• La haine du Midi : l’antiméridionalisme dans la France de la Belle Époque


    Une intéressante étude qui aborde, centrée sur un moment historique bien particulier, celui de la montée en puissance de la droite radicale nationaliste française avant, pendant et au sortir de l'Affaire Dreyfus, lors du débat sur la séparation de l’Église et de l’État etc. (années 1890-1900), la question à la lumière de ce contexte de la persistance et de la prégnance d'un discours ANTI-MÉRIDIONAL dans l’État français ; discours également, comme cela est dit dans le texte et prouvable par de nombreuses citations (lire ici a-propos-du-racisme-anti-occitan même si nous ne partageons pas la terminologie de "racisme" pour ce qui est de l'oppression nationale), déjà présent bien avant cette époque et même encore après.

    Un discours, comme vous allez pouvoir le voir, souvent et même étroitement lié à la caractéristique la plus ancrée dans les mémoires de ce mouvement de l'époque : l'antisémitisme... Ce qui n'est en soi pas illogique lorsque l'on sait, comme nous avons déjà pu l'aborder ici, que la politique anti-juive française est étroitement liée à la Conquête de notre Occitanie et que les toutes premières mesures (expulsions, port de la rouelle) ont été prises dans son contexte, vu que c'était là que la grande majorité des Juifs du nouveau Royaume de France (et non plus "des Francs de l'Ouest") vivaient et faisaient du pays une véritable "Andalus du Nord" à briser, comme celle du Sud (un peu plus tard) pour les rois très-catholiques de Castille, afin d'asseoir fermement l’État-"nation" moderne du roi-lieutenant-de-Dieu-sur-terre... il-y-a-800-ans-la-rouelle-premiere-etoile-jaune

    Et évidemment, dans le contexte plus précis de l'époque, indissociable également de l'anti-socialisme, de la "peur du rouge" étant donné que tant le socialisme révolutionnaire que la gauche républicaine réformiste avaient depuis déjà un demi-siècle AMNCHw.png dans notre "Midi" leur bastion.

    Un discours, de manière plus générale, forcé d'émerger épisodiquement en dépit de toutes les assimilations dans une identité "française" (et blanche), dans des contextes de crise et de sentiment de désintégration de l’État-"nation" ; puisque l'Occitanie et sa Conquête en ont été respectivement la victime sacrificielle et l'acte fondateur, et depuis lors, pour reprendre le terme de Gramsci sur une Italie née beaucoup plus tard, ce que l'on peut appeler sa "question méridionale" ou son "Sud socio-politique" ; le "socle" d'un État français d'abord constitué ainsi avant de devenir le centre de l'Empire, donc du pouvoir colonial-raciste (apres-8-segles, lire aussi ici : interview-de-l-odpo-pourquoi-feter-le-25-juin).

    Et un discours aux conséquences pas forcément toujours bénignes lorsqu'il pouvait déboucher par exemple, dans un épisode sur lequel se conclut l'article et que nous avons déjà évoqué par le passé la-faute-au-midi, sur la stigmatisation médiatique des soldats "méridionaux" devant les débâcles militaires de l'été 1914 et l'exécution "pour l'exemple" de centaines d'entre eux...

    Il ne s'agit bien sûr pas de nous "comparer", dans un esprit qui serait (finalement) postmo-identitaire et non matérialiste et scientifique, à ce qui n'est pas comparable : lorsque notre traitement, celui de nos grandes révoltes par exemple comme celle des Croquants ou des Camisards (ou la révolte de 1675 en Bretagne, ou les conquêtes meurtrières de la Franche-Comté ou de la Lorraine 1 - 2), pouvait être comparable à ce que l'on appelle aujourd'hui colonialisme, les peuples colonisés subissaient quant à eux l'esclavage et/ou des politiques génocidaires ; et lorsque leur condition a évolué vers ce qu'elle a été au 20e siècle, la nôtre a elle aussi évolué vers les "Droits de l'Homme" BLANC, bref...

