• L'intervention BBR en Côte d'Ivoire et la chute de Gbagbo (avril 2011)


    Les pro-Ouattara contrôlent la capitale ivoirienne

    Source

    Des combattants pro-Ouattara mardi à Duekoue, dans l'ouest du pays.
    Des combattants pro-Ouattara mardi à Duekoue, dans l'ouest du pays. Crédits photo : ZOOM DOSSO/AFP

    Les forces du président reconnu par la communauté internationale sont entrées mercredi à Yamoussoukro. À Abidjan, capitale économique, le camp Gbagbo se prépare à riposter.

    Au troisième jour de leur offensive, les forces d'Alassane Ouattara ont fait une prise de taille mercredi : Yamoussoukro. Les combattants du président élu le 28 novembre et reconnu par la communauté internationale ont pris le contrôle de la capitale administrative ivoirienne dans l'après-midi, après s'être emparés de la ville de Tiébissou.

    «Tout est OK, la gare routière, la gendarmerie», a témoigné un habitant par téléphone, affirmant qu'on ne voit plus dans la ville de Forces de défense et de sécurité, fidèles au président sortant Laurent Gbagbo. D'autres habitants ont fait état de scènes de liesse dans les rues.

    Vers la côte ouest, les forces d'Alassane Ouattara ont également pris mercredi la ville de Soubré, ont indiqué des habitants. Soubré est située à 130 km au nord de San Pedro, le plus important port d'exportation de cacao du monde. Prochain objectif probable des Forces républicaines (le nouveau nom des forces pro-Ouattara): la capitale économique, Abidjan. 


     

    «C'est à Gbagbo de déposer les armes»

    Désormais le camp Ouattara - qui contrôlait déjà la moitié nord du pays, aux mains depuis 2002 de la rébellion des Forces nouvelles - revendique la mainmise sur «trois quarts» du pays. «Il y a les trois quarts du territoire ivoirien qui sont aujourd'hui entre les mains des Forces républicaines, ce sont des forces de libération», a déclaré sur RTL l'ambassadeur de Côte d'Ivoire en France nommé par Ouattara, Ally Coulibaly. «Il n'y aura pas de guerre civile, les choses vont se régler assez rapidement», a-t-il assuré.

    Rien n'est pourtant moins sûr. Dans leur offensive, les forces pro-Ouattara, équipées notamment de mortiers et de lance-roquettes, progressent sur trois fronts vers Abidjan, coeur du régime Gbagbo. Craignant le pire, de nombreux habitants de la capitale économique ont d'ores et déjà commencé à fuir. Car en face, il y a fort à parier que Laurent Gbagbo ne pliera pas sans combattre. Selon un communiqué officiel lu sur la télévision d'État mardi soir, son armée devait d'ailleurs enrôler de nouvelles recrues à partir de mercredi. Plusieurs milliers de jeunes s'étaient déjà inscrits la semaine dernière pour s'engager, à l'appel du camp Gbagbo.

    Mardi, devant l'avancée de Forces républicaines (Duékoué, Daloa, Bondoukou et Abengourou), le camp du président sortant Laurent Gbagbo avait appelé au cessez-le-feu. «Une diversion», a dénoncé mercredi le camp Ouattara. «C'est à Gbagbo de déposer les armes, c'est à Blé Goudé (leader des jeunes patriotes, fervents partisans du président sortant) d'arrêter de manipuler la jeunesse», a déclaré la porte-parole d'Alassane Ouattara.

    Paris pousse une résolution de l'ONU

    Face au risque de guerre civile, la France fait pression en vue d'un vote mercredi ou jeudi sur un projet de résolution de l'ONU demandant le départ de Laurent Gbagbo, ont indiqué des diplomates mercredi. Mais plusieurs pays ont manifesté des réserves sur certains passages du projet de résolution. La Chine, la Russie, le Brésil et l'Inde seraient ainsi opposés à l'étendue des sanctions proposées.

