• Le néo-menchévisme öcalaniste et rojaviste, et la question de la Palestine


    Rassemblement hier soir au centre de Lyon contre le massacre en cours en Palestine : les menchéviks rojavalâtres (Unité Communiste, "Futur Rouge", fake "TKP/ML" liquidateur) n'ont pas montré le bout de leurs nez ou, en tout cas, n'ont pas déployé les drapeaux (ni de la Cause Sacrée, ni de leurs organisations) – peut-être que le "fond de l'air" commence à être à ce qu'il vaille mieux pour eux...

    Néanmoins, pour garder la face en ces tragiques circonstances, il va de soi que le Centre idéologique öcalano-bookchiniste de leur entreprise liquidatrice mondiale "doit" émettre une position sur la situation en cours ; comme par exemple cet article partagé par le site Rojinfo :

    Le comité exécutif du Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK) s’est exprimé dans un communiqué concernant les tirs de l’armée israélienne qui ont fait plus de 1500 blessés du côté palestinien le lundi 15 mai lors de la marche du Retour.
    rojinfo.com

     

    Oui... sauf que ce qui compte ce n'est pas ce que les gens disent, mais ce qu'ils FONT. Et "antisioniste" ("israélo-critique", dirions-nous plutôt) ou pas, un protectorat impérialiste au Nord-Est de la Syrie est un protectorat impérialiste au Nord-Est de la Syrie. Après tout, les États arabes les plus vendus et réactionnaires peuvent tenir un discours bien plus radical encore, et vous refouler à l'aéroport si vous avez eu le malheur de garder votre passeport de la dernière fois que vous êtes allés en Palestine... et avez donc un visa israélien dessus. Ce qui n'est manifestement pas arrivé aux multiples sionistes qui ont pu s'engager comme "volontaires internationalistes" sur le front.

    Petit checking rapide... ça commence très fort et donne le ton dès le premier paragraphe : "Il semble que le conflit qui oppose les Palestiniens et les Israéliens ne peut être résolu par la force. Cette question devrait être résolue par le dialogue et la négociation car insister sur le recours à la force ne fait qu’aggraver les problèmes." => Si si, un conflit contre une occupation coloniale se résout bien par la force. "Le dialogue et la négociation", on a vu ce que ça a donné à Oslo en 1993. Bien sûr qu'à un moment donné, la politique devient la continuation de la guerre par d'autres moyens, mais parler de "négociation" sans parler d'un rapport de force suffisant est juste une vaste fumisterie. Le discours tenu ici se situe à peu près au niveau politique de Benoît Hamon. Tout comme, de manière générale, ne se rendre compte de la "violence" de l'occupation en Palestine que lorsqu'il y a un véritable massacre.

    "Le peuple palestinien a également été aux côtés des membres du PKK. Pendant l’occupation du Liban en 1982, 13 combattant(e)s du PKK qui luttaient côte à côte avec les palestiniens sont tombés martyrs dans cette guerre." => Oui, on sait. C'était la grande époque... Ce serait bête de ne pas capitaliser dessus, n'est-ce pas ? Mais les choses ont bien changé depuis. Aujourd'hui la position du mouvement öcalaniste est de "remercier ceux qui nous soutiennent, ignorer ceux qui nous ignorent, nous défendre contre ceux qui nous attaquent" ; donc en aucun cas de s'engager MILITAIREMENT en solidarité avec la Palestine (et de toute façon, comme dit précédemment, "la violence c'est tout caca et c'est pas la solution").

