• 20 ans après le Rwanda, vers un nouveau GÉNOCIDE FRANÇAIS en Centrafrique ?


    Avec tambours et trompettes, comme d'habitude et 11 mois à peine après l'opération Serval au Mali, l'impérialisme "hollandais" BBR lançait en décembre dernier l'opération Sangaris dans cette ex- et néo-colonie (ancien "Oubangui-Chari") d'Afrique centrale (comme son nom l'indique).

    Officiellement pour "mettre fin aux massacres", ces violences perpétrées par la coalition rebelle Séléka qui a renversé, voici bientôt un an, le président Bozizé, satrape arrivé au pouvoir 10 ans plus tôt avec le "feu vert" de l'impérialisme francouille, et déjà sauvé par celui-ci à plusieurs reprises en 2006 et 2007. Une Séléka que les médias dominants, bien sûr, ne manquent pas une occasion de nous présenter comme "musulmane" dans un pays "à 80% chrétien", sachant pertinemment l'effet mobilisateur d'une telle affirmation sur "l'opinion publique" aliénée (un "petit" pays, en fait plus grand que la "France" mais certes peu peuplé, livré à des "talibans noirs"), et comme auteure d'effroyables massacres alors que, comme dans toute guerre géopolitique africaine, c'est surtout une milice mi-combattants mi-pillards qui "vit sur le pays" en obtenant ce qu'elle veut par l'intimidation.

    En réalité parce que la Séléka (héritière des guérillas anti-Bozizé de 2006-2007, rejointes par de nouveaux transfuges de son propre régime) c'est le Soudan, et le Soudan c'est la Chine, dont il est le premier partenaire et fournisseur de pétrole africain. Le régime tchadien d'Idriss Déby, qui intervient d'ailleurs en appui à Sangaris comme hier à Serval au Mali, avait lui aussi été menacé à la même période 2006-2008 par un rébellion financé par Khartoum, ce qui avait également nécessité une intervention BBR (camouflée sous une opération européenne d'aide aux réfugiés du Darfour). Le triangle Tchad-Centrafrique-Soudan (au Mali, c'est autre chose) est en fait depuis le milieu des années 2000 au cœur d’un grand affrontement géostratégique entre impérialismes français et chinois pour la suprématie sur le continent africain ; et la Séléka au pouvoir cela voulait dire les Chinois à Bangui, situation d'autant plus délicate que le grand voisin, le Congo "démocratique" de Joseph Kabila (avec ses amis angolais), se pose lui aussi (depuis 2006 environ) en grande "porte d'entrée" africaine de Pékin – du coup, l'impérialisme BBR s'est rapproché de l'Ouganda, puis carrément du Rwanda de Kagamé pour entretenir la sécession de fait de la région des Grands Lacs. Pointer la "menace islamiste", cela marche pratiquement à tous les coups, puisque cela amène dans 99,99% des cas à affronter 1°/ soit une expression militarisée du Capital arabe suraccumulé et "rebelle" du Golfe, 2°/ soit, lorsque les forces se rattachent au Soudan ou à l'Iran, des bras armés du nouvel impérialisme chinois (ou du cheval de retour russe) ; autrement dit les deux grandes menaces stratégiques actuelles pour les puissances occidentales [dans certains cas, comme en Syrie, les deux menaces s'affrontent entre elles, la consigne est alors de les laisser s'entre-égorger le plus longtemps possible].

    20 ans après le Rwanda, vers un nouveau GÉNOCIDE FRANÇAIS en Centrafrique ?

    Un scénario qui rappelle terriblement, quelque part, celui du Rwanda il y a 20 ans, lorsque la "racine du mal" pour l'hégémonie BBR en Afrique était l'Ouganda de l'ex-guérillero marxiste (reconverti en chantre du néolibéralisme) Yoweri Museveni ; le "fer de lance" le FPR à direction tutsie "dans un pays à 80% hutu" ; le deus ex machina l'impérialisme US remettant brutalement en cause le quasi-monopole tricolore sur le continent accordé pendant la Guerre froide ; et le discours médiatique – déjà – était si confus que nos jeunes cerveaux pré-adolescents avaient compris, pendant plusieurs semaines voire plusieurs mois, que c'était le FPR qui perpétrait les massacres. Un scénario si semblable... et aux mêmes conséquences ? Toute conscience progressiste ne peut qu'espérer (ou prier, pour les croyant-e-s) le contraire. Mais c'est malheureusement ce qui semble être en train de se dessiner ; où l'on voit ressurgir dans les mains des antibalakas (ces milices "d'autodéfense" pro-Bozizé formées à partir de 2009, rejointes depuis par des militaires et autres séides de l'ancien régime) les sinistres machettes qui au Rwanda fauchèrent atrocement, pendant trois mois terribles de 1994, près de 10.000 vies par jour :


    La Centrafrique à l'heure de l'épuration ethnique

    Le Monde

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    Ils fuient sans se retourner. Ils entassent ce qu'ils peuvent sauver dans leur voiture et des camions, et partent vers ces pays qu'ils ne connaissent pas, le Tchad et le Cameroun. Ils fuient la haine et les machettes.

    La Centrafrique est en train de vivre la pire « purification ethnique » de son histoire. Le pays, secoué depuis l'indépendance (1960) par une multitude de rébellions et de coups d'Etat, n'avait encore jamais connu une telle hémorragie de sa population, et encore moins sur une base communautaire ou religieuse.

    Ils fuient, les musulmans. Le dernier ghetto musulman de Bangui, le quartier de PK5, se vide. Poumon du commerce traditionnel de la ville, PK5 accueille aussi les réfugiés des autres quartiers qui, tel Miskine récemment, ont été attaqués par des hordes de combattants chrétiens anti-balaka et de pillards.

    Au fur et à mesure que l'étau se resserre, des convois d'évacuation sont organisés, protégés par des hommes en civil de l'ex-Séléka et par des soldats tchadiens de la force africaine, la Misca. Cela dure depuis des semaines.

    Lire : Centrafrique : l'opération « Sangaris » entre dans sa 2e phase

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    LA CURÉE 

    Une gigantesque colonne d'au moins deux cents véhicules a de nouveau quitté Bangui le 7 février, meubles et sacs entassés sur des camions. Sur les bords de la route, les gens crient leur joie de voir les musulmans partir. Certains les insultent pour leur collaboration, réelle ou supposée, avec la Séléka durant son année au pouvoir.

    Juché très haut sur un camion, un jeune homme est renversé sur la route, fauché par un câble électrique. Aussitôt les machettes apparaissent. C'est la curée. Mains, pieds et pénis coupés. D'autres, le même jour, subissent le même sort, au camp de réfugiés musulmans de l'aéroport et en bordure de PK5.

    Lire notre reportage (édition abonnés) : Mémoire pillée en Centrafrique

    Ce sentiment d'une impossibilité de vivre ensemble a gagné tout le pays. A Kaga-Bandoro, il est minuit moins cinq avant l'orage. Cette ville de la province de Nana Gribizi, dans le Nord, où chrétiens et musulmans cohabitaient fort bien jusqu'à il y a un an, est au bord du précipice.

    La Séléka, qui se replie peu à peu de Centrafrique, tient encore la ville. Les milices anti-balaka ont mené une première attaque le 5 février et sont en embuscade dans la brousse. Les civils de chaque communauté sont piégés : les musulmans vivent dans le centre-ville commerçant et fuient chaque jour vers le Tchad, et les chrétiens dorment éparpillés dans la brousse, de crainte que la Séléka ne commette d'ultimes exactions avant de partir.

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    « LES MUSULMANS NOUS EMMERDENT »

    Après la première attaque des anti-balaka, qui se sont installés dans les villages de la commune de Botto, à cinq kilomètres de Kaga-Bandoro, les séléka ont mené un raid, tuant une femme et brûlant une cinquantaine de maisons. Les chrétiens de ces villages se sont réfugiés dans le quartier de Baiko, à la lisière de la ville, autour de l'église de la Nativité-du-Seigneur.

    « Les gens de Botto viennent ici, nous les accueillons, et la nuit, nous dormons tous en brousse,raconte Richard Baganga, un vieux de Baiko. Les anti-balaka sont apparus il y a trois semaines, pour nous défendre. On leur a demandé de rester sur la réserve car s'ils attaquent, c'est nous qui sommes ensuite exposés. Les séléka ont promis de tous nous tuer et de tout détruire avant de partir. Nous sommes certains qu'ils viendront. Même les enfants savent que les séléka vont venir nous tuer… »

    Richard raconte qu'après des décennies de coexistence, depuis 2013, « les musulmans se sont détournés de nous, se sont accolés avec la Séléka, et ils nous emmerdent. Alors oui, même s'ils étaient comme des parents, ils peuvent partir. Peut-être pourront-ils revenir un jour, s'ils changent de comportement, et à moins que toutes leurs maisons soient brûlées… »

