• La base économique-politique des différences d'attitude entre puissances moyen-orientales


    Nous avons maintes fois analysé, et encore à nouveau suite aux terribles évènements de Paris, les sanglants conflits qui se déroulent depuis de longues années maintenant au Proche/Moyen-Orient comme l'expression de grandes concentrations de capitaux (issus principalement de l'exportation d'hydrocarbures) qui se retrouvent "à l'étroit" dans leurs pays respectifs et cherchent donc des "terrains" (en clair : des pays) pour s'y investir et valoriser (fructifier).

    La plupart (pour ne pas dire la totalité) des forces que l'idéologie dominante occidentale regroupe dans le grand sac d'"islamistes" s'inscrivent en réalité dans ce paradigme comme "soldats" de ces visées expansionnistes, soit qu'elles aient été créées en tant que telles, soit qu'elles s'y rattachent tout en menant une lutte anti-impérialiste qui en soi est légitime (l'on pense bien sûr à la Palestine et au Liban).

    Néanmoins, tous les "acteurs" régionaux ne partagent pas les mêmes objectifs ni les mêmes méthodes, et ceci a des raisons d'ÉCONOMIE POLITIQUE.

    Nous allons essayer ici de voir synthétiquement lesquelles :

    - L'Iran est un producteur important d'hydrocarbures, mais aussi un pays de très grande taille (trois fois l'Hexagone français) et très peuplé (plus de 80 millions d'habitant-e-s), doté d'une véritable économie productive : une agriculture ; une industrie aux ouvriers qualifiés dont profitent d'ailleurs beaucoup... les constructeurs automobiles des pays occidentaux soit-disant "ennemis", etc. etc. Il cherche à placer ses capitaux ainsi qu'à se constituer un "glacis stratégique" dans une démarche néo-séfévide, en s'appuyant notamment sur le "trait d'union" évident que représente la religion chiite ; mais cette nature économique explique son attitude à la fois "ferme" (assumant la confrontation avec l'Occident et ses autres rivaux) et "pragmatique" (ne faisant pas n'importe quoi n'importe comment, contrairement à ce que veulent faire croire les dirigeants israéliens pour mobiliser leur "opinion") : ce n'est pas une puissance aux abois, dans une fuite en avant. C'est en revanche un régime très "dur" en interne, très répressif, car il est issu d'une révolution confisquée par l'alliance de la bourgeoisie nationale (bāzār) et de la classe religieuse des mollahs ; alliance qui s'est transformée en nouvelle bourgeoisie bureaucratique compradore.

    - Il est possible de dire exactement la même chose de l’État turc, en "version" sunnite et "néo-ottomane". Comme le Qatar ci-dessous, depuis l'élection du parti AKP en 2002, c'est surtout un soutien des forces relevant des Frères musulmans, qui sont dans une démarche "pragmatique" et souvent légaliste de conquête du pouvoir. Sa complaisance avérée envers les djihadistes de Syrie est elle aussi pragmatique, dans une optique anti-Assad/anti-Iran (avec lequel Ankara a rompu après des années de bonnes relations) et surtout anti-kurde ; tout comme le sont les liens qui ont pu se tisser entre les "islamistes" AKP et les ultra-nationalistes "semi-laïcs" et panturquistes du MHP. En réalité, l’État turc repose sur une démarche "état-nationale" tellement factice et condamnée à l'autoritarisme le plus brutal qu'il est surtout obsédé par éviter sa propre désintégration. Par conséquent, dès lors qu'un modus vivendi est possible, il s'installe tout simplement. À l'opposé diamétral de Daesh, il en existe ainsi un avec... les Kurdes d'Irak : ils ne soutiennent pas et même combattent (fut-ce mollement) le PKK, ils n'ont globalement pas l'intention de fomenter la libération nationale kurde en dehors de leurs frontières, les affaires commerciales vont bon train ; bref tout va bien ! Il en va exactement de même avec le projet de "Califat" djihadiste qui n'a pour le moment manifesté l'intention de s'attaquer qu'aux Kurdes, aux "chiites" alévis et aux forces progressistes et révolutionnaires très liées à ces deux communautés. Ankara ne va donc pas entrer dans une "inutile" conflictualité avec lui alors que des centaines de cellules djihadistes pourraient passer à l'action et semer le massacre sur tout le territoire. En contrepartie, les régions "turques" frontalières sont mises à sa disposition comme "profondeur stratégique"...

    - Le Qatar est un cas un peu "à part" parmi ses voisins du Golfe. En effet, il ne produit pas principalement du pétrole mais surtout du gaz pour GPL : un carburant d'avenir donc, et dont les réserves sur lesquelles il est assis semblent à ce jour illimitées. Il est donc dans une démarche relativement "zen" : il a bien sûr besoin de trouver où investir ses milliards, dont moins d'1% peuvent l'être au Qatar même (qui est un banc de sable sur la mer et où il n'y a pratiquement rien) ; mais le temps reste son allié. C'est pourquoi il soutient surtout des forces de type Frères musulmans, dont il est devenu de fait le quartier-général mondial, afin de constituer un "bloc" géopolitique autour de lui ; et que rarement des forces plus agressives comme au Mali (ce qui n'exclut pas, bien sûr, que des Qataris à titre privé puissent investir et chercher un retour sur investissement rapide dans le djihad). En tant que "généreux" investisseur et même prêteur, il a également su (un peu comme la Chine) placer les bourgeoisies occidentales dans un rapport complexe avec lui, même lorsqu'il se trouve de fait en guerre avec eux comme quand il s'est "offert" le groupe Ansar Dine au Mali (ces contradictions peuvent toutefois se dénouer par moments en sa défaveur, la surprenante abdication de l'émir Hamad au profit de son fils Tamim en 2013 étant sans doute l'un de ces "dénouements" malheureux). Faire du Qatar, donc, le "sponsor" du djihadisme qui vient de frapper à Paris est n'avoir rien compris à rien et tout mélanger (mais un tel "mélange-tout" est bien sûr caractéristique de la mobilisation réactionnaire de masse et de ses serviteurs "de gauche", y compris "communistes" et même "maoïstes"). Si le Hamas palestinien a condamné les attaques de Paris, c'est que le Qatar condamne ; car le Hamas est l'une des "voix" du Qatar.

    - Les autres États du Golfe, en revanche, sont surtout des producteurs de pétrole, source d'énergie de plus en plus remise en cause et dont les réserves, exploitées depuis 60 voire 70 ou 80 ans, vont en s'épuisant. Ils sont donc non seulement confrontés à la nécessité d'investir leurs immenses revenus, ce que leurs économies nationales hors-pétrole ne permettent pas, mais aussi au problème d'un tarissement à brève échéance de la source de ces mêmes revenus ! Il n'en faut pas plus pour expliquer leur comportement schizophrénique : leurs potentats "officiels" vont faire "risette" devant les dirigeants occidentaux afin de préserver leur unique ressource (l'écoulement de leur production pétrolière) et jouent les alliés indéfectibles, envoyant même les salafistes dont ils ont financé les mosquées appuyer... un coup d’État "laïc" en Égypte ; mais dans le même temps leurs grandes fortunes privées, en lien avec des éléments d'"État profond" (services secrets etc.), vont financer (investir dans) ni plus ni moins que les formes les plus agressives et meurtrières du djihad international ; tout simplement en raison de cette base économique précaire qui est la leur et les rend "aux abois".


    La base économique-politique des différences d'attitude entre puissances moyen-orientales

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