• Harry Haywood contre la Théorie des Trois Mondes et les dérives réactionnaires des « prochinois »

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    Harry Haywood (1898-1985) est un militant historique New Afrikan du mouvement communiste US, membre fondateur du premier PC des USA, et également un grand théoricien de la question noire US, qu’il est le premier à définir comme une nation opprimée, une « colonie intérieure ». Il fut également un membre actif de l’Internationale communiste et résida en URSS de 1925 à 1930, où il fut membre du PC bolchévik et participa à la lutte sans merci contre les trotskystes et les partisans de Boukharine. Après la trahison révisionniste (dès les années 1940 aux USA), il la dénonça et participa dans les années 1960 au Nouveau mouvement communiste US, anti-révisionniste.

    Servir le Peuple n’est pas d’accord avec tout ce qui est dit dans ce texte. Mais le vieux Harry Haywood, « au bord du dernier rivage » comme disait Charles Tillon (il a 86 ans et mourra l’année suivante), a le mérite de remettre en question un certain nombre de dérives qui, surtout à partir de 1972 mais aussi dès les années 60 (avec par exemple les positions pro-De Gaulle contre les "deux superpuissances" de certains groupes français ou belges), ont entaché ceux et celles qui avaient rejoint la lutte de Mao Zedong contre le révisionnisme.

    Une dénonciation d’autant plus importante, qu’aujourd’hui un certain nombre de marxistes-léninistes et de maoïstes, y compris de ceux qui citent Haywood comme une référence, suivent un chemin similaire…


    La Chine et ses partisans se trompaient sur l’URSS (1984)

    Harryhaywood.jpgAprès une brève période de construction du Parti dans les années 1970, le Nouveau mouvement communiste est maintenant mort. Il est tombé dans la désintégration organisationnelle, la confusion politique et le désarroi idéologique. Quelle est la source de cet effondrement de notre mouvement ? Comment pourrions-nous commencer un rétablissement politique ? Aujourd'hui ces questions sont devenues plus pressantes, alors qu'une nouvelle période de la crise impérialiste commence à changer radicalement l'équilibre mondial des forces et fait à nouveau surgir le danger de dépression et de guerre mondiale catastrophiques.

    Il y a beaucoup de facteurs qui ont précipité la crise du Nouveau mouvement communiste, ce qui la rend difficile à résoudre. D’une part, sa base de classe s'est reflétée dans le mouvement pacifiste étudiant, les mouvements nationaux et la lutte anti-révisionniste. Il n'a pas eu une grande base ou composition ouvrière, et a été caractérisée par sa jeunesse et son inexpérience. Son « gauchisme » ultra a empêché son expansion dans des secteurs plus larges de la société des États-Unis, et il est finalement resté un ensemble de sectes isolées à la gauche de la société.

    En outre, les bouleversements politiques en Chine et la mort de Mao ont contribué à l'instabilité des perspectives politiques du mouvement. À l'intérieur du Nouveau mouvement communiste, il y avait des difficultés sur les questions du centralisme démocratique et sur les questions de démocratie dans le Parti. En conséquence, beaucoup de groupes de la gauche révolutionnaire ont eu des difficultés pour conduire une lutte politique sérieuse. Enfin, l'intensification de la crise mondiale durant les années 1970 a rapidement changé les situations politiques et a amené des problèmes qu’ils ne pouvaient pas résoudre.

    Le Nouveau mouvement communiste

    Lorsque le Nouveau mouvement communiste a commencé à vaciller à la fin des années 1970, beaucoup de camarades et d'organisations ont résumé au sectarisme et au dogmatisme gauchiste ou au liquidationnisme de droite les causes de notre récession. Bien qu'il y ait beaucoup de vérité dans ces positions, elles ne vont pas au cœur du problème. La question essentielle est : quelle est la grande ligne qui a mené notre mouvement dans la crise et l'effondrement ?

    Bien que beaucoup de problèmes aient contribué à la crise du Nouveau mouvement communiste, la cause sous-jacente de son effondrement a été la ligne stratégique incorrecte de la Théorie des Trois Mondes, que notre mouvement de construction du Parti a empruntée aux Chinois sans recul critique. Ce point de vue que l'Union Soviétique est un pays social-impérialiste, dans lequel le capitalisme a été reconstitué, marque pour les Chinois un changement fondamental dans l'équilibre international des forces. Ils ont dépeint l'Union Soviétique non seulement en tant qu'ennemi mais « ennemi principal » des peuples du monde. Cela a parfois conduit les Chinois à une alliance tacite avec les États-Unis. Cela a également créé des contradictions profondes dans la ligne politique du Nouveau mouvement communiste.

