
    C'est là que se pose, dans les pays impérialistes, la question de la moyennisation, du niveau de vie sociologiquement "petit-bourgeois" d'un grand nombre de salariés. Il est clair que dans un pays "riche" comme la France, toute personne travaillant (à l'exclusion donc des sans-emploi, et des marginaux) gagne plus que "juste de quoi vivre". Mais il y a des situations approchantes. En France, selon les définitions et les seuils de pauvreté retenus, on estime qu'il y a de 2 à 7 millions de travailleurs pauvres. L'on pourrait, à la rigueur, affiner la notion en parlant de "dignité d'existence minimale socialement admise" (selon les critères culturels de la société dans laquelle on vit).
    En tout cas, il est certain qu'un salarié gagnant 2.000 ou 3.000 € par mois n'est pas un prolétaire. Même si la dégradation du niveau de vie, du pouvoir d'achat, peuvent le "radicaliser" et à terme le rendre révolutionnaire.

    Se pose également la question de la notion de classe ouvrière. En terminologie marxiste, elle est devenu un quasi synonyme de prolétariat : on emploie sans distinction l'un ou l'autre.

    Il s'agit en fait d'une traduction française. En allemand (leur langue maternelle) Marx et Engels parlent d'Arbeitersklasse, en anglais (ils résident en Angleterre) de working class : classe "travailleuse" ou "laborieuse".

    On l'a vu, cette appelation pose problème : des travailleurs salariés bien payés ne sont pas des prolétaires, les "indépendants" (artisans, commerçants, paysans) travaillent, les cadres travaillent... sans être pour autant des prolétaires. Chez les réformistes (P"C"F, NPA, LO...) parler de "travailleurs" permet justement d'"oublier" la lutte des classes.
    Mais il faut replacer les choses dans leur contexte : au 19e siècle, en Angleterre (où vivaient Marx et Engels), 90% des travailleurs étaient des prolétaires ouvriers ! L'aristocratie ouvrière, les travailleurs "embourgeoisés" n'existaient pas encore, Engels remarquera le phénomène naissant peu avant sa mort.

    De même, en France, lorsque Marx a été traduit par Lafargue, le "prolétariat" renvoyait aux ouvriers d'usine, aux mineurs etc. La France était un pays de paysans propriétaires, d'artisans et de commerçants assez conservateurs ; il ne fallait pas les confondre avec le prolétariat sous le terme de "travailleurs".

    Le terme peut paraître restrictif : il évoque l'usine, la chaîne, les bleus de travail etc. Il est fréquemment détourné par des anti-marxistes (sociaux-démocrates surtout) pour dire qu'il "n'y a plus de classe ouvrière", que Marx s'est trompé, que le 21e siècle est celui des "classes moyennes" (oubliant les 80% de l'humanité, où la classe moyenne est quasi inexistante !). En réponse, des "néo-" ou "post-"marxistes recherchent de "nouveaux sujets révolutionnaires" : le marginal, le "sans-droits", "l'exclu"...

    Mais c'est surtout la compréhension qui est restrictive, pas la notion elle-même.

    La notion de "classe ouvrière" a le mérite de poser une limite claire. L'ouvrier est celui qui crée de la valeur ajoutée, concrètement, au sens de VALEUR D'USAGE.
    De l'extraction de la matière première (au stade naturel où elle ne vaut rien) jusqu'à l'emballage final, prêt à consommer.

    Cela exclut ceux et celles qui gèrent la production : les employé-e-s de bureau, les agents commerciaux, les "métiers supports"... Ceux-là ne créent pas de valeur ajoutée, l'employeur ne va répercuter, en principe, que le coût de leur travail sur le client. Même très mal payés, ce ne sont pas des ouvrier-e-s, même si encore une fois ils/elles peuvent tout à fait être révolutionnaires. D'ailleurs, pendant longtemps, avant que la loi n'impose un "fixe", les commerciaux étaient rémunérés uniquement au pourcentage sur leurs ventes ("royalties") : ils étaient des quasi-indépendants.


