• L'impérialisme


    L'impérialisme, stade suprême du capitalisme


    La théorie marxiste de l'impérialisme prend principalement sa source dans L'Impérialisme, stade suprême du capitalisme de V.I. Lénine (1916).

    À vrai dire, la théorie de l'impérialisme est au cœur même du marxisme-léninisme, second grand développement du marxisme après Marx et Engels eux-même [car le marxisme évolue, s'adapte à son époque, tire les leçons des expériences et des dérives passées, etc.].

    Cette théorie se prolongera, près d'un demi-siècle plus tard, dans le maoïsme, troisième et supérieure étape du marxisme, qui fait de la lutte des peuples opprimés - et de leurs soutiens occidentaux - contre l'impérialisme la lutte fondamentale de notre époque, celle du capitalisme en crise terminale.

    Le stade historique impérialiste selon Lénine, se caractérise d'abord par le capitalisme monopoliste : c'est à dire la fusion du capital financier (banques etc.) et du capital industriel (la production classique de biens et de services), et la concentration (aidée par les crises) de ce Grand Capital en monopoles qui peu à peu écrasent, absorbent ou asservissent la petite et moyenne production.

    Cette situation conduit à une suraccumulation absolue de capital.

    Celle-ci, associée à un besoin insatiable de forces productives, matières premières et force de travail, va amener les monopoles européens et nord-américains, et les États à leur service, à se tourner vers les terres "vierges" (non pas de population, mais de capitalisme et donc de concurrence, comme l'Afrique) ou les pays arriérés, encore féodaux et pré-capitalistes (comme la Chine, l'Amérique latine, l'Empire ottoman ou la Perse).

    Ceci afin d'y exporter leur surproduction de capital, d'y puiser les matières premières ou précieuses (dont ces pays regorgent), et d'en exploiter la main d’œuvre.

    Il ne s'agit plus seulement, comme au milieu du 19e siècle (Anglais en Inde, Français en Orient et en Afrique), d'écouler un surplus de marchandise.

    En réalité, tous les modes de production connaissent à moment donné un mécanisme expansionniste, lorsqu'ils atteignent leurs limites historiques, qu'ils ne peuvent plus développer suffisamment les forces productives - mais que, bien sûr, la classe dominante ne veut pas l'admettre ! L'expansion est alors le moyen de "chercher" des forces productives ailleurs, plutôt que de remettre en question le système.
    Le besoin permanent d'esclaves et de terres cultivables poussait ainsi les empires antiques à s'étendre indéfiniment. La soif de terres, de paysans et de villes à ponctionner poussait les domaines féodaux à se concentrer (par mariage, achat ou conquête) en grands États absolutistes, puis à s'affronter entre eux.

    Au stade du capitalisme, cette expansion se caractérise par l'exportation massive de Capital (ce qu'on appelle "les investissements") et le pillage des ressources (naturelles et humaines) dans ce qu'il est commun d'appeler "le Tiers-Monde".

    Mais lorsqu'il n'existe plus, ou presque, de territoires à investir (Lénine estime que c'est chose faite au début du 20e siècle), lorsque le partage du monde est terminé, il ne reste plus de solution que le repartage, au détriment des autres puissances : autrement dit la guerre.

    C'est sur ce constat que Lénine pose la définition classique (marxiste-léniniste) de l'impérialisme : "L'impérialisme est le capitalisme arrivé à un stade de développement où s'est affirmée la domination des monopoles et du capital financier, où l'exportation des capitaux a acquis une importance de premier plan, où le partage du monde a commencé entre les trusts internationaux et où s'est achevé le partage de tout le territoire du globe entre les plus grands pays capitalistes."

    Et l'impérialisme, à terme, C'EST LA GUERRE.