    La question de l'Union Soviétique est fondamentalement stratégique. Elle signifie aborder la première question révolutionnaire posée par Mao : « Qui sont nos ennemis ? Qui sont nos amis ? ». L'Union Soviétique est-elle une amie ou une ennemie de la révolution ? La façon dont nous répondons à cette question détermine non seulement notre conception stratégique internationale, mais fonde également notre ligne sur toute une série de problèmes tactiques.

    Tout au long des années 1970, les Chinois ont répondu à cette question par la Théorie des Trois Mondes. Sous sa forme la plus développée, la Théorie des Trois Mondes arguait du fait que l'Union Soviétique était « l'ennemi principal » des peuples du monde. Elle a également indiqué que « des deux superpuissances impérialistes, l'Union Soviétique est la plus féroce, la plus sans scrupules, la plus déloyale et la plus dangereuse source de guerre mondiale, à l'offensive partout dans le monde ».

    Les Chinois ont affirmé que derrière ces développements internationaux se trouvaient des changements politiques dramatiques à l'intérieur de l'Union Soviétique. Après la mort de Staline, le révisionnisme est arrivé au pouvoir avec Khrouchtchev et Brejnev. Ceci, affirment les Chinois, a conduit à la « dégénérescence » du socialisme et à la restauration du capitalisme. Une nouvelle classe, la « classe monopoliste bureaucratique », a pris le pouvoir en URSS. Elle a apporté avec elle une économie « capitaliste monopoliste » d'État et un État de « dictature fasciste ».

    Pour le Nouveau mouvement communiste aux États-Unis qui a regardé vers la Chine, ces aspects stratégiques ont créé de graves problèmes dans la ligne politique. D'une part, la stratégie de la Théorie des Trois Mondes encourageait une défense militaire forte des États-Unis et une alliance tacite entre les États-Unis et la Chine. D'autre part, une grande partie du Nouveau mouvement communiste s'est énergiquement opposée à toute forme de suggestion que cela signifie, pour les communistes des États-Unis, un « Front populaire » avec la bourgeoisie US.

    En conséquence, une contradiction politique profonde a traversé une grande partie du Nouveau mouvement communiste. Il y avait une logique inhérente à la Théorie des Trois Mondes qui la poussait dans la direction de l'impérialisme US.

    Les effets politiques et économiques de la crise mondiale de l'impérialisme ont forcé les États-Unis, après une brève retraite provoquée par la défaite au Vietnam, à essayer de réaffirmer leur hégémonie et de regagner leur ancienne domination par une course aux armements massive et une nouvelle projection de militaires US tout autour du globe. Le « nouveau militarisme » s’appuie sur une « nouvelle Guerre froide » ravivée contre l'Union Soviétique et la « menace » communiste dans le Tiers Monde. Une politique conflictuelle belliqueuse a maintenant remplacé la détente, et a fait surgir le spectre de la guerre nucléaire en Europe.

    Clairement l'ennemi principal aujourd'hui dans le monde n'est pas l’Union Soviétique, c’est l'impérialisme des États-Unis. Pour être plus précis, ce sont les monopoles capitalistes des États-Unis. Pour les communistes américains cela signifie saisir le fait que « notre propre bourgeoisie », ici aux États-Unis, est la source la plus dangereuse de guerre et l’ennemi principal.

    Un autre ensemble de problèmes stratégiques développés par la Théorie des Trois Mondes est lié à la thèse de la «force principale» et aux périodes historiques qui étaient à la base de cette analyse. En synthèse, la Théorie des Trois Mondes a avancé l'idée stratégique que « les pays et les peuples du Tiers Monde sont la force principale qui combat l'impérialisme, le colonialisme et l'hégémonisme ». Les Chinois ont argué, pour un ensemble de raisons, que le Tiers Monde jouerait ce rôle stratégique « pendant une période historique assez longue ».

    Bien que la thèse de la « force principale » était correcte au sujet du rôle respectif du mouvement démocratique national et du mouvement ouvrier dans les pays impérialistes pendant la période entre 1950 et 1970 [les Trente Glorieuses NDLR, l’époque du « capitalisme à visage humain » pour les masses des pays développés], elle ne s'applique plus à la nouvelle période historique qui s'est ouverte dans les années 1970 en raison de la crise mondiale de l'impérialisme. Cette thèse a contribué à une sous-estimation, déjà existante, du potentiel révolutionnaire de la classe ouvrière dans les pays capitalistes avancés.

    En conclusion, nous devons considérer la thèse que le capitalisme a été restauré en Union Soviétique. C'est la racine principale de la Théorie des Trois Mondes. C'est une thèse qui nous pose également des questions au sujet de la nature du socialisme. La croyance que le capitalisme a été reconstitué en Union Soviétique vient essentiellement d'une conception idéaliste du socialisme*. En premier lieu elle oublie la longue, compliquée, et tortueuse lutte des Soviétiques pour établir le premier pays socialiste sur la planète.

    Au moment de sa naissance, la révolution socialiste en Russie a été attaquée par une invasion des forces alliées dans une «guerre secrète » contre la révolution. Puis sont venues les années dures de la récession économique et de la guerre civile suivies de la grande industrialisation des années 1930 ; et finalement une Guerre mondiale durant laquelle son territoire a été envahi, un tiers de sa richesse détruite et plus de 20 millions de ses habitants tués. L'Union Soviétique a supporté le choc de la guerre antifasciste et a joué un rôle décisif en sauvant le monde du fascisme. Tous ces événements ont eu lieu en une seule génération. Ainsi, durant son existence entière l'Union Soviétique a été soumise aux attaques de l'impérialisme occidental mené par les États-Unis. Afin de survivre, l'Union Soviétique a dû développer une défense militaire forte. Pendant la période suivant la 2e Guerre mondiale, elle a été confrontée à des États-Unis hostiles et agressifs. Confrontée à la doctrine de Truman, au plan de Marshall et à la menace constante de la bombe atomique, l'Union Soviétique s’est armée avec des armes nucléaires. Andreï Gromyko, sur l'utilisation des armes nucléaires stratégiques de l'Union Soviétique, a mis en avant une politique de « ne pas frapper en premier » que les États-Unis ont refusé d'adopter.

    L'histoire démontre que, par-dessus tout, la politique extérieure de l'Union Soviétique a été fondamentalement défensive et non-agressive. Ceci ne signifie pas que tout ce que fait l'Union Soviétique est correct ni qu'elle ne peut pas faire des erreurs sérieuses ou poursuivre des lignes erronées. Par exemple, ses relations avec la Chine et d'autres pays socialistes ont été marquées parfois par le chauvinisme et l’hégémonie. Mais ces problèmes ne font pas de l'Union Soviétique une puissance social-impérialiste*.

    Sans classe capitaliste monopoliste et sans rapports capitalistes de production* il n'y a pas de logique fondamentale et irrésistible dans l'économie soviétique qui crée un besoin d'exporter du capital et d'exploiter d'autres pays par le commerce. En conséquence, elle n'a également aucune colonie ni aucun empire à maintenir.

    Une des leçons principales que nous pouvons tirer de nos expériences avec la Théorie des Trois Mondes et des changements de la situation internationale, est la nécessité absolue de développer une ligne communiste américaine indépendante basée sur les particularités de la situation interne et internationale des États-Unis.

    Le monde tel que nous l'avons connu depuis la 2e Guerre mondiale est maintenant en grand reflux. L'impérialisme produit une nouvelle crise mondiale. Les craintes de dépression économique et de guerre sont élevées.

    Aux États-Unis il y a des signes forts que le Peuple américain commence à répondre à cette crise. En 1982, un demi-million de personnes ont manifesté pour la paix et contre la guerre. En 1983, plus d'un quart de million a marché sur Washington en mémoire de Martin Luther King et pour rétablir les mouvements de droits civiques. Au cours des dernières années, il y a également eu un certain nombre de grandes manifestations nationales de travailleurs à Washington.

    Ces événements annoncent un grand mouvement de masse concentré sur les questions de la paix, du travail et de la liberté. Une coalition de gauche, enracinée dans l'alliance de la classe ouvrière et des nationalités opprimées et composée de nombreux mouvements pour les droits démocratiques, prend maintenant forme. La crise mondiale crée des conditions favorables pour le développement d'une alliance stratégique mais les communistes des États-Unis sont dispersés, divisés et non préparés.

