• Cuba à l'heure de l'"ouverture" : un EXCELLENT TEXTE par un communiste de l'intérieur même du pays


    Servir le Peuple a depuis toujours assumé (parmi les maoïstes) une position "hétérodoxe" au sujet de Cuba, considérant que nous ne sommes plus au temps de la "petite Guerre froide" sino-soviétique (celle qui considérait l'URSS comme la plus nocive et dangereuse des deux superpuissances mondiales, vision profondément erronée au regard de son effondrement quelques années plus tard, et a notamment pu conduire la Chine populaire à soutenir Mobutu, l'UNITA angolaise, le général Eanes au Portugal etc. etc.) ; une position tranchant conséquemment avec celle de la plus grande partie du mouvement à travers le monde.

    Nous reconnaissons que l'expérience révolutionnaire cubaine a commis de grandes erreurs et ne peut pas à l'heure actuelle (pas plus qu'elle ne pouvait réellement dans les années 1980, par exemple) nous servir de modèle absolu ; mais nous avons aussi écrit (et assumons) qu'elle est à nos yeux "la moins ratée des expériences révolutionnaires où les communistes (ceux de 1956, très faibles théoriquement et peu nombreux, plus les éléments dans la Sierra Maestra, à commencer par le Che) et le mouvement ouvrier et paysan organisé se sont placés sous la direction de la bourgeoisie nationale progressiste (qu'incarnait le Mouvement du 26 Juillet) ; les exemples négatifs étant légion (Algérie, Syrie, Congo-Brazzaville ou Zimbabwe, amenant le règne de cliques antipopulaires ; Indonésie amenant au massacre de 1965-66, Chili de l'Unité populaire, etc.)". Nous ne partageons pas les tirades de certains éléments, issus notamment de la décomposition du maoïsme péruvien (lui-même historiquement très hostile à Cuba en raison de son soutien à la junte militaire "progressiste" de Velasco Alvarado dans les années 1970), pour qui la problématique se résume à "les frères Castro sont des chiens fascistes"...

    L'histoire récente à suffisamment montré qu'aborder le problème d'une expérience révolutionnaire ayant dévié de ses buts communistes (étant tombée dans le révisionnisme) nécessite une grande prudence et une grande profondeur d'analyse ; et certainement pas d'appeler au type de révolution que l'on mènerait contre un régime fasciste - à ce jour, à vrai dire, il n'existe pas d'exemple de révolution anti-révisionniste réussie ; tous les soulèvements populaires dans ce paradigme-là n'ayant conduit qu'à la restauration du capitalisme "pur et dur" à l'occidentale (et généralement sous domination occidentale) avec son lot d'immenses souffrances pour des masses populaires "regrettant", dès lors, le "paradis perdu" révisionniste. Il n'y a donc pas de place pour les raisonnements "grosse gueule" et l'imbécilité*.

    Ce processus de dégénérescence des révolutions et de restauration progressive d'une société inégalitaire (au lieu d'avancer vers le communisme, c'est-à-dire la disparition de tout inégalité et hiérarchie sociale), nous l'avons en vérité déjà analysé et ce n'est pas (en réalité) une question de prendre untel ou untel et de lister ceci ou cela qu'il a pu dire (ou ne pas dire) d'"erroné", "opportuniste" etc. etc. (chercher à "piéger le révisionnisme au détour d'une formule" disait Lénine) ; tout ceci n'étant que la traduction dans la pensée du problème.

    Le vrai fond du problème c'est que :

    1°/ La révolution ne peut se faire sans Parti révolutionnaire, sans avant-garde (n'en déplaise à ceux/celles qui s'imaginent que leur organisation anarchiste ou leur syndicat révolutionnaire ou leur squat autonome/autogéré, autrement dit leur groupe de personnes ayant compris avant les autres qu'il faut faire la révolution, n'en est pas une) ;

    2°/ Ce Parti révolutionnaire d'avant-garde, tout en étant indispensable, ne peut pas être "pur" et "parfait" (bien qu'il s'efforce au quotidien d'être le "meilleur" possible). Les individus qui le composent "viennent" du capitalisme, sont nés et ont toujours vécu dans une société capitaliste, et en portent les stigmates dans leur conception du monde. Il est d'autre part impossible d'éviter que le Parti, se constituant au sein de la société capitaliste (pour justement renverser celle-ci), ne compte pas en son sein des opportunistes c'est-à-dire des personnes pour qui la révolution n'a pas pour but de SERVIR LE PEUPLE, d'émanciper les exploités et les opprimés, mais simplement de remplacer les anciens dominants par... eux-mêmes, se faisant nouveaux "patrons". Pour bien montrer que ce n'est pas une question de dire ceci ou cela, le discours de ces personnes peut être "modérantiste", "possibiliste", "conciliateur avec le capitalisme" etc. etc. mais aussi (très souvent !) ultra-radical, "plus révolutionnaire que moi tu meurs", allant jusqu'au traitement des contradictions au sein du peuple comme des contradictions avec les ennemis du peuple (autrement dit fusiller tout le monde pour un oui ou pour un non), jusqu'à se révéler finalement pour ce qu'elles sont : des néo-bourgeois, de nouveaux maîtres. Puisque ce que veulent ces personnes n'est pas l'abolition de la société de classes mais le remplacement d'une classe dominante par une autre (eux-mêmes), l'on peut oser un parallèle avec la Révolution bourgeoise "française" (qui consistait précisément en cela) et l'on se rend alors compte qu'effectivement, de part et d'autre de l'idéaliste égalitaire rousseauiste (et idiot utile) Robespierre, ces révolutionnaires bourgeois qui voulaient prendre la place de l'aristocratie et de la haute bourgeoisie aristocratisée d'Ancien Régime et qui allaient devenir les thermidoriens une fois la tâche accomplie (menace contre-révolutionnaire conjurée, bourgeoisies de province matées et rébellions paysannes écrasées) pouvaient certes tenir pour certains (Danton) un discours "modéré", mais aussi pour d'autres (très souvent) un discours ultra, "guillotineur à outrance", "impitoyable avec les ennemis de la Liberté" etc. etc. avant de devenir les plus grands réactionnaires (thermidoriens et bien souvent bonapartistes) qui soient - les Fréron, Tallien, Fouché, Barère, Dumont etc. etc. Un phénomène revu à l'identique en URSS après la mort de Staline !

    3°/ En reflet et parallèlement à cela, la révolution elle-même ne fait pas régner l'égalité absolue et le communisme du jour au lendemain : elle n'est que le point de départ d'un long processus, d'une longue transition vers le communisme (négation du capitalisme par le communisme) que les marxistes appellent socialisme. Et la veille de ce point de départ régnaient le capitalisme et la société de classes, et cela depuis des siècles : c'est dire si toute division du travail et hiérarchie que ceci suppose, toute idée/conception réactionnaire issue du capitalisme voire de la féodalité, tout rapport social inégalitaire ne "disparaît" pas ainsi comme par enchantement (il s'agit, précisément, de lutter pour les faire disparaître !) et "marque" la société pendant encore des dizaines et des dizaines d'années ;

    4°/ Le processus révolutionnaire socialiste est par nature et du fait de ce qui vient d'être dit confronté à des difficultés colossales ; non seulement parce que tout le monde (anciennes classes dominantes du pays en question et classes dominantes étrangères toujours au pouvoir) "veut sa peau" mais aussi parce que le marxisme est une science vivante et évolutive, "parfaite" ni dès Marx et Engels ni après Lénine ni même après Mao mais au contraire en perfectionnement permanent, et qui se heurte donc à des limites dans sa compréhension et son traitement des problèmes qui se présentent à lui.