    Les chrétiens en veulent à la Séléka d'avoir non seulement commis des crimes et perturbé les relations avec la communauté musulmane locale, mais aussi d'être venue avec des mercenaires tchadiens et soudanais, et des éleveurs peuls. « Les Peuls tchadiens font paître leurs troupeaux dans la région, ils sont armés de kalachnikov et très dangereux », témoigne l'Abbé Martial Agoua, de l'église de Baiko. « S'ils voient l'un d'entre nous aller au champ avec sa machette, ils l'accusent d'être un anti-balaka et lui tirent dessus, raconte Richard. Nous ne pouvons plus cultiver nos champs, ni chasser en brousse, ni aller chercher le miel. Il est donc normal que nous commencions notre petite guerre, nous aussi, pour tuer les séléka et chasser les Peuls. »

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    « C'EST DE LA PURIFICATION ETHNIQUE »

    Au marché de Kaga-Bandoro, où transitent, ce 8 février, des camions partis de Bangui la veille, les musulmans de la ville entassent leurs biens dans les véhicules. « Nous ne savons pas ce que nous allons devenir, se lamentent Hassan et Moussa. Nous ne connaissons pas le Tchad. Et ici, en Centrafrique, c'est fini pour nous. Nos maisons et nos commerces sont systématiquement détruits. »

    « C'est de la purification ethnique, même si personne de la communauté internationale n'a le courage de le dire », s'indigne un responsable de l'ONU à Bangui. Abdou Dieng, le coordinateur humanitaire des Nations unies, prudent, estime qu'« on ne peut pas dire que ce n'est pas du nettoyage ethnique et religieux ». En visite à Kaga-Bandoro, il sait, comme tout le monde, qu'« ici même, ça va basculer, et personne ne réagit ». « Il faudrait une grande réconciliation, mais l'urgence serait d'avoir davantage de troupes étrangères pour stopper cette hémorragie. »

    Partout dans le pays, les anti-balaka, les pillards, les combattants de la dernière heure, et parfois simplement les gosses des voisins effacent les traces de décennies de coexistence, rasant les commerces, les mosquées et les habitations des musulmans. Le règne, bref et sanglant, de la Séléka s'achève en cauchemar pour la communauté qu'elle affirmait vouloir défendre.

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    Lire notre entretien (édition abonnés) : En Centrafrique, « la situation s’aggrave à l’intérieur du pays »

    Rémy Ourdan (Bangui, Kaga-Bandoro, Centrafrique, envoyé spécial )
    Le Monde


    Intéressant aussi à ce sujet, un article du collectif Quartiers Libres qui pointe la manière dont ces grands affrontements géopolitiques, en Afrique, sont dissimulés sous une mythique "sauvagerie tribale" ; cette image hégémonique de l'Africain "bébête", généralement placide ("un rien les amuse, ils sont toujours à rire, ce sont de vrais gamins") mais capable, d'un coup d'un seul et sans raison rationnelle, un peu comme ces chimpanzés auxquels l'assimile l'idéologie raciste blanche, des pires accès de violence (ou des pires pulsions lubriques) :


    Tribus gauloises et continent Africain 


    La course aux matières premières fait rage. Elle dévore le continent africain. Aux millions de morts du Kivu, se rajoutent aujourd’hui ceux de Centrafrique.

    Afin d’expliquer ces lointains massacres, on nous présente dans les médias d’inévitables guerres tribales. Explication confortable pour justifier l’intervention militaire française comme un geste humanitaire, le prélèvement de matières premières n’étant qu’un pourboire pour le gentil pacificateur.

    20 ans après le Rwanda, vers un nouveau GÉNOCIDE FRANÇAIS en Centrafrique ?

    Cette manière de décrire les tensions économiques et sociales qui secouent le continent africain ne font que révéler la manière dont il est perçu depuis la France. C’est une terre de conquête, d’opportunités économiques, et cela parce qu’elle est peuplée de gens dont les dominants français pensent qu’ils sont Lire la suite 


    Plus d'infos (mise à jour 15/02) :

    Le génocide s'intensifie

    Centrafrique : alerte au génocide !

    Un génocide sur le compte de l'intervention militaire française

    Le Nouvel Observateur : CENTRAFRIQUE. Amnesty international dénonce un "nettoyage ethnique"


    Quoi qu'il en soit, génocide ou pas (et nul ne le souhaite bien entendu !) et que les victimes soient principalement chrétiennes ou musulmanes ou quoi que ce soit, en Afrique comme ailleurs, les Peuples sont encore et toujours les sempiternelles victimes de la voracité du Grand Capital.

    Mais LE JOUR APPROCHE où le vent brûlant de la Révolution, de la GUERRE POPULAIRE qui se lève déjà partout de l'Inde à l'Amérique latine, balayera enfin toute cette pourriture et libérera à jamais l'Humanité !

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