    Mais ce sont des prolétaires, dès lors qu'ils remplissent les 3 critères vus plus haut. De même pour les multiples "services" : accueil, propreté...

    La classe ouvrière est, en réalité, le "noyau dur", l'élément le plus déterminé du prolétariat qui ne s'y réduit pas.

    Des réflexions peuvent toutefois s'engager. Par exemple, les manutentionnaires (chargement-déchargement, transport d'un point à un autre de l'usine, préparation de commande), les transporteurs (salariés bien sûr)... Ils travaillent au contact permanent des producteurs de valeur ajoutée, et eux même, n'en produisent-ils aucune ? Amener un produit au consommateur lui donne une valeur ajoutée, de même que le conditionner : lorsqu'il sort de la chaîne de production, le produit ne vaut virtuellement rien... [en réalité, la valeur ajoutée est d'abord emprisonnée dans le produit comme "capital-marchandise" qu'il s'agit de réaliser (acheminer au consommateur et vendre, "transformer en argent" qui ira sur le compte bancaire de l'entreprise), de transformer en véritable plus-value financière ce qui est le rôle de toutes ces "petites mains" qui "entourent" la production proprement dite ; cf. plus bas]

    De même, dans nos sociétés qui sont des sociétés de consommateurs (ce qui n'était pas le cas au temps de Marx), on peut engager une réflexion sur la distribution : caissier-e-s, mise en rayon... La distribution de masse, les "techniques marketing", le service après-vente ne confèrent-ils pas en tant que tels une valeur ajoutée au produit fini ? D'où proviennent les bénéfices colossaux de la grande distribution, qui lui permettent d'avoir des milliers de salariés ? (Sachant que jusqu'au milieu du siècle dernier, le "détaillant" était souvent un entrepreneur individuel ou "familial"). [ibidem]

    Dans les pays d'Afrique-Asie-Amérique latine, largement agricoles, la grande propriété terrienne s'est transformé en agriculture industrielle, et les paysans, souvent sans terres, en ouvriers agricoles. Donc dans ces pays où vit 90% du prolétariat mondial, le prolétariat ne se réduit certainement pas à "l'usine" ou à "la mine".

    En France, par contre, de nombreux agriculteurs ne sont pas propriétaire de leur terre, principal moyen de production. Ce sont des fermiers, sous le régime des baux ruraux, qui exploitent librement leur terre et en retirent les bénéfices, mais payent un fermage (loyer) au propriétaire.
    Mais ce ne sont pas des prolétaires. Leur situation ressemble à un reste de féodalité, quand les paysans payaient des "redevances" au seigneur. La contradiction centrale de la féodalité était entre la propriété utile du producteur (paysan, bourgeois) sur sa terre ou son métier, et la propriété éminente du seigneur féodal (lui donnant droit à percevoir une redevance sur la production).

    Dans le capitalisme, la contradiction centrale est entre le caractère social, collectif, de la production et l'appropriation privée, capitaliste, de la plus-value.

    Le fermier n'est pas dans cette situation, il produit seul (comme un indépendant propriétaire) et n'est pas privé de sa plus-value : il paye juste un loyer. De même beaucoup d'artisans et commerçants ne sont pas propriétaire de leur local, de leur fond de commerce : ils le louent, ou sont "franchisés" (comme les épiceries Casino).

    L'importance du caractère social de la production est peut-être le dernier critère déterminant du prolétariat : il préfigure, dans les collectifs de travail, le socialisme sous le système capitaliste. C'est le nouveau dans l'ancien.

    Documentation :

    Fils de discussion sur le FUC : Les classes, Prolétariat = classe ouvrière, petits bourgeois et La petite-bourgeoisie. 

    PC maoïste de France : ébauche d'analyse de classe de la société française.  

    (nouveau) Parti communiste italien : http://www.nuovopci.it/arcspip/articlea33b.html#3.2. 


