• Considérations diverses : les "anti-népalais" sont les TROTSKYSTES DE NOTRE ÉPOQUE


    Il y a quelque chose que SLP a parfois évoqué, mais jamais exposé aussi catégoriquement en ces termes : le "p""c""mlm" et la mouvance internationale gravitant autour sont le TROTSKYSME de notre époque (le trotskysme "historique", lui, ayant globalement rejoint la social-démocratie). Pour certains, c'est même quasi explicite : quand une organisation de Colombie prône, pour ce pays, une révolution purement ouvrière, socialiste, à travers... la Grève Politique de Masse ; alors que l'on a là un pays semi-colonial type, archi-écrasé par l'impérialisme US (qui en a fait la "clé de voûte" de sa domination continentale), avec de très importantes masses rurales et des ruraux déplacés (par la pauvreté ou la violence) vers les bidonvilles des grandes aires urbaines ; quel autre nom cela peut-il porter ? [Ici, toutefois, il s’agit peut-être de déviation sincère de cette organisation, contrairement à ses acolytes, nous y reviendrons].

    Au niveau international, ce débat, cette caractérisation et cette dénonciation n'a toutefois que peu d'importance, les organisations concernées étant marginales dans leurs pays respectifs. En revanche, elle en a en "France", historiquement et culturellement terre de l'ultra-radicalisme intellectuel, et de la fascination d'une frange schizophrène du prolétariat et de la petite bourgeoisie déclassée pour ce radicalisme, cette "intransigeance", ce "no compromise" affiché.

    Qu'on se comprenne bien : cela ne veut pas dire qu'ils ont tort sur tout. Servir le Peuple ne raisonne pas en ces termes, que tout ce qui n'est pas à 100% dans sa vision des choses est 100% mauvais. En particulier, cela ne veut pas dire qu'ils ont tort sur les constats. Ce serait justement une grave erreur que de nier la réalité pour combattre l'analyse erronée de celle-ci. Le trotskysme ne repose pas sur des constats faux, sur des "élucubrations".

    Lorsque Trotsky, mais aussi les autres gauchistes, bordiguistes ou "germano-hollandais", disaient qu'une nouvelle bourgeoisie (même s'ils parlaient plutôt de "bureaucratie") était en formation dans la jeune URSS, c'est quelque chose qu'on ne peut évidemment pas nier (même s'il y a sans doute des "ML" et même des "maos" pour le nier, et penser que le "mal" s'est abattu du ciel le jour où l'on a commencé à cracher sur la tombe de "saint" Staline). C'est cette nouvelle bourgeoisie qui, "libérée" par la mort d'un Staline aux "purges" imprévisibles et fatales, a pu se consolider avec Khrouchtchev (mais l'aurait pu aussi avec Beria) et entamer l'instauration d'un capitalisme d’État, puis la restauration du capitalisme tout court (Gorbatchev). Lorsque Trotsky disait que les directives de l'IC au Parti communiste de Chine étaient gravement erronées, et aux conséquences funestes, évidemment que les faits lui ont donné raison, ce ne sont pas les communistes chinois de Mao qui ont dit le contraire ! Et les maoïstes de l’État turc sont les premiers à dire que les directives de l'IC au PC turc de l'époque, l'analyse du kémalisme etc. étaient complètement fausses. Lorsque Trotsky et les trotskystes (et bordiguistes etc.) mettaient en garde contre la politique des Fronts populaires, on a effectivement vu que ceux-ci (en Europe) ont eu une interprétation de droite, amenant une soumission du mouvement communiste à la gauche bourgeoise : les trotskystes peuvent donc se targuer d'avoir "vu juste".

    Mais le problème n'est pas là ! Le problème, ce n'est pas le constat des dysfonctionnements et des erreurs (parfois très graves) du premier État révolutionnaire du prolétariat et de la première Internationale communiste autour de lui. Le problème, ce sont les conclusions, les analyses qui en sont tirées, systématisées en théorie (d'où découle une pratique) erronée. La théorie selon laquelle le socialisme n'était pas possible dans un seul pays arriéré et encerclé, que la Révolution soviétique était, finalement, "condamnée" dès lors que la révolution avait échoué en Allemagne... La théorie selon laquelle il ne fallait pas faire les Fronts populaires, ni de Fronts d'une manière générale, mais au contraire "entrer" dans les luttes syndicales réformistes (voire les organisations politiques social-démocrates) pour les "pousser en avant" et ensuite "fractionner" quand "la collaboration de classe, la direction social-traître, est démasquée", puis rompre pour lancer la révolution prolétarienne, la grève générale etc., formant un "nouveau Parti bolchévik" (ceci "dans l'idéal" : en pratique, les trotskystes ne rompent qu'en emportant 3 tondus rencontrés à la buvette... On a en fait là une tentative mécanique de reproduire la formation du Parti bolchévik à partir du PSDOR).

