• L'hallali est sonné en Côte d'Ivoire

    Toute la journée, les dépêches d'agences ont soufflé le chaud et le froid : tantôt parlant d'"impasse", tantôt annonçant que Gbagbo s'ouvrait à la négociation, acceptait de rencontrer Ouattara, de lever le blocus de l'hôtel du Golf où celui-ci est retranché etc. 

    Finalement, le bilan de la journée est tombé aux JT du soir : Gbagbo "n'a rien proposé de nouveau" aux émissaires africains (présidents kényan, cap-verdien, sierra-léonais et béninois) qui ont négocié avec lui toute la journée d'hier et aujourd'hui, il s'en tiendrait aux mêmes offres (recompte des votes etc.). De son côté, Ouattara a refusé de rencontrer Gbagbo, "tant qu'il ne reconnaîtra pas (sa) victoire". Guillaume Soro, Premier ministre de Ouattara et leader idéologique des "rebelles", répète encore une fois son discours : "nous avons épuisé la négociation, il faut employer la force". Les Etats-Unis ont proposé à Gbagbo l'asile politique s'il quitte le pouvoir ; tandis que Sarkozy, de son côté, a exclu une action militaire française directe mais réaffirmé qu'il "n'y a qu'un seul président en Côte d'Ivoire, Alassane Ouattara"... CQFD. 

    On ne peut jurer de rien avec Gbagbo mais, si on a pu penser ces derniers jours qu'il faisait seulement monter les enchères pour s'en tirer aux meilleures conditions, il semble maintenant qu'il est déterminé à conserver un pouvoir qu'il considère légitimement acquis, à travers les dernières élections mais aussi à travers 30 ans de luttes. Il semble résolu à tenir tête aux grands impérialismes et à leurs tirailleurs néo-coloniaux de la CEDEAO, principalement du Nigeria. Il semble penser que son Armée nationale (les FANCI) et ses partisans "Patriotes" sont en mesure de résister à une offensive militaire.

    Comme l'ont plusieurs fois affirmé autant le leader pro-Ouattara Guillaume Soro que le président nigérian (et de la CEDEAO) Goodluck Jonathan, la négociation épuisée, l'option de la guerre est désormais claire.

    La raison des tergiversations actuelles est, simplement, qu'une guerre ne se lance pas du jour au lendemain, même pour la plus puissante armée d'Afrique de l'Ouest, l'armée du Nigeria. Pour attaquer l'Irak, les USA, première puissance militaire du monde, ont fait "durer le suspense" pendant 6 mois en 1990-91, 1 an en 2002-2003 ! 

    Mais il y aura la guerre. La guerre néocoloniale aura bien lieu, car la Françafrique soutenue par l'ensemble des impérialismes européens et nord-américains veut imposer Ouattara, tandis que Gbagbo se considère légitime. Il l'est d'ailleurs, nettement, dans la moitié Sud du pays, et n'accorde aucune valeur au vote de la moitié Nord aux mains des "rebelles"... 

    Solidarité internationale contre la guerre impérialiste !

    Solidarité avec le Peuple ivoirien ! 

    La Françafrique veut faire couler le sang pour imposer son laquais. L'impérialisme veut, encore une millième fois, faire couler le sang africain, "sudiste" comme "dioula", ivoirien comme nigérian, installer la haine "ethnique" pour des générations comme au Rwanda, pour s'abreuver tel un vampire des richesse et de la sueur de l'Afrique ! 

    L'impérialisme ne passera pas !

    100 ans de colonialisme, 50 ans de néocolonialisme : la Françafrique n'a que trop duré !

     

    Servir le Peuple reproduit ici l'appel d'un certain nombre de Partis et d'organisations marxistes et progressistes africaines, appel auquel s'est joint le ROC-ML :

     

    PAS D’INTERVENTION MILITAIRE ETRANGERE :

    NI DE LA CEDEAO, NI DE L’ONU, NI DE LA FRANCE !

    TROUPES ETRANGERES HORS DE LA CÔTE D’IVOIRE !

    UNITE ET SOLUTION NATIONALE IVOIRIENNE SOUVERAINE,

    DEMOCRATIQUE ET PACIFIQUE DE LA CRISE POST-ELECTORALE ! 

     

    Après les menaces à peine voilées de Sarkozy et Obama au nom de la dite « communauté internationale » qui se résume en fait à la France, l’Angleterre, l’Allemagne et les Etats-Unis, voilà l’envoi en forme d’ultimatum des chefs d’état du Cap-Vert, du Bénin et de la Sierra Léone en Côte d’Ivoire.

    Comme si c’était convenu dans un partage des rôles, les puissances occidentales poussent la CEDEAO à prendre la relève en décidant le 24 décembre 2010 d’une intervention armée en Côte-d’Ivoire pour déloger GBAGBO du pouvoir si ce dernier ne cédait pas aux injonctions que doit lui porter une ultime mission de ces trois présidents au nom de la CEDEAO.

    Ainsi, les puissances occidentales qui ne peuvent intervenir directement s’arrangent dans les coulisses pour pousser leurs hommes au pouvoir en Afrique à aller commettre les forfaits qu’ils n’osent pas assumer publiquement.

    Les USA, l’UE, le FMI, la Banque Mondiale, la Cour Pénale Internationale, les mêmes qui ont pactisé et financé la junte militaire qui a renversé le président légal et légitime Zélaya du Honduras utilisent des fantoches Africains serviles pour tuer et imposer au peuple Ivoirien une guerre criminelle.

    Les mêmes puissances et institutions financières impérialistes ont menti au monde entier sur les « armes de destruction massive et la complicité avec Al Quaïda » pour agresser, renverser, occuper l’Irak et assassiner son Chef d’Etat.

    C’est pourquoi, les organisations signataires réaffirment que les solutions à la crise post-électorale que traverse la société ivoirienne viendront avant tout du peuple Ivoirien lui-même.

    C’est pourquoi nous dénonçons toute intervention armée étrangère en Côte d’Ivoire et exigeons le départ de toutes les forces étrangères présentes sur le territoire Ivoirien, qu’elles soient officielles (ONU-CI, Licorne, 41ème BIMA) ou officieuses (mercenaires).

    Vive la souveraineté du peuple ivoirien ! Vive la solidarité panafricaine et internationaliste !

    Fait le 27/12/10 

    Signataires : Ferñent/Mouvement des Travailleurs Panafricains-Sénégal (F/M.T.P-S), Yoonu Askan Wi Sénégal, RTA-Sénégal, Parti Communiste Révolutionnaire de Côte d’Ivoire, Parti Communiste du Bénin, Actus/Prpe Tchad, PC Togo, PC Tunisie, Voie Démocratique Maroc, Pads Algérie, UP Cameroun, Sanfin Mali, PC Congo, Parti Communiste des Ouvriers de France (PCOF).

    ******************************* 

    Pendant ce temps, des milliers d'Ivoirien-ne-s (ainsi que de Libérien-ne-s accusé-e-s d'être des mercenaires pro-Gbagbo) fuient les zones tenues par les tirailleurs françafricains des "Forces nouvelles" de Soro :

    Les milliers de réfugiés qui fuient le pays

    Là aussi, il y a vraiment lieu de se poser des questions sur l’objectivité, voire l’honnêteté intellectuelle de certains médias français avides de phrases chocs, et qui font très peu de travail de recherche. Personne, mais vraiment personne parmi ces journalistes ne prend la peine de préciser que TOUS les réfugiés fuient les zones sous contrôle de la rébellion armée de M. Ouattara. Oui! Toutes les populations qui fuient vers le Liberia, la Guinée et le sud de la Côte d’Ivoire s’enfuient des zones dites CNO (Centre Nord-Ouest: Man, Bouaké, (en rouge sur la carte) qui sont totalement contrôlées par les tristement célèbres seigneurs de guerre des Forces Nouvelles qui sont très connus pour les exactions et barbaries commises depuis 2002 jusqu’à pendant les élections de Novembre 2010, nous en voulons pour preuve les multiples rapports des observateurs africains et des ONG internationales (International Watch).

