• Encore une fois sur la question du fascisme (22/10/2012)


    La question de la caractérisation du fascisme est une question qui traverse le mouvement communiste (si l’on fait débuter celui-ci avec la Révolution russe de 1917, et que l’on parle de ‘mouvement socialiste’ antérieurement) pratiquement depuis ses origines.

    Ici même, sur Servir le Peuple, nous avons abordé récemment la question de la caractérisation comme ‘fascistes’, par certaines organisations maoïstes d’Amérique du Sud, des régimes de type Chavez, qui sont selon SLP des gouvernements réformistes bourgeois (résultant de la pression des ‘mouvements sociaux’ sur l’oligarchie, de l’ingouvernabilité générée – parfois – par ces mouvements sociaux, et éventuellement de l’émergence de ‘nouvelles couches’ et d’aspirations ‘émergentistes’ à tous les niveaux de la bourgeoisie – petite, moyenne, grande), démago-populistes, ‘endormeurs’ redistributifs des luttes ouvrières et populaires, social-traîtres, tout ce que l’on voudra, mais pas fascistes. Il ne s’agit pas là, pourtant, d’une élucubration groupusculaire, mais bien de la thèse d’Abimaël Guzmán ‘Gonzalo’, du Parti communiste du Pérou ‘Sentier Lumineux’ ; selon lequel ce qui caractérise principalement le fascisme, ce n’est pas la répression terroriste et systématique (policière, militaire et paramilitaire) de tout mouvement de masse organisé, révolutionnaire ou progressiste, associé à une certaine mobilisation de masse (par la propagande, l’appel à la délation, l’embrigadement dans des organisations de masse réactionnaires et/ou paramilitaires), mais AVANT TOUT la négation de la lutte des classes au profit d’une fraction de la bourgeoisie, à travers un discours (et un programme) ‘social’ en direction des classes populaires. En Amérique latine, ce ‘fascisme’ serait l’expression d’une branche spécifique de la grande bourgeoisie, la bourgeoisie bureaucratique qui prospère à travers l’appareil d’État, tandis que les dictatures militaires réactionnaires comme au Chili (Pinochet) ou en Argentine, les golpes réactionnaires comme au Honduras en 2009 ou la tentative de 2002 au Venezuela, seraient l’expression de la classe compradore.

    dimitrovIl s’agit là, c’est le moins que l’on puisse dire, d’une thèse en ‘rupture’ avec la définition ‘classique’ du fascisme, celle donnée par l’Internationale communiste de Dimitrov en 1934 : "le fascisme est la dictature ouverte, terroriste, des éléments les plus réactionnaires et les plus impérialistes du capital financier" (ou, fort logiquement, des agents de ces éléments dans les pays dominés comme ceux d'Amérique du Sud). Dimitrov mettait également en garde contre le ‘schématisme’ qui, selon lui, ‘’désoriente le prolétariat dans la lutte contre son pire ennemi’’ [N'est-ce pas une manifestation de cette attitude schématique que l'affirmation de certains communistes assurant que l' « ère nouvelle » de Roosevelt représente une forme encore plus nette, plus aiguë de l'évolution de la bourgeoisie vers le fascisme que, par exemple, le « gouvernement national » d'Angleterre ? Il faut être aveuglé par une dose considérable de schématisme pour ne pas voir que ce sont justement les cercles les plus réactionnaires du Capital financier américain en train d'attaquer Roosevelt, qui représentent, avant tout, la force qui stimule et organise le mouvement fasciste aux Etats-Unis. Ne pas voir le fascisme réel prendre naissance aux Etats-Unis sous les phrases hypocrites de ces cercles en faveur de la « défense des droits démocratiques des citoyens américains », c'est désorienter la classe ouvrière dans la lutte contre son pire ennemi’ - Pour l'unité de la classe ouvrière contre le fascisme ; août 1935]

    Pour SLP, la caractéristique principale du fascisme selon Gonzalo pourrait tout aussi bien s’appliquer à la social-démocratie, au réformisme bourgeois (certes considéré, un temps, comme ‘jumeau du fascisme’ par l’IC, avant de rejeter cette conception face aux évènements en Allemagne, et de prôner ‘l’unité à la base’ avec celui-ci à partir de 1934). Celui-ci, dans une société confrontée à une vaste agitation/contestation de masse, à un large ‘mouvement social’, ne consiste-t-il pas en effet à mettre en avant ‘l’intérêt général’, la ‘fraternité’ entre les ‘citoyens’, la ‘justice’ dans la ‘répartition des richesses’, un programme de ‘concessions’ démocratiques et sociales aux revendications populaires, une mobilisation dans de larges partis et syndicats réformistes – contre l’organisation révolutionnaire de classe ? Pourtant, s’il a souvent pu être dit (et bien souvent à raison) que la social-démocratie ‘pave la voie’ au fascisme, qu’elle ‘désarme le prolétariat et les masses populaires’ contre celui-ci, il ne viendrait pas à l’esprit d’un communiste sérieux de dire que la social-démocratie EST le fascisme…

    La différence, dans le ‘sens commun’ des masses populaires (qui toujours 'indique le chemin' de la vérité), réside bien entendu dans le caractère répressif terroriste, violemment réactionnaire du fascisme – comme forme de gouvernement – contre toute organisation autonome, révolutionnaire ou simplement progressiste, du prolétariat et des classes populaires ; dans la conception du monde (celle de la social-démocratie étant humaniste, universaliste, libérale-progressiste bourgeoise et petite-bourgeoise, alors que celle du fascisme est nationaliste voire raciste, obscurantiste, barbare, autoritariste, policière ultra-répressive, militariste, vouant une haine meurtrière à l’’ennemi’ politique, national ou ‘racial’, etc. etc.). Le fascisme, lorsqu’il a écrasé toute organisation autonome (fut-elle totalement réformiste) de la classe ouvrière, de la paysannerie pauvre, des quartiers populaires etc., va certes généralement les remplacer par des organisations de masse de type corporatiste, liant les classes laborieuses aux intérêts du Capital et totalement contrôlées par le régime. Mais cela n’a rien à voir avec la social-démocratie, la ‘gauche’ bourgeoise qui, dans une situation de mécontentement social fort, va tenter par le biais d’organisations de masse réformistes de ‘concilier’, d’’équilibrer’ les intérêts du Capital et de la force de Travail. On peut dire, dans un sens, que dans tout ‘mouvement social’ de revendication il y a des ‘jaunes’, des ‘briseurs de grève’, des travailleurs qui se mettent au service du patronat (ou de l’État-employeur) contre le mouvement et ses revendications ; et que le corporatisme fasciste c’est le ‘jaunisme organisé’, systématisé voire (para)militarisé... mais le ‘jaunisme’ au sens de trahison totale des intérêts ouvriers, pas de tentative de concilier ceux-ci avec l’économie capitaliste (par l’obtention de concessions). Le fascisme ce n’est pas, contrairement à la ‘gauche’ bourgeoise, l’expression d’une bourgeoisie ‘faible’, qui ‘recule’ face à la contestation et ‘lâche’ des concessions démocratiques et sociales pour préserver l’essentiel – le système capitaliste. Le fascisme, c’est l’expression d’une bourgeoisie ‘DURE’, jusqu’au-boutiste, qui écrase sans pitié la contestation du capitalisme (et ensuite seulement, éventuellement, -notamment- par le pillage d’autres pays ou l’extorsion et l’exploitation impitoyable de secteurs ‘désignés’ de la population, accorde quelques mesures de ‘bien-être social’).