    "La Turquie a appris les techniques de la guerre contre la lutte pour la liberté du peuple kurde, de la part d’Israël et des États-Unis. L’État turc et le gouvernement de l’AKP ont été soutenus par ces pays dans leur guerre contre les Kurdes." => Faux, si Manbij n'a pas été attaquée également par Erdogan, c'est parce que les États-Unis y avaient une présence militaire et Macron a dépêché des renforts français pour encore accroître la dissuasion. On passera sur la tentative de Zion-washing du régime d'Erdogan (grand classique de leur propagande pseudo-"anti-impérialiste"), alors que depuis son accession au pouvoir fin 2002 (et surtout depuis la deuxième moitié des années 2000) son "désalignement" de la Turquie vis-à-vis de l'Occident et du sionisme (alignement effectivement total auparavant, oui l’État turc a bien appris des États-Unis et d'Israël les méthodes employées notamment contre les Kurdes... mais c'était avant, vous savez, du temps des "laïcs"...), ses déclarations pro-palestiniennes, ses rapprochements récurrents avec l'Iran ou la Russie, la Chine, les "BRICS" en général et même à une époque le régime syrien, résument en fait la totalité du problème (le pays n'est pas devenu "anti-impérialiste" et encore moins "anticapitaliste" au-delà de ça) et ce pourquoi les impérialistes occidentaux et les sionards aimeraient bien le voir dégager, ce à quoi (d'ailleurs) nos rojavistes s'apprêtent à participer en votant HDP voila-ca-y-est qui se reportera ensuite sur l'adversaire d'Erdogan aux prochaines élections du 24 juin turquie-kurdistan-elections-anticipees. 

    Pour rappel, la position d'Öcalan sur la Palestine c'est : "(chez les Arabes) Un nationalisme tribal aux motifs religieux, associé à une société sexiste et patriarcale, contaminent tous les domaines de la société et y créent un fort conservatisme et une obéissance servile. Personne ne croit que les Arabes parviendront à trouver une solution nationale à leurs problèmes internes et transnationaux. Cependant, la démocratisation liée à une approche communaliste peut permettre cette solution. La faiblesse des États-nations arabes par rapport à Israël, qu’ils considèrent comme leur rival, n’est pas seulement le résultat du soutien qu’apportent les puissances hégémoniques à celui-ci. La force de la démocratie interne et des institutions communales israéliennes joue un rôle bien plus important. Au cours du siècle dernier, le nationalisme et l’islamisme radicaux n’ont fait qu’affaiblir les sociétés de la Nation arabe. Cependant, si celle-ci s’avère capable d’associer le socialisme communal, concept qui ne lui est pas étranger, à la vision d’une nation démocratique, elle pourra trouver une solution sûre et durable à ses problèmes."

    Ou encore : "While the abolishment of Israel is unthinkable, the country will have to transform its nationalist basis in order to contribute to a solution, in the same way that Arab nationalism has to be transformed. (...) Another indispensable part of democratisation in the Middle and Near East is real secularisation. (...) This will contribute enormously to the success of any democratisation efforts. (...) Only such approaches will lead to mutual tolerance and peace. In this way, an Israeli-Arab compromise and a democratic whole can take the place of the present conflict." => "La disparition d'Israël étant inenvisageable, ce pays devra néanmoins réformer ses bases nationalistes de façon à contribuer à une solution, de même que le nationalisme arabe devra se réformer [LOL donc c'est bien "les deux qui ont tort"]. (...) Une autre part indispensable de la démocratisation au Proche et Moyen Orient, réside dans une véritable laïcisation [non non : elle réside dans l'expulsion de la domination impérialiste et, en Palestine, la restitution aux Palestiniens de LEUR PAYS et de l'ensemble de leurs droits légitimes y compris celui au retour pour les exilés ; autant pour les "laïcs" que pour ceux qui prient 5 fois par jour... d'ailleurs le passage d'Öcalan commence par "le problème en Palestine est un problème de la terre" : dont acte, c'est donc bel et bien la terre qu'il faut rendre à ses habitants légitimes !!]. (...) Ceci contribuerait considérablement au succès des efforts de démocratisation. (...) Seule une telle approche pourra conduire à la tolérance mutuelle et à la paix. De cette façon, un compromis israélo-arabe dans un ensemble démocratique pourrait prendre la place du conflit actuel."