    Ici, une analyse de classe intéressante du PCR Canada sur la société canadienne (très voisine de la société française) :


    Les classes - Le prolétariat
    Les classes - Le prolétariat
    Les classes - Le prolétariat
    Les classes - Le prolétariat
    Les classes - Le prolétariat
    Les classes - Le prolétariat
    Les classes - Le prolétariat
    Les classes - Le prolétariat


    Autre source intéressante :  http://ouvalacgt.over-blog .com/article-1607624.html

     

    Servir le Peuple n'est pas une organisation, et n'est donc pas habilité à établir une analyse de classe. Ce qui suit doit donc être considéré comme une simple piste de réflexion :

    - Classe ouvrière au sens strict : ce sont ceux/celles qui produisent, qui transforment la matière pour lui donner une valeur d'usage (surtout) et marchande ajoutée (ce peut-être de la matière première : mineurs/euses, ouvrier-e-s agricoles). Jusqu'à 18.000 € nets par an, primes comprises (souvent moins, entre 12.000 et 15.000 € à temps plein), ils forment le prolétariat ouvrier ; au delà, ils forment l'aristocratie ouvrière (1).

    - Prolétariat au sens large : en plus de la classe ouvrière au sens strict, ce sont ceux/celles qui "entourent" la production et contribuent ainsi à la réalisation de la valeur marchande (2), à la transformation du capital-marchandise en véritable plus-value : en conditionnant le produit, en le transportant, en assurant sa distribution au consommateur (salarié-e-s de la grande distribution), en assurant la pérennité de sa valeur d'usage et marchande par le "service après-vente". Leur revenu net est inférieur à 18.000 euros par an (très majoritairement bien moins, souvent tout juste le SMIC, soit environ 12.000 € nets par an à temps plein). Ils/elles représentent environ 40% du salariat (qui constitue, lui-même, plus de 90% des actif-ve-s).

    - Autres classes populaires, non-prolétariennes :

    * la petite-bourgeoisie : entrepreneurs/euses (artisan-e-s, commerçant-e-s) ou professions libérales n'ayant pas ou très peu de salarié-e-s (disons moins de 10), impliqué-e-s personnellement dans la production, la prestation de service ou l'activité commerciale de leur entreprise, tirant un revenu inférieur à 25.000 € nets par an uniquement ou très majoritairement de leur travail et non de celui d'autrui

    * les agriculteurs/trices répondant aux mêmes critères

    De plus en plus, avec l'immersion totale des rapports sociaux dans le capitalisme, le petit commerce et le petit artisanat sont "happés" vers le salariat, avec l'apparition de statuts bâtards comme la franchise. Du côté de la petite paysannerie, les producteurs/trices sont de plus en plus soumis aux tarifs imposés par les centrales d'achat de la grande distribution, alors que la logique capitaliste, au contraire, voudrait que le producteur fixe ses tarifs par rapport à l'offre et à la demande, mais aussi par rapport aux coûts de production et à la force de travail contenue dans le produit. Quand l'acheteur fixe arbitrairement ses tarifs, le petit producteur indépendant se retrouve finalement dans la position des canuts, au 19e siècle.

    * l'aristocratie ouvrière (définie plus haut)

    * les salarié-e-s contribuant à la réalisation de la valeur marchande, touchant entre 18.000 et 25.000 € nets par an

    * les employé-e-s, petit-e-s fonctionnaires, autres travailleurs intellectuels et des services (hôpitaux/cliniques etc.) à moins de 25.000 € nets par an. Doivent être considéré-e-s "à part" ceux/celles dont le travail consiste à l'oppression du prolétariat et des autres classes populaires (flics, agents de sécurité, auxiliaires de justice, services de l'emploi ou de l'aide sociale, profs contribuant à l'exclusion scolaire des jeunes prolétaires, etc.), encore plus à part ceux/celles qui mènent cette mission en toute bonne conscience. Cela dit, d'un point de vue marxiste, il ne faut pas être essentialiste et considérer la conscience humaine comme figée : une situation révolutionnaire peut amener une prise de conscience d'un certain nombre de ces travailleurs/euses oppresseurs/euses.