    Certes, le débat a pu exister, parmi les intellectuels progressistes et démocrates bourgeois, mais aussi dans le mouvement communiste, sur la nature ‘fasciste’ de tel ou tel régime (Espagne franquiste, Portugal salazariste, Grèce des colonels, dictatures sud-américaines ou régimes autoritaires du ‘cordon sanitaire’ -anticommuniste- d’Europe de l’Est dans l’entre-deux-guerres), en raison de leur caractère ‘traditionaliste’ ou ‘ultra-conservateur’ et non ‘moderniste’, 'révolutionnaire', du caractère réduit de la mobilisation de masse, de l’absence de dirigisme étatique de l’économie, etc.

    grand messe nazieSi l’on associe systématiquement le fascisme à la démarche ultra-moderniste qui animait l’Allemagne nazie ou l’Italie mussolinienne, alors, malgré la répression contre-révolutionnaire et anti-progressiste terrible qui frappait les masses populaires (bien plus qu’en Italie fasciste !), que dire de l’Espagne de Franco, avec son traditionalisme catholique et sa volonté, pratiquement, en tout cas jusqu’au milieu des années 1960, de maintenir ‘dans le formol’ l’Espagne semi-féodale du début du 20e siècle (en réprimant même les éléments modernistes que pouvaient être les bourgeoisies industrielles basque et catalane) ? Que dire du corporatisme d’Ancien régime et du conservatisme social catholique mis en avant par Salazar au Portugal, Degrelle en Belgique, et dans une large mesure Pétain en France ? Si l’on associe le fascisme à un guardiacivilÉtat ‘fort’ économiquement dirigiste, alors dans une certaine mesure le franquisme, ou les militaires brésiliens (1964-85) firent preuve d’un tel dirigisme. Mais la plupart des dictatures sud-américaines (Chili, Argentine etc.), généralement caractérisées comme fascistes pour leur extermination systématique des forces révolutionnaires et progressistes, firent au contraire de leurs pays les laboratoires du ‘néolibéralisme’, de la remise au capital privé de toute l’activité productive et de la plupart des ‘services publics’, à l’exception bien sûr des fonctions ‘régaliennes’ (répressives). Ceci n’empêchant nullement une forte mobilisation de masse, puisqu’il apparaît qu’encore aujourd’hui 1/3 des Chiliens (pas forcément des gens aisés) ont une vision positive de l’ère Pinochet, et qu’une nette majorité de Péruviens et de Colombiens approuvaient la politique contre-révolutionnaire terroriste (et économiquement ‘néolibérale’) de Fujimori et d’Uribe. 

    Faisons rapidement le point :

    -         À l’origine, le fascisme, tel que défini par l’Internationale communiste de Dimitrov, paraît indissociable de l’impérialisme, du caractère impérialiste d’un pays donné. Ou, en tout cas, d’un très grand développement capitaliste et d’une très importante (sur)accumulation de capital et de la volonté d’’affirmer’  celui-ci sur la scène internationale (comme l’Italie ou le Japon). Il apparaît également indissociable d’un contexte de crise capitaliste profonde, d’agitation sociale forte avec des forces révolutionnaires en développement rapide, et (en raison de la crise) de course à la guerre pour le repartage impérialiste du monde.

    -         Cependant, après la Seconde Guerre mondiale, l’économie monopoliste mondiale s’est ‘réorganisée’, selon une nouvelle ‘division internationale du travail’, et une part considérable de la production de biens s’est déplacée vers les pays soumis à l’impérialisme, où s’est renforcée également la production de matières premières et des ressources énergétiques essentielles, tandis que les pays impérialistes évoluaient vers des économies de services et de consommation. L’on peut alors envisager l’apparition d’une nouvelle forme de fascisme : non pas la dictature terroriste de la bourgeoisie monopoliste la plus réactionnaire (directement) sur les masses laborieuses du pays impérialiste, mais la dictature des agents Relatives-of-victims-of-General-Augusto-Pinochets-military-(locaux) de la frange la plus réactionnaire de la bourgeoisie impérialiste ‘de tutelle’, sur les masses d’un pays semi-colonial. Les exemples furent légion au cours de la ‘Guerre froide’ (1945-90), et  beaucoup ne manquèrent pas d’une férocité de type nazi : Suharto en Indonésie, Mobutu au ‘Zaïre’, dictatures argentines des années 1960-80, dictatures guatémaltèques de 1978-86, régime d’apartheid sud-africain, dictatures militaires turques, sud-coréennes etc. etc. Et depuis 1990, malgré le proclamé ‘règne éternel de la démocratie’, les exemples n’ont pas manqué non plus : Fujimori et Uribe (chef de file des paramilitaires colombiens qui existaient déjà depuis des décennies) en Amérique latine, régime du ‘Hutu power’ au Rwanda, et une ribambelle de satrapes africains à la Idriss Déby, Sassou Nguesso, Charles Taylor, etc. etc. Avec la nouvelle division internationale du travail, et la mode rnisation subséquente des sociétés concernées, ces régimes ne se contentent plus de la dictature ‘traditionnelle’ des caudillos sud-américains d’antan ou des chefs traditionnels africains ‘relais’ de la colonisation directe, dictature faite d’encadrement des masses ignorantes (préoccupées essentiellement par la survie) par le clergé et les notables locaux, et de quelques fusillades à l’occasion : ils mobilisent en masse, sur des bases ethniques et/ou confessionnelles en Afrique et au Moyen-Orient (on peut inclure dans ce cas y compris les ‘blancs’ et plus largement les ‘non-noirs’ d’Afrique du Sud), ou en générant des ‘courants d’opinion’ contre le ‘terrorisme’ des forces révolutionnaires. L’on a vu le soutien populaire conséquent dont pouvaient bénéficier Pinochet au Chili, Fujimori au Pérou ou Uribe en Colombie ; on pourrait y ajouter les juntes guatémaltèques de 1978-86 avec leurs escadrons de la mort ‘Kaibiles’ et leurs milices ‘d’autodéfense’ contre-révolutionnaires, mobilisées sur une base traditionaliste et nationaliste (contre une ‘invasion russo-cubaine’) et auteurs des pires exactions, qui comptaient près de… 900.000 hommes pour un pays de 7 millions d’habitants ( !) ; sans parler du ‘Hutu power’ mobilisant des centaines de milliers de Hutus rwandais contre la population tutsie (réputée soutenir les visées de l'Ouganda voisin et de l’impérialisme US contre la Françafrique), de la mobilisation des croyants indonésiens (musulmans, chrétiens ou hindouistes) contre les communistes et les progressistes en 1965-66, etc. etc. Cependant, ces masses mobilisées, de manière paramilitaire ou au moins idéologiques, derrière la terreur contre-révolutionnaire, restent ‘coiffées’ par les ‘structures de domination traditionnelles’ : armée, clergé, appareil administratif bureaucratique et maillage local de ‘notables’ etc. Les organisations ultra-réactionnaires de masse restent ‘sous contrôle’ et ne se substituent pas, comme le NSDAP avec son appareil bureaucratique et militaire (Waffen SS) en Allemagne, à l’appareil d’État ‘traditionnel’.

