• Considérations diverses : Sur la question du SECTARISME


    Marx Lenin EngelsDepuis les origines du marxisme et de l’époque de la révolution prolétarienne, et – en tout cas – clairement depuis le stade léniniste du développement de la science marxiste, il est communément admis que la révolution émancipatrice du prolétariat et des masses populaires a, en plus de l’ennemi de classe (la bourgeoisie capitaliste et son État, les forces contre-révolutionnaires), deux ‘ennemis internes’ qui entravent son avancée vers la victoire : l’opportunisme et le gauchisme. Lénine a, littéralement, forgé le léninisme et le Parti bolchevik dans la lutte contre l’opportunisme (réformiste, social-chauvin etc.) qui rongeait à son époque la 2e Internationale. Concernant le gauchisme, son ouvrage de référence (la Maladie infantile du communisme, 1920) aborde surtout la question des ‘communistes de conseil’ qui, au nom du ‘pouvoir ouvrier’, rejettent le rôle du Parti (l’avant-garde la plus consciente et organisée des classes exploitées) dans la mobilisation révolutionnaire des masses vers le communisme ; mais aussi celle du refus ('puéril'), par certains éléments du mouvement communiste (en Allemagne, Hollande, Grande-Bretagne etc.), au nom de la 'pureté des principes', de participer aux élections bourgeoises et aux syndicats réformistes, alors même que les masses croient encore largement en ces instruments d'encadrement de leurs luttes par la bourgeoisie. Il est possible, en réalité, d’élargir cette analyse à toutes les forces agissantes qui ont une compréhension dogmatique de la science marxiste, persuadées d’en détenir la meilleure compréhension et d’en être les ‘gardiennes absolues’ ; et une attitude sectaire (‘chauvinisme d’organisation’) et 'puriste' ('nous et nous seuls possédons la juste compréhension du socialisme scientifique') vis-à-vis des autres forces du mouvement révolutionnaire et du mouvement social organisé en général, et vis-à-vis des masses populaires ‘en marche’ vers la conscience révolutionnaire de leurs intérêts de classe : nous appellerons ces forces les ‘dogmato-sectaires’, ou simplement, les ‘sectaires’. D'une manière générale, l'on pourrait élargir l'analyse léniniste à la dichotomie suivante : opportunisme = tout ce qui, au lieu de guider le mouvement réel de la lutte de classe vers la révolution et le communisme, se place à sa remorque en le maintient dans les limites de l''acceptable' pour la classe dominante ; gauchisme = tout ce qui, par aventurisme, ultra-radicalisme 'plus révolutionnaire que moi tu meurs', dogmatisme, sectarisme, et dans tous les cas compréhension erronée du monde, des contradictions motrices et du mouvement réel (en version "on est les seul-e-s vrai-e-s de vrai-e-s"), agit comme une force 'stérile', voire de répulsion vis-à-vis des masses exploitées en lutte, et non comme une force d'attraction et de direction sur le chemin de la révolution.

    Une autre (dure) loi historique est que, dans les périodes où le mouvement émancipateur du prolétariat et des masses populaires est sur la défensive, en reflux stratégique, comme c’est le cas depuis 25 ou 30 ans, ces deux forces (opportunisme et gauchisme dogmato-sectaire) qui prennent en tenaille le mouvement tendent à l’hypertrophie, car elles sont perçues dans les franges les plus avancées des masses, l’une comme un ‘mieux que rien’, l’autre comme un réflexe de défense (c’est, nous y reviendrons, la conception erronée selon laquelle, lorsqu’un mouvement révolutionnaire et l’idéologie pce - cartellqui le guide subissent une défaite, la cause principale en est dans les assauts de l’ennemi et – surtout – dans les ‘traîtres’, les ‘cinquième colonnes’ en son sein, et non dans les faiblesses et les limites de l’idéologie-guide elle-même).

    La Commune de Paris fut écrasée au bout de 73 jours, enterrant du même coup le ‘rêve’ que la phase avancée, démocratique de la révolution bourgeoise puisse ‘embrayer’ immédiatement sur la révolution socialiste du prolétariat organisé ; tandis que 60 années séparent la Révolution d’Octobre 1917 de la contre-révolution denguiste en Chine et de la ‘Constitution du Peuple tout entier’ en URSS (triomphe à la romaine du révisionnisme), début d’un processus de reflux stratégique mondial conduisant à la capture de Gonzalo et à la défaite de la Guerre populaire au Pérou, au baisser du drapeau rouge sur le Kremlin, au triomphe des ‘accords de paix’ en Afrique australe, en Amérique centrale, au Proche-Orient etc., et à la proclamation de la ‘Fin de l’Histoire’ par le ‘néolibéral’ Fukuyama. Mais nous vivons, à vrai dire, une époque assez similaire à celle (la ‘Belle époque’) qui a suivi, dans le ‘monde civilisé’, les fusillades de la Semaine sanglante : un capitalisme en crise générale, structurelle, de son mode de fonctionnement même (1873-1945, et depuis le début des années 1970), et plongé dans une fuite en avant militariste et une ‘guerre civile non-déclarée’ contre les masses laborieuses ; et en face… En face, il est possible de paraphraser ce que disait Lénine au sujet des attentats anarchistes individualistes qui, à son époque, frappaient régulièrement présidents, ministres et autres têtes couronnées (ces anarchistes avaient cependant, au moins, le mérite de traduire leurs idées en actes…) : le gauchisme (dans sa composante dogmato-sectaire comme dans sa composante aventuriste insurrectionnaliste) est la RANÇON de l’opportunisme et de la trahison des réformistes qui se sont mis à la tête des masses en lutte pour leur émancipation. Là est la racine historique de l’étau qui enserre le mouvement révolutionnaire du prolétariat et des classes populaires, et que celui-ci doit parvenir à briser.

    pcf bbrÀ cela s’ajoutent des facteurs liés à l’histoire et à la ‘formation psychique’ de chaque pays du monde. Par exemple, dans l’État bourgeois où nous nous trouvons, la ‘République française’ (‘une et indivisible’), il y a le facteur historique de la confusion entre la ‘pointe’ démocratique radicale de la révolution bourgeoise (été 1793 - été 1794), et le début d’une révolution prolétarienne ; d’où la vision, répandue, de la révolution socialiste en Hexagone comme ‘point final’ au processus commencé par la 1ère République, le poison du jacobinisme, du social-républicanisme, du social-patriotisme, de la posture ‘social-cocardière’ qui nourrit en abondance les courants opportunistes (comme les ‘communistes’ du Front de Gauche, les 'orthodoxes' marchaisiens à la André Gerin, ou les ultra-chauvins du PRCF, qui n'hésitent pas à frayer avec des 'souverainistes' réactionnaires dans le 'Comité Valmy'). Ou encore, si l’on ne perd pas de vue que la ‘France’ ‘laïque’ a été le berceau du catholicisme démocratique et social (avec Lammenais), la vision du marxisme comme un ‘humanisme radical’ (et non comme un dépassement, par la scientificité matérialiste, de l’humanisme démocratique idéaliste des révolutions bourgeoises), vision idéaliste qui a pu conduire assez loin un certain Roger Garaudy, par exemple : 'communiste' se définissant comme un 'humaniste radical' avant de revenir à une vision religieuse du monde (catholicisme, puis islam), incapable de comprendre que ce sont les conditions matérielles qui ont fait des Juifs persécutés d’Europe, une fois installés comme colons en Palestine, FRANCE---PRCF-30-Septembre-2012des oppresseurs, il n’a pu trouver de porte de sortie à cette quadrature du cercle que dans la négation du génocide des Juifs par les nazis, qui aurait été une ‘invention’ des impérialistes vainqueurs et des sionistes pour 'justifier la création d’Israël'. Il y a aussi les lignes contradictoires de la bourgeoisie impérialiste sur les ‘questions internationales’, liées à la situation spécifique de l’impérialisme BBR : un ‘impérialisme Poulidor’, ‘éternel second’ depuis qu’il est impérialisme (depuis le Second Empire), jamais première puissance mondiale (jusqu’en 1940, c’était l’Empire britannique, depuis 1945, c’est l’impérialisme US) ; et donc, ‘écartelé’ entre sa position d’impérialisme face aux ‘émergents’ aujourd’hui et au bloc social-impérialiste soviétique hier, aux nationalismes bourgeois, sans même parler des mouvements révolutionnaires de libération ; et son rapport tourmenté au ‘n°1 mondial’… Une ambivalence dans le positionnement international qui permet, du coup, à des révisionnistes et des ‘radicaux’ de tout poil (parfois rejoints par des ‘marxistes-léninistes’ voire des ‘maoïstes’…), de se faire passer pour ‘anti-impérialistes’ alors qu’ils se font en réalité, en soutenant tel ou tel régime ‘victime de l’Empire’ (= de l’impérialisme US), les porte-voix des courants ‘anti-atlantistes’ des monopoles BBR, hostiles à l’hégémonie mondiale US et aux courants impérialistes hexagonaux 'alignés' sur l'Oncle Sam.

