• Ex-Yougoslavie


    "L'«autogestion» yougoslave, qui est soi-disant centrée sur l'ouvrier, n'est qualifiée d'ouvrière qu'en théorie, en fait, elle est anti-ouvrière, antisocialiste. Ce système, indépendamment du grand bruit que font les titistes à son propos, ne permet à la classe ouvrière ni de diriger ni de gérer.

    En Yougoslavie toute entreprise «autogestionnaire» est un organisme enfermé dans son activité économique, alors que la politique de gestion est entre les mains de son groupe dirigeant, qui, comme dans tout autre pays capitaliste, manipule les fonds d'accumulation, décide des investissements, des salaires, des prix et de la distribution de la production. On prétend que toute cette action économique et politique est approuvée par les ouvriers à travers leurs délégués. Mais c'est là uns duperie et un grand bluff. Ces prétendus délégués des ouvriers font cause commune avec la caste des bureaucrates et des technocrates au pouvoir sur le dos de la classe ouvrière et des autres masses travailleuses. Ce sont les gérants de profession qui font la loi et définissent la politique dans l'organisation «autogestionnaire», de la base au sommet, dans la république. Le rôle de direction et de gestion, le rôle économique, social et politique des ouvriers et de leur classe est réduit au minimum, pour ne pas dire qu'il a été totalement supprimé.

    Encourageant le particularisme et l'esprit de clocher, au niveau de la république et de la région jusqu'à celui de la commune, le «système autogestionnaire» a liquidé l'unité de la classe ouvrière, il a dressé les ouvriers les uns contre les autres, tant sur le plan individuel en alimentant l’égoïsme, que sur le plan collectif, en encourageant la concurrence entre les entreprises. Dans la même ligne, on a sapé aussi l'alliance de la classe ouvrière avec la paysannerie, celle-ci étant elle-même morcelée en petites exploitations privées et exploitée par la nouvelle bourgeoisie au pouvoir. Tout cela a instauré l'autarcie dans l'économie, l'anarchie dans la production, dans la répartition des profits et des investissements, dans le marché dans les prix, engendrant une inflation et un chômage d'énormes proportions.

    L'existence de la classe ouvrière à la direction du système «autogestionnaire ouvrier» en Yougoslavie est une illusion, une utopie. Dans ce système, la classe ouvrière n'est pas à la direction, elle n'a pas l'hégémonie. La dictature du prolétariat y a été liquidée, la direction de la classe ouvrière, le Parti communiste, ou la Ligue des communistes, comme le parti s'appelle dans ce pays, ne dirige ni le pouvoir, ni l'économie, ni la culture, ni la vie sociale.

    Dans ce système de confusion générale ce sont d'autres qui se sont emparés des positions politiques dominantes et dirigeantes. C'est la nouvelle caste des bureaucrates politiques et des technocrates, issue de la couche de l'intelligentsia embourgeoisée et de l'aristocratie ouvrière. Elle est à cent lieues de toute morale prolétarienne et n'est assujettie à aucun contrôle politique.

    Cette nouvelle couche bureaucratique se vante à grand bruit d'être l'ennemie de la bureaucratie étatiste, alors qu'elle est elle-même une bureaucratie encore plus néfaste et elle fleurit et se renforce dans un système économique décentralisé, qui préserve et développe la propriété privée.

    L'«autogestion ouvrière», qui a pour fondement l'idéologie de l'anarcho-syndicalisme, a produit le nationalisme au niveau de chaque république, qui a élaboré jusqu'à des lois et règlements particuliers pour défendre ses intérêts étroits. Le monopole économique des républiques, qui se réduit au monopole de leurs entreprises et de leurs trusts, s'est converti en fait en un pouvoir politique et un nationalisme républicain, qui se manifeste au niveau non seulement de chaque république, mais aussi de chaque région, commune et entreprise. Chaque individu, chaque groupe, chaque république s'efforce de s'enrichir le plus possible et le plus rapidement sur le dos des autres.

    Le nationalisme bourgeois s'est installé confortablement en Yougoslavie et le mot d'ordre «union-fraternité», qui était juste au cours de la lutte de libération nationale, lorsqu'on se battait contre les occupants et la réaction du pays pour une société nouvelle fondée sur le marxisme-léninisme, est resté, dans le système yougoslave actuel, qui divise et désagrège tout, un slogan creux et sans effet. «L'union et la fraternité» des peuples, des nations et des nationalités, des républiques et des régions ne peuvent se réaliser que dans un véritable système socialiste guidé par l'idéologie marxiste-léniniste.

    L'union fédérative yougoslave n'a pas été édifiée sur des bases marxistes-léninistes, et l'on devait nécessairement voir naître comme on l'a vu, des antagonismes nationaux. C'est le système lui-même qui engendre ces contradictions, qui alimente le séparatisme des nations et des nationalités, des républiques et des régions.

    Les copieux crédits accordés par le capitalisme mondial ont aussi agi dans ce même sens. Le fait qu'ils ont été affectés à satisfaire les goûts et les caprices bourgeois et mégalomanes de la caste au pouvoir, leur répartition inégale et sans critères sains entre les diverses républiques, ont créé, entre les républiques et les régions, des dénivellements économiques et sociaux, ce qui accentue encore plus les antagonismes nationaux.

    Le système d'«autogestion» n'aurait pas fait long feu s'il n'avait pas été aidé par deux facteurs : par l'antisoviétisme de la direction yougoslave, en fait par son antimarxisme et anti-léninisme grâce auquel elle s'est assuré le soutien politique de toute la réaction mondiale, et par l'appui économique des pays capitalistes sous forme de crédits considérables et multiformes. Malgré tout, ces deux facteurs ne sont pas parvenus à sauver ce système antisocialiste. Au contraire, ils l'ont affaibli encore davantage et l'ont poussé vers la faillite économique et politique.

    Kardelj et Tito rejetaient la faute pour l'échec de ce système et pour tous les maux qu'il a engendrés sur l'«insuffisant perfectionnement» du système lui-même, sur «le niveau encore insuffisamment élevé» de la conscience des travailleurs, sur l'existence de la bureaucratie, etc. Ils s'étaient bien rendu compte de la faillite de leur système antisocialiste, mais ils ne pouvaient plus reculer. Aussi, toutes les mesures que prit Tito de son vivant concernant la direction de la Fédération et des républiques après sa mort, ne sont-elles que des palliatifs. Avec Tito et Kardelj s'est éteinte aussi l'euphorie sur le système «autogestionnaire». Les successeurs de Tito se trouvent dans un grand désarroi et ils ne savent pas comment faire pour se tirer de la situation difficile dans laquelle est plongé leur pays. Maintenant la Yougoslavie titiste s'est engagée dans une crise grave et générale de ses structures et superstructures, dans une crise économique et à la fois politique et morale."

    Enver Hoxha, Rapport d’activité du comité central du Parti du Travail d’Albanie, Présenté au VIIIe Congrès du PTA, 1981

     

    Le Kosovo

    La situation s’est également particulièrement aggravé au Kosovo depuis les années 70. Le plan économique de 1975 affirmait que l’économie aurait une croissance de 10% plus grande au Kosovo que dans le reste du pays, en pratique cela fut 10% moins. En 1975 le revenu par tête au Kosovo équivalait à 33% de la moyenne yougoslave, en 1980 29%.

    Il ne faut donc pas s’étonner que suite au mouvement étudiant la résistance populaire fut grande là-bas. En 1981 eut ainsi lieu une grande révolte, entre 1981 et 1985 3344 AlbanaisES furent condamnéEs pour " activités séparatistes ".

    Le mouvement révolutionnaire s’organise, avec des groupes comme l’Organisation Marxiste-Léniniste du Kosovo, le PC M-L des Albanais de Yougoslavie, le Front Rouge populaire, qui s’unirent en 1982 dans le Mouvement Populaire pour une République Kosovare (LPRK).

    Le mouvement ML du Kosovo possédait alors de nombreuses bases en Allemagne et en Suisse, plus de 80 militantEs furent assassinéEs dans ces pays par les services secrets yougoslaves. En 1991 la LPRK devint le Mouvement Populaire Kosovare (LPK), considéré par les services secrets de Bavière comme " une organisation étrangère extrémiste " d’orientation " marxiste/social-révolutionnaire ". La LPK participa activement à la formation de l’UCK en 1994-1996, dont le leader Adem Demaci vient d’ailleurs de l’organisation ML du Kosovo. A l’UCK s’ajoutèrent deux groupes armés ML : le Parti Révolutionnaire Albanais (PRSH) et le MLN du Kosovo (LKCK - une scission de 1986/1993 de la LPRK/LPK).