    La position exprimée ici n'est en dernière analyse qu'une version "radicale"-"progressiste" des appels occidentaux à la "retenue" israélienne, dans une perspective finale qui n'est en fin de compte rien d'autre qu'un Oslo plus "égalitaire" et "fédératif" (en se "libérant mentalement", de part et d'autre, du "nationalisme" et de la "religion"...).

    Finalement, ce n'est pas très différent et même... en-deçà des appels à un "État unique" en pensant très fort "comme en Afrique du Sud actuelle" (les colons sionistes gardant leur position dominante, et les Palestiniens se retrouvant tous dans la position des "Arabes israéliens" d'aujourd'hui) ; position que l'on peut trouver... au plus haut niveau de l'État sioniste puisque c'est celle du président Rivlin ; ainsi que chez des organisations totalement gauche-coloniale comme le POI lambertiste, présent en force (par contre) hier. Bien entendu, PAS UN MOT dans tous ces textes sur le DROIT AU RETOUR ; qui signifierait automatiquement que les Palestiniens redeviennent ce qu'ils sont légitimement dans leur propre pays, à savoir une claire majorité (et qui est, juste au passage... l'objet des manifestations sauvagement mitraillées depuis plusieurs jours !). CQFD...

    ***********************************

    [En dernière analyse, quand on se penche sérieusement sur la question : l'application du confédéralisme démocratique d'Öcalan à la Palestine revient pratiquement à la position historique du sionisme d'extrême-gauche binationaliste https://fr.wikipedia.org/wiki/État_binational

    Un État unique et "démocratique" (oui oui...) où les deux peuples vivraient confédérés dans la paix et l'amour de leur prochain... et surtout, dans la NÉGATION du FAIT COLONIAL sioniste à savoir des gens venus d'Europe (puis ayant fait venir d'autres gens d'ailleurs dans le monde) qui se sont appropriés la TERRE, l'eau, et tout ce que le territoire peut offrir comme moyens de production primaire.

    Et cette position est, de fait, la position hégémonique dans l'extrême-gauche aujourd'hui. Il n'y a pas à s'étonner de plus d'une accointance, quels que soient les (éventuels, même pas toujours...) discours anti-impérialistes bien ficelés mis en avant pour la forme !

    Les prises de position sur la question en particulier, et géopolitiques en général sont souvent assez voisines (du moins pour les rojavistes pas fanas d'Assad à outrance...) ; et le confédéralisme démocratique pourrait donc comme on l'a dit très bien être la forme de la "solution" prônée en Palestine dans cet esprit-là, avec des "cantons" ou des "communes" palestiniennes et juives "démocratiquement confédérées"... et ne questionnant absolument pas le sujet de la propriété, des positions de pouvoir respectives des uns et des autres, sans même parler de la légitimité de l'appropriation d'un seul hectare de terre par des colons venus d'Europe (amenant ensuite des "sous-colons" d'autres pays), portés par du capital européen, etc. etc.

    Il faut savoir se méfier du discours tout cuit "nous sommes sur la position historique de la gauche palestinienne : un État unique, laïc, démocratique et égalitaire", blablabla ; car ce discours en tant que tel ne dit rien du CONTENU de cet État en termes d'INFRASTRUCTURE ÉCONOMIQUE, de propriété concrète (par qui ?) du pays entendu comme ensemble de moyens de production et de subsistance pour sa population.

    Qui sait (vous l'apprendrez peut-être aujourd'hui...) qu'une réunification de l'ancienne Palestine mandataire, faisant de tous ses résidents les citoyens "égaux en droits" d'un même État, est rien moins que la position du président (honorifique) en place de l’État d'Israël, issu du Likoud, Reuven Rivlin... wikipedia.org/Reuven-Rivlin-Pensée-politique ?

    Et qu'est donc l'Afrique du Sud, depuis la fin de l'apartheid et des bantoustans, sinon un "État unique démocratique" garantissant l'égalité en droits des Noirs, des Blancs, des Métis etc. etc. ? Oui, sauf que... l-histoire-semble-s-accelerer-en-afrique-du-sud]


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