    Lénine analyse également l'impérialisme, et c'est très important, comme le stade où les bénéfices retirés de cette exploitation des peuples permet d'en redistribuer une partie (petite pour celui qui la donne, mais importante pour celui qui la reçoit !) à une certaine couche qualifiée de la classe ouvrière, qui devient une sorte de "petite-bourgeoisie" salariée : l'aristocratie ouvrière. Et ce phénomène est, pour lui, indissociable du développement dans le mouvement ouvrier (politique et syndical) de l'opportunisme (renonciation à la révolution pour le réformisme, les "conquêtes sociales" économistes), et du chauvinisme (tendance à défendre son propre impérialisme, qui conduira les socialistes à voter la guerre en 1914) : "On conçoit que ce gigantesque surprofit (car il est obtenu en sus du profit que les capitalistes extorquent aux ouvriers de "leur" pays) permette de corrompre les chefs ouvriers et la couche supérieure de l'aristocratie ouvrière. Et les capitalistes des pays "avancés" la corrompent effectivement : ils la corrompent par mille moyens, directs et indirects, ouverts et camouflés. Cette couche d'ouvriers embourgeoisés ou de l'"aristocratie ouvrière", entièrement petits-bourgeois par leur mode de vie, par leurs salaires, par toute leur conception du monde, est le principal soutien de la IIe Internationale, et, de nos jours, le principal soutien social (pas militaire) de la bourgeoisie."

    Ainsi, pour Lénine, "Les gens les plus dangereux à cet égard sont ceux qui ne veulent pas comprendre que, si elle n'est pas indissolublement liée à la lutte contre l'opportunisme, la lutte contre l'impérialisme est une phrase creuse et mensongère".

    L'impérialisme aujourd'hui

    Depuis cette époque, et en particulier depuis 1945 et surtout les années 1970, la nature de l'impérialisme a encore évolué.

    D'une part (à partir de 1945), la colonisation directe ou le protectorat, qui étaient les modèles dominants, ont cédé la place à une "indépendance" toute formelle et à une "délégation" de la gestion des pays dominés à une élite locale : les bourgeois bureaucratiques et les compradores. Le terme couramment employé - mais non-marxiste - est celui de néo-colonialisme. Les marxistes parlent de pays semi-coloniaux, ou semi-coloniaux semi-féodaux, car la domination a souvent empêché, dans ces pays, de se développer une véritable révolution bourgeoise, si bien que des rapports sociaux féodaux, archaïques, se maintiennent, sur lesquels la domination impérialiste prend appui. La question agraire, la question du droit à la terre est ainsi une caractéristique de ces pays dans les campagnes. Cependant, le terme de néo-colonialisme peut être retenu lorsque, comme souvent en Afrique, des pays colonisés directement ont accédé à une "indépendance" tellement factice, et ont un lien si étroit avec l'ancienne métropole, qu'ils sont de fait des protectorats de celle-ci (ainsi, le franc CFA d'Afrique est totalement contrôlé par la Banque de France, l'économie est totalement aux mains des Français "expatriés", les régimes dépendent largement de l'armée française pour assurer leur sécurité, etc.).

    D'autre part, la nouvelle - et cette fois terminale - crise générale du capitalisme (depuis les années 1970) a rendu les coûts de production dans les pays impérialistes ("à cause" des conquêtes sociales) insupportables pour les besoins de l'accumulation capitaliste.

    Dès lors, de réservoirs essentiellement de matières premières et accessoirement de main d’œuvre et de produits de consommation (surtout agricoles), les pays dominés ont tendu à devenir (et sont devenus, aujourd'hui) les usines et les greniers de la planète.