    L'ensemble des trois dernières catégories représente 30% du salariat. On les qualifie souvent, sociologiquement, de "classes moyennes inférieures".

    Au total, les CLASSES POPULAIRES (l'ensemble de ce qui précède) constituent plus de 70% de la population.

    AU DESSUS :        

    - Moyenne bourgeoisie : entrepreneurs ou professions libérales au revenu personnel supérieur à 25.000 € nets par an, ils/elles ont généralement plusieurs salarié-e-s (souvent plus de 10, entrant dans la catégorie des PME). La paysannerie aisée est constituée des exploitant-e-s agricoles dans le même cas (une petite minorité).

    - Couches moyennes (ou "moyennes-supérieures") du salariat : salarié-e-s ou agent-e-s public-que-s gagnant plus de 25.000 € nets par an (24% du salariat entre 25.000 et 50.000 €/an). Ils/elles ont généralement d'assez importantes responsabilités, des fonctions d'encadrement dans la production capitaliste ("industrielle et commerciale") ou l'administration bourgeoise. Quelques ouvriers très hautement qualifiés peuvent entrer dans cette catégorie.

    - Au delà de 50.000 €/an : couches supérieures, "catégories aisées", "hauts revenus" (6% du salariat). Dans beaucoup de cas, ils/elles sont des courroies de transmission des propriétaires (capitalistes) des moyens de production (cadres RH, directeurs/trices de site etc.) ou de l’État bourgeois (haut-e-s fonctionnaires, universitaires). Leurs revenus élevés signifient qu'ils ne vivent pas uniquement et exclusivement de la valeur (ou d'une partie de la valeur) produite par leur travail, mais qu'ils bénéficient aussi d'une redistribution de valeur produite par le travail d'autrui.

    - BOURGEOISIE MONOPOLISTE : les propriétaires du Capital et des moyens de production, leurs courroies de transmission immédiates (cadres dirigeant-e-s qui tirent l'essentiel de leurs revenus de la valorisation du Capital, donc du travail d'autrui et non du leur), leurs agents politiques (député-e-s et élu-e-s, sauf d'un authentique Parti révolutionnaire, ministres etc.).

    CATÉGORIES SPÉCIFIQUES :        

    - Parasites : rentier-e-s tirant un revenu non-populaire (> 25.000€/an) d'un patrimoine quelconque, sans travailler ou presque. Ce patrimoine peut-être immobilier, mobilier (actions ou biens de valeur), un statut "VIP" (jet-set) etc.

    Encore à part, sont les individu-e-s que l'on peut qualifier de "leur propre Capital" : ils/elles tirent des revenus très importants (de l'ordre de ceux des propriétaires de grandes entreprises) d'une prestation propre à eux, jugée "exceptionnelle" par la société (artistes, sportifs, écrivain-e-s, intellectuel-le-s médiatiques...).

    BIEN ENTENDU, se rattachent culturellement à chacune des catégories sus-visées l'ENSEMBLE des chômeurs/euses et des retraité-e-s qui en sont issu-e-s ("calculé-e-s" sur cette base).

    Les seuils de revenus (à temps plein bien sûr, après se pose la question du temps partiel choisi (rare) ou pas) sont discutables et non posés comme valeurs absolues. Ils donnent simplement un ordre d'idée du TAUX D'EXPLOITATION du travailleur ou de la travailleuse salarié-e (différence entre la plus-value produite par le travail et la part rétribuée au/à la salarié-e). En aucun cas, même avec des revenus inférieurs à 15.000 nets par an (pour 40 heures de travail ou plus par semaine), on ne peut être prolétaire si l'on est pas salarié-e.

    Evidemment, le noyau dur le plus révolutionnaire du prolétariat (ouvrier et en général) sont les personnes dont le taux d'exploitation est le plus élevé. De même, si TOUTES les classes non-prolétariennes peuvent avoir des transfuges rejoignant la cause du prolétariat, la probabilité diminue exponentiellement à mesure que grandit l'intérêt au maintien du système capitaliste. Dans les deux cas, le revenu annuel net est un bon indicateur, mais rien de plus.

