• Brèves considérations : pour une lecture communiste de l''actualité' au Mali


    Ces réflexions ont été émises dans le cadre d’un débat sur l’intervention impérialiste BBR au Mali, sur le Forum communiste. Un débat d’un grand intérêt pour la conception et la compréhension communiste du monde qui nous entoure, car, depuis le début de cette ‘actualité’, l’on voit le mouvement communiste et les progressistes, en particulier d’Hexagone, ‘perturbés’ par la nature de l’’ennemi’ djihadiste (ils ne l’étaient et ne le sont toujours pas du tout, en revanche, par la nature des régimes de Kadhafi et Assad…), sans pouvoir en même temps, idéologiquement, soutenir l’intervention de l’impérialisme BBR (le ‘nôtre’, pour nous communistes d’Hexagone), bien que certains éléments – comme Samir Amin – ‘sautent le pas’ du soutien ‘sans illusions’ à l’intervention… Tout cela amène une grande confusion, des tentatives alambiquées d’explication de la situation ; des thèses conspirationnistes servant le fascisme (les ‘islamistes’ seraient ‘mis là’ par l’impérialisme pour ensuite ‘justifier’ une intervention, comme si l’impérialisme BBR avait besoin d’une intervention dans un pays qui est sa néo-colonie totale depuis sa pseudo ‘indépendance’ en 1960 ; ou alors, ils seraient ‘mis là’ par l’impérialisme US et ses ‘valets’ du Golfe et, dans ce sens, l’intervention BBR serait ‘progressiste’ – position d’Amin) ; ou des thèses ‘droit-internationalistes’ servant le libéral-démocratisme ou le social-libéralisme bourgeois (‘il faut faire intervenir l’ONU’ ou ‘une force régionale africaine’, comme si les pays africains étaient autre chose que des protectorats de l’impérialisme BBR ou du bloc impérialiste anglo-saxon, et comme si l’ONU était autre chose qu’un ‘cache-sexe’ pour les interventions d’un bloc impérialiste contre un autre ou contre un régime ‘voyou’ généralement du bloc impérialiste anglo-saxon/US, d’où les frictions, en 1994 au Rwanda, entre les ‘ONUsiens’ pilotés par l’impérialisme US donc ‘pro-tutsis’ et la force BBR ‘Turquoise’ pro-hutu…) : toutes choses dont n’a absolument pas besoin le mouvement communiste et le camp progressiste par les temps qui courent. Il faut donc enfiler nos ‘lunettes marxistes’ et, à travers elle, offrir aux masses avancées une lecture scientifique (matérialiste dialectique/historique, marxiste) de la situation. 

    Mali.gifCe qu'il se passe tout simplement, au Nord-Mali comme ailleurs dans le monde, c'est que quand des devises, et donc le capitalisme (c’est-à-dire le mécanisme argent -> marchandise -> + d'argent) font massivement et brutalement irruption dans une contrée donnée... l’on se retrouve, finalement, dans une situation comparable à celle de l'Europe lorsque cela lui est arrivé ; avec, notamment, le surgissement de 'mystiques religieuses' de type 'puritaines' (expression du petit capitalisme naissant), comme l’est typiquement le salafisme/ wahhabisme, ou alors de type 'niveleuses' ou ‘luddites’  – réactions ‘anti-modernes’, passéistes de la société traditionnelle, 'immémoriale' et 'holiste' contre la déstructuration du 'choc de la modernité'. Nous avons nous-mêmes connu plusieurs fois, en Europe, ce type de 'choc de modernité' : avec l'affirmation du capitalisme et l'entrée dans l'époque (justement) moderne (14e-17e siècles grosso modo), avec d’un côté le calvinisme ou le puritanisme d’un Cromwell (ou d’un Savonarole, avant même la Réforme), expression des nouvelles couches (petites et moyennes) capitalistes émergentes, et de l’autre des courants ‘mystiques’, égalitaristes et ‘anti-modernes’ tels les hussites de Tchéquie, les anabaptistes de la ‘guerre des paysans’ en Allemagne (Thomas Münzer), les lollards anglais du 14e siècle ou les niveleurs et les diggers du 17e (la liste serait longue) ;  puis, entre 1750 et 1850, avec les révolutions bourgeoises et (conséquence) la révolution industrielle (avec tous les 'socialismes féodaux', le luddisme et autres proudhonneries antisémites) ; et même, peut-on dire, depuis le milieu du siècle dernier, avec les Trente Glorieuses (qui ont atténué la chose par des progrès palpables de bien-être et de civilisation) et la 'mondialisation' – et d’ailleurs, comme l'antisémitisme lors du 'choc' précédent, l'arabo/islamophobie est l'une des multiples expressions (avec la crainte du ‘péril jaune’ chinois/asiatique, etc. etc.) de la réaction ‘passéiste’ des masses peu avancées face à ce 'choc', face à l'importance prise par les pays arabes/musulmans dans l'économie et l'actualité politique mondiale – ensuite de quoi, ces idées 'spontanées' du ‘milieu de la société’ vont être reprises par la propagande impérialiste pour mobiliser dans ses guerres, car les vieux impérialismes ‘installés’ non plus n’apprécient guère ces ‘émergences’ de nouveaux centres capitalistes dans l’arène internationale.

