• "Le Venezuela a besoin d'une véritable révolution" : analyse très intéressante de guévaristes vénézuéliens sur le "bolivarisme"


    Voici un article, traduit par nous, du Mouvement Guévariste Révolutionnaire, né voilà 6 ans au Venezuela en rupture avec les 'renoncements' et les 'trahisons' (extraditions de militant-e-s etc.) du gouvernement Chavez, la 'nouvelle droite endogène' du Parti 'socialiste' unifié de ce pays et autre 'boli-bourgeoisie' - toutes choses qui ne sont pour nous que le naturel de classe de la gauche bourgeoise chaviste revenant au galop. Nous publions cette analyse car 1°/ elle est BRILLANTE et très riche d'enseignements et de matériaux pour la réflexion théorique, 2°/ elle a l'insigne mérite de provenir de L’INTÉRIEUR MÊME du pays concerné, ce qui vaut toujours mieux que des analyses menées, du haut d'une chaire ou non, à des milliers de kilomètres ou sur le même continent, dans des pays voisins. 

    Notre position (1-2-3) s'est toujours voulue extrêmement claire quant au 'bolivarisme' : DÉFENSE ABSOLUE non pas tant des gouvernements que du 'fait populaire bolivarien' (mobilisation et rapport de force instauré par les masses) contre les offensives réactionnaires de la droite oligarchique et de l'impérialisme US, synonymes de massacre pour le Peuple et le mouvement social (ouvrier et paysan) organisé, comme on a pu le voir au Honduras et tout dernièrement, dans un contexte différent, en Égypte (ou ce n'était pas 'droite vs gauche' mais 'capitalisme d'en bas' islamiste contre 'capitalisme d'en haut' bureaucratique-militaire 'laïc') ; DÉNONCIATION ABSOLUE de son caractère réformiste bourgeois et de ses agissements anti-populaires. Aujourd'hui, le second aspect est clairement devenu principal : le PSUV de feu Chavez (et de son successeur Maduro) est clairement sur la voie d'autres 'gauches' qui par le passé ont réussi à garder le pouvoir et se sont institutionnalisées, comme le PRI mexicain, le MNR bolivien, ou tout simplement... l'Action démocratique (social-libérale) vénézuélienne dans le système de Punto Fijo. Si la droite revient au pouvoir, ce sera tranquillement par les élections (elle a déjà failli en avril dernier), pariant sur les déçus du chavisme qui s'abstiendront ou tout simplement sur les gens qui préfèreront l'original à la copie... Elle a d'ailleurs adopté un discours de plus en plus social-libéral et 'luliste' (c'est l'identité politique de son nouveau 'champion' Capriles) à mesure que le PSUV se droitisait, et bientôt (si ce n'est déjà le cas) plus grand chose ne les distinguera, dans un nouveau puntofijisme, le débat ne portant plus que sur "qui est plus corrompu que l'autre".

    Il est donc temps pour les forces populaires révolutionnaires de ce pays de franchir un cap, et d'assumer la révolution véritable par la Guerre du Peuple. Ce texte, qui n'est pas maoïste, en est certes encore loin, mais il est clairement un petit pas dans cette direction. C'est en tout cas beaucoup plus intéressant que des incantations (à lutter contre les 'fascistes' bolivariens) émises de pays étrangers, d'ailleurs guère plus suivies d'effet dans leur propre pays qu'elles ne le sont au Venezuela...

    Bonne lecture !

    Le Venezuela a besoin d'une véritable révolution : l'opinion des guévaristes


    chaveznodSix longs et dramatiques mois après la mort du commandant Hugo Chávez, le MGR croit nécessaire de livrer une opinion qui aide à clarifier le scénario auquel sont et seront à l'avenir confronté-e-s les travailleurs, les travailleuses et les exploité-e-s des villes comme des campagnes.

    Beaucoup d'encre a coulé au Venezuela et dans le reste du monde sur le fameux "processus révolutionnaire bolivarien". Pour des raisons diverses, mais généralement fondées sur l'opportunisme politique, de nombreux secteurs de la gauche capitaliste ont décerné des brevets de révolution au gouvernement du Venezuela. Les plus audacieux ont créé toute une série de catégories leur permettant de donner un support théorique à l'expérience ayant lieu dans notre pays. C'est ainsi qu'a surgi l'argument déjà usé du socialisme du XXIe siècle et tout ce qui en découle.

    Mais si l'on veut bien s'immiscer de manière concrète dans le processus social et politique vénézuélien, l'on risque de rencontrer bien des surprises provoquant plus que du désenchantement pour un admirateur non avisé du "processus".

    Nous proposons ici d'interroger sommairement quelques uns des concepts donnant un support théorique à l'actuel processus, pour comprendre, au-delà de nos désirs, la réalité du "socialisme bolivarien".

    La Révolution Bolivarienne

    C'est sous ce nom qu'a commencé l'actuelle période de gouvernement au Venezuela, annonçant de véritables changements par rapport à la quatrième république. Le concept de révolution impliquait jusque-là une rupture structurelle, économique et sociale avec le système antérieur, c'est-à-dire le capitalisme, mais dès lors, ce même concept a été vidé de son contenu pour exprimer quelque chose de très différent. 

    PHOc95f3da6-b365-11e2-a33a-92bc88a9ed8f-805x453La révolution bolivarienne, il était proposé de la faire non seulement de manière pacifique, mais encore avec le concours et la participation de ceux qui maintenaient le système en fonctionnement, à savoir la bourgeoisie.

    Le choix des élections comme moyen de dépasser les contradictions et les différences a été le pari des dirigeants du processus, ce qui signifie accepter et participer aux règles du jeu bourgeois. Cette acceptation a impliqué non seulement la reconnaissance de l'État et de ses institutions et lois, mais encore de se présenter comme une alternative d'administration de ces mêmes État, institutions et lois.

    De sorte que l'on renonce dès le départ à mener dans le pays une véritable révolution qui change le type d'État, ses institutions, son système économique, la propriété des moyens de production et par là, tout le système économique et social.

    Ce qui est proposé à la place est une modification de l'ordre juridique, par le biais d'une assemblée constituante qui substantiellement, cherche à réorganiser la nouvelle corrélation de forces entres les classes dirigeantes, et non à en finir avec le système bourgeois d'exploitation. La nouvelle constitution, dans son article central, consacre le système de propriété en place depuis la fondation de la république, et détermine ainsi la survivance du capitalisme sous un nouvel agencement de classes dominantes. 

    La révolution passe d'un trait de plume à ne plus représenter qu'un agencement et une répartition du pouvoir entre une nouvelle alliance de classe qui, dès lors, est vouée à préserver le système et l'État capitaliste d'exploitation. Le problème n'est alors plus le capitalisme, mais son administration et il suffit d'avoir de bons gérants. Ceci est précisément le discours inaugural de la nouvelle étape. 