    Déjà, dans l’entre-deux-guerres, les pays d’Europe (non-impérialistes) situés entre l’Allemagne et l’URSS connaissaient des régimes comparables, pilotés par l’impérialisme (allemand ou franco-anglais) : des dictatures conservatrices, répressives, avec (et appuyées sur) des éléments fascistes (mouvements de masse mobilisés sur une base nationaliste ‘populaire’ et anticommuniste/anti-progressiste), mais gardant ceux-ci ‘sous contrôle’[1]. Les dictatures réactionnaires sud-européennes subsistant après 1945 (Espagne, Portugal, Grèce des colonels) présentaient également ces caractéristiques, dans des pays qui n’étaient pas, alors (l’Espagne a pu le devenir depuis), impérialistes (ces régimes étaient soutenus par l’impérialisme occidental dans le contexte anticommuniste de la Guerre froide).

    -    TOUTEFOIS, parallèlement, cette nouvelle division internationale du travail a amené également un phénomène nouveau, quasi inexistant avant 1945. Dans certains pays, particulièrement d’Amérique latine et d’Afrique du Nord/Moyen-Orient, une classe dominante ‘forte’, conséquente, souvent préexistante à la domination impérialiste, a réussi à accumuler (voire à sur-accumuler) beaucoup de capital, pour lequel elle va chercher des débouchés d’investissement, et/ou qu’elle va utiliser pour ‘s’affirmer’ sur la scène internationale. Il va s’agir d’une bourgeoisie nationale (soumise à l’oligarchie liée à l’impérialiste, et ne supportant plus cette soumission), ou d’éléments de la bourgeoisie d’État (ayant ‘la main’ sur des ressources nationales lucratives), de grands propriétaires terriens ayant évolué vers l’agro-capitalisme, etc. En plus de la surproduction planétaire générale (absolue) de capital, à laquelle se heurtent les monopoles impérialistes eux-mêmes (d’où la ‘course à la guerre’), ce capital suraccumulé va se heurter aux capitaux étrangers (impérialistes) présents massivement dans son pays, et aux structures politiques, économiques et sociales (souvent archaïques) sur lesquelles s’appuie la domination impérialiste.

    En prenant le pouvoir dans cette volonté d’affirmation, elle va tenir un discours évidemment nationaliste (contre l’impérialisme), et souvent ‘social’, ‘populaire’ (pour mobiliser les masses derrière elle contre celui-ci). Elle va, assez souvent, mettre en œuvre des mesures sociales améliorant conséquemment la vie quotidienne des masses. Mais, de par sa nature de classe (bourgeoise, ‘possédante’), elle va également (alternativement) encadrer ou réprimer les expressions/organisations autonomes du prolétariat et des classes populaires. Ses relations avec le mouvement socialiste/communiste seront variables, allant de la tentative d’’apprivoisement’ (des éléments les plus opportunistes) à la répression ouverte et chaveznodsystématique, ou parfois ‘en dents de scie’ (selon les périodes).

    Les idéologies exprimant les visées de ce capital suraccumulé du ‘tiers-monde’ sont typiquement, en Amérique latine, le péronisme, l’APRisme ou le PRIsme mexicain (tous bien ‘rentrés dans le rang’ depuis), le ‘développementisme’ d’un certain nombre de juntes militaires ‘progressistes’ dans les années 1960-70, et aujourd’hui le chavisme et les ‘bolivarismes’ de tout poil ; dans les pays d’Orient, ce furent d’abord des idéologies 'laïcistes' telles que le baathisme ou le nassérisme arabes, le kémalisme turc antérieurement dans l’entre-deux-guerres (rentré dans le rang et totalement lié à l’impérialisme US après 1945), ou le mossadeghisme iranien, puis à partir de 1980 des idéologies national-islamistes, sur le modèle khomeyniste iranien chez les musulmans chiites ou pilotées par l’Arabie saoudite, le Qatar et plus généralement les oligarchies pétrolières du Golfe (et/ou des éléments de l'appareil d’État, à l'image des services pakistanais qui ont appuyé les talibans afghans) chez les sunnites (salafisme, Frères musulmans, djihadisme type Al-Qaïda, etc.). Certaines de ces idéologies ressembleront fortement à la social-démocratie ou au social-libéralisme de type européen, d'autres au social-christianisme (comme l'AKP turc ou les Frères musulmans) avec un beaucoup plus fort conservatisme 'sociétal' sur une base religieuse, d'autres (toujours sur une base religieuse) présenteront des traits violemment réactionnaires (khomeynisme, salafisme), d'autres enfin, autour d'un leader 'charismatique' (souvent issu des forces armées), auront un aspect 'césariste', tribunicien, plébiscitaire faisant penser au fascisme (ou au gaullisme), tout en menant souvent une réelle politique de progrès social (l'Amérique latine est 'abonnée' à ces régimes, avec Perón hier et Chavez aujourd'hui, mêlant caractéristiques populistes 'fascistes' et politique social-réformiste généreuse ; Perón était toutefois plus ouvertement social-conservateur - inspiré, à l'origine, par la 'doctrine sociale' catholique de l'encyclique Rerum novarum -, anticommuniste, assumant la défense des intérêts capitalistes par sa politique sociale, tandis que Chavez se veut plus 'révolutionnaire', 'socialiste' voire 'marxiste'). L''émergentisme', la volonté de 's'affirmer' (affirmer le caractère national de la production) face aux 'grands' impérialistes de ce monde, est leur unique dénominateur commun.

    La question de ces régimes et de ces idéologies a traversé (et souvent déchiré) le mouvement communiste tout au long de la seconde moitié du siècle dernier, et jusqu’à nos jours (à l’exception de l’islam politique sunnite, lié aux pétrodollars du Golfe, qui fait généralement l’unanimité contre lui - alors qu'il n'est pas forcément plus réactionnaire et sabre-peuple que certains régimes 'laïcs'). Pour certains, ils sont ‘anti-impérialistes’ et (au moins objectivement) ‘progressiste’ – les courants révisionnistes de type brejnéviens, tels que le PC syrien ou les PC du Venezuela, de Bolivie ou d’Équateur, allant jusqu’à se placer sous leur direction au nom de cela. Pour d’autres, leur caractère de mobilisation de masse derrière la bourgeoisie, sur une ligne nationaliste (ou religieuse) et ‘populiste’, en fait clairement des fascismes… Mais leur ‘rébellion’ vis-à-vis de l’impérialisme (même s’ils ne peuvent, comme régimes et idéologies bourgeoises, s’extraire sérieusement du système impérialiste mondial), le fait qu’ils ne soient pas l’émanation directe d’une fraction ‘dure’ d’une bourgeoisie impérialiste donnée, interroge cette définition ; même si d’un autre côté, dans certains cas (Iran, Syrie etc.) leur répression des forces communistes et authentiquement progressistes, et des aspirations démocratiques des masses populaires en général, peut au contraire pencher en ce sens. La vérité la plus probable est qu’ils sont, sur ‘’l’échiquier’’ de la révolution mondiale, des ‘’pions gris’’ qui peuvent, au gré des circonstances concrètes, être objectivement contre l’impérialisme et donc du côté de la révolution mondiale, ou (en écrasant les revendications populaires démocratiques) son farouche adversaire. La position de SLP serait finalement que chacun de ces régimes (et de ces forces lorsqu’elles ne sont pas au pouvoir) doit être analysé et jugé au cas par cas, en fonction de son attitude envers les masses populaires (le camp du peuple est notre camp) et le mouvement communiste/progressiste (internationalisme prolétarien).

    -         De leur côté, les pays impérialistes actuels se divisent en deux groupes : les ‘déclinants’ (la ‘triade’ Amérique du Nord - Europe de l’Ouest - Japon) et les ‘émergents’ que sont la Russie et la Chine. Dans les premiers, avec la nouvelle crise générale qui sévit depuis les années 1970, on observe un ‘glissement réactionnaire général’ affectant tout le spectre politique bourgeois, depuis la social-démocratie de plus en plus ‘gestionnaire’ jusqu’au libéral-conservatisme de plus en plus ‘décomplexé’, avec la liquidation progressive de toutes les conquêtes sociales obtenues par les masses entre les années 1930 et 1970 (favorisée par la faiblesse et la veulerie du mouvement syndical et des forces réformistes et révisionnistes), le recul des conquêtes démocratiques pour aller vers un encadrement policier croissant des masses populaires, et la montée en puissance de forces d’extrême-droite ‘populistes’ qui s’installent durablement dans le paysage politique. C’est le phénomène que les PC maoïstes de France et d’Italie définissent comme ‘fascisme moderne’. Chez les seconds, l’affirmation sur la scène mondiale se fait sous la direction de régimes autoritaires, ‘verticalistes’, mobilisant les masses sur un fort nationalisme antioccidental et une accession progressive à la ‘petite prospérité’ (pour reprendre le terme chinois), c’est-à-dire la constitution d’une ‘classe moyenne’, permise par une croissance économique (malgré la crise) forte (prévisionnel 2012 : Russie 5,7%, Chine 7,5 à 8%) ; mais pratiquant également une forte répression policière contre toute ‘dissidence’. Ils appuient des régimes aussi ‘sympathiques’ que la junte de Birmanie, la dynastie ‘communiste’ de Corée du Nord, l’Iran des mollahs, la Syrie d’Assad, la Libye de Kadhafi etc. Les autres ‘émergents’, qui ne sont pas des pays impérialistes (Inde, Brésil, Afrique du Sud), mettent largement en avant les formes de la démocratie bourgeoisie, ce qui ne les empêche pas, ‘sur le terrain’, de pratiquer une violente répression contre-révolutionnaire et antipopulaire (comme le montrent l’opération Green Hunt contre les maoïstes en Inde, la répression des paysans sans terre ou les opération militaires ‘anti-criminalité’ dans les favelas au Brésil, ou le récent massacre de mineurs sud-africains en grève).

    Ce qui ressort de ce ‘panorama’, c’est que dans la caractérisation du fascisme, les communistes, évitant l’écueil du schématisme dénoncé par Dimitrov, doivent en quelque sorte ‘doser’ correctement leur analyse de tel ou tel régime bourgeois : la mobilisation de masse, certes, dans des structures contrôlées par la bourgeoisie, mais sans aller jusqu’à oublier complètement l’aspect répressif terroriste et systématique, et confondre ainsi des social-démocrates ou des ‘tribuns’ réformistes bourgeois avec le fascisme ; et la violence répressive ouverte, la négation de toutes les formes ‘démocratiques’ libérales bourgeoises, mais sans oublier l’aspect mobilisateur de masse et ‘moderniste’ qui distingue le fascisme de la dictature réactionnaire ‘classique’. Il faut tenir compte du lien avec les monopoles d’une (ou d’un cartel de) puissance(s) impérialiste(s), sans réduire celles-ci aux seules puissances de la ‘triade’ occidentale (Amérique du Nord, Europe de l’Ouest et Japon, en ignorant la Russie et la Chine), et sans oublier non plus que des régimes ‘anti-impérialistes’ (‘émergentistes’) peuvent aussi être brutalement réactionnaires – comme suffit à le montrer l’exemple syrien… 

    Si l’on en revient au cadre politique dans lequel nous luttons, celui de la construction politico-militaire bourgeoise nommée ‘République française’, en quels termes se pose la question ?

