• Encore une fois sur la question de la "féodalité" des pays impérialisés


    Il y a bien sûr la question de la "féodalité" entendue comme PROPRIÉTÉ, "assise", directe (sur des terres typiquement) ou "éminente", et mise au service de l'impérialisme pour encadrer et exploiter la force de travail ; autrement dit, intégrée dans l'appareil productif impérialiste. Mais ce n'est pas le sujet que nous aborderons ici.

    Dans les pays dominés par l'impérialisme, toute question politique et sociale revient en dernière analyse à : unité ou division dans la confrontation avec lui.

    À partir de là, les choses sont simples : ce qui opprime divise.

    Opprimer, surexploiter un groupe social ("ethnique", de genre, ou une "caste") au nom de principes qui auront l'argument d'être immémoriaux, va contre l'unité car 1/ les opprimés détestent leurs oppresseurs et ne se laisseront pas facilement mobiliser par eux à leurs côtés, ou plutôt sous leurs ordres, pour que leur condition pourrie ne change pas d'un iota ensuite, 2/ l'impérialisme peut carrément débarquer en se présentant comme leur sauveur, leur libérateur, et les mobiliser à son service (pratique qui remonte à l'utilisation des "intouchables" par les Anglais en Inde, contre l'Empire marathe notamment : ils y auront gagné un jour de fierté célébré chaque année, celui d'une bataille livrée aux côtés des troupes de la Compagnie coloniale britannique contre les hautes castes qui les traitaient comme des esclaves manifestations-d-une-caste-indienne-defavorisee-a-bombay... mais aussi, comme tous les Indiens, un siècle et demi de colonisation qui fera 60 millions de morts genocide-british-starved-to-death-over-60-millions-indians), et 3/ de toute façon, pour maintenir leur domination, le plus probable est que les oppresseurs eux-mêmes aillent lécher les bottes de l'impérialisme.

    C'est pour cela que les pratiques sociales, aussi ancestrales soient-elles, qui oppriment avec la dernière brutalité des groupes sociaux doivent être combattues et battues en brèche, et que la révolution anti-impérialiste présente obligatoirement (pour avancer vers la victoire) un aspect DÉMOCRATIQUE.

    PAR CONTRE, le gaucho-impérialisme occidental (au service de son maître l'impérialisme tout court) a souvent tendance à placer sous le vocable de "féodalité" des structures et des pratiques sociales anciennes qui vont à l'encontre de l'individualisme, du moi-roi... et donc par définition servent l'unité.

    L'impérialisme a toujours très bien compris les choses à ce niveau-là, et arrive toujours et encore aujourd'hui en porteur du "Progrès" et de la "Liberté" en ce sens de dissolution et d'atomisation sociale, de division de la société dominée en autant d'individus qu'elle en contient ; et comme de bien entendu, sa précieuse pour ne pas dire vitale aile gauchiste encourage et applaudit cela.

    Ici la question va donc se poser sérieusement, une question de "dosage" en quelque sorte : dans quelle mesure telle réalité sociale est un facteur d'unité anti-impérialiste contre l'individualisme et l'isolement des colonisés les uns des autres ; dans quelle mesure est-elle oppressive (sachant que toute pratique sociale repose toujours sur une part de coercition !) et au contraire un facteur de fossé entre groupes sociaux et de potentiel enrôlement du groupe opprimé comme tirailleurs de l'impérialisme ; où se situe la limite, ou le "bon dosage" entre les deux etc. etc.

    Il est bien évident que pour des pratiques consistant en de l'esclavage, par exemple, ou encore la condition des basses ou hors-castes en Inde, la question ne se pose pas ; mais pour de nombreuses structures traditionnelles ancestrales dans de nombreux pays, elle mérite de se poser.

    Il ne faut pas avoir une vision linéaire du matérialisme historique ; féodalité/"archaïsme" => "Progrès"/"Modernité" capitaliste => socialisme ; tel est le grand apport au marxisme de pensées géniales comme celle de Mariátegui Mariategui.pdf, sachant que Marx lui-même n'était pas totalement fermé aux idées que lui exprimait par exemple Vera Zassoulitch marxists.org-marx-zassoulitch et que l'on peut trouver des raisonnements allant dans ce sens chez Mao : http://ekladata.com/-5-39bNwfYd4vBK-8.png.

    Le capitalisme a consisté fondamentalement à briser les structures sociales "communautaires" et toutes les soumissions à "quelque chose de plus grand que soi" pour établir le règne de l'individu... "fort" de sa "liberté" sur le papier, et faible face au Capital. Et de cette manière... il règne sans partage depuis des siècles en Europe (depuis deux ou trois siècles totalement, on va dire), et depuis la colonisation dans les autres régions du monde qu'elle a à un moment ou à un autre colonisées. Et l'on n'a pas l'impression d'en voir le bout du tunnel...

    Doit-on alors considérer qu'il faille absolument aller en ce sens et en passer par là, au risque de ne pas en voir le bout de sitôt ; plutôt que de prendre appui sur ce qui, avant même de pouvoir être éventuellement "remodelé" en collectivisme productif, est de nature à favoriser la plus large unité populaire et nationale possible contre l'ennemi, au lieu d'individus ou des petits foyers familiaux chacun dans leur coin et ne pensant qu'à leurs propres problèmes ?

    Il est permis d'en douter... quand bien même, pour l'impérialisme et ses spécialistes en vernissage "progressiste" voire "rouge", cela ne ferait aucun doute !


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