    Le projet de résolution, soumis par la France et le Nigeria au Conseil de sécurité, prévoit des sanctions à l'encontre de Laurent Gbagbo et de quatre personnes de son entourage, y compris sa femme. Il s'agit d'un gel des avoirs financiers et d'une interdiction de voyager. L'Union européenne et les États-Unis ont déjà imposé des sanctions similaires contre Laurent Gbagbo et son entourage. La Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (Cédéao) s'est déjà déclarée favorable à ce que l'ONU adopte des sanctions «plus contraignantes» à l'encontre de Laurent Gbagbo.

     

    ************************************

    Et sur le chemin des Forces "nouvelles" "républicaines", c'est la FÊTE !!! lien 1 - lien 2

    Dernières news 31/03 : les ouattaristes ont pris le port cacaoyer stratégique de San Pedro et approcheraient d'Abidjan. La PRISE D'ABIDJAN que Chirac avait toujours voulu éviter (privilégiant le dégageage politico-diplomatique de Gbagbo), vu le carnage inter-communautaire que ce serait, est à l'agenda de "Lawrence de Libye" Sarkozy !!!


     

    Côte d'Ivoire : l'impérialisme BBR tombe le masque "impartial" et passe ouvertement à l'action


    Ce qu'il se passe en Libye, à Bahreïn (avec l'occupation émirato-saoudienne) et maintenant en Côte d'Ivoire est bien le signe d'un changement d'époque. Jamais l'impérialisme en général, et l'impérialisme BBR en particulier, n'avait auparavant osé se montrer aussi ouvertement dans un camp lors d'une "guerre civile" en Afrique. Même au Rwanda : sans le travail d'enquêteurs sérieux et obstinés comme François-Xavier Verschave et Odile Tobner, jamais le rôle de la France aux côtés des génocidaires interahamwe n'aurait percé au grand jour, l'opération Turquoise s'étant toujours présentée comme "neutre" et "humanitaire"... Pendant la première guerre de Côte d'Ivoire (2002-2005), Chirac avait toujours pris le plus grand soin de présenter l'armée française comme "neutre", "protégeant les ressortissants français" et "évitant un massacre ethnique" (sauf en novembre 2004, mais là, il pouvait invoquer la "légitime défense")... alors que le moindre début d'analyse sérieuse permettait de comprendre que si les Forces "nouvelles" avaient le Burkina de Compaoré et le Libéria de Taylor comme base arrière, c'est qu'elles étaient un bras armé de la Françafrique. 

    Mais aujourd'hui 4 avril 2011, an IV de l'ère Sarkozy, les forces armées BBR "Licorne" sont OUVERTEMENT entrées en guerre... aux côtés des Forces "républicaines" de Ouattara, contre les dernières forces de Laurent Gbagbo. Alors même que la Croix-Rouge vient de mettre en cause les forces de Ouattara dans d'effroyables massacres à l'Ouest du pays. Toute la réalité des évènements en cours depuis 4 mois éclate au grand jour, sauf qu'il est maintenant trop tard (Gbagbo n'en a plus que pour quelques heures et les morts se comptent par milliers) : le soutien de la "communauté internationale" (en fait, de la Françafrique ayant rallié à son panache blanc les Anglo-saxons et l'Afrique anglophone) au FMIste pseudo-"démocratiquement élu" Ouattara (l'affameur du Peuple ivoirien dans les années 90), n'est rien d'autre que l'offensive finale de ladite Françafrique contre le gêneur, le roublard Gbagbo, qui a essayé de jouer la "concurrence libre et non faussée" entre les impérialismes, hier homme de la "vengeance" de Washington contre Chirac (2002-2004), aujourd'hui homme des monopoles "BRICS" (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) à l'assaut de l'Afrique de l'Ouest. Un soutien offert comptant : il n'y a qu'à voir les équipements flambant neufs des Forces "républicaines" et leur offensive fulgurante, maintenant rejointe ouvertement en plein Abidjan par l'ONUCI et la force Licorne ; tandis que Gbagbo est étranglé financièrement depuis plusieurs mois.