    La Révolution comme processus et non comme acte révolutionnaire.

    venezuelahugochavezcelebroeldiadelamiliciabolivariana1À partir de là, la révolution comme concept cesse d'être un acte révolutionnaire exécuté par les exploités pour mettre fin au système qui les soumet. Elle ne consiste plus à exercer un pouvoir de classe exprimé dans un nouveau système politique, social et économique et dans la construction d'un nouvel État, mais en un processus indéterminé dans le temps et l'espace, qui change progressivement certaines règles du jeu, mais maintient l'essence du système capitaliste. 

    Telle est l'essence des nouveaux concepts qui animent la "révolution bolivarienne", qui n'est rien de plus que des changements graduels permis dans le cadre du capitalisme, car ils ne font que le renforcer et lui apporter une base sociale qu'il n'a jamais eue. La consigne "maintenant le Venezuela est à tous" exprime parfaitement la conciliation de classe qui prétend s'imposer au pays.

    Il est symptomatique que cette expérience politique coïncide dans le temps avec la poussée définitive pour l'effondrement du bloc de pays qui, sous la direction de l'URSS, disaient représenter le socialisme réel. C'est une donnée très importante, car elle représente un changement d'époque historique et un changement de paradigme pour une grande partie de la gauche au niveau international, qui trouve dans le réformisme capitaliste une nouvelle niche théorique et un nouveau modèle pour justifier sa banqueroute théorique et politique : la gauche capitaliste. 

    À partir de là, nous pouvons proprement parler de renforcement de la gauche capitaliste, ou, ce qui revient au même, de la gauche du capitalisme. Ce virage conceptuel est aussi l'enterrement définitif et l'abandon consubstantiel des formes d'organisation et de lutte qui remettent concrètement en question le système capitaliste. 

    Pour que tout ceci ait pu avoir lieu, il a fallu qu'aient lieu d'autres faits marquant de leur empreinte l'époque que nous vivons. Pour comprendre ces faits, il nous faut sortir de la vision fragmentée qui existe sur le déroulement historique latino-américain, tant sur le plan social que politique, économique et militaire. 

    Les antécédents historiques.

    Si nous nous plaçons à partir des années 1960, nous pouvons voir, de pair avec la crise capitaliste d'alors, un essor non seulement de la mobilisation de masse à un niveau purement revendicatif mais, dans de nombreux pays, de la mobilisation et du combat contre l'existence même du système.  

    chicagoboysLa radicalité de la protestation, son contenu même et les nouvelles formes d'organisation qui se développent, le font dans un contexte de crise générale du capitalisme, lequel se voit obligé de passer à une autre étape d'exploitation et de domination par la chute constante de son taux de profit à ce moment-là. 

    La réponse économique à cette crise viendra de la main d'une variété du capitalisme : le libéralisme économique le plus agressif, sur lequel il a été suffisamment écrit, mais peu approfondi sur le plan politique de cette étape et, pareillement, sur le plan opérationnel. Ces trois aspects du plan général du capitalisme sont habituellement vus comme séparés et non compris comme un tout, brouillant l'analyse et les conclusions de celle-ci. 

    La réponse à la crise, du point de vue économique, doit venir accompagnée d'un modèle politique qui la rend possible et d'un plan opérationnel qui la met en œuvre et élimine les obstacles à son application. Les crises systémiques du Capital ne sont pas exclusivement économiques ni financières ; elles sont l'expression généralisée, touchant tous les domaines, des contradictions fondamentales qui étreignent le capitalisme, à cause de la contradiction entre une production sociale et l'appropriation privée de celle-ci. 

    De ce fait, la crise systémique du capitalisme est éminemment politique, culturelle, formative, militaire, structurelle, écologique, productive, économique, scientifique, théorique, ethnique, générationnelle et même de genre. Aucun domaine de la vie sociale n'échappe à ce phénomène périodique du capitalisme. 

    menem bushSi nous comprenons cette dynamique du capitalisme, nous serons dans de meilleures conditions pour comprendre les plans du Capital dans un sens global et non fragmenté, comme nous y ont habitués les "analystes".

    Pour revenir à notre sujet, il nous faut comprendre que la seule voie possible pour l'application de la variante la plus extrême du capitalisme, sur notre continent, a été l'inauguration de l'ère des dictatures militaires, de manière simultanée dans presque tous les pays latino-américains. 

    Nous ne parlerons pas ici de néolibéralisme, pour diverses raisons sur lesquelles ne nous étendrons pas. Lorsque l'on parle de néolibéralisme, l'on tend à séparer ce concept du capitalisme, comme s'il existait un bon capitalisme (keynésien) et un mauvais (néolibéral), alors qu'en réalité ce sont les deux faces d'une même pièce. Mais il y a en outre un autre détail de grande importance. 

    Jamais le capitalisme n'applique des modèles "purs", et jamais ceux-ci ne sont exclusivement une seule chose. Habituellement, il y a des combinaisons de mesures en mettant l'accent sur l'une ou l'autre, mais les deux recettes représentent la continuité du Capital et l'application de l'une d'elle à un moment donné ne fait que préparer l'étape suivante, où s'exprimera principalement l'autre. Ceci étant éclairci, poursuivons notre étude des faits historiques. 

    Avec une classe politique, représentante de la bourgeoisie, à bout de souffle, isolée et discréditée, avec un réformisme, radical dans bien des cas, qui ne pouvait déjà plus contenir la poussée des masses, la seule alternative qui restait au système était de puiser dans sa réserve stratégique que constituent les forces armées des États capitalistes. 

    Le plan politique, économique, idéologique et militaire.

    Ce secteur était le seul fiable et nécessaire, pour les bourgeoisies et l'impérialisme, afin de résoudre en leur faveur et de manière stratégique le conflit de classe posé. Il ne s'agissait pas seulement de sauver le système. Il s'agissait d'inaugurer une nouvelle forme d'exploitation beaucoup plus extrême, et pour cela il fallait nécessairement domestiquer un mouvement de masse en croissance et en mobilisation toujours plus radicale.

    La mission fondamentale des dictatures était de réformer et renforcer l'État, changer le paradigme économique, et appliquer de manière stratégique la nouvelle politique économique permettant au capital d'enrayer sa crise systémique.  

    Junta Militar Argentine 1976Si nous avons montré son plan politique de longue haleine, il faut à présent exposer clairement son plan opérationnel.  Le premier objectif de ce plan était d'en finir, par la voie de l'extermination, avec les organisations révolutionnaires et leurs cadres les plus avancés et radicalisés. Puis viendrait le désarmement des organisations de masse, vider celles-ci de leur contenu théorique et politique, pour pouvoir avancer dans leur domestication. Les syndicats et autres organisations de travailleurs furent un objectif stratégique.