    A partir de 1996 les groupes liés aux AlbanaisES des USA, orientés à l’extrême-droite, s’unirent à l’UCK. Pourquoi ? Tout d’abord parce que les impérialistes ont échoué à construire un groupe armé totalement contrôlé : les forces armées de la république du Kosovo (FARK) n’ont pas tenu la route face à l’UCK, qui a liquidé leur chef Ahmet Kransniqui. D’où la nécessité pour les impérialistes de conquérir l’UCK.

    Le second point fondamental est l’idéologie des groupes ML du Kosovo, qui se fonde sur les analyses d’Enver Hoxha, et non de Mao-Tsé-Toung. D’où une politique révisionniste de " front " dont la direction est abandonnée à la bourgeoisie.

    Ainsi, en mars 1999 le leader Adem Demaci fut démis de son poste avec d’autres. Il s’était prononcé contre la capitulation devant l’OTAN et pour une lutte commune des Serbes et des Albanais contre l’intervention impérialiste et pour une fédération.

    Au niveau militaire le leader Suleiman Selini, pro-Demaci, fut remplacé par Agim Ceku, formé par un organisme proche du pentagone.

    Quant à la LPK, après Rambouillet, elle remplaça le mot d’ordre de son journal " longue vie au marxisme-léninisme ! " par " Nato thank you " et a cessé de vendre les livres de Hoxha.

     



    Apprendre de l'histoire de la Yougoslavie "socialiste" pour combattre le réformisme et rejeter le nationalisme !

    Article paru dans Front Social n°14


    "Seuls les gens qui ont une vue subjective, unilatérale et superficielle des problèmes se mêlent de donner présomptueusement des ordres ou des instructions dès qu’ils arrivent dans un endroit nouveau, sans s’informer de l’état de la situation, sans chercher à voir les choses dans leur ensemble (leur histoire et leur état présent considéré comme un tout) ni à en pénétrer l’essence même (leur caractère et leur liaison interne) ; il est inévitable que de telles gens trébuchent ". (Mao)

    Contrairement à en Italie, l’opposition à l’intervention impérialiste en Yougoslavie n’a pas été conséquente en France.

    Les raisons sont des problèmes organisationnels, mais également théoriques et idéologiques.

    On a pu voir des révolutionnaires soutenant unilatéralement la cause kosovare, particulièrement ceux et celles qui luttent en Corse et en Bretagne. Par méconnaissance du marxisme, ils/elles n’ont pas compris qu’un Mouvement de Libération Nationale devait être guidé par les communistes, sans quoi il pouvait se vendre à l’impérialisme (pourtant l’OLP avait été un " bon " précèdent).

    D’autres en sont arrivés à soutenir d’un bloc la Yougoslavie, niant également le fait que ce pays soit dominé par une bourgeoisie menant une politique populiste et nationaliste. Comme si cela était l ‘intérêt des prolétariats de Yougoslavie de renforcer l’idéologie grand-serbe.

    Nous publions ainsi ce document permettant une compréhension générale de la situation.

    Faisons avancer ensemble le niveau des révolutionnaires, sans quoi c’est la condamnation à l’impuissance face aux politiques impérialistes !

    Tito n’a jamais été un " grand leader du tiers-monde ", et la Yougoslavie comme un pays " socialiste " ayant cherché une voie " autogestionnaire ", démocratique, et multinationale, est un mythe contre-révolutionnaire !


    1945-1948 : du mouvement de libération nationale à la répression contre la classe ouvrière et la rupture avec les pays socialistes

    La guerre antifasciste menée par les communistes de Yougoslavie a été historiquement un immense succès ; la bourgeoisie était totalement discréditée pour sa collaboration ; les communistes étaient solidement organiséEs sous l’impulsion de l’Internationale Communiste.