    Le problème (pour revenir au Nord-Mali, mais ce pourrait être l'Afghanistan, la Somalie etc.), c'est qu'à l'époque de l'impérialisme et (donc) de la révolution prolétarienne, il est possible de 'sauter l'étape'... mais pour cela, il faut un Parti révolutionnaire prolétarien et dans ces pays, il n'y en a pas. Donc, 'mécaniquement', il va se passer ce qui est expliqué plus haut : ce sont les forces ‘puritaines’ petites-capitalistes ou les forces ‘luddites’ anti-modernes qui vont émerger en première ligne. 

    ansaru.jpegLa problématique est donc, bel et bien, celle de l’absence d’un mouvement communiste et même d’un simple camp progressiste ‘solide’, audible et ancré dans les masses de ces parties du monde (pas seulement quelques cercles d’intellectuels urbains, cela il y en a dans tous les pays) ; ce qu’explique fort bien l’article du (n)PCI La révolution démocratique anti-impérialiste des pays arabes et musulmans.

    Quant aux 'kadhafisteries' et autres 'assaderies', aux nationalismes bourgeois 'progressistes', ce sont des mascarades dont se revêtent des gangs militaro-tribaux de 'bas étage' (clan Kadhafi, clans Assad et Tlass, 'officiers libres' de Nasser et Neguib etc.), pour mener la pseudo 'révolution' dont ils ont besoin pour se hisser en haut de l'’échelle’ (jusque-là bloquée) de l’appareil oligarchique d’État. Ce sont des foutaises et leur seul effet, sauf s'il y a une véritable opposition progressiste et marxiste, mais généralement il n'y en que trop peu (c'est l'opportunisme qui règne, dans les PC 'officiels' en tout cas), c'est d'engendrer plus d''islamisme' en réaction (car les masses sont peut-être dupes un moment, mais pas sur des générations). Quelque part, si l'on part de la thèse maoïste du capitalisme bureaucratique, l'on peut dire que les régimes des pays musulmans (qu'ils soient monarchiques ou républicains 'laïcs', pro-occidentaux ou 'anti-impérialistes' tournés vers la Russie et la Chine) représentent le capitalisme bureaucratique, le capitalisme 'par en haut', impulsé par et au service des monopoles impérialistes (de l'Ouest comme du 'nouvel Est') ; tandis que l''islamisme' avec son éthique 'calviniste' représente le 'capitalisme par en bas', le capitalisme qui émerge spontanément de la vie sociale des masses (avec les afflux de devises etc.), mais sans l'humanisme qui a pu accompagner (encore que très relativement) cette émergence en Europe, entre la 'Renaissance médiévale' (11e-12e siècles) et le 17e siècle. Un capitalisme 'spontané' 'd'en bas' qui, contrairement au capitalisme bureaucratique-comprador 'd'en haut', ne va pas permettre au surproduit (plus-value 'sur-accaparée') de 'remonter' correctement jusqu'aux monopoles impérialistes - qui le combattent donc en conséquence, dans leur perspective de domination totale des économies du 'Sud'.

    De la même manière, les interventions impérialistes, lorsqu’elles ne sont pas carrément les ALLIÉES (de circonstance) des forces islamistes, comme en Libye ou en Syrie (ou dans les années 1980 en Afghanistan), vont dans tous les cas renforcer l’’islamisme’ en réaction, puisque pour le coup l’irruption ‘occidentale’ et ‘moderne’ va se faire particulièrement brutale.

    ansar-dine-combattantsDonc voilà... D'un point de vue idéologique, nous devons rejeter le confusionnisme et donc, nous ne pouvons absolument pas coller une étiquette 'progressiste' sur ces forces (une force progressiste, d'un point de vue marxiste, ce serait 1°/ des progrès de bien-être/civilisation réels pour les masses et 2°/ une force qui reconnaît quelque valeur au marxisme, et dans tous les cas ne persécute pas, voire même favorise objectivement le développement du mouvement communiste). Elles ne le sont nullement… comme ne le sont pas plus, par ailleurs, les régimes de gangs tribaux militaro-bureaucratiques à la Kadhafi ou Assad. Mais, toujours d'un point de vue idéologique, on ne peut pas souhaiter la victoire de l'impérialisme, SURTOUT PAS du nôtre... donc ni-ni.

    Et alors ? Cela veut-il dire qu'il n'y a 'rien à faire' ? BIEN SÛR QUE NON ; bien sûr qu'il y a quelque chose à faire : il y a à EXPLIQUER, au maximum de nos capacités, tout cela aux masses ; car LA VÉRITÉ SEULE EST TOUJOURS RÉVOLUTIONNAIRE (la vérité du monde compris à travers la seule ‘grille de lecture’ scientifique qui soit, la ‘grille de lecture’ marxiste) ; et la version des médias de l'impérialisme comme de la propagande islamiste (beaucoup plus lue qu’on ne le croit), ou encore des ‘complotistes’ fascisants, est très loin de la vérité. Le rôle d’un média communiste, face à chaque ‘actualité’ servie par les médias dominants, devrait d’ailleurs être en premier lieu celui-là : offrir aux masses une lecture marxiste de l’évènement en question.

    Telle est notre tâche face à une situation comme celle du Sahel aujourd'hui, et elle n'est pas mince.

     


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