    => Ces deux derniers points (3 et 4) sont ce qui permet précisément et matériellement à ce que nous avons vu en 2 (inévitable au regard du point 1) de prospérer - et le fait que cela prospère, "stoppe" la marche vers le communisme et amorce un "demi-tour" vers le capitalisme est ce que nous appelons le révisionnisme, phénomène objectif et non corpus doctrinal clairement défini, qu'il est donc illusoire de traquer à travers tels ou telles propos, idées, positions etc. Ce phénomène de transformation en nouvelle classe dominante/exploiteuse peut même affecter des personnes qui étaient des révolutionnaires sincères et peu criticables au point de départ, ce qui peut être affirmé sans guère de doute au sujet des frères Castro - mais aussi de bon nombre de dirigeants soviétiques, chinois, vietnamiens etc., tous pays où le capitalisme à été totalement restauré à ce jour [on pourrait encore citer le cas de la trahison de la Guerre populaire au Népal (lire aussi ici)].

    Quant à la solution... elle est précisément celle que si nous l'avions clés-en-main cela se saurait, car nous serions alors très proches (presque un siècle après la Révolution bolchévique d'Octobre 1917) d'un monde communiste. La lutte livrée en Chine contre la "voie capitaliste" dans les années 1960 et début 1970, donnant mondialement naissance à l'étape maoïste de la pensée marxiste, a sans aucun doute ouvert la plus importante piste de réflexion à ce sujet (c'est pourquoi nous nous définissons maoïstes !) ; mais elle n'a pas pu elle-même contrer le processus dans ce pays (où le capitalisme a été totalement restauré, et dans sa pire forme qui soit). La solution à ce problème reste donc encore à penser, élaborer et formuler à l'instant où nous écrivons.

    Ce qui est certain en tout cas c'est que le processus entamé avec la terrible crise traversée par Cuba suite à la chute de l'URSS, à laquelle elle avait dramatiquement lié son économie, est désormais entré dans une nouvelle étape : le gouvernement cubain et l'impérialisme US viennent d'annoncer leur intention d'"enterrer la hache de guerre" et de "s'ouvrir" l'un à l'autre - les implications de cela pour un pays de 11 millions d'habitant-e-s face à la première puissance mondiale, située à 150 km de ses côtes et dont elle fut jadis le protectorat et le grand bordel à touristes, ne peuvent que faire frémir.

    C'est donc une "heure de vérité" qui est arrivée pour le Peuple cubain et les (encore nombreux, la preuve ci-dessous) révolutionnaires en son sein : il n'est désormais plus possible de se contenter de dire "nous n'avons pas cédé à la vague néolibérale mondiale" ; il va désormais falloir, face aux terribles épreuves qui s'annoncent, repenser la lutte pour le communisme sur la base de ce que Cuba a été et (malgré tout) continue d'être pour des millions d'hommes et de femmes - le "premier territoire libre" et le phare révolutionnaire des Amériques.

    C'est ici qu'intervient l'excellent site latino-américain Pueblos en Camino ("Peuples en Marche") pour nous offrir une contribution d'une valeur inestimable... puisqu'il s'agit du témoignage et des réflexions d'un jeune révolutionnaire communiste de l'intérieur même de l'île aux barbudos. Puisse celle-ci représenter un début de piste pour cette indispensable réflexion que doit impérativement affronter le mouvement communiste international : comment reprendre le chemin du communisme à partir d'une expérience révolutionnaire parvenue à son stade ultime de dégénérescence terminale !

    Critique, autocritique, débat franc et ouvert, confrontation de lignes : c'est ainsi que l'on avance dans la compréhension communiste du monde !


    Cuba face aux défis du Capital et nos luttes en tant que Peuples


    Luis Emilio Aybar est un jeune cubain qui croit au socialisme et en un projet révolutionnaire. C'est à partir de ces convictions, d'un engagement sans faille et d'une profonde connaissance de son Peuple et de son pays dans le contexte actuel, qu'il analyse dans cet article que nous partageons l'impact et les perspectives pour le socialisme cubain du rétablissement des relations entre Cuba et les États-Unis, après l'annonce faite par Obama le 17 décembre.

    Luis Emilio affronte et confronte des réalités connues mais habituellement non reconnues, au point que de tant les nier quiconque les signale se voit désigner comme un ennemi de la révolution ou comme un agent de l'impérialisme. Fréquemment, comme nous le savons hélas, ces ostracismes viennent de l'extérieur et sont le fait de personnes qui depuis le confort de la théorie et de leurs désirs voudraient qu'à Cuba se passe ce qui n'est pas en train de se passer. Mais cette fois-ci il y a quelque chose de plus, une caractéristique fondamentale et une essence évidente dans le texte et dans son auteur : il ne s'agit pas d'un libéral ni d'un agent de l'impérialisme, d'un petit bourgeois aspirant à la consommation et encore moins d'un aigri qui cherche à se sauver, usé par la déception et l'effort quotidien. Il s'agit de quelqu'un qui aime son Peuple, son pays et ce qui y a été conquis sur le plan de la culture, de l'éthique, d'une solidarité et d'une dignité sans pareilles.

    Luis Emilio s'exprime depuis là-bas et du haut d'une formation évidente, sérieuse et disciplinée qui lui permet de savoir ce qu'est le capitalisme et de le rejeter ouvertement sans besoin de longues analyses, simplement parce qu'il sait que fondamentalement, le capitalisme est un système criminel exploite et méprise en même temps qu'il se masque et ment. Il sait que Cuba est menacée par le projet capitaliste qu'incarne Obama, et par la subtile stratégie d'occupation que sa démarche initie. Tout comme il sait que ce socialisme conformiste, rigide, excluant, autoritariste, hiérarchique, isolé, qui a faim et qui se méfie de son propre Peuple est la pire menace qui puisse peser sur la voie du socialisme, en même temps que la meilleure opportunité offerte au capitalisme pour s'imposer [NDLR c'est effectivement un principe dialectique : les choses périssent d'abord et avant tout de leurs propres défauts et limites internes].

    C'est là un texte éloquent, direct et franc, qui nous remplit de joie au milieu de l'inquiétude pour ce qui peut arriver à Cuba. Joie parce que nous savons qu'il y a là-bas, au milieu de toutes les difficultés, des personnes qui malgré tout partagent un projet anticapitaliste et aiment leur Peuple, qui sont disposées à s'inscrire dans l'internationalisme des luttes populaires et possèdent un bagage de formation, de connaissances et de dignité qui pour tout dire nous manque.

    Aujourd'hui, face à ces paroles, nous ne pouvons pas seulement nous contenter d'attendre de voir ce qui arrive, ou d'espérer que le Peuple cubain sache se défendre, mais nous devons faire que ces voix soient entendues et assumer la responsabilité et la décision de soutenir la résistance et les transformations nécessaires, au-delà des erreurs et des risques des réformes en cours, pour nous joindre à la construction par en bas et depuis la gauche, rénovée, fraîche, consciente et critique de la Cuba populaire et socialiste, libre et nôtre dont nous avons besoin. Pour que le socialisme cubain jaillisse de sa propre expérience et de son propre Peuple, tous et toutes nous sommes Cuba.