    Jean Paul SartreVoilà (globalement) pour l’opportunisme, le révisionnisme, le social-républicanisme et le social-chauvinisme ; mais le gauchisme dogmato-sectaire a lui aussi ses racines, profondes, dans les spécificités culturelles ‘françaises’ : tout ce qui précède a, en effet, profondément imprégné les dirigeants issus de la classe ouvrière (en fait, plutôt de son aristocratie), les maintenant, au bout du compte, dans les limites d’un social-républicanisme et d’un trade-unionisme ‘radical’, et laissant, de ce fait, le champ libre de la ‘radicalité révolutionnaire’ aux intellectuels, au ‘monde universitaire’, enseignant, 'lettré’ etc. qui est, il ne faut pas l’oublier, une ‘institution-pilier’ de l’édifice idéologique BBR, mais aussi un ‘vivarium de sécurité’ dans lequel la classe dominante maintient les drôles de bêtes (potentiellement) venimeuses de la ‘radicalité critique’, qui peut ainsi s’exprimer (‘on est en démocratie, tout de même !’) sans trop menacer l'ordre social existant. Bien sûr, lorsqu’ils sont ‘connus’, lorsqu’ils rencontrent succès et écho de masse (en plus de l’ascension professionnelle, des chaires universitaires, des conférences grassement rémunérées etc.), ces intellectuels passent presque sans exception dans le champ de l’opportunisme (généralement, version ‘humanisme radical’, ‘ultra-démocrate’). Mais les ‘pas connus’, les ‘obscurs’, comme nous y reviendrons ci-après, forment réellement la base sociale du dogmato-sectarisme.

    Cela, en tout cas, fait que le gauchisme et, en particulier, le gauchisme dogmato-sectaire, est réellement (historiquement) un fléau en ‘France’ plus qu’ailleurs, pour ces raisons d’héritage historique précises : la prépondérance, l’hypertrophie du rôle des intellectuels dans l’histoire en mouvement, déjà à l’époque de la révolution bourgeoise (1750-1870), avec l’importance des ‘philosophes’, juristes et ‘hommes de lettres’ par rapport à la classe révolutionnaire bourgeoise proprement dite (entrepreneurs, paysans aisés, capitalistes urbains et ruraux), si l’on compare par exemple avec les révolutions benny-levy.1195736004anglaises ou la révolution américaine (avant tout menées par des chefs d’entreprises, des négociants, des ‘planteurs’ agro-capitalistes), et, par la suite, à l’époque de la révolution prolétarienne, dès l’émergence (années 1830-40) de la ‘question sociale’. Une prépondérance liée à la fonction sociale quasi sacralisée du ‘monde des idées’, des 'lettrés’, des 'ouvriers de la pensée’ (comme certains allèrent jusqu’à se définir eux-mêmes...) au pays de Descartes (cogito ergo sum, ‘je pense, donc je suis’).

    C’est dans cette perspective qu’est rédigé l’article qui suit ; lequel permettra en même temps (la critique communiste se devant d’être constructive) d’aborder quelques points essentiels du matérialisme dialectique. C’est là, encore une fois, une bataille de CONCEPTION et de COMPRÉHENSION (communiste) DU MONDE – en l’occurrence, plus particulièrement, du phénomène ‘révolution prolétarienne’, ‘négation du capitalisme par le communisme’. Ceci est le rôle d’un média révolutionnaire ; ce qu’est Servir le Peuple.

    En finir avec le dogmato-sectarisme est une tâche essentielle pour la renaissance du mouvement communiste ! 

    1. L’ignorance dogmato-sectaire de la concentricité des forces populaires en lutte contre le capitalisme.

    Un trait caractéristique du sectarisme, c’est que son activité consiste, en fin de compte, à tirer à ‘boulets rouges’ sur… TOUTES les forces révolutionnaires et progressistes qui ne relèvent pas de sa petite chapelle ; bien plus que sur l’ennemi de classe – les dominants, exploiteurs et oppresseurs des classes populaires travailleuses. C’est une attitude absolument lamentable et, sans doute, l'un des principaux facteurs qui détourne les larges masses du peuple de s’engager dans le chemin de la révolution. Pour se comporter ainsi, déjà faudrait-il (c’est bien la moindre des choses) avoir une conception correcte de la société future que nous voulons et du chemin pour y parvenir, et une compréhension correcte du monde qui nous entoure et de son histoire – ce qui n’est pour ainsi dire jamais le cas. Mais même, en admettant, qu’une quelconque organisation ait la compréhension et la conception du monde et de la révolution la plus parfaite que permette la science marxiste à ce jour... est-ce là une attitude correcte ? NON, cela ne l’est pas, et nous allons voir pourquoi.

    Ce que ne comprennent pas les sectaires, en réalité, c’est la CONCENTRICITÉ du ‘niveau de conscience’ révolutionnaire, dans les forces organisées du prolétariat et des masses populaires qui cherchent une porte de sortie à l’enfer quotidien imposé par un capitalisme en pourrissement généralisé. Voilà bien un élément, dont une caractéristique du sectarisme est de ne tenir aucun compte : dans le mouvement réel de la classe ouvrière et des autres classes laborieuses exploitées/opprimées, mouvement réel guidé en dernière analyse, comme nous l’enseigne Marx, par le souci de la reproduction des conditions matérielles d’existence, il y a en quelque sorte des cercles concentriques, sur la base d’un principe fondamental du marxisme : la loi du développement inégal – ici, développement inégal de la conscience de classe et de la compréhension matérialiste-dialectique du monde.

    class ouvrière noussommeslepouvIl y a ce que l’on appelle classiquement, en langage marxiste, le mouvement ouvrier organisé (qui va, en réalité, au-delà de la classe ouvrière au sens strict, concernant toutes les classes populaires laborieuses et exploitées, et même, dans une certaine mesure, des éléments de classes non-salariées frappés par la prolétarisation). Dans sa grande majorité, et aujourd’hui plus que jamais, ce mouvement est de nature réformiste : c’est-à-dire qu’il ne voit pas d’horizon au-delà du capitalisme, pas d’autre société possible, mais souhaite simplement une société capitaliste plus humaine (‘l’humain d’abord !’, comme le clamait le slogan de campagne du Front de Gauche). Ce mouvement réformiste est souvent sous une direction petite-bourgeoise (petits fonctionnaires, aristocrates-ouvriers, travailleurs intellectuels divers etc.), mais nous ne sommes pas des trotskystes pour penser que tout se résume à ‘un problème de direction’ : au contraire, ce serait plutôt la faiblesse (réformiste) de la conscience de classe qui permet à ces éléments (qui ne veulent pas, de par leurs intérêts de classe, vraiment rompre avec le capitalisme, mais seulement l’’humaniser’) de prendre la tête du mouvement, dont ils sont jugés ‘plus aptes’ (avec leur ‘capital intellectuel’) à porter les revendications.

    Et puis, au milieu de tout cela, il y a les révolutionnaires : ceux et celles qui veulent réellement abattre le capitalisme et instaurer un nouveau type de société. Mais, parmi ces révolutionnaires, tous ne sont pas marxistes : il y a des libertaires, il y a ce que d’aucuns appelleraient des ‘syndicalistes révolutionnaires’ ; bref, appelons-les des ‘anticapitalistes divers’. D’une manière générale, les révisionnistes (les personnes qui militent dans les PC ‘historiques’, comme le PCF, ou dans des scissions de celui-ci postérieure à 1990), ou encore, les vieilles organisations se réclamant du trotskysme (cela ne veut plus dire grand-chose aujourd'hui), type NPA ou LO, se situent en quelque sorte à cheval entre un réformisme radical et un ‘anticapitalisme’ de type syndicaliste-révolutionnaire.