    Comme nous pouvons le voir, nous sommes en présence d'une stratégie globale qui ne laisse pas d'éléments au hasard et qui inclut le déploiement d'un scénario de guerre, où aucun élément n'est laissé sans utilisation.

    S'il en est ainsi, il serait illusoire de penser cette stratégie terminée une fois atteints seulement ses objectifs partiels. Il fallait penser à l'adaptation tactique du futur scénario, et le cadre fut les démocraties fortes ou protégées.

    La relative stabilité du nouveau cadre reposerait non seulement sur la force organique-juridique des États concernés, mais fondamentalement sur la participation et l'acceptation par les masses du nouveau système établi.

    Par endroit il suffirait d'une camisole de force politico-juridique, qui tiendrait en respect les secteurs populaires (comme dans le cas du Chili), mais dans d'autre la stabilité du capitalisme reposerait dans l'emprise de masse acquise par le système.

    De cette manière, la démocratie formelle bourgeoise acquit le rang de conquête populaire en opposition aux dictatures, et elle conquit une grande partie de la gauche pour que celle-ci légitime, par sa présence, le nouveau modèle de domination politique qui offrait un climat de tranquillité propice à de nouvelles et bonnes affaires.

    La chute du bloc socialiste, action largement préparée tant de l'intérieur que de l'extérieur, amena la faillite du paradigme pour de larges secteurs, surtout intellectuels et théoriques provenant des couches moyennes éduqués, qui furent les premières à se démarquer, à assumer dans la pratique la 'fin de l'histoire' de la lutte des classes et assumer sans complexes les orientations ennemies.

    Ces secteurs furent les premiers à assumer la production livresque justificative de la défaite et à chercher à mettre en pièce la théorie révolutionnaire.

    L'adéquation tactique des démocraties fortes ou protégées, une fois accentuée la nouvelle phase de la crise du capital, requérait un profond changement dans l'administration du système, donnant à celui-ci dynamisme et stabilité dans les nouvelles conditions où de déroulaient l'exploitation. C'est là une autre variante contre-insurrectionnelle faisant partie de la stratégie capitaliste globale.

    La réussite évidente du capitalisme, en remplissant sa fonction de surexploitation, d'internationalisation du capital, d'appropriation des entreprises stratégiques, des matières premières vitales et de flexibilité du marché du travail, tranchait avec son désastreux bilan social, cependant contemplé à l'aune du dessein stratégique d'exploitation et de domination dans la nouvelle étape de développement du capital. 

    Nous voulons clarifier quelque chose quant à ce qui précède. Les économistes parlent de l'échec du néolibéralisme à résoudre les problèmes sociaux. Ils font erreur. Le capitalisme n'a pas vocation à résoudre ces problèmes. Son unique rôle est d'obtenir, assurer et reproduire à grande échelle le vol permanent de plus-value au prolétariat et aux autres secteurs exploités.

    bananeroEn cela le  capitalisme, que ce soit sous son visage keynésien, libéral, néolibéral, fasciste, réformiste, populiste ou national, remplit avec succès ses objectifs pendant un temps déterminé, employant l'une ou l'autre de ses variantes ou une combinaison de différentes d'entre elles, tant sur le plan tactique que stratégique. De sorte qui si nous voulons mesurer l'efficacité du capitalisme en terme social, nous partons d'un présupposé erroné, puisque c'est par essence un système antisocial, antihumain et anti-développement. 

    Ceci étant clarifié, voyons de manière simple quel est le bilan de l'application de la nouvelle étape capitaliste en Amérique latine.

    - Haut niveau de dette externe : totalement adapté à l'internationalisation du capital en alliance avec des secteurs bourgeois locaux et la facilitation des États.

    - Énormes quantités de chômeurs : fondamental pour abaisser substantiellement le coût de la force de travail.

    - Flexibilité du travail : également nécessaire pour obtenir ce qui précède.

    - Privatisation des entreprises stratégiques : fondamental pour l'investissement du Capital impérialiste en association avec les capitaux plus petits des bourgeoisies locales et ainsi obtenir la centralisation et la concentration du capital.

    - Développement de la dette interne : fuite du capital de la production à la spéculation pour se protéger de l’invasion croissante des marchandises étrangères.

    - Développement du secteur agro-industriel : l’élimination quasi complète de la paysannerie est fondamentale.

    - Massacre et extermination des organisations révolutionnaires et de leurs cadres les plus avancés : aucune des mesures antérieures n’aurait été possible sans accomplir les tâches les plus criminelles du capitalisme. Par l’extermination est visée (et dans une large mesure atteinte) la désorganisation des secteurs exploités et un clair recul théorico-politique, afin d’éliminer pratiquement toute l’accumulation stratégique depuis des décennies par la classe ouvrière et les exploité-e-s de la ville et de la campagne.

    - Stabilisation du système politique bourgeois avec de nouvelles règles et des élections périodiques : une fois éliminé le péril subversif, la légitimation du système démocratique bourgeois est une pièce fondamentale et pour cela il faut consolider une opposition de système ou, ce qui revient au même, une carte de rechange administrative pour contenir la poussée des masses lorsqu’elle se produira, à travers de petites réformes économiques et sociales, maintenant cependant intact l’essentiel du système de domination et d’exploitation capitaliste.

    enlabasura.jpgL’invention de la dite "gauche intelligente" (secteurs ouvertement liés à la social-démocratie européenne) n’était pas suffisante, étant donné que celle-ci restait fondamentalement dans les sphères intellectuelles et sans discours réellement lié au mouvement de masse. La carte de rechange en cas de nécessité devait venir du même monde social et politique que celui qui avait été la niche de la gauche historique, et devait assumer une partie de son discours, de ses emblèmes, de ses revendications et même, l'élaboration de pensées révolutionnaires hors-contexte et dénaturées, qui justifieraient le changement de cap. 

    Si nous observons les choses avec attention, nous réalisons que l'actuelle étape politique et économique fait partie d'un plan global et étendu dans le temps, qui a envisagé différentes possibilités et en fonction d'elles, déploie différents instruments et plans spécifiques qui lui offrent une flexibilité tactique au milieu d'une stratégie ferme, ne laissant place à aucune alternative révolutionnaire.

    Ce plan suppose la mise en pratique de variantes déterminées, allant de la dictature militaire, du Plan Condor, du retour à la démocratie bourgeoise jusqu'à l'apparition de la gauche capitaliste et même l'émergence de gouvernements "progressistes" dans la région.

    Le fil conducteur de tout ce processus, nous pouvons le trouver dans la dynamique même du capital comme phénomène anarchique et convulsif, qui traverse des étapes de relative stabilité pour ensuite entrer à nouveau en crise.