    Sur ce critère de revenu, voir par exemple cet article d'avril 2011 (sachant que 95% des "Français" dont il est question sont des salariés, donc les "pauvres" entrent quasi-automatiquement dans la catégorie du prolétariat ; article intéressant aussi car montrant que plus les revenus sont élevés, plus une part importante de ceux-ci proviennent du patrimoine - placements divers, capitaux dans des entreprises, location de biens immobiliers etc. - ce qui place indiscutablement dans la catégorie "bourgeoisie") : http://www.20minutes.fr/economie/714769-20110428-economie-le-riche-pauvre-median-portraits-portefeuille-trois-francais


    (1)
    Evoquée pour la première fois par F. Engels en 1892, dans sa préface à La situation de la classe laborieuse en Angleterre, l’aristocratie ouvrière est ainsi décrite (ainsi que sa base matérielle) par V.I. Lénine : « (…) le capitalisme a assuré une situation privilégiée à une poignée (moins d'un dixième de la population du globe ou, en comptant de la façon la plus "large" et la plus exagérée, moins d'un cinquième) d'Etats particulièrement riches et puissants, qui pillent le monde entier par une simple "tonte des coupons". L'exportation des capitaux procure un revenu annuel de 8 à 10 milliards de francs, d'après les prix et les statistiques bourgeoises d'avant-guerre. Aujourd'hui beaucoup plus, évidemment. On conçoit que ce gigantesque surprofit (car il est obtenu en sus du profit que les capitalistes extorquent aux ouvriers de "leur" pays) permette de corrompre les chefs ouvriers et la couche supérieure de l'aristocratie ouvrière. Et les capitalistes des pays "avancés" la corrompent effectivement : ils la corrompent par mille moyens, directs et indirects, ouverts et camouflés. Cette couche d'ouvriers embourgeoisés ou de l'"aristocratie ouvrière", entièrement petits-bourgeois par leur mode de vie, par leurs salaires, par toute leur conception du monde, est le principal soutien de la IIe Internationale, et, de nos jours, le principal soutien social (pas militaire) de la bourgeoisie. Car ce sont de véritables agents de la bourgeoisie au sein du mouvement ouvrier, des commis ouvriers de la classe des capitalistes (labour lieutenants of the capitalist class), de véritables propagateurs du réformisme et du chauvinisme. » (L’impérialisme, stade suprême du capitalisme (Préface aux éditions françaises et allemandes), 1916, Œuvres complètes vol. 22)

    (2) : Finalement, on est ici sur une question de valeur d'usage et valeur marchande. L'ouvrier proprement dit donne à la chose sa valeur d'usage (ou la lui redonne : réparateur). Mais, tout autour, il y a des gens qui ne gagnent pas plus (voire moins) et lui donnent sa valeur marchande : tant que le produit reste dans l'usine, il ne vaut virtuellement rien. Il faut l'acheminer au client, autre entrepreneur de la chaîne productive ou consommateur final : donc l'emballer, le charger sur un camion, conduire le camion, décharger celui-ci, stocker la marchandise dans le magasin, la mettre en rayon, tenir la caisse, etc. etc.

    panneau-attention Toutes ces valeurs sont valables pour 2009-2010, il est évident qu'elles seront totalement dépassées en 2014 ou 2015, entre (maigre) augmentation des revenus et baisse du pouvoir d'achat.

     

    EN SOMME, après étude approfondie de la question, il est possible de dire que :

    - le prolétaire est le travailleur ne disposant d'aucun moyen de production (excluant l''indépendant', le paysan même pauvre etc.) sinon sa force de travail, et vendant celle-ci à un employeur capitaliste (c'est donc nécessairement un salarié) contre, disait Marx, "le strict nécessaire pour en assurer la reproduction" (survivre suffisamment en "bonne forme" pour fournir la même prestation de travail le lendemain). Marx n'avait pas prévu la "société de consommation" des pays impérialistes et capitalistes avancés de notre époque ; il aurait peut-être dû dire, plutôt, vendre sa force de travail contre "de quoi s'assurer la dignité d'existence minimale socialement admise" (ce qui serait la situation des "SMICards" de nos pays aujourd'hui). On peut aussi retenir la définition donnée par le (n)PCI dans son Manifeste Programme (note de fin n°115) : "Les prolétaires typiques sont les travailleurs qui, d’une manière générale, ne peuvent vivre qu’en vendant leur force de travail et qui exercent une activité qui peut être exercée par une grande partie des personnes adultes, après une période relativement brève de formation. Ils vendent par conséquent leur force de travail en concurrence avec un grand nombre de travailleurs" ;

    - la classe ouvrière est constituée des travailleurs/euses MANUEL-LE-S (s'aidant évidemment d'outils, de machines etc.) et SALARIÉ-E-S (non-propriétaires des moyens de production, sinon non) qui TRANSFORMENT PHYSIQUEMENT la matière pour lui donner une VALEUR AJOUTÉE. Ce peuvent être des ouvriers agricoles, qui ramassent des fruits par exemple (valeur virtuelle nulle du fruit sur l'arbre-> valeur du kilo sur le marché), ou un mineur (valeur nulle du minerai sous terre-> valeur du marché), un sidérurgiste qui transforme le minerai en acier (valeur du minerai-> valeur de l'acier trempé), un métallo qui tranforme l'acier en pièces (valeur acier-> valeur pièce finie), un maçon qui transforme du ciment et des briques en maisons, un cuisinier (salarié bien sûr) qui transforme des ingrédients en repas, etc. etc. Ce sont éventuellement aussi les travailleurs/euses qui "rétablissent" une valeur d'usage (réparateurs). Cela exclut les salarié-e-s, même très subalternes, qui entourent la production de valeur, en participant notamment à sa commercialisation (cf. plus bas). Ceux et celles qui échangent leur travail contre "juste de quoi s'assurer la dignité d'existence minimale socialement admise" forment le prolétariat ouvrier ; ceux qui gagnent plus (au-delà, disons, de 1.500 € par mois) forment l'aristocratie ouvrière. Le prolétariat ouvrier est le NOYAU DUR du prolétariat, mais pas sa totalité. Les deux notions se confondent souvent chez les auteurs 'classiques', principalement parce qu'à l'époque où ils écrivaient l'économie n'était pas encore tertiarisée comme aujourd'hui.

    - les autres prolétaires sont les salarié-e-s qui, échangeant leur force de travail contre la "dignité d'existence minimale socialement admise" (soit 1.500 €/mois maximum, grosso modo), contribuent quant à eux/elles, plus ou moins directement, à la réalisation de la valeur marchande (prix du produit sur le marché), donc de la PLUS-VALUE ; laquelle, tant que le bien n'est pas vendu, reste "emprisonnée" dans le "capital-marchandise". En effet, toute valeur produite est d'abord produite comme capital-marchandise, et ne peut se réaliser que si elle trouve des acheteurs, qu'il s'agisse de capitalistes (pour des moyens de production) ou de particuliers, pour des biens de consommation (La crise actuelle : une crise par surproduction absolue de Capital, Rapporti sociali n°0, automne 1985). On a là les "préparateurs/trices de commande", les transporteurs, les vendeurs/euses et les caissiers/ères des commerces de distribution, les secrétaires d'entreprise qui prennent les commandes, etc. ;

    - il existe une certaine masse de travail non-productif de plus-value, mais nécessaire à l'organisation sociale telle qu'elle est conçue : petits fonctionnaires ("catégories C"), petit emploi public ou associatif en général, etc. On peut l'assimiler au prolétariat non-ouvrier, en tout cas, il est un allié naturel du prolétariat ;