    Et puis, encore au milieu de cela, il y a les marxistes… mais tous les marxistes ne sont pas maoïstes. Il y en a qui se réclament des thèses de Léon Trotsky ; il y en a qui se réclament essentiellement de l’expérience soviétique, certains jusqu’à la perestroïka de Gorbatchev (1986-90), d’autres seulement jusqu’à la ‘déstalinisation’ de Khrouchtchev (1956-58), d’autres encore considérant qu’il y a un lent processus de dégénérescence entre les deux ; il y en a qui se réclament exclusivement de la direction de Joseph Staline en URSS et d’Enver Hoxha en Albanie ; d’autres qui ne jurent que par le ‘modèle cubain’ ; d’autres qui se réfèrent à Lénine et rejettent tout ce qu’il y a eu après sa mort, sans pour autant adopter les thèses de Trotsky ; d’autres qui ont une approche critique de Lénine lui-même en se basant sur Rosa Luxemburg et les ‘spartakistes’ allemands, sur Bordiga etc. Il y en a qui se réclament de Mao Zedong, mais qui n’ont pas intégré la critique maoïste de l’expérience soviétique sous la direction de Joseph Staline : ils rejettent la ligne révisionniste qui a dirigé l’URSS à partir des années 1950, mais ils ne voient pas, ou refusent de voir, les racines de celle-ci dans la période qui a précédé… Bref.

    IndianMaoistsC’est donc seulement tout au milieu de tout cela qu’il y a nous, les marxistes-léninistes-maoïstes : la pointe la plus avancée du ‘mouvement ouvrier’ révolutionnaire, dotée de la conscience la plus avancée, de la meilleure compréhension du monde qui nous entoure, sur la base du développement le plus élevé du matérialisme dialectique et du socialisme scientifique marxiste, qu’est le maoïsme.

    Et donc… que doivent faire ces maoïstes ? Doivent-ils rejeter en bloc tou-te-s ceux et celles qui ne le sont pas ? La réponse est évidemment NON. Leur rôle de pointe la plus avancée du mouvement ouvrier/populaire révolutionnaire marxiste est, au contraire, par leur agitation et leur propagande, par la diffusion de leur conception du monde (Weltanschauung), par leur implication dans le mouvement réel des luttes du prolétariat et des classes laborieuses, de devenir le CENTRE D’AGRÉGATION de toutes ces forces révolutionnaires ou (réformistes) ‘radicales’, ce que l’on peut appeler les Forces subjectives (y compris encore potentielles) de la Révolution socialiste (FSRS). Ils le doivent et le PEUVENT, à travers la PRATIQUE dont Marx et Engels ont expliqué voilà 160 ans qu’elle est à la fois la seule source et la seule vérification de toute théorie ; une pratique qui elle-même peut et doit encore enrichir leur compréhension du monde, qui, pour être la plus avancée, n’en est pas pour autant parfaite… Il se peut en effet (a toujours considéré SLP) que des forces, des éléments non-maoïstes (voir non-léninistes, voire non-marxistes), pour avoir une conception/compréhension globale du monde et de la lutte de classe de moindre niveau, possèdent ici et là des réponses ou des éléments de réponse à des questions que nous n’avons pas encore résolues…

    Il faut bien souligner, ici, que le sectarisme n’est pas seulement l’apanage de (certains) maoïstes : il est également (très) présent dans les forces qui se réclament seulement de Lénine et Staline, ou de Lénine-Staline et Hoxha, dans les forces qui se réclament de Trotsky, sans parler de celles qui se réclament de Luxemburg et Liebknecht, Pannekoek ou Bordiga… Cela, ajouté aux limites idéologiques de leur compréhension du monde, empêche évidemment totalement ces forces de prendre la tête de franges significatives du ‘mouvement ouvrier’ et populaire contre les méfaits du capitalisme.

    Jobbiks-Hungarian-Guard-a-001Il y a enfin l’argument, développé par un certain ‘antifascisme’, selon lequel toutes ces forces populaires réformistes ou anticapitalistes, à l’exception d’eux-mêmes (de leur compréhension du maoïsme) et de ‘certains anarchistes’, seraient ‘syndicalistes révolutionnaires’ et, en tant que telles, ‘matrices’ de la tendance au fascisme… Le fait que des ‘pans’, parfois importants, du ‘mouvement ouvrier’ réformiste ou anticapitaliste non-marxiste (voire même marxiste ! mais 'insuffisamment'...) puissent se ‘détacher’ et confluer dans la mobilisation réactionnaire de masse du fascisme, est un fait historique indiscutable, étayé par une multitude d’exemples. Mais, ce que ne comprennent pas ces ‘antifascistes’, c’est que ces forces ne sont (justement) pas la ‘matrice’, pas le centre d’agrégation de la mobilisation réactionnaire fasciste ; lequel se trouve dans les plus hautes sphères du Grand Capital. Ce faisant, ils tournent leurs ‘fusils’ idéologiques dans la mauvaise direction, vers des forces qui ne sont pas déterminantes pour la tendance au fascisme. Et du coup, si l’on peut considérer, en dernière analyse, que tout travailleur, tout individu du peuple réformiste ou anticapitaliste non-maoïste est potentiellement révolutionnaire comme il peut être potentiellement fasciste (à des degrés divers), ils ne favorisent pas, en les rejetant, le  potentiel révolutionnaire de ces personnes, et les poussent au contraire dans la ‘force d’attraction’ du fascisme (ou, en tout cas, dans le marécage du réformisme bourgeois). Le rôle de communistes authentiques est, au contraire, de développer et d’exercer, en direction des masses, une force d’attraction (vers notre conception du monde) capable de contrer celle du fascisme (dont ‘l’intellectuel organique collectif’ est tapi dans des hôtels particuliers, bien plus que dans des usines ou même des bureaux d’entreprises ou d’administrations).

    À côté de tout cela, dans tous les pays du monde et jusqu’au cœur même des métropoles impérialistes, il y a les QUESTIONS NATIONALES. Celles-ci résultent, là encore, de la loi du développement inégal (du capitalisme, cette fois-ci) qui a amené des Centres à se subordonner des Périphéries dans la construction de leurs appareils politiques de domination (États, Empires coloniaux et protectoraux, constructions supra-étatiques comme l’UE ex-CEE, l’ALENA ou le MERCOSUR, l’OTAN, le FMI, etc.) et (surtout) de leur territoires ‘nationaux’ puis impériaux à comprendre comme bases d'accumulation, ‘terrains’ d'investissement et de valorisation du Capital de la bourgeoisie du Centre ; bases d'accumulation  qui dans le capitalisme sont vouées à l'expansion permanente (au détriment des rivaux capitalistes d'autres Centres comme du ‘sauvage’ ou du ‘barbare’ pré-capitaliste). Ceci est vrai aussi bien au niveau de chaque État d’une certaine taille (à moins qu’il ne soit très petit, et encore…) que de chaque continent (comme l’Europe avec sa ‘Banane bleue’, ses ‘centres secondaires’ et ses ‘régions périphériques’ ; ou l’Amérique du Nord avec ses côtes Est et Ouest, son axe Saint-Laurent-Grands Lacs et son ‘hinterland’) et du monde entier, avec ses pays impérialistes et ses pays dominés par l’impérialisme.

    breizh gwenhadu komunourAu cœur même, donc, de notre Hexagone (notre État bourgeois, notre ‘République française une et indivisible’), il y a des questions nationales et donc des mouvements nationaux. Au sein de ces mouvements nationaux, il y a des courants bourgeois, pour lesquels la ‘question sociale’ est totalement secondaire voire inexistante (par exemple, en Occitanie, le PNO – finalement proche de Bayrou – et les courants ‘culturalistes’ de tout poil, voire des éléments ‘occitanistes’ très à droite dans la lignée de Mistral et Maurras). Il y a des courants qui prennent en compte la ‘question sociale’ (et diverses questions démocratiques, ‘de société’), mais d’un point de vue réformiste, petit-bourgeois (comme le Parti occitan, proche des Verts et des courants ‘girondins’ du PS). Et puis (nous allons y venir), il y a des courants nettement plus avancés… À côté de cela, il y a le mouvement ouvrier, le ‘mouvement social’, dont une large part (en 'France') ne tient que peu – voire pas du tout – compte de la question des nationalités réelles enfermées dans l'État et de leur nécessaire affirmation, ce qui revient en dernière analyse à du réformisme puisque la construction politique et idéologique bourgeoise ‘République française’ n’est pas remise en question, et acceptée telle quelle comme un ‘fait accompli’ indépassable. Mais il existe des points de contact entre ce ‘mouvement social’ et les mouvements nationaux ; certains dans le champ réformiste (c’est ce que l’on a évoqué plus haut, la proximité du PO avec la gauche bourgeoise et petite-bourgeoise hexagonale) et d’autres dans le champ révolutionnaire : là, nous avons les éléments les plus avancés de l’un et l’autre mouvement. Cette ‘zone de contact’ entre question nationale et question sociale (envisagées l’une et l’autre d’un point de vue révolutionnaire) est ce que l’on appellera le courant libérationiste-révolutionnaire, le MRLP (Mouvement révolutionnaire de Libération du Peuple). Là encore, au sein de ce MRLP, tout le monde n’est pas marxiste, loin de là : il y a des libertaires, des syndicalistes-révolutionnaires comme les ‘Redskins Limoges’, des ‘anticapitalistes’ divers etc. ; et, parmi les marxistes, tout le monde n’est pas maoïste – maoïsme qui, compris correctement, permet pourtant la meilleure compréhension de la problématique nationale et de son inscription dans la contradiction Centre/périphéries. En ce qui le concerne, SLP se définit lui-même comme marxiste-léniniste-maoïste au sein du MRLP occitan.