    Ces développements rendent plus pressant pour les communistes américains de laisser de côté les idées politiques démodées et incorrectes, afin que nous puissions commencer à donner une direction à ces tendances. Notre première étape commence par la recherche d’un processus d'unité, basé autour d'une direction stratégique qui identifie clairement l'impérialisme des États-Unis comme Centre de la réaction mondiale*, menace principale pour la paix et ennemi principal des peuples du monde.


    Harry Haywood dans le Guardian newspaper - 11 avril 1984


    *********************************

    * Un certain nombre de commentaires s’imposent :

    - Ce texte dénonce impitoyablement la Théorie des Trois Mondes.

    Il est clair que l’application de celle-ci à la lettre a dû être particulièrement difficile pour des communistes américains, vu qu’elle impliquait un quasi soutien à leur propre impérialisme et à ses alliés ou régimes laquais… Mais à partir du milieu des années 1970 (avec la nouvelle crise générale du capitalisme, en fait), on a pu observer un « resserrement des rangs » des impérialistes occidentaux (nord-américains, ouest-européens, japonais) dans une nouvelle « Grande Guerre Froide » : ainsi en France, les gaullistes partisans de « l’équilibre Est-Ouest » (Premier ministre Chirac) sont écartés et la France adopte à nouveau une politique « atlantiste » et antisoviétique. On verra pourtant à cette époque des « prochinois » soutenir l’opération impérialiste de Kolwezi contre les « mercenaires cubains et angolais du social-impérialisme »…

    - Aujourd’hui, la Théorie des Trois Mondes est unanimement rejetée par les communistes révolutionnaires, marxistes-léninistes et maoïstes. Il est démontré qu’elle n’est pas (en tout cas comme stratégie, et non comme tactique) une théorie de Mao (qui n’a reçu Nixon que dans le contexte de la déroute US au Vietnam), mais bien de LA DROITE contre-révolutionnaire du PC chinois. Celle-ci n’était pas, en effet, prosoviétique mais pro-occidentale, détournant la lutte anti-révisionniste en antisoviétisme nationaliste bourgeois et en anticommunisme. C’est pourquoi elle a été forte au milieu des années 60, avant la Révolution Culturelle, lorsque Mao avait été mis à l’écart (avec des groupes comme celui de Jacques Grippa en Belgique ou Georges Frêche en France) ; et à partir de 1971, quand l’affaire Lin Piao a permis un retour en force du centre-droit (Chou Enlai) et de la droite (Deng, à partir de 1973) dans le Parti. C’est seulement pendant la Révolution Culturelle, entre 1966 et (disons) 1973, que des groupes comme la Gauche Prolétarienne (ou les Black Panthers, ou les communistes révolutionnaires d’Italie jusqu’en 1980) ont pratiqué le maoïsme pour ce qu’il est : un renouveau de la lutte révolutionnaire à un niveau supérieur, rejetant le révisionnisme et le réformisme collabo de classe mais aussi des pratiques erronées et ossifiées de l’époque léniniste comme une lutte trop économique et centrée sur l’usine, une mauvaise compréhension des problèmes spécifiques comme le racisme, les minorités, le patriarcat (sexisme, homophobie) etc. etc... et non être des officines de perroquets de Pékin comme les PC révisionnistes à la Thorez étaient les perroquets de Moscou !

    Mais à l’époque où Haywood écrit, cette théorie n’avait encore été dénoncée que par Enver Hoxha (République populaire d’Albanie) et attribuée par lui à Mao - s’accompagnant donc d’un rejet du maoïsme ; ainsi que par Gonzalo au Pérou, et par quelques groupes relativement isolés (PCR aux USA, OCML-VP en France). Haywood tombe donc, finalement, dans le rejet du maoïsme : pas explicitement, mais à travers des thèses maoïstes fondamentales comme le rétablissement du capitalisme en URSS et le comportement « socialiste en paroles, impérialiste en actes » de celle-ci (ce qui diffère d’ailleurs de Hoxha, qui considère bien l’URSS comme impérialiste et prône un « ni-ni » systématique et borné).

