• L'État français aura désormais une frontière avec le fascisme


    (si l'on admet que malgré l'état d'urgence permanent et désormais institutionnalisé, il n'est pas encore tout à fait fasciste lui-même...)

    http://mobile.lemonde.fr/europe/article/2017/10/16/independance-de-la-catalogne-carles-puigdemont-choisit-de-jouer-la-montre-face-a-madrid_5201428_3214.html

    C'en est donc fait.

    Ce n'est pas dans un lointain pays, de préférence tropical ou basané-barbu ; ni même presque aux confins de l'Asie, dans les plaines d'Ukraine...

    Cette fois-ci c'est juste de l'autre côté des Pyrénées, en Catalogne, que la dictature de la bourgeoisie vient de tomber le masque de la "démocratie libérale" formelle (en place depuis 40 ans) pour assumer une forme terroriste ouverte.

    Et là aussi, là encore, ce ne sera pas l'œuvre de "révolutionnaires bruns", d'"anti-systèmes" qui auraient pris d'assaut et renversé ledit "système", mais bien du CŒUR DU SYSTÈME lui-même : c'est ni plus ni moins que l'État espagnol qui applique un article de sa propre Constitution (en Ukraine c'était une "révolution" certes, une "révolution colorée", mais les "révolutions colorées" soutenues et financées par tout l'impérialisme occidental au grand complet peuvent être considérées comme venant du cœur du système aussi...).

    L'État français aura désormais une frontière avec le fascisme

    L'article 155 de la Constitution de 1978 qui prévoit, en matière d'autonomies régionales concédées (pour calmer le jeu) lors de la "Transition démocratique" après la mort de Franco, l'abolition d'une desdites autonomies et le retour dans la région concernée de la gestion autoritaire, militaro-policière, du franquisme soi-disant "aboli" par ladite Constitution.

    Dès ce lundi, les dirigeants des deux principales associations indépendantistes ANC et Òmnium Cultural, Jordi Sanchez et Jordi Cuixart, ont été placés en détention par l'Audience Nationale : peines-de-prison-presidents-associations-independantistes-omnium-anc/

    L'État français aura désormais une frontière avec le fascisme

    Que faut-il de plus à notre gauchistaille francouille (dont la Catalogne de 1936, affrontant le franquisme dont Rajoy et le PP sont les héritiers, appartient pourtant au "panthéon") pour réagir ?

    Beaucoup, apparemment... À moins que ce ne soit, peut-être, une seule et simple chose : que l'ennemi fasciste avance barbu et vociférant des "Allah w'akbar" ; et la garantie, pour l'engagement internationaliste "antifasciste", d'avoir la couverture intellectualo-médiatique de l'OTAN.

    Il est pour ainsi dire hallucinant de voir qu'en dehors de nous, des révolutionnaires et progressistes des nationalités périphériques (Occitanie, Bretagne, Pays Basque, Corse et bien sûr le Nord "français" de la Catalogne elle-même), de quelques secteurs du NPA, et un peu du Parti communiste maoïste, les seuls à avoir une position apparemment conséquente et un peu offensive, non-tergiversatrice sur ce dossier soient le groupuscule "marxistes-léniniste" postmoderne "Futur Rouge" – si l'on a le malheur, comme c'est hélas souvent le cas, d'ignorer la fausseté opportuniste totale de ce genre de "soutien" de la part de gens qui fraient sans vergogne avec les pires avocats "gauchistes" du colonialisme israélien.

    En Ukraine, il y avait "Poutine" et les "fascistes nazbols eurasistes pro-russes" ; et cette fois-ci encore, en Catalogne, le fait que la figure de proue du mouvement, Carles Puigdemont, soit le représentant d'un parti libéral bourgeois de centre-droit est pris comme motif suffisant pour rester les bras croisés et ne rien faire https://carbureblog.com/2017/10/11/la-catalogne-dans-le-moment-populiste/.

    Sauf que cela n'a absolument rien d'anormal. Le fascisme peut être, mais n'est pas systématiquement, pour ne pas dire est très rarement sur un strict antagonisme droite/gauche ou bourgeoisie capitaliste/mouvement ouvrier. Il peut également (et de fait, très souvent) avoir vocation à la guerre de rapine, à la conquête territoriale, ou au maintien d'oppressions nationales déjà existantes. Au-delà de la définition classique de Georgi Dimitrov, une excellente définition du fascisme est sans doute celle donnée par Aimé Césaire : le fascisme, c'est l'importation dans les contradictions du monde blanc (la "zone de l'être") – luttes sociales, oppressions nationales ou guerres de conquête territoriale – des méthodes habituelles du colonialisme envers les peuples non-blancs ("zone du non-être").