    Né en 1936/1937 de l’entente entre le PC de Slovénie (d’Edouard Kardelj), le PC de Croatie (de Tito) et le comité provincial serbe (de Rankovic) qui devint une union en 1941, le PC de Yougoslavie (PCY) avait organisé des comités populaires (antifascistes), qui assumèrent la formation d’une nouvelle administration.

    Mais comme le souligne le théoricien du nouvel Etat yougoslave, Eugène Varga, " ce n’est pas la dictature de la bourgeoisie, mais ce n’est pas non plus la dictature du prolétariat.

    L’ancien appareil d’Etat n’a pas été brisé comme ce fut le cas en Union soviétique, mais il se renouvelle par l’absorption constante de partisans du nouveau régime ".

    Cette administration ne se voulait néanmoins pas socialiste, mais seulement antifasciste, et dans le premier gouvernement (formé par Tito le 7 mars 1945) on retrouve des monarchistes. En août de la même année se rajoutèrent au comité antifasciste de libération populaire des membres " non compromis " du parlement d’avant-guerre.

    Le PCY n’applique de fait pas la dictature du prolétariat, il a au contraire une interprétation extrêmement opportuniste de la notion de " démocratie populaire ", inventée par Georgi Dimitrov (chez Dimitrov lui-même la notion est insuffisante). Cette interprétation yougoslave sera de fait mise également en pratique dans les autres pays de l’Est après la mort de Staline et l’avènement de Khroutchev.

    En pratique le PCY n’a pas de programme, seulement une pratique opportuniste. Il suit le front populaire au lieu de le conduire. Les interventions politiques passent toujours par le front populaire, nouveau nom du MLN de Yougoslavie, jamais par le PCY.

    Ce refus de la dictature du prolétariat se retrouve dans la politique agraire. La propriété privée est conservée, il est possible d’acheter et de vendre des terres, il y a des grands propriétaires employant des gens, etc.

    Le PCY considère la paysannerie comme un bloc, rejetant la thèse de Lénine comme quoi " la petite exploitation individuelle engendre constamment, chaque jour, chaque heure, spontanément et à une grande échelle le capitalisme et la bourgeoisie ".

    Pour le PCY, au contraire, " les paysans sont le fondement le plus solide de l’Etat yougoslave ". C’est la même interprétation du développement économique que Boukharine, qui considérait que le processus de socialisation était marqué non par un accroissement mais par un affaiblissement des luttes de classe.

    De fait, le PCY n’est pas un parti communiste authentique.

    Le Kominform, rassemblant les Partis Communistes, constatera ainsi en 1948 que " dans le Parti [Communiste de Yougoslavie] il n’y a pas de démocratie à l’intérieur du parti – le principe du vote n’est pas réalisé – il n’y aucune critique et autocritique ".

    L’ensemble de la direction est coopté, le PCY conserve les méthodes utilisées dans l’illégalité, alors qu’il est au pouvoir depuis plusieurs années. Les réunions du PCY se font clandestinement, le parti n’apparaît jamais aux yeux des masses, " un tel type d’organisation du Parti Communiste yougoslave ne peut pas être défini autrement que comme sectaire-bureaucratique.

    Cela amène la liquidation du parti comme organisme créatif et indépendant, et développe dans le Parti des méthodes militaires de direction, similaires aux méthodes propagées par Trotsky en son temps ".

    La critique précise du PCY par le Kominform obligea la clique de Tito-Kardelj-Rankovic mener une répression brutale contre les marxistes-léninistes. Au moins 8500 révolutionnaires furent emprisonnéEs, l’ancien partisan Vladimir Dapcevic notamment sera emprisonné, s’enfuira en 1956, sera enlevé par les services secrets yougoslaves à Bucarest en 1975 et condamné à mort en 1976 (peine commuée en 20 ans de prison).

    De même, Mileta Petrovic sera condamné à nouveau en 1978 à vingt années de prison pour ses positions en faveur des critiques du Kominform.

     

    1948-1960 : l’instauration du régime titiste

    "Alors que les réunions quant au PCY en juin 1948 constataient le passage de la clique Tito-Rankovic de la démocratie et du socialisme au nationalisme bourgeois, durant le laps de temps nous séparant de ces réunions s’est réalisé le passage de cette clique du nationalisme bourgeois au fascisme et la trahison ouverte des intérêts nationaux de la Yougoslavie " (Boljsevik n°22).