    - Servir le Peuple considère qu’il y a bien eu rétablissement du capitalisme en URSS. Ce rétablissement prend sa source dans les 30% d’erreurs et de fautes (politiques et économiques) attribués par Mao à la direction soviétique (Staline, Molotov, Jdanov etc.) lors de la construction du socialisme ; et dans les conditions imposées à l’URSS (militarisation, efficacité industrielle…) par l’encerclement réactionnaire, la menace fasciste et la guerre d’extermination nazie. Il commence après la mort de Staline, de manière progressive, par démantèlement de l’économie et des rapports sociaux socialistes construits jusque-là. Il s’accélère avec la crise générale du capitalisme (à partir de 1970) et encore plus (avec la crise profonde de l’économie soviétique) à partir de 1985 (Gorbatchev). Il traverse (en URSS et dans les pays d’Europe de l’Est) une étape de quasi guerre civile (1989-91 et encore 1992-94 en Russie, en Géorgie ou en Moldavie, sans parler de la Yougoslavie), pour aboutir finalement à la situation actuelle : capitalisme sauvage, régimes oligarcho-fascistes (pro-russes ou pro-occidentaux) en Russie et dans la majeure partie de l’ex-URSS, domination impérialiste (allemande, française…) des ex-"pays de l’Est", "socialisme de marché" (ou "capitalisme social", on ne sait plus trop...) au Vietnam ou à Cuba (et en Chine, mais c’est une autre histoire).  

    MAIS il faut bien saisir l’aspect dynamique, en mouvement de ce processus de restauration ; ce n’est pas un système figé (malgré peut-être une certaine stabilisation sous Brejnev, entre 1964et 1982) et il est difficile de le caractériser par une formule simple et définitive telle que « capitalisme monopoliste d’État ».

     Pendant toute cette période (des années 1950 à 1989), la politique internationale de l’URSS envers les nouveaux pays socialistes (Europe de l’Est, Cuba, Vietnam…), les partis prosoviétiques et les mouvements de libération nationale a évolué vers l’hégémonisme politique, les relations économiques inégalitaires (division du travail dans le COMECON), le soutien aux bourgeoisies nationales et à des éléments bureaucratiques (fusion de branches de l’appareil d’État, de capital bancaire et de grande propriété terrienne) dans les pays dominés par l’impérialisme, le soutien à la lutte réformiste et parlementaire dans les pays impérialistes. A partir de 1970, la direction soviétique développe (effectivement) une politique extérieure de plus en plus agressive, à mesure que la crise mondiale ronge son « modèle » économique : la guerre de type colonial menée en Afghanistan, le soutien à la junte militaire éthiopienne contre le mouvement de libération d’Érythrée (soutenu auparavant !), le soutien à des régimes comme celui d'Amin Dada en Ouganda ou de Saddam Hussein en Irak, les bonnes relations avec des régimes fascistes compradores comme la junte de Videla en Argentine ou Ferdinand Marcos aux Philippines, constituent une pratique digne d’un pays impérialiste de fait. Mais le soutien soviétique (avec Cuba) à la lutte contre le régime d’apartheid et ses mercenaires (UNITA, Renamo) en Afrique australe, ou contre les juntes fascistes pro-US en Amérique centrale, ne devait pas empêcher de soutenir ces luttes.

    - EN TOUT CAS, quel qu’ait été le niveau d’avancement de la restauration capitaliste en URSS et la nature du régime politique (effectivement oligarchique, réactionnaire et répressif), faire de l’URSS l’ennemi principal était complètement délirant et catastrophique. Même si les USA ont « accusé le coup » après leur défaite au Vietnam (1973-80), la suite des évènements l’a démontré. Quelle qu’ait été la nature du système économique des années Brejnev ("capitalisme monopoliste d’État" etc. etc.), une chose est sûre : IL N’A PAS RÉSISTÉ à la crise mondiale. Soit directement, soit à travers les régimes ou les forces qu’elle soutenait, l’URSS a encaissé dans les années 1980 défaite sur défaite : Afghanistan, Éthiopie-Érythrée, Nicaragua et Amérique centrale, Europe de l’Est et finalement éclatement de l’URSS elle-même. La Russie du début des années 1990 est une puissance vaincue et humiliée, comme l’Allemagne des années 1920 ou le Japon des années 1950. C’est avec le « sursaut national » de Poutine (à partir de 1999) qu’elle devient ce qu’elle est maintenant : un pays impérialiste "tout court" (et non plus "social-impérialiste").