    - Pueblos en Camino

    17 décembre, les défis pour Cuba


    Au cours des jours qui ont immédiatement suivi la nouvelle, je n'ai seulement trouvé qu'un seul article qui introduise dans les journaux nationaux une approche nuancée de la problématique : "Il faut une certaine hauteur de vue pour se rendre compte que les temps à venir pour la Révolution cubaine s'annoncent beaucoup plus complexes et subtils qu'ils ne l'ont été. La voie confortable de la coexistence peut nous submerger et nous désarticuler, s'emparer de nos lacunes dans tous les domaines, profiter de nos erreurs et de nos atavismes" ("Sans baisser la tête", José Alejandro Rodríguez, Juventud Rebelde, 18 décembre 2014).

    Nous vivions au milieu de soubresauts où il était difficile de distinguer clairement la portée et la signification des évènements. J'ai pu entendre personnellement des phrases telles que "Maintenant ça y est, par ici les investissements, tous à manger au McDo !!", "Le blocus c'est terminé", ou celle-ci un peu plus inquiétante : "J'ai beaucoup aimé le discours d'Obama, très sensé et respectueux". Les dessins humoristiques montraient Obama en train de boire de la Bucanero [bière cubaine], tandis que les médias nationaux peignaient un tableau de victoire totale pour la révolution.   

    Au cours des semaines suivantes émergèrent des analyses déjà plus équilibrées, mais en réalité aucune n'a véritablement surmonté cette attitude de confiance absolue en la victoire qui caractérise le discours officiel, attitude reposant sur un diagnostic incroyablement complaisant des forces et des faiblesses du pays.

    Le présent article s'efforcera de fournir une analyse critique du socialisme cubain et des réformes en cours qui servira de cadre pour comprendre les défis du probable changement dans les relations avec les États-Unis. Il se distanciera d'une vision pragmatique toujours plus répandue selon laquelle la normalisation ferait partie du processus naturel d'adaptation de Cuba au monde qui l'entoure ; et il défendra la nécessité d'un projet socialiste rénové comme orientation stratégique dans le nouveau scénario.

     Le discours d'Obama 

    Obama a fait preuve de beaucoup de sagacité et d'une grande cohérence dans l'exposé tactique de sa décision, laissant peu de vides dans son argumentation :

    Il a démontré l'inefficacité de la politique antérieure sans aller jusqu'à questionner sa légitimité : "Bien que cette politique ait été basée sur les meilleures intentions, aucune autre nation ne nous a appuyé dans la mise en place de ces sanctions qui ont par conséquent eu peu d'impact, sinon d'offrir au gouvernement cubain une justification pour imposer des restrictions à son peuple".  

    Il a argumenté avec efficacité la nouvelle politique de "puissance intelligente" vis-à-vis de Cuba : le contact "de peuple à peuple" et le citoyen américain comme "meilleur ambassadeur potentiel de nos valeurs", le soutien au "secteur privé émergent", l'intégration des deux économies et le rôle "démocratisant" de la "libre circulation de l'information".

    Il a reconnu des éléments positifs dans le gouvernement cubain : l'envoi de médecins pour combattre l'épidémie d'Ebola, la libération de deux agents états-uniens, la décision de développer l'accès à internet, l'engagement auprès des institutions internationales.

    Il s'est distancié d'une possible complicité idéologique avec l'adversaire : "J'ai dit clairement à Raúl Castro ma conviction que la société cubaine se trouve entravée par les restrictions imposées à ses citoyens" - et il a dressé l'inventaire de points de désaccord avec sa gestion gouvernementale.

    Il a fait la promotion d'une image de confiance et de bonnes intentions vis-à-vis du Peuple cubain : "Je vais être honnête avec vous aujourd'hui", "aujourd'hui les États-Unis veulent se convertir en associés pour que la vie des simples citoyens cubains soit un peu plus facile, libre et prospère". Il s'est démarqué de toute possible soif de domination, privilégiant un discours d'aide à l'émancipation : "nous pouvons aider le Peuple cubain à s'aider lui-même". L'utilisation de codes propres à la culture nationale cubaine est venue compléter une atmosphère générale de "dialogue complice" : la référence à Carlos J. Finlay, la citation de José Martí, la phrase populaire "c'est pas facile"...  

    Enfin, il a fondé à chaque instant son discours sur des principes et des intérêts universels : "Un avenir de paix, de sécurité et de développement démocratique est possible si nous travaillons ensemble non pas pour nous maintenir au pouvoir, non pas pour protéger les intérêts acquis, mais pour réaliser les rêves de nos citoyens".

    Obama a fait preuve de tout le bon sens requis par les objectifs tactiques de son discours et de tout le respect qui doit aller avec le nouveau modèle de soft power. Si une quelconque valeur peut lui être reconnue, elle a moins à voir avec une supposée bonté contenue qui aurait fini par voir le jour qu'avec l'audace d'un pas en avant polémique mais bénéficiaire pour les intérêts américains, y compris pour son propre avenir de politicien professionnel. Il faut bien faire la différence, comme le fait Rafael Hernández, entre le Président Obama comme pièce d'un mécanisme de pouvoir complexe et multidimensionnel, et la personne Barack.

    L'instrumentalisation politique présente comme du charisme, une vocation humaniste et de la fiabilité ce qui est en réalité l'intérêt particulier d'un groupe de pouvoir. Il doit y avoir un sacré nombre de personnes à Cuba qui ont vibré ce jour-là au ton proche et sensé du discours. Pour la première fois depuis bien longtemps, nous avons pu voir un président des États-Unis parler en direct. Pour la première fois, pour autant que je m'en souvienne, le discours complet d'un président des États-Unis a été publié dans le journal Granma.

    La bonne nouvelle arrive cependant chargée de tout le poids du désarmement idéologique qu'implique le fait de n'avoir - justement - jamais fait cela auparavant. Tout l'effort de pédagogie anti-impérialiste qui a formé la majorité des Cubains et des Cubaines a toujours eu un point faible : nous avoir arrachés au contact avec les "influences négatives" de l'étranger, telles que définies par quelqu'un au pouvoir, et en particulier à celles pouvant mettre en danger nos propres idées. L'on ne diffuse jamais qu'un seul type de nouvelles, l'on réfute les idées contraires de manière manichéenne, et l'on cache les contradictions des gouvernements amis. Nous savons bien que ce n'est guère différent dans le reste du monde, mais il se suppose que la Révolution cubaine cherchait précisément à construire un modèle de société alternatif.

    Le problème a toujours été, intrinsèquement lié à la logique même du pouvoir, le manque de confiance en la capacité du Peuple cubain à tirer ses propres conclusions. Bien sûr, cette capacité doit être formée et il est plus facile de défendre une idée progressiste en enlevant les pierres du chemin que d'éduquer au discernement entre différentes opinions. Mais malheureusement, année après année, les principes les plus fermes sont allés en se dissipant devant les récits miraculeux des émigrés à l'extérieur, la vie confortable et sans pauvreté montrée par les films nord-américains, montrant par là que la méthode choisie pour former des révolutionnaires n'était pas forcément la plus efficace. Le citoyen de la rue sait fort bien, par ailleurs, que tant parler des "malheurs du monde" sert aussi à justifier les erreurs ici ; et il a petit à petit relégué le discours anti-impérialiste au fond du cagibi de ce que l'on appelle communément la "langue de bois politique".