    Ce qui est central pour le capital reste ses attaques sans pitié contre la classe ouvrière et son effort acharné pour accroître son taux de profit, par l'extraction du plus de plus-value possible. Dans cette logique du capital, les différentes variantes employées seront toujours déterminées par leur capacité à assurer une élévation du taux moyen de profit, ce qui s'obtient fondamentalement en diminuant la valeur de la force de travail.

    La capacité du système à permettre une meilleure redistribution de l'excédent sera conditionnée par l'importance de celui-ci ou, dit autrement, par les profits extraordinaires obtenus. Mais cette meilleure redistribution sera TOUJOURS dédiée à assurer la continuité du système, et JAMAIS pour favoriser effectivement la force de travail, qui est ce dont le capital obtient réellement son profit (ou plus-value).   

    Venezuela : Réformisme ou Révolution.

    Ceci étant éclairci, nous pouvons beaucoup mieux comprendre le panorama politique latino-américain, et en particulier ce qui se déroule au Venezuela. 

    patria socialismo o muerteL'émergence du phénomène bolivarien au Venezuela repose sur l'existence objective de conditions révolutionnaires pour aller vers le socialisme. L'incapacité manifeste des classes dominantes à contenir la poussée du mouvement de masse et en particulier de la classe ouvrière, et le ras-le-bol croissant des secteurs exploités pour leur extrême pauvreté, conduisirent la situation vers une croissante ingouvernabilité qui mettait l'explosion sociale à l'ordre du jour d'un moment à l'autre.

    Mais cette situation contrastait avec l'extrême faiblesse des organisations se disant révolutionnaires, qui marchaient à la queue du mouvement de masse et n'avaient pas de programme cohérent du point de vue révolutionnaire. 

    Il ne fut alors pas difficile de voir émerger des projets lucides quant au diagnostic de la situation, mais qui n'exprimaient pas les intérêts des classes laborieuses. Les exploités, sans direction révolutionnaire conséquente et développée, furent des proies faciles pour ceux qui avaient mûri un projet, qui, bien que comprenant une ensemble de réformes du capitalisme rentier et de son système politique, n'en mettait pas en jeu l'existence même à travers une révolution socialiste.

    D'ici se dégage qu'il n'a jamais été cherché à en finir effectivement avec le capitalisme et l'État qui le soutenait, mais à le réformer pour le rendre plus efficace dans sa mission de favoriser le Capital au détriment de la force de travail. C'est ici que se situe l'importance théorique stratégique de montrer la révolution comme un processus et non comme un acte révolutionnaire.

    socialismo1Pour s'implanter dans les secteurs populaires, le nouveau projet eut besoin de défaire dans certains cas les nœuds des contradictions sociales, et d'assumer dans son discours une grande partie des revendications historiques de la gauche réformiste. Le discours anti-impérialiste allait comme un gant à l'idée de développer une bourgeoisie "patriotique et nationale" (c'est-à-dire le bon capitalisme en opposition à l'impérialisme, le mauvais). Cela avait fait partie du discours historique d'une gauche réformiste déjà assimilée par le système, pour imprimer à ses programmes et discours la tant remâchée "libération nationale".

    Les attaques contre le système bipartiste remplacèrent celles qu'aurait dû subir le Capital, et les énergies sociales dégagées s'orientèrent dans cette direction avec un assez net succès. Les masses fatiguées par plus de quatre décennies de bipartisme, de corruption généralisée, de misère malgré les revenus pétroliers et d'absence de perspectives, virent là une possibilité de résoudre leur situation en changeant les administrateurs d'un système qui leur déniait non seulement la dignité, mais foncièrement le droit à la vie.

    Le changement constitutionnel promu et approuvé à une grande majorité rendait possible l'incorporation au gouvernement et à l'administration de l'État de vastes secteurs écartés jusque-là de la prise de décision, que l'on trouvait principalement dans la petite bourgeoisie et qui désormais allaient se transformer en classe dirigeante. Ce changement constitutionnel assurait la continuité du capitalisme et de son régime de propriété privée des moyens essentiels de production, et adaptait l'État à la nouvelle corrélation de forces au sein de la bourgeoisie.   

    Nouvelle bourgeoisie ou petite bourgeoisie devenue grande ?

    La mise en pratique du nouveau projet signifia la consolidation d'un groupe hétérogène quant à son extraction sociale initiale, mais qui avec le temps allait se décanter à travers la dynamique d'accumulation en son propre sein. Ceux qui à un moment donné n'étaient que des bureaucrates administratifs se virent soudain en possibilité d'accumuler de la richesse en très peu de temps, et ainsi venir à faire partie de la bourgeoisie dominante. 

    boliburguesia 2La consolidation de cette fraction petite-bourgeoise a signifié et signifie le déplacement de certains secteurs bourgeois de certaines positions de pouvoir et leur remplacement par le nouveau groupe. Tout ceci a impliqué une lutte inter-bourgeoise sans merci qu'en dernière instance, devaient résoudre les masses exploitées en penchant pour l'un ou l'autre camp.

    Il était donc vital pour le nouveau groupe de libérer les plus grandes énergies dans les masses populaires pour s'assurer de faire pencher la balance en leur faveur, en appelant à une révolution qui ne viendrait jamais. Les énergies des masses furent déployées et conduites jusqu'à infliger défaite sur défaite à la vieille classe gouvernante, d'abord sur le plan électoral puis dans la mobilisation et la lutte de rue ensuite.

    Toute cette mobilisation n'était pas guidée par une direction révolutionnaire, et ne fut employée que pour négocier de manière avantageuse avec l'opposition de droite, et finalement assurer le maintien au pouvoir du nouveau groupe émergent qui se proclamait révolutionnaire.

    L’État capitaliste (bureaucratique NDLR) fut utilisé une fois de plus pour transférer la rente pétrolière vers la bourgeoisie, mais désormais les acteurs avaient changé. Ces derniers temps, les masses populaires se sont rendu compte, peut-être pour la première fois, de qui fait effectivement de grandes affaires avec l'État capitaliste. Tandis qu'est maintenu un discours revendiquant le socialisme, le gouvernement utilise l'État pour offrir des ressources fabuleuses à des capitalistes qui, quelques années en arrière, étaient au mieux des fonctionnaires de rang mineur ou de petits employés obscurs dans la bureaucratie étatique.

    3-Milicia-BolivarianaQuasiment toutes les grandes constructions de ponts, routes, les programmes sanitaires, immeubles, transports, achats de véhicules, portefeuilles de crédit, dollars préférentiels, importations massives, et beaucoup d'autres choses dont l'État a besoin, ont été offerts aux enchères ou directement vendus aux nouveaux bourgeois bolivariens. Le moyen d'accumulation initiale préféré dans ce cas furent les fortes commissions reçues pour passer un marché avec l'État sous la forme du "diezmo" (dixième, dîme, commission de 10%), toute une institution au Venezuela, qui s'est vue renforcée ces dernières années. 