    Pourquoi est-ce que les pays socialistes considèrent-ils la Yougoslavie d’après 1948 comme un pays fasciste ?

    Suite à la critique du Kominform, les dirigeants du PCY liquidèrent les marxistes-léninistes, et menèrent une grande campagne contre l’URSS et le marxisme-léninisme. L’anticommunisme fut masqué sous le discours des " voies propres au socialisme ", de l’autogestion et de " l’indépendance nationale ", en fait le nationalisme ; le PCY prétend même que la " liquidation des éléments capitalistes en Yougoslavie " va être menée.

    Il faut en effet " distinguer deux choses.

    D’une part la lutte pour l’indépendance nationale selon la conception du prolétariat et de son parti qui associe obligatoirement la lutte de libération nationale à la libération sociale des travailleurs, à la lutte contre l’impérialisme sur une échelle mondiale et par conséquent la fidélité aux vœux de l’internationalisme prolétarien (front unique avec l’URSS et les autres forces révolutionnaires).

    D’autre part " l’indépendance nationale " selon la conception bourgeoise, opportuniste et nationaliste, dans le sens d’un exclusivisme et d’un isolement national vis-à-vis de la lutte commune des peuples (...).

    La clique nationaliste de Tito s’est ravalée justement jusqu’à cette conception bourgeoise de la question de l’indépendance nationale ".

    Cette déviation nationaliste se retrouve au niveau économique. Est parlé de " pouvoir aux travailleurs ", mais en pratique, les comités ouvriers sont fondés par la force (comme dans les pays fascistes) et la direction est nommée et contrôlée.

    Les tâches des comités sont les mêmes qu’en Europe occidentale : discipline, qualité, normes de travail, productivité...

    L’orientation générale est la cogestion. Dès 1950 les prix de vente fixés par l’Etat disparaissent, les tracteurs sont vendus aux " coopératives ", et ces dernières sont liquidées en 1952 (elles sont 6904 fin 1951, 1258 fin 1953). EN 1969 278.000 paysans possèdent 3,5 millions d’hectares, alors que 1.027.000 n’en possèdent à 0,9. L’Etat yougoslave défend les koulaks, qui ont organisé l’agri-business, c’est-à-dire des grands conglomérats (comme le PKB).

    La politique d’" autogestion " permet également de dégraisser l’administration de 100.000 personnes, et d’intégrer les mécanismes du marché. En effet, les entreprises autogérées –les travailleurs amenant d’ailleurs les capitaux - se concurrencent, peuvent se racheter, et suivent le principe des 3 " s " : " self-management, self-financing, self-accounting".

    Au niveau de la politique étrangère, le PCY se rapproche de l’Inde et de l’Egypte, mais surtout des USA, qui fournissent des crédits dès 1949, et de l’Angleterre. Le soutien aux partisans grecs est stoppé, et lors du conflit coréen le PCY se prononce en faveur du Sud.

    En novembre 1952 le PCY se dissout et devient la Ligue des Communistes de Yougoslavie ; en février 1953 le front populaire devient l’alliance socialiste.

    Le succès total de la politique droitière amena néanmoins une instabilité politique pour la clique Tito-Rankovic.

    L’abandon de la structure monolithique du " Parti " fut demandé, et de septembre 1953 à janvier 1954 Milovan Djilas publia une série d’articles sur la Yougoslavie qui eurent un écho important.

    Djilas était le vice-président depuis 1945 et le responsable de la propagande. Il avait été le théoricien de l’attaque contre le marxisme-léninisme, notamment avec son article " L’URSS – mythe et réalité " publié le 20 novembre 1950.

    Il y affirmait que l’URSS était un capitalisme d’Etat contrôlant des Etats satellites, et qu’elle ne comprenait pas plus d’éléments socialistes que les pays capitalistes occidentaux.

    Dans ses nouveaux articles Djilas considérait que la Yougoslavie avait suivi le même chemin que l’URSS, ce qui allait trop loin pour la direction yougoslave, d’autant plus qu’en URSS la clique de Khroutchev menait la même politique que Tito.