    Le résultat global de cela est qu'une grande partie de la population se trouve en réalité peu préparée à affronter la machine idéologique capitaliste et sa sophistiquée "illusion de vérité", ce qui se voit par exemple avec la consommation acritique par des canaux informels d'émissions telles que "Caso Cerrado" ou le "Noticiero Univisión" [émissions de la télévision impérialiste US en castillan - les chaînes Telemundo et Univisión]

    Le discours public de la révolution, tant sur les aspects internes qu'externes, a laissé beaucoup trop de vides au fil des ans. Dans tous ces domaines, nous avons laissé un boulevard à l'ennemi : certains n'ont-ils pas vibré à lire que "le blocus a offert au gouvernement cubain un prétexte pour imposer des restrictions à son peuple" ? Obama cherchera à asseoir son leadership sur la population à partir de courants d'opinion déterminés qui ont déjà leur propre histoire au sein de la société cubaine. 

    Nous espérons que continue la saine pratique de publier ces arguments, mais aussi - de manière tout aussi massive - la publication de ceux d'autres secteurs socialistes ayant une vision différente des problèmes du pays et de la manière de donner de "ré-oxygéner" l'hégémonie anti-impérialiste.

    Les idées révolutionnaires ne peuvent pas s'imposer dans le monde en isolant les gens de la "source du mal", mais au contraire par une accumulation de sens critique dans la citoyenneté, au contact d'idées différentes et contraires.  

    Les avantages comparatifs 

    Un exercice plus intéressant que d'identifier le possible gagnant du 17 décembre, est d'évaluer qui pourrait tirer le meilleur parti du nouveau scénario dans les prochains temps. En accord avec l'objectif déclaré de cet article, nous nous concentrerons sur le cas cubain. 

    Nous avons considéré jusqu'ici notre côté du conflit comme homogène, utilisant des notions englobantes telles que "Cuba", "la Révolution" etc. etc., mais il est maintenant nécessaire d'établir quelques distinctions.

    Une analyse politologique traditionnelle examinerait le rapport de force entre les deux gouvernements, et userait de termes plus tangibles et moins idéologiques. Je préfère pour ma part parler du point de vue de la citoyenneté et traiter de la confrontation entre deux projets, le projet impérialiste des États-Unis sur Cuba et le projet socialiste de la Révolution cubaine. Ce parti pris fait face à deux grands obstacles :

    a) L'identification du gouvernement et de l’État cubain avec la Révolution, fortement favorisée par le groupe social au pouvoir et assumée de manière passive ou même active par une grande partie de la population. Une telle identification amène à comprendre la politique de l’État comme l'incarnation du projet socialiste. Nous nous distancierons ici de ce point de vue et parlerons plutôt de révolution dans une double signification : celle de tissu social tourné vers des objectifs historiques déterminés ; et comme accumulation historique de valeurs et pratiques sociales. Un gouvernement s'identifie à une révolution dans la seule mesure où ses politiques permettent de réaliser le premier, et de reproduire et amplifier la seconde. Il faut également souligner ici que les groupes à l'intérieur d'une révolution ne sont pas homogènes, et ne comprennent pas tous de la même manière les contenus et les moyens de réalisation de ces buts. 

    b) Les problèmes dans la définition même du projet. Le seul projet mis en avant durant de nombreuses années a été la conservation des acquis révolutionnaires, combinée avec la stratégie de survie face aux difficultés économiques du pays. Les réformes des années 1990 ont apporté quelques nouveaux contenus et en ont récupéré d'autres, mais ont laissé sur pied beaucoup trop d'éléments du passé. Il en a été de même lors de la "Bataille des Idées" (2002-2007). Au-delà de la marge de discussion et de redéfinition qui a pu être possible durant la période critique de 1990-96, le projet restait sous-entendu ou se réduisait à ce que proposait Fidel. Les récentes réformes ont répondu à la nécessité de survie par une politique plus inclusive, qui promet des changements structurels de fond, mais elles ont reproduit le même vieux problème : la visualisation, à travers le contrôle de l'espace public, d'une unique proposition pour le pays. Ceci revient encore à laisser peu de possibilités d'influence à ceux qui questionnent le fondement stratégique des changements.  

    Une voie intéressante pour gagner en clarté pourrait être celle que propose Juan Valdés Paz. Pour l'auteur, la Révolution cubaine est un projet inachevé qui n'a pas pleinement atteint ses objectifs. Il définit ces objectifs suivant un certain nombre de lignes directrices telles que l'indépendance totale du pays, le développement économique, la justice sociale, la démocratie populaire et une dernière plus englobante encore : parvenir à un changement culturel qui en fasse définitivement une alternative au capitalisme.

    Ces buts sont réellement identifiables dans les différents discours conformant le tissu politique révolutionnaire, bien que chacun ne soit pas compris de la même façon, ni la manière dont ils s'articulent entre eux. Ils offrent une plateforme minimale pour parler du projet socialiste cubain. La question devient alors à quel point la nouvelle stratégie nord-américaine peut menacer la réalisation de ces objectifs, et a contrario de quelles conditions disposons-nous pour permettre que le nouveau scénario opère en leur faveur.

    Le centre du questionnement s'élargit alors du terrain du pouvoir politique à celui de l'hégémonie, et nous évitons d'en rester au simple problème de "renverser les Castro" alors que la nouvelle stratégie semble avoir un point de vue plus complexe : dépouiller lentement la Révolution des caractères anti-systémiques qu'elle peut conserver, comme base pour pouvoir influer sur la conduite du pays.

    Les États-Unis n'ont pas beaucoup d'espoirs s'ils concentrent leurs efforts sur un changement de l'équipe au pouvoir (leur objectif prédominant jusqu'à présent), étant donné que n'existent pas à Cuba les conditions d'une transition abrupte comme celle qu'ont connue les pays d'Europe de l'Est. En revanche, une plus grande intégration entre les deux sociétés - fondamentalement entre les deux économies - peut stimuler le processus de transformation progressive des valeurs et des pratiques sociales auquel nous sommes en train d'assister jusqu'à arriver au jour où nous serons devenus un autre pays, même si celui-ci reste qualifié de "socialiste".

    Le Vietnam et la Chine, par exemple, ont vu changer lentement leur mentalité et sont aujourd'hui des pays totalement intégrés au système capitaliste mondial. Les États-Unis n'ont pas réussi dans leur cas à percer la cuirasse des pouvoirs établis, mais rien ne garantit qu'ils n'y parviennent pas à Cuba et dans tous les cas ils préfèreront toujours un pays incommode mais conforme au reste du monde, où les capitaux nord-américains peuvent entrer et sortir librement, qu'un pays dominé par des fondements culturels et politiques incompatibles avec les leurs.

     Obama semble le tenir pour clair lorsqu'il dit que : "[...] ceci nous offre une opportunité d'obtenir un résultat différent, pour que Cuba s'ouvre dès à présent au monde d'une manière jamais vue auparavant. [...] Et avec le temps, ceci corrodera cette société tant fermée et alors, je pense, offrira les meilleurs possibilités de mener vers plus de liberté et une plus grande autodétermination pour le Peuple cubain. [...] Bien sûr, comme ceci va changer la société, le pays, sa culture spécifique, cela pourrait arriver rapidement ou plus lentement que je ne le souhaiterais, mais cela va arriver et je pense que ce changement de politique de notre part va favoriser cela. [...] Ce qui est certain c'est que nous allons être dans de meilleures conditions pour réellement exercer une influence, et utiliser alors la carotte aussi bien que le bâton".

    Est-il possible de dire qu'il n'existe pas de tendances propices dans notre société du point de vue de ces objectifs ? La pauvreté, d'année en année, a eu pour conséquence que la vie de beaucoup de personnes se réduise à l'immédiatisme de la survie matérielle, lequel tend naturellement à se convertir en ambition consumériste. La manière simpliste et auto-justificative dont ont été présentés les "malheurs du monde", combinée avec les témoignages des émigrés et l'influence des médias, a produit une image édulcorée du monde capitaliste et y compris des États-Unis comme espace idéal pour satisfaire ces nécessités. Qu'un patron, propriétaire de l'entreprise, te paye un salaire et se garde la majeure partie de ton travail est vu de manière incroyablement naturelle.

    L'organisation hiérarchique du socialisme national a contribué en ce sens, vu qu'en considérant notre espace micro il n'y a pas beaucoup de différences entre le gérant d'une entreprise d’État et le patron privé - ce dernier gagnant même plus, désormais. Les gens ont devant eux deux options : le socialisme bureaucratique inefficace, pauvre et autoritaire dans lequel nous vivons ; ou le capitalisme séducteur et d'abondance qui est entré dans nos têtes et dans lequel, si les autres peuvent rester ou devenir pauvres, j'ai au moins une chance de prospérer.

    Pour autant, ce qui a désintégré le tissu social révolutionnaire à Cuba n'est pas la crise économique à elle seule, mais aussi l'articulation entre le crise et l'incapacité à refonder un paradigme émancipateur. Nous en sommes arrivés à un point où le laisser-aller se combine avec l'inertie d'avoir appris à attendre que d'autres décident, et tout ceci laisse le Peuple cubain relativement sans défenses face à l'avenir.

    Heureusement, ceci n'est qu'une partie de la vérité. Comme l'a souligné Rafael Hernández, nous pouvons ne pas être préparés mais être quand même capables. Il y a à Cuba une grande réserve de dignité, de bon sens, d'anti-impérialisme, de solidarité et de sens du droit qui a jusqu'ici empêché la déconfiture totale et qui peut être activée pour se défendre ou pour avancer. Certains veulent s'enrichir, d'autres seulement arriver à la fin du mois avec le fruit de leurs efforts, et ils ne sont pas peu nombreux ceux qui sont conscients qu'il y a toujours quelque chose de risqué dans la relation avec les États-Unis. Il y a des gens qui ne seraient certainement pas ravis si on leur enlevait la polyclinique du secteur, ou si on leur fermait leur centrale sucrière ou leur école ; et de nombreux espaces sociaux sont dominés par des liens inclusifs d'appui mutuel [les expériences de résistance de ce type sont éphémères et peu diffusées, mais certaines ont pu contribuer à freiner certaines décisions, comme la fermeture de certaines centrales sucrières ou d'une école primaire dans le quartier de Marianao]. La majorité des Cubain-e-s a incroyablement intériorisé ses droits, y compris le droit d'être écouté.

    En termes de forces agissantes, il y a dans le gouvernement un secteur "inconditionnel" qui a le problème de très peu se remettre en question, mais qui se différencie de l'opportunisme diffus de ses collègues et qui possède des convictions proches d'un projet socialiste. Il y a aussi, à l'intérieur comme au dehors des institutions, un secteur critique qui tente de contourner les formules traditionnelles (capitalisme typique/socialisme étatiste/socialisme nominal) et de promouvoir des alternatives. Il y a, enfin, un Pouvoir établi arbitraire et incohérent qui ne cherche que sa propre reproduction, mais qui maintient des lignes de continuité avec la tradition anticapitaliste et anti-impérialiste de la politique nationale. Ceci nous donne l'opportunité de mener la lutte pour l'orientation du processus depuis l'intérieur et non seulement à travers l'opposition.

    L'inventaire pourrait encore continuer ; l'important est de parvenir à libérer les forces formées par la révolution elle-même et de les utiliser pour créer, ce qui est la meilleure façon de défendre.

    Dans quelle mesure les réformes actuelles peuvent-elles contribuer dans cette direction ; aider à préserver les acquis accumulés et réaliser les objectifs historiques ? Quelles capacités seront déployées pour mettre à profit l'ouverture aux États-Unis et toutes les ouvertures en fonction de ces objectifs ?

    La ci-nommée Actualisation du modèle économique a amené quelques bonnes nouvelles : élimination de règles obsolètes ou absurdes, rationalisation de la gestion gouvernementale, atténuation de la censure politique, réduction de la concentration excessive du pouvoir étatique et remplacement du court-termisme par une stratégie de développement à court, moyen et long terme. Ce sont là des aspects avec lesquels il est difficile de ne pas être en accord, s'ils sont considérés séparément. En revanche la discussion émerge devant la conception globale de la réforme, c'est-à-dire le diagnostic des problèmes du pays et leurs solutions.

    Son "ordre du jour" peut être résumé de la manière suivante :

    Le problème fondamental, l'épreuve pour le socialisme à Cuba est l'économie. L'économie consiste essentiellement en la production d'articles de consommation, et si l'on ne dispose pas de ceux-ci l'on ne peut pas satisfaire les objectifs sociaux de la Révolution. Le mauvais fonctionnement de notre économie est lié à l'excès de centralisation et de concentration étatique, au manque de stimulant économique pour le travailleur et à l'arriération technologique et managériale de l'entreprise cubaine.

    Nous devons diversifier les formes de gestion, décentraliser l'entreprise d'Etat et accroître l'investissement étranger. Le caractère socialiste de ce processus est garanti par le fait que l’État maintiendra le contrôle des moyens fondamentaux de production, fera primer le plan et non le marché, subordonnera l'investissement étranger aux objectifs de développement propres et ne laissera personne sur le bord de la route, sans protection.

    L'objectif assumé clairement par cette nouvelle politique est le développement économique. Le reste est conçu comme des conquêtes à préserver, liant très directement le développement avec la possibilité de maintenir la justice sociale et l'indépendance. Le système de Pouvoir populaire n'est pas remis en question en tant que tel, mais l'on cherche à le perfectionner et à en décentraliser la gestion pour améliorer sa réponse aux besoins locaux. La conquête vue comme la plus menacée est le changement culturel, et pour cela on en appelle au rôle formateur de l'école, aux moyens de communication et aux institutions de la culture. 