    img 161211Si par ‘fascisme’ l’on entend exclusivement les courants mettant en avant un programme ‘social’, ‘populaire’ voire ‘révolutionnaire’ de restructuration en profondeur du capitalisme et de l’organisation sociale hexagonale, dans un esprit d’"insurrection du capitalisme contre sa propre crise" ; alors, il faut le dire, nous n’avons affaire qu’à des courants relativement marginaux : l’Œuvre française/Jeunesse nationaliste ouvertement nostalgique du régime de Vichy (finalement héritière du francisme, cf. plus bas) ; le Front populaire solidariste de Serge Ayoub ; le Parti solidaire français de Thomas Werlet (qui se revendique ouvertement de l'héritage du PPF, cf. plus bas idem) ou encore les ‘nationalistes révolutionnaires’ de Christian Bouchet, évoluant au sein du FN (mais là, attention : il y a l’aspect ‘lobby russe’, qui veut placer l’impérialisme BBR dans l'orbite d'une ‘Eurasie’ dominée par la Russie ; comme il y a des ‘néocons’ - Droite libre - ou une droite ‘ultra’ occidentaliste - des gens comme Guy Millières - qui militent pour un ‘ancrage atlantique’ inébranlable de l’impérialisme français). Sachant que mettre en avant tel ou tel alignement géopolitique n’est pas en soi synonyme d’une telle ‘révolution’/restructuration, pas plus que de prôner le ‘bon vieux’ protectionnisme comme le fait le FN (et quelques courants néo-gaullistes ‘souverainistes de droite’) – quant à la ‘relocalisation’ de la production prônée parfois, par les Identitaires notamment, elle devra très certainement être abandonnée une fois au pouvoir : même en passant littéralement au pilon le Code du Travail, on voit bloc identitaire Europeens et fiers de l etremal ce qui pousserait des capitalistes à exploiter la force de travail en Hexagone, plutôt que dans des pays où elle ne coûte que quelques euros par jour, pour des journées de 10 à 12 heures, corvéable et jetable à merci, etc.

    Pour le reste, y compris la grande majorité du FN et de ses ‘dissidences’ d’extrême-droite récemment regroupées dans l’Union de la Droite nationale, et même pour les Identitaires, il conviendrait plus de parler de ‘DROITE RADICALE’, assumant l’accentuation plus ou moins progressive et radicale de la répression et de l’exploitation bourgeoise sur les masses populaires. Une caractérisation dans laquelle il n’y aurait, alors, aucun problème à inclure l’aile droite de l’UMP (notamment la Droite populaire) et ses satellites (MPF, CPNT), les ‘souverainistes de droite’ divers (qu’ils soient issus du gaullisme ou anti-européens sur une ligne occidentalo-atlantiste), les 'électrons libres' comme Eric Zemmour, Richard Millet ou le 'conseiller du prince' Patrick Buisson, etc. Les divergences apparaissant, finalement, secondaires : le FN assume plus la répression des masses populaires et la limitation des ‘libertés publiques’ et moins la destruction des concessions sociales arrachées par les travailleurs au long du 20e siècle (ceci amenant un euroscepticisme de type gaulliste ‘social’) ; tandis que l’UMP (sans être ‘laxiste’ sur le plan répressif !), assume plutôt l’inverse ; alignement géopolitique plus ‘euro-atlantiste’ de l’UMP et plus ‘eurasiste’ du FN, etc. Ou alors, il faut être cohérent-e-s et inclure TOUT sous la dénomination de 'fascisme' ou, en tout cas, de composante de la montée du fascisme en cours.

    croix de feuEt il en allait exactement de même dans les années 1930. Pour René Rémond, historien ‘officiel’ des Trente Glorieuses, il n’a même jamais existé, à proprement parler, de fascisme français, seuls des courants marginaux se réclamant ouvertement du fascisme italien (et pratiquement aucun, ouvertement, du nazisme allemand), et le principal parti de masse à la ‘droite de la droite’, les Croix-de-Feu/Parti social français du colonel De La Rocque, étant selon lui ‘trop conservateur’ et ‘pas assez hostile au régime parlementaire’… Un ‘travail de commande’ qui s’explique aisément dans son contexte historique ; puisqu’après-guerre, le programme politique, économique et social des Croix-de-Feu fut essentiellement repris… par le GAULLISME, notamment dans le programme du RPF (1947-55) – dont Rémond admettra, du bout des lèvres, qu’il était ‘’le moins éloigné de ce que l’on avait pris en France l’habitude de désigner comme le fascisme’’... – et dans celui du ‘coup d’État’ de 1958 qui verra la mise en place de la Ve République (si l’on ne peut pas parler, pour la France gaullo-pompidolienne de 1958-74, de fascisme, c’est uniquement parce que le contexte de prospérité économique et de mouvement ouvrier ‘contrôlé’ par le révisionnisme PCF-CGT ne s’y prêtait pas).

    Il est clair que, si l’on entend le fascisme exclusivement comme programme ‘social’, ‘populaire’ voire ‘révolutionnaire’ de restructuration profonde du capitalisme contre sa propre crise, pratiquement personne dans les années 1930 ne se réclamait du nazisme allemand et seuls des courants très minoritaires se réclamaient du fascisme italien : le Faisceau (1925-28)[2], le PPF de Doriot (1936-44)[3] ou encore le Francisme (1933-44)[4]. De plus, dans cette acception du terme et contrairement à la thèse de Rémond, les Croix-de-Feu étaient beaucoup plus ‘fascistes’ que l’Action française (avant tout ultra-conservatrice, traditionaliste) ou les formations successives de Pierre Taittinger (Jeunesses patriotes 1924-35, Parti républicain national et social ensuite), pour lesquelles on peut également et avant tout parler de ‘droite radicale’.

    Et puis, étudier et comprendre le seul régime à caractéristiques fascistes qu’ait à ce jour connu l'Hexagone, la Révolution nationale de Pétain (dans des conditions très particulières d’occupation étrangère, d’indépendance limitée puis proche de zéro à partir de l’automne 1942), c’est ne pas pouvoir ignorer le rôle de la Fédération républicaine (équivalent de l’époque… de notre UMP) tout au long des deux décennies qui précèdent : parti/groupe parlementaire de la bourgeoisie républicaine conservatrice et des ‘ralliés’ (bonapartistes, orléanistes, catholiques) au ‘compromis républicain’, connaissant après la Première Guerre mondiale (face à l’émergence du mouvement communiste) une évolution de plus en plus ultra-réactionnaire, et dont seront issus des cadres de premier ordre de la ‘Révolution nationale’ et de la collaboration, tels que Xavier Vallat (maître d’œuvre de la politique antijuive entre 1940 et 1942, connu aussi – entre parenthèses – pour ses fameux ‘’Mes raisons d’être sioniste’’ et ‘’Vive Israël, mort aux youpins !’’ lors de la Guerre des Six-Jours en 1967), ou encore Philippe Henriot, figure de la Milice et ‘’Goebbels français’’ de la propagande collabo… Taittinger, autre ‘’chef d’orchestre’’ de l’extrême-droite http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/1/1e/Pierre_Taittinger.jpg/450px-Pierre_Taittinger.jpgdes années 30, siégeait également – en tant que député – dans le groupe de la FR, dont les Jeunesses patriotes assuraient le service d’ordre. Ce personnage avait d’ailleurs la caractéristique – expliquant, peut-être, son rôle ‘central’ dans la ‘fascisation’ de l’époque – d’être à la croisée des deux ‘traditions’ réactionnaires françaises : bonapartiste de conviction (président de l’Union de la Jeunesse bonapartiste de la Seine) mais également lié à la droite nationale-catholique des notables de ‘province’, parisien (né et mort à Paris) mais ‘provincial’ (mosellan) d’origine, élu député et conseiller municipal de Paris mais aussi maire d’une petite commune de Charente, fondateur à Reims de la marque de champagne portant son nom, ‘un pied’ dans la capitale et ‘un pied’ dans le ‘terroir’…

    En résumé, si l’on part de l’affirmation que ‘’nous sommes au seuil des années 1930’’, l’on peut constater – il est vrai – un certain nombre de parallèle et de ‘troublantes’ similitudes politiques :

    - http://medias.lepost.fr/ill/2011/09/05/h-4-2583035-1315235906.jpgl’UMP, avec ses tendances modérées, ‘humanistes et sociales’, ou ‘dures’, ‘reagano-thatchériennes’, conservatrices autoritaires, rappelle fortement la Fédération républicaine. Les Jeunesses patriotes de Taittinger assuraient, dans la seconde moitié des années 1920, le ‘service d’ordre’ de la FR ; l’UMP d’aujourd’hui peut compter dans les facs (contre les mouvements sociaux et les ‘gauchistes’) sur les gros bras de l’UNI et des diverses ‘corpos’ étudiantes (de Médecine et de Droit, surtout), électeurs du parti mais globalement beaucoup plus à droite que les ‘vieux’, et entretenant parfois des liens ouverts avec les groupes fascistes/fascisants (FNJ, Jeunesses identitaires, GUD etc.).

    - la droite modérée (Modem, Nouveau Centre, Alliance centriste, villepinistes, radicaux de Borloo) se retrouve globalement assez bien dans l’Alliance démocratique, ou la droite libérale hostile au fascisme d’un Georges Mandel [dernière minute : la plupart de ces courants, à l’exception du Modem de Bayrou et des villepinistes, viennent de s’unir dans l’Union des Démocrates indépendants (UDI), ce qui devrait logiquement accélérer la droitisation de l’UMP] ;

    - le PS, parti de la gauche bourgeoise (ultra) modérée, de pure gestion ‘sociale’ du capitalisme et ‘universaliste/droits-de-l’hommiste’ des intérêts de l’impérialisme BBR, rappelle fortement le Parti républicain radical et radical-socialiste de l’époque ;

    -  le Front de Gauche rappelle la SFIO (bien que beaucoup moins important que celle-ci en 1930, beaucoup plus proche de son importance avant 1914) ; la ‘gauche radicale’ NPA ou LO évoque les courants à la gauche de celle-ci (notamment les pivertistes du PSOP, les socialistes/syndicalistes révolutionnaires etc.) ;

    -  marinelepen alatribunele Front national/Rassemblement Bleu Marine trouve clairement son équivalent dans les Croix-de-Feu/PSF ; pour le coup, son importance est proche de celle de ces derniers juste avant la guerre (en tant que PSF, 1936-40) ;

    -  le reste de l’extrême-droite fasciste/fascisante, de la ‘droite radicale’ des années 1930 retrouve aussi son équivalent dans l’extrême-droite ‘extra-FN’ d’aujourd’hui, essentiellement l’Union de la Droite nationale regroupant divers scissionnistes (MNR de 1999, Parti de la France et Nouvelle Droite Populaire de 2008-2009), exclus (Œuvre française/Jeunesses nationalistes, Terre et Peuple) et ‘recalés’ ('solidaristes' de Serge Ayoub, Renouveau français) du Front national ; et la mouvance du Bloc identitaire (souvent rejeté par les autres pour sa quête de 'respectabilité', accusé de se 'vendre au système' et à l'UMP). On y retrouve aussi bien des courants catholiques traditionalistes (Renouveau français ou 'réseaux' de Bernard Antony - un temps proche du PdF, mais s'en est éloigné, hostile à l'alliance avec la NDP où milite le néo-païen Vial) et ‘mille terroirs’/'socialistes féodaux' (identitaires) qui font penser à l’Action française (le royalisme en moins), que des courants très proches de la définition ‘étroite’ du fascisme (Œuvre française/Jeunesses nationalistes) et des courants ‘populaires et sociaux’ rappelant le PPF de Doriot (Troisième Voie/Front populaire solidariste, qui entretient également des liens avec Égalité et Réconciliation d’Alain Soral, les nationalistes-révolutionnaires de Christian Bouchet, etc.). Ces courants sont unis dans une hostilité au FN/RBM de Marine Le Pen (jugé trop ‘complaisant’ et ‘respectable avec le système’), qui n’est pas sans rappeler celle de l’extrême-droite des années 1930, regroupée dans le ‘’Front de la Liberté’’, vis-à-vis des Croix-de-Feu (pour des raisons assez similaires). A l’époque, la Fédération républicaine appuyait ce Front pour affaiblir les Croix-de-Feu ; et c’est généralement l’accusation (d’être ‘pilotés par l’UMP’) que le FN adresse aux ‘dissidents’ (Identitaires ou UDN) d’extrême-droite actuels…

    -  une différence ESSENTIELLE, c’est qu’il existe aujourd’hui une ‘gauche révolutionnaire’, un mouvement communiste au sens large (personnes rejetant le capitalisme et souhaitant une société socialiste, ou directement communiste), mais totalement atomisée, prisonnière de mille petits sectarismes (de 'cour de récré') ou prise dans la force d’attraction de la social-démocratie ‘radicale’ électoraliste (Front de Gauche, NPA, LO) ; et il n’y a pas, comme ‘au seuil des années 30’, un grand PARTI COMMUNISTE pour diriger et être le centre d’agrégation de toutes les forces révolutionnaires, anticapitalistes et antifascistes. L’ensemble de ces forces anticapitalistes et antifascistes est même quantitativement très inférieur au seul PCF (sans compter le reste : anarchistes, marxistes dissidents et socialistes révolutionnaires de la frange extrême-gauche de la SFIO) de 1930 ou 1935. Cela, alors même que le FN et l’extrême-droite en général ont largement atteint, voire dépassé, le niveau de leurs prédécesseurs de 1936-40… 