    Le développement d'initiatives aussi importantes que Barrio Adentro Mercal, PDVAL et autres missions a servi de moyen de transfert de la rente pétrolière obtenue par l'État vers ces secteurs, faisant partie du bloc au pouvoir. L'absence de vergogne avec laquelle tout cela se fait n'a quasiment aucune limite ; si bien qu'aujourd'hui nous pouvons trouver un officier subalterne de l'armée devenu un flamboyant propriétaire de banque, tandis que son frère a été ministre et membre de la direction de diverses entreprises et institutions. Cette situation devait tôt ou tard éclater, maintenant qu'il est impossible de la dissimuler d'avantage.

    Les hésitations initiales, à l'intérieur du bloc dirigeant, sur le type de projet à développer ont été rapidement solutionnées en faveur de la bourgeoisie, si bien que de cette manière l'on travaillerait pour soi-même. Ce n'est pas un hasard si le gouvernement pendant toutes ces années a tant favorisé la banque et s'est efforcé au-delà de l'imagination d'élever son taux de profit.

    La préférence pour la bourgeoisie commença à s'exprimer de manière plus évidente à partir de 2006, année qui coïncide avec une baisse d'intensité de la lutte de masse après avoir infligé plusieurs défaites successives à la droite fasciste. Ce fut également l'année pour s'efforcer de consolider le groupe au pouvoir à travers un nouveau parti politique qui transcenderait le tassement électoral. Ce fut l'année de la naissance du PSUV.

    Au plan économique, balbutiait ce qui de la bouche du président fut appelé "l'alliance stratégique avec la bourgeoisie", au moyen d'accords sur des terres appartenant à l'État payées aux capitalistes, l'achat des entreprises en faillite, l'octroi de crédits favorables, les dollars préférentiels et autres facilités à la banque privée. Il faut également mentionner les fortes hausses de produit au bénéfice de la bourgeoisie. 

    BOLIBURGUESESLors qu’éclata au grand jour la crise systémique du capital, l'on opta pour la ré-impulsion productive, qui n'est rien d'autre qu'une série de mesures favorisant la bourgeoisie au détriment des travailleurs. Les mesures qui suivirent furent de la même teneur, avec une augmentation de la TVA de 33%, une baisse du salaire réel, un accroissement de la dette interne en faveur de la banque privée et autres séries de mesures comme la libération des prix de certains produits de base, qui vinrent encore frapper la force de travail.

    L'ouverture de la Ceinture de l'Orénoque à l'investissement et à la propriété des capitaux étrangers, comme dans le cas de l'entreprise russe sous la forme d'entreprise mixte, qui est en réalité la propriété de Chevron, l'achat de ferraille industrielle hors d'usage à l'Iran et les contrats d'investissement avec la Chine ne cherchent pas seulement à favoriser les capitaux internationaux, ce qui est déjà contraire au discours public, mais ont aussi été d'excellentes affaires et bénéfices pour ce bloc bourgeois au pouvoir et ont consolidé ses positions de grands entrepreneurs. Si bien qu'une défense plus étroite de sa part du régime de propriété privée capitaliste et de châtiment contre la classe laborieuse n'était qu'une question de temps.

    La marge de manœuvre du gouvernement sur les sujets sociaux et les investissements dans ce domaine est directement liée à la rente pétrolière, bien que la Banque centrale du Venezuela reconnaisse elle-même que la répartition de cette rentre favorise largement la bourgeoisie au détriment des travailleurs.

    La crise du Capital s'aiguisant, cette capacité de manœuvre rétrécit et les effets de la crise commencent à se faire sentir clairement dans de larges secteurs, principalement de travailleurs. La mal nommée crise financière, récemment avec l'intervention de sept banques, n'est rien d'autre que l'expression publique d'une crise politique de magnitude énorme que l'on cherche à maintenir sous le couvercle. Les contradictions d'intérêts au sein des groupes au pouvoir prennent chaque jour un caractère plus public et, à mesure que le temps passe, s'exprimeront dans toute leur dimension avec des conséquences plus ou moins prévisibles.

    El Discreto Encanto de la Boliburguesia 03

    PSUV, le Parti de la révolution socialiste ?

    Du point de vue politique, a été fait pression sous toutes les formes sur certains partis et mouvements pour qu'ils intègrent le nouveau parti (PSUV) et de cette manière, rééditer un nouveau pacte de Punto Fijo virtuel, avec seulement deux grandes tendances : la droite traditionnelle capitaliste, et la nouvelle gauche capitaliste et réformiste.

    Dans ce schéma établi par le bloc au pouvoir ne restait aucune possibilité pour les secteurs révolutionnaires, et c'est ce que nous fîmes savoir à ce moment là. Malgré tout ce qui précède, pas peu furent les mouvements qui décidèrent de rejoindre le nouveau parti. Certains le firent en suivant la tactique de l'entrisme, d'autres alléguèrent qu'il ne fallait pas laisser les masses seules dans la nouvelle aventure et ne manquèrent pas même ceux qui prétendaient changer les choses de l'intérieur par un soi-disant "soutien critique".

    Chacun de ces secteurs devra faire son propre bilan une fois qu'il aura parcouru suffisamment de temps depuis cette décision. Mais ce qui est d'ores et déjà suffisamment clair, c'est que le PSUV est un parti pluri-classiste dans sa base sociale, mais que sa direction est une direction bourgeoise et représente ce secteur social.

    juventud-psuvNous ne doutons pas un seul instant de l'honnêteté et du dévouement révolutionnaire de la grande majorité de la base "bolivarienne", mais nous parlons ici de la direction et de la bureaucratie partidaire qui se développe là comme réformisme capitaliste.

    La lutte de lignes à l'intérieur du parti est quasi nulle, vu que le secteur dominant s'est assuré le contrôle bureaucratique de pratiquement toutes les structures. L'on pourra arguer que dans différents secteurs existent des réalités particulières différentes, mais ceci peut nous porter à la confusion en cherchant à expliquer le tout par la partie, le phénomène global à partir de petites expériences, ce qui ne nous conduit pas à un diagnostic pertinent de la réalité. Le PSUV d'aujourd'hui prétend donner quelque substance au slogan délavé du "socialisme du XXIe siècle", qui n'est rien d'autre que le vieux et usé capitalisme sous un masque un peu plus social.

    Cette substance est censée venir de la formation de ses cadres sous la direction du PC chinois, celui-là même qui dirige un État bourgeois, où les travailleurs sont payés un salaire de misère et celui-là même qui aujourd'hui, maintient à flot l'économie US au prix du vol de plus-value à sa classe laborieuse et du maintien d'un véritable esclavage pour les secteurs les plus exploités. Tout le soi-disant "miracle chinois", avec sa gigantesque accumulation de capital, provient en réalité de la surexploitation de sa main d’œuvre et des conditions inhumaines dans lesquelles survivent une partie de sa population. 