    - Aujourd’hui, un grand nombre de communistes parfois sincères (ou parfois moins…) suivent malheureusement des thèses similaires. Les partisans, on l’a dit,  des thèses de Hoxha, mais aussi  ceux de Gonzalo préconisent un « ni-ni » systématique, le refus de tout « appui » sur un impérialisme contre un autre. C’est juste, sur le principe. Mais le problème c’est qu’aujourd’hui, dans la véritable guerre impérialiste mondiale non-déclarée à laquelle nous assistons, les impérialismes rivaux ont des intérêts dans pratiquement tous les conflits du monde. Toute lutte de libération contre un impérialisme bénéficie pratiquement du soutien objectif d’un autre : même les maoïstes du Népal (contre l’Inde, soutenue par les Occidentaux) et des Philippines (contre un régime-pilier pro-US en Asie-Pacifique) sont vus d’un bon œil par la Chine… Or le « ni-ni » ne fait pas la distinction DU POINT DE VUE DES MASSES, dans un pays donné, entre ennemi principal et ennemi secondaire impérialiste.

    D’autres vont encore plus loin, et l'on voit surgir un mystérieux « bloc France-Allemagne-Russie » (les trois comparses de l’opposition anti-US en 2003 seraient donc liés pour la vie ?) opposé aux USA, ce qui les amène à soutenir objectivement les manœuvres et les crimes de l’impérialisme US (comme au Honduras) et de ses alliés (notamment Israël).

    - FINALEMENT, derrière tout cela il y a la même vision du monde erronée, la même que dans la Théorie des Trois Mondes : la vision géopoliticienne du monde. La même, il faut le dire hélas, que celle des « nationalistes-révolutionnaires » et des révisionnistes pour qui « tout est géopolitique », tout ne se conçoit qu’en terme de « blocs » : « camp de la Paix » ou « camp anti-impérialiste » contre « Empire » US (et soutien à l’Iran, à la Chine, à la Birmanie, au Soudan, etc.), « Eurasie » contre « atlantisme », etc. etc.

    S’y ajoutent d’autres théories erronée, comme celle que nous serions dans « l’offensive stratégique » de la révolution mondiale et qu’il faudrait « compter sur ses propres forces », alors que nous sommes bien évidemment au tout début de la 2e vague révolutionnaire mondiale (produite par la nouvelle crise générale depuis les années 1970) après le grand reflux stratégique des années 80-90 ; nous sommes à une époque que l’on peut qualifier de « 1905 », de renouveau et de développement des luttes et des organisations révolutionnaires (les plus abouties étant les guerres populaires maoïstes en Inde et aux Philippines), de construction des rapports de force, de luttes pas forcément sous le drapeau du communisme.

    - CONTRE CELA, Servir le Peuple a adopté dès le départ une ligne simple : LE CAMP DU PEUPLE EST NOTRE CAMP, le camp naturel des communistes. Toujours se placer du point de vue des masses populaires. Dans chaque conflit, dans chaque « grand dossier », se demander : quel est le point de vue des masses ? Quel est leur intérêt dans l'immédiat (puisque leur intérêt à long terme, tout le monde est en principe d'accord là-dessus, c'est le communisme) ?

    Cuba est-elle socialiste ? NON. Les masses cubaines ont-elle intérêt à revenir à la situation d’avant 1959 ? CERTAINEMENT PAS. Y va-t-on ? L’avenir nous le dira mais nous ne le souhaitons pas, ni ne nous en réjouirions comme une « confirmation » de nos thèses (sur le « social-fascisme » cubain ou autre…).  

    Au Honduras, Zelaya était-il un révolutionnaire démocratique, anti-impérialiste ? Pas du tout. Un bourgeois national « progressiste » ? Même pas. Tout juste un grand bourgeois propriétaire qui a fait quelques concessions sociales et démocratiques… La situation des masses est-elle meilleure depuis le coup d’État contre lui ? Soyons sérieux…  

    En Palestine, on voit mal ce qui pourrait être pire pour les masses que la situation actuelle… à part de nouveaux crimes d’Israël. La contradiction entre les masses et la résistance bourgeoise islamique est clairement secondaire.  

    En Iran, dans quel camp se trouve l’intérêt des masses ? Peut-être qu’il y aurait un certain recul de la répression et de l’oppression sexiste avec les « verts »… Mais il se peut aussi que cette « libéralisation » se limite aux classes relativement aisées et urbaines. A priori, et sans y voir beaucoup plus clair entre les propagandes respectives, on aurait tendance à dire "AUCUN".

