• Encore une fois sur le (n)PCI et Beppe Grillo

     

    210284 0 1En tant que communistes révolutionnaires de libération occitane, opérant géographiquement au sein de l’État français, nous gardons toujours un regard attentif sur les Peuples voisins (et culturellement frères) de l’État espagnol et de l’État italien (dans lesquels se trouvent d'ailleurs quelques vallées de langue et de culture d'òc). C'est ainsi que nous nous sommes fréquemment exprimés (ou avons retranscrit des opinions communistes locales) sur le mouvement en faveur de l'indépendance de la Catalogne, les événements en cours au Pays Basque (1 et 2) etc. etc.

    Nous avons aussi (au début surtout) beaucoup traduit de textes du (nouveau) Parti communiste italien ainsi que leur très intéressant Manifeste Programme ; et nous avons déjà eu l'occasion de nous exprimer sur leur "soutien" (c'est plus compliqué que cela...) au Mouvement 5 Étoiles (M5S) de Beppe Grillo, pour exprimer notre désaccord avec leur ligne sur ce point (ce n'est pas non plus le seul). Dernièrement (ici en italien) le (n)PCI s'est fendu d'un nouvel article dans lequel il décrit le M5S [qui après des résultats plutôt décevants aux européennes (perte de 3 millions de voix par rapport aux législatives de février 2013) a finalement joint ses élus... à ceux du souverainiste fascisant anglais Nigel Farage* (arrivé en tête au Royaume-Uni comme le FN ici)] comme "à la croisée des chemins", et se désole du fait qu'il ne semble pas souhaiter prendre la tête d'un Gouvernement de Bloc Populaire.  

    Du fait de cette proximité que nous avons assumé et assumons encore avec de nombreuses conceptions du (n)PCI, il est donc nécessaire de clarifier encore une fois notre position sur le M5S et l'attitude du (n)PCI à son égard.

    En définitive, si l'on va au fond du fond, on peut présenter les choses de cette manière : dans toutes les grandes bourgeoisies européennes (que ce soit dans les États monopolistes-impérialistes ou dans les États, à divers degrés, "vassalisés" et dominés par le Capital des premiers) il y a une fraction majoritaire qui estime que la solution à la crise générale du capitalisme est dans ce que l'on appelle la construction européenne, dans laquelle il faut "aller de l'avant" (ce qui est généralement lié à "libéraliser" l'économie au sens friedmanien) ; et une fraction minoritaire (quoique quasi-majoritaire dans certains États comme le Royaume-Uni) qui considère que la solution est au contraire de revenir aux souverainetés, aux frontières, au protectionnisme, à l'"État-stratège" supervisant l'économie etc. etc**. En France, le Front National est la principale expression politique de cette fraction. Aux Pays-Bas il y a Geert Wilders, au Danemark le Parti populaire danois, en Autriche le FPÖ. Au Royaume-Uni, c'est l'UKIP de Nigel Farage car le Parti conservateur est partagé entre les deux fractions et mène donc une politique hésitante et peu lisible sur le sujet. En Allemagne, pays de l'européisme par excellence, a surgi aux dernières élections le mouvement "Alternative pour l'Allemagne". Dans tous ces cas que nous venons de citer, quant aux rapports entre l’État (expression politique du Grand Capital) et les masses populaires ("questions démocratiques") c'est une vision autoritariste, répressive, à la droite de la droite qui prédomine, tandis que sur le plan "économique et social" ces formations prônent "l'économie de marché" comme horizon indépassable mais avec "du social", dont la sortie de l'UE et l'expulsion des immigrés seraient justement la garantie.

