• Considérations diverses : sur la question du boycott des produits israéliens (BDS)


    Depuis de nombreuses années se sont développées un certain nombre de campagnes de boycott des produits et des entreprises issus de l’État d'Israël, en raison de la dépossession, de l'apartheid et de la violence militarisée permanente que celui-ci inflige au Peuple palestinien. Ces campagnes ont globalement convergé sous le label BDS : Boycott - Désinvestissement - Sanctions.

    Ceci est vu comme un moyen de pression efficace sur le gouvernement israélien pour qu'il mette fin - a minima - à sa politique d'occupation et de colonisation des territoires de 1967, avec toutes les violences meurtrières (des morts pratiquement tous les jours, 2.300 tué-e-s à Gaza l'été dernier) et les atteintes aux droits humains (liberté de circulation, propriété individuelle avec les maisons rasées ou les cultures détruites) que cette politique implique. Simplement, ce type de mobilisation se heurte fréquemment à un argument "massue" (c'est-à-dire particulièrement difficile à contrer) : "et pourquoi donc ne boycottez-vous que les produits israéliens et pas ceux de toutes les dictatures bananières de la planète ou carrément des pays impérialistes qui sèment la mort, à commencer par la 'France' ?" (avec toute l'accusation d'"antisémitisme" que sous-entend cette remarque)...

    Il est vrai en effet qu'un tel argument peut facilement laisser sans réponse : pourquoi, en tant que communistes d'Hexagone, ne commencerait-on pas par boycotter les produits issus des dernières colonies de notre État ("DOM-TOM") ou de ses néo-colonies, la fameuse "Françafrique" aux mains de sinistres despotes dont la liste est longue comme le bras (les Bongo, Eyadéma, Biya, Déby etc. etc.) ? Pourquoi ne commencerions-nous pas par boycotter les produits d'Inde ou des Philippines, où d'héroïques Guerres populaires sont menées contre l'oligarchie semi-coloniale semi-féodale, ou encore de Turquie où à l'oppression des révolutionnaires s'ajoute celle de la nationalité kurde ?

    Pourquoi, sous-entendent nos contradicteurs anti-antisionistes et autres "anti-confusionnistes" d'"extrême-gauche" (l'extrême-gauche de l'idéologie républicarde-universablabla), sinon parce que nous serions "obsédés par Israël et les Juifs, Israël parce qu’État juif" et donc "antisémites" plus ou moins inavoués ?

    Certain-e-s d'entre vous s'en souviennent peut-être, d'autres (trop jeunes) peut-être pas, mais à la fin des années 1990 avait émergé une campagne de dénonciation de la banane Chiquita (ex-United Fruit, connue pour ses appuis à des dizaines de coups d’État sur le continent américain et dernièrement rachetée par... deux magnats brésiliens - "monde multipolaire" quand tu nous tiens !), produite dans des conditions proches de l'esclavage en Amérique centrale et du Sud, incitant à boycotter cette marque. Le problème était que cela revenait à dire d'acheter uniquement des bananes ACP (ou à ne plus manger de bananes...), les bananes labellisées "Afrique-Caraïbe-Pacifique"... autrement dit la banane de l'impérialisme européen, dont on peut légitimement douter qu'elle soit produite dans des conditions bien meilleures (un poil peut-être dans les dernières colonies bleu-blanc-rouge, où s'applique en partie le Code du Travail français, mais certainement pas ailleurs). Vous pouvez consulter ici la liste des pays ACP signataires des Conventions de Lomé puis de l'Accord de Cotonou avec l'Union européenne (partenariat économique en particulier pour l'exportation de produits agricoles), et admirer le florilège de belles et grandes démocraties où un Code du Travail épais comme la cuisse règne en maître... La campagne anti-Chiquita conduisait donc automatiquement à favoriser l'exploitation féroce de l'impérialisme agro-alimentaire européen, ce à quoi le mouvement anticapitaliste à peine et péniblement renaissant après la "Fin de l'Histoire" du début des années 1990 n'avait pas pensé (considérant peut-être réellement que la lutte contre le "modèle ultra/néolibéral américain" était la seule à mener !), et qui s'exposait en conséquence aux mêmes "arguments massues" difficilement contrables - "anti-américanisme franchouillard", "défense du capitalisme français/européen contre ses concurrents d'outre-Atlantique" etc. etc., et dans le cas d'Israël c'est encore pire puisque comme nous l'avons dit le spectre de l'antisémitisme flotte en permanence sur ce combat politique.

    La réponse qui pourrait être efficacement apportée, c'est celle de la VALEUR SYMBOLIQUE de l'oppression israélienne en Palestine et donc de la lutte internationale contre celle-ci :

    Petites considérations sur le sionisme et l'identification-"obsession" palestinienne

    Pour toutes les raisons expliquées dans cette article, raisons qui font que le drapeau palestinien est devenu le drapeau vietnamien de notre époque, les produits issus de la terre spoliée aux Palestiniens (qui sont, il n'est de pas trop de le rappeler, à l'origine de l'appel à les soutenir de cette façon !) SYMBOLISENT en quelque sorte tous les produits issus de l'exploitation impitoyable du "Tiers-Monde" dominé par le "Nord".

    Après tout, comme le dit très justement un camarade sur les réseaux sociaux, de même que nous sommes anti-impérialistes et non simplement "contre les vilains crimes tout sionistes d'Israël", nous sommes anticapitalistes (pour le renversement du capitalisme, pour le communisme) et non pour un "capitalisme à visage humain". Pourtant, nous allons soutenir les mouvements de grève lorsqu'une entreprise (pour maintenir son taux de profit) va passer à l'offensive contre les travailleurs et se comporter de manière particulièrement "inhumaine" et crapuleuse : en effet, cette entreprise s'érige alors en symbole et - en quelque sorte - en "maillon faible" du système capitaliste à l'instant donné, ouvrant la voie à une expérience de lutte des classes qui va non seulement permettre aux travailleurs concernés de conserver quelques droits et avantages matériels et aussi (surtout) un peu de dignité, mais aussi être pour eux une école de lutte et d'organisation pour la révolution de demain.

    C'est exactement la même chose avec Israël ; qui par ses crimes quasi-quotidiens mais aussi par le fait de ne pas être une de ces satrapies africaines ou arabes dont nous "avons l'habitude", mais au contraire une "démocratie" parlementaire bourgeoise occidentale (pour les Juifs du moins... et encore pas tous) enrobée de toute la bonne conscience et le "bon droit" qui va avec, s'érige en symbole et "maillon faible" de l'ordre impérialiste mondial (domination du "Nord" sur le "Sud", placée ici sur une ligne de front directe).

    Ceci rejoint le rôle que joue la solidarité palestinienne en général (et BDS en particulier) comme école de lutte, d'organisation et de conscientisation révolutionnaire pour les classes populaires colonisées intérieures en Hexagone même ; qui ont depuis longtemps tourné le dos à une "gauche radicale" qui n'a finalement jamais su avoir envers elles une autre approche que paternaliste/"civilisatrice". Cette école de lutte et de conscientisation va évidemment se heurter à une virulente contre-offensive de l'ordre établi et de tous ses tenants plus-ou-moins assumés, qui savent que là résident leurs "pieds d'argile" - une contre-offensive dans laquelle l'accusation d'antisémitisme est un instrument évident dont l'ennemi serait fou ou idiot de ne pas se saisir (surtout quand des connards à la Dieudonné ou en mode "djihad internet" viennent le lui servir sur un plateau)...

    Toute la question ici est que l'intérêt de cette fonction symbolique mobilisatrice suppose qu'elle soit assumée comme telle ; c'est-à-dire que l'on en "reste pas là" mais que cette lutte contre Israël et pour le Peuple palestinien soit assumée comme un tremplin vers la prise de conscience du GÉNÉRAL ("rapports Nord-Sud" c'est-à-dire de domination impérialiste, racisme ouvert/haineux ou "bien-pensant"/"civilisateur" comme reflet de ces rapports à l'intérieur des métropoles, capitalisme et ses États comme bases d'accumulation en expansion permanente - l'exploitation s'étendant à la fois dans l'espace et se durcissant à chaque endroit donné) à partir du cas symbolique particulier ; exactement comme les luttes ouvrières d'entreprise doivent servir de tremplin à la prise de conscience du problème capitaliste à partir du cas particulier de plan social ou autre. Il faut donc désormais affirmer ouvertement que l'oppression sioniste en Palestine est combattue comme symbole de toutes les dominations Nord-Sud (impérialistes sur les pays coloniaux et semi-coloniaux) et que les mesures comme BDS qui sont prises contre elle sont des mesures symboliques contre toutes les dominations Nord-Sud. C'est en effet si l'on ne saisit pas le "tremplin" du particulier vers le général que l'on risque, sur la question du sionisme et de la Palestine, de verser dans une monomanie poreuse aux discours antisémites sponsorisés par telle ou telle force bourgeoise réactionnaire (peu importe par qui, en vérité) ; tout comme dans les luttes sociales d'entreprise l'on bascule vite dans un économisme poreux aux discours réformistes de la gauche bourgeoise... ou populistes du fascisme.


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