• Fascisme et crime organisé en Italie : une excellente enquête de Quartiers Libres


    Tout y est : liens avec le crime organisé (cette forme spécifique de capitalisme aux règles antiquo-médiévales et non "modernes", "des Lumières" comme le capitalisme principal) mais aussi avec les partis de pouvoir et en particulier la droite berlusconienne (se présentant même aux élections sur ses listes), trafics en tout genre (drogue, pierres précieuses), extraction sociale plutôt aisée des cadres et des militants, appui à des rébellions armées soutenues par l'impérialisme occidental contre ses rivaux, etc. etc. en dépit de la posture "révolutionnaire" affichée.

    L'Italie étant devenue ces dernières années le "laboratoire" de l'extrême-droite européenne, voilà qui devrait faire méditer ceux qui voient dans le FN et ses affidés une force "révolutionnaire" ou en tout cas "qui ne dit pas plus de conneries que les autres"... mais aussi ceux qui nient que le fascisme jaillisse de l’État et du Capital dans ce qu'ils ont du plus profond ! 

    Casapound : chemises noires, poudre blanche et brillants

    Casapound est une organisation d’extrême droite qui prétendait construire le « Fascisme du Troisième millénaire ». Depuis le 3 juillet dernier et le meurtre de Silvio Fanella, on sait désormais que derrière cette étiquette se cache une organisation qui a d’autres activités que la seule promotion du folklore fasciste italien. Les enquêtes qui se déroulent en ce moment, font apparaître clairement que la direction de Casapound et certains membres influents de l’extrême droite italienne sont impliqués dans des affaires criminelles de grande importance. Silvio Fanella était le « caissier » de Gennaro Mokbel, militant fasciste de longue date récemment condamné pour escroquerie et détournement de fond et trafic d’influence.


    Gennaro Mokbel assigné à résidence
    Gennaro Mokbel assigné à résidence

    Mokbel est aussi en lien avec des familles ‘ndranghetistes (mafia calabraise).

    Gennaro Mokbel et Franco Pugliese un "chefs supposés" devant un gâteau aux couleurs du PDL (parti de Silvio Berlusconi)
    Gennaro Mokbel et Franco Pugliese un "chefs supposés" devant un gâteau aux couleurs du PDL (parti de Silvio Berlusconi)

    Ce meurtre et l’enquête qui en découlent viennent briser l’image de militantisme alternatif que Casapound s’était créée en mettant en scène tout ses faits et gestes à grand renfort de communication sur le web. Gianluca Iannone, leader de Casapound, a nié que le tueur puisse avoir un lien avec son organisation, comme à chaque fois qu’un de ses militants tue quelqu’un. Et comme à chaque fois, les faits lui ont donné tort.

    Giovanni Battista Ceniti, un des trois responsables du meurtre de Silvio Fanella et responsable de Casapound Verbania jusqu'en 2012
    Giovanni Battista Ceniti, un des trois responsables du meurtre de Silvio Fanella et responsable de Casapound Verbania jusqu’en 2012

    En revanche il n’a sans doute pas d’explication quant à  la présence de diamants issus d’un trafic clandestin trouvés dans la maison de campagne de Fanella lors de l’enquête qui a suivi son meurtre. En quelques années, ce groupe est devenu l’exemple à suivre pour bon nombre de ses homologues européens et notamment français. Différentes tendances allant des « Jeunesses Nationalistes » à « Égalité & Réconciliation », en passant par les Identitaires ou la mouvance skinhead autour d’Ayoub et le MAS ont tous voulu avoir les faveurs et l’attention des militants transalpins. Durant des années, le nec plus ultra pour les militants nationalistes de toutes obédiences était d’avoir une reconnaissance publique des militants de Casapound. Même un vaniteux comme Soral disait que s’il était italien il serait membre de Casapound.

    Casapound a été fondée officiellement en 2008 à Rome et a connu un développement rapide ces dernières années. Ceci est tout dû à la politique d’équidistance pratiquée par les sociaux-libéraux qui dirigeaient la municipalité et qui ont permis à ce mouvement d’ouvrir des centres sociaux et ainsi de se structurer sur le territoire. Les « socialistes » italiens considéraient que les « extrêmes » étaient à traiter de la même manière.

    Gianni Alemanno jeune
    Gianni Alemanno jeune

    Puis Casapound a connu un essor considérable lors du dernier règne de Berlusconi et surtout à Rome lorsque Gianni Alemanno était maire : le petit mouvement a été protégé et arrosé financièrement. Il a bien grossi et semble avoir pris goût à l’argent et au pouvoir.

    Ce mouvement qui s’est donné des airs « populaire » et « canaille » est constitué majoritairement de personnes issues de classes sociales aisées (la percée du Blocco Studentesco , branche étudiante de Casa Pound, lors des élections a eu lieu dans les conseils d’écoles privées).

    Les dirigeants de Casapound aiment leur confort autant que la violence. Cette violence, ils l’ont exercée dans un premier temps sur les militants de gauche parlementaire molle et sur les immigrés.