    Et en Italie, c'est donc désormais et pour une durée indéterminée le M5S qui joue ce rôle. Auparavant, les formations néo-fascistes n'avaient pas pu l'assumer car l'assumer implique justement de "faire sa mue", de se dépouiller des références trop voyantes aux régimes fascistes du siècle dernier. La Ligue du Nord l'a un peu assumé mais, par ses fondements politiques mêmes, elle n'était pas capable de s'étendre plus au sud que la Toscane. Le MSI, en "faisant sa mue" avec Gianfranco Fini et en devenant l'Alliance Nationale, s'était rallié à l'idée européiste. Et puis, avec l'Allemagne, l'Italie était aussi l'autre grand État monopoliste du continent qui trouvait particulièrement son intérêt dans la construction européenne, laissant peu de place au "créneau" politique du souverainisme... Jusqu'à ce que la crise la rattrape et la jette dans le "club" infâmant des "PIIGS" (dont elle est le deuxième I avec l'Irlande).

    Beppe_Grillo-e-il-movimento-5-stelle.jpgDonc, après avoir commencé comme un mouvement "citoyenniste" et "indigné" fourre-tout un peu dans la continuité des No Berlusconi Day etc., tendant la main aussi bien aux No TAV qu'à Casapound, le M5S a finalement trouvé son "créneau" politique dans ce rôle ; bien qu'il se différencie légèrement des "droites populistes" vues précédemment quant à la gestion ultra-réactionnaire de la société (Grillo a cependant tenu des propos clairement réactionnaires sur les immigrés, l'homosexualité etc. et ce n'est pas le fait d'être "écolo" ou de prôner la démocratie directe qui contrebalance cela). Point à la ligne. Il ne jouera plus jamais un autre rôle. Il n'y a donc rien d'étonnant à ce qu'il siège sur les même bancs que l'UKIP au Parlement de Strasbourg. Il exprime, avec le côté "baroque" et théâtral qui relève de la formation psychique nationale transalpine, une pure contradiction au sein de la bourgeoisie. Il n'est d'aucune utilité aux masses populaires, pour lesquelles la seule chose utile est désormais de s'en rendre compte (3 millions de personnes l'ont déjà fait) ; et à mesure qu'il assumera ce rôle de manière croissante, ses conceptions (problème = "l'Europe", "l'ultra-libéralisme", "les 1%" et non le capitalisme en soi) vont de plus en plus s'aligner sur celle du FN ou du UKIP. Le fait qu'il ait émergé de manière un peu particulière, comme un mouvement pratiquement classable à gauche (ce qui était également, en 1919, le cas du mouvement fasciste de Mussolini !), ne se résoudra pas autrement que par l'éloignement de lui de la plupart des personnes progressistes (comme beaucoup se détournèrent, en 1920-21, du fascisme mussolinien) pour former les nouveaux Arditi del Popolo (des Grillini del Popolo en quelque sorte, du nom des partisans du M5S). Le fait qu'il n'ait pas, contrairement au Parti fasciste de Mussolini, les caractéristiques d'un véritable parti de mobilisation réactionnaire de masse pourra se résoudre en rejoignant ou en se rattachant à un parti ayant ces caractéristiques (la politique bourgeoise italienne a la culture de la coalition).

    Dans l’État espagnol a surgi le mouvement Podemos, plus ou moins issu des Indignad@s, qui affiche quand à lui sans ambiguïté des références de gauche car là-bas c'est surtout  la petite et moyenne bourgeoisie qui compose la bourgeoisie anti-UE (la construction européenne n'ayant pas vraiment d'opposants dans la grande bourgeoisie) ; et lorsque la petite bourgeoisie s'organise par et pour elle-même elle le fait avec des références de gauche, allant parfois jusqu'à revendiquer la république (par un référendum, pas par un "match retour" armé contre les monarchistes, il ne faut pas exagérer !). Cela lui permet aussi de jouer un autre rôle (fondamental outre-Pyrénées) qui est celui de la "gauche radicale" caution du régime, conjointement au P'c'E/Gauche Unie et en espérant un jour prendre sa place. C'est encore autre chose. 