    Les contradictions inter-impérialistes et la peur panique de chaque impérialisme pour son "pré carré" s'expriment de plus en plus à visage découvert, une évolution vers la guerre mondiale qui rejoint la montée actuelle du fascisme dans les métropoles, et dont l'offensive en Côte d'Ivoire n'est que la dernière manifestation en date.

    Une offensive dont voici maintenant l'épilogue : 

    Libération

    Côte-d’Ivoire : Paris à l’assaut du camp Gbagbo


    En appui des Casques bleus de l’Onuci, les forces françaises ont bombardé, hier soir, les bastions tenus par les partisans du président sortant à Abidjan. 

    Par THOMAS HOFNUNG

    Photo prise le 2 avril 2011 montrant les troupes françaises patrouillant à Abidjan.

    Photo prise le 2 avril 2011 montrant les troupes françaises patrouillant à Abidjan. (© AFP Sch Blanchet) 

    Peu avant 20 heures, hier soir, l’ONU et la France sont entrés en guerre contre Laurent Gbagbo. C’est l’Elysée qui a annoncé ce tournant majeur dans la crise qui secoue la Côte-d’Ivoire depuis l’élection contestée de novembre. Paris a précisé avoir autorisé la force Licorne à soutenir l’action militaire des Casques bleus, comme le prévoit une résolution votée en 2004. Cette intervention menée conjointement par l’ONU et une ancienne puissance coloniale est sans doute une première depuis la décolonisation.

    Alors que la nuit tombait sur la lagune, les hélicoptères de l’Onuci (la mission des Nations unies en Côte-d’Ivoire), mais aussi français, sont entrés en action, bombardant plusieurs bastions tenus par les partisans du président ivoirien sortant, qui refuse de céder le pouvoir à son rival, Alassane Ouattara, déclaré vainqueur par la communauté internationale. Parmi les objectifs visés : la résidence de Laurent Gbagbo à Cocody ; le palais présidentiel, situé dans le quartier du Plateau ; le camp militaire d’Agban, dans la commune d’Adjamé ; celui d’Akouédo… Dans la soirée, on apprenait que l’armée française avait tiré des missiles sur un dépôt de munitions du camp Gbagbo.

    Tirs. Paris a justifié son action en vertu de la résolution 1975, adoptée la semaine dernière par le Conseil de sécurité, qui interdit les tirs à l’arme lourde dans la capitale économique ivoirienne. L’Onuci «vient d’engager des actions visant à neutraliser les armes lourdes utilisées contre les populations civiles et les personnels des Nations unies à Abidjan», a déclaré l’Elysée. Un peu plus tard, les Nations unies précisaient, de leur côté, avoir demandé l’intervention des forces françaises. Dans une lettre, citée par l’AFP, adressée à Nicolas Sarkozy dimanche, Ban Ki-moon, le secrétaire général de l’ONU, juge «urgent de lancer les opérations militaires nécessaires pour mettre hors d’état de nuire les armes lourdes qui sont utilisées contre les populations civiles et les Casques bleus».

    Depuis plusieurs semaines, les troupes de Gbagbo n’hésitaient pas, en effet, à tirer des obus en pleine ville, notamment dans le quartier d’Abobo, tombé aux mains d’insurgés pro-Ouattara, faisant de nombreuses victimes civiles. Ces derniers jours, le quartier général de l’ONU à Abidjan avait lui aussi été pris pour cible, tandis que des Casques bleus étaient fréquemment attaqués par des éléments pro-Gbagbo. Quatre soldats onusiens ont ainsi été blessés sérieusement le week-end dernier.

    Mais l’Onuci et Paris se sont résolus à lancer leur opération après l’échec des forces pro-Ouattara à s’emparer du pouvoir dans la ville. Après avoir déclenché une offensive éclair à travers le pays, il y a une semaine, les Forces républicaines de Côte-d’Ivoire (FRCI) ont buté, ce week-end, sur la résistance acharnée du dernier carré des fidèles de Gbagbo, solidement armés, et n’ayant plus rien à perdre.