    Djilas fut envoyé en prison, et de nouvelles relations fraternelles prises avec l’URSS à nouveau " grand pays socialiste ", tandis que l’URSS de Khroutchev reconnaît la voie spécifique au socialisme de la Yougoslavie.

    Une politique étrangère commune fut faite en direction de pays considérés comme " non-capitalistes " comme l’Indonésie, l’Inde et l’Egypte. La Yougoslavie fit alors l’apologie du Xxème Congrès du PCUS et accentua ses relations économiques avec l’occident, la CEE notamment, ce qui amena une progression de l’économie.

    Les déséquilibres s’exprimant de plus en plus amenèrent la direction à mener une politique ultra-libérale à partir de 1960.

     

    1961-1971 : l’ultra-libéralisme

    La Yougoslavie est dans cette période à cheval entre deus blocs.

    D’un côté des relations (1962) et une association (1964) sont faites avec le COMECON, de l’autre avec la CEE (1970). Idéologiquement ses positions sont alors également " entre les deux " blocs : au congrès philosophe de Bled en 1960 se dessine la ligne officielle, se revendiquant du jeune Marx, de Luxembourg, Lukacs et Bloch.

    Et en 1965 est officialisée la nouvelle thèse économique, exprimée par Branko Horvat : 30% d’Etat, 70% d’économie de marché.

    Les prix sont ceux du marché mondial, la concurrence joue totalement, le fond central d’investissement est aboli, le système bancaire décentralisé, et à partir de 1967 des joint-ventures sont autorisées (avec une participation étrangère maximale de 49%).

    La résistance populaire commença alors à s’exprimer. Au Kosovo en 1966 tout d’abord, puis avec des grèves de masse en 1966 et 1967, et enfin avec de grandes révoltes étudiantes en juin 1968. Celles-ci ne réussirent néanmoins à rien, la répression frappant lentement mais sûrement.

    La ligne idéologique était petite-bourgeoise, la critique du régime se fondant sur l’école de Francfort (Marcuse, Adorno, Habermas) et l’école de Budapest (disciples de Lukacs), mettant artificiellement dos à dos fétichisme de la marchandise et fétichisme de l’Etat, sans comprendre la nature réelle de la société yougoslave.

    Ce sont les camarades de Chine qui ont le mieux saisi la nature de la philosophie " socialiste " yougoslave : " Les points de vue révisionniste qui se manifestent depuis quelques années diffèrent évidemment du révisionnisme du passé.

    Ils ont fait leur apparition dans une nouvelle conjoncture historique et sous le mot d’ordre d’opposition au " stalinisme ". Mais si on les considère en fonction de leur aspect fondamental – le rejet du contenu révolutionnaire du marxisme – ces opinions sont essentiellement les mêmes que le révisionnisme du passé...

    Le marxisme-léninisme soutient par exemple que la transition vers le socialisme ne peut se réaliser que par la lutte révolutionnaire du prolétariat, la transformation de la propriété privée capitaliste en propriété commune socialiste et la suppression du régime capitaliste.

    Or il y en a qui soutiennent que le capitalisme d’Etat et la nationalisation de certaines entreprises dans les pays capitalistes constituent une forme de transition du capitalisme vers le socialisme et signifient la négation de la propriété capitaliste.

    Ils prétendent même que la société humaine dans son ensemble progresse vers le socialisme parce que la nature des moyens modernes de production, en particulier l’énergie atomique et l’automation, exigent la création de rapports socialistes de production.

    C’est-à-dire que le socialisme se développera de pair, dans le cours naturel des choses, avec le développement de la socialisation de la production dans l’économie capitaliste ".

    De fait, le régime yougoslave continue son implosion: en 1969 c’est le nationalisme croate qui réapparaît, se structurant fortement chez les étudiants entre 1970 et 1971. 1970 : l’année de la venue de Nixon. 1971 : l’année de la venue de Brejnev.

     

    1971-1980 : l’implosion du mythe titiste

    L’année 1971 est marquée par de violentes révoltes en Croatie ; l’association culturelle Hrvatska Matica gagna en influence et en membres ; l’Eglise catholique se lance évidemment également dans la partie, ainsi que d’anciens activistes du parti paysan de Macek.