    Dans cette configuration, la 'formule' de mise en place du 'fascisme à la française' semble être la suivante :
    - une 'radicalisation' réactionnaire, sous la pression de la crise générale capitaliste et de la montée de la contestation et des explosions populaires, de la 'droite de la droite' bourgeoise ; mouvement dans lequel sont également entraînés des éléments de la social-démocratie (comme aujourd'hui un Manuel Valls) voire des 'communistes' révisionnistes particulièrement social-républicains (comme André Gerin) ;
    - émergence d'un grand parti 'césariste' réactionnaire (avec un discours ‘populaire’ et 'social') de masse (Croix-de-Feu, aujourd'hui FN) ;
    - ‘à l'ombre’ de ceci, un pullulement et un développement de courants 'ultras', fascistes 'révolutionnaires' à la Ayoub ou puisant dans la tradition national-catholique hexagonale (comme l’essentiel de l’UDN), avec parfois un côté 'socialisme féodal' (comme les Identitaires avec leur ‘relocalisation’, leurs thèmes ‘décroissants’ et écologistes ‘paysagistes’) ;
    - impuissance et errements de la gauche réformiste bourgeoise, toujours face à la crise générale (échec des expériences de 1924-26, 1932-34 et même Front populaire de 1936, qui cède le pouvoir en 1938 à Daladier ; fiasco chaque fois plus grand des quinquennats PS depuis 1981).

    - faiblesse et emprise réformiste, économiste, sur le mouvement ouvrier organisé, erreurs et opportunisme du mouvement communiste.

    http://img.over-blog.com/600x434/1/35/08/38//affiche-r-vachert-revolution-nationale.jpgL’État français semble être une terre de fascisme s'installant 'à pas feutré', en préservant les 'formes', à coup de 'petites phrases', seuls des courants marginaux (et non-unifiés) faisant beaucoup de ‘bruit’ (comme les Identitaires, spécialistes du 'buzz' médiatique 'métapolitique', avec leur récente action à Poitiers, pour 'l'anniversaire' de la victoire de Charles Martel sur les 'Sarrasins')... Ceci, jusqu'à ce qu'une 'catastrophe nationale' amène tout-un-chacun à tomber les masques, et à choisir son camp (il peut alors y avoir des surprises : ainsi, un Pierre Laval n'était pas spécialement à la 'droite de la droite' avant-guerre ; il était un Président du Conseil de centre-droit, pour finir en 1942-44 chef de gouvernement de la collaboration ultra).

    La (grande) inconnue étant quel sera cet évènement ‘majeur’, ce ‘séisme politique’ qui sera le ‘catalyseur’ du saut qualitatif de la dictature bourgeoise vers la dictature réactionnaire terroriste ouverte. Une invasion et occupation étrangère, comme en 1940, paraissant aujourd’hui hautement improbable… Crise économique et sociale comme en Grèce, rendant le pays ingouvernable par les voies démocratiques bourgeoises ‘traditionnelles’, sans toutefois de véritable mouvement communiste fort et organisé présentant une alternative révolutionnaire ? Vague d’attentats ‘islamistes’ faisant des centaines voire des milliers de victimes ? On ne peut que se perdre en spéculations…

    En attendant, le ‘fascisme moderne’ dont parle le PCmF fait penser à l’ambiance militaro-chauvine, colonialiste (hier au nom de la ‘civilisation’ contre la ‘barbarie’, aujourd’hui au nom des ‘droits de l’homme’ et contre le ‘terrorisme’), policière, antipopulaire et contre-révolutionnaire qui régnait dans les premières décennies du 20e siècle (‘ambiance’ évidemment renforcée, après 1918, par l’émergence de l’URSS et de l’Internationale communiste, dont nous n’avons pas l’équivalent aujourd’hui). À la différence, peut-être… que c’était alors une époque de progrès et de concessions sociales, alors que notre époque est celle du ‘grapillage’ par la bourgeoisie de tout ce qu’elle a dû accorder depuis 1945. 

    Finalement, en conclusion, si l’on essayait d’établir les ‘lignées généalogiques’ de la ‘droite radicale’ BBR, qu’obtiendrait-on ?

    1°/ Une lignée bonapartisme (du 19e siècle) – boulangisme – Croix-de-Feu – gaullisme (RPF, UNR/SAC, puis RPR de Chirac à ses débuts) ; dont le FN tend depuis les années 1990 à se poser en continuateur (avec un certain nombre de ‘souverainistes de droite’ dont certains (Paul-Marie Coûteaux) sont pris dans son champ de gravitation) ; c’est finalement le ‘bonapartisme’ de René Rémond ;

    2°/ Une lignée Adolphe Thiers – Fédération républicaine – CNIP – ‘droite décomplexée’ actuelle (Sarkozy-Copé) en passant par le sinistre Parti républicain (1977-97), matrice du "thatchérisme à la française" ; qui est finalement l’orléanisme de Rémond (sachant qu’il existe une ‘aile gauche’ de cet orléanisme, des gens comme Mandel hier et aujourd’hui les ‘dissidents’ du sarkozysme à la Bayrou/Modem (plutôt démocrate-chrétien, à vrai dire) ou (surtout) Borloo/UDI ou Fillon et ses partisans, hostiles à la ‘dérive droitière’ des ‘décomplexés) ;

    3°/ En version ‘radicale’ de cette dernière, une lignée Maurras/Action française – ‘extrême-droite Taittinger’ des années 1920-30 – ‘Révolution nationale’ – ‘Algérie française’ et qui se retrouve aujourd’hui dans la mouvance du MPF (De Villiers) et de CPNT, du Bloc identitaire, de l’UDN, des ‘réseaux’ d’un Jacques Bompard ou d’un Daniel Simonpieri (‘notables’ provençaux d’extrême-droite) ; c’est peu ou prou le ‘légitimisme’ de Rémond (même si le terme est erroné : l'Action française était dynastiquement orléaniste, pour la restauration du comte de Paris) ;

    4°/ Enfin il y a le courant ‘national et social’, partant du ‘fricotage’ de Georges Valois avec l’Action française dans les années 1910 (‘Cercle Proudhon’) et passant par le PPF de Doriot et le nationalisme-révolutionnaire des années 1960-90 pour aboutir aujourd’hui dans le ‘solidarisme’ de Serge Ayoub, la ‘mouvance’ Dieudonné-Soral, le Parti solidaire de Werlet ou les ‘NR’ de Christian Bouchet (ayant parfois fusionné avec le "tiers-mondisme" - notamment très pro-arabe - d'un certain post-nazisme dès les années 1950, autour du banquier François Genoud et de quelques autres). Ceux-ci étaient les seuls ‘véritables’ fascistes selon la mouvance 'antifasciste' qui s’était constituée autour du ‘p’’c’’mlm’...

    On peut aussi souligner la persistance du vieux clivage entre "parti catholique" et "parti maçonnique/libre-penseur/laïc", qui s'est longtemps confondu avec le clivage droite/gauche au sein de la bourgeoisie mais cela n'est plus aussi évident aujourd'hui (et depuis au moins 70 ans) : les loges maçonniques classées à droite (GLF, GLNF) ont gagné en hégémonie et le Grand Orient lui-même n'est plus aussi facilement classable à gauche qu'autrefois (voir l'exemple de l'idéologue 'sécuritaire' Alain Bauer) ; on trouve aujourd'hui très certainement des francs-maçons au FN voire dans les 'droites nationales' à sa droite (UDN) tandis que se sont largement développés la démocratie-chrétienne et les 'cathos de gauche' dans la lignée de Lamennais et Victor Hugo jusqu'au sommet du PS, comptant rien de moins que l'actuel Premier ministre Jean-Marc Ayrault... Le clivage, néanmoins, garde encore parfois un aspect structurant : ainsi à Lyon, 'capitale de la province' et accessoirement capitale religieuse des 'Gaules', la bourgeoisie reste historiquement et structurellement partagée entre un 'clan catholique', allant de démocrates-chrétiens sociaux-libéraux au sein du PS (et d'une importante section du Modem) jusqu'aux ultra-conservateurs autour de Charles Millon ("Droite libérale chrétienne") et aux national-catholiques autour de Bruno Gollnisch, et un 'clan radical' franc-maçon qui a dirigé la ville de 1905 à 1957 avec Édouard Herriot et va là encore aujourd'hui de l'entourage du maire PS Gérard Collomb jusqu'à des membres (sans doute) du FN en passant par la droite 'républicaine', notamment la grosse section radicale 'valoisienne'. On le retrouve également au sein des forces armées du Capital : il est de notoriété publique que les officines catholiques (allant là encore de la démocratie chrétienne au national-catholicisme ultra façon Civitas/ICHTUS) sont très présentes dans l'institution militaire... tandis que tout cadre de la Police nationale qui se respecte a ses entrées dans une loge maçonnique. Il existe aussi historiquement une tendance 'entre-deux' (souvent liée aux loges maçonniques de droite), rejetant l'hégémonie intellectuelle totale de l'Église sur la société mais prête à l'utiliser (pragmatiquement) pour l'encadrement des masses et les 'bonnes valeurs', avec des personnages non moins importants qu'Adolphe Thiers ("Je veux rendre toute-puissante l'influence du clergé parce que je compte sur lui pour propager cette bonne philosophie qui apprend à l'homme qu'il est ici-bas pour souffrir et non cette autre philosophie qui lui dit au contraire : jouis") ou Louis-Napoléon Bonaparte (se retrouvant donc dans leurs héritages politiques respectifs).

    La ‘gauche’ bourgeoise étant, elle, partagée entre ses deux traditions ‘historiques’ girondine (allant des sociaux-libéraux à la Strauss-Kahn aux libéraux-libertaires à la Cohn-Bendit) et jacobine (plus étatiste-dirigiste, ‘verticaliste’, ‘républicaine’, souvent eurosceptique : Montebourg, Emmanuelli etc.). L’une et l’autre étant toujours plus tirées vers la droite, soit sur la ligne de la ‘loi du marché’, de la ‘compétitivité’ dans une ‘économie mondialisée’ etc. (girondins), soit sur celle des ‘valeurs républicaines’, de la ‘laïcité’ et compagnie (jacobins)...

    Enfin, on l’a dit, le mouvement communiste et le mouvement révolutionnaire anticapitaliste au sens large en sont, pour ainsi dire, à leur niveau idéologique et de structuration d’avant 1914, alors que le fascisme au sens large (fascisme ‘révolutionnaire’ et ‘droite radicale’) est à son niveau des années 1930…


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    [1] Voici ce qu’en disait Dimitrov en 1935 : Nous en avons des exemples tels ceux de la Bulgarie, de la Yougoslavie, de la Finlande, où le fascisme, tout en manquant de base large, n'en est pas moins arrivé au pouvoir en s'appuyant sur les forces armées de l'Etat, et où il a cherché ensuite à élargir sa base en se servant de l'appareil d'Etat.

    [2] Il s’agissait d’un mouvement monté de toute pièce par le grand-bourgeois (parfumeur) François Coty, cherchant à ‘plaquer’ artificiellement le modèle fasciste italien sur la réalité français, jusque dans le leader ‘venu de la gauche’ : Coty ‘dégotta’ ainsi un représentant de l’aile droite du syndicalisme révolutionnaire, Georges Valois, qui avait dans les années 1910 ‘fricotté’ avec l’Action française pour un programme antiparlementaire ‘national et social’. Mais ce plaquage artificiel se révéla rapidement impossible, n’accrocha’ pas les couches populaires et se désintégra en à peine plus de deux ans, sous le poids de ses contradictions (entre la grande bourgeoisie anticommuniste et anti-réformiste de Coty et le social-réformisme ‘radical’ sincère de Valois, entre le programme ‘révolutionnaire’ initial du fascisme italien qu’admirait Valois et sa réalité réactionnaire - et économiquement très libérale - de 1926-27, etc.). Valois (avec la plupart des cadres issus du syndicalisme révolutionnaire) revint vers la gauche ; il ne fut jamais réintégré par la SFIO mais entra en résistance dès 1940 et mourut déporté à Bergen-Belsen. Dans la seconde moitié des années 1920, la principale formation paramilitaire ultra-réactionnaire/fascisante qu’affrontait le jeune Parti communiste était les Jeunesses patriotes de Taittinger.

    [3] Formé quant à lui avec le financement du banquier Gabriel Le Roy Ladurie et dirigé par l’ancien cadre communiste et maire de Saint-Denis Jacques Doriot, exclu en 1934. Doriot était un personnage dévoré d’ambitions personnelles - devenues insupportables au sein du Parti - et qui, après son exclusion, poursuivit alors une quête de revanche personnelle contre celui-ci, laquelle se concrétisa lors de sa rencontre avec Le Roy Ladurie. Le PPF se voulait à l’origine un parti ‘populaire’ et ‘de gauche’ concurrent du PC, mais évolua rapidement (dès 1937) vers des positions fascistes ultras et sera sous l’Occupation le mouvement le plus farouchement collaborationniste et pro-nazi.

    [4] Troisième plus important mouvement impliqué dans la collaboration en 1940-44. Le deuxième plus important (après le PPF) et ‘troisième larron’ fasciste ‘venu de la gauche’ était le Rassemblement national populaire (RNP) de Marcel Déat, ‘néo-socialiste’ (aile ultra-droite de la SFIO) dont le ‘profil politique’, au ‘seuil des années 30’, évoque celui d’un Éric Besson ou d’un Manuel Valls aujourd'hui (pour une gauche ‘moderne’, rompant avec le ‘marxisme archaïque’ etc. etc.)

     

     


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