• La question du Sahara occidental (République arabe sahraouie démocratique, Front Polisario)


    https://fr.wikipedia.org/wiki/Sahara_occidental

    C'est là un sujet épineux car d'un côté, le refus de reconnaître que "le Sahara est marocain" est une position de principe pour les communistes authentiques là-bas, raison pour laquelle par exemple Abraham Serfaty a été exilé après sa sortie de prison en 1991 ; mais de l'autre, c'est un sujet généralement IMPOSSIBLE à aborder sereinement avec des Marocains "de base", qui soutiendront dur comme fer que le Sahara appartient bien au Maroc et que les séparatistes sont des "terroristes" à la solde du voisin algérien (ils parleront souvent de "Front Algérisario").

    Essayons de nous faire une idée et de comprendre en regardant l'histoire.

    Historiquement, le Maroc pré-colonial du 18e ou début 19e siècle était effectivement un grand Empire sur une base tributaire, c'est à dire d'allégeance des communautés locales au souverain central chérifien (ce que l'on appelle le Makhzen), qui s'étendait jusqu'aux fleuves Sénégal et Niger (Tombouctou) : EixuW-b6SuKxY.jpg. C'est ce qu'hier comme aujourd'hui les nationalistes marocains appellent et revendiquent comme le "Grand Maroc".

    La lente pénétration du capitalisme marchand durant le 19e siècle ; puis l'encerclement militaire français (colonisation de l'Algérie, de l'actuelle Mauritanie, du "Soudan" actuel Mali) et espagnol (colonisation de l'actuel Sahara occidental, justement, à partir de 1884) ; et enfin la signature du traité de protectorat par le sultan Moulay Abdelhafid en 1912, partageant ce qu'il restait entre tutelle française (au Centre) et espagnole (au Sud le Sahara déjà colonisé, et au Nord le Rif où Madrid possédait déjà depuis le 16e siècle, et possède d'ailleurs encore les enclaves occupées de Ceuta et Melilla) ; achèvent de faire basculer l'Empire marocain dans l'histoire contemporaine... c'est à dire l'ère de l'impérialisme et de la domination totale des monopoles capitalistes occidentaux sur la planète ; contre laquelle se lèvera notamment dans les années 1920 la grande révolte d'Abdelkrim El Khattabi.

    La lutte pour l'indépendance (fin des protectorats et réunification) reprend et s'aiguise après la Seconde Guerre mondiale.

    Ce qui est aujourd'hui le Polisario était alors à l'époque l'Armée de Libération Nationale (ALN) Sud du Maroc, affrontant les pouvoirs coloniaux français et espagnol à partir en gros du sud d'Agadir, dans l'actuel Sahara disputé ainsi qu'en Mauritanie. Il y avait également une Armée de Libération Nord, opérant principalement dans le Rif théâtre de la grande révolte des années 1920. Il s'agissait effectivement, à l'époque, de libérer un territoire incluant l'ensemble des protectorats établis en 1912 et même l'actuelle Mauritanie.

    Lorsque le Maroc obtient enfin son indépendance (1956), il rejoint assez vite, en particulier sous l'impulsion du prince héritier et futur roi Hassan II, le camp du "monde libre" réactionnaire et néocolonial. Les Armées de Libération sont exclues de la nouvelle Armée royale, constituée à partir des régiments coloniaux français et espagnols. L'ALN et les masses du peuple se soulèvent en 1957-59 dans le Rif du glorieux Abdelkrim ; révolte écrasée dans le sang (3.000 à 10.000 morts) sous la conduite d'Hassan en personne : l-offensive-du-makhzen-contre-le-rif - cjb.hypotheses.org/186

    Pendant ce temps, l'impérialisme espagnol n'a pas mis fin à son occupation coloniale (antérieure à 1912) de ce qui est donc aujourd'hui le Sahara. Les forces indépendantistes y poursuivent par conséquent leur lutte. Mais petit à petit, elles voient ce qu'est en train de devenir le Maroc d'Hassan, qui succèdera à son vieux père en 1962 ; et sont notamment trahies et abandonnées par le Palais, qui revendique verbalement le territoire ainsi que la Mauritanie (fleuve Sénégal comme frontière sud) mais craint encore plus la révolution démocratique et la "subversion nasséro-communiste", face à l'opération militaire franco-espagnole "Écouvillon" (1958, voir liens ci-après).

    Cette opération est en fait un évènement absolument FONDAMENTAL pour comprendre la suite, car comme nous l'avons expliqué, le Makhzen est un système féodal fondé sur l'allégeance des autorités locales au souverain central... EN ÉCHANGE de son assistance militaire lorsque de besoin. Or là, cette assistance n'a pas été apportée : le "traité" historique d'allégeance pouvait donc être considéré caduc ; tout en dévoilant au passage toute la servilité pro-impérialiste du prince et bientôt roi, et en fait, de manière générale, la nature de ces vieilles institutions telles que la monarchie marocaine converties en capitalisme bureaucratique au service de l'impérialisme ; faisant ainsi comprendre aux masses populaires la nécessité de la révolution démocratique anti-impérialiste.

    L'ancienne Armée de Libération Sud marocaine prend le nom de Front Polisario en 1973 ; Polisario c'est à dire "Populaire de Libération de la Saguia el Hamra et du Rio de Oro" (le Sahara occidental) : le "Grand Maroc" n'est déjà plus à l'ordre du jour.