    Dans cette configuration, le fascisme peut tout à fait trouver sur le chemin de ses crimes des personnes et des forces politiques qui ne correspondent absolument pas à notre définition de "révolutionnaire" ou même "progressiste"/"de gauche". Rien de plus normal. En Catalogne, Jordi Pujol (président de la Généralité de 1980 à 2003) était de très loin plus droitard et pourri que Puigdemont ; mais il n'en avait pas moins été prisonnier politique sous Franco, car le fascisme est une dictature terroriste ouverte qui peut frapper jusqu'à certains éléments de la bourgeoisie.

    Il n'en reste pas moins que le fascisme est le fascisme, et que lorsqu'on se veut antifasciste, le mot d'ordre est "No pasaran", "on l'élimine ou on en crève". À plus forte raison lorsqu'il est aux portes de là où l'on vit...

    Mais il semble hélas qu'en fRance, au pays des Lumiéreux, il n'en soit pas ainsi : le fascisme n'est fascisme qu'exercé par des caudillos ou raïs exotiques hauts en couleur, ou des fanatiques millénaristes hirsutes ; ou ici par des bandes illégalistes de rue (certes toujours un peu "couvertes" par la flicaille locale mais bon) ; et "certainement pas" par le cœur même d'un État "civilisé" voisin du nôtre, un acteur peut-être odieux (c'est facile, donc possible de le dire et de le condamner), mais néanmoins "légitime" de la scène politique internationale. 


    L'État français a désormais une frontière avec le fascisme

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  • Commentaires

    1
    Pascal
    Mardi 17 Octobre à 13:58
    "avoir la couverture intellectualo-médiatique de l'OTAN"
    Ce n'est pas innocent ! Je ne pense pas que l'OTAN s'investisse particulièrement dans le soutien au Rojava. Ceux qui s'engagent au Rojava ne le font pas par américano, otano ou trumpophilie.
    2
    Pascal
    Mardi 17 Octobre à 18:42

    En parlant de Rojava...

    https://blogs.mediapart.fr/patrick-gabriel/blog/010616/bhl-encaisse-un-skurde-0

    3
    Mercredi 18 Octobre à 08:40

    Je n'aimais et n'aime toujours pas Assad, "blanc d'honneur" de l'extrême droite et d'une certaine "gauche" rouge-brune, mais j'ai fini par comprendre avec le temps que les Kurdes étaient devenus les "blancs" de la droite libérale, de la gauche social-libérale et même d'une certaine gauche radicale.

      • Pascal
        Mercredi 18 Octobre à 13:33
        Si on raisonne comme ça, on va être soupçonné d'eurocentrisme si on est contre l'excision, les castes ou si on défend les féministes.
    4
    Mercredi 18 Octobre à 09:06

    J'en suis à penser qu'il n'y a plus dans cette guerre que des camps qui ont tous leur part de légitimité, mais qu'il ne faut pas soutenir.

    Assad représente les alaouites et les chrétiens qui ne veulent pas se faire massacrer par les salafistes. Les rebelles représentent les sunnites qui ne veulent pas se faire massacrer par les assadistes. Et les YPG représentent les Kurdes qui ne veulent pas se faire massacrer par les uns comme les autres. 

    Tout cela est totalement légitime, mais à l'arrivée, ni au service de l'ensemble des proche orientaux ni à celui de chacune des communautés en particulier. Juste au service des intérêts impérialistes qui les manipulent.

      • Pascal
        Mercredi 18 Octobre à 11:40

        Indéniablement, le régime baassiste a favorisé les alaouites (dans une moindre mesure, les chrétiens) par rapport aux sunnites. Notamment, les alaouites sont largement surreprésentés dans les cadres de l'armée. De là à soupçonner le régime de vouloir massacrer les sunnites qui représentent pas loin de 80% de la population...

        Au Moyen Age (certes, ce n'est pas tout récent mais il y en a qui n'ont peut être pas encore tourné la page), il y a eu des appels au djihad contre les alaouites. Pour les sunnites les plus durs, à la limite, les alaouites sont des païens.

        Pour parler du bon vieux temps, pour le PCMLF, la Syrie et l'Irak baassistes étaient des pays anti-impérialistes mais le Baas un parti fasciste.

    5
    Mercredi 18 Octobre à 09:13

    J'en suis à penser qu'il faut souhaiter la victoire d'un régime qui ne pourra plus jamais gouverner comme avant, qu'il donne le pouvoir sur des zones à l'opposition à travers un quelconque bidouillage juridique, que les Kurdes aient leur Barzanistan bis au Nord et qu'on reparte sur des bases saines.

    Quand les gens ne seront plus dans la survie, ils pourront se poser d'autres questions et affronter leur exploiteur direct et non un ennemi exogène.

    Rappelons nous qu'en 2011-2012 à Erbil il y a eu un début de printemps kurde contre Barzani, puis la guerre contre Daesh a refait l'union sacrée et maintenant celle contre Bagdad qu'il a sciemment provoquée avec la bénédiction d'Israël (et le PKK apparemment marche dans la combine !).

    C'est l'exemple type de la spirale dont la région doit sortir.

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