    En parlant de justice...

    La mise en place de la Police nationale, l'approbation de la loi sur le contrôle des armes et explosifs, et la virtuelle application de la loi antiterroriste, impliquent un durcissement de la répression d'État. La seule question posée est qui sera la cible de cette répression.

    Le Venezuela, ce n'est un secret pour personne y vivant, possède l'un des taux de criminalité les plus élevés du continent, et la sécurité ne s'est pas seulement transformée en un thème apportant des dividendes politiques, mais s'est en outre convertie en un excellent commerce pour la bourgeoisie. Des millions et des millions de dollars sont investis chaque année dans des entreprises qui apportent la sécurité à une partie de la population en mesure de payer pour cela.

    De sorte que le maintien du climat actuel d'insécurité favorise en premier lieu la bourgeoisie liée au lucratif commerce de la sécurité. C'est cette branche qui absorbe la majeure partie des fonctionnaires actifs ou en retraite des polices et de la force armée, et c'est précisément d'où vient aussi la majorité des bandes organisées se livrant au kidnapping et au trafic d'armes. 

    barqui20pLe sicariato (tueurs à gages) dans toutes ses variantes agit de manière permanente et organisée au Venezuela depuis des années. D'où proviennent principalement les sicarios n'est un secret pour personne.

    Tout le monde sait que ce sont la police et la garde nationale qui gèrent le trafic d'armes dans les quartiers et les prisons du pays en alliance étroite le narcotrafic, les paramilitaires et les secteurs bourgeois liés à ce lucratif commerce de la sécurité.

    La police et la garde nationale jouent souvent le rôle de surveillance et escorte pour la bourgeoisie, pendant comme en dehors de leurs heures de travail, et ceci les met dans la position d'une petite armée privée à disposition de qui peut payer. De là au sicariat, il n'y a qu'un pas et c'est ce qui s'est produit ces dernières années.

    L'insécurité et la peur de la population servent de véritable carcan social aux demandes de la population, vu que les gens voient bien qui sont les victimes et qui sont les tueurs. Ces dernières années, qui ont vu une forte poussée des luttes sociales, la paysannerie a payé un lourd tribut à sa lutte pour la terre. Ce sont plus de 300 dirigeants et paysans qui ont été assassinés sur ordre des grands propriétaires, et cela ne semble pas devoir s'arrêter.

    Dans les secteurs urbains et périurbains, ce sont les travailleurs qui ont été sauvagement frappés par ce fléau.

    Dans les quartiers des grandes villes, les bandes criminelles sont celles qui contrôlent réellement le territoire, terrorisant par leurs actions et paralysant de fait toute vie sociale communautaire.

    Ces bandes sont armées principalement par la police, en particulier à Caracas où elle se distingue dans le trafic d'armes et la vente de munitions. Il n'y a aucun riverain qui ne soit au courant de cette situation et des degrés d'impunité atteints par ces parasites policiers, remplissant d'indignation une population qui, pour autant, se sent impuissante à agir face au pouvoir obtenu par ces délinquants.

    La lutte contre l'insécurité fait partie intégrante de la lutte des classes, et est l'un des terrains où s'exprime dans toute sa nudité le rôle joué par les appareils répressifs de l'État capitaliste.

    L'alliance entre la délinquance et de nombreux policiers est une expression de la faillite profonde des institutions de l'État capitaliste et de sa décomposition croissante, signe plus qu'évident de la crise générale d'un système qui, toutefois, impose toujours ses conditions. 

    Cette situation se voit garantie par l'évidence qu'au Venezuela l'impunité est totale. Personne n'a mis à ce jour un pied en prison pour les massacres commis sous la Quatrième république (le puntofijisme Ndlr), ni pour la violence organisée et déchaînée durant le coup de force d'Avril (2002), et personne ne punit ni même ne parle des assassinats de leaders syndicaux et paysans. Tous libres.

    18dfadacomuna 407pLe Plan Patrie Sûre et la lutte contre la corruption n'ont emportés que de petits fonctionnaires mouillés dans les malversations, mais sont loin d'avoir touché les grands intérêts qui se cachent derrière ces manœuvres délictueuses. Nous nous sommes habitués à ce que le président dénonce régulièrement des personnalités ou activités de groupes de pouvoir, mais que ceci en reste à la dénonciation sans résultats concrets substantiels.

    Rien de différent sur le terrain économique. Des centaines de milliers de fraudes, d'escroqueries, de commissions illicites, d'enrichissements soudains, de trafics d'influences, de surfacturations, usurpations et autres vols éhontés restent impunis et l'on ne peut rien y faire. Un acte illicite est commis, il est découvert, scandale, une enquête est promise et puis, par intervention directe soit de la police soit des tribunaux, le suspect parvient à sortir du pays en se riant du besoin de justice de tout un peuple.

    N'ont pas cette chance plus de deux mille ouvriers, dirigeants, étudiants, femmes, paysans et indigènes qui se trouvent actuellement emprisonnés, ou en liberté surveillée. La police, la loi et les tribunaux sont au service de la bourgeoisie.

    Dans les tribunaux, malgré la soi-disante épuration, prospèrent toujours les mafias et les bandes organisées de délinquants du droit bourgeois qui, à l'abri de leurs fonctions, servent toujours les intérêts d'une classe putréfiée et parasite qui n'a rien d'autre à offrir que sa pestilence bourgeoise. 

    Ainsi étant les choses, il n'y a aucun soulagement à attendre, pour la population, de la création de la Police nationale ni du renforcement de certains services de renseignement. Selon nous, à mesure que s'aiguise la crise du système, plus dure sera la répression en particulier pour les travailleurs. Il y a peu de temps, le Sebin (Service bolivarien d'intelligence) s'est chargé de convoquer pour interrogatoire les travailleurs d'Industrias Diana et la Garde nationale a "rendu visite" aux travailleurs de PDVAL (compagnie publique nationale de distribution alimentaire) qui réclamaient leurs droits.

    La protestation sociale se transforme en délit et la mobilisation est criminalisée par différents canaux. En disant cela, nous ne défendons pas les provocations de la droite fasciste. Nous pensons justement que ce qu'elle cherche par celles-ci, c'est justement à servir de rideau de fumée pour qu'ensuite soient réprimés les travailleurs avec le consentement d'une partie de la population, qui pourra assimiler la légitime protestation des exploités pour leurs droits à une tentative de déstabilisation de la droite fasciste. 