    Nous avons là, en réalité, l'aboutissement de ce que notait déjà Lénine (et le social-libéral anglais Hobson, sur les travaux duquel il s'appuyait) dans son célèbre ouvrage, mais qu'il pensait possible de conjurer par les luttes révolutionnaires (la "résistance") du mouvement ouvrier et des peuples colonisés - sauf que celles-ci ont (pour le moment) échoué à atteindre leurs buts, et cela est donc advenu :

    L'impérialisme

    Ceci, d'autant plus que les pays impérialistes abritent désormais en leur sein une importante force de travail qui a été "importée" (principalement durant la phase d'accumulation capitaliste de 1945-75) des pays dominés, est au fondement même de la question du racisme structurel auquel nous attachons une grande importance - le racisme qui structure les représentations dominantes tant dans les rapports des pays occidentaux avec le "Tiers Monde" que dans ceux des populations "blanches" avec la force de travail sus-mentionnée. Lénine y annonçait même comment la construction d'"États-Unis d'Europe" (notre actuelle UE !) ne pourrait avoir d'autre signification que le regroupement tactique des puissances impérialistes européennes pour mieux asseoir leur domination sur le "vaste (et remuant) Sud"...

    C'est ainsi qu'aujourd'hui, l'immense majorité des masses exploitées mondiales se trouve dans les pays dominés par l'impérialisme.

    Or, le principe communiste est que ce sont les masses qui font l'Histoire.

    La lutte contre l'impérialisme est donc la lutte fondamentale de notre époque !

    L'impérialisme en débat

    Voici deux débats ouverts sur le FUC, abordant la question de l'impérialisme aujourd'hui : link (l'impérialisme aujourd'hui... c'est quoi ?) et link (la Chine et la guerre).

    Y est notamment abordée la question de savoir si la Chine et la Russie, aujourd'hui, peuvent être qualifiées d'impérialistes.

    Pour un intervenant, cela est chose impossible, car la liquidation de la propriété d’État en URSS est pour lui un point de départ, une "année zéro" à partir de laquelle tout est à reconstruire. Il faut donc constituer d'abord un capital industriel, puis un capital financier avant de passer à l'impérialisme.

    À notre sens, c'est une mauvaise compréhension de ce qu'est le révisionnisme.

    Le socialisme, c'est partir du capitalisme et avancer, étape par étape, vers le communisme (société sans classes). Le révisionnisme, c'est partir d'un certain "stade" du socialisme, pour régresser vers le capitalisme.

    Lorsque l'on passe de la propriété collective populaire des moyens de production, à la propriété collective d'une bourgeoisie d’État s'accaparant la plus-value du travail populaire, puis à la propriété privée individuelle d'"oligarques", il n'y a pas à constituer un capital industriel : il est là, clés en main, le socialisme s'en est chargé ! Quant au capital bancaire, il y a sous le "socialisme" révisionniste d'immenses banques d’État, qu'il n'y a plus qu'à privatiser.

    Lénine, dans L'impérialisme, qualifie le stade monopoliste de degré le plus élevé du caractère social de la production, préfigurant véritablement le socialisme - à condition de résoudre, par la révolution, la contradiction avec l'appropriation privée de la plus-value.

    Donc, si l'on part d'un certain "niveau" de socialisme pour retourner au capitalisme, on ne va logiquement pas retourner au capitalisme "primitif" du début de la révolution industrielle... On va retourner au stade monopoliste, par simple "partage", "mise à la découpe" de la "propriété d’État".

    En Russie, héritière de l'URSS, c'est ce qui s'est produit. Le "capitalisme d’État" de la période brejnévienne a été emporté dans la tourmente de la (seconde) crise générale du capitalisme, à partir des années 70, précipitant le passage du monopole d’État aux monopoles privés. Cela s'est fait dans des conditions difficiles, de débâcle économique, de déroute géopolitique (perte de la zone d'influence et d'une grande partie du territoire lui-même), et de surcroît avec un état d'esprit de gangsters, qui s'était développé dans les couloirs de "l'appareil".

    Ce qui a pu donner l'image d'une "transition" terriblement difficile (dans les années 90), s'apparentant à une "restructuration" à l'échelle d'un pays-continent... Cela dit, difficile pour qui ? Pour le peuple, assurément. Pour les apparatchiks reconvertis en oligarque... pas sûr.