    Pour autant, une première limite est de ne pas visualiser le problème dans son intégralité, en considérant les énormes lacunes qui existent dans chacune de ces sphères et qui expliquent en grande partie le problème économique. Comme le fait remarquer Jorge Luis Acanda, il a beaucoup été fait appel aux stimulants économiques et moraux pour les travailleurs mais peu aux stimulants politiques : la possibilité qu'ils puissent avoir un rôle dans la manière dont se gère et se distribue leur travail. Énormément d'expériences coopératives et autogestionnaires, où les travailleurs définissent en assemblée les lignes directrices de l'entreprise et contrôlent sa gestion administrative, ont démontré à travers l'histoire le grand potentiel productif de ce modèle qui pourrait s'incorporer à la gestion étatique elle-même. 

    L'on pourra dire que le socialisme cubain est conçu ainsi... Mais ont également été conçues et pratiquées beaucoup de choses qui opèrent dans le sens contraire. Je me souviens que durant la discussion des orientations générales à l'Assemblée, quelqu'un a demandé pourquoi n'était-il pas fait référence à la participation des travailleurs et Marion Murillo répondit que cela serait vu au fil de la mise en œuvre. Ou encore à un autre moment où fut demandé si contractualiser la force de travail ne signifiait pas l'exploitation, et la Ministre de la Justice répondit que non car ces travailleurs étaient "protégés", avaient "droit à la retraite", "à un salaire minimum" et à "tous les bénéfices de l’État". Ces deux anecdotes reflètent deux des grands problèmes de notre socialisme : le renforcement du Pouvoir populaire comme discours et non comme pratique, et le socialisme réduit à la redistribution.

    Vu que les stimulants moraux et les appels à la conscience révolutionnaire ne fonctionnent plus (il est difficile de sentir que quelque chose est à toi simplement parce que l'on te dit que c'est à toi...), restent alors les stimulants économiques et les mécanismes dynamisants propres au capitalisme. Ceci se heurte à présent à un problème, et ce problème est que l'on rentre dans les règles du jeu du système que l'on prétend détruire. Le gouvernement états-unien voit très clairement cela ; mais ici on pense que l'on pourra atténuer les effets de l'inégalité grâce à un État fort et que par l'action culturelle depuis l'extérieur de l'économie il sera possible d'éviter le triomphe de la superficialité, de la compétition, du consumérisme et de l'individualisme.

    C'est ce raisonnement précis que je considère erroné. L'économie ne se réduit pas à produire des choses ; elle implique aussi des êtres humains et la manière dont ils s'organisent influe sur leur conduite, leurs valeurs, leurs perceptions [là ce sont des propos pratiquement maoïstes NDLR]. On ne peut pas affronter un système avec des moyens qui relèvent de sa propre nature. Il faut porter un regard d'ensemble sur l'espace productif et viser l'égalité, la démocratie et le changement culturel depuis celui-ci même ; sans quoi il faudra corriger chaque jour ce qui se dérègle lorsque les personnes vendent leur force de travail avec pour seule motivation de toucher leur argent à la fin du mois et de consommer, ou lorsqu'elles se déconnectent des problèmes collectifs dans le dédale bureaucratique d'une entreprise d’État.

    Il est clair que nous avons un pays en crise, avec des symptômes évidents de désintégration sociale et peu habitué à la participation démocratique. Personne d'un minimum sensé n'irait nier aujourd'hui la nécessité de l'investissement étranger, de la diversification des acteurs économiques et du rétablissement de relations diplomatiques avec les États-Unis. La fragilité de la situation nous oblige à être terriblement pragmatiques et efficaces. Toute la question est comment l'être et relancer dans le même temps un projet anticapitaliste et anti-impérialiste pour Cuba qui ait quelque chose à offrir au monde. Il s'agit d'utiliser les formules traditionnelles dans les domaines où cela est incontournable et stimuler d'autres types d'expériences là où il y en a les conditions (lesquelles peuvent aussi être productives, à un moindre coût social) ; y compris en utilisant le premier cas pour financer le second, dans le cadre d'une même stratégie.

    Fernando Martínez Heredia affirme la nécessité de développer une alliance entre "un pouvoir politique qui maintienne ses forces" et "un projet socialiste participatif qui le transforme progressivement en pouvoir populaire" - auquel il soit bien sûr disposé à se soumettre. Ce seraient là les formes embryonnaires d'un nouveau modèle qui se diffuserait au reste de la société, dans le style des soviets russes ou des cordons industriels et des commandos communaux de l'époque d'Allende au Chili. Il faudrait aussi développer une pédagogie continue non seulement à partir de l’État, mais fondamentalement à partir des organisations et des mouvements de la société civile socialiste qui organisent et orientent ce processus

    C'est ce qu'attendent de nous les révolutionnaires du monde entier, qui ont toujours vu un phare d'inspiration dans la Révolution cubaine. Mais où, dans la nouvelle politique, peut-on voir une telle logique ? La perte des référents révolutionnaires apparaît clairement, par exemple, dans la fonction résiduelle-économiciste et non politico-culturelle qui a été attribuée au secteur coopératif. Le triste tableau de notre avenir semble de plus en plus être une entreprise étatique modernisée dans le style capitaliste, des transnationales entrant et sortant dans un certain ordre, des petites et moyennes entreprises privées dynamisant le reste de l'économie et un État assurant le bien-être général. 

    Ce dernier objectif étant le plus difficile à atteindre, puisque l'on rechercherait la justice sociale en faisant appel à des mécanismes qui reposent sur son contraire. Supposons néanmoins que l’État parvienne à atténuer les pires effets de la modernisation : les miettes qu'est susceptible de concéder le capitalisme ne sont pas négligeables et 200 dollars valent toujours mieux que 20, quand bien même les transnationales partent avec 600. Mais cela ne change rien : même si nous ne sommes pas ceux qu'ils exploitent directement, il y aura toujours quelqu'un pour souffrir à notre place au Guatemala, en Éthiopie ou au Cambodge. Sortons dans la rue maintenant et montrons les photos de ces pays, histoire de voir combien apprécieraient que leur bien-être repose sur une telle misère. [NDLR là c'est peut-être un peu idéaliste : nous pouvons assurer l'auteur que dans nos pays impérialistes occidentaux 80% des gens n'en ont strictement rien à foutre ou en tout cas, si la vue des petits-enfants-qui-meurent-de-faim leur arrache quelques larmes, ils ne s'en sentent nullement responsables - la faute étant exclusivement à ces "guerres tribales" et à ces "dictateurs" auxquels "ces Noirs" semblent irrémédiablement condamnés...]

    Telles sont les règles du jeu, qui ne se changent pas en les utilisant mais en construisant des alternatives. Le problème étant encore et toujours les grands obstacles qui existent pour diffuser publiquement d'autres manières de concevoir les solutions, qui restent jusqu'à présent cantonnées dans les cercles intellectuels ou dans des espaces de débat où n'accèdent qu'un secteur minoritaire de la population.

    On pense que l'on ne peut pas confronter trop de propositions différentes ni discuter outre mesure car cela fissure l'unité, mais c'est justement cette pratique [du débat politique au sein du Parti et de la Révolution cubaine NDLR] qui a déconnecté une grande partie de la population du projet socialiste. Il existe néanmoins un "capital" accumulé de responsabilité et de bon sens dans beaucoup de personnes individuellement et dans des organisations non gouvernementales et de masse, qui permettrait par exemple de commencer le prochain Congrès du Parti par une phase initiale de discussion de propositions générales émanant de chacune de ces personnes et organisations, ou d'assumer une réforme de la Constitution à travers un processus réellement démocratique et populaire qui prenne le meilleurs des expériences développées au Venezuela, en Bolivie ou en Équateur. [NDLR - En ce qui nous concerne, nous avons exposé notre appréciation de ces expériences ici, ici ou encore ici. Ces "processus" sont (en dernière analyse) un produit de notre époque, comportant une part de résistances populaires au "néolibéralisme" (le capitalisme impérialiste pur et dur et triomphant du fait de l'effondrement de tout contre-modèle) mais aussi une part de nouvelles couches bourgeoises ayant émergé - justement et ironiquement ! - dans le cadre de ce "néolibéralisme" (années 1970 à 1990) ; ces deux aspects étant en définitive au cœur de toutes leurs contradictions. Les masses populaires ont connu une réelle amélioration de leurs conditions de vie, ne serait-ce que par l'instauration même partielle d'un État de droit (le problème auparavant étant plus l'absence d'un tel État de droit que des régimes tyranniques et ultra-répressifs, ceux-ci ayant disparu dans les années 1980) ; mais tout ceci demeure néanmoins totalement dans le cadre du capitalisme et du réformisme bourgeois. De nos yeux vus, l’Équateur n'a ainsi rien d'un pays socialiste ou en révolution démocratique radicale préalable au socialisme (il ne s'en réclame d'ailleurs que très peu) - tout en étant paradoxalement, d'un point de vue "réformiste tranquille", celui de ces pays qui fonctionne le mieux. POUR AUTANT, dans leur aspect populaire, ces expériences sont aussi des tentatives de réponses à de vraies et bonnes questions ; et notamment (effectivement) la question d'un processus révolutionnaire qui soit mené de manière plus "participative", plus grassroot comme diraient les anglophones, dans un rapport plus dialectique et dynamique entre les "révolutionnaires professionnels" (ce que ne sont pas les dirigeants, mais admettons) et les masses du Peuple travailleur, dans un esprit plus "par en bas"/horizontaliste et moins "par en haut"/verticaliste, évitant les dérives ultra-avant-gardistes qui sont aussi un facteur (si ce n'est le principal) de confiscation des révolutions par une nouvelle bourgeoisie. Les pays "bolivariens" (ALBA) ont vu dans l'ensemble, en plus d'une large part des anciennes élites qui sont restées en place, de nouvelles couches dominantes s'imposer à la faveur des "processus révolutionnaires" ("boli-bourgeoisie" au Venezuela) ; mais c'est parce que les forces politiques dirigeantes de ces "processus" n'étaient de toute façon pas communistes, visant le communisme. Néanmoins, dans la vague de luttes populaires qui ont porté ces expériences au pouvoir, se trouvent des conceptions de la révolution qui interrogent légitimement celles du marxisme-léninisme "classique" au regard des erreurs et des dérives du siècle passé.]

    Nous avons besoin d'un processus de réflexion nationale pour identifier les chemins créatifs par lesquels nous affronterons l'ouverture au monde et le point le plus sérieux au sein de celle-ci : la relation avec les États-Unis. Nous obliger à faire confiance encore une fois en la sagesse des leaders ne peut mener qu'à de nouvelles déceptions ; tout comme est inconcevable une Révolution qui n'a pas confiance en ses propres forces.

     
    Luis Emilio Aybar


    Cuba à l'heure de l'"ouverture" : un EXCELLENT TEXTE par un communiste de l'intérieur même du pays


    * Une question cruciale - en réalité - étant que dans toute une série de pays (comme Cuba ou les pays de l'ALBA mais aussi la Syrie, la Russie, l'Iran, la Chine etc. ; pays où le capitalisme bureaucratique d’État révisionniste ou nationaliste bourgeois n'a pas été totalement liquidé ou - comme en Russie ou en Biélorussie - a été partiellement réintroduit), si le "néolibéralisme" (capitalisme impérialiste des monopoles tel qu'il est mondialement depuis les années 1980) règne déjà largement, parfois (pas toujours) associé à une terreur policière antipopulaire, il y a aussi une "alternative" aux régimes en place qui est celle de son TRIOMPHE TOTAL, éventuellement après une phase de chaos guerrier façon Somalie ou Yougoslavie (c'est déjà le cas en Syrie, Libye, Irak), ou du moins après les affres ("génocide social" comme ont pu dire certains) traversées par les pays d'Europe de l'Est et d'ex-URSS après 1989... Et cette option ne peut pas être celle des opposants authentiquement progressistes, révolutionnaires, anticapitalistes à ces régimes. Si l'on prend l'exemple de la Chine, dont même le PTB ou les Éditions Prolétariennes ne peuvent plus guère aujourd'hui nier le caractère 100% capitaliste : il y a une classe ouvrière chinoise qui est exploitée par le Capital chinois (issu de la contre-révolution à l'intérieur du PC) et une paysannerie qui est exploitée selon les mécanismes classiques d'exploitation de la paysannerie (banques, endettement hypothécaire etc.) ; exploitation qui tend plus ou moins à la surexploitation dans les régions reculées, a fortiori dans les régions ethniquement allogènes (Tibet, Xinjiang, Mongolie-Intérieure etc.), et chez les travailleurs migrants venus de ces régions dans les grandes villes. Mais si par-dessus cela venait se rajouter une domination et une surexploitation impérialiste occidentale... où irait-on ? En quoi la condition des masses s'améliorerait-elle ? Il est bien évident que ce n'est pas une option que des marxistes peuvent porter. Or c'est une option bien réelle en cas de triomphe d'un mouvement de type Printemps de Pékin (1989), ou comme celui de l'année dernière à Hong Kong (sans que cela ne justifie, précisons-le bien, la répression-massacre d’État). Il faut bien avoir cela en tête. Mais si l'on a bien cela en tête... il y aura automatiquement toute une foultitude de petits gauchistes-donneurs-de-leçons pour dire que l'on ne veut "pas vraiment en finir avec ces régimes illégitimes ("capitalistes", "bourgeois", "réactionnaires", "fascistes" et tout ce que l'on voudra) et les remplacer par un pouvoir ouvrier, mais simplement promouvoir l'illusion qu'il est possible de les réformer de l'intérieur" (voir par exemple ici la critique d'un groupe d'opposition marxiste au régime de Poutine, le Mouvement socialiste de Russie, par les ultra-trotskystes du World Socialist Web Site).

    Il pourra même nous être reproché d'avoir fait fi de cette nécessaire prudence dans notre approche des soulèvements en Libye ou en Syrie ; encore que (en toute modestie...) nous ne pensons pas avoir eu une influence décisive sur les évènements, et n'avons surtout fait que dire trois choses :
    1°/ Qu'il fallait mener une LUTTE IDÉOLOGIQUE sans merci contre la présentation de ces régimes, par certains courants "vieux ML orthodoxes" ("tankies" diraient nos camarades états-uniens), comme "progressistes" et "anti-impérialistes" ; ce que toute leur histoire récente comme ancienne dément très largement, même si (définition que nous utilisons habituellement pour "anti-impérialiste") il pouvait y avoir un certain "arrachement de produit" (pétrolier surtout) aux griffes de l'impérialisme pour le mettre au service de l'intérêt national (mais ceci est en fait le cas de tous les pays arabes depuis les années 1970, et en termes de classes, au service de quel intérêt "national" ? d'abord celui d'une petite caste dominante, c'est bien évident !). Si le "progressisme" et l'"anti-impérialisme" de Cuba ou des pays de l'ALBA peut sérieusement être mis en discussion, ce n'était clairement pas le cas de ces régimes et de toute manière, la lutte idéologique contre cette qualification était en réalité moins importante pour là-bas que pour ici (pour la confusion qu'elle sème dans le mouvement communiste et les masses populaires sensibles à nos idées).
    2°/ Que (en relation avec ce qui précède) les soulèvements initiaux dans ces pays avaient un caractère populaire, endogène, spontané et légitime ; et ne pouvaient être réduits au résultat de "manœuvres" de puissances (régionales ou mondiales) hostiles à ces régimes, quelles qu'aient été la réalité et l'importance de celles-ci.
    3°/ Que si les puissances occidentales (à l'origine de ces supposées "manœuvres") escomptaient gagner le contrôle TOTAL de ces pays, elles ne tarderaient pas à cuisamment déchanter : ce qu'elles y obtiendraient en premier lieu et pour une assez longue période, faute de véritable perspective révolutionnaire (Parti marxiste)... mais aussi de forces "libérales" pro-occidentales crédibles et audibles, serait un CHAOS qui leur coûterait finalement plus cher (à gérer) que tout ce qu'elles pouvaient espérer y gagner - et ceci s'est totalement vérifié. En tant que communistes, nous sommes bien entendu horrifiés par la tragédie des populations travailleuses locales (mais qui, d'entre nous, pouvait prétendre 1°/ empêcher les masses populaires de se soulever en leur disant "attention vous n'avez pas de Parti communiste ça va mal finir" et 2°/ empêcher les choses de tourner comme elles l'ont fait ?) ; mais nous ne pouvons également que voir positivement "nos" propres bourgeoisies impérialistes "prises à leur propre piège" et ainsi fragilisées. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle, dans TOUS les pays impérialistes occidentaux, les courants les plus droitiers de la bourgeoisie et les courants ouvertement fascistes se sont montrés plutôt en faveur d'un maintien
    de ces régimes en place, quels que soient les contentieux historiques qu'il pouvait y avoir avec eux [tout sauf négligeables entre l'impérialisme français et la Syrie (guerre du Liban, attentats du Drakkar de Beyrouth ou de Paris en 1985-96) ou la Libye (guerre du Tchad, attentat du DC-10 d'UTA en 1989)], et résolument hostiles à l'"aventurisme" des courants libéraux ou sociaux-libéraux appelant à leur renversement.

     


  • Commentaires

    1
    Pascal
    Jeudi 23 Juillet 2015 à 11:44
    Pour faire la révolution, il faut logiquement un parti révolutionnaire d'avant garde. Sauf que le PC cubain (révisionniste ?) n'a été mêlé ni de près ni de loin à la révolution castriste (ses relations avec Batista n'avaient d'ailleurs pas toujours été exécrables). Son dirigeant (Escalante) sera d'ailleurs emprisonné quelques temps.
    Quand il a pris le maquis, Castro était proche du Parti Orthodoxe que certains classent carrément à l'extrême droite et que rien en tout cas n'apparentait au marxisme.
    Castro a dit que dans la plupart des pays, c'était le parti qui avait fait la Révolution mais qu'à Cuba, c'était la Révolution qui avait fait le parti. Dès les années 50, les conceptions léninistes auraient donc été complètement dépassées. Auraient-elles été beaucoup plus pertinentes quarante ans plus tôt ?
    Et que dire des relations entre Cuba et la dictature de Videla et ce bien avant la guerre des Malouines (en admettant qu'il fallait prendre fait et cause pour une dictature particulièrement féroce par anti-impérialisme, ce qui est déjà beaucoup admettre !).
    2
    Jeudi 23 Juillet 2015 à 16:27

    1°/ On pourrait citer encore bien d'autres choses à charge de Cuba que ce présumé "soutien à Videla" (dictature effectivement peu combattue par le camp soviétique à qui elle livrait - ou achetait, je ne sais plus - des céréales etc., contrairement à celle de Pinochet qui avait renversé un gouvernement franchement prosoviétique d'où l'engagement rapide du PC chilien dans la lutte armée) : il y a eu le soutien à la répression de Prague, à Peròn (1973-76) avant Videla en Argentine (en lâchant le PRT-ERP de Santucho pourtant très cubanophile), à l'intervention en Afghanistan, à la junte éthiopienne contre l’Érythrée etc. etc. Cela dit, bien des saloperies du même tonneau seraient à porter à l'ardoise du PC chinois dans les mêmes années 70, et ce bien avant la mort de Mao (et il n'est pas dit que demain la realpolitik ne ramène pas des choses similaires avec une République populaire d'Inde par exemple...).

    2°/ Il faut lire des ouvrages comme le "Tricontinentale" de Faligot pour voir que le PC cubain (Parti socialiste populaire - PSP) n'a pas été aussi passif que cela durant les deux ans de lutte qui ont mené à la chute de Batista (bien qu'ayant effectivement bien accueilli son régime au début, dans les années 40). Il était simplement, en effet, un peu gêné aux entournures et grognon de ne pas être l'avant-garde de cette lutte, avant-garde qui était cette bande d'aventuriers débarquée du Mexique sur un rafiot vermoulu. Quant à cette histoire de Parti orthodoxe, parti que l'on pourrait qualifier de péroniste (pour donner une idée de son idéologie), c'est un vieux-comme-le-monde argument de propagande anticastriste "de gauche"... Comme si un type ne pouvait pas fréquenter ce genre de mouvement à 20 ans et évoluer ensuite avec la maturité. L'article Wikipédia évoque la présence dans ses rangs d'"anciens soldats communistes ayant quitté le PSP" (en raison de son "soutien" à Batista ??), de "nationalistes aux idées réformistes ou révolutionnaires" et de "jeunes socialistes"... Castro s'en est en tout cas vite éloigné (le phénomène politique "orthodoxe" a de toute façon été un feu de paille) et de fait, Cuba étant un pays dominé, dans ce paradigme de pays dominé, à partir du 26 juillet 1953 (lorsqu'il entre de plain pied dans l'histoire) son discours et son action n'ont jamais été autre chose que "de gauche" (progressistes) : contre l'impérialisme US et l'oligarchie à son service, pour la justice et le progrès social, bref. Ce qu'il est possible de dire, peut-être, c'est que Castro était alors et est peut-être toujours resté un nationaliste BOURGEOIS progressiste et que la Révolution cubaine représente donc un de ces (nombreux) cas où des PC se sont placés sous la direction de cette bourgeoisie. Dans ce cas, comme nous le disons ici, c'est peut-être un des "moins mauvais exemples" de cela (quand on pense aux pays arabes par exemple).

    3°/ Dans tous les cas, tout cela (ce que Cuba a pu faire ou ne pas faire il y a 20, 30 ou 40 ans) n'est pas le sujet de l'article. Le sujet de l'article est que nous arrivons aujourd'hui au bout de la liquidation de ce qui se voulait le "socialisme cubain", et dès lors (comme disait Lénine) "que faire ?".

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