    Un vide politique et sécuritaire s’est alors installé, plongeant Abidjan, mais aussi le reste du pays, dans le chaos. Depuis plusieurs jours, la capitale économique était en proie aux pillages et à la violence. Des centaines de Français disséminés dans la ville ont appelé au secours la force Licorne. Dimanche, l’Elysée avait décidé de regrouper la communauté française - environ 12 000 personnes, dont plus de la moitié sont binationaux - en trois points, sans ordonner leur évacuation.

    A l’intérieur, notamment dans l’ouest du pays, de nombreuses exactions auraient été commises, par des miliciens pro-Gbagbo mais aussi par des partisans de Ouattara. La révélation d’un carnage commis à Duékoué et imputé par des organisations internationales aux forces soutenant le nouveau président risquait de mettre en porte-à-faux ses soutiens diplomatiques. Avec le risque, en cas de multiplication de telles exactions, de rendre le pays ingouvernable et d’initier un cycle de violences incontrôlable.

    Processus. Hier soir, un conseiller de Laurent Gbagbo, Toussaint Alain, a qualifié les raids menés par les forces française et onusienne d’«actes illégaux», évoquant aussi une «tentative d’assassinat» de Laurent Gbagbo. Le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, a assuré que les frappes visaient seulement à protéger les civils. L’intervention d’hier soir apparaît comme l’aboutissement d’un processus lancé au lendemain de la présidentielle. En opposition au Conseil constitutionnel, qui avait donné Gbagbo vainqueur, l’Onuci avait proclamé la victoire de Ouattara. Dès cet instant, les Nations unies ont pris parti. Paris, réticent à s’impliquer militairement, a dû s’y résoudre face au chaos grandissant. 

    La Françafrique, fluide vital de l'impérialisme bleu-blanc-rouge !

    Pour les Peuples d'Afrique, d'Hexagone, du Monde : À bas la Françafrique !

    Résistance populaire ivoirienne & panafricaine à l'impérialisme BBR et ses séides "ivoiriens" génocidaires ! 

    *******

    La chute de Gbagbo

    http://d.yimg.com/i/ng/ne/figaro/20110405/19/3691167314-gbagbo-refuse-de-se-plier-aux-exigences-de-paris-et.jpg?x=310&y=231&q=75&wc=371&hc=277&xc=62&yc=1&sig=K_JlVIpT4BfOmVT8NFFSIw--

    Le "feuilleton" ivoirien touche donc à sa fin. Après une offensive éclair et spectaculaire (avec des équipements flambant neufs qui laissent présumer de grosses livraisons ces derniers mois), les Forces "républicaines" pro-Ouattara se sont emparée d'Abidjan où elles ont trouvé le renfort... des forces "impartiales" de l'ONUCI et de la force impérialiste BBR ("d'interposition") Licorne. Le bilan serait lourd : 2.300 mort-e-s...

    Laurent Gbagbo, élu d'après son Conseil Constitutionnel par 51% des voix et battu, selon ses adversaires, avec 46% (les "battus" en Afrique tournant en général autour de 2% et les "élus" de 98%...), est désormais terré dans un bunker sous sa résidence présidentielle et sous les roquettes françaises. Sa capitulation, d'après Alain Juppé, serait "inéluctable" mais la résistance de ses dernières forces, et son caractère obstiné empêcheraient de dire si c'est une question de jours ou de semaines. D'après Longuet, l'ancien milicien d'extrême-droite et ministre de la Défense, il pourrait encore compter sur un gros millier d'hommes, dont 200 autour de son refuge.

    L'ère Gbagbo s'achève donc ainsi : sous un déluge de feu sans précédent dans ce pays, terré dans un bunker.