    À la mort de Franco (1975), l'impérialisme espagnol accepte enfin de se retirer et bien sûr, Hassan II exige immédiatement le rattachement du territoire (et de fait, en quelques années, en prend possession militairement)... mais celui-ci ne VEUT PLUS de ce rattachement ; ne veut plus rejoindre un État devenu dans le monde arabe le champion de la Réaction.

    Le 27 février 1976 (il y a 42 ans jour pour jour), le Polisario proclame de son côté la République arabe  sahraouie démocratique (RASD).

    L'Algérie voisine, en tant que membre de ce qu'on appelait alors le "camp progressiste" opposé à la "Réaction arabe" incarnée à la perfection par le Royaume ; et sans doute aussi (un peu) pour s'assurer à travers un État ami un débouché maritime sur l'Atlantique ; l'encourage dans cette voie et lui apporte un soutien financier, matériel et diplomatique sur la scène internationale (la Libye de Kadhafi aussi dans une certaine mesure). Pour les Marocains "de base" élevés dans le roman national du "Grand Maroc" chérifien et dans un de ces chauvinismes qui ont l'art de diviser la Grande Patrie arabe ; en contentieux territoriaux multiples avec l'Algérie pour des territoires qui appartenaient autrefois à l'Empire ; le Polisario est donc le "Front Algérisario" : une armée proxy d'une guerre d'annexion étrangère ; et le Makhzen qui par ailleurs les affame mène "héroïquement" sur cette question un grand combat "patriotique" valant qu'ils se mobilisent avec ferveur derrière lui...

    La question du Sahara est en fait devenue, en termes de mobilisation réactionnaire des masses marocaines à l'encontre de leurs intérêts ("secret de l'impuissance"), ce que la question du Kurdistan est à l’État fasciste turc.

    À cela près que, en réalité, la question et la lutte "indépendantiste" du Sahara ne sont pas (en termes de réalité matérielle) et n'ont jamais reposé sur l'idée d'être une "nation" différente du Maroc et, en vérité, du MAGHREB arabo-amazigh dans son ensemble ; mais simplement sur le fait d'être restés séparés de celui-ci par le colonialisme espagnol et, lorsque ce dernier s'est enfin retiré, d'avoir refusé de rejoindre et se soumettre au Makhzen, au pouvoir réactionnaire d'Hassan II (et aujourd'hui de son successeur Mohamed VI), et préféré sous la forme d'une République arabe démocratique rejoindre le camp (relativement) "progressiste" et "anti-impérialiste" de l'Algérie et de la Libye.

    La lutte se poursuit encore à l'heure actuelle ; bien que dans les médias français et francophones (sauf la presse africaine) on en parle assez peu ; ici par exemple un des derniers développements : le-chef-de-lonu-appelle-a-la-plus-grande-retenue-au-sahara-occidental.

    La situation est en fait, depuis le début des années 1990, relativement figée ; des "plans de résolution" sont discutés mais toujours refusés par l'une ou l'autre des parties ; tandis qu'un... "mur" (en fait une série d'ouvrages défensifs, une sorte de "Ligne Maginot") sépare les 80% du territoire sous contrôle marocain des 20% (le long de la frontière algérienne) sous celui de la RASD et de son Armée Populaire de Libération (APLS).

    Mais il ne s'agit pas, encore une fois, d'une lutte nationale à proprement parler : oui, les Marocains ont "raison", le Sahara est marocain et plus largement maghrébin arabo-amazigh.

    Il s'agit d'une lutte dont la solution est en réalité dans un Grand Maghreb arabo-amazigh fédéral et démocratique, dressé contre l'impérialisme ; ce que le Polisario ex-Armée de Libération Sud du Maroc a voulu au retrait du colonisateur espagnol en 1975-76 rejoindre sous la forme d'une République démocratique, comme "territoire libre" en quelque sorte, et non l'autorité d'un Makhzen champion local de la Réaction pro-impérialiste...

    Un Makhzen toujours en place à ce jour et toujours, sous une forme pseudo-"libéralisée" après la mort d'Hassan II et l'avènement de son fils Mohamed VI, État semi-colonial comprador réactionnaire ; régulièrement en proie à l'explosion de la colère des masses comme l'année dernière dans le Rif (https://www.monde-diplomatique.fr/2017/07/JAMAI/57669), cette autre base d'appui historique de la Révolution démocratique au Maghreb, "châtié" économiquement par le Pouvoir central depuis la révolte et le massacre de la fin des années 1950 et où il faut également signaler que l’impérialisme espagnol occupe encore deux villes-enclaves, Ceuta-Sebta et Melilla-Mliliya, où 50% d'Ibériques règnent en colons sur 50% de Marocains arabes et berbères et qui dominent économiquement les régions alentour.

    Bibliographie :

    https://www.monde-diplomatique.fr/1978/02/ASSIDON/34617 (sur l'Opération Écouvillon)

    https://www.yabiladi.com/articles/details/50822/operation-ecouvillon-derniere-tentative-coloniale.html

    http://www.sahara-occidental.com/pages/informer/histoire/chap04/page1.htm

    La question du Sahara occidental (République arabe sahraouie démocratique, Front Polisario)


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