    Allons-nous vers le socialisme ?

    milicias-fidelvasquezDéfinitivement, non. À l'existence objective d'une base sociale qui aspire à un changement de système politico-économique tourné vers le socialisme, répond l'existence d'une direction clairement bourgeoise qui cherchera par tous les moyens à défendre ses intérêts de classe quel qu'en soit le prix, mais qui pour le moment, use d'un langage pseudo-révolutionnaire pour s'assurer juteux bénéfices et privilèges. Cette direction accompagnée par la bureaucratie et en alliance ouverte avec les milieux d'affaires dont elle fait déjà partie, ne doute pas une seconde qu'elle doit empêcher le socialisme et emploiera tous les moyens dans ce but.

    Il ne s'agit pas, comme le croient certains camarades, de changer un ministre ou une équipe économique. S'il en était ainsi, nous validerions l'idée que le problème est l'administration du système et non le système lui-même. Le projet de cette administration d'État n'est pas économique, mais un projet de classe répondant en dernière analyse à une décision politique longuement mûrie.

    Le projet de ce secteur gouvernant consiste en un renforcement de la bourgeoisie contre la force de travail et en une projection de ce secteur bourgeois au niveau latino-américain. Ceci ne veut pas dire que cette bourgeoisie entre en contradiction avec l'impérialisme, elle veut seulement négocier depuis une autre position de pouvoir et obtenir ainsi une plus grande part du gâteau.

    La réorganisation de l'État et son implication (jusqu'à un certain point) dans le secteur productif ne doit pas nous faire perdre de vue que c'est un État bourgeois et capitaliste, ayant pour mission de servir les nécessités du Capital, et lorsque l'État entre directement dans l'usine, c'est pour réguler le marché de la force de travail en faveur de la bourgeoisie et affronter directement la classe laborieuse.

    Le capitalisme d'État n'a pas d'autre mission que de gérer l'accumulation de capitaux pour ensuite être remis au secteur privé. Telle est la lamentable histoire non seulement de l'Amérique latine, mais aussi de nombreux pays européens entre lesquels on peut citer ceux qui firent partie du Bloc de l'Est.

    L'indépendance de classe, une nécessité révolutionnaire.

    Devant tout ce panorama que nous avons décrit, il ne reste à la classe ouvrière et aux secteurs exploités des villes et des campagnes qu'à maintenir coûte que coûte leur indépendance de classe face au gouvernement et à l'État, par l'élaboration de leurs propres revendications et de leurs plans de lutte pour améliorer leurs conditions de vie et avancer vers l'élaboration d'un programme de gouvernement propre qui propose effectivement d'en finir avec le capitalisme. 

    mg 26861334338425Cette nécessité de la classe ouvrière est aussi l'espérance de beaucoup d'autres secteurs exploités, qui voient leurs conditions de vie se dégrader tandis que la bourgeoisie se renforce. L'activation de ces secteurs sociaux ne sera pas possible s'ils ne voient pas d'abord la classe ouvrière conquérir sa propre indépendance de classe et avancer résolument derrière un programme révolutionnaire socialiste.

    La révolution socialiste n'a pas échoué, car elle n'a pas encore eu lieu au Venezuela et pour qu'elle se produise, il faut l'organiser dès maintenant partout où se trouve un seul révolutionnaire. 

    Quand nous parlons d'organiser la révolution socialiste, nous parlons de poser la question du pouvoir et de son exercice par la classe travailleuse. Ceci nous amène nécessairement à élaborer un projet en tant que classe, reposant sur un programme et un type d'organisation qui non seulement accomplisse l'acte révolutionnaire et détruise le pouvoir de la bourgeoisie et de son État, mais soit capable d'initier la construction pratique du socialisme et de le développer. 

    Ce pouvoir ne peut pas être un parti ou un mouvement (entendre : un parti ou mouvement tel que conçu à ce jour dans ce pays, même 'radical', avec des 'leaders' et des 'suiveurs', des 'calculs' politiciens et électoralistes etc.), ce doivent être les masses de travailleurs et travailleuses, les exploités des villes et de campagnes, organisés dans un nouveau type d'organisation sociale révolutionnaire (entendre : PARTI d'avant-garde de nouveau type, entouré de son ou ses Front(s) uni(s) et armé de sa Force combattante)*. Telle est l'expression authentique du Pouvoir Populaire et de classe qui doit s'organiser dès à présent.

    Cette perspective ne nous fait pas perdre de vue les objectifs du mouvement et son développement ultérieur. Il ne suffit pas d'appeler à l'organisation du Pouvoir populaire de manière générale. Ce pouvoir de classe doit avoir des expressions concrètes sur chaque lieu de travail, chaque université, lycée, village ou quartier, et cette organisation ne tombe pas du ciel, ni ne sera faite cadeau par l’État. Ce sont les révolutionnaires organisés qui doivent impulser cette construction sociale depuis le plus simple jusqu'au plus complexe.
    C'est pour cette raison que les mots d'ordre de "contrôle ouvrier" ou de "conseils de travailleurs" nous semblent justes, mais abstraits. Quels ouvriers contrôlent ? Ceux d'Action démocratique ? Ceux du PSUV ? À quels conseils faisons-nous référence ? Combien de ces conseils existent-ils ? Ces travailleurs ont-ils une conscience de classe ? Veulent-ils le socialisme ? Où sont ces conseils et combien y en a-t-il ?

    Nous pensons que la révolution est une chose sérieuse et planifiée, et non pas des mots d'ordre exprimant des désirs qui n'ont rien à voir avec la réalité. La réalité actuelle pour les révolutionnaires est un désavantage stratégique s'exprimant dans le domaine théorique, politique, organisationnel, social, culturel, économico-matériel, militaire et numérique. Cette réalité doit être reconnue pour pouvoir être changée, et notre travail actuel doit exprimer les nécessités objectives qui nous séparent de la révolution. Nous croyons que les révolutionnaires doivent entreprendre une accumulation de forces de caractère historique sur tous les terrains précédemment exposés, et donner des réponses réelles à ces nécessités.

    11110De là ce que nous avons formulé depuis longtemps déjà : doter la classe ouvrière d'un outil politique de grande puissance, qui soit capable de poser la question du pouvoir dans les grandes masses et d'aider à leur organisation derrière cet objectif. Telle est pour nous la plus grande tâche en ce moment, et ce à quoi nous travaillons. Les tâches d'agitation font partie de ce travail, mais n'en sont pas la totalité, bien que parfois nous y consacrions beaucoup d'énergie.

    La construction et le développement de cet outil politique nous place sans aucun doute sur la voie que nous croyons correcte, et nous renforce donc pour poursuivre le grand objectif. Sans organisation révolutionnaire il n'y a pas de révolution socialiste, celle-ci ne se réalisant pas par osmose ni par intuition des masses ni même parce qu'existent des secteurs avancés dans la classe ouvrière.