    Laurent Gbagbo, on l'a dit et on le redira, est en fait une sorte de "Chavez africain". Chavez se dit "socialiste" ou "social-démocrate" (par opposition à Fidel Castro qui serait "marxiste-léniniste") ; Gbagbo veut son Front "populaire", membre de l'Internationale socialiste et toujours proche de certaines figures de la "gauche" du PS (Emmanuelli, Guy Labertit etc.).

    Et l'un comme l'autre tiennent un discours de "souveraineté nationale" face à la puissance tutélaire de leur pays. Pour contrer l'hégémonie US sur le continent américain, Chavez s'est tourné vers ses concurrents, non seulement le "nouvel Est" russe et chinois, mais aussi les puissances impérialistes européennes. Gbagbo, pour desserrer les griffes de la Françafrique, a ouvert la Côte d'Ivoire aux investissements chinois et russes (la Russie qui critique vertement "l'ingérence" française actuelle), mais s'était aussi tourné vers les États-Unis de Bush (!), à l'époque ou celui-ci voulait "punir la France" pour son attitude sur le dossier irakien... Ce lien s'est cependant rompu et aujourd'hui Obama, beaucoup plus proche de l'allié-concurrent BBR, s'est rallié (et a rallié le pilier de l'Afrique anglophone, le Nigéria) à la croisade anti-Gbagbo.

    La seule différence, finalement, c'est que l'impérialisme bleu-blanc-rouge n'a pas les moyens de financer des "révolutions colorées" de la "société civile" à coup de millions de dollars : il doit armer des milices et, lorsque celles-ci sont insuffisantes, intervenir directement, militairement, de manière "voyante".

    Donc, on l'a dit, c'en est fini. Mais là encore, il y a de grandes leçons à en tirer pour la lutte de libération des Peuples africains.

    La principale leçon des malheurs de Gbagbo, c'est que quoi que l'on veuille faire (le projet de Gbagbo n'avait rien de révolutionnaire...), on ne peut le faire avec les instruments issus et au service de l'état de fait que l'on combat.

    Laurent Gbagbo voulait mener une politique bourgeoise de redistribution sociale, en instituant une "concurrence libre et non faussée" entre les monopoles impérialistes rivaux en Côte d'Ivoire, afin d'obtenir les meilleurs prix pour les produits du travail ivoirien, ou les meilleurs offres pour des travaux publics par exemple.

    Laurent Gbagbo disait combattre la Françafrique, fidèle au programme initial de son parti, le FPI. Mais combattre la Françafrique, non seulement sans jamais remettre en cause le capitalisme (ce qui est déjà impossible), mais encore, en "affirmant" face à elle la "souveraineté" de l'État et des institutions ivoiriennes... En affirmant face aux monopoles BBR, Bouygues et autres Bolloré, que l'État "souverain" ivoirien a le "droit" de passer contrat avec qui il veut. En affirmant face à la Commission électorale "indépendante" de la "communauté internationale", que l'institution habilitée à proclamer le résultat des élections est le Conseil constitutionnel ivoirien. Etc. etc.

    Or voilà : le hic, c'est que l'État ivoirien "offert" par l'impérialisme français à Houphouët-Boigny est une création de la Françafrique, par et pour la domination françafricaine !!! L'État ivoirien, comme tous les États d'Afrique, est un territoire d'outre-mer qui n'a d'indépendant que le nom. Ses institutions "souveraines" sont une farce, une mascarade, une vague décalcomanie des institutions hexagonales. Il n'a pas ce qui fait la colonne vertébrale de l'État : une force armée digne de ce nom. L'armée nationale ivoirienne (FANCI) est une petite brigade d'infanterie sous équipée, sans grands moyens lourds ni blindés, et dont les maigres moyens aériens ont été détruits par les frappes françaises de novembre 2004.

    Il n'a pas, non plus, le nerf de la guerre : la Côte d'Ivoire n'a pas sa propre monnaie (elle partage le franc CFA avec les autres néo-colonies francophones d'Afrique), elle n'a pas sa propre banque centrale (là aussi, partagée avec ses voisins ouest-africains francophones ; et qui elle-même, ne peut prendre aucune décision sans l'aval... de la Banque de France !).