    - au delà de la "dignité minimale d'existence socialement admise", ces contributeurs/trices à la réalisation de la plus-value forment les couches moyennes-inférieures du salariat ; l'on peut y ajouter les fonctionnaires ("catégories B") et employé-e-s public-que-s du même standard de vie ;

    TOUT CE QUI PRÉCÈDE (avec les agriculteurs, "indépendants" ou micro-employeurs du même standard de vie) FORME LES CLASSES/MASSES POPULAIRES

    - les couches moyennes-supérieures (entre, disons, 2.000 et 3.500 €/mois) et supérieures (au delà) ont plus clairement une fonction de courroie de transmission, plus ou moins directe, du Capital ; voire de "représentants physiques directs" (cadres supérieurs/dirigeants, directeurs de sites de production, gérants d'entreprises etc.) ;

    - il en va de même pour les cadres administratifs et autres hauts fonctionnaires, courroies de transmission de l'État bourgeois, y compris dans la "défense du capitalisme contre lui-même" (ministères "sociaux") ;

    - les non-salariés : paysans (exploitants agricoles), "indépendants" (auto-entrepreneurs), petits et moyens employeurs (éventuellement "franchisé-e-s"), professions libérales etc., peuvent être réparti-e-s selon leurs revenus en pauvres, moyen-pauvres, moyen-riches et riches ; ils ne sont pour autant JAMAIS des prolétaires ;

    - les fonctions visant à protéger le fonctionnement capitaliste de la société contre les masses populaires (police, justice, "assermentés" en tout genre) forment une catégorie à part, même en ayant un standard de vie "populaire" (de l'ordre de 1.500 € nets/mois ou un peu plus) ;

    Enfin, il y a les "représentants physiques" de la bourgeoisie monopoliste, dont les revenus sont de plusieurs dizaines voire centaines de milliers d'euros par mois. Qu'ils s'intitulent "administrateurs", "gérants", ou "cadres dirigeants" officiellement "salariés", ou "simples actionnaires", ils forment (hors exceptions individuelles que l'on peut toujours imaginer) l'ennemi absolu du prolétariat et des classes populaires. Les "professionnels de la politique" ont également souvent, avec leurs indemnités, des revenus très élevés (de plus, ils sont souvent, à l'origine, hauts fonctionnaires ou professions libérales, voire entrepreneurs, avec un "joli" patrimoine). Les artistes, sportifs etc. sont "leur propre capital" et peuvent avoir des revenus extrêmement élevés (plusieurs millions d'euros par an) ; cependant, issus des classes populaires, certain-e-s peuvent conserver des idées assez progressistes.

    En dernière analyse, il est également possible de dire qu'un prolétaire, c'est un-e travailleur/euse salarié-e qui ne touche PAS 100% (voire souvent beaucoup moins) de la valeur créée par son travail (son travail créée une valeur de 10 €, il/elle en touche 6 par exemple). Quelqu'un qui touche autour de 100% est un petit-bourgeois : indépendant, 'libéral' ou cadre moyen-bien-sup'-quand-même ; encore que ce ne soit jamais aussi simple : ainsi sur les 'indépendants' et les paysans pèse une 'nouvelle féodalité' faite de toute sorte de charges, taxes etc., quand ce n'est pas déjà (tout simplement pour commencer) la LOCATION du fonds de commerce ou de la terre lorsque l'on est pas propriétaire, ou encore l'achat 'forcé' à des conditions désavantageuses par les centrales de la grande distribution, toutes choses venant ponctionner une part non négligeable de la valeur/produit du travail ; dans tous les cas, cela ne veut pas du tout dire systématiquement avoir de gros revenus (loin de là). Quelqu'un qui par contre, juridiquement 'chef d'entreprise' ou juridiquement 'salarié' (cadre supérieur/dirigeant, haut fonctionnaire), touche PLUS DE 100% de la valeur qu'il crée réellement, autrement dit PERÇOIT DE LA VALEUR CRÉÉE PAR LE TRAVAIL D'AUTRUI (par qui d'autre, si ce n'est pas par lui ?), appartient à la BOURGEOISIE proprement dite. Évidemment, selon les métiers, ce peut être assez difficile à évaluer : le niveau de salaire est alors un indice important (c'est pourquoi nous insistons beaucoup là-dessus, contre beaucoup de marxistes 'orthodoxes').