    En octobre 1971 des étudiants croates marchent dans Vukovar avec des slogans et des chansons nationalistes.

    Le mouvement fut toléré par la partie croate de la Ligue des Communistes de Yougoslavie, tandis que la partie serbe attaquait la politique " anti-serbe " des Croates et des Albanais. En Suède des fascistes croates exilés assassinèrent l’ambassadeur de Yougoslavie.

    Le mouvement nationaliste croate exigeait l’abandon de " l’armée populaire yougoslave " au profit d’armée liée à chaque république et exigèrent d’avoir une représentation à l’ONU.

    De fait, la revendication croate était légitimé par le fait que 80% des officiers de l’armée ont toujours été serbe.

    Mais il s’agit d’un mouvement allant à contresens : au lieu de demander une égalité entre nations, le mouvement croate exige plus d’autonomie, plus de décentralisation, plus de libéralisme et plus d’indépendance des républiques.

    L’Etat yougoslave réagit violemment : interdiction de Hrvatska Matica (et de son journal Tjednik, qui tirait jusqu’à 100.000 exemplaires), interdiction de travailler pour les étudiantEs et les intellectuelLEs dissidentEs ; en Bosnie des affrontements eurent lieu entre la police et des groupes armés croates fascistes.

    A cela s’ajoutent de très nombreux problèmes économiques.

    La seule solution pour Tito est la course en avant, c’est-à-dire de se tourner vers les deux blocs, et de freiner sa propre politique de décentralisation, tout en satisfaisant diverses revendications culturelles.

    Lors du 10ème congrès de la LCY en mai 1974 fut instauré un Comité Central (pourtant aboli en 1963), la LCY est présenté comme " le seul représentant légitime des classes travailleuses", et Tito est chef du parti... à vie.

    L’Etat commence alors à mener une répression tout azimut. Le mouvement d’opposition n’est il va de soi pas que nationaliste, même si celui-ci est puissant. Ainsi, un PC clandestin et marxiste-léniniste est réprimé au Monténégro.

    L’armée commença alors à intervenir directement dans le jeu politique, et organisa à partir de la 11ème conférence de la LCY des " comités de défense populaire générale et d’autodéfense socialiste ".

    Mais cela ne suffit pas à renverser la tendance. A partir de 1978 les mouvements nationaux reprennent, et la mort de Tito en mai 1980 marque la fin d’une époque.

     

    1981-1991 : l’implosion de la Yougoslavie

    La politique de décentralisation, de politique " entre les deux blocs ", ne pouvait pas avoir de sens.

    La concurrence entre l’impérialisme occidental et le social-impérialisme soviétique ne pouvait laisser de terrain " neutre " alors qu’un des protagonistes s’affaiblissait.

    De fait, la Yougoslavie est tombé du côté des terres appropriables par l’impérialisme occidental.

    L’implosion du système titiste, tout entier fondé sur l’équilibre entre les deux blocs, ne pouvait qu’aboutir à une intervention impérialiste directe, puisqu’il n’y a pas d’organisation révolutionnaire capable de libérer les peuples opprimés tout en unifiant les nations sur une base d’égalité.

    La crise économique a dominé toutes les années 80. En 1983 le Yougoslavie n’est plus solvable, en 1986 l’inflation est de 70%. Deux tendances exprimèrent des " solutions " :

    Les nationalistes serbes entendaient conserver un peu de " socialisme " et renforçaient leur pouvoir politique ;
    Les nationalistes croates et slovènes avançaient des thèses libérales afin de gagner en indépendance.
    De nombreuses grèves ont lieu : 174 en 1982, 696 en 1985 et 900 notamment en 1987 (la plus grande grève depuis 1945).

    Le nationalisme ne cesse également de grandir. Le 1er mars 1987 est publié un " programme national slovène ".

    Par la suite, les mouvements indépendantistes triompheront et la guerre en Yougoslavie aboutira à l’indépendance de la Croatie (aidée par les USA et surtout l’Allemagne) et de la Slovénie (aidée par l’Autriche et l’Allemagne).

     

    Lire aussi la brochure de l'OCML-VP consacrée au conflit de 1992-95

     


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