• Joyeuses Pâques... et Tiocfaidh ár lá !


    Pâques, ce n'est pas que les oeufs, les lapins et la résurrection (réelle ou supposée) d'un brave homme épris d'égalité, cloué sur une croix par les réactionnaires romains il y a 2000 ans... C'est aussi le jour de l'insurrection irlandaise de 1916 (il y a donc 95 ans), point de départ de la lutte de libération nationale irlandaise moderne. Une lutte qui à travers les trahisons, du Traité de 1921 au Vendredi Saint de 1998, se poursuit inébranlable jusqu'à nos jours, et renaît même avec la terrible crise qui frappe le pays, cité en "modèle" du capitalisme européen depuis les années 1990...

    Nous reproduisons ici deux articles du site des camarades de Libération Irlande. Le premier est la Proclamation de la République par le Gouvernement provisoire, du balcon de la Poste centrale de Dublin. Certain-e-s bondiront bien sûr à la lecteur des références religieuses qu'elle contient, montrant par là qu'il n'ont aucun sens de la dialectique ni de la lutte de libération des Peuples ...

    Le second évoque plus particulièrement l'aspect prolétaire et socialiste de la Pâques irlandaise, l'Irish Citizen Army (ICA) du républicain socialiste James CONNOLLY, qui prit part au soulèvement avec environ 200 hommes sur un total de 800.

    Proclamation de la République de 1916


    Le Gouvernement Provisoire de la République d’Irlande

    Au Peuple d’Irlande

    Irlandais et Irlandaises : Au nom de Dieu et des générations disparues desquelles elle a reçu ses vieilles traditions nationales, l’Irlande, à travers nous, appelle ses enfants à rallier son étendard et à frapper pour sa libération.

    Après avoir organisé et entraîné ses hommes dans son organisation révolutionnaire secrète, la Fraternité Républicaine Irlandaise, et ses organisations armées, les Volontaires d’Irlande et l’Armée des Citoyens Irlandais, après avoir patiemment perfectionné sa discipline, et attendu résolument le moment opportun pour se révéler, elle saisit l’instant où, soutenue par ses enfants exilés en Amérique et ses courageux alliés en Europe, mais comptant avant tout sur ses propres forces, elle frappe avec la certitude de vaincre.

    Nous proclamons le droit du peuple d’Irlande à la propriété de l’Irlande et au contrôle sans entraves de sa destinée, son droit à être souverain et indivisible. La longue usurpation de ce droit par un peuple et un gouvernement étranger n’a pas supprimé ce droit, car il ne peut disparaître que par la destruction du peuple irlandais.

    À chaque génération, les Irlandais ont affirmé leur droit à la liberté et à la souveraineté nationale ; six fois durant les trois derniers siècles ils l’ont affirmé par les armes. En nous appuyant sur ce droit fondamental et en l’affirmant de nouveau par les armes à la face du monde, nous proclamons la République d’Irlande, État souverain et indépendant, et nous engageons nos vies et celles de nos compagnons d’armes à la cause de sa liberté, de son bien-être, et de sa fierté parmi les nations.

    La République d’Irlande est en droit d’attendre et requiert l’allégeance de tous les Irlandais et Irlandaises. La République garantit la liberté civile et religieuse, des droits égaux et l’égalité des chances pour tous ses citoyens et déclare être résolue à rechercher le bonheur et la prospérité de la nation entière et de toutes ses composantes, avec une égale sollicitude pour tous les enfants de la nation, oublieuse des différences soigneusement entretenues par un gouvernement étranger qui a séparé dans le passé une minorité de la majorité.

    Avant que nos armes ne trouvent le moment opportun pour établir un Gouvernement National permanent, représentatif de tous les Irlandais et élu par tous ses hommes et femmes, le Gouvernement Provisoire, désormais constitué, administrera les affaires civiles et militaires de la République pour le compte du peuple.

    Nous plaçons la cause de la République d’Irlande sous la protection de Dieu le Très-Haut, dont nous invoquons la bénédiction sur nos armes, et nous prions pour qu’aucun de ceux qui servent cette cause ne la déshonore par couardise, inhumanité ou rapine. En cette heure suprême, la nation irlandaise doit, par sa valeur, sa discipline, et par la disposition de ses enfants au sacrifice pour le bien commun, prouver qu’elle est digne de l’auguste destinée à laquelle elle est appelée.

    Signé au nom du Gouvernement Provisoire :

    THOMAS J. CLARKE, SEAN McDIARMADA, THOMAS McDONAGH, P. H. PEARSE, EAMONN CEANNT, JAMES CONNOLLY, JOSEPH PLUNKETT




    James Connolly : Pour l’Armée Citoyenne (1915)


    L’Irish Citizen Army (ICA) était une milice prolétarienne dirigée par Connolly, qui a été fondée pour défendre la classe ouvrière pendant une grève très longue et dure en 1913 et qui s’est illustrée en participant en première ligne au Soulèvement de Pâques 1916 à Dublin. Voici une présentation de l’ICA par Connolly.

    L’Armée Citoyenne Irlandaise a été constituée pendant le grand lock-out de Dublin de 1913-1914, dans le but de protéger la classe ouvrière et de préserver son droit à tenir des réunions publiques et sa liberté d’association. Les rues de Dublin étaient jonchées des corps sans défense d’hommes, de femmes, de filles et de garçons brutalement matraqués par les hommes de mai en uniforme du gouvernement britannique.

    Trois hommes avaient été tués et une jeune Irlandaise assassinée par un briseur de grève et rien n’avait été fait pour amener les assassins devant la justice. Si donc la justice n’existait pas pour nous et puisque la loi, au lieu de protéger les droits des travailleurs, était ouvertement leur ennemie, et puisque les forces armées de la Couronne étaient mises sans restriction à la disposition des ennemis des travailleurs, il fut décidé de créer notre propre armée pour garantir nos droits, protéger nos adhérents et servir de garantie à nos propres progrès.

    L’Armée Citoyenne Irlandaise a été la première force armée de citoyens organisés publiquement au sud de la Boyne. Ses statuts engageaient et engagent toujours ses membres à œuvrer pour une République Irlandaise et pour l’émancipation des travailleurs. C’est ce qui a toujours été mis en avant dans toute son action nationale et, sans avoir jamais négligé sa fonction spécifique propre, elle a toujours été à la disposition des forces de la nation irlandaise pour les objectifs qui sont communs à tous.

    Son influence et sa présence ont fait respecter le calme dans toutes les réunions ouvrières depuis sa fondation, et le fait de savoir qu’elle existe et l’état d’esprit de ses membres ont contribué à empêcher les employeurs et le gouvernement de recourir à des moyens extrêmes à l’encontre des syndicats qui se battaient. Elle a, au sens propre, ajouté pas mal d’argent sur la paie hebdomadaire des syndiqués, puisqu’elle et elle seule a empêché le gouvernement de faire à Dublin ce qu’il a fait à Barry, c’est-à-dire envoyer des soldats pour faire le travail des dockers pendant une grève. Au plan national, elle a fait beaucoup plus.

    Quand fut perpétrée a grande trahison contre l’Irlande et que John Redmond et ses partisans, aidés de toute la presse capitaliste, se joignirent à la conspiration pour pousser les jeunes hommes d’Irlande à s’enrôler dans l’armée britannique, le premier coup d’importance porté contre cette trahison a été le meeting historique à Stephen’s Green, le soir du fiasco de Redmond à Mansion House.

    Qui a occupé le terrain ce soir-là malgré la masse des bataillons de l’armée britannique qui attendaient l’arme au pied dans chaque caserne de Dublin ? C’est l’Armée Citoyenne Irlandaise qui s’est engouffrée dans la brèche et par sa présence résolue a redonné du courage et rétabli l’espoir parmi le peuple d’Irlande qui était trahi et désemparé.

    Quand le premier ordre d’expulsion a été signifié à la première victime, le Capitaine Robert Monteith, qui a appelé aux armes et qui a invité le peuple de Dublin à lancer un défi à la tête du gouvernement ? Qui a tenu un rassemblement malgré des torrents de pluie et face au déploiement des forces armées de la garnison de Dublin ? Une fois encore, l’Armée Citoyenne Irlandaise.

    Qui, chaque fois que l’ennemi a frappé ceux qui se soulevaient pour la liberté, s’est toujours empressé aux côtés des victimes en déclarant que leur cause était la sienne ? L’Armée Citoyenne Irlandaise.

    Qui, lorsque le meeting de protestation se tenait à Phoenix Park sous la direction du Comité des Volontaires, constituait la seule organisation armée à participer au meeting et à déclarer son adhésion à la cause de ses frères d’arme emprisonnés ? L’Armée Citoyenne Irlandaise !

    Une organisation armée de la classe ouvrière irlandaise, voilà qui constitue un phénomène en Irlande. Jusqu’à présent, les travailleurs d’Irlande se sont battus dans les rangs des armées conduites par leurs maîtres, jamais en tant que soldats d’une armée commandée, entraînée et inspirée par des hommes de leur propre classe sociale. Désormais, les armes à la main, ils se proposent de tracer leur propre route, de façonner leur propre avenir.

    Ni un gouvernement autonome, ni l’absence d’un tel gouvernement autonome ne leur fera déposer les armes.

    Quoi qu’il en soit pour les autres, pour nous qui sommes de l’Armée Citoyenne, il n’y a qu’un seul idéal – une Irlande gouvernée et possédée par les Irlandaises et les Irlandais, souveraine et indépendante, du centre jusqu’à la mer et avec son propre drapeau déployé sur tous les océans.

    Nous ne nous laisserons pas dévier de notre route par des paroles doucereuses, notre vigilance ne sera pas trompée par la liberté de parader et de se pavaner en uniforme, et nous ne serons pas trahis par des propos ronflants.

    L’Armée Citoyenne Irlandaise ne coopérera que dans un mouvement qui va de l’avant. Dès lors que cesse ce mouvement vers l’avant, elle se réserve le droit de rompre l’alignement et de s’avancer elle-même, si besoin est, pour planter le drapeau de la liberté encore plus loin en direction de son objectif.
     


     


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