    Pour ce qui est de savoir si, face à « l’obscurantisme religieux » des talibans, l'on devrait souhaiter la victoire de l’impérialisme en Afghanistan (sic le détraqué fasciste internétique "Oppong")… no comment.

    - Au stade de commencement de la 2e vague révolutionnaire mondiale où nous sommes, les vieilles révolutions populaires démocratiques tombées dans le révisionnisme et la liquidation comme à Cuba et les processus réformistes bourgeois comme au Venezuela, en Bolivie ou en Équateur sont des tranchées conquises par les masses de ces pays et (en fait) de tout le continent. Il n’est pas question de perdre ces tranchées, même si c’est peut-être ce qui arrivera à force d’enlisement et de trahison réformiste, ou de liquidation révisionniste (ce qu’il faut dénoncer, sans bien sûr pouvoir y faire grand-chose de plus que les masses et les révolutionnaires locaux). Avec Lénine, nous affirmons aussi que TOUTES les luttes de libération nationale (et encore plus les guerres de résistance contre une occupation impérialiste de pillage et de meurtre) doivent être soutenues inconditionnellement DU POINT DE VUE DES MASSES ; même si l'on peut en pointer les insuffisances des forces progressistes ou regretter que le drapeau ne soit pas un drapeau communiste (mais un drapeau nationaliste, réformiste ou religieux)…

    Nous ne sommes pas dans « l’offensive stratégique de la révolution mondiale » (ridicule, il suffit d’ouvrir les yeux !) mais au tout début d’une nouvelle vague révolutionnaire où se construit le rapport de force et la Guerre du Peuple pour sa libération. Toute résistance à l’oppression vaut mieux que la soumission à l’oppression, elle est le point de départ, l’étape « zéro » de la Guerre du Peuple. À mesure que les luttes sociales, populaires et de libération nationale se développent, une droite, une gauche et un centre se forment. La droite est condamnée à terme à l’échec et à la disparition, ou à se vendre et à se retourner contre les masses. La gauche doit alors se développer, se renforcer et gagner à elle ou au moins neutraliser le maximum de centristes pour passer à l’étape supérieure – et là rebelote : droite, gauche, centre... En cas d’échec de la gauche, on revient à la situation de départ – il n’est pas possible de revenir à pire. L’impérialisme agonisant et fou ne permet plus à la droite de prospérer dans l’imposture. L’URSS révisionniste n’existe plus et rien (ni Chine ni « groupe de Shanghai », ni « bloc France-Allemagne-Russie » ni projet « eurasiste » douguino-poutinien) ne peut lui être comparé en terme de prestige mis au service  de la trahison. Les PC révisionnistes, courroies de transmission de la ligne de Moscou (réformisme et légalisme dans les pays impérialistes, soumission à la bourgeoisie nationaliste dans les pays dominés), ont disparu ou sont réduits à presque rien. Toute analyse basée sur ces schémas des années 1960-80 est complètement à côté de la plaque.

    - Le monde impérialiste actuel (car plus aucun Peuple sauf peut-être au fin fond de l’Amazonie, de la Papouasie ou de quelques déserts, n’échappe à l’économie mondiale des monopoles) est issu de la grande « Guerre mondiale de 30 ans » (1914-45) et de la déroute de l’URSS en 1989-91. C’est un monde complexe fait d’affrontements et de combinaisons entre impérialismes, sans que l’on puisse parler de « blocs » stables comme pendant la Guerre Froide. Un monde finalement comparable à celui d’avant 1914.  Les États-Unis y ont un rôle « tutélaire » : si l'on comparait avec l'Europe féodale du Moyen Âge, l'on pourrait dire qu’ils sont le « roi ». Les autres impérialismes sont les « grands féodaux ». Parmi eux, certains sont loyaux au « roi » : l’Angleterre, le Japon… D’autres sont « turbulents » : la France, l’Allemagne, la Russie… D’autres sont opportunistes : le Canada, l’Italie… Certains enfin veulent carrément prendre la place du « roi » : c'est le cas de la Chine - mais elle est encore loin d’y arriver !

    Toutes les situations dans le monde doivent être étudiées au cas par cas. En ayant toujours une seule grille d’analyse : l’intérêt des masses exploitées du Peuple !

     


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