• Encore du débat sur Rojava (réponse à des commentaires laissés ici)


    Servir le Peuple connaît depuis quelques jours un bug dans l'administration du site, qui l'empêche de mettre en ligne les tout derniers commentaires.

    C'est dommage, car il en est auxquels l'envie de répondre est brûlante. C'est le cas, par exemple, de ces quelques uns que nous avons donc regroupés ici en PDF : Microsoft-Word-Document1.pdf

    Ces commentaires, comme vous aurez le "plaisir" de le lire, sont purement et simplement des torrents d'insultes (ou d'ironie insultante) le disputant à la mauvaise foi, basés uniquement sur le point de vue que l'on a décidé d'accepter, aka celui des organes de presse de la gigantesque manœuvre mondiale pour imposer la Rojavamania gaucho-impérialiste dans les milieux de gauche anticapitaliste.

    Il est faux et éhonté d'affirmer que SLP se réveille "après la bataille" lorsque lon sait que le travail politique sur cette question a commencé fin septembre, début octobre, et qu'attendre que Daesh soit rejeté en groupes épars dans le désert et Rojava (donc) considérablement sécurisé était aussi (peut-être...) un geste de fair play minimum.

    Quant à nous être "trompés", sur la question, jusque mi-2017 à peu près, par naïveté idéaliste, cédant un peu comme tout le monde à l'idée "on va montrer que ce n'est pas l'Union Sacrée impérialiste du 11 Janvier (2015), mais la révolution qui peut vaincre le djihadisme", par manque volontaire d'enquête (rien que lire Öcalan !! et Bookchin !), et finalement par déviation éclectique et "marxiste libertaire" ; nous n'avons aucun problème à l'admettre et l'avons déjà publiquement admis.

    Enfin, "trompés", oui et non, car nous assumons aussi que sauver Rojava (Kobané etc.) d'un Daesh en dynamique de progression, et soutenir cela, n'était pas une erreur.

    Nous avons analysé Daesh (mieux que personne ne l'a jamais fait) pour le caractériser clairement comme une force à ne pas soutenir, mais au contraire à combattre (la même analyse pourrait s'appliquer à la Turquie et ses supplétifs). Nous assumons, même, que l'idée précédemment énoncée "on va montrer que ce n'est pas l'Union Sacrée impérialiste du 11 Janvier (2015), mais la révolution qui peut vaincre le djihadisme" n'était pas foncièrement mauvaise du tout au tout.

    Nous ne pensons pas, comme ont pu l'évoquer du bout des lèvres certains camarades, qu'il aurait pu "falloir" (en 2012, 2013...) former un front tactique anti-impérialiste avec Daesh au nom de ses racines (très claires) dans la résistance nationale des tribus sunnites anciennement pro-Saddam contre l'occupation de l'Irak (2003-2011). Non pas "en raison de son idéologie ultra-réactionnaire", car ce serait confondre la conséquence avec la cause ; mais bien parce que Daesh est précisément le FRUIT pourri de l'échec et du refus d'un tel front anti-impérialiste dans les années 2000. Non seulement le PDK et l'UPK, bien au chaud dans leur "région autonome" (et à la présidence de l’État irakien pour Jalal Talabani...), mais l'ensemble des forces kurdes, PKK compris n'en ont eu strictement rien à foutre du martyre du "triangle sunnite" à cette époque ; tandis que les chiites, brièvement insurgés en 2004, se sont rapidement repliés sur la situation privilégiée que leur conférait leur majorité numérique (et l'influence iranienne) dans le nouveau régime. Les sunnites du "triangle", pour beaucoup essentiellement nostalgiques de leur position privilégiée sous Saddam, n'ont souvent pas eux-mêmes facilité les choses...

    À l'arrivée, il était donc évident qu'en 2012 ou 2013 toute main kurde, chiite, chrétienne, soufie, sunnite libérale, bref non-Daesh tendue à Daesh ne pouvait être que tranchée d'un coup de sabre. Il n'y avait pas de "pacte" anti-impérialiste possible avec ce monstre du clair-obscur que le néant d'une politique anti-impérialiste conséquente face au martyre de l'Irak avait engendré. Ne restait que le combat pour sauver sa vie et sa condition d'être humain.

    Simplement, comme en toute lutte contre la régression réactionnaire absolue (seigneurs de guerre dans les années 1920, invasion japonaise 1937-45 en Chine), une telle chose implique des fronts unis et des alliances qu'il faut savoir à un moment donné ROMPRE.

    Et quant au fait que notre conflit (en tant que maoïstes revendiqués), sur d'autres points, avec le Centre anticommuniste francophone UCL-OCFR de soutien à ce néo-menchévisme, ait été un élément pour nous mettre la puce à l'oreille (la découverte beaucoup plus récente de leur participation, en Hexagone du moins, au putsch pro-HBDH contre le Comité central légitime du TKP/ML n'a évidemment fait que renforcer cela) ; nous ne nous en cachons pas une seconde non plus, en leur faisant explicitement référence.

    Notre contradicteur fait aussi semblant de découvrir que nous avons (depuis notre prise de conscience progressive courant 2017) toujours vu Rojava comme allant vers un condominium, en tout cas tentant de jouer sur les deux tableaux entre Occident et Russie-Iran-Assad ; Rojava comme UNE SORTE DE "ZONE" de protectorat occidental et non un protectorat exclusif pur et simple, où l'Occident pourrait exercer une certaine influence pour éviter l'accomplissement total de la tournure que le conflit syrien a pris, à savoir une victoire écrasante du régime et donc de Poutine (dont la projection directe dans le conflit, sans doute pas envisagée voire crue impossible, n'a évidemment fait que démultiplier le soutien de l'OTAN à la seule force lui semblant parfaitement contrôlable, directement contrôlable et pas via des gens comme Erdogan, l'émir du Qatar ou la maison Saoud – dont la reprise en main était sans doute déjà dans les tuyaux, au demeurant).

    Enfin bref, s'il pense nous convaincre du caractère révolutionnaire (au sens marxiste, léniniste, maoïste) de Rojava par l'argument qu'ils étaient sur le point (ce qui nous aurait échappé) de se vendre complètement aux seuls Russes... il va falloir se lever de bonne heure ! Essayer de nous vendre le truc en mode non mais finalement tu t'es complètement gouré, c'était vendu à l'impérialisme russe... non mais LOL, PTDR, sérieux !!

    Nous n'avons rien de plus à ajouter que ce que nous avons déjà écrit dans les articles sur le sujet que nos contradicteurs lisent quotidiennement.

    À savoir ces principes matérialistes dialectiques fondamentaux que, par exemple, en terre semi-coloniale semi-féodale la politique intérieure la plus démocratique/progressiste qui soit est secondaire s'il n'y a pas d'opposition claire à l'impérialisme ; et que la politique commande au fusil donc si l'on veut argumenter que les liens avec l'impérialisme occidental comme russe sont une "obligation tactique" (que "ceux qui ne se prennent pas les bombes sur la gueule" ne devraient pas discuter...), et que Rojava reprendra son indépendance aussitôt la Réaction locale tenue à distance suffisante, il faut se pencher sur l'idéologie pour voir si celle-ci, comme celle de Mao durant la Seconde Guerre mondiale, le permet : c'est cela qui compte, s'il faut des armes et que donc on les prend à ceux qui nous les donnent, il est bien évident que la jauge de l'indépendance n'est pas là ; elle est dans l'indépendance IDÉOLOGIQUE. Or l'idéologie d'Öcalan n'a pas cette indépendance ; elle est même au contraire TOTALEMENT LIÉE aux présupposés de l'idéologie impérialiste occidentale, aile gauche radicale postmodernoïde.

    Ce que notre contradicteur, lui, tente de nous dire et répéter, c'est que les fusils et les coopératives vont finir par commander à l'idéologie... Nous sommes peut-être ridicules, et même honteux, mais son point de vue, lui, est antimarxiste ; et nous ne ressentons donc aucune honte à nous y opposer.

    Quant à Efrin (dont au passage nous avions parfaitement compris, oui, merci, que c'étaient les Russes qui y stationnaient), nous avons été nous semble-t-il assez clairs ; enfin, il est vrai qu'on ne peut jamais vraiment l'être "assez" face à la mauvaise foi.

    Efrin... ce, osons le dire, SOULAGEMENT pour toute la vermine néo-menchévique rojavamaniaque qui veut y voir (enfin !) l'accomplissement de ses prophéties de "lâchage par l'impérialisme" qui "prouverait" le caractère "anti-impérialiste" de leur cause sacrée ; alors qu'il va bien sûr de soi que sa victoire dans l'immédiat (nous ne parlons évidemment pas au terme d'une guerre de résistance nationale prolongée de plusieurs années !!) n'est possible qu'avec l'appui d'un impérialisme ou d'un autre, fut-ce le russe via l'autorisation d'acheminer des renforts à travers les zones du régime.

    La situation à Efrin est tout simplement un retour à la situation de Kobané début 2015 : l'autodéfense nationale d'un territoire kurde qui a évidemment tout notre soutien et tous nos souhaits de victoire.

    Efrin est un territoire kurde qui n'a par conséquent pas à subir l'occupation du néo-ottomanisme turc d'Erdogan (qui cherche concrètement, depuis 2011, à réannexer officieusement la Syrie un siècle après sa perte face à la coalition anglo-arabe... ben oui, vous croyez que le secteur bourgeois turc qu'il l'a mis au pouvoir l'a fait pour quoi ?) et de ses supplétifs arabes, sur lesquels nous n'avons pas une analyse foncièrement différente de celle sur Daesh, c'est à dire celle d'un mini "Japon shōwa" (expansionnisme réactionnaire ultra-violent à rhétorique anti-occidentale).

    Pas à subir une occupation, autrement dit... pas comme les milliers de kilomètres carrés de terre arabe occupés par les YPG et leurs acolytes de la Delta Force sur la rive nord de l'Euphrate, LOL !

    Nous souhaitons, en vérité et sans ambigüité là-dessus, la victoire des forces kurdes à Efrin et ailleurs ; d'abord parce qu'elle signifie la paix et la stabilité retrouvées, comme conquêtes démocratiques minimum, pour les masses populaires qui sont en dernière instance notre seule et unique préoccupation ; ensuite parce que comme nous venons de le dire au paragraphe précédent, nous sommes des ennemis de l'oppression nationale et les assaillants d'Efrin (et peut-être oui demain Manbij, et après-demain Kobané) ne viennent pas "libérer" les non-Kurdes mais bien écraser les Kurdes, nuance de taille ; et enfin... parce que cette victoire donnera vie à une réalité politique qui pourra être observée, des FAITS qui pour être dérangeants ne pourront pas être longtemps dissimulés, alors que Rojava écrasé deviendrait un mythe, une de ces "héroïques défaites" qui sont forcément (comme toujours) la faute des autres, à la manière de l'Ukraine de Makhno ou de la Catalogne de 1936 pour les anarchistes (et les trotskystes dans le cas de la Catalogne), et les mythes sont éternels et "inattaquables".

    Si il veut, puisqu'il a mis une insistance particulière là-dessus, notre point de vue sur ce qu'il aurait "fallu faire" des zones arabes (forcément) conquises pour atteindre et prendre Raqqa-"Berlin", planter le drapeau de la victoire sur son "Reichstag" et en extirper Daesh avant de l'écraser dans la vallée de l'Euphrate, ce que nous ne remettons à la rigueur pas en cause ; nous répondrons en léninistes qu'il aurait fallu les laisser s'autodéterminer, décider librement de leur destin ; et oui, nous avons effectivement tendance à penser que cela aurait signifié re-bidouiller un compromis entre les tribus locales et le régime, et donc un retour de celui-ci en attendant que le mécontentement populaire ne re-explose à nouveau à son encontre [nous n'avons en effet pas la naïveté de croire que la démocratie soit autre chose que la forme du pouvoir d'un groupe social : de même que la soi-disante démocratie "confédérative" d'assemblée "une personne une voix" et "décidant au consensus" des zones tenues par les FDS, n'est rien de plus que la forme du pouvoir des notables kurdes du PKK-"PYD" et de la bourgeoisie impérialiste occidentale qu'ils servent et dont les forces spéciales encadrent leurs troupes ; un "référendum" d'autodétermination des zones arabes après retrait des forces kurdes aurait fondamentalement été la forme d'une décision politique des tribus – lire ici à ce sujet]. 

    Ou alors, du moins, dire aux Américains et autres Occidentaux : "si vous voulez occuper... allez-y, débrouillez-vous avec vos soldats et tous les supplétifs locaux que vous voudrez, mais c'est sans nous" ; et se replier sur l'"isotope" des 50% de population kurde, désormais sécurisé. Mais c'est vrai qu'un tel scénario ne fait pas très "révolution régionale", hein...

    L'argument sur la minorité kurde dans la vallée de l'Euphrate "plus nombreuse" que la majorité dans les zones frontalières avec l'État turc, ne tient évidemment pas (négation des principes léninistes en matière de nationalités, tendance à l'autonomisme culturel austro-marxiste) ; pas plus que celui comme quoi les milliers de kilomètres carrés de zones majoritairement arabes seraient "remis" aux mains de conseils arabes et que d'ailleurs les FDS seraient maintenant aux deux tiers arabes (négation des principes d'hégémonie et de direction, et de la force armée comme colonne vertébrale du pouvoir politique : le pouvoir en Fédération du Nord, c'est celui des YPG du PKK un point c'est tout, sans parler de leurs 2.000 "heval"... des forces spéciales US). [D'ailleurs ces forces arabes en viennent même petit à petit à se... SOULEVER contre leurs alliés YPG ; comme la Brigade des Révolutionnaires de Raqqa fin juin 2018 :  Brigade_des_révolutionnaires_de_Raqqa#cite_ref-AFP240618_12-0 - Syrie : couvre-feu à Raqqa contre l'EI et le mécontentement populaire - syriahr.com/en/?p=95616]

    On parle là de notions essentielles de la science matérialiste (matérialisme historique) marxiste, que notre contradicteur choisit délibérément d'ignorer.

    Le "confédéralisme démocratique" officiel, que l'on ne va sans doute pas tarder à nous opposer pour nous dire que les YPG apportent la "démocratie participative" aux zones non-kurdes qu'ils libèrent, est un pathétique cache-sexe cosmétique qu'il suffit de lire... l'ouvrage du nom pour démonter ; pour y voir les abrutis "d'une obéissance servile" et "baignant dans la culture de la conflictualité" que sont censés être les Arabes et les Turkmènes ocalan-arabes-turcs.png, auxquels les Kurdes "peuple éternellement libre" devraient supposément apporter la lumière "démocratique"...

    Oui, nous l'assumons à 300%, nous n'avions pas compris cela lorsque nous étions fascinés par cette proposition politique pour une région où l'imbrication, l'absence de de frontières nationalitaires nettes (sans parler des problèmes confessionnels !) a pour conséquence que la volonté d'établir des États-nations "à la française" n'a globalement donné lieu qu'à 100 ans de massacres.

    Pour le reste, nous n'avons rien à répondre de plus à de tels torrents de mauvaise foi que ce que nous avons déjà expliqué en long, en large et en travers.

    Ses éventuelles réponses seront publiées, par honnêteté intellectuelle, en dépit du fait que cette denrée se fasse de plus en plus rare, dès lors qu'elles répondent précisément et point par point à ce qui est expliqué et argumenté ici (au bout de 8 ans de SLP, nous sommes passablement fatigués du biais et du derailing dans le débat : lorsque des points d'importance CAPITALE sont soulevés, le seul débat accepté est d'y répondre).

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