    Mais il n'en est pas moins possible de dire, à l'unisson de Saïd Bouamama, que dans le long processus de construction de l’État-nation comme (nécessaire) centre et "camp de base" de l'Empire, "la colonisation a d'abord été intérieure" : la-logique-coloniale-francaise-des-basques-aux-algeriens-de-la-colonisation-interieure-a-la-colonisation-exterieure ; et ce, avec des réminiscences que l'on peut retrouver jusqu'à une époque très récente (écrits de Céline autour de 1940, voire propos de hauts fonctionnaires face aux Bretons, Occitans du Larzac ou des CAV, nationalistes corses ou basques dans les années 1970 ou 80).

    On notera bien sûr, comme dans toute pensée fondamentalement réactionnaire et anti-matérialiste, des incohérences ; ainsi l'anti-protestantisme qui va naturellement de pair avec l'anti-méridionalisme, le "Midi" ayant été le bastion historique du protestantisme hexagonal, mais qui ne peut s'empêcher à plus d'une reprise de louer les qualités... protestantes de l'Europe de Nord ou de l'Alsace perdue, voire de regretter comme Renan qu'"à cause de la Provence"... "et du Languedoc" (!) la France ne le soit pas purement et simplement devenue (or c'étaient bel et bien le Languedoc, la Provence du Sud de l'actuelle Drôme ou du Lubéron - vaudois - et la Gascogne d'Henri IV qui auraient éventuellement pu l'y conduire...). Mais il faut dire que c'est là (encore) une "exception française" que d'avoir vu son "Sud" socio-politique devenir le bastion de la Réforme, et non comme de manière générale le "Nord" centre le plus dynamique du développement capitaliste.

    D'ailleurs, comme de bien entendu, la moitié nord de l'Hexagone ne constitue pas plus une prétendue "Nation française" que l'Hexagone dans sa totalité, et l'on en voit s'esquisser la conscience chez les auteurs cités : le Nord comme l'Hexagone entier sont bien compris comme un ensemble de peuples distincts, censés être dans un "équilibre" presque "biologique" qui est ce que l'on appelle "la France" et fonde le "génie français" ; et la perte de l'Alsace-Moselle aurait "rompu" cet équilibre, mutilé et affaibli le Nord celto-germanique au profit du Midi "dissolvant", "ventre mou", méditerranéen presque "oriental"... Délire fasciste dans un sens ; mais dans un autre, au fond, perception bien sentie de ce qu'est la fRance comme Empire du Capital parisien dans lequel toutes les "provinces" ont effectivement leur place attribuée et leur rôle économique précis, formant en effet un "équilibre", ou une complémentarité que la perte d'une rend difficile de rétablir.

    L'on pourrait aussi être frappé, dès les premières lignes, par l'évocation de Maurras... provençal comme la Provence et félibre de son état ; mais c'est que la pensée assez spécifique de celui-ci, monarchiste orléaniste et décentralisateur presque fédéraliste plutôt que partisan d'un "césarisme" présidentiel, de préférence avec un militaire (comme Boulanger) à sa tête (donc bonapartiste, en essence, comme Delafosse à ses débuts), et farouchement centraliste, était finalement assez atypique parmi ses congénères de la droite radicale nationaliste ; et en faisait quelque part, comme nous avons pu l'expliquer par le passé... notre Dieudonné : une réponse à la question de comment souder notre nationalité minoritaire et reléguée, par ailleurs terre de socialisme de combat où l'on roulait les drapeaux tricolores aux frontons des mairies pour ne laisser flotter que le rouge, à la France ; dans un contexte de course à la guerre impérialiste ; contre des ennemis-"complots" fantasmatiques intérieurs (Juifs, francs-maçons) et extérieurs (Allemagne, Anglo-Saxons) dieudonne-soral-ou-le-maurrassisme-pour-les-non-blancs (le texte, page 8, aborde également cette question à travers la "défense" par Maurras du Midi "réel" devant l'un de ses contempteurs, Delafosse). L'identification de la figure de Maurras, à lui seul, à la droite extrême des années 1890-1940 (sans même parler de l'antisémitisme... qui ne se limitait pas du tout à cette droite extrême et était même presque un lieu commun, y compris chez les plus républicains des républicains et nombre de dreyfusards), c'est clairement cela : l'équivalent de quelqu'un qui dans un siècle, réduirait tout le "populisme" et la mobilisation réactionnaire de masse des années 2000-2010 à Dieudonné et Soral...

    Bref, bonne lecture...

     

    La haine du Midi : l’antiméridionalisme dans la France de la Belle Époque


  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :