• Il y a 35 ans, le massacre de Bologne : ni oubli ni pardon


    Le 2 août 1980, une charge de 23 kg d'explosifs détruisait la salle d'attente des secondes classes de la gare ferroviaire de Bologne (Romagne, État italien), tuant 85 personnes.

    Un massacre rappelant - mais en bien pire encore ! - celui perpétré 11 ans plus tôt (déjà par des éléments d'extrême-droite) sur la Piazza Fontana de Milan en décembre 1969 (16 mort-e-s), ouvrant la décennie et demi de guerre civile de basse intensité retenue par l'histoire bourgeoise sous le nom d'"années de plomb".

    Bologne était alors un bastion historique du PCI révisionniste (de fait complètement institutionnalisé et social-démocratisé avec Enrico Berlinguer), et il est probable que l'idée des auteurs et de leurs commanditaires était de faire croire à une attaque du communisme combattant ou du mouvement autonome contre celui-ci afin de "neutraliser" la gauche institutionnelle (PCI, PSI) tandis que s'instaurerait un régime autoritaire d'exception contre le "terrorisme".

    "Malheureusement" des juges "rouges" (sociaux-démocrates, révisionnistes voire de l'aile gauche de la démocratie-chrétienne... ou tout simplement intègres) mirent la main sur l'affaire et la culpabilité néofasciste ("Noyaux armés révolutionnaires" - NAR - ainsi que Terza Posizione) dans le crime fut rapidement révélée, conduisant à l'arrestation des deux auteurs matériels (Giuseppe Valerio Fioravanti et Francesca Mambro, arrêté-e-s respectivement en février 1981 et mars 1982 et condamné-e-s définitivement à la perpétuité en 1995 - ils clament au demeurant toujours leur innocence) et à la délivrance d'une vingtaine de mandats d'arrêt (mais la plupart des Chemises noires visées se carapateront, comme Gabriele Adinolfi aujourd'hui dirigeant tutélaire de CasaPound, revenant à la faveur de la prescription 15 ou 20 ans plus tard ; tandis que les arrêté-e-s seront tou-te-s acquité-e-s après quelques années de préventive).

    Il est permis de penser que pour le coup, les "stratèges" de ce "brillant" plan (ou du moins ses exécutants) aient eu la "main trop lourde" ce qui a conduit, devant l'immense émotion soulevée en Italie et dans le monde entier, à une implication sans précédent des juges débouchant (non sans des années d'investigations, de procédures... et d'obstructions de toutes parts) sur des révélations essentielles et même sur la "chute" de personnages jusque-là extrêmement puissants. De toute manière à l'époque, après la décimation du mouvement révolutionnaire par quelques... 25.000 arrestations suivies de procès-spectacles avec accusés comparaissant dans des cages, l'option d'un mode de gouvernement ouvertement antidémocratique n'était plus vraiment à l'ordre du jour pour la grande bourgeoisie transalpine. L'"air du temps" dans les pays "méditerranéens", comme déjà au Portugal et bientôt en "France", en Grèce et en "Espagne", était plutôt à la gestion "tranquille" par la... "gauche" bourgeoise de la transition vers l'ère post-soviétique de la "Fin de l'Histoire" et du "néolibéralisme"...

    Ce qui restera (et reste encore à ce jour) peu clair en revanche, malgré les éléments très importants révélés au grand jour, seront toutes les implications et les ramifications de ce crime barbare derrière les auteurs fascistes directs et jusqu'au cœur de l'"État profond" vert-blanc-rouge : seront mis en cause (du moins pour leurs manœuvres troubles de "dépistage" des enquêteurs) la Loge P2 de Licio Gelli, loge maçonnique mais également très liée à l’Église catholique, violemment anticommuniste et ne répugnant pas à travailler avec l'extrême-droite ou encore à soutenir les juntes militaires meurtrières en Amérique latine (et dans laquelle fit notamment ses premières armes un certain Silvio Berlusconi) ; ou encore des éléments des services de renseignement (notamment le SISMI, le renseignement militaire) liés à cette dernière ou au réseau "Gladio"* (réseau initialement mis en place par la CIA pour mener la "résistance" en cas d'invasion soviétique et/ou de prise de pouvoir par le PC pro-Moscou, devenu ensuite spécialiste des "coups tordus" "contre-subversifs" ; le SAC jouait un peu le même rôle dans l’État français mais avec un côté plus nationaliste/anti-américain du fait de sa ligne gaulliste)... Mais derrière, qui d'autre encore ? On ne le sait toujours pas avec exactitude.

    L'importance de ces éléments (surtout dans les années 1980) et de leur "stratégie de la tension" est peut-être parfois exagérée, certains - liés historiquement au révisionnisme pro-soviétique brejnévoïde - allant jusqu'à leur attribuer la "paternité" et la "manipulation" de l'immense mouvement communiste révolutionnaire de l'époque, mais leur noyautage de l'appareil étatique et des cercles d'influence était néanmoins certain et suffisant pour justifier que l'enquête ne "creuse" pas plus avant. Le Président du Conseil de l'époque, le démocrate-chrétien Francesco Cossiga, fera notamment tout son possible pour entraver son déroulement normal, commençant par nier le fait même d'un attentat (la fameuse "explosion de chaudière" invoquée et relayée par la presse dans les premières heures) et revenant même à la charge 15 ans après, dans les années 2000, avec la ridicule thèse d'une action du... FPLP ("piste palestinienne" qui sera alors alimentée et montée en épingle par Berlusconi, historiquement membre de P2 et proche de Gelli comme on l'a dit). Parallèlement, les tentatives de "gonfler" le rôle de Terza Posizione (quitte à fabriquer des "preuves") pour protéger les vrais instigateurs finiront par être mises en lumière et conduiront à l'acquittement "au bénéfice du doute" des inculpés de cette organisation...

    Mais enfin, quoi qu'il en soit et quelles que soient les contradictions internes à la bourgeoisie que ce genre d'acte peut révéler, le massacre de Bologne montre le vrai visage et de quoi est capable notre ennemi et nous enseigne que la guerre révolutionnaire implacable est la seule voie de la libération du Peuple.

    Les camarades de Quartiers Libres ont consacré à l'anniversaire de ce sinistre évènement leur dernière "séance du dimanche" (avec un récent film en italien, la Linea Gialla, "franchement moyen mais ayant le mérite d'exister et de poser les bonnes questions") :


    Séance du dimanche. 2 août 1980, attentat de la la gare de Bologne


    Au sujet de ce terrorisme d'extrême-droite et de ses liens avec les réseaux "stay behind" du "monde libre" dans le contexte de la Guerre froide, voici trois  documentaires : 



    Le scandale des armées secrètes de l’OTAN. (docu.) par stranglerman



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