    Les populations de l’ouest fuient la rébellion de Ouattara
    Selon une dépêche de l’AFP ,14 000 personnes de l’ouest de la côte d’ivoire seraient en fuite vers la Guinée et le Liberia. Selon la dépêche, des rebelles de Ouattara et de Soro Guillaume tenteraient de les empêcher de franchir la frontière. Ces informations procèdent de la vaste opération d’intoxication. La vérité est que les populations de l’ouest de la Côte d’Ivoire assiégé depuis 2002 par la rébellion de Ouattara fuient justement les exactions de cette rébellion après la proclamation de la victoire de Laurent Gbagbo par le Conseil constitutionnel .On dénombre 6 000 réfugiés à la mission catholique de Duekoué fuyant les rebelles de Bangolo et de la sous préfecture de Zou ou un burkinabé du nom de Amandé entretien une milice de 600 hommes dans la foret classée du mont Peko. La réalité de la crise ivoirienne est là. Les bourreaux se transforment très facilement en victimes avec la bienveillante complicité de medias internationaux.

    Source Ivoire-dépêche

    "La nuit, des hommes venaient piller nos jardins, ils détruisaient tout et volaient nos bêtes"

    Source

    Hubert, instituteur ivoirien, a fui le village de Yéalé, dans l'ouest de la Côte d'Ivoire, aux abords de la réserve de Nimba (une zone montagneuse bordée par la Guinée et le Liberia). Yéalé est situé dans une région contrôlée par les ex-Forces nouvelles (FN), les anciens rebelles qui soutiennent Alassane Ouattara.

    "Certaines personnes du village ont été frappées par des rebelles, qui étaient parfois habillés en civil. Ils n’ont jamais tiré mais ils nous terrorisaient. La nuit, des hommes venaient piller nos jardins, ils détruisaient tout et volaient nos bêtes. Avec d’autres pères de familles du village, on a décidé de se sauver."
    "Nous avons marché deux jours entiers dans la brousse"

    "Nous sommes partis en fin d’après-midi mercredi 8 décembre, par petits groupes. Comme il fallait aller vite, je n’ai pris avec moi que ma carte d’identité et mon acte de naissance. Nous avons marché deux jours entiers dans la brousse. Certains allaient en direction de Nzoo-Guela, d’autres allaient vers Nyon [deux villages guinéens frontaliers de la Côte d'Ivoire, ndrl]. Parfois, nous nous croisions sur notre route. 
    Je suis parti avec ma femme et mes deux enfants, mais l’un d’eux n’est pas arrivé à Bossou avec nous. Il est resté à Nzoo-Guela pour se faire soigner, je sais qu’il y est en sécurité. J’espère que les équipes du HCR vont le ramener bientôt.

     Depuis que nous sommes au camp de Bossou, nous mangeons à notre faim. Les enfants jouent dans la cour toute l’après-midi. Je remercie vraiment le HCR d’avoir mis en place ce dispositif. Je ne compte pas retourner en Côte d’Ivoire tant que la situation ne sera pas apaisée. Pour le moment, je projette d’organiser des classes pour les enfants ivoiriens de Bossou. Il faut continuer de vivre."

    **********************************

    Rappelons que déjà, en 2002-2003, entre 500.000 et 1 million de personnes avaient fui les zones tenues par les "Forces nouvelles" et leurs alliés "tayloristes" libériens et sierra-léonais. La population de la zone "rebelle" (Centre-Nord-Ouest - CNO) à cette époque ne devait pas dépasser les 5 ou 6 millions de personnes...

    AfricaFistZm

    Lire encore à ce sujet l'excellent Grégory Protche (source incontournable sur ce "dossier" ivoirien, sachant de quoi il parle etc.), ici un entretien autour de son ouvrage "On a gagné les élections mais on a perdu la guerre" : gagne-elections-mais-perdu-guerre-raisons-marcher-victoire-alassane-ouattara


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