    Sur "l'économie de services" : de plus en plus, on entend des spécialistes bourgeois parler "d'économie de services" pour les sociétés capitalistes avancées (d’Europe occidentale, d’Amérique du Nord, ou d’Asie-Pacifique). Et, il est vrai, c'est l'impression  que l'on peut avoir au premier abord ; puisque, dans ces pays, l'économie productive, c'est à dire (en définitive) les personnes salariées comme "ouvriers", ne représentent plus que (généralement) le quart de la population active. Pour autant, pour SLP, "l'économie de services", cela ne veut rien dire, cela n'existe pas.

    Concrètement, les "services", ça consiste en quoi ?
    - le commerce ? Distribution de la production.
    - le transport ? Distribution ou organisation de la production.
    etc. etc.

    Globalement, les "services" se décomposent en :

    - accessoires de la production pour la réalisation de la plus-value, dans le cadre de la détection de la demande, de l'acheminement de la production à celle-ci etc. : transport, conditionnement, manutention, travail "en bureaux" dans les entreprises productives, et bien sûr commerce de distribution.

    - gestion de la production (travail "en bureaux", comptabilité etc.).  

    Tout cela, en dehors des personnes ayant des fonctions de direction, d'encadrement ou "à responsabilités" quelconques, constitue le prolétariat non-ouvrier, qui contribue à la création de valeur ou à la réalisation (marchande) de celle-ci, sans la créer directement par son travail.

    - services contribuant à l'organisation de la vie productive et de la vie sociale en général. Certains sont ce que l'on appelle généralement les "services publics" (postes et télécommunications, énergie et eau, transport ferroviaire et aérien de marchandises, transport de personnes en général, éducation et formation initiale et continue de la force de travail, administration de la collectivité, protection sociale), bien que (globalement) jusqu'à la Seconde Guerre mondiale, et de plus en plus depuis les années 1980, ils soient aux mains de capitaux privés, et non de l’État capitaliste. D'autres ont toujours été privés (propreté des établissements de production et de formation, des administrations etc., transport routier et maritime de marchandises, professions juridiques etc.).

    - services contribuant au maintien physique de la force de travail : ce sont les services de santé, les activités (publiques ou libérales) de médecine.

    - il existe, effectivement, des services totalement liés à la vie sociale non-productive : services liés à l'apparence des personnes (coiffure, esthétique), ou à leur divertissement, leurs loisirs. Ils répondent à une capitalisation des "normes sociales communément admises". Cependant, beaucoup de personnes se les administrent gratuitement par elles-mêmes, ou grâce à leurs proches, amis etc. (on peut se faire couper les cheveux par quelqu'un, se "faire une beauté" soi-même, s'amuser avec ses potes sans aller ni au bar, ni au cinéma ni à un concert...).

    - enfin, il y a des services que l'on peut qualifier de "domestiques", achetés à titre particulier par les personnes qui en ont les moyens : entretien du domicile (ménage etc.), jardinage, cuisine, garde des enfants, enseignement particulier à domicile, auxiliaires de vie (pour les personnes âgées ou handicapées) etc. Ce sont, finalement, des survivances de la "domesticité" d'Ancien régime. Cela reste quand même marginal.

    Dans ces 4 types de services qui précèdent, nous avons du prolétariat non-ouvrier, du salariat non-productif assimilable par le niveau de vie (dans l'administration et les "services publics", l'éducation/formation, la santé et les services domestiques), des indépendants (dans la "beauté" et les loisirs) mais aussi des salariés de ceux-ci, des professions libérales (dans la santé ou le juridique) avec également des salariés, et des couches "moyennes-inférieures" (encore populaires) du salariat ; ou moyennes-supérieures dès lors qu'il y a "responsabilités".

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