    La révolution est un acte scientifique révolutionnaire qui requiert une ingénierie sociale et une construction pratique n'admettant pas l'improvisation. Ceci ne veut pas dire qu'il y a des recettes préétablies, mais nous savons qu'il y a besoin d'un collectif avec des outils théoriques, avec la conviction la plus résolue, avec un haut degré de discipline, avec un plan stratégique et une force matérielle qui permette la construction d'un nouvel imaginaire social (autrement dit conquérir l'hégémonie idéologique : 100% Gramsci, 0% Heinz Dieterich !) et sa mise en mouvement pour mener ce plan à bien.

    C'est pour cela que nous avons proposé l'unité des révolutionnaires à partir d'une série de définitions initiales qui nous rapprochent de l'objectif. Nous avons proposé l'élaboration d'un programme qui, basé sur la réalité sociale que vit notre Peuple (une conception du monde, une théorie directrice, une 'pensée'), permette d'accomplir de grands pas dans le développement d'une conscience de classe des travailleurs/euses.

    Nous avons également appelé à développer, dans toutes ses potentialités, la lutte d'idées et de masse pour le socialisme comme courant qui commence à exprimer les aspirations à un changement réel qui existent dans le pays.

    Nous avons invité les autres forces révolutionnaires à examiner minutieusement la situation du Venezuela et à rompre, sur la base de cet examen, avec le réformisme capitaliste qui étouffe et asphyxie tout progrès des masses ; et nous avons dirigé nos forces à commencer à construire le Pouvoir populaire comme expression du Nouveau Pouvoir des travailleurs et travailleuses, pauvres et exploité-e-s des villes et des campagnes, en opposition au Pouvoir bourgeois exprimé par l’État et ses institutions.

    combattants-erpTelles sont à notre sens les grandes tâches des révolutionnaires qui par ailleurs, doivent les aborder au milieu d'une lutte des classes grandissante, qui s'exprimera prochainement de manière aiguë surtout dans les milieux ouvriers. Nous devons participer à ces luttes et donner force à notre proposition au sein des masses. Notre grand défi sera de construire dans le feu de la lutte et la nécessité de passer rapidement à un autre moment historique quant à la portée de notre projet.

    Nos objectifs sont clairs et nous avons toujours été très précis quant à eux. Nous devons suivre le parcours tracé en emmenant avec nous tout le Peuple, avec l'optimisme qu'une époque nouvelle s'ouvre et que cette époque, c'est celle de la révolution socialiste véritable.

    Nous allons avec joie et pleins de fierté par ce beau chemin révolutionnaire. Personne ne nous fera de cadeau, tout devra être conquis. Nous sommes face à l'histoire et notre appel est un appel à commencer la réalisation de nos rêves et à être les artisans d'une nouvelle architecture sociale.

    Dans cette nouvelle architecture sociale, jouera sans doute un rôle très important la jeunesse, et c'est vers elle que nous devons tourner nos efforts. Nous allons vers la jeunesse pour libérer toutes ses énergies contenues durant tout ce temps. Là est la mine d'or d'où sortiront les femmes et les hommes qui changeront à jamais cette histoire de misère et d'exploitation. Nous allons vers la jeunesse avec la vérité pour arme politique, avec clarté, sans arguties ni demi-teintes qui ne mènent à rien. Nous allons organiser la rébellion et la transformer en idées et en actions révolutionnaires dans tout le pays.

    Nous devons semer le Che dans tout le Venezuela et l'arracher à la vitrine de magasin où il a été enfermé pendant des années. Nous allons parsemer le Venezuela de révolutionnaires.

    Nous allons tous et toutes, travailleurs et travailleuses, exploité-e-s, femmes, jeunes, peuples indigènes, paysan-ne-s, étudiant-e-s, habitant-e-s, communautés, professionnels et soldats. La révolution que nous voulons vient, et avec elle la joie de construire pour nous-mêmes et non pour la bourgeoisie.


    Construisons l'idée et l'instrument de la révolution !!!


    En avant avec toutes les forces de l'Histoire !!!


    Révolution socialiste ou caricature de révolution !!!

     

    Mouvement Guévariste Révolutionnaire

     


    (*) Le Parti, nous l'avons dit et répété, est tout simplement la 'pointe' la plus avancée, consciente, 'dégagée' de l'idéologie dominante bourgeoise des masses populaires exploitées, 'pointe' consciente d'elle-même et organisée dans un but clair de renversement du pouvoir de la bourgeoisie, d'établissement du Pouvoir prolétarien-populaire et de conduite, par celui-ci, de la société au communisme. La meilleure preuve de l'existence objective de cela, c'est qu'au Venezuela le MGR est cela, ou en tout cas une partie de cela. Il n'y a pas de société de classe sans lutte des classes, et il n'y a pas de lutte des classes sans Parti ; il y a simplement des Partis qui n'ont pas conscience ou refusent de l'être, ou qui en raison de limites idéologiques (conception du monde) non-corrigées ne jouent pas ce rôle : soit qu'ils se placent à la queue et non à la tête des mouvements sociaux de masse, soit qu'ils refusent d'aller à ces mouvements, d'aller aux masses car elles ne sont pas assez 'rouges' à leurs yeux, soit qu'ils ne parviennent pas, pour X ou Y raisons, à se lier aux masses en lutte et à instaurer une dialectique avec elles. 

    Ce Parti dont nous parlons n'a pas vocation à être une structure monolithique, seule (et une fois pour toutes) détentrice de la Vérité avec un grand V et ayant toujours raison y compris contre les masses. Le Parti dont nous parlons est simplement une fraction des masses investie d'une compréhension particulièrement avancée des problèmes et des solutions (la révolution, le socialisme en marche vers le communisme), des buts et des moyens, et investie d'une mission particulière : synthétiser l'expérience de la lutte de classe, de l'histoire de classe du pays où il lutte, et élaborer et DIFFUSER dans les masses cette théorie/conception-guide, la transformer en pratique et de l'expérience pratique enrichir à nouveau la théorie, etc. etc. Le Parti est donc simplement cela. Il n'est pas un monolithe figé, mais au contraire un être VIVANT en mouvement perpétuel dans la lutte de lignes (entre 'ancien' et 'nouveau', conceptions bourgeoises ou prolétariennes, idées justes et erronées), alimentée par la dialectique théorie/pratique et Parti/masses. Autour de lui (comme élément de cette dialectique), les masses 'un peu moins avancées' mais néanmoins conscientes et organisées forment un Front uni, ou plusieurs Fronts concentriques (un Front 'offensif' pour la révolution et un Front 'défensif' contre la réaction, par exemple). Et évidemment, aucune classe dominante ne cédant le pouvoir de bonne grâce, il génère une Force de Combat vouée à la conquête du pouvoir, contre les forces qui défendront le Capital. Tout cela forme, en effet, un MOUVEMENT révolutionnaire. Mais un 'mouvement' en soi, où chaque composante n'a pas conscience d'elle-même et de son rôle, est malheureusement voué à l'échec...

     

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