    Mais aujourd'hui, la "restructuration" est terminée, les "recadrages" sont effectués et la Russie se "relève" comme une puissance de premier plan, à travers ses monopoles géants (Gazprom, Lukoil...).

    En Chine, la situation est sensiblement différente. D'une part, même si la période 1966-76 a été l'expérience socialiste la plus avancée du siècle dernier, la Chine partait de beaucoup plus loin (presque du Moyen-Âge pour la plus grande partie du territoire) que l'URSS. Donc, en 1976, elle était moins développée que l'URSS au milieu du siècle (d'autant que la Révolution culturelle consistait, précisément, à ne pas faire primer le développement "à tout prix" sur le travail politique de changement de société, mais à les faire s'accompagner mutuellement).

    D'autre part, en raison de ladite Révolution culturelle, la clique réactionnaire qui a pris le pouvoir (par un coup d’État en 1976-77) était relativement faible, face à un peuple "fortifié" idéologiquement. Elle avait donc besoin d'appuis, de se donner une base sociale.

    C'est pourquoi elle a, d'une part, laissé se développer tout de suite (dès 1978-79) un important secteur privé d'entreprises individuelles et de PME ; et, d'autre part, elle s'est tournée vers le capital étranger (les "investisseurs") avec lequel elle s'est associée en joint ventures, sociétés mixtes.

    Donc, la Chine "usine du monde" des années 1980 et (surtout) 1990 apparaît complètement dominée par le capital étranger, ce qui est a priori le contraire de la définition de l'impérialisme.

    Cependant, elle a gardé la main sur les "secteurs clés" : banques, énergies, matières premières, industries lourdes... Ce qui montre qu'elle n'a pas voulu se "brader", mais bien se donner les moyens d'une ambition : l'ambition d'être une grande puissance continentale et même, si possible, mondiale.

    Aujourd'hui, la Chine est encore majoritairement importatrice de capitaux, mais elle en exporte de plus en plus. Il suffit de voir en Afrique, en Asie où elle a même tendance à supplanter le Japon (de plus en plus mal en point).

    Donc, même si la Chine n'est pas impérialiste matériellement, au sens de Lénine, elle l'est idéologiquement, au sens d'"intention - et de moyens - de le devenir".

    N'était-ce pas la situation du Japon de 1910, ou même de 1920 ? On sait ce qu'il en est advenu quelques années plus tard...

    De même, la Russie est une ex-grande puissance (super-puissance même) tombée à terre après une défaite géostratégique et un terrible crise économique, et qui se relève. La situation n'est pas sans rappeler l'Allemagne (fraîchement) hitlérienne de 1933, 34, 35...

    Bien sûr, rien ne permet de qualifier la Chine et la Russie actuelles de menace n°1 pour les peuples du monde. Elles ne menacent, pour le moment, que leurs propres peuples, leurs minorité nationales (traitées en "colonies intérieures") et leur étranger proche (d'autant plus si on les provoque, comme la Russie en août 2008). Elles soutiennent ici et là quelques régimes oppressifs pour leur peuple (Soudan, Iran, Syrie, Birmanie, Asie centrale), en "froid" avec l'Occident.

    Rien à voir avec nos impérialismes européens (surtout français) et nord-américains, en déclin irréversible et qui sèment la terreur et la désolation d'un bout à l'autre de la planète...

    Mais, si l'on ne considère pas la Russie et la Chine comme des puissances impérialistes montantes ou "en devenir", il est impossible de comprendre la politique des puissances occidentales, qui resserrent spectaculairement les rangs depuis quelques années (avec "Sarko l'américain" en France et "Obama le multilatéraliste" aux États-Unis, la fin d'une guerre franco-US de 15 ans en Afrique etc.), après le "clash" entre les deux camps lors de la guerre d'Irak.

     

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                                                          "Temps béni" d'hier...    et d'aujourd'hui

     


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