    Cette violence fasciste a pour marque de fabrique la cocaïne et les armes. Elle s’épanouit dans les virages de supporters, dans les quartiers périphériques des villes. C’est logiquement que « les fascistes du troisième  millénaire » ont fait de l’argent sale.

    Ils sont issus des beaux quartiers et connaissent les milieux d’affaires mais ont aussi des réseaux dans la rue, les virages de stade, des connexions avec le monde politique italien, et un réseau international. Le col blanc et la chemise noire vont bien ensemble, ils permettent de faire un maximum de profits.

    Gianluca Ianonne en Birmanie
    Gianluca Ianonne en Birmanie 

    Karens avec le drapeau de Casapound
    Karens avec le drapeau de Casapound

    Parfois ils mettent des habits de brousse et prétextent faire de l’humanitaire (comme leurs collègues français) en Birmanie auprès des Karens chrétiens. On note au passage que la Birmanie est située dans le triangle d’or et qu’on y trouve des diamants. Cela n’a pas échappé, semble-t-il, aux fascistes du troisième millénaires et à leurs associés.

    Depuis trois ans, cette violence s’abat désormais aussi sur les militants d’extrême droite. Andrea Antonini, vice président du mouvement Casapound, se faisait « gambizzare », c’est à dire tirer une balle dans la jambe. Alors que Casapound se vantait en vitrine de faire le ménage dans un monde « moderne » corrompu, en coulisses les activités criminelles commençaient à se multiplier comme en attestaient les règlements de compte à caractère crapuleux.

    Andrea Antonini
    Andrea Antonini

    Des vieux militants fascistes des NAR des années de plomb comme Massimo Carminati (lui aussi impliqué dans cette affaire) ont fait le lien avec la nouvelle génération militante et les organisations mafieuses.

    Massimo Carminati
    Massimo Carminati

    Lorsque le financement par Berlusconi et ses sbires s’est tari, cela a incité cette mouvance à chercher de nouvelles formes de revenus (la peur du déclassement, sans doute).

    Casapound et l’extrême droite italienne en général ont fini par converger avec les organisations mafieuses. Les tiraillements générés par le partage de l’argent sale ont fait craquer le vernis « respectable » de Casapound.

    C’est ainsi que le 3 juillet 2014 le masque d’une alternative « fasciste » au libéralisme économique est tombé. Le meurtre de Silvio Fanella et l’arrestation d’un de ses meurtriers blessé sur le lieu de l’homicide ont permis de découvrir ce que beaucoup de gens faisaient semblant d’ignorer : les braves militants nationalistes trempent dans les activités criminelles les plus sales. Trafic de drogue, extorsion de fond, vols à main armée, blanchiment, escroquerie et même trafic de pierres précieuses.

     L’extrême droite italienne fait partie d’un réseau mafieux : le fasciste du troisième millénaire est en fait une sorte de yakuza, soit un nationaliste qui cherche un alibi moral à ses activités criminelles.

    Durant des années, les fascistes ont clamé qu’ils étaient à la fois une alternative à la démocratie parlementaire et surtout des incorruptibles face aux organisations criminelles. C’était un beau slogan publicitaire, dans les faits les relations entre militants fascistes et organisations criminelles existent de manière régulière depuis au moins les années de plomb. Ils ont été le bras armé de la « Démocratie Chrétienne » et donc des USA dans la lutte contre le communisme.

    Pour le pouvoir en place, dans un pays avec des structures étatiques faibles, les fascistes et les organisations criminelles ont été les fers de lance de la lutte contre les luttes sociales et les mouvements de gauche. L’extrême droite italienne est un hybride du squadrisme et du crime organisé : un agent de conservation de l’ordre social extrêmement agressif.

    L’esthétique et l’éthique fasciste et mafieuse se confondent : violence, ascension personnelle économique fulgurante pour ceux qui sont fidèles à l’organisation. La posture de rebelle qui ne remet pas en cause les injustices sociales mais permet, à grand renfort de prise de cocaïne et avec un couteau, de croire qu’on devient quelqu’un en s’en prenant à son prochain, s’est imposée au cours de la dernière décennie. Massimo Carminati ancienne figure du terrorisme d’extrême droite, braqueur de banque notoire a par exemple fait partie de la « Banda della Magliana » et sa vie a inspiré le personnage d’Il Nero de « Romanzo Criminale ».

    Entre passages à tabac et exécutions de militants politiques et syndicaux, actions contre les immigrés et leurs soutiens ou la mise en place d’attentat terroristes, sans parler des contacts avec les services secrets du temps de la guerre froide, les parallèles ne manquent pas entre le libéralisme économique sauvage pratiqué par les mafias et la défense des intérêts italiens à coups de couteaux ou de flingue par les fascistes.

    Il y a donc une certaine fatalité à voir aujourd’hui les chemises noires devenir un maillon de la chaîne du crime organisé qui empoisonne la vie quotidienne de millions de personnes.


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