    En réalité, il a été très facile d'asphyxier financièrement Gbagbo (décimant du même coup ses forces armées, son administration etc.) tout en finançant et armant massivement* les anciens rebelles des "Forces nouvelles", rebaptisées "républicaines", qui le moment venu ont mené une véritable guerre éclair sans rencontrer (pratiquement) aucune résistance.

    Gbagbo a voulu aller dans la confrontation avec l'impérialisme de la Françafrique, dans l'esprit d'une confrontation d'État "souverain" à État souverain. Ce qui était suicidaire, perdu d'avance...

    La leçon à retenir, c'est quelque chose qui serait paru une évidence dans les années 60 ou encore 70, mais qui s'est perdu dans le grand reflux de la révolution mondiale, dans les années 1975-2000. La leçon, c'est que pour vaincre l'impérialisme, il faut la Guerre révolutionnaire du Peuple. La Guerre du Peuple qui construit, à mesure qu'elle avance, le NOUVEL ÉTAT, populaire, révolutionnaire, démocratique, anti-impérialiste et préparant le socialisme, en détruisant le vieil État sur son chemin...

    La Révolution implique de détruire l'État de la classe combattue, comme en 1789 les révolutionnaires bourgeois ont complètement restructuré l'État de Louis XV et Louis XVI, des Parlements féodaux etc. ; comme en 1917 les bolchéviks ont détruit l'État tsariste et construit l'État révolutionnaire prolétarien. Ici, en Côte d'Ivoire, l'ennemi est double : ce sont les classes dominantes locales (les oligarques et bureaucrates intermédiaires de l'impérialisme, mais aussi les notables-caciques locaux), et la bourgeoisie impérialiste bleu-blanc-rouge. Il s'agit de détruire un État, mais aussi de mettre un coup de boutoir dans un Empire, de créer (peut-être, mais cela pourrait être ailleurs) le premier territoire libre d'Afrique.

    Cela, seule la Guerre du Peuple le peut. Par ses limites de classe (un bourgeois national), Laurent Gbagbo n'a évidemment pas pu se montrer à la hauteur de la tâche historique ; alors que la société traditionnelle ivoirienne est constamment avalée (et déstructurée) par le capitalisme "mondialisé" et que les condition sont de plus en plus mures pour un révolution de libération. Ouattara, grand bourgeois "coopté" comme au temps des "élites indigènes" coloniales, ex-dirigeant d'une grande institution inter-impérialiste (le FMI) et pour qui les gens votent "parce qu'il est du Nord", est quand à lui le représentant type (comme son allié et ancien rival Bédié, l'homme du Centre) de cette société traditionnelle, ethno-féodale (les Ouattara sont une lignée aristocratique), qui n'en finit pas de disparaître et d'empêcher le bond qualitatif, maintenant l'Afrique dans la domination impérialiste néo-coloniale.

    Là est le clivage principal, pas ailleurs... Cependant, même si Gbagbo n'a jamais été un partisan de l'ivoirité, le concept fasciste de Konan Bédié (aujourd'hui allié du dioula Ouattara !!!), même s'il y a mis fin en 2005 (permettant à Outtara d'être candidat aux dernières élections), il a pu s'appuyer sur le sentiment ivoiriste de beaucoup de ses partisans, les "Patriotes". Encore une erreur : il aurait fallu au contraire viser la plus large unité populaire, et vis-à-vis des 25% d'"étrangers" (des pays voisins) que compte le pays, le plus strict panafricanisme.

    Gbagbo n'a donc pas été à la hauteur de la situation. Aujourd'hui, Gbagbo c'est fini, mais pas la Côte d'Ivoire, car ce sont les masses qui font l'Histoire. Près, ou un peu plus de la moitié des masses populaires ivoirienne ont voté pour lui, et n'accepteront pas facilement qu'il soit éjecté (ou liquidé !) de manière aussi ouvertement impérialiste, par les blindés et les hélicoptères de l'impérialisme français. Ces masses sont les masses travailleuses, les classes populaires d'Abidjan, de la côte Sud ou encore de la Boucle du Cacao, les masses qui de plus en plus rompent avec l'allégeance ethnique pour développer un sentiment de classe, le sentiment d'être des travailleurs africains écrasés par l'impérialisme.