    Si l'on revient, maintenant, à nos nouveaux trotskystes, on peut voir exactement la même chose. Dire que les thèses de Prachanda étaient révisionnistes était parfaitement vrai, dire qu'elles "mèneraient à la catastrophe"... nous y sommes. Si l'on reste à la surface des choses, nos nouveaux trotskystes avaient donc "vu juste", "avant tout le monde", et encore "sous les crachats, le boycott, les attaques de toute part" avec ça... Quand nos nouveaux trotskystes disent que la situation au Pays Basque (de la gauche abertzale) est extrêmement délétère et préoccupante, qu'elle ressemble au chemin suivi par les républicains irlandais "provisoires" dans les années 1990 : qui va dire le contraire ? (et la dérive risque encore d'empirer, "confortée" par les récents "succès électoraux"). Quand l'UOCmlm dit que les guérillas marxistes de Colombie ont dérivé vers le révisionnisme armé et parfois des pratiques mafieuses, devenant dans certaines zones un véritable "fléau" de plus pour les masses, en concurrence avec l’État et ses fonctionnaires corrompus, les caciques locaux, les grands propriétaires, les milices d'extrême-droite et le crime organisé, c'est malheureusement la vérité...Et ainsi de suite.

    Le problème, encore une fois, n'est pas là ! Le problème, ce sont les conclusions, érigées ensuite en théories, qui en sont tirées et mises en pratique.

    Du Népal, est tirée la conclusion universelle qu'il faut rejeter "toute souplesse idéologique, stratégique et tactique avec le marxisme-léninisme-maoïsme"... Autrement dit, il ne faut pas faire la révolution, car faire la révolution, mener à son terme la Guerre populaire qui ne se réduit pas à une lutte armée, c'est faire preuve de tactique, c'est avoir une application créative, dans la situation concrète, de la théorie révolutionnaire  ; et c'est ce que le Parti bolchévik, le PC de Chine, le PC du Vietnam, le PC de Grèce, le PC d'Espagne etc. ont fait tout au long de leur histoire, lorsqu'ils étaient révolutionnaires. Cela reviendrait à dire que, PUISQUE la tactique des Fronts populaires et la tactique d'alliance avec des forces bourgeoises "antifascistes" pendant la Résistance ont conduit au thorézisme, au togliattisme etc., il faut refuser toute tactique de ce type, et même toute tactique en général.

    De la même manière, le Mouvement Anti-Impérialiste (MAI) de l’État espagnol prône ainsi "la dénonciation de toute étape intermédiaire", comme par exemple "le programme de IIIe République" en Espagne, qualifié de "réforme politique du vieil État". Gauchisme trotskyste typique, auquel Servir le Peuple répond que la poussée révolutionnaire des masses, si elle ne permet pas immédiatement un "Octobre rouge" 1917, et si elle n'est pas écrasée par la Réaction, peut très bien déboucher sur une "réforme du vieil État" (de l'organisation sociale) de ce type, sous la forme d'un "gouvernement réformiste d'urgence", et que ceci est une étape, oui, 100 fois oui, que les communistes peuvent et doivent utiliser à leur profit pour repartir de l'avant dans la Guerre populaire vers le communisme [d'autant que le réformisme, on y reviendra, contrairement au 20e siècle, est aujourd'hui condamné au-delà du court terme : soit il est renversé par la révolution prolétarienne, soit il l'est par la contre-offensive réactionnaire]. Les réformes de l'organisation sociale capitaliste ne sont "la mort" du mouvement révolutionnaire que si les communistes le veulent bien, et une "excellente" attitude à adopter pour cela est justement de tourner le dos au mouvement réel des masses et de s'enfermer dans l'imprécation sectaire. Les trotskystes de notre époque, comme leurs prédécesseurs historiques, font vraiment la révolution sur la Lune, c'est vraiment le qualificatif qui convient...

    L'analyse correcte, c'est qu'ont émergé dans le PC maoïste du Népal des néo-bourgeois, voire des bourgeois tout court : comme le fait remarquer un camarade indien, les dirigeants "maoïstes" prachandistes ou du clan Bhattarai sont des brahmanes, la caste supérieure du sous-continent indien, très peu sont issus des classes laborieuses. Ces gens ont a un moment donné liquidé la Guerre populaire révolutionnaire, seul moyen de mettre le Peuple au pouvoir, pour s'y mettre... eux, se faire une place au soleil dans une République parlementaire bourgeoise. Mais ceci a des ressorts (culturels et de classe) qu'il est impossible aux gauchistes d'analyser, puisque... ce sont les mêmes que les leurs ! Alors, le révisionnisme réside dans le fait d'avoir "déclaré" ceci ou cela, qui est "thorézien", "trotskyste", "boukharinien", "trois-mondiste" etc. : la conséquence devient la cause. De la même manière, toujours le MAI parle de "facilité avec laquelle le révisionnisme se travestit et adopte de nouvelles formes sous les habits du maoïsme" : c'est exactement le même idéalisme. Le révisionnisme serait un "esprit" flottant dans les airs et "s'emparant" d'organisations communistes y compris maoïstes. Ils ne comprennent pas que le révisionnisme est l'expression idéologique d'une réalité matérielle ; réalité qui est que le Parti est un instrument aussi indispensable qu'imparfait et que non seulement s'y infiltrent, mais s'y forment, par son fonctionnement même, des éléments qui "font la révolution" non pas pour SERVIR LE PEUPLE, mais pour se servir eux-mêmes, parfois dans l'idée d'intégrer un État bourgeois "réformé" par les luttes qu'ils auront menées, mais parfois dans l'idée claire de renverser la bourgeoisie pour la remplacer par les "cadres révolutionnaires" qu'ils considèrent être. Et l'ultra-radicalisme, l'ultra-maximalisme dogmato-sectaire gauchiste n'est qu'un révisionnisme "de gauche", expression des opportunistes ratés !

    Dans tous les cas, la réalité est que le PC maoïste du Népal et la Guerre populaire sont aujourd'hui en grande déroute en raison de tares remontant aux origines, au début des années 1990, en pleine "fin de l'Histoire" : l'idéologie communiste n'était alors pas "au top de sa forme" et de grands compromis ont été faits dans un souci de "massification" du mouvement révolutionnaire : remplacer Kiran par Prachanda à la tête du Mashal (ancêtre du PCNm), accueillir la "clique Bhattarai" dans le nouveau Parti, centrer l'objectif de la GP sur le renversement de la monarchie et la convocation d'une Constituante, puis finalement rechercher l'alliance des partis bourgeois, etc. Il n'empêche que la Guerre populaire au Népal a le mérite impérissable d'avoir existé (alors que les gauchistes ici ne font rien), et qu'elle a amené la lutte de classe dans ce pays à un niveau supérieur, bien supérieur à ce qu'il était au début des années 90. Il n'empêche que des erreurs "frontistes" du même ordre ont été faites par les communistes chinois, amenant à la catastrophe de 1927 : cela a-t-il définitivement hypothéqué l'avenir du mouvement communiste en Chine ? Cela aurait pu... mais (l'histoire est là) cela n'a pas été. La Révolution chinoise a au contraire illuminé la seconde moitié du 20e siècle. Au Népal, "tout" est peut-être effectivement fini... ou pas.

    Au Pays Basque, la conclusion tirée et d'en appeler à la "centralité ouvrière" et de jeter aux orties la lutte de libération nationale ("cela va exiger des déchirements profonds, dont le symbole sera de remplacer le drapeau basque par le drapeau rouge"). Voilà une conclusion typiquement, 100% trotskyste. Au contraire, Servir le Peuple oppose qu'il faut élever le niveau théorique du mouvement communiste en Europe, qu'il faut une théorie qui UNISSE luttes de classe et luttes de libération nationale dans une même Guerre populaire, et cette théorie c'est l'encerclement du Centre par la Périphérie, véritable universalité de la Guerre populaire. Les régions "périphériques" marginalisées, où se mêlent une petite paysannerie et petite bourgeoisie paupérisée avec une très importante classe ouvrière rurale et des petites villes, sont les "campagnes" de l'Europe, et les "nations sans État" sont dans cette situation [de la même manière, les banlieues-ghettos sont les "campagnes" des grandes métropoles économiques, etc. : l'encerclement du Centre par la Périphérie se fait "en cercles concentriques"].

    Pour l'idée (exposée plus haut) qu'il faudrait, en Colombie, revenir aussi à la "centralité ouvrière" et prôner une révolution socialiste par la Grève Politique de Masse, cela se passe de commentaires... Trotskysme à 300%. Qu'on nous explique la différence avec les thèses morénistes (trotskystes)... Ils nous expliquent certes que c'est "tactique et non stratégique" (ah ? on pourrait donc faire preuve de souplesse tactique avec le MLM ? on n'y comprend plus rien !), mais en pratique cela ne change rien : l'objectif reste une révolution socialiste, purement ouvrière, niant le rôle fondamental de la paysannerie et autres couches semi- ou non-prolétariennes dans ce pays. On peut simplement espérer qu'il s'agisse là d'une dérive gauchiste sincère, car le mouvement communiste colombien a réellement une histoire tragique : entre répression sauvage (par un État fasciste, "clé de voûte" de l'impérialisme US dans la région), trahisons opportunistes, tendances néo-bourgeoises prononcées (indissociable de l'émergence permanente de nouvelles couches dans cette partie du monde) et dérives mafieuses (de "com'zones" guérilleros) ; un mouvement maoïste jamais très important (prédominance du guévarisme ; un groupe, l'EPL, est resté minoritaire parmi les guérillas marxistes et devenu "pro-albanais" à la fin des années 1970, de très petits groupes depuis), etc. On pourrait, dans ce cas, plutôt parler de nouveau bordiguisme (le trotskysme sincère, sans le côté néo-bourgeois affirmé, les manigances, les fumisteries idéologiques etc.). Sur le Népal, l’UOC-mlm rejette l’appui à la ‘fraction rouge’ (terme, il est vrai, mal trouvé !), mais il s’agit peut-être d’un arrêt sincère à l’apparence (les grandes limites idéologiques de ces personnes – Kiran, Basanta, Badal etc. – qui donnent l’impression qu’elles ne ‘rejettent pas’ le révisionnisme de Prachanda), sans voir l’essence, oubliant que un se divise en deux mais que… pour l’instant (hormis deux petits groupes, assez sectaires), le PCNU-M ne s’est pas encore divisé ! Un Parti révisionniste voit toujours le ‘split’ d’une ligne anti-révisionniste, quel que soit le temps que cela prend : dans notre État bourgeois ‘France’, Thorez déversait la pire merde révisionniste depuis les années 1930, et c’est seulement dans les années 60 que les anti-révisionnistes ont dit "ce n’est plus possible, on s’en va" ! De même en Italie (où Togliatti était aux commandes depuis 1938) : dans le genre tardif, on peut difficilement faire mieux ! Et pourtant : c’est de là que sont nées des expériences lumineuses comme l’UJCml et la Gauche Prolétarienne, que le ‘p’’c’’mlm’ se plaît à mettre en avant ces derniers temps, tout en déplorant leur ‘populisme’ (c’est que l’UJCml et la GP, eux, étaient un minimum dans les masses…). Incompréhension, en définitive, du fait que dans un processus réel de masse, la ‘notion temps’ n’est pas du tout la même que dans un processus ‘en chambre’… La réalité quasi certaine, c’est que le ‘bloc’ des Kiran, Badal etc. n’envisage pas de scissionner avec un effectif ridicule derrière eux. La ‘scissionite’, c’est justement un truc de trotskystes ! (même si le droit de tendance est le principe proclamé…)

    En parlant de scissionite, il en va de même, et encore pire, avec l'attitude du collectif "Haine de Classe" de l’État espagnol qui, au nom de "refuser la conciliation avec le révisionnisme" et de sa "plus profonde haine de classe" pour les "conciliateurs", ne trouve rien de mieux que de diviser la solidarité avec la Guerre populaire en Inde dans l’État espagnol (et la solidarité castillanophone dans son ensemble) : pur trotskysme à 800%. Les Comités de solidarité avec la Guerre populaire en Inde sont, en quelque sorte, le "Front international" des maoïstes indiens, dont la direction relève quelque part d'eux et d'eux seuls. C'est à eux, ou du moins à leur Front révolutionnaire démocratique, que revient en définitive de décider quels soutiens ils jugent "opportunistes" ou pas. Certainement pas à un groupuscule du fin fond de l’Europe. En l'occurrence, c'est avec le PCm d'Italie, le PCm de France, le PCR du Canada etc. que les maoïstes indiens ont signé une Déclaration du 1er Mai cette année, mais voyez-vous... le PC d'Inde maoïste (avec 20.000 combattant-e-s rouges et près de 45 ans d'expérience révolutionnaire) ne serait rien de moins que… manipulé (!) par le PCm d'Italie, qui doit compter tout au plus quelques centaines de militant-e-s ! Tout ce verbiage "ultra-radical", de toute façon, ne rime strictement à rien. Le PC d'Inde (maoïste) a rejeté, dès le début et sans appel, la "tactique" des Accords de Paix. C'est une des raisons pour lesquelles il n'a pas fusionné avec le CPI(ML) Naxalbari, sur la position duquel (disons-le en toute sincérité) se serait plutôt retrouvé SLP à l'époque : oui à la tactique des Accords (pour acculer les partis bourgeois dans leurs contradictions), gare aux tentations réformistes, gare aux "balles enrobées de sucre". Il apparaît aujourd'hui que c'est plutôt le CPI(m) qui avait raison. Mais voilà : le CPI(m) est du côté des "signataires du 1er Mai", pour la reconstruction d'une Internationale communiste maoïste, et non du côté des néo-trotskystes. Le CPI(m) ne rejette pas par principe toute tactique ; il soutient résolument l'existence de révolutionnaires au sein du PCNU-M et les appelle à agir d'une manière ou d'une autre (en scissionnant, en rectifiant le Parti, peu importe), tout simplement parce que cela est scientifique. Même si le 'bloc' Kiran-Badal-Basanta-Gaurav-Biplab etc. est dans une position "centriste" entre le CPI(m) et le 'bloc' Prachanda-Bhattarai, les camarades d'Inde appliquent le principe maoïste qui est d'isoler la droite et gagner le centre. 

    Globalement, si l’on regarde la situation du mouvement communiste international, que voit-on ? Prenons un exemple. L’année 2011 aura vu des évènements d’une importance considérable. Les grandes révoltes des peuples arabes auront remis au poste de commandement le principe marxiste que LES MASSES FONT L’HISTOIRE – même s’il leur faut un PARTI pour faire la révolution. Inévitablement, s’est produit ce qui était inévitable : lorsque les révoltes arabes ont atteint des pays considérés jusque là comme "résistants à l’Empire", c’est à dire dont les classes (voire castes) dominantes roulaient des mécaniques devant l’Occident et Israël, on a vu ressurgir le bon vieux campisme : l’idée que ces révoltes étaient illégitimes, n’avaient pas la moindre base matérielle valable, et ne pouvaient être que des "manœuvres" impérialistes pour "mettre la main" sur ces pays. Ce débat n’a pas seulement traversé un certain forum communiste francophone, opposant les révolutionnaires… et les progressistes un minimum humanistes aux rebuts de l’ultra-révisionnisme à la Marchais, et autres défenseurs d’André Gerin. Il a également frappé… la principale organisation internationale anti-impérialiste, marxiste-léniniste et maoïste, à savoir l’ILPS (Ligue Internationale des Peuples en Lutte). La direction de celle-ci, emmenée par les Philippins autour de José Maria Sison, a défendu les positions campistes ; tandis qu’une autre ligne, avec à sa tête les maoïstes du Front révolutionnaire démocratique d’Inde (G.N. Saibaba) les a combattues et a été expulsée. Il ne reste qu’à espérer que cette divergence n’ait pas atteint un niveau d’antagonisme irréversible, et qu’elle puisse encore se résoudre par la critique franche et ouverte et l’autocritique, la vérification et la rectification. Mais, quoi qu’il en soit, le débat sur le campisme est un débat fondamental pour l’élaboration de la conception communiste du monde : est-ce que sont les masses qui font l’histoire ; ou est-ce que ce sont les "petites nations" contre les grandes ; ou encore, est-ce que les masses peuvent avoir "à leur côté" des castes dominantes "rebelles" aux impérialistes occidentaux, quand bien même ces dernières… oppriment et massacrent les masses du Peuple dans leurs pays ???

    Or, dans ce débat, quelle est la position des nouveaux trotskystes ? C’est simple :

    1°/ Ils l’ignorent et n’en parlent même pas ;

    2°/ Ils concentrent leurs attaques, au nom de la "conciliation méprisable avec le révisionnisme prachandiste", contre les organisations… amies du PC d’Inde (maoïste) et celui-ci lui-même (qui se seraient "mis hors de toute identité révolutionnaire" ( !)), au moment même où les maoïstes indiens mènent (dans une large mesure) cette lutte idéologique contre le campisme ;

    3°/ Ils se retrouvent dans la pratique (le ‘p’’c’’mlm’ en tout cas) sur la position des campistes, dénonçant les légitimes révoltes comme une conspiration impérialiste et un ramassis d’islamo-fascistes (comme si, quand bien même manœuvres impérialistes et forces islamistes il y aurait, celles-ci n’avaient pas un terreau OBJECTIF de révolte légitime contre le clan au pouvoir)…

    On a là l’illustration parfaite de tout ce qui précède, et de la position et du rôle de ces groupuscules dans le mouvement communiste international : TROTSKYSME, TROTSKYSME, TROTSKYSME pur et simple.

    Il y a, cependant, une différence fondamentale entre ces trotskystes de notre époque et le trotskysme historique. Ceux-ci diront bien sûr, toujours idéalistes, "idéologistes", que cette différence tient à l'idéologie, LEUR idéologie qui n'a "rien à voir" avec le trotskysme, comme si l'idéologie tombait du ciel, était une "révélation" divine.

    La réalité, c'est que cette différence tient à la capacité réformiste de la bourgeoisie à l'époque du "trotskysme historique" (les années 30, puis l'après-guerre). A cette époque, celle de la crise de 1929 puis de la reconstruction après-guerre, la bourgeoisie monopoliste mondiale avait encore une capacité de réformer l'organisation sociale pour la mettre au niveau des forces productives et de la masse de Capital ; capacité synthétisée économiquement (bien sûr) par John Maynard Keynes : ce sont les fameuses thèses du "soutien (à l'accumulation capitaliste) par la consommation" ; de transformer, par une "politique sociale généreuse", les sociétés de producteurs en sociétés de consommateurs. Ces thèses s'opposant à "l'autre réformisme" : le fascisme... Bien sûr, cette "relance" ne pouvait passer que par la guerre impérialiste mondiale, un repartage général du monde impérialiste et un "grand ménage" de Capital et de forces productives excédentaires : c'est ce qui s'est passé et les tenants du keynésianismes, en tête desquels les États-Unis de Roosevelt, n'y sont pas allé avec le dos de la cuiller ; cependant, à la différence du fascisme, ils n'assumaient pas aussi ouvertement cette nécessité et toute la culture militariste, chauvine, colonialiste, barbare allant avec. La réalité est en fait que, dans la crise générale du capitalisme des années 20-30, se sont affrontées trois "voies de sortie" : la révolution prolétarienne (incarnée alors par l'URSS), la "réforme" fasciste et la réforme keynésienne. On retrouve là, d'ailleurs, très nettement les "trois camps" de la guerre impérialiste mondiale qui va du milieu des années 30 à 1945.

    La social-démocratie était donc, dans les années 1930 et encore plus après la guerre, une force montante. C'est ainsi que les trotskystes (mais pas les bordiguistes et autres gauchistes, "dieu" les en garde !) ont pu développer, dans la 2e moitié des années 30, l'idée d'"entrisme" : intégrer cette force montante, cette dynamique réformiste, perçue comme "l'expression non-stalinienne de la révolution mondiale", et la "pousser en avant", "au maximum", jusqu'à "la rupture" : lorsqu'il n'y aurait "plus de réformes possible sinon la révolution", on aurait alors ceux qui veulent maintenir le capitalisme et ceux qui veulent le renverser, les "marxistes révolutionnaires" trotskystes prenant la tête des seconds pour lancer la "grève générale révolutionnaire" etc. Il faut bien souligner que cette stratégie n'est nullement celle de tous les trotskystes, et que les débats sont vifs sur le fait que Trotsky lui-même l'ait réellement prônée (en tout cas en ces termes). Mais, quoi qu'il en soit, la pratique a existé. Elle se résume, en dernière analyse, à une incompréhension fondamentale du réformisme bourgeois à l'époque de l'impérialisme, et en particulier de ce réformisme bourgeois là : bien sûr que ce réformisme captait, à une très large échelle, les masses ouvrières et travailleuse que les limites de la conception du monde des marxistes-léninistes ne leur avaient pas permis de capter. Mais il n'était pas qu'un réformisme bourgeois "de défense", "de survie", l'expression d'une bourgeoisie acculée, lâchant tout ce qu'elle peut pour sauver l'essentiel. Ceci était bien sûr un aspect : sans poussée révolutionnaire mondiale des masses, sans l'existence de la "menace" (pour la bourgeoisie) soviétique, il n'y aurait pas eu toutes ces concessions de la classe dominante. Mais un autre aspect (en raison duquel la théorie trotskyste ne pouvait pas marcher), c'est que ce réformisme reposait sur une théorie cohérente, économique (Keynes), et praticable : mener une politique sociale d’État généreuse (ce que les États n'avaient jamais, ou très peu pratiqué jusqu'alors) pour relancer l'accumulation capitaliste en transformant les sociétés occidentales (pays impérialistes) en sociétés de consommateurs (les sociétés de producteurs se déplaçant dans les pays fraîchement "décolonisés" et néo-colonisés). Il faut noter, pour être justes, que cette incompréhension a aussi frappé les "staliniens", dans la pratique des Fronts populaires, ce qui a souvent conduit à une soumission des mouvements communistes nationaux à la gauche bourgeoise.

    Aujourd'hui, il est facile de voir que ce n'est plus du tout le cas. Les capacités réformistes de la bourgeoisie sont nulles ou presque. Les États sont surendettés, et ils sont surendettés parce qu’ils ont, justement, multiplié depuis les années 1970 (début de la nouvelle crise) les "amortisseurs sociaux" pour "soutenir la demande" : emploi public, subvention à l'emploi privé, aides sociales de toute sorte [les États qui ont rejeté cela, en premier lieu les États-Unis et la Grande-Bretagne, ont quant à eux laissé la demande reposer sur le crédit (et la protection sociale sur l'assurance privée et les fonds de pension), et ce sont les organismes de crédit et d'"assurance sociale" qui s'effondrent]. Depuis les années 1980 (environ), la social-démocratie est donc une force descendante, déclinante : elle ne gagne les élections, en général, que par accident ou par un ras-le-bol général après une longue période de droite, et en jouant "toujours plus au centre", toujours plus vers la "droite modérée" (comme Blair en Grande-Bretagne ou Schröder en Allemagne, Obama aux États-Unis et peut-être l'an prochain le PS en France). Les trotskystes qui l'avaient intégrée (ou soutenue, en tout cas) pendant sa phase ascendante, on rompu avec cette "dérive social-libérale" pour... finalement "garder le temple", être les derniers gardiens de la social-démocratie de "rupture avec le capitalisme", celle de Mitterrand en 1974 et 1981. Il n'y a bel et bien plus de réforme possible sinon la révolution, mais la "grève générale" qui mettrait la "rupture anticapitaliste" à l'ordre du jour ne vient jamais, bien évidemment.

    Il n'est donc pas faux de dire qu'aujourd'hui il n'y a plus de "voie keynésienne", "réformiste", pour sortir de la crise générale du capitalisme : l'alternative se réduit finalement à la révolution prolétarienne ou le fascisme et la guerre. La social-démocratie et, maintenant, même le "social-libéralisme" (modèle blairiste) s'effondrent en crédibilité et électoralement : après 10 ans de droite dure, dans une situation de crise économique et sociale totale, il n'est même pas acquis que le PS gagne en 2012 ! Pour faire court : si c'est le très centriste Hollande, peut-être ; mais si c'est "la Dame des 35 heures", il est probable que non. Il en va de même, d'ailleurs, pour la "droite humaniste et sociale" héritière du "gaullisme social", de la démocratie-chrétienne et du radical-socialisme, effondrement symbolisé par la déconfiture de Bayrou et le récent forfait de Borloo. Bref : la voie "réformiste démocratique" bourgeoise est bouchée. DONC, la base matérielle de l'idéologie trotskyste dans son rapport avec la social-démocratie a disparu. 

    Nos nouveaux trotskystes ne peuvent donc pas aller exercer leurs talents de ce côté-là. Ce n'est pas une question de "pureté idéologique" qui, telle la grâce du Saint Esprit, les aurait touchés.

    Il reste même suffisamment de petites sectes trotskystes pour assurer la fonction (merveilleuse s'il en est) d'intégrer les fronts de lutte syndicalo-réformistes pour les faire éclater (lorsqu'ils estiment que "la collaboration de classe est démasquée" et que, donc, "les conditions sont mûres"), ce qui leur permet éventuellement de gagner un ou deux militants.

    Ils sont donc condamnés à végéter dans l'aspect uniquement gauchiste du trotskysme : "l'attente critique" (tout le monde, y compris les plus grands, peut dire des conneries : celle-ci est une des plus grosses de Gramsci), regarder passer le mouvement réel en ne faisant que le critiquer, le couvrir d'ordure, en se proclamant "seuls détenteurs de la vérité" et en attendant la "révolution prolétarienne parfaite". Et bien sûr, aligner les théories généralisantes plus erronées les unes que les autres.

    Leur essence de classe, elle, on l'a dit mille fois, est la même : ultra-radicalisme petit-bourgeois intellectuel, petite-bourgeoisie intellectuelle dont la réussite sociale n'est (à son goût) pas à la hauteur du "génie", qui veut donc renverser cette "société capitaliste de merde" et se rêve en "cadres" du rouge futur socialiste... On y retrouve, finalement, la rage et la bave aux lèvres de Trotsky devant la "bureaucratie" de l'URSS "stalinienne" : il aurait aimé, ni plus ni moins, être à leur place (il avait d'ailleurs commencé, pendant la Guerre civile, une très sérieuse résistible ascension...). Leur "scénario révolutionnaire" ressemble finalement, quelque part, à une chute de l'Empire romain avec eux dans le rôle de l'Église : le monde va "s'effondrer" dans la décadence, la barbarie, la guerre civile et impérialiste, le "fracas des armes" (révoltes populaires armées), tout cela "c'est l'actualité en France d'ici 30 ou 40 ans" ; et eux se poseront alors en "Parti de la Science et de la Civilisation". Enfin bon... Heureusement que la société humaine, aujourd'hui, a tout autrement prise sur son destin qu'au 5e siècle de notre ère !

    Il est courant de se prendre au visage, par ces gens, l'épithète de "trotskyste" : mais c'est, en réalité, outre la schizophrénie occidentale qui consiste à reprocher aux autres ce que l'on est, qu'ils se contentent d'assimiler le trotskysme à l'entrisme dans la social-démocratie (pratique du trotskysme en crise : à la fin des années 30 face aux Fronts populaires et à la répression en URSS, en Espagne et dans les PC "staliniens" ; ou encore l'OCI des années 70, complètement isolée dans le mouvement révolutionnaire de l'époque, "entrant" au PS) ; et au devenir social-démocrate des vieilles organisations trotskystes depuis les années 1980. Ils refusent de voir l'essence profonde du trotskysme qui est le gauchisme réactionnaire petit-bourgeois... le même que le leur.

    Non, cela n'a rien à voir avec le trotskysme que de soutenir l'aile gauche du PCNU-M, même si entre la trahison Prachanda-Bhattarai et nous, celle-ci revient à un "centre-gauche" : Mao explique justement que le rôle des révolutionnaires, face aux révisio-réformistes, est de gagner le centre ! Il n'y a rien de trotskyste à considérer qu'un coup d’État fasciste ou une guerre civile réactionnaire contre un gouvernement bourgeois "de gauche" en Amérique latine n'est "pas vraiment" une bonne chose, ni une chose que les communistes peuvent accepter ; c'est au contraire totalement marxiste, même si là-bas les vieux PC révisionnistes et les "vieux maos" des années 1960 répètent à l'infini les erreurs de soumission à la gauche bourgeoise des Fronts populaires des années 1930...

    Considérer que même dans les Partis révisionnistes il y a une gauche que les communistes peuvent tirer vers eux n'a rien à voir avec reconnaître le droit de tendance trotskyste ; considérer qu'il faut agréger à la base, autour des communistes, tous les prolétaires, même sous influence réformiste face aux offensives réactionnaires et au fascisme (sans se soumettre aux directions réformistes) n'a rien à voir avec de l'entrisme : c'est tout simplement la pratique du FRONT UNI, qui est la base du travail révolutionnaire des maoïstes [avec d'autant plus de potentiel, il faut le dire, qu'il y a aujourd'hui beaucoup d'électeurs et de sympathisants mais plus d'organisations réformistes de masse en termes de militants (encadrés idéologiquement)].

    En conclusion, et en dernière analyse, les choses peuvent se résumer ainsi : NOUS SOMMES IL Y A CENT ANS, à un niveau supérieur. Nous ne sommes nullement, comme le prétendent les gauchistes, dans "l'offensive stratégique de la révolution mondiale" (la période 1917-1945 aurait été la "défensive stratégique", et la période 1945-76 "l'équilibre stratégique"). Nous sommes, tout au contraire, au tout début d'une nouvelle vague révolutionnaire. Nous sommes dans la position des "marxistes révolutionnaires" de 1911, à la différence près de l'expérience accumulée depuis cette date.

    La contre-révolution en Chine, la faillite du révisionnisme dans le "bloc soviétique", la défaite de la Guerre populaire au Pérou après celle (20 ans plus tôt) de la "voie cubaine", ont été l'équivalent pour le mouvement communiste de l'écrasement de la Commune de Paris en 1871, pour le mouvement socialiste d'alors. Dans les années 1980 à 2000, comme dans les années 1880-1900, c'est le "possibilisme" qui a dominé : l'idée de se "contenter du possible", d'arracher aux exploiteurs ce qu'il est possible de leur arracher ; pire même : sauver ce qui peut l'être des conquêtes du siècle écoulé (à la fin du 19e siècle il y avait des conquêtes à faire, aujourd'hui il y a des conquêtes à sauver)... Des milliers de "nouveaux Guesde", refusant à l'origine ces orientations réformistes, ont fini par s'y rallier : PCOF, Lutte Ouvrière etc. Malheureusement, c'est sur ces terres possibilistes que se trouve dans l'immense majorité la classe, le prolétariat ; car telle est sa spontanéité. Tels Moïse, nous devons les faire sortir de cette "Égypte" réformiste. Et puis, de "l'autre côté" en apparence, il y a les "maximalistes" de tout poil, que Lénine dénonçait en 1920 mais qui existaient bien avant : les représentants de la petite-bourgeoisie (souvent intellectuelle) "prise de rage" devant les freins que le capitalisme (en crise) met à l'ascension sociale qu'ils "méritent". Mais, là encore, il y a aussi des prolétaires sincères, qui réagissent par le repli sectaire et dogmatique aux compromissions éhontées des leaders opportunistes (les "chasseurs de strapontins" municipaux, parlementaires, voire ministériels). Ceux-là sont ce que Lénine disait de Rosa Luxembourg : des aigles pouvant voler plus bas que les poules ; mais les poules opportunistes, possibilistes, social-démocrates ou social-chauvines ne s'élèveront bien sûr jamais à la hauteur de ces aigles, en termes de maîtrise scientifique du marxisme.

    Entre ces deux abîmes, les marxistes révolutionnaires de notre époque, les MAOÏSTES, doivent patiemment tracer le chemin de la nouvelle révolution prolétarienne mondiale...

     

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    * NOTONS BIEN TOUTEFOIS que si les positions "gauchistes réactionnaires" que nous avons dénoncées dans cet article sont classiquement qualifiées de "trotskystes" par les marxistes-léninistes et les maoïstes, Trotsky lui-même a pu tenir parfois des propos extrêmement proches... de notre position, et notamment au sujet d'un régime beaucoup plus clairement fasciste (l'Italie de Mussolini était sa référence explicite) que ceux de l'ALBA aujourd'hui : « Il règne aujourd’hui au Brésil un régime semi-fasciste qu’aucun révolutionnaire ne peut considérer sans haine. Supposons cependant que, demain, l’Angleterre entre dans un conflit militaire avec le Brésil. Je vous le demande : de quel côté serait la classe ouvrière ? Je répondrai pour ma part que, dans ce cas, je serais du côté du Brésil "fasciste" contre l’Angleterre "démocratique". Pourquoi ? Parce que, dans le conflit qui les opposerait, ce n’est pas de démocratie ou de fascisme qu’il s’agirait. Si l’Angleterre gagnait, elle installerait à Rio de Janeiro un autre fasciste, et enchaînerait doublement le Brésil. Si au contraire le Brésil l’emportait, cela pourrait donner un élan considérable à la conscience démocratique et nationale de ce pays et conduire au renversement de la dictature de Vargas. La défaite de l’Angleterre porterait en même temps un coup à l’impérialisme britannique et donnerait un élan au mouvement révolutionnaire du prolétariat anglais. Réellement, il faut n’avoir rien dans la tête pour réduire les antagonismes mondiaux et les conflits militaires à la lutte entre fascisme et démocratie. Il faut apprendre à distinguer sous tous leurs masques les exploiteurs, les esclavagistes et les voleurs ! » (La lutte anti-impérialiste, entretien avec le syndicaliste argentin Fossa, 1938) [ceci sans toutefois perdre de vue, comme on peut le voir, son idée de primauté des grands centres capitalistes-impérialistes dans le "déploiement" de la vague révolutionnaire mondiale (il est bien clair que ce sont les possibilités révolutionnaires en Angleterre qui l'intéressent en premier lieu dans son exemple) ; conception qui fait partie de ce que nous récusons fermement dans le trotskysme].


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