    big provence flagEn revanche, les courants qui manient un discours ‘marxiste’ (comme les lambertistes du POI, la ‘Gauche communiste’ et d’autres) ou ‘anarchiste’ (CNT-AIT), voire ‘marxiste-léniniste’ voire ‘maoïste’ d’une grande radicalité, mais qui rejettent cette question de la Libération révolutionnaire des Peuples niés (LRP) comme un ‘truc de petits bourgeois’, se placent de fait à la marge du camp révolutionnaire et non en son centre, à sa pointe la plus avancée. Ils ne comprennent pas que les masses populaires des nations absorbées par la construction de l’État bourgeois actuel, et les masses populaires ‘périphérisées’ en général, au même titre que les masses des quartiers populaires de ‘banlieue’ où s’entassent – notamment – les ‘colonies intérieures’ issues de l’Empire néocolonial, sont les ‘campagnes’ que doit mobiliser l’avant-garde révolutionnaire dans sa Guerre populaire contre la classe dominante et son État. Enfin, ils ne le 'comprennent pas'... ou parfois, au contraire, ils le comprennent (ou du moins le 'ressentent' instinctivement) très bien, et ils ne veulent pas en entendre parler. Car dans le fond – ce qui qui renvoie encore à la même question de la nature de classe, ou du moins de l''esprit' petit-bourgeois – 'la France' (comme État-appareil capitaliste et système impérialiste) est pour eux comme pour des millions de personnes le râtelier auquel ils bouffent (et éventuellement espèrent bouffer plus !), sentiment qui est purement et simplement ce qui fait tenir le système debout depuis des siècles ; et que cela soit conscient ou pas, assumé ou pas comme tel, ils ne veulent pas voir ce râtelier disparaître – et donc le défendent comme 'résultat du progrès historique' (que remettre en question serait 'vouloir faire tourner la roue de l'histoire à l'envers'), prétendant éventuellement (hypocritement) vouloir l'abolir, immédiatement pour les anarchistes ou après un temps plus ou moins long pour les marxistes, au profit d'un confortablement lointain et hypothétique 'communisme universel'... Ce qu'ils montrent là en réalité, c'est qu'ils ne veulent pas réellement la révolution pour laquelle ils prétendent militer.

    De ce fait, dans les mouvements d'affirmation des nationalités réelles comme dans celui des ‘indigènes métropolitains’, ils favorisent objectivement les courants réformistes, ‘démocratiques radicaux’ voire ‘identitaires’ réactionnaires – les courants anticommunistes, car ils donnent du communisme cette lamentable image-là. Au point que l’on peut parfois se demander s’ils valent réellement mieux que ces derniers… Ils agitent comme un hochet le mythe d'une révolution ‘purement ouvrière’, basée sur une classe ouvrière tellement pure qu’elle n’existe pas et à laquelle a donc vocation à se substituer une ‘avant-garde’ (c'est-à-dire eux-mêmes)… largement constituée de petits bourgeois intellectuels (profs etc.) qui, si leur 'révolution' devait triompher, prendraient la place de l'actuelle classe dominante à la tête de l’État et de la production (cela n'a bien sûr aucune chance d'arriver ; en revanche ce genre de personnes peut 'squatter' une révolution 'bien menée' et donc 'qui marche', et de là l'utiliser pour se constituer en nouvelle bourgeoisie - ce qui s'est hélas produit un peu partout au siècle dernier).

    Il s’agit là, hélas, d’une tradition politique profondément ancrée dans le mouvement réel de la lutte de classe en 'France', terre du 'jacobinisme' ou plus exactement du centralisme napoléonien confondu avec celui-ci (qui lui sert de 'vernis de gauche'), de la confusion entre révolution prolétarienne et 'An II' révolutionnaire bourgeois 'radical', et sans doute du râtelier centraliste-étatique le plus solidement forgé et ancré dans la conscience collective ; et qui est historiquement – perpétuellement – vouée au fiasco (car le système 'France' pour se maintenir tel qu'il est a certes besoin de réformes/modernisations régulières, mais pas d'une 'révolution' de ce type).

    Face à cette engeance, encore et toujours, les ‘campagnes’ nationales-réelles comme colonisées intérieures de la Guerre populaire entendue comme négation de l'ordre capitaliste bleu-blanc-rouge doivent plus que jamais crier haut et fort : ‘Nique la France’  !!!

    À cette loi objective de la concentricité dans le développement de la conscience révolutionnaire de classe, il faut aujourd’hui ajouter un autre phénomène : la tendance, depuis la désintégration du mouvement communiste international dans les années 1975-1990, à l’éparpillement façon puzzle de la ‘vérité révolutionnaire’ (la juste compréhension prolétarienne du monde). Le fait est qu’au jour d’aujourd’hui, les étiquettes que l’on se colle (‘communiste’, ‘marxiste’, ‘anarchiste’, ‘trotskyste’, ‘marxiste-léniniste’ ou même ‘maoïste’) ne veulent en elles-mêmes plus dire grand-chose : il faut ‘juger sur pièce’ chaque force organisée, au-delà de l’étiquette. Des organisations (pour ne nommer volontairement personne) se réclamant de Léon Trotsky ou du communisme libertaire peuvent tout à fait, ponctuellement ou sur un ensemble de sujets, avoir des positions plus correctes que d'autres organisations se réclamant quant à elles du marxisme-léninisme voire du maoïsme ; même si Servir le Peuple ('prêchant', certes, 'pour sa paroisse') défend l’idée qu’une organisation arborant, défendant et appliquant correctement le maoïsme a nécessairement une vision globale des choses plus juste qu’une organisation s’arrêtant à Lénine-Staline ou se revendiquant de Trotsky, Bakounine ou Rosa Luxemburg : une vision globale plus juste, certes, mais qui ne veut pas dire ‘réponse à tout’ ; cela ne veut pas dire (comme nous l’avons déjà évoqué plus haut) que des éléments de réponse ne se trouvent pas dans les positions d’organisations (ou des personnes) qui ne se réclament pas du maoïsme. Cela a d’ailleurs toujours existé, même avant 1975 : si combattants-erpl’on prend, par exemple, l’Argentine de la période 1968-76, le PCR qui se réclamait du marxisme-léninisme, de Marx-Engels-Lénine-Staline-Mao, n’en avait pas moins une ligne, une pratique concrète, une compréhension du monde et une analyse de la situation (notamment du péronisme) infiniment moins justes que le PRT-ERP qui, lui, se réclamait ‘éclectiquement’ des ‘révolutions bolchévique, cubaine, vietnamienne et chinoise’, du Che, de Mao Zedong... et de Trotsky. CQFD, les faits sont là.

    Depuis plus de 20 ans, un constat de fait s’impose : TOUS les gouvernements (‘socialistes’, ‘démocratiques populaires’, ‘progressistes anti-impérialistes’) issus de la première vague de la révolution mondiale prolétarienne (1917-92) ont, à un moment ou à un autre, terminé leur course dans la nuit révisionniste et ont été soit balayés par le triomphe de l’indépassable’ démocratie bourgeoise occidentale (comme les ‘pays de l’Est’ du Pacte de Varsovie, la Yougoslavie de Milosevic, l’Éthiopie de Mengistu, l’Albanie pourtant ‘anti-révisionniste’ d’Enver Hoxha etc. etc.), soit ont 'tombé' les 'derniers masques' et intégré gentiment le système impérialiste mondial post-1990 (comme la Libye de Kadhafi ou la Syrie du clan Assad jusqu’à leurs récentes ‘démêlées’, l’Angola du MPLA ou le Mozambique du FRELIMO, le Vietnam, la Chine etc. ; avec des situations ‘moins pires’ comme Cuba ; tandis que des pays comme la Corée du Nord ou la Birmanie - sous la tutelle de la Chine, la Biélorussie ou les républiques d’Asie centrale - sous celle de la Russie - ont basculé dans un autocratisme policier délirant). Cela démontre bien (loi du primat des contradictions internes dans tout phénomène, sur les contradictions avec l’’extérieur’) que, dans la conception du monde du mouvement communiste et révolutionnaire en général, lors de cette première vague de la révolution mondiale, il y avait de profondes baisser redflag kremlinlimites – que le maoïsme consiste justement à essayer de dépasser. Il n’est donc plus possible, à moins de faire preuve d’une malhonnêteté intellectuelle totale, de balayer d’un revers de main les éléments et les courants (marxistes, libertaires, 'marxistes libertaires', ‘communistes de conseil’, ‘socialistes révolutionnaires’ divers etc.) qui ont, au cours de cette période, abordé ces expériences avec un regard critique ; comme il était encore possible de le faire lorsque ces gouvernements étaient aux prises avec le réel, tandis que les critiques, eux, ne l’étaient pas, dans aucun pays du monde. Accepter la critique, fut-ce pour (dans les grandes lignes) la réfuter, c’est ce qui permet au mouvement communiste d’avancer. Affirmer que "l'idéologie prolétarienne (celle dont se réclame sa petite chapelle) est scientifique, elle ne souffre ni le doute ni la critique" est absolument contraire à toute identité communiste. Aucune critique (progressiste, anticapitaliste, bien sûr) des expériences socialistes et révolutionnaires du siècle passé ne ‘tombe du ciel’ : elle vient des masses, elle exprime (même si c’est à travers des intellectuels, des ‘petits bourgeois’) des questionnements des masses (de la frange avancée, progressiste des masses) envers ceux qui se prétendent leur ‘avant-garde’, et une authentique avant-garde révolutionnaire doit accepter d’être questionnée par les masses, et non s’y soustraire en prenant un ton menaçant. 

    2. Les racines de classe du sectarisme

    C’est une question qui a déjà, très largement, été abordée ici-même ; néanmoins, il n’est jamais inutile de répéter les choses et, si possible, l’on essaiera de synthétiser.

    Nous avons donc le mouvement réel des masses prolétaires et populaires qui, poussées par la reproduction de leurs conditions d’existence, cherchent une issue, une ‘porte de sortie’ au ‘monde tel qu’il est’, c’est-à-dire à l’organisation sociale (ensemble des rapports de production et des rapports sociaux, juridiques - écrits - et non-écrits) dans laquelle nous évoluons chaque jour ; organisation sociale sous-tendue par un mode de production : le capitalisme. Laissons de côté les masses ‘statiques’ (elles existent), résignées au quotidien et/ou trouvant des portes de sorties individualistes/apolitiques à celui-ci (boîte de nuit hebdomadaire, hobbies divers de la mode au tuning en passant par le foot, alcool ou drogues, délinquance etc.) ; et laissons de côté les masses en mouvement qui sont ‘captées’ par la mobilisation réactionnaire de la classe dominante (dans sa fraction la plus ‘dure’) derrière ses plans et ses intérêts, autrement dit les fascistes. Limitons-nous aux masses en mouvement dans une mobilisation de nature progressiste voire révolutionnaire. Ce mouvement existe toujours tant qu’existe l’oppression capitaliste, a fortiori lorsque cette oppression est renforcée par une crise profonde du mode de production, et même lorsqu’elle est inférieure (quantitativement) à la mobilisation réactionnaire impulsée par les secteurs les plus ‘radicaux’ de la bourgeoisie (c’est le cas aujourd’hui : le FN mobilise largement plus que la gauche ‘radicale’ et révolutionnaire réunie ; et ‘toute la droite’ – UMP, FN et autres – plus que ‘toute la gauche’ en incluant le PS et les Verts, sans même parler des personnes votant encore à gauche mais de plus en plus gagnées par des idées de droite voire d’extrême-droite).

    besancenot-mc3a9lenchonÀ partir de là, en ‘première ligne’, en ‘tête de file’ de cette mobilisation, l’on va voir apparaître deux types d’individus : 1°/ des personnes sincères, issues des masses et mues par l’objectif sincère de servir celles-ci, même si c’est avec des conceptions politiques (encore) très limitées, voire totalement réformistes ; et 2°/ des personnes issues des masses mais que l’on peut qualifier de ‘déclassées’, dans le sens où ce n’est pas l’intérêt de leur classe (fut-ce une classe ‘intermédiaire inférieure’) qui les guide… mais leur propre intérêt et leurs ambitions personnelles, ‘frustrées’ par l’organisation sociale capitaliste ‘telle qu’elle est’, n’y trouvant pas la place qu’elles estiment leur revenir, voyant bien (car pas idiotes) que ‘ça va péter’ et donc ‘chevauchant’ la mobilisation de masse pour essayer de rester, dans le torrent impétueux de l’histoire, ‘debout dans la barque’, ‘sur le haut du panier’. Appelons ces personnes les ‘arrivistes militants’ (un troisième type de personnes, que l’on pourrait rattacher au deuxième, sont celles qui ‘défendent leur bifteck’, leur ‘gagne-pain’, sans réelle perspective de classe ni encore moins d’émancipation sociale générale – mais généralement elles ne se situent pas en ‘première ligne’, en ‘tête de file’, elles forment plutôt les troupes de la frange réformiste du deuxième type, que nous allons voir).

    44569466 prachanda body apEt encore de là, un se divisant toujours en deux, ce deuxième type de personnes va à son tour se scinder : d’un côté, celles et ceux que leurs éventuelles aptitudes et les circonstances (en ‘chevauchant’ la mobilisation ouvrière et populaire) vont amener à rencontrer l’opportunité (étymologie même d’opportuniste’) de se faire une ‘niche écologique’, une ‘petite place’, de ‘s’intégrer’ dans l’organisation sociale telle qu’elle est, sans la balayer de fond en comble mais simplement en la réformant… voire même pas : certain-e-s peuvent même se faire des ‘professionnels du militantisme’ ou de la politique. Ayant trouvé là leur ‘planche de salut’, ils/elles vont évidemment abandonner le chemin de la révolution, parfois totalement, lorsqu’ils/elles n’en ont plus du tout besoin (cf. les innombrables ‘reconvertis’ du mouvement ‘gauchiste’ de 1968, dans le journalisme et les médias en général, le monde universitaire, l’intellectualisme’ médiatique ou carrément l’entrepreneuriat, etc. etc.) ; mais parfois, leur ‘place au soleil’ va résulter de leur ‘militantisme’ même et ils/elles vont donc le poursuivre, mais dans un sens réformiste et social-traître, car tel est le rôle que leur a confié la bourgeoisie en les ‘cooptant’ : CONTENIR dans les ‘limites de l’acceptable’ (pour la pérennité du système) les luttes des masses contre les méfaits du capitalisme. Leurs troupes vont être composées, on l’a dit, des travailleurs/euses resté-e-s dans les limites du réformisme (et que les communistes n’ont pas réussi à extraire de celles-ci), sans même parler, on l’a dit, de ceux et celles resté-e-s dans les limites de la défense ‘corporatiste’ du ‘bifteck’.

    Mais de l’autre il y a ceux et celles, ‘arrivistes militant-e-s’, aspirant-e-s ‘cadres révolutionnaires’ et ‘guides éclairé-e-s’ des rouges lendemains, qui vont perpétuellement rester sur la touche. Parmi ceux et celles-là, il va y avoir celles et ceux qui vont ‘lâcher prise’, se replier sur la ‘défense du bifteck’ et se ranger derrière les leaders réformistes ‘radicaux’. Et puis il y a celles et ceux qui vont persévérer, car seule une ‘rupture radicale’ avec l’organisation sociale telle qu’elle est peut (éventuellement, en tout cas, c’est ainsi qu’ils/elles l’imaginent) leur permettre de trouver dans la lenine-la-maladie-infantile-du-communisme-le-gauchisme-livrsociété la place qu’ils/elles estiment leur revenir. Ceux et celles là forment la base sociale du sectarisme politique. Encore au-delà (mais en ‘France’, c’est rare : ‘pas folles les guêpes !’), il va y avoir ceux et celles qui vont ‘craquer’, ‘péter un plomb’ et ‘passer à l’action’ concrète – de manière totalement coupée, déconnectée, des masses et de leur mouvement réel : ce sont les aventuristes.

    Derrière eux et elles, il va y avoir, encore une fois… celles et ceux que la faiblesse du mouvement communiste authentique les laisse capter dans leur orbite : des prolétaires et des personnes du peuple désorientées, rendues amères par l’accumulation de trahisons des dirigeant-e-s réformistes et par les injustices et les désillusions en série vécues dans la société capitaliste (c’est, on l’a déjà dit, un réflexe défensif de certain-e-s prolétaires avancé-e-s vis-à-vis de l’hégémonie révisio-réformiste et des social-traître) ; et aussi, des personnes du peuple qui dans le sinistre quotidien de l'existence capitaliste, pour dire - peut-être - les choses un peu brutalement, se 'cherchent une vie', une 'raison d'être', une 'importance sociale' qu'elles ne trouvent pas dans le cadre du capitalisme et vont donc chercher dans l'engagement révolutionnaire malheureusement, ce n'est pas la bonne manière d'aborder celui-ci. Au sujet de Lénine, le progressiste anglais Bertrand Russell disait que : "Dans les révolutions, on relève habituellement trois types de personnes : celles qui animent la révolution parce qu'elles ont un tempérament anarchique et turbulent, celles que les souffrances personnelles ont rendues amères, et puis il y a celles qui ont une conception définie d'une société différente de celle qui existe, ce qui, si la révolution triomphe, leur permet de travailler à la création d'un monde stable, en accord avec leurs conceptions. Lénine appartenait à ce troisième type de personnes, le plus rare, mais aussi, de loin, le plus utile". Il est frappant de voir à quel point les deux premiers types décrits ressemblent aux troupes (voire aux cadres !) du gauchisme... En dernière analyse, le gaucho-sectarisme, ce sont les opportunistes ratés et aigris.

    Il n’est pas difficile, car les indices en sont légion, de saisir la nature de classe des dogmato-sectaires à travers leur pratique, fut-elle purement ‘journalistique’ ou – aujourd’hui – ‘internétique’ :

    - Le sectarisme, le rejet vis-à-vis des autres forces luttant contre le capitalisme, au lieu de chercher à en prendre la tête, à en devenir le centre d’agrégation et à les conduire sur le chemin de la révolution, parle on ne peut plus clairement : la révolution, c’est ‘bien’... si c’est dirigé par eux/elles, et pas autrement. Ils/elles ne peuvent concevoir une révolution dont ils/elles ne seraient pas les cadres dirigeant-e-s. Les autres qui, en fin de compte, veulent leur ‘piquer leur place’ à la tête de la révolution ne peuvent être que de sombres agents  déguisés de la contre-révolution, des sociaux-traîtres quand ce ne sont pas carrément des fascistes (des ‘SA’) en puissance[NDLR-MÀJ le vocabulaire s'est encore enrichi depuis la rédaction de cet article : populistes’, ‘post-modernes’, dernièrement ‘maximalistes’ etc. etc.] . Ce sont des ‘concurrents’ à combattre sur un ‘marché’ : le ‘marché’ de la ‘proposition révolutionnaire’, qu’il s’agit de ‘vendre’ aux masses. Alors que les communistes authentiques, eux/elles, considèreront que dans toute organisation (y compris la leur, au sein de laquelle il faut lutter fermement) il y a certes des ‘arrivistes’, des personnes faisant la révolution (ou militant, en tout cas) pour elles-mêmes et non pour servir le peuple ; mais il y a aussi – et surtout – des personnes dont la conception/compréhension du monde, la conscience révolutionnaire, est imparfaite et limitée et qu’il s’agit de ‘tirer vers le haut’, vers sa conception du monde – lorsque l’on croit réellement en elle, ce qui est la moindre des choses.

    Considérations diverses : Sur la question du SECTARISME - Spécificité ‘française’, la défense de la ‘République française une et indivisible’ (l’organisation sociale et l’appareil politico-militaire et idéologique qu’il s’agit précisément... de détruire), dont la révolution prolétarienne ne serait que le ‘prolongement’ vers la mythique ‘Commune universelle’ (rejoignant en cela les ‘sociaux-républicains’ opportunistes et révisionnistes). C’est là, réellement, un marqueur quasi-unanime et quasi-infaillible des dogmato-sectaires (en particulier, bien sûr, de ceux et celles gravitant autour des universités et du ‘monde des idées’ parisien, mais pas seulement, pour ne pas nommer une certaine organisation ‘anarchiste’ toulousaine). De ‘grands’ intellectuels, reconnus (et ayant donc, généralement, versé dans l’humanisme-démocratique-radical), comme un Sartre ou un Badiou, peuvent éventuellement se permettre de prendre la défense (démocratique) des ‘minorités’ (nations périphériques ou ‘colonies intérieures’) : leur position est assise, consolidée, et ils n’ont pas grand chose à y perdre. En revanche, l’organisation sociale ‘République française une et indivisible’ sous-tend l’existence sociale même de la petite bourgeoisie intellectualoïde qui forme le gros des cadres – et parfois l’armée mexicaine (cadres sans troupes) – des organisations sectaires ; en sous-tendant ce ‘monde universitaire’, ce ‘monde des idées’ qui est sa niche écologique. C’est (donc) un indice imparable de la nature de classe du sectarisme. Dans les constructions étatiques qui n’excluent pas (mais au contraire intègrent) la reconnaissance des nations constitutives et des ‘minorités’, comme l’État espagnol post-1978 ou le Royaume-Uni britannique, on rencontre beaucoup moins (bien qu'on le rencontre) ce phénomène (à l‘extrême-gauche’ s'entend).

    - Le côté ‘perfectionniste’, ‘puriste’ idéologique, ‘tout doit être parfait’ dès le départ, ‘la moindre erreur dans le logiciel idéologique, et tout est fini à court ou moyen terme’, etc. etc. ; qui pue à plein nez le prof, l’universitaire cartésien (en tout cas l’intellectuel ayant aspiré à l’être et n’ayant pas pu). Le prolétaire, ne serait-ce que dans sa vie productive, ne raisonne pas ainsi : il essaye, il se plante, il réessaye, et ainsi de suite jusqu’à ce que ‘ça marche’, et ce faisant, il apprend. Manière de fonctionner que l’on retrouve lorsque le prolétariat est en mouvement pourconrad1 son émancipation, et raison pour laquelle le b-a-ba du marxisme est que le processus révolutionnaire d’émancipation se déroule ainsi : situation matérielle (exploitation, oppression) -> idée (de se révolter) -> pratique (on passe à l’action) -> théorie (on a généralement échoué, on tire les leçons et on les synthétise dans une théorie révolutionnaire) -> pratique qualitativement supérieure etc. etc. Il est tout de même hallucinant que l’on puisse se réclamer du maoïsme et exiger que ‘tout soit parfait dès le départ’, lorsque l’on sait le nombre d’erreurs commises et de terribles revers subis par le PC de Chine avant de devenir ce qu’il est devenu...

    Le dogmato-sectarisme, tant qu’il ne devient pas aventurisme (il ‘faut’ alors le réprimer, d’un point de vue d’‘ordre public’), joue objectivement un grand rôle au service de la classe dominante : en effet, s'il est certes beaucoup moins important quantitativement que l’opportunisme réformiste, il n’en est pas moins une voie de garage pour les forces qu’il capte à lui et, au lieu d’être un centre d’agrégation et une force d’impulsion pour une dynamique révolutionnaire, il est au contraire une force stérile, un ‘corps mort’ quand ce n’est pas carrément un centre de répulsion (un repoussoir pour les masses) vis-à-vis de l’’idée communiste’ et de l’engagement révolutionnaire.

    3. Conclusions

    Il faut donc retenir, de ce qui précède, principalement que :

    e-lutte-des-mineurs- Dans le prolétariat et dans chaque classe populaire (au stade impérialiste, toutes les classes populaires, soit 90% de la population, ont objectivement intérêt à abattre le capitalisme ; voire 100% de la population si l’on prend en compte la question de l’apocalypse environnementale), la conscience de classe, la compréhension du monde qui nous entoure et de ses enjeux, le rejet du capitalisme et la mise en pratique de ce rejet dans le mouvement réel, se développent en cercles concentriques : un ‘noyau’, une ‘pointe’ plus avancée qui maîtrise la science marxiste la plus avancée de notre époque, le marxisme-léninisme-maoïsme ; un ‘premier’ cercle qui maîtrise (à tout le moins) les bases du marxisme ; un autre cercle qui est, tout du moins, anticapitaliste révolutionnaire (qui veut en finir avec le capitalisme et le remplacer par une autre société, égalitaire, sans oppression ni exploitation) ; un autre cercle encore qui ne croit pas que l’on puisse en finir avec le capitalisme, mais que l’on peut le réguler et l’humaniser (les réformistes, plus ou moins ‘radicaux’) ; enfin, les personnes qui demeurent totalement prisonnières de l’idéologie dominante (le ‘peuple de droite’, dont de très nombreux-ses prolétaires) ou pire, qui tombent dans les filets du discours ‘antisystème’ et ‘révolutionnaire’ du fascisme.

    La pensée humaine – c’est-à-dire la conscience (perception) et la compréhension du monde qui nous entoure, et les théories que l’on en tire – est un reflet de la réalité matérielle, et de la contradiction principale qui met cette réalité en mouvement. Ainsi, les cercles concentriques d’avancement de la conscience de classe, de la conscience d’opprimé-e, plus ou moins développée en théorie révolutionnaire solide ou, au contraire, encore engluée dans le réformisme/possibilisme ou la réaction, ne sont en dernière analyse qu’un reflet de la contradiction entre le caractère de plus en plus social et international de la production (matrice du nouveau, de toutes les ‘idées nouvelles’, révolutionnaires, progressistes) et la propriété privée des moyens de production et  l’appropriation privée (inégalitaire) du produit, avec tous les rapports sociaux sous-tendus, qui sont la base matérielle de l’ancien, des idées, des comportements sociaux, des habitudes réactionnaires. L’un est en quelque sorte (pour ceux et celles qui ont fait de la physique-chimie) le Partigiani thumb[3] ‘pôle’ du nouveau, du progrès, de la conscience politique révolutionnaire voulant le communisme ; l’autre est le ‘pôle’ de l’ancien, de la réaction, de la conscience politique réactionnaire voulant le statu quo ou une ‘révolution’ réactionnaire fasciste. Et entre ces deux pôles, les ‘particules’, les 'ions' que sont les individus des masses populaires, se répartissent en fonction de la force d’attraction exercée par chaque ‘pôle’.

    - Le rôle d’un Parti communiste révolutionnaire authentique est donc d’’animer’ ce pôle du nouveau, de lui donner vie et de lui permettre d’être le centre d’agrégation des masses en mouvement objectif contre le quotidien que leur impose le capitalisme. Le ‘nouveau’ en question étant, à notre époque, le stade ultime du processus de l’histoire humaine, le communisme qui, à partir de la société capitaliste actuelle, se rejoint à travers en processus en deux temps : la Guerre populaire et la transition socialiste, entre les deux se trouvant la prise de pouvoir par le prolétariat et son avant-garde politique organisée. La base pour que le Parti devienne ce centre d’agrégation est d’abord et avant tout sa conception (révolutionnaire, prolétarienne) du monde, la qualité de cette conception du monde. Le premier problème des opportunistes/possibilistes et des gauchistes (dogmato-sectaires ou aventuristes) est là : leur conception du monde est limitée, arriérée, erronée. Les un-e-s suivent les masses au lieu de les otan-strasbourg-anti09entraîner, ils se contiennent et, donc, contiennent les masses dans leur niveau de conscience présent, ultra-majoritairement réformiste/possibiliste ; et là-dessus vont venir prospérer certain-e-s, dirigeant-e-s politiques ou syndicaux qui entretiendront activement cette état de fait dont ils tirent leur ‘importance sociale’. Les gauchistes, les ‘ultra-avant-gardistes’ (c’est là, finalement, le trait essentiel du gauchisme), eux/elles, ne croient pas en les masses et en leurs possibilités, ils ne comprennent pas le lent processus dialectique d’émergence d’une conscience révolutionnaire de masse ; les masses, le prolétariat, même leurs éléments les plus avancés sont donc ‘nuls’, ne ‘comprennent rien à rien’ et le ‘Parti’ (c’est-à-dire nos singes savants) doit donc se substituer à eux : c’est ce qui s’appelle la théorie de la suppléance, qui a notamment gangréné le mouvement révolutionnaire européen et occidental dans les années 1970-80 (sauf en Italie, en tout cas avant la grande défaite de 1977). La conception correcte (d’un point de vue révolutionnaire) du monde et de ses phénomènes (à commencer par celui que l’on prétend diriger : la révolution prolétarienne) se construit à travers la pratique, la ligne de masse (l’implication concrète et la prise de position de chaque instant dans le mouvement réel de la société qui nous entoure) et la lutte de lignes permanente au sein de l’organisation révolutionnaire, qui permet de ‘séparer le bon grain de l’ivraie’, les conceptions révolutionnaires prolétariennes des conceptions influencées par l’hégémonie intellectuelle bourgeoise, le nouveau de l’ancien, les idées justes des idées fausses – conceptions bourgeoises et petites bourgeoises, ancien et idées fausses étant le terreau sur lequel prospèrent les arrivistes de tout poil, les opportunistes et le gauchisme. Elle se diffuse par l’agitation et la propagande en direction des masses ; et, au final, elle débouche sur les ‘trois épées magiques’ : Autonomi3Parti (conséquent, ne se réduisant plus à un petit cercle de quelques individus), Armée et Front uni révolutionnaire, qui marquent l’entrée dans la Guerre populaire révolutionnaire proprement dite. À ce moment-là, l’organisation révolutionnaire (les ‘trois épées’) devient l’élément principal du processus révolutionnaire ; mais d’abord, pour en arriver là, la conception du monde est l’aspect principal, ce que Lénine résumait par : ‘sans théorie révolutionnaire, pas de mouvement révolutionnaire’. Les opportunistes ne peuvent devenir un tel centre d’agrégation, les ‘locomotives’, les ‘premiers de cordée’ conduisant les masses vers le communisme, car ils/elles se maintiennent dans le niveau de conscience présent de la majorité des masses et, en retour, maintiennent les masses dans celui-ci, finissant par se faire objectivement (du moins) les agents de la classe dominante pour les y maintenir. Les gauchistes, les dogmato-sectaires, ne peuvent quant à eux/elles devenir un tel centre d’agrégation car ils/elles ne se lient pas aux masses (croyant détenir ‘LA vérité’, ils/elles sont conscient-e-s que s’impliquer dans le réel remettrait cette certitude en cause), ils/elles les rejettent lorsqu’elles ne correspondent pas à leur idée ‘perfectionniste’ de la ‘classe ouvrière révolutionnaire’, conçue comme tellement parfaite qu’elle n’existe pas et qu'en fin de compte, le ‘Parti’ (eux/elles) doit s’y substituer. Ils finissent par devenir, même, un facteur de répulsion pour les masses envers les beaux mots de ‘communisme’, ‘révolution prolétarienne’, ‘marxisme’, ‘léninisme’ ou ‘maoïsme’.

    manifestation-barcelone pics 809- Les questions nationales (ou plutôt la Libération révolutionnaire des Peuples niés - LRP) en Hexagone, la question des colonies intérieures, la question d’un anti-impérialisme sans faille outre-mer, ont déjà été largement rebattues en long, en large et en travers sur SLP – et nous aurons encore, sans doute, l’occasion d’y revenir. Dans l’incompréhension, ou la mauvaise compréhension de ces questions, réside le secret de l’impuissance du prolétariat hexagonal dans sa lutte pour le pouvoir. Le mouvement révolutionnaire du prolétariat de ‘France’ est l’un des plus anciens au monde (années 1840). Un Parti communiste s’est formé immédiatement après la Révolution russe d’Octobre 1917, en 1920. Si le prolétariat révolutionnaire de l’Hexagone ‘français’ n’a pas réussi, depuis tout ce temps, à conquérir le pouvoir (le PCF reculant au moment – 1944-46 – où il pouvait commencer à l’envisager), c’est parce qu’il n'a pas pris la juste mesure de l’ennemi, qu’il l’a très largement sous-estimé : la ‘République française’, avec sa divinité ‘Marianne’ et son ‘coq gaulois’ tutélaire, trône en réalité au sommet d’une montagne de cadavres, au sommet d’une pyramide de 800 ans de crimes.

    Lorsqu’une quelconque organisation ne croule pas sous une prétention sans bornes, passe encore, mais voir des personnes se prétendant (à l’exclusion de toutes autres…) l'‘avant-garde’ de la révolution prolétarienne défendre la construction politico-militaire et idéologique monarcho-bourgeoise ‘France’, ennemi principal et absolu de tous les prolétaires de son territoire et des peuples d’un nombre considérable de pays pseudo-‘indépendants’ ; défendre son caractère ‘progressiste’ des siècles après la disparition de toute trace de celui-ci ; défendre la culture de sa classe dominante (élément essentiel du dispositif d’encadrement des masses), la culture des ‘Siècles’ en prenant des poses de chargé-e-s de TD en fac de lettres[1] ; défendre le mensonge historique (certes ‘utile’ en son temps, dans la perspective de progrès représentée par le développement du capitalisme) qu’elle est une ‘nation’ et même aller jusqu’à pourfendre l’internationalisme comme du ‘cosmopolitisme’ ou les revendications démocratiques des colonies intérieures comme du ‘communautarisme’ et du ‘racisme anti-blancs’ ; c'est inadmissible mais en même temps totalement révélateur de leur nature de classe et idéologique de petits bourgeois, qui ne font pas la révolution par et pour le peuple mais par et pour eux-mêmes, pour en être les cadres. 

    euskal herria drapeaurougeLà encore, à la conscience et à la compréhension de ces questions s’applique un phénomène de concentricité, ou plutôt de double concentricité : conscience/compréhension de ces questions en tant que telles (des personnes qui en ont une compréhension correcte, jusqu’à celles qui, bien que parfois très impliquées dans les ‘luttes sociales’, en ont une compréhension faible voire inexistante) et conscience/compréhension plus ou moins prolétarienne de celles-ci, ou au contraire petite-bourgeoise, voire totalement bourgeoise et réactionnaire (‘régionalisme’ maurrassien, obscurantisme religieux, ‘communautarisme’ xénophobe etc.). Une des tâches essentielles des communistes révolutionnaires authentiques au sein des différents MLN est de réussir à articuler correctement ces deux concentricités, en tissant leurs alliances dans une direction ou dans l'autre en fonction des sujets à l'ordre du jour, et en ayant toujours en ligne de mire la fusion de la 'question sociale', des questions 'démocratiques générales' et de la question nationale dans un grand (pour le moment, il est 'petit') Mouvement révolutionnaire de Libération des Peuples (MRLP). Dans le cas contraire, si l'on n'adressait la parole ni à ceux et celles qui ont une compréhension avancée et combattive de la lutte de classe, mais sont 'léger-e-s' sur la question nationale, ni à ceux et celles qui militent sur la question nationale mais sont ou seraient 'petits bourgeois', le MRLP s'isolerait des masses et de leur mouvement réel et sombrerait dans le sectarisme qu'il s'agit justement de dénoncer ici.

    maoist-nepal-revolution-pla-militia-guerrilla-freedom-liber- En définitive, l’opportunisme et le gauchisme dogmato-sectaire (ainsi que son ‘cousin’ plus ‘anti-théorique’ et ‘actionniste’, l’aventurisme, mais celui-ci est beaucoup plus rare en Hexagone) sont l’un et l’autre objectivement au service de la classe dominante. Le premier parce que, s’appuyant sur l’immédiatisme des revendications ouvrières et populaires (qu’est ce que je mange ce soir ? comment je boucle le mois ? mon usine ferme et je vais être licencié : qu’est-ce qu’on me propose ?) et sur une satisfaction (très) partielle mais immédiate de celles-ci, il enferme le mouvement réel du prolétariat et des masses dans les limites de l’’acceptable’ pour les exploiteurs et leur système. Le second parce qu’il capte à lui dans une voie de garage, sans issue, des éléments populaires particulièrement ‘radicaux’ et combattifs qui pourraient, dans une organisation révolutionnaire avec une ligne correcte, être extrêmement efficaces et utiles à la lutte révolutionnaire ; parce que du point de vue idéologique (de la science marxiste) il est stérile – il ne fait pas vivre le marxisme dans la pratique de la lutte, puisqu’il n’en a pas ou très peu, et cette stérilité renforce le dogmatisme qui lui-même renforce l’absence de pratique et donc la stérilité, etc. ; enfin, parce qu’il n’agit pas comme centre d’agrégation et même parfois, au contraire, il agit comme centre de répulsion (envers le marxisme) vis-à-vis du prolétariat et des masses en mouvement qui cherchent une issue à la condition quotidienne que leur impose le capitalisme.

    - Tout cela tient, encore une fois, tout simplement à la nature de classe (ou, en tout cas, à l’influence de classe reçue dans leur existence sociale) de ces individus, qui ne font pas la révolution pour servir le peuple (le prolétariat et les masses populaires en général), ni même leur classe (le cas échéant) non-prolétarienne, mais eux-mêmes, leurs ambitions personnelles qui ne peuvent être satisfaites dans le capitalisme tel qu’il est : les opportunistes sont celles et ceux qui peuvent trouver leur ‘place au soleil’ dans un capitalisme réformé ou qui, simplement, rencontrent sur leur parcours une opportunité de cooptation par la classe dominante, pour (par exemple) encadrer dans des limites réformistes ‘acceptables’ black-panthers-breakfast-for-children-programle mouvement de masse ; les gauchistes sont celles et ceux qui… tout simplement ne rencontrent pas de telles opportunités, et épanchent donc leur aigreur dans l’ultra-‘radicalité’, le ‘plus-rouge-que-moi-tu-meurs’ (le capitalisme ne leur offrant aucune opportunité d’être ‘quelqu’un’, il doit donc disparaître, mais l’intérêt qui les meut dans cet objectif n’est pas prolétarien : si par le plus grand des hasards ils devaient parvenir au pouvoir, ils n’instaureraient rien d'autre qu’un capitalisme d’État, un système inégalitaire d’exploitation ‘emmailloté de rouge’).

    Opportunistes et dogmato-sectaires sont des ‘chancres’, des ‘parasites’ du mouvement révolutionnaire contre le capitalisme ; mouvement dont la faiblesse organisationnelle et idéologique est leur terreau. Lorsque le mouvement révolutionnaire, avec un authentique et conséquent centre d’agrégation communiste, reprend de la vigueur, leurs positions tendent à se disloquer : soit ils/elles essayent (pour certain-e-s) de ‘prendre le train en marche’ et deviennent - ainsi - partie du mouvement mais aussi, par leurs conceptions et leurs motivations égocentriques, des freins à celui-ci, ce à quoi il faut rester vigilant-e-s ; soit ils/elles se ‘neutralisent’ et disparaissent de la circulation ; soit ils/elles ‘tombent le masque’ et se font les ennemis ouverts de la révolution en marche... En revanche, toutes les personnes militant-e-s sincères, fussent-elles (à l’heure actuelle) totalement réformistes, sont vouées au final à subir d’une manière ou d’une autre la force d’attraction du ‘noyau dirigeant’ révolutionnaire communiste, dans ce que l’on peut appeler un processus de décantation.

         

    À lire également :  Sur le processus révolutionnaire  et  Sur le processus révolutionnaire (2)

    Thèses fondamentales pour la construction partidaire

    Considérations diverses : Le TROTSKISME DE NOTRE ÉPOQUE

    Récapitulatif des "grandes thèses" de Servir le Peuple

    Sur l'antifascisme : 2011 : un point indispensable sur le fascisme et l'antifascisme pour les années à venir

    Sur les questions nationales dans les grandes métropoles impérialistes et leur 'articulation' avec la 'question sociale' : La Question nationale au 21e siècle ; Considérations diverses : un (gros) pavé sur la Question nationale et Clarification sur l'encerclement du 'Centre' par la 'Périphérie' ; les études sur l'État 'France' (1 - 2 - 3), l'État espagnol et l'État 'Royaume-Uni' (1 - 2).

    Voir aussi la brochure du PCmF : Pour l'Unité des communistes, qui aborde la question de la 'décantation' des forces révolutionnaires et offre un 'tour d'horizon' assez intéressant des organisations se réclamant (en Hexagone) du marxisme-léninisme ou du maoïsme.

     

    1658.SovietFlag

    [1] Alors que nous, communistes révolutionnaires, chantons avec Pino Masi : ‘‘la scuola dei padroni non funziona più, ma solo come base rossa ; la cultura dei borghesi, non ci frega più, l’abbiamo messa nella fossa’’ (l’école des patrons ne fonctionne plus, sinon comme base rouge ; la culture des bourgeois, nous n’en avons plus rien à faire, nous l’avons mise à la fosse)

     

     


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