    Déjà, les grands médias impérialistes de l'Hexagone s'inquiètent de comment Ouattara, arrivé au pouvoir sur un char de la force Licorne, va "gérer l'après-Gagbo"...

    Si Gbagbo reste comme un symbole et un signe de ralliement pour ces masses-là, après tout pourquoi pas, du moment que ses conceptions bourgeoises sont rendues inactives et que se développe le plus important : une résistance populaire à ce qu'il faut bien appeler par son nom, l'occupation impérialiste Licorne-ONUCI avec ses tirailleurs FRCI et son homme de paille Ouattara.

    Puisse dans cette résistance populaire se forger l'organisation et l'armée révolutionnaire, qui un jour, dans 10 ou 20 ans ou pourquoi pas moins, feront de la terre d’ÉBURNIE le premier territoire libre d'Afrique !


    frappes_abidjan.jpg Bombardements sur Abidjan

    http://static.lexpress.fr/pictures/169/86612_les-soldats-francais-de-la-force-licorne-patrouillent-a-abidjan-le-1er-avril-2011.jpg

    * Ce que reconnaît tranquillement le très bourgeois "de gôôôche" Nouvel Obs n° 2422 du 7 avril 2011 : "Les voilà (les forces pro-Ouattara NDLR) soudain dotés de véhicules, de mitrailleuses lourdes, de munitions. 'Leurs pick-up sont neufs, leurs canons aussi, tout est neuf', note un expert militaire. Un matériel livré par le Nigéria (= Shell, BP, Exxon NDLR) et le Burkina Faso (Compaoré, pilier de la Françafrique NDLR) selon plusieurs sources. Plutôt que d'intervenir directement, les deux pays les plus hostiles à Gbagbo ont décidé d'aider Ouattara à former un embryon d'armée. Lui envoient-ils aussi des conseillers militaires ? Une chose est sûre, dans cette guerre de l'ombre, le président élu bénéficie d'un soutien tous azimuts. L'ONUCI, chargée de faire respecter un embargo sur les armes qui s'applique à toutes les parties, ferme les yeux sur les convois qui traversent la frontière nord. 'Les services britanniques et français ont dû apporter une aide en terme de renseignement', présume par ailleurs un ancien de l'Elysée.

    À Abidjan, un mystérieux 'commando invisible' commence à harceler les FDS de Gbagbo. Son chef n'est autre qu'Ibrahim Coulibaly, alias IB, un ex-sergent-chef condamné par le tribunal de Paris pour une tentative de coup d'État contre Gbagbo en 2003. Coïncidence ? Son jugement vient d'être annulé en cassation. Comment IB ressurgit-il à la tête de centaines de combattants dans la mégalopole ivoirienne ? 'Ce sont sans doute les Français qui l'ont remis dans le jeu' avance Antoine Glaser, ex directeur de la meilleure revue confidentielle sur l'Afrique, la Lettre du Continent." CQFD...

    Post-scriptum : un tout récent article du Point, l'hebdomadaire de la bonne droite réac bons-pères-de-famille en costard bien repassé, est un MANIFESTE d'impérialisme "décomplexé", à visage découvert... C'est très important. Car même si, on l'a dit, l'intervention en Libye est loin de faire l'unanimité dans la bourgeoisie impérialiste BBR, elle montre néanmoins, avec les récents évènements en Côte d'Ivoire (2.300 morts !), une FUITE EN AVANT de l'impérialisme tricolore. Qui n'est pas sans lien, qui est même totalement parallèle à la montée du fascisme en métropole hexagonale !


    AfricaFistZm


     

  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :