• En Catalogne, les résultats du scrutin suscitent l'enthousiasme mais aussi l'inquiétude


    Les élections autonomiques anticipées convoquées suite au déclenchement de l'article 155 ont vu la consécration comme première force politique des néofranquistes macronisés de Ciutadans, mais l'obtention de la majorité absolue par le bloc indépendantiste précédemment au pouvoir ; malgré l'emprisonnement ou l'exil des principaux dirigeants, le recul en voix comme en sièges est minime (un phénomène de vote utile affectant cependant les résultats de la CUP, de gauche radicale, qui s'effondre).

    Il faudrait vraiment que les contradictions dans le camp indépendantiste soient énormes pour que Ciutadans puisse se retrouver à former un gouvernement minoritaire avec les 57 sièges du bloc espagnoliste (maximum 65 en gagnant les guignols de Podem, mais c'est peu probable) ; mais rien au lendemain du scrutin ne laisse présager une telle situation malgré les prises de bec ces dernières semaines entre Junqueras (emprisonné) et Puigdemont (réfugié en Belgique).

    On est donc revenu à la case départ, celle d'une majorité électorale nette en faveur de l'indépendance et d'une république ; et la plus grande incertitude règne quant au comportement futur de cette majorité ("calmée" par la répression, ou pas ?) et aux réactions de Madrid.

    Les développements ultérieurs seront à suivre attentivement...


    [Première ébauche de théorie : on constate que la CUP, qui était l'"impulsion" populaire et radicale du processus, a été victime du vote utile, chutant de 10 à 4 élus (Podem a au demeurant subi le même phénomène du côté anti-indépendantiste...). Et ceci... était peut-être un but très important de la manœuvre. En effet, lors du déclenchement de l'article 155, convoquer très vite des élections était une volonté (et même une condition pour leur soutien à Rajoy) de Ciutadans... qui en bons Macron locaux, avaient probablement très bien compris comment marchent les choses : l'effet vote utile face à un "Nom du Mal", grande et subtile technique de la contre-révolution préventive du 21e siècle.

    Ici, on a le FN. En Catalogne, l'espagnolisme ultra de Rajoy et le 155 antidémocratique jouent ce rôle. Donc, les têtes pensantes de Ciutadans se sont sans doute dit : "on ne gagnera sûrement pas ces élections, ne rêvons pas, même si on arrive premiers, mais le vote utile va renforcer les raisonnables chez les indépendantistes"... Et arrêter (ce qui comptait en tout premier lieu !) la fuite en avant, qui était impulsée par la CUP justement (et l'aile gauche d'ERC, à la rigueur).

    Le PP ce sont des vieux bœufs franquistes, qui ne savent que foncer dans le tas et jeter de l'huile sur le feu. Ciutadans est moderne. Ils ont appris, notamment, des Anglais en Irlande du Nord : repère la droite, les modérés chez tes adversaires, et renforce-les ! Et en prime, cerise sur le gâteau, les voilà première force en sièges au Parlement, chefs naturels de l'opposition espagnoliste, alternance désignée si le procés s'enlise et les gens se lassent de la coalition indépendantiste (dont les mesures sociales et démocratiques, qui étaient de toute façon systématiquement cassées par le Tribunal constitutionnel de Madrid, devraient être nettement moins nombreuses avec le recul de la CUP), et jouant déjà, sur un ton presque postmoderne (LOL), les "victimes" d'un "système antidémocratique qui donne la majorité à ceux qui ne sont pas majoritaires" (la proportionnelle catalane qui n'est pas intégrale mais par circonscriptions que sont les quatre provinces, celle de Barcelone ayant effectivement 63% des députés à élire pour 75% de la population, mais bon, en réalité sur les trois listes arrivées en tête cela ne change pas grand chose, toutes ont environ à un siège près une fois et demi leur pourcentage de voix)...]


  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :