• Il y a 80 ans (janvier 1935), le pacte Laval-Mussolini


    Le 4 janvier 1935 (il y a donc 80 ans), le Ministre des Affaires étrangères tricolore Pierre Laval se rendait à Rome pour y rencontrer le Duce Benito Mussolini : http://www.herodote.net/4_janvier_1935-evenement-19350104.php

    Il y a 80 ans (janvier 1935), le pacte Laval-MussoliniLa rencontre devait déboucher trois jours plus tard sur l'Accord franco-italien de Rome.

    Si l'on considère tous les évènements enchaînés depuis 2012 ("Manifs pour Tous" etc. etc.) jusqu'au triomphe du FN aux dernières municipales et européennes (1-2-3) comme un Février 1934 rampant, alors il faut aller jusqu'au bout du raisonnement : le Premier ministre Manuel Valls, appelé à Matignon dans la foulée de la déroute électorale de la gauche bourgeoise, est le nouveau Pierre Laval lui aussi revenu en grâce après la tentative de coup de force d'extrême-droite, d'abord aux Affaires étrangères (octobre 1934) dans le gouvernement "centriste" de Gaston Doumergue puis directement à la Présidence du Conseil des ministres (juin 1935 à janvier 1936) tout en conservant le portefeuille de la diplomatie (les Présidents du Conseil étant forcément ministres de quelque chose). On connaît la sinistre destinée ultérieure du personnage.

    De fait, dès sa nomination au Quai d'Orsay, Laval allait devenir l'"homme fort" de la République bourgeoise tricolore dans un contexte où aux rugissements de la première vague de la Révolution prolétarienne mondiale et à l'explosion des luttes anticoloniales (Étoile nord-africaine fondée en 1926, bientôt le Parti du Peuple algérien en 1937, révolte de 1930 en Indochine) s'ajoutait désormais la nouvelle menace des rêves de "revanche" hitlériens, conséquence de 15 ans de politique d'étranglement économique, d'affamement, d'humiliation et même d'occupation militaire de l'Allemagne au nom du Traité de Versailles.

    Le gouvernement précédent (lui aussi dirigé par Doumergue) avait essayé de se rapprocher de... l'URSS de Staline, qui cherchait elle aussi l'alliance des "démocraties occidentales" contre le nazisme. Mais le principal artisan de ce rapprochement, le ministre Barthou, devait mourir "opportunément" assassiné par un nationaliste macédonien lié aux fascistes croates (octobre 1934) aux côtés du roi de Yougoslavie Alexandre Ier à Marseille : Laval lui succède, l'accord sera signé en 1935 mais jamais ratifié et donc inopérant (il servira surtout, de fait, de prétexte à Thorez pour justifier tous les compromis avec la bourgeoisie "républicaine" au nom de l'"antifascisme"). Il va de soi qu'une telle alliance répugnait profondément au Grand Capital.

    Il y a 80 ans (janvier 1935), le pacte Laval-MussoliniLa diplomatie de Laval va alors consister à installer un "cordon sanitaire" autour du Reich allemand en s'appuyant sur l'Italie fasciste.

    Mussolini, à l'époque, n'est en effet pas vraiment un ami d'Adolf Hitler : il se moque de ses théories racialistes et, surtout, redoute son pangermanisme agressif qui en annexant l'Autriche (voire la Suisse) amènerait l'Allemagne sur la frontière italienne (et pourrait commencer à revendiquer des terres annexées par l'Italie en 1919 : Tyrol du Sud etc.). Là où Hitler passe, y compris de source allemande bien réac comme il faut, pour un "chien fou" à la tête d'une bande de fanatiques et un revanchard menaçant de rallumer la guerre sur le continent, le Duce reste l'homme... que l'on a d'abord financé pour faire entrer (puis pour maintenir) l'Italie en guerre aux côtés des Alliés franco-anglais (front sans doute décisif pour l'issue du conflit... au prix de 750.000 cadavres d'ouvriers et de paysans), puis qui a permis d'éviter une possible deuxième révolution bolchévique en Europe : un "rempart de la civilisation" qui ne demande pour son pays que le droit d'avoir un Empire colonial comme les autres, ce que l'on peut bien - après tout - lui accorder (si l'Italie prend son envol économiquement, cela peut en faire une rivale certes... mais aussi un marché). De fait, la bourgeoisie européenne de l'époque le porte aux nues et lorsque l'on critique Hitler dans les fumoirs de la "bonne société", c'est souvent pour lui opposer en contre-exemple le truculent leader italien : bref, en résumé, c'est alors un dirigeant politique tout ce qu'il y a de plus... respectable !

    Laval voit donc en lui un allié pour "contenir" par le Sud le réarmement allemand - tout en signant quelques mois plus tard, on l'a dit, un autre traité avec l'URSS afin de le "contenir" à l'Est ; mais cette alliance restera de peu d'effet.

    C'est sur la base de cet accord franco-italien que, lorsque Mussolini se lancera à l'assaut de l’Éthiopie indépendante d'Haïlé Sélassié en octobre, l'impérialisme BBR et son allié anglais refuseront toute intervention, sanction et même condamnation de pure forme contre l'Italie à la Société des Nations, bien que les principes de cette "ancêtre" de l'ONU soient éhontément violés (invasion et déni de la souveraineté d'un État membre) et, surtout, que l'"Afrique orientale italienne" se retrouve ainsi à encercler les possessions françaises et britanniques de Djibouti et du Somaliland : il ne faut pas, proclame-t-on alors, "pousser Mussolini dans les bras d'Hitler". Il n'y a pourtant guère de risques : les relations entre les deux régimes sont au plus bas après l'assassinat du chancelier "austro-fasciste" autrichien Dollfuss (grand ami et protégé de Rome) par des nazis partisans du Il y a 80 ans (janvier 1935), le pacte Laval-Mussolinirattachement à l'Allemagne... En réalité, il n'y a rien d'autre que le "deal" passé en janvier : "tu t'opposes à Hitler dans les Alpes, je te laisse les mains libres en Afrique".

    Nous nous arrêterons ici un instant sur cette guerre qui, pour être assez similaire à d'autres antérieures (guerre du Rif au Maroc, 1921-26) ou ultérieures (Indochine 1945-54, Algérie 1954-62, Cameroun 1955-70 etc.), sera néanmoins l'occasion d'une gigantesque prise de conscience anticoloniale et anti-impérialiste tout autour du globe. Voici une excellente étude en trois parties sur le sujet :

    Violence dans l’Éthiopie fasciste (1), par Marie-Anne Matard-Bonucci

    Deuxième partie

    Troisième partie

    Il faut dire en même temps qu'au vu de ses "exploits" antérieurs et ultérieurs et de l'idéologie qui était la sienne, il n'était guère difficile pour la bourgeoisie impérialiste bleu-blanc-rouge (comme pour son homologue d'outre-Manche) de contenir son "indignation" : que se passait-il donc sur les hauts plateaux éthiopiens de si "contraire aux principes de la civilisation" ? L'Histoire (en tout cas celles et ceux qui s'y intéressent un petit peu...) a gardé en mémoire les suppliques désespérées d'Haïlé Sélassié à la tribune de la SDN...

    Mussolini atterrira pourtant peu de temps après "dans les bras d'Hitler" : dans l’État espagnol, historiquement sous influence franco-anglaise, le Front populaire républicain-socialiste-communiste remporte les élections en février 1936 et la droite prépare un pronunciamiento militaire. L'Italie y voit non seulement une occasion de "faire barrage au communisme" mais aussi d'évincer cette influence sur la Péninsule ibérique au profit de la sienne (sachant par avance que Paris et Londres seraient timorés dans leur soutien à un gouvernement "rouge"), dans sa mythologie de "reconstituer l'Empire romain", de faire de la Méditerranée un "lac italien" etc. etc... Ces ambitions vont alors rencontrer celles, exactement identiques, du Reich nazi. Les deux régimes apporteront immédiatement et simultanément leur appui (non seulement moral et politique, mais matériel !) aux forces de Franco ; l'Allemagne reconnaît dans le même temps l'annexion de l’Éthiopie le 25 juillet, le comte Ciano se rend à Berlin en octobre et dans la foulée (1er novembre 1936) Mussolini proclame l'Axe à Milan.

    Les communistes qui s'étaient lancés à corps perdu (dès juin-juillet 1934) dans la stratégie de Front populaire, autrement dit d'alliance avec la bourgeoisie "démocratique" contre le fascisme, au besoin (entre autres exemples) en "lâchant" les luttes des peuples colonisés (interprétation particulièrement erronée et droitière de la ligne fixée par l'Internationale), assisteront évidemment médusés à ce revirement de Laval comme par la suite aux atermoiement des gouvernements Blum et Daladier pour soutenir la République espagnole ou encore la Tchécoslovaquie envahie et annexée, et enfin à la volte-face spectaculaire ("pacte" Molotov-Ribbentrop) d'un Staline dont les franco-britanniques s'étaient décidément trop foutu de la gueule...

    Il y a 80 ans (janvier 1935), le pacte Laval-MussoliniOn connaît la suite : toutes les "alliances de revers" brisées, l'Allemagne montera inexorablement en puissance jusqu'à la déclaration de guerre, la débâcle et l'occupation. Laval revient alors à la tête du gouvernement et y deviendra le leader de l'infâme collaboration que l'on sait avec l'ennemi qu'il prétendait "endiguer" quelques années plus tôt ; un ennemi qui de toute façon (nous l'avons dit et répété et le répéterons encore) n'était pas autre chose que le fruit de la politique impérialiste bleu-blanc-rouge elle-même vis-à-vis de l'Allemagne (Traité de Versailles, occupation, misère noire et quasi-famine etc.). Il prétendra cependant toujours, jusqu'à la chute du régime de Vichy en août 1944, que sa référence absolue était l'Italie fasciste et non l'Allemagne nazie - bien qu'il souhaitât la victoire de celle-ci contre le "bolchévisme qui, sans cela, s'installerait partout".

    Et aujourd'hui, qu'avons nous ? Nous avons pareillement une bourgeoisie monopoliste BBR dont la politique impérialiste (aux côtés de ses comparses occidentaux) a engendré des "monstres" et qui maintenant, "saisie d'effroi" devant ceux-ci, cherche à nous mobiliser derrière elle en défense de sa "civilisation" : djihadisme jailli de la misère, de la mort et de la destruction semées depuis un quart de siècle voire plus au Machrek arabe ; ou encore une Russie dont on nous "alerte" régulièrement sur le régime guère démocratique, les ambitions expansionnistes et la "menace" et qui a finalement été (dans les années 1990) dans une situation très comparable à celle de l'Allemagne des années 1920. La situation présente certes des différences notables que l'on ne manquera pas de nous rappeler : il est très peu probable, par exemple, que l'"État islamique" ou même une puissance impérialiste comme la Russie envahissent et occupent l'Hexagone avec des hordes de partisans de Dieudonné défilant quenelle tendue et un Manuel Valls organisant la collaboration avec tout cela... Mais ce que nous voulons dire, c'est que la logique de fond reste la même : dans un contexte de crise générale (le fascisme n'est en dernière analyse que la réaction du capitalisme face à sa propre crise...), la politique impérialiste des monopoles s'emballe et engendre des "monstres" ; dès lors, la bourgeoisie bleu-blanc-rouge tente de (et souvent réussit à) mobiliser les masses en défense de la "civilisation" contre lesdits "monstres" que sa propre politique a engendrés, sans pour autant s'attaquer aux "racines du mal" (forcément puisqu'il s'agit... du capitalisme lui-même !) et en jouant sur le plan international l'"endiguement" en s'alliant avec l'indéfendable (le casting pour le rôle de Mussolini se joue actuellement entre Netanyahu et Assad, et bien sûr l'on se garde bien d'aider les Kurdes syriens "rouges" pour ne pas froisser l'ami Erdoğan...) ; et puis finalement intervient la "catastrophe nationale" (déroute militaire et invasion en 1940, aujourd'hui les attentats des 7-8-9 janvier et l'on peut imaginer encore pire) et le tout bascule dans le fascisme, dans la dictature ouverte du Capital sur le discours que ce sont finalement les "gauchistes" qui ont "conduit le pays à la catastrophe" - un fascisme à la française dont on commence à peine (depuis une vingtaine d'année) à esquisser une étude de la nature et des ressorts endogènes, après l'avoir longtemps purement associé (et ainsi évacué) à l'occupation allemande et à la collaboration de quelques "traîtres" avec celle-ci (un pur "produit d'importation" en quelque sorte). Ce ne sont alors pas forcément, voire pas du tout des personnalités auparavant à la droite de la droite de l'échiquier politique qui prennent les commandes : Laval venait de la gauche et était en 1935 classable au centre-droit, comme Valls aujourd'hui ; son nom est à présent voué aux "flammes éternelles" de l'historiographie officielle et l'on pourrait même nous intenter un procès pour oser lui comparer le Premier ministre en exercice ; mais il était en 1940 une figure politique bourgeoise tout ce qu'il y a de plus normale, "respectable" et même "consensuelle", et c'est d'ailleurs à ce titre que la bourgeoisie hexagonale l'avait appelé aux affaires aux côtés du vieux "héros de Verdun" (Pétain).

    Le mouvement fasciste des années 1930, avec ses "ligues" et y compris des courants rattachés à lui a posteriori (non-considérés comme fascistes sur le moment, tels les néo-socialistes de Déat ou encore les "planistes"...), était un "centre d'impulsion" et une "boîte à idées" (y compris des idées... qui seront mises en œuvre après 1945 !) mais nullement l'intégralité du personnel de la future "Révolution nationale".

    Il y a 80 ans (janvier 1935), le pacte Laval-Mussolini

    Le mouvement communiste hexagonal des années 1930 n'avait pas correctement compris cela : il voyait les forces bourgeoises "républicaines" (englobant les radicaux voire plus à droite encore) et les forces fascistes comme des camps hermétiques, et les premières comme insusceptibles de basculement dans la dictature terroriste ouverte sous l'effet des circonstances. Il avait même tendance, dans son enthousiasme patriotard, à voir la menace fasciste comme exclusivement étrangère et les admirateurs hexagonaux d'Hitler et/ou Mussolini comme un "parti de l'étranger" - esprit que l'on retrouve encore largement aujourd'hui dans les analyses de la période, analyses "républicaines-patriotiques" mais aussi "marxistes-léninistes" comme celles d'Annie Lacroix-Riz. Les faits ultérieurs ont pourtant largement démontré qu'il n'en était rien : l'immense majorité des "républicains" de 1939 passeront sans sourciller à la "Révolution nationale" (tous bien "unis dans la terrible adversité"...) l'année suivante, avant de ne revenir (pour certains...) au camp de la "France libre" que lorsque la défaite nazie apparût comme suffisamment certaine.

    Le fascisme n'est pas une bande de "brigands" qui s'emparent du pouvoir financés par quelques richissimes et "maléfiques" hommes d'affaires, mais une tendance naturelle (et lourde) du capitalisme face à sa propre crise générale (arrivée à un stade particulièrement grave d'explosion des contradictions, sous une forme révolutionnaire ou pas). Il est une tendance de la bourgeoisie toute entière (les exceptions ne faisant que confirmer la règle) lorsque les circonstances imposent une "sérieuse reprise en main" ; et il repose totalement (nullement "en rupture") sur les fondements mêmes de l'ordre capitaliste de l’État considéré (comme par exemple l'idéologie "républicaine" francouille ou encore l'esprit colonialiste), des fondements que les communistes des années 1930 ont complètement ignorés... voire appuyés (renonciation à la lutte anticoloniale). Deux décennies plus tard, en 1958, le PCF criera certes au "fascisme" devant le coup de force de De Gaulle ; mais non sans avoir préalablement creusé son lit (en soutenant Guy Mollet et la mise de l'Algérie sous une dictature militaire sanglante) et avant de refaire rapidement bloc avec lui contre l'OAS... Bref.

    Les communistes du 21e siècle que nous sommes, forts des leçons de l'Histoire, ne recommettront pas les mêmes erreurs et ne céderont à AUCUN APPEL à "l'unité nationale", à aucun "Je suis Charlie" derrière la bourgeoisie BBR (incarnée par Valls ou qui que ce soit !) contre les "monstres" que sa propre politique a engendrés et qu'elle nous désigne maintenant comme la "menace absolue" en prenant un air horrifié.

    Derrière le fascisme se cache le Capital ; la fascisation n'est autre que la tendance naturelle du Pouvoir capitaliste face à la crise et le fascisme, en dernière analyse, consiste en la MOBILISATION DES MASSES PAR LA BOURGEOISIE contre toutes les "menaces" et tous les "ennemis" possibles et imaginables... à l'exception du SEUL VÉRITABLE, qui n'est autre que la bourgeoisie elle-même !

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