    Ceci étant clarifié, cela ne signifie pas une "rupture" et des relations antagoniques de notre part avec le (n)PCI, que nous continuons à considérer comme ayant réalisé un grand apport (si ce n'est pas quasiment le seul) à la pensée communiste ouest-européenne des années post-1989, et dont nous continuons à partager certaines positions comme celle sur le mouvement des Forconi, contre d'autres camarades (le PC maoïste d'Italie, que nous considérons également comme des camarades) dont la position sectaire et anti-matérialiste (voir les choses comme des réalités "figées", sans origines ni possibles devenirs) rappelait hélas celle de beaucoup ici sur le mouvement breton des "Bonnets rouges".

    Nous continuons à défendre (et à partager !) leur vision subtile de la complexité des choses contre ceux pour qui "garder le temple" de leurs vérités "irréfutables" fait office de "pensée" politique... ou de Lexomil contre leurs névroses de petits bourgeois occidentaux (c'est selon), et face à la réalité du monde les conduit toujours inévitablement dans la réaction - inutile de nommer une fois de plus l'exemple le plus emblématique, désormais dans le soutien quasi-ouvert à la politique réactionnaire "néo-clemenciste" de Manuel Valls et aux provocations de la LDJ.

    Et nous sommes convaincus que si demain, ce qu'il reste du M5S se met à agir activement en nouvelles Chemises Noires, le (n)PCI saura réaliser son erreur et la rectifier en se tournant notamment vers les très nombreuses personnes qui, ayant un temps soutenu Grillo, n'accepteront jamais une telle chose.

    Comme disait Lénine au sujet de Rosa Luxemburg : "les aigles peuvent parfois voler aussi bas que les poules, mais les poules ne s'élèveront jamais à la hauteur des aigles" !

     

    * Ce choix a cependant suscité de vives tensions au sein du mouvement, dont beaucoup de membres de culture politique progressiste auraient plutôt vu un rapprochement logique avec les Verts-ALE (le M5S est très militant sur les questions environnementales, l'opposition au TAV etc.), ou pourquoi pas avec les indignad@s de Podemos... rien n'assurant cependant que les frasques populistes réactionnaires (xénophobie, homophobie, discussions avec Casapound) de Grillo l'auraient permis !

    ** Telle est de plus en plus notre conviction. Le camp de la bourgeoisie se partage en définitive en trois conceptions du monde : une "gauche" qui est l'héritière de la social-démocratie et du radical-socialisme le plus avancé ; un centre où ce côtoient les héritiers du radicalisme, de la démocratie-chrétienne et du libéralisme tocquevillien (ou encore du "gaullisme social") et une droite réactionnaire. Le centre est unanimement europhile voire fédéraliste, son clivage est simplement entre tradition radicale "laïque" et tradition démocrate-chrétienne. La "gauche" et la droite, elles, sont partagées entre européistes plus ou moins radicaux et eurosceptiques. Le seul vrai clivage entre l'aile droite (de plus en plus majoritaire) de l'UMP et le FN, il est là. Il n'y en a pas d'autre. La haine, par exemple, du prolétaire d'origine extra-européenne est la même ; simplement le FN pointe du doigt qu'avec l'Europe on ne peut pas correctement contrôler les frontières et donc l'immigration, et que l'UMP n'est donc pas sincère. Et le seul vrai clivage entre Mélenchon et Hollande est là aussi, le premier arguant (non sans raison) qu'avec l'Europe on ne peut pas lutter correctement contre les inégalités... sauf que tout cela n'est plus du tout crédible. La droite a pris un ascendant idéologique total sur la société, au point que les personnes aspirant à "plus de social" se tournent vers le FN et non vers Mélenchon. Si elle veut gouverner lorsqu'elle arrive au pouvoir, la "gauche" doit mener une politique centriste guère différente de celle que mènerait un Juppé ou un Borloo. C'est la conséquence de l'hégémonie intellectuelle "UMPFN", mais tout le paradoxe et que l'on va encore le lui reprocher et les masses populaires vont encore plus se